‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 3)Chapitre 8 sur 44 · I. DEVOIRS DES E^FA^TS ENVERS LEURS PARENTS · texte numérisé non relu

I. DEVOIRS DES E^FA^TS ENVERS LEURS PARENTS

{Gr. Cat. 2«-5« q.)

Sur le respect, V amour et l obéissance envers les parents. — Explication. Les enfants doivent témoigner à leurs parents, ainsi qu'il vient d'être dit, du respect, Ae Vamour et de {'obéissance, a) parce que, après Dieu, ils sont leurs plus grands bienfaiteurs , dont ils reçoivent la vie, les vêtements et la nourriture, et qui, avec le dévouement le plus tendre, prennent tous les soins possibles de leur bien-être spirituel et temporel, b) parce qu'ils remplacent Dieu auprès d'eux, ^ous nousexpliquons plus clairement et nous disons :

i) Les enfants doivent témoigner du respect à leurs parents, en ne rougissant jamais d'eux, mais en les estimant comme les remplaçants de Dieu, en ayant toujours

poureux les plus grands égards, dans leurs paroleset dans leurs actions, comme dit le sage Sirach (3. 9.) : c Honorez votre père en vos paroles, en vos actions et en toute patience! » Le respect envers les parents est la première entre toutes les vertus des enfants ; il est la sainte étincelle qui couve dans le cœur de l'enfant. Ce respect filial se montre dans la mine et le ton, dans les manières et la tenue, dans les discours et les actions, dans les attentions et la condescendance, dans la prévenance etla soumission, bref, toute la conduite de l'enfant respire le respect et l'estime envers ses parents.

Qui n'honorerait pas ses parents, puisqu'ils remplacent Dieu lui-même..

Si un roi envoie un ambassadeur à une cour étrangère, ou un gouverneur dans une province éloignée du pays, la cour témoigne du respect à cet amJjassadeur, et les habitants de la province au gouverneur, comme au roi lui-même. Et ce n'est que justice; en effet, l'ambassadeur ou le gouverneur est envoyé par le roi en son propre nom et prend sa place. Or donc, les parents sont les ambassadeurs et les gouverneurs de Dieu sur la terre, ils tiennent la place de Dieu vis-à-vis des enfants pour leur annoncer sa volonté et pour l'exécuter à leur égard, ainsi que S. Grégoire de Naziance le témoigne par ces paroles : « Le père est placé auprès de ses enfants à la place de Dieu. » C'est pourquoi ils lui doivent du respect comme à Dieu lui-même, et aucun enfant ne peut offenser ses parents sans que par là même Dieu ne soit offensé; « Celui qui craint le Seigneur, honore (aussi) ses parents. »(£'cc/es. 3,8.) (Eten retournant cette maxime: Celui qui n'honore pas ses parents, ne craint pas non plusleSeigneur.)

Exemples tirés de la Bible.

Enfants ! respectez et honorez vos parents, à quelque âge, à quelque degré de grandeur que vous puissiez arriver. Voyez Joseph d'Egypte; il abandonne le palais de Pharaon

QUATIUÈME COMMANDEMENT DE DIEU. "li'i

pour aller à la rencontre de son père ; dès que celui-ci apparaît, Joseph descend de son char et tombe aux genoux du vénérable vieillard. (1. Genèse, 40.) Voyez Salomon; il descend de son trône pour conduire sa mère dans son palais et pour lui faire prendre place à ses côtés. (3. liais, 2.) Voyez Jésus- Christ lui-même; il est Dieu, et il s'humilie plein de respect pour Marie et Joseph.

Le fils de l'armurier.

Wolfgang Tiefstadt, fils d'un armurier, avait appris l'état de son père. Plus tard il devint un guerrier distingué, et pour le récompenser de ses actions d'éclat et de ses loyaux services, l'Electeur de Saxe le nomma chevalier et lui fit don de magnifiques domaines. Un jour il invita à dîner l'Electeur lui-même, qui accepta l'invitation. Comme Wolfgang se tenait debout à table pour faire les honneurs à son illustre convive, celui-ci lui ordonna de venir se mettre à côté de lui. Mais Wolfgang répondit : « Je prie Votre Altesse de m'excuser et de m'accorder une grâce ; j'ai ici dans ma demeure mon vieux père, auquel, après Dieu, je dois la vie, mon état et tout mon bonheur: c'est à lui que revient l'honneur de s'asseoir à table à côté de Votre Altesse. » — « Allez le chercher, » dit l'Electeur; le vieux armurier dut se mettre à côté de lui et ne partit pas sans avoir été comblé de bienfaits. L'Electeur n'en eut que plus d'estime pour le fils qui remplissait si fidèlement le quatrième commandement.

Le pape Benoit XIV et sa mère.

Un enfant nedoit jamais rougir de ses parents. — L'illustre pape Benoît XIV était le fils d'un berger. Lorsqu'il eut été élevé au trône pontifical, le bruit se répandit à Rome que sa mère devait venir le voir, et la ville toute entière alla audevant d'elle, afin d'honorer le fils dans la mère. La bonne femme s'était habillée bien au-dessus de sa condition, et elle apparut dans une toilette d'une richesse remarquable. Dès que Benoît la vit : « Ce n'est pas là ma mère, » s'écriat-il, « je ne connais pas cette dame. Ma mère est bien trop

-m DES COMMANDEMENTS.

pauvre pour pouvoir se procurer une pareille toilette !» — La pauvre femme ne trouva d'autre expédient que de s'en retourner, de mettre ses pauvres habillements villageois et de reprendre ainsi le chemin de Rome. Alors Benoît s'écria : « Oui, voilà bien ma mère, et il n'y a personne au monde qui aime autant sa mère que j'aime la mienne. » Il se jeta dans ses bras devant toute la foule et versa dans son sein des larmes de tendresse filiale.

2) Les enfants doivent témoigner de Vamour à leurs parents, a) en se montrant reconnaissant à leur égard, en leur souhaitant du bien, en priant pour eux et en les rendant heureux par une conduite régulière. En vérité, les enfants doivent infiniment à leurs parents, et malgré toute leur reconnaissance, ils ne pourront jamais payer en entier le capital de ce qu'ils leur doivent, mais seulement une partie des intérêts.

Un problème important.

Le vénérable Augustin Gruber, Prince-Archevêque de Salzbourg [mort en 183o), un ami dévoué de l'enfance, fit un jour une visite à l'école d'un village du Tyrol soumis à sa juridiction. A cette occasion il demanda à une petite fille : « Combien avez-vous déjà coûté à vos parents ? y) — L'enfant, bien que d'ordinaire très-habile dans le calcul mental, resta visiblement interdite devant cette question. — « Ce problèmelà, mon enfant, » continua amicalement l'archevêque, « ne vous a peut-être pas encore été proposé? Et cependant c'est l'un des plus importants; car les enfants réfléchissent fort rarement à tous les frais qu'ils occasionnent à leurs parents, et à la grande dette qu'ils ont à acquitter I Courage, mon enfant, nous allons faire le compte à nous deux. — Voyons; en comptant les frais pour nourriture, habillement, lavage et autres choses, croyez-vous que ce serait trop que de les évaluer à 6 Kreutzers par jour? » « Oh non! » répondit la jeune écolière encouragée, — « Je crois que 6 Kreutzers sont plutôt trop peu !» — « Maintenant, combien de jours y a-t-il

dans un mois?» — « L'on compte ordinairement trente jours dans un mois. » — « Ainsi, combien de pièces de 6kreulzers coûte l'enfant, par mois? » — « Trente pièces ou trois florins. » « — Et combien de mois compte l'année? » — « Douze, de sorte que cela fait par an trente-six florins. » — « Bien, ma fille ! Mais, ma fille! quel âge avez-vous maintenant? » — « Dix ans. » — Combien avez-vous ainsi coûté jusqu'à présent à vos parents, puisque vous coûtiez annuellement trentesix florins? » — « Trois cent soixante florins. » — « Bien répondu! — Mais il y avait encore à compter les frais du médecin et du pharmacien quand vous étiez malade, et autres dépenses. Ensuite considérez encore, mon enfant, combien de mal votre bonne mère s'est donné pour vous, combien de nuits elle a veillé au chevet de votre lit; considérez les soucis et les travaux de votre père pour faire vivre honorablement toute sa famille! D'après cela, est-ce que l'amour, les peines et les soucis des parents se laissent calculer en monnaie, et pourrait-on les taxer? » — « Oh non! » répondit l'enfant tout émue. » Eh bien ! ceci et bien des choses encore que les enfants reçoivent de leurs parents, telles que, par exemple, la bonne éducation, l'instruction religieuse et autres bienfaits pareils, ne se laissent pas calculer en monnaie. — Voyons, mes enfants, comment payerez-vous à vos parents les frais nombreux que vous leur avez coûtés et tout le bien que vous avez reçu d'eux depuis le premier jour de votre vie? » — « En nous conduisant bien et en leur causant beaucoup de plaisir, sans aucune peine. » — « Oui, mes enfants, il n'y a pas de meilleure monnaie plus agréable à Dieu et à vos parents, que la bonne conduite! »

Ce calcul et les utiles enseignements que le vénérable prélat y entremêla exercèrent une influence aussi salutaire que durable sur les enfants; — et dans la suite, plus d'une mère qui avait à se plaindre de son enfant désobéissant, n'avait qu'à lui demander : « Savcz-vous combien vous nous avez coûté? Où en est le compte? — et aussitôt l'enfant devenait docile.

:2î(i DES COMMANDEMENTS.

La prière de l'enfant.

Guillaume était un enfant très-sage; jamais il n'oubliait ses parents dans ses prières, et ordinairement il donnait à celles-ci la forme suivante :

0 Dioul daignez prôier l'oreille A la voit d'un de vos enfanis; Que toujours voire bonié veille El s'éienile sur mes parents.

Donnez-leur une longue vie El comblez-les de vos bienfaits; Eloignez d'eux la maladie.

Rendez les justes et parfaits; Surtout accordez à inoi-mènie Un cœur cjui lendremeni les aime.

h) En les secourant dans leurs besoins, en les soignant dans leur vieillesse, en supportant patiemment leurs défauts et leurs faiblesses. « De tout votre cœur, honorez votre père, « dit le sage Sirach, (7, 29-30.) (c et n'oubliez pas les douleurs de votre mère. Souvenezvous que vous ne seriez point né sans eux , et faites tout pour eux, comme ils ont tout fait pour vous. » Et ailleurs il dit encore (3, 14-13.) : « Mon fils, soulagez votre père dans sa vieillesse, et ne l'attristez point durant sa vie. Que si son esprit s'afifaiblit, supportez-le, et ne le méprisez pas à cause de l'avantage que vous avez sur lui : car la charité dont vous aurez usé envers votre père ne sera point mise en oubli. » C'est une admirable disposition de la Providence que l'enfant ne puisse se passer des soins de ses parents, et que les vieux parents de leur côté ne puissent se passer de ceux de leurs enfants, et de même que les parents auraient un grand compte à rendre devant Dieu, s'ils n'entouraient pas leur faible enfant de tous les soins possibles, de même un enfant se rendrait gravement coupable s'il laissait ses pauvres parents sans assistance dans leur vieillesse. — Sous ce rapport le divin Sauveur nous

instruira de nouveau par son exemple; il nous monfro (lu haut (le la croix coniment nous devons avoir soin de nos j)arents dans leur vieillesse. Plein d'une sollicitude liliale, il recommande sa Mère bien-aimée à la lidèle amitié de S. Jean, en lui disant : « ^lon fils! Voilà votre mère. »

Le véritable amour filial.

Une jeune fille, en Allemagne, avait un père déjà fort avancé en âge el presque toujours malade, qu'elle soignait et qu'elle nourrissait du iravail de ses mains. Mais comme le gain jouinalier ne sutiisait plus et qu'elle se voyait dans l'impossibilité de payer le trimestre échu du loyer, elle alla trouver un coififur auquel elle offrit en vente les longues tresses de sa blonde chevelure. « Quel prix en demandezvous? ») demanda le coiti'eur en regardant la jeune fdie troublée. » — « Ah, monsieur! je demande beaucoup d'argent; je désire en avoir quatre thalers!» — « Quatre thalers! c'est beaucoup d'urgent, mon enfant, j'aurai de la peine à en retirer cette somme. » — « Ce n'est pas pour moi, c'est pour mon pauvre vieux peTe malade! »~ « Si c'est pour lui, » répondit le brave coitîVur, «c'est difTérent, voici lesquatrethalersï» — Joyeuse et émue la jeune fille prit l'argent et vit sans sourciller ses belles tresses tomber sous le tranchant des ciseaux.

Les enfants inquiets de la vie de leur bonne mère.

Pendant la guerre de trente ans, l'armée ennemie s'approcha un jour de la ville de Pforzheim dans le duché de Bade. Les habilanis, saisis de terreur, abandonnant leurs demeures et leurs biens, prirent la fuite. Dans le nombre il y avait un employé badois, nommé Gaspard Maler, qui voulut fuir au-delà du Khin avec sa vieille mère et ses sœurs. Mais comment faire jjour transporter celte personne faible et caduque, qui pouvait avec prine marcher jusqu'à l'église voisine, surtout que nulle part il n'y avait un cheval à trouver? Toutefois la mère ne se préoccupait que du salut de ses enfants; elle voulait qu'ils partissent et qu'ils la laissassent CAitc. i'r.ATiyuE. r. ii. i«

seule, ses cheveux blancs, disait-elle, sulliraicnl pour la protéger, et du reste, elle n'avait plus que peu de jours à vivre. Mais les enfants n'avaient en vue que la conservation de leur mère et nevoulaientpoint partir sans elle.Pendantcette lutte entre l'amour filial et l'amour maternel, les yeux du fils tombèrent par hasard sur un petit chariot qui se trouvait dans la cour. « Voici ce qu'il nous faut, » s'écria-t-il tout joyeux ; et aussitôt il courut le chercher pour y préparer un siège commode à sa mère. Peu après commença le départ. Chacun des enfants traîna à tour dt- rôle le léger véhicule, tandis que les autres portaient le peu d'eti'ets qu'ils avaient pu ramasser à la hâte. Ils arrivèrent heureusement sur la rive opposée du Rhin et se rendirent à Landau. Tout le monde fut ému à la vue des enfants qui n'avaient rien de plus à cœur que de sauver leur mère, et auxquels l'amour filial avait donné tant de force et de courage.

3) Les enfants doivent obéissance à leurs parents en faisant ou en onieltant promptement et avec joie ce que les parents ordonnent ou défendent, pour autant qu'ils ne commandent rien de mauvais ou d'injuste; en acceptant de bon cœur et en prati(juant volontiers leurs conseils et leurs avis. S. Paul y exhorte les enfants par les paroles suivantes {Col. 3, 20.) : « Enfants, obéissez en tout à vos f)ères et mères, car cela est agréable au Seigneur. » Dans les Etats, les uns commandent et les autres obéissent, et la même chose a lieu dans la famille; sans obéissance il n'y a pas d'ordre, pas de bonheur domestique possible. « La discipline sans l'obéissance, » dit S. Cyprien, « ne se laisse pas comprendre; un jeune homme sans obéissance n'est qu'un jeune homme indiscipliné. »

Exemples tirés de la Bible.

Dans l'Ecriture-Sainte nous rencontrons beaucoup d'exemples (ïobéissance filiale dignes d'être imités. Avec quelle joie et quel empressement Isaac n'écouta-t-il pas son père Abra-

ham, lorsque celui-ci eut reçu de Dieu l'ordre d'immoler son üls unique? En enfant soumis, il porta de bon cœur le bois qui devait servir au bûcher, et, sur l'ordre de son père, il s'agenouilla sans réplique, pour se laisser immoler, — Joseph, cet enfant prévilégié du patriarche Jacob, était toujours prêt à exécuter les ordres de son père. — Le jeune Tobie reçut avec reconnaissance les leçons et les avis salutaires de son père en disant : « Mon père! je ferai tout ce que vous m'avez commandé » (Tob. 5, 1.). — C'est par cette vertu d'obéissance que se distinguait au plus haut degré le Fils de Dieu. Il n'était pas seulement soumis k sa mère Marie et à son père nourricier Joseph, mais il fut encore obéissant à son Père céleste jusqii'à la mort, et même jusqu'à la mort de la croix.

S. Grégoire de M^aziance, modèle de l'obéissance filiale.

S. Grégoire de Naziance obéissait promptement et avec gaîté de cœur aux ordres de ses bons parents; en cela il prenait pour modèle le jeune Isaac, et bien souvent il disait : « Dans la personne de mon père je me représente Abraham, et dans la personne de ma mère, Sara. J'ai pris la ferme résolution d'être un vertueux et obéissant Isaac, de ne rien négliger pour les secourir dans leur vieillesse, et je préfère abandonner mes études qui me sont si chères, où tout autre chose qui me serait plus cher encore, plutôt que d'être intidèle à mes résolutions. »

« Un enfant qui obéit volontier à ses parents et qui reste bon, même au milieu d'enfants méchants, est un spectacle tout aussi agréable à Dieu que des grappes de raisin au voyageur fatigué et dévoré de soif, au milieu d'un désert aride. » (Munch.)

(Gr. Cat. e« q.) Bénédictions réservées aux enfants pieux. — Explication. Aux enfants qui observent lidèlement le quatrième commandement, les bénédictions de Dieu ne feront pas

défaut ; en ce monde ils auront en partage la protection et les hénédictions divines, et dans Vautre vie le bonheur éternel. C'est pourquoi S. Paul écrit (Ephés. 6, 2-3.) : « Honorez votre père et votre mère; c'est le premier des commandements auquel Dieu a promis une récompense; afin que vous soyez heureux et que vous viviez longteni|)s sur la terre. » Et dans rEcclésiastiijue nous trouvons (3,5-11) : « Un enfant qui honore sa mère, est comme un homme qui amasse un trésor. Celui qui honore son père, trouvera sa joie dans ses enfants, et il sera exaucé aujourdesa prière... La bénédiction du père affermit la maison des enfants, et la malédiction de la mère la détruit jusqu'aux fondements. » Si donc les enfants aiment ceux qui leur ont donné le jour, ils obtiendront en ce monde une vie longue et heureuse, ou certainement la vie éternelle au ciel. Nous tiouvons cette vérité consolante confirmée par de nombreux exemj)les, dans l'Ecrit ure-Sainte aussi bien que dans la vie ordinaire.

Exemples tirés de la Bible.

Sem était un bon fils; c'est pourquoi son père Noé lui donna sa bénédiction : « Béni soit le Seigneur, Dieu de Sem; que Clianaan soit son serviteur! » Et la bénédiction de Dieu descendit sur lui. (Genèse, 9; 26.) — Isaac était un fils soumis; c'est pourquoi il fut richement béni de Dieu. Quand il semait un boisseau de froment, il en recueillait cent, de sorte que bientôt il surpassa tous les habitants du pays en possessions et en richesses. [Genèse, 76.) — Tobic aussi était un fils respectueux, c'est pourquoi il fut fréquemment béni de Dieu. Il reçut des richesses et une épouse vertueuse; il atteignit l'âge de quatre-vingt dix-neuf ans et vit, à sa grande joie, ses petits-enfants jusqu'à la cinquième génération. — Joseph était soumis à son père, bien que par là il s'attirât la haine de ses frères, et Dieu le récompensa, en l'élevant aux plus grands honneurs. Et combien ne fut-il pas aimé et respecté à son tour par ses deux fils Ephraim et

Manassès? Combien ne fut-il pas heureux et béni dans ces deux eiifanls! — Les Récliabiles ol)éissaieiità leur père en tout ce qu'il leur commandait, et ils s'attirèrent par là la bénédiction divine. (Jérém. 35, 19.) — L'obéissance de Jésus eut pour résultat de le faire croître en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et les hommes, et que Dieu l'éleva et lui donna un nom qui est au-dessus de tous les noms.

Le bon fils, béni de Dieu. (Historique.)

C'était en l'an 1838, lorsque l'empereur Ferdinand donna à ses fidèles Tyroliens un grand tir à la cible. Des prix considérables étaient attribués aux plus beaux coups, et les Tyroliens armés de leurs carabines affluèrent â Innspruck. — A cette époque vivait à Pusterihale, dans la gène, une pauvre veuve avec son fils unique. Elle avait une petite maison, mais elle menaçait ruine etde pluselleélait grevée. Bien que le fils fût d'une conduite exemplaire et très-laborieux, il né put toutefois empêcher que l'encan et la saisie des meubles ne se montrassent en perspective. Alors, ayant entendu parler du grand tir impérial et des prix considérables accordés aux meilleurs tireurs, il lui vint à l'esprit de prendre part au tir etdetenter la fortune. Accompagné des souhaits de sa mère, il partit pour Innspruck, la carabine sur l'épaule. Avant de se rendre au lieu du tir, il fit ses dévotions dans l'église paroissiale d'innspruck devant l'image de la Sainte Vierge et y promit, s'il avaitdu succès au tir, de fairedonde la bannière à la Vierge miraculeuse. Après cela, fortifié par la prière, il se rendit plein d'ardeur au lieu désigné. Maissoncourage faiblit promptemenl, lorsqu'il apprit que chaque tireur, bien qui' les ()rix fussent libres, avait cependant à payer seize tlorins en monnaie de Vienne. Confus et affligé il regarda les cibles puis les magnifiques bannières, et il se rappela sa bonne mèreà laquelle il ne pourrait apportt;r aucune heureuse nouvelle. Enfin un riche et noble seigneur ayant remarqué son embarras lui vint généreusement en aide au moyen de sa bourse. Alors, plein d'une joyeuse animation, il alla prendre part au tir. Confiant dans le secours de la Mère divine à la-

<]iu'lie il avait promis la bannière, il tira d'un œil assuré et (l'une main tranquille. Après plusieurs couf>s heureux il rrussit enfin à percer le centre de la cible. « Victoire au jeune homme! » Toutefois il n'en était pas encore certain; car la rose fut encore plus d'une fois atteinte et ainsi le prix pouvait lui être enlevé dans la lutte entre les vainqueurs. Mais avant cette épreuve décisive, il invoqua de nouveau le serour? de Marie, et il réussit encore une fois à percer le centre. La victoire lui resta définitivement. La principale bannière lui fut remise avec une somme d'environ 900 florins. Tout le monde vint le féliciter, et chacun croyait qu'il allait faire bombance à Linspruck. Mais il répondit : « Je vais retourner tout comme je suis venu. Je ne boirai pas même un seul verre de bierre. J'offre la bannière à la Mère de Dieu et je porte l'argent à ma mère. » Il tint parole. Les dettes furent donc payées, la maison qui tombait en ruines fut remise en bon état, et ainsi disparut la misère.

La fileuse (légende.)

11 y avait une jeune fille ayant sa mère, et la mère était malade ei n'avait rien à manger. Alors la jeune fille étant allée trouver un homme fort riche, lui dit : « Ma mère est malade, et nous n'avons rien à manger, soyez miséricordieux et venez-nous en aide. » Et le richard lui répondit : « Je vais vous donner du lin pour en faire du fil ; mais l'ouvrage doit être achevé en cinq jours, sans quoi je ne vous. donne pas le lin. » La jeune fille le promit, et étant retournée chez elle, elle se mit à filer nuit et jour dans la chambre où sa mère malade était alitée. Et la cinquième nuit elle était tellement fatiguée qu'elle ne pouvait plus filer, et ses yeux s'étant fermés de lassitude elle s'endormit et dormit jusqu'au matin. Lorsqu'elle s'éveilla elle s'écria pleine d'angoisse : « Malheureuse que je suis! je me suis endormie! Le délai est passé, et l'ouvrage n'est pas fait. » Là-dessus elle veut prendre la quenouille, mais celle-ci était vide, et à ses pieds se trouvait le plus beau fil du monde. La jeune fille tout étonnée s'écria : « Qui a fait cela? J'ai dormi, et voilà que le lin est

Ql'ATRIKME COMMANDKMKNT DE DIKU.

filé? » Sa mère ne put s'empêcher de sourire et lui dit : « Sachez, ma fille! que, pendant que vous dormiez je veillais et je priais ; et tout à coup lu porte s'étant ouverte j'ai vu entrer une belle dame; qui portail sur sa lête une couronne d'or et qui était habillée d'une robe blanche. Elle s'est mise au rouet et a filé pendant que vous dormiez, et ce matin la belle dame a disparu. C'a été sans doute la sainte Vierge qui a travaillé ponr vous; car Marie aime à secourir les enfants vertueux i-l irouve en eux sa joie. » {Légendes d'Alhcrt Werfer p. 444.)

La bénédiction maternelle.

L'histoire suivante nous fournit un bel exemple d'amour et de respect filial envers les parents; il nous est donné par un gentilhomme polonais, nommé Stanislas, de la famille, des Rupniew-Uzeyski, l'une des plus considérées du pays. Etant conseiller secret du roi Sigismond 111, il fut chargé par son maître, aucommencement du XVIl siècle, d'une misaion importante pour l'empereur, et il ne voulut point quitter son pays natal sans avoir visité encore une fois la maison paternelle et pris congé de sa mère, qui était veuve. Au moment que, suivant l'usage du pays, il pliait le genou devant sa mère pour lui baiser la main, elle lui passa un anneau au doigt en lui disant: « Conservez religieusement cet anneau en souvenir de moi et comme un gage auquel est attaché ma' bénédiction maternelle? » Le jeune homme qui, bien qu'impliqué dans quelques folies de jeunesse, n'avait pas oublié cependant ses devoirs de fils aimant, continua courageusement son voyage; et peu de jours après il arriva, à la nuit tombante, devant le château d'une famille, étroitement liée à la sienne; il y entra. L'accueil qu'il y reçut fut plein de cordialité; mais il fut gâté par une circonstance pénible; le lendemain matin, en effet, il remarqua avec effroi que l'anneau avait disparu de son doigt; et comme toute recherche était restée infructueuse, il dut se décider à partir et se consoler du faible espoir de retrouver le bijou à son retour. Lorsque sa mission, qui dura plusieurs mois, fut terminée,

î2-i DFS COMMANDEMKNTS.

il r.;vi lit demander l'hospitalité au cliâleau, et résolut de ne pas retourner sans posséder son anneau; son espoir ne fut pas déçu. Assis sur son lit, il rélléchit aux difï'érents entiroits et aux coins que le lendemain matin il pouvait encore une fois fouiller avec soin, lorsqu'il se souvient tout à coup que dans la tablette de la fenêtre, il avait entrevu une crevasse, quand il y déposason anneau et qu'un vague sentiment d'inr:nié!"de semblait lui avoir dit que le bijou n'était pas trop bien placé en cet endroit. Aussitôt le jeune homme se leva, fit de la lumière, examina l'endroit et trouva réellement l'anneau qui s'y était glissé et qui depuis y était resté intact. Mais à la joie causée par cette heureuse trouvaille vint se joindre aussitôt dans son cœur une autre pensée. Il se demanda en quoi pouvait consister la bénédiciion qui, au dire de sa mère, était attachée ù cet anneau, et s'il l'avait perdu et retrouvé dans cette maison, n'était-ce point parce que la bénédiction, y attachée, l'attendait ici-même? Ses réflexion«; ne restèrent pas inutiles cette fois; il lui semblait qu'une vive lumière se faisait jour dans son âme, et que dans celte lumière apparaissait la fille de la maison à laquelle il n'avait donné jusque-là qu'une attention passagère. Le lendemain il fit part de ses sentiments aux parents de la demoiselle, qui les agréèrent favorablement; quelques mois après, ce même anneau l'unissait pour toujours à la jeune fille ; par sa douceur et sa bonté elle réussit à détacher son époux d'une foule d'erreurs impies et de maintes habitudes vicieuses, et le ramena à une vie foncièrement chrétienne : aussi elle lui donna des fils qui furent l'ornement de leur patrie et dont l'un, devenu évêque et conseiller d'état, parvint aux plus grands honneurs. Plus d'une fois Stanislas, arrivé ï une extrême vieillesse, racontait, les larmes aux yeux, les heureux effets que la bénédiction maternelle avait produits dans sa vie. (Veith Mater dolorosa.)

{Gr. Cat. 7«-9'" q.)

De quelle manière on pèche contre le respect, V amour filial et Vohéissance dus aux parents. — Explication. Les

yiATIllilME tOMMA.NÜEJlliNT DE niEU. 225

enfants pèchent [) contre le respect dû aux parents, a) lorsquils les méprisent intérieurement ou font peu de cas d^eux. Pour celui qui ne respecte pas son père et sa mère il n'y a plus rien de respectable ni <Je sacré sous le ciel; en vérité il a un cœur disposé à tous les crimes. Dans le livre des Proverbes (30, 18.) nous lisons le passage suivant qui peut donner à réfléchir : « L'œil de celui qui se mo(|ue de son père et qui méprise renseignement de sa mère, sera arraché par les corbeaux des torrents et les petits de l'aigle le dévoreront. » — Ils pèchent encore b) lorsqu'ils disent du mal de leurs parents, quils rougissent d'eux à cause de leur humble jmsition ou de leur pauvreté, quils leur parlent avec dureté ou avec insolence, quils se moquent d'eux, qu'ils les ridiculisent, etc, comme le fil le méchant Cham.

Le fils orgueilleux.

■ Dans la ville de Pignerol, capitale d'une province du même nom de la Sardaigne, vivait, il ya deux siècles, un jeune homme de haute extraction qui refusait à son père toute marque de respect et d'obéissance filiale. C'est en vain que pendant plusieurs années le père essaya de tous les moyens pour dompter le caractère orgueilleux de son fils; les tendres supplications, les cadeaux et les bienfaits multipliés étaient restés tout aussi inutiles que les réprimandes et les exhortations les plus sévères, aux(|uelles il opposait chaque fois cette réponse : que depuis longtemps il avait passé l'âge de la jeunesse ; comme si l'orgueil et l'ingratitude pouvaient être excusés par la maturité de l'âge. Il ne resta enfin au père, profondément blessé, d'autre ressource que de s'adresser au gouverneur de la province qui passait pour un homme aussi énergique que sévère. Celui-ci, afin de donner h. sa réprimande le plus' de poids possible, profita de la première grande fête, où, suivant l'usage de cour, toute l'aristocratie de la province venait lui faire visite, e,t dans le nombre se trouvait le fils dénaturé; s'arrêtant devant celui-ci, il prit un

air sévère et pleine d'aulorité, puis d'une voix de tonnerre il lui adressa celte question inattendue : « Monsieur, êtes-vous chrétien? » Pris à l'iniproviste et tout étourdi; le jeune homme répondit : « Je le suis, -grâces à Dieu. — Connaissezvous aussi le contenu des commandements de Dieu? — Je crois le connaître. — Eh bien donc, continua le gouverneur, ici, dans le palais du roi, vous allez rendre à Dieu l'honneur que vous refusez de lui rendre dans la maison de votre père. Mettez vous à l'instant même à genoux et récitez les commandements de Dieu! » — Le jeune homme; pâle de colère et de honte, se mordit les lèvres; mais il n'osa résister à son puissant supérieur; semblable à un lion dompté il se prosterna et s'exécula humblement en disant : « Le premier c«>mmandemeni s'exprime ainsi : « Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement; » le deuxième; « Dieu en vain tu ne jureras, ni autre chose pareillement;» le troisième : a Les dimanches tu garderas en servant Dieu dévotement; » le quatrième : « Tes père et mère honoreras, afin que tu vives longuement. » — « Assez! » s'écria le sévère gouverneur; « nous n'avons pas besoin d'aller plus loin. Vous connaissez <Jonc la loi divine; mais comment l'avez-vous observée? C'est pourquoi, réfléchissez bien à ce que je vais vous dire! Si jamais vous osez vous conduire à l'égard de mon roi et des ordres qu'il donne, de la manière méprisable et revêche dont vous vous conduisez à l'égard de votre père, je vous ferai trancher la tête! » — Cette leçon, bien qu'un peu rude, fut salutaire. Car le jeune homme prit l'avertissement à cœur et changea tellement de conduite que désormais son père n'eut plus de motif de se plaindre de lui. {Veith. Misericordia.)

Comparaison.

« Enlevez le rayon du soleil, et il n'éclairera plus; séparez le ruisseau de sa source, et il ne coulera plus; détachez le rameau de l'arbre, et il séchera; détachez le membre du corps, et il mourra; enlevez à l'enfant le respect pour ses parents, ce ne sera plus un enfant, un fils, une fille. »

(S, Chrysologue.)

Ol ATUIKME COMMANDEMENT DE DIEU. 227

Les enfants pèchent :

2) Contre Vamour dû aux parents, a) lorsqu'ils leur souhaitent du mal, qu'ils les haïssent ou leur portent envie ou qu'ils leur font subir de mauvais traitements. C'est à eux que s'adresse cette sentence que Dieu prononça par la bouche de Moïse : « Celui qui frappe son père ou sa mère, sera puni de mort. Celui qui maudit son père ou sa mère, sera puni de mort! » {Exode, 21, 15, 47.) h) lorsque par leur mauvaise conduite, ils leur causent du chagrin et les couvrent de honte, ou qu'ils les affligent et les irritent; c) lorsqu'ils ne les assistent pas dans leurs besoins et dans leur vieillesse; ^/) qu'ils ne supportent pas avec patience leurs faiblesses, leurs défauts et leurs imperfections, et enfin e) lorsqu'ils ne prient pas pour leurs parents vivants ou défunts. » Malheur au monstre qui oublie sa mère au sein de laquelle il puisa la vie; qui méprise son père lequel lui procura la nourriture, la joie et la protection, souvent au péril de sa propre vie! La langue humaine n'a pas encore trouvé de terme pour stigmatiser son ingratitude; il n'y a que la bouche de l'enfer qui puisse ex[)rimer une telle atrocité. Malheur à l'ingrat qui ne donne qu'à contre-cœur et avec dureté le dernier morceau'de pain à son vieux père, à sa vieille mère infirme et qui attend avec impatience leur mort ! »

Les deux couvertures.

Un homme qui vivait dans l'aisance et n'avait qu'un fds, eut la cruauté d'envoyer son vieux père à riiôpilal. Quelques jours après il apprit que le vieillard avait beaucoup à souffrir du froid ; il lui envoya donc, mû par un reste de compassion, deux mauvaises couvertures, et chargea son tils de les lui porter. Mais l'enfant n'en porta qu'une seule et garda l'autre. Le père s'en étant aperçu lui demanda pourquoi il n'avait pas remis les deux couvertures; « Mon père, » répondit-il.

i2>{ TFS rO?.ÎM.\?;riEMENT:-.

a j'en ai gardé une jiüiir vous, lorsqu'un jour vous irez ?i l'hôpital. »

Paroles de S. Ambroise.

riùt à Dieu que tous les enfants ingrats pussent se pénétrer de ces sévères paroles de S. Ambroise : « Nourrissez votre père, »dit le saint docteur à tous les enfants {Hb. 8. in Luc. Cap. 48.), « et donnez à manger k votre mère; et lors même que vous nourrissez votre mère, vous ne lui avez cependant pas encore rendu les soufï'rances qu'elle a endurées pour vous; vous ne lui avez pas rendu la nourriture qu'elle vous donnait avec une tendresse maternelle, lorsqu'elle vous allaitait, ni la faim qu'elle a soufferte pour vous, de peur que le lait de son sein ne fut nuisible à votre santé. C'est pour vous qu'elle a jeûné et qu'elle a mangé ; pour vous qu'elle s'est abstenue des aliments de son goût, et qu'elle a pris ceux dont elle avait du dégoût; pour vous elle a veillé, pour vous elle a pleuré et vous pourriez la laisser dans le besoin? 0 enfant dénaturé, quel jugement terrible vous attend si vous ne nourrissez pas votre mère! C'est à elle que vous devez ce que vous avez; c'est à elle que vous devez ce que vous êtes. »

Les enfants pèchent enfin

3) Contre l'obéissance due à leurs imrents en n'obéissant {)as avec enipresi»einent ou en refusant toute obéissance, en n'écoutant pas leurs avertissements et en se révoltant contre leurs corrections. Qu'ai'rivera-t-il à ces enfants indociles? En vérité, un enfant qui n'écoute pas ses parents ressemble à une colombe attirée par l'appeau et qui ne veut plus faire attention à rien; c'est pouHjuoi le malheur fondra sur lui comme l'aigle fond sur la colombe. Ecoutez quelle terrible sentence est prononcée contre les enlanis désobéissants, dans le Deutéronome, (21, 18-21.) u Si un homme à un fils rebelle et insolent (.;uineserend ni au commandement de son père, ni de sa mère, et (jui, ayant été repris par eux, refuse

avec mépris de leur obéir; ils le prendront et le mèneront aux anciens de la ville, et à la porte où se rendent les jugements; et ils leur diront : Voici notre lils (]ui est un rebelle et un insolent; il mé[)rise et refuse d'écouler nos remontrances, et il passe sa vie dans les débauches, dans la dissolution et dans la bonne chère; alors le peuple de la ville le lapidera et il sera puni de mort; afin ipie vous ôtiez le mal du milieu de vous et <pie tout Israël, entendant cet exemple, soit saisi de crainte. »

Le repentir du /Us désobéissant.

Vers la fin de l'automne de l'an 1776, pendant que la neige tourbillonnait dans les airs, une nombreuse société était réunie un soir dans un hôtel à Londres, et on y attendait depuis plusieurs heures un homme célèbre, le savant Samuel Johnson. Enfin il arriva; mais il était tellement taciturne, il avait l'air tellement pâle, troublé et fatigué qu'on l'observa en silenre et non sans un certain embarras, jusqu'à ce que lui-même, s'adressant à la dame de la maison, mit fin à celte étrange situation. « Lorsque je vous ai promis de venir, ditil, j'avais oublié que nous avions aujourd'hui le 21 novembre. Il y a aujourd'hui 40 ans que nu)n père, un libraire, me fit celte prière : « Samuel, me dit-il, prenez la voilure, allez ail marché de Ligihfield, et faites y la vente à ma place. — - Fier de ma science que je n'avais acquise que giàce aux sacrifices de mon père, je m'y refusai; il me semblait que c'était au-dessous de ma dignité île me placer dans une échoppe au marché et d'y vendre des bouquins. Alors mon père me dit avec douceur : Samuel, soyez bon fils; ce serait domn)age de négligée là foire; aujourd'hui les demandes ne manqueront pas. — Je m'obstinai dans mon refus, quoique connaissant l'étal maladif de mon père; je croyais que son indisposition le retiendrait à la maison. Mais contre mon attente, il entreprit la route par un temps détestable, pareil à celui que nous avons en ce moment; cette témérité le conduisit au tombeau. » — A ces paroles, la voix de Johnson

trembla, ses larmes coulèrent en abondance, et il ne put qu'avec peine terminer ce récit qui donna l'explication de son absence. Depuis ce temps, continua-t-il, je vais chaque annëe, le 21 novembre, à pied jusqu'à Ligtfield, sans prendre aucune nourriture, et je reste quatre heures au marché à la place même où mon père avait son échoppe. Il y a 40 ans que je fais cela, entre temps je suis devenu plus vieux que ne l'était mon père lorsqu'il quitta ce monde, et hélas, je ne puis mourir! — La compagnie avait écouté cette confession dans un religieux silence, sans rien répliquer; chacun partagea sa profonde douleur, et personne ne se sentit porté à le consoler. {Veith. Miser icordia.)

La désobéissance punie.

Un enfant se jouait ilaris. les »orles p'airies

Qui bor.laieni un éiaim au iniiuir azuié.

Quand il \oit tout a coup sur ses rives fleuries

Uriller un nénuiihar au calke doré.

Dtjà pour le cueillir, en lianl il s'apprêie,

El s'en va hardiment au m lieu des loseaut.

AJais sa mèie aussilùl lui cne : « Arrête, arrête !

<: Sans quoi, mon fils tu \as le noyer dar:s ces eaux. »

Se moqi ant de I a\is que sa uièie lui donne,

« Ne craignez pas, (lii-il, car je ne lisque rien.»

A peine entre ses doigis le nénuphar rayonne

Qi'il fait entendie un cri. puis dispataîi soudain.

El le gouffre profond ;evieni sa sépuliure.

Sa |)au\re mère, hélas! folle de iié^espoir

El presque inanimée, en sa douleur mm mare

Aux enfants accourus pi es d'elle pour la voir :

<: Ah ! respectez loijouis les ordres de vos mères

(I Sans quoi vous trouverez des peines bien amères.

{Gr. Cat. 10^ q.)

Malédiction réservée aux enfants rebelles. — Explication. De même, comme nous l'avons vu plus haut, que Dieu bénit le plus souvent les enfants pieux par une vie longue et heureuse ou par une sainte mort, de même nous trouvons que la malédiction divine est réservée aux enfants qui ne montrent à leurs parents ni affection ni

QUATRIÈME COMMANDKMI•'.^T DK DIEU. 231

obéissance, et qu'en cette vie ils rencontrent fréquemment le mé|)ris et la honte, dans l'autre vie infailliblement la damnation éternelle. L'I^xrilure-Sainte est remplie de malédictions pareilles que le Seigneur prononce contre les enfants indociles : « Maudit soit celui (|ui aura méprisé son père ou sa mère : Et tout le peuple dira : Amen. » {Deuter. îl, 16.) — « 11 est maudit de Dieu, celui qui aigrit l'esprit de sa mère; » {Sirach, 3, 18.), et le même Sagedonne l'avertissement suivant (23, 18-19.) : « N'oubliez pas votre père et votre mère, de peur que Dieu ne vous oublie, et que vous ne souhaitiez de n'être point né et que vous ne maudissiez le jour de votre naissance! » — Tous les temps, tous les lieux nous fournissent d'effrayants exemples de châtiments divins et humains qui ont frappé les enfants impies. Il n'est pas rare de voir le Ciel irrité venger d'une manière t&rrible les mauvais traitements des enfants sur leurs parents, en leur envoyant des malheurs temporels ou des enfants indociles, qui sont leur torture et leur honte et qui se comportent à leur égard comme ils se sont comportés eux-mêmes à l'égard de leurs parents. La malédiction se transmettra ainsi de génération en génération à une postérité dégénérée, et les enfants, devenus mauvais pères; se jjousseront tous l'un l'autre dans l'enfer. Voilà ie châtiment réservé aux générations coupables .qui osent fouler aux pieds ce saint commandement que Dieu donna aux enfants en disant : « Honorez, votre père et votre mère. »

Exemples tirés de la Bible.

Giiam, ce fds dénaturé, se, moqua de la nudité de son père ; c'est pourquoi son père le maudit; et Dieu abandonna Cham qui devint le père des idolâtres. — L'impie Absalon s'étant révolté contre son père David, chercha à entraîner le peuple dans sa révolte, et prit les armes contre lui

pour se frayer un chemin au trône, même sur le corps de son père. David fut obligé de s'enfuir à la liâle de Jerusalem, de faire plusieurs lieues à pied, comme le plus humble de ses sujets, bien content lorsqu'il pouvait obtenir un peu de nourriture. Il pleurait, dit l'Ecrilure-Sainte, en gravissant le mont des Oliviers, avait la tête couverte et marchait pieds-nus. Tout le monde pleurait avec lui. Absalon fil donc son entrée à Jérusalem ; pour combler la mesure de ses crimes, il poursuivit son père. Mais tout à coup la vengeance divine éclata sur lui. En passant sur un mulet audessous d'un chêne, ses cheveux s'embarrassèrent dans les branches de l'arbre, et pendant que sa monture continuait de courir, il resta suspendu, livré aux épouvantables reproches de sa conscience; en cet état il fut percé de trois coups de lance par Joab. Absalon restera comme un exemple perpétuel du châtiment qui attend les fils rebelles. — Les païens, dit l'Apôire, étaient flésobéissants à leurs parents; voilà pourtjuoi Dieu lésa livrés à un sens dépravé. (Rom. 1,28-50.) — Les fils impies et désobéissants d'Héli, Ophni et Pliinées, succombèrent sur le champ de bataille. (1. Bois. 2, 54; 4, 11.)

Le châtiment divin.

Dans un village isolé vivait autrefois une veuve avec son fils unique; ils y cultivaient une petite propriété. Un jour qu'ils revenaient ensemble des champs, assis sur la charrette, ils se prirent d'une violente dispute à propos d'une bagatelle. Ne maîtrisant plus sa colère, le fils donna à sa mère un coup de pied qui la fit rouler du véhicule. La mère, indignée decetraiiement indigne, prononça contre son fils de terribles malédictions. Ce dernier ayant quitté sa mère, passa la frontière et entra au service d'un noble seigneur étranger. 11 s'y trouvait très-bien, et il n'y pensait plus à l'on 11 âge qu'il avait fait à sa mère. Cependant son maître était un jeune seigneur de mœurs fort légères, qui entretenait des re!;itions coupables avec la femme d'un gentilhomme voisin. Dès qu'il savait que le mari n'était pas chez lui, il partait à cheval, accompagné de son valet, pour aller

(tlATHIEMlC (.OMMAMjKMKNT DE DIEU. 233

retrouver celle épouse infidèle, il avait l'habitude de prendre; avec lui beaucoup d'argent qui servait à s'assurer de la discrétion des domestiques de la maison. Or, un jour que le jeune seigneur se rendait de nouveau à son entrevue coupable, il attacha derrière la selle du cheval un petit sac rempli d'argent et de bijoux. Il se mit gaîment en route avec son compagnon ; mais tout en chevauchant à travers une épaisse forêt, le précieux sac se p(jrdit. Dès qu'il s'aperçut de sa perte, ils rebroussèrent chemin et se mirent assidûment à la recherche du trésor ; mais ce fut en vain. Alors le maître se prit à penser que peut-être son valet lui avait joué ce tour et avait mis quelque part le sac en sûreté. Il lui réclama brusquement l'argent; le valet, fort de son innocence, ayant fait une réponse plus ou moins impertinente, le maître, em[)orté par la colère, tira son épée et lui en donna un coup si violent qu'il le fit rouler à terre. Après cet exploit, ir prit son cheval et, sans se soucier du blessé, il retourna tranquillement à la maison. Le pauvre valet était là étendu sans secours dans un'bois solitaire; le pied droit tenait à peine à la jambe, tant le coup avait été violent; peu d'instants après, la perte de son sang qui jaillissait de cette affreuse blessure le fit tomber dans un évanouissement complet et il serait mort misérablement, si Dieu, qui ne veut pas la mort du pécheur, " mais sa conversion, ne lui eût envoyé du secours à temps. Dans ce bois demeurait un pieux solitaire; en traversant une allée, il entendit des gémissements et des soupirs étouffés; il se dirigea en hâte vers l'endroit d'où ils semblaient provenir et trouva le malheureux domestique nageant dans son sang, et si faible, si épuisé qu'il ne pouvait n*ême raconter comment il avait été réduit à ce triste éiat ; toutefois, sans l'interroger davantage, le charitable solitaire lui appliqua un premier pansement aussi bien qu'il lui fut possible, le prit ensuite sur ses épaules et le porta dans son ermitage. Le solitaire était un prêtre versé dans l'art médical. Après avoir dit quelques prières sur son malheureux hôte, il lui amputa le pied, étancha le sang et appliqua sur la plaie un remède composé de plantes médicinales; lorsque

234 DtS COMMA.NDICMF.NTS.

le malade eut repris quelques forces, il l'engagea à confesser ses fautes et à se réconcilier avec Dieu. Le malade se conforma à cet avis et avoua qu'un jour avec ce même pied, qu'il venait de perdre, il avait impitoyablement renversé sa mère de la voiture et que dans ce malheureux accident il reconnaissait clairement le juste châtiment de Dieu. Le solitaire lui apprit à réfléchir sérieusement sur la justice de Dieu et il lui donna les indications nécessairos pour sauver son âme. Guéri de corps et d'ânîe, le domestique quitta enfui la cellule du solitaire, et remercia Dieu pendant toute sa vie de la correction qu'il avait reçue. {Schuster.)

Châtiment réservé aux enfants qui sont durs à l'égard de leurs parents.

Il y a une quinzaine d'années un vieux campagnard, appuyé sur un bâton et marchant d'un pas chancelant, s'arrêtait à l'une des portes de Berlin; le commis des octrois sortant de sa guérite l'interpella : « D'où venez-vous, mon vieux? — De la forêt là -bas. — Et où allez-vous. — Je ne vais pas plus loin. — Et que venez-vous faire ici, brave homme? — Hélas, je voudrais dénoncer mon aîné à la régence. — Votre propre fils? Et pourquoi? — Eh bien! Il y a quelques années j'ai partagé entre mes six fils le peu de biens que je possédais, afin de me reposer. L'aîné obtint les bienfonds avec la maison et les meubles, les terres et les prés; il s'arrangea avec ses frères, promit de me garder et de me nourrir jusqu'à ma mort. Mais voilà qu'il ne veut plus le faire, et chez mes autres fils je ne trouve aucun secours. C'est pourquoi je veux adresser une plainte à l'autorité supérieure. En tout cas, ces polissons n'iront pas loin non plus! — Mais dites-moi, quel âge avez-vous? — Grand Dieu! J'ai septante trois ans. — En ce cas, je peux vous donner moi-même la réponse, et vous n'avez pas besoin de vous adresser à la régence : vous savez bien qu'il se trouve écrit dans l'Ecriture : notre vie dure septante ans, — vous voyez bien que vous avez déjà vécu trois ans de trop pour vos fils. » — Le pauvre vieillard regarda le commis avec des yeux effarés.

Qivir.iKMi: (;n\iMAM)i:Mi .^T dk diel. '211"

a Oui, s'il en osi ainsi, je n'ai rien do mieux à l'aire que de retourner sur mes pas, et le bon Dieu, comme je l'espère, me rappellera bientôt ù lui. » En parlant ainsi, les larmes aux yeux, il s'assit devant la porte sur une pierre pour s'y reposer.

Le bon Dieu a rappelé le vieillard à lui, il se repose depuis longtemps dans la tombe; mais sur cette même pierre devant la porte, on peut voir assis tous les dimanches son fils aîné qui tend la main aux passants pour demander l'aumône. [Philothée.)

W. DEVOIKS I)i;S INFÉIlIF.eUS A l'ÉGMID de LECHS SUPÉIUF.LKS.

[Gr. Cat. H'^-1-2'^ q.)

a) Devoirs envers les tuteurs, les précepteurs, les instituteurs et les maîtres. — Explication. Sous le nom de parents on ne comprend pas seulement les parents selon le corps, mais encore tous ceux qui par leur état et leur vocation doivent prendre soin des autres, tels que les tuteurs, les précepteurs, les maîtres, les autorités et tous nos supérieurs tant spirituels que temporels. — Nous allons successivement passer en revue les devoirs qui nous sont imposés à leur égard, et d'abord :

Les devoirs envers les tuteurs, les précepteurs et les maîtres. Nous devons les considérer comme les coopérateurs et les remplaçants des parents, puisqu'ils partagent avec ceux-ci l'accomplissement des devoirs paternels, et c'est pourquoi il faut que nous remplissions dans la même proportion à leur égard les devoirs qui nous sont imposés envers nos parents, c'est-à-dire, nous devons les honorer, les aimer, leur montrer de la reconnaissance en paroles et actions et leur obéir.

Exemple tiré de la Bible.

Samuel est proposé dans l'Ecriture-Sainte à tous les écoliers et élèves comme un modèle digne d'imitation. C'était un

<lisci[)lc du grand-prt-lre Fléli, cl en même temps il exerçait certaines fonctions dans le temple. Une nuit qu'il dormait (il était alors âgé de 12 ans), le Seigneur l'appel;!. A peine Samuel eut-il entendu la voix qu'il se leva, courut vers Héli et lui dit : « Me voici ; car vous m'avez appelé. » — « 4e ne vous ai pas appelé, » répondit Héli; o retournez, et couchezvous » — Le Seigneur appela Samuel de la même m.inière une deuxième et une troisième fois; e! chaque fois Snmurl courut vers Héli, |)Our lui demander ce qu'il voulait. Alors Héli reconnut que c'était Dieu qui avait appelé cet enfant, et il lui dit : « Retournez et couchez-vous; et si on vous appelle encore, xous direz : Seigneur ! parlez; car votre serviteur écoute! « — Le jeune Samuel obéit; et le Seigneur le favorisa eft"ecti\emeni d'une révélation, cequifaisaii déjà prévoir l'éclatante sainteté à laquelle ildevailarriver un jour. (i.Rois. 3.). — C'est ainsi que Dieu C()mble des bénédictions les plus abondantes, même en cette vie, les disciples qui sont fidèles à remplir les devoirs envers leurs maîtres.

L'écolier reconnaisssant .

L'empereur romain Marc-Aui'èle montra toujours pour ses précepteurs beaucoupde respect etde reconnaissance; ses actions furent toujours conformes à ces nobks sentiments. Ainsi il obtint du sénat que des statues fussent érigées à Frontus et à Rusticus, ses anciens maîtres , et il éleva Proculus à la dignité de consul. Comme la |)auvreté de ce dernier ne parut pas compatible avec cette magistrature élevée, l'empereur lui donna sur sa cassette pariiculière les fonds nécessaires pour tenir un rang convenable. Il tenait ce maître en si grande estime que chaque fois qu'il le voyait, il lui donnait un baiser respectueux, et qu'avant d'entreprendre la moindre chose, il avait l'habitude d'aller le saluer, n donna encore une autre belle preuve de ses sentiments de gratitude envers ses maîtres en mettant leurs noms, accompagnés d'un éloge pompeux, en tête de son journal intitulé : « Méditations sur soi-même ; » et en déclarant publiquement combien le caractère de ces hommes était dis-

tingiu', la manière dont ils guidèrent sa jeunesse, digne et lionnête, et combien «étaient lirands leurs mérites pour avoir travaillé à sa jjerfcction morale.

Après les avoir comblés d'honneurs et de biens pendant leur vie, il fit, après leur mort, ciseler lours bustes en or, les plaça dans son sanctuaire sous les images de ses dieux domestiques, visita leurs tombeaux, y dé[)0sa des offrandes et les couvrit de tïeurs. Si des païens aimaient et respectaient ainsi leurs maîtres, quelle honte pour des écoliers chrétiens qui refusent de reconnaître et de remplir les obligations qu'ils ont à remplir envers eux.

Ueinpereur et son précepteur.

L'évêque de S. -Polten, précepteur de l'empereur Françt)is II, entra un jour dans le cabinet de travail de ce dernier. — L'empereur lui tendit cordialement la main et s'entretint pendant quelque temps avec lui. Tout à couplesyeux de l'évêque tombent sur on t;ibleau suspendu au mur; l'émotion l'empêchait de parler. — L'empereur qui s'en aperçut dit en riant : « Monseigneur, connaissez-vous ce personnage ? » L'évêque s'inclinant , répondit : « C'est trop d'honneui' pour moi, Sire, je crois que c'est le portrait de l'évêque de S. -Polten. » — « Non, » — répliqua François, — « c'est le portrait de l'archevêque de Vienne. »

En témoignage de sa reconnaissance, il avait élevé son ancien maître à la dignité d'archevê(|ue. (Habsbourg.)

Comparaison.

Un brave écolier ressemble à un arbre productif. Car de même qu'un arbre productif récom|)ense par des fruits abondants le jardinier de ses peines, de sa sueur et de ses soins; ainsi l'écolier vertueux récompense ses maîtres de leurs peines et de leurs soins par des fruits abondants d'obéissance, de respect et d'amour.

[Gr. Cat. '15<^ \¥ q.)

b) Devoir des serviteurs envers leurs maîtres ; comment on pèche contre; ce commandement. — Explication. Les

:>;')S DES COMMANDKMtNTS.

serviteurs doivent, en vue de Dieu, témoigner à leurs maîtres de l'estime, de la fidélité, du zèle, de l'amour et de l'obéissance, prendre part à leurs joies et à leurs peines, donner le bon exemple aux enfants de la maison, être discrets et honnêtes dans leurs paroles, se montrer désintéressés dans leurs vues, etc. L'apôtre S. Paul les y engage par les paroles suivantes [Col. 3, 22-24, et Eph. 6, 0-8.) : « Serviteurs, obéissez en tout à ceux qui sont vos maîtres, ne les servant pas seulement lorsqu'ils ont l'œil sur vous, comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux hommes; mais avec la simplicité de cœur et la crainte de Dieu. Faites de bon cœur tout ce que vous ferez, comme le faisant pour le Seigneur et non pour les hommes; sachant que c'est du Seigneur que vous recevrez l'héritage du ciel en récompense, c'est le Seigneur que vous devez servir. » Et il écrit à Tite, {2, 9-10.) : « Exhortez les serviteurs à être bien soumis à leurs maîtres, à leur complaire en tout, à ne point les contredire, à ne rien détourner de leur bien, mais à témoigner en tout une entière fidélité, afin que leur conduite fasse révérer à tous la doctrine de Dieu notre Sauveur. » — Et S. Pierre dit, (1, 2, 18.): « Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec toute sorte de respect, non-seulement à ceux qui sont bons et doux, mais même à ceux qui sont rudes et fâcheux. »

Portrait d'un bon serviteur chrétien.

Les Egyptiens représentaient de la manière suivante un bon serviteur: lis lui donnaient un grand nombre d'yeux ^ parce qu'il doit être vigilant conime un Argus, joréf au moindre signe de son maître, et veiller fidèlement sur les biens de ce dernier; un grand nombre de mains, parce qu'il doit être prêt à exécuter, avec une zèle infatigable, les ordres de son maitre et sa besogne journalière ; et enfin ils le peignaient avec la langue sous tes pieds, pour marquer qu'il doit

être discret, parler peu et ne pas se disculper vis-à-vis de son maître.

Voilà voire devoir, servantes, serviteurs! Gravez ce souvenir bien avant dans vos cœurs.

Jean-Louis, le bon serviteur.

M. C... des Mares, qui habilail Cayenne en 1820, avait un jeune nègre que ses bonnes et heureuses qualités faisaient aimer de tous. Jean-Louis,âgé de quinze à seize ans, plein de douceur et de reconnaissance, mettait à profit les sages conseils et les corrections paternelles de son maître. Un jour

entre autres, M. C crut devoir lui adresser une sévère

réprimande et lui imposer une punition. Jean-Louis, déjà repentant de sa faute, se relirait les larmes aux yeux et cachait sonvisage dans ses mains; mais bientôt il revint se jeter dans ses bras. « Oh ! bon maître! s'écria-t-il, je lésais, c'est pour

mon bien et pour mon bonheur que vous me grondez Je

vous le promets... Oui, bon maître, pardonnez-moi. » M. C

connaissant les bons sentiments qui animaient son jeune cœur, lui pardonna avec joie. Jean-Louis n'oublia point sa promesse; car dès ce moment il se comporta de manière à ne plus mériter de punition. Il avait un cœur excellent et doué d'une grande sensibilité. Son maître, souvent malade, le voyait toujours auprès de lui, empressé à le servir. « Oh! bon maître, s'écriait-il souvent en lui baisant la main, que je voudrais vous voir guéri !» Il ne voulait coucher que dans sa chambre et auprès de son lit. Quelquefois, au milieu de la nuit, il s'éveillait et s'écriait : '<■ Maître, avez-vous besoin de quelque chose? » A ces heureuses qualités il joignait une grande fidélité, et une piété au-dessus de son âge. Ayant bien étudié son catéchisme, il connaissait parfaitement les vérités de la religion. Son plaisir était de les apprendre à des camarades. Il priait Dieu avec ferveur, et ne manquait jamais de faire dévotement ses prières. {Trésor des Noirs.)

La fidèle servante.

On se plaint souvent, et non sans raison, de l'infidélité des domestiques: cependant il ne manque pas non plus de fidèles

240 DES COMMANDEMKNTS.

et honnêtes sujets. Le fait suivant qui se passa à Berne, en 18?:2, en fournit une preuve. Des héritiers venaient de s'y partager la succession d'une dame fort riche, et chacun paraissait satisfait de sa part. — « Ce n'est pas encore tout, » dit la servante de la défunte, et elle conduisit les héritiers dans sa chambre. Elle y ouvrit une armoire secrète ou sa défunte maîtresse, par crainte de la guerre du Sonderbund, (1847) avait caché tout son argent. A la grande surprise des héritiers, il s'y trouva une somme de 28,000 francs, presque toute en or, dont personne n'avait connaissance, si ce n'est l'honnête servante, qui reçut en récompense une somme de 2,500 francs. Une pareille fidélité mérite d'être louée et plus encore d'être imitée.

Un beau modèle pour les domestiques chrétiens.

Marie-Madeleine Blangy est née en 1776. Dans les premières années de sa jeunesse, elle entra au service de M. et j^me Renaud. Douée d'un caractère aimant, elle s'attacha tellement à ses maîtres, qui, de leur côté, l'avaient prise en affection, que ce ne fut plus bientôt une étrangère pour le ménage, mais un ange gardien. La famille de M. Renaud se composait de huit enfants; Marie-Madeleine Blangy les éleva tous : ce fut elle qui guida leurs premiers pas, qui, plus tard, leur rendit ces petits soins dont une mère seule est capable; ce qui faisait dire à M"'^ Renaud que sa fidèle domesti(|ue la remplaçait dignement, que ses fils avaient une seconde mère. — Quand les enfants étaient malades, Marie- Madeleine veillait à leur chevet, attentive à leurs moindres mouvements, elle ne se livrait au repos qu'alors que tout danger avait disparu.

Le malheur frappa à la porte de M. et de 31"'® Renaud; ils éprouvèrent des pertes. Les amis s'éloignèrent de cette maison, où désormais ne régnait plus un air d'aisance et de contentement. Mais croyez-vous que la jeune servante les abandonna à son tour? Non, elle demeura fidèle à ses devoirs et à ses affections, et quand les infirmités inséparables de la vieillesse vinrent atteindre ses maîtres et les river sur le lit

giATlUtME CüMMANDKMENT DE DIEl". -iU

(le soutlVauces, elle resta encore et les aida des économies qu'elle avait faites à leur service dans des temps plus heureux .

Ce fidèle dévouement attira plus tard l'attention des autorités et reçut une récompense bien méritée; cependant la récompense la plus belle l'attend sans doute dans les cieux. {Dict. d'anecdotes chrétiennes, Migne.)

Explication. Les serviteurs pèchent contre leurs devoirs : 1) par désobéissance et orgueil, par murmures et opposition ; 2) par paresse, négligence, dissipation et détournement; 3) par calomnie, commérage et diffamation; 4) et surtout en apprenant du mal aux enfants de la maison, en leur faisant commettre le mal, en les y aidant ou en gardant là-dessus le silence; c'est même un grand péché de tenii' de mauvais propos en présence des enfants; car comme le givre flétrit les tleurs de l'arbre, ainsi la parole obscène flétrit les tendres germes de Va vertu dans le cœur des enfants.

Le domestique païen et le domestique chrétien.

11 y a beaucoup de domestiques qui sont excessivement zélés sous les yeux de leurs maîtres ; mais du moment qu'ils ne sont plus observés, ils s'adonnent à la paresse; de tels serviteurs ne remplissent pas leurs devoirs; ils ne servent pas par amour de Dieu, mais par foVce et par crainte. — « Bien! le maître est })arti, » dit un jour un esclave païen à son compagnon qui était chrétien ; « nous allons cesser de travailler et prendre quelques bons moments.» — « Mon maître est encore là, » répondit le chrétien, « il regarde de làhaut s'il doit récompenser ou punir, et voilà pourquoi je veux continuer mon travail. » — Serviteurs chrétiens! ne laites pas comme ce païen, mais imitez l'esclave chrétien, « faites tout pour Dieu et non pour les hommes. »(Co^ -^, :24.)

Ce qui arrive aux serviteurs boudeurs et lui'cunfvnls.

Il se rencontre, malheureusement, de nos jours une foule

CVTtC. IRATrQLE. T. II. Il

"l'rl DES COMMANDEMENTS.

de serviteurs rainéanls, ennemis du travail, clierclianl leurs •aises, et par là niOnie mécontents; tantôt le travail les incommode, tantôt la nourriture est trop mauvaise, et il arrive de ]h qu'à chaque trimestre ils changent de service. A cer> mécontents je recounnande la fable suivante. Il y avait un âne qui d'aliord était en service chez un jardinier; il pria Jupiter de le placer chez un meilleur maître. Il entra donc au service d'un potier. Mais il y fut astreint à un labeur bien l)lus dur; il devait aller chercher de fortes charges d'argile à une fosse très-éloignée, et malgré cela il n'avait pas autant de fourrage que chez le jardinier. Touché de ses instantes prières, Jupiter lui procura un autre maître et le fit entrer chez un corroyeur. Mais il y fut bien plus malheureux; nonseulement on lui imposa un travail extrêmement pénible, mais encore il dut y voir écorcher ses frères et d'autres animaux. Alors l'âne s'écria avec effroi : «Ah! si j'étais resté auprès de mon pi-cmier maître! Ici, à ce que je vois, je laisserai encore ma peau ! »

(Gr. Cat. loMG-^ q.)

c) Devoirs des fidèles envers les autorités ecclésiastiques; comment on pèche contre ces devoirs. — Explication. ^"os supérieurs ecclésiastiques (c'est-à-dire le Pape ainsi que les évêques et les prêtres qui dépendent d'eux) sont les remplaçants de Dieu et nos pères spirituels; voilà jiourqiioi nous leur devons : 1) à cause de leur dignité, du respect, et à cause de leurs fonctions, de V amour et de rattachement. Autrefois dans l'ancienne Loi Dieu disait: « Craignez Dieu de tout votre cœur et honorez ses prêtres»! {Sir. 1, M. )Et dans le nouveau Testament il estdit: « Celui qui méprise les serviteurs de Dieu, les dispensateurs de ses mystères, celui-là méprise le Fils de Dieu et celui qui l'a envoyé. »{Luc, 10, 16.)2)Ao?/s devons nous soumettre ii leurs ordonnances. « Obéissez à vos conducteurs, » écrit S. Paul, {Hébr. 13, 17.) « et soyez .soumis à leur autorité; car ce sont eux qui veillent pour

yi'ATKIEME CÜM.MANÜEMKNT DK DIEU- -11.*

le bien de vos âmes, comme devant en rendre compte, ;ilin (lu'ils s'actjuillent de ce devoir avec joie, et non en gémissant; ce (jui ne vous serait pas avantageux. » (oNoîis devons prier pour eux. Surtout quand ils sont dans le besoin et l'atïliction. S. Paul fait une i)areillc cxbortation aux Ephésiens, (0, 18-20.) quand il leur dit : « Invoquez Dieu en esprit et en tout temps, par toutes sortes de su[)pIications et de prières, et vous emj)lo\aiit avec une vigilance et une persévérance continuelle à prier pour tous les saints; et pour moi aussi, afin <{ue Dieu, m'ouvrant la bouche, me donne des paroles pour annoncer librement le mystère de l'Evangile. »4) Enfin, nous devons pourvoir à leur entretien d'après les lois et les usages établis ; car « le Seigneur a aussi ordonné en faveur de ceux qui annoncent l'Evangile qu'ils vécussent de l'Evangile, (1. Cor. 10, 14.)

Aimez, honorez et écoutez vos supérieurs ecclésiastiques.

Un jour S. Chrysostôme fit une exhortation aux fidèles dans les termes suivants : « N'avez-vous pas été faits chrétiens par les mains du prêtre, dans le baptême? N'obtenezvous pas, grâce à leur pouvoir, la rémission de vos péchés et votre réconciliation avec Dieu? Les prêtres n'otfrent-ils pas pour vous le saint sacrifice de la Messe, le sacrifice de propitiation pour les vivants et les morts, le sacrifice de louanges et de prières? Ne vous donnent-ils pas le Corps elle Sang de Jésus-Christ? Qui est-ce qui vous instruit? Qui ronqjt à vos enfants le pain de la parole divine? Qui vous annonce le royaume de Dieu? Qui prie pour vous? Qui vous ouvre le ( iel? Ne sont-ce pas les prêtres qui vous distribuent tous ces bienfaits? Ne méritent-ils pas par conséquent votre respect, votre amour, votre obéissance, votre assistance? »

Respect et amour d'un nègre pour un prêtre.

Un missionnaire, arrivé récemment dans la Guyane liaiiçaise, visitait le beau cimetière de Cayenne. Un nègic (jui

creusait une fosse, l'ayant aperçu, quitta aussitôt son travail et s'avança vers lui. « Bonjour Père, lui dit-il en l'abordant; venez avec moi. — Mon ami, lui demande le missionnaire, où veux-tu nie conduire? — Je vous en prie, Père, venez avez moi; ce n'est pas loin, suivez-moi, et je vous ferai connaître une chose que vous ignorez, » — A l'instant il s'avance d'un pas précipité vers un endroit qu'il indique de la main. Le missionnaire, qui n'avait aucune raison de se défier de ce bon noir, déjà avancé en âge, le suivit. Bientôt ils arrivèrent à un endroit assez ombragé; le nègre, ayant écarté avec empressement l'épais feuillage et les nombreuses lianes, découvrit un tombeau : « C'est ici, dit-il, que repose mon Père Legrand, qui m'a baptisé à mon arrivée d'Afrique, qui m'a consolé et secouru quand j'étais malade. Ah ! qu'il était bon! Comme il aimait les nègres!... C'est lui qui baptisait nos enfants et qui les bénissait Non, jamais je n'oublierai mon Père Legrand » Puis il baisa la tombe et l'arrosa

de ses larmes. [Trésor des .\oirs.)

Priez pour vos supérieurs ecclésiastiques.

Dans les Actes des Apôtres (12'' chap.) il est rapporté que les premiers clirétiens remplissaient consciencieusement ci; devoir. Car lorsque S. Pierre languissait en prison et souffrait la persécution pour la doctrine de Jésus, les fidèles priaient sans interruption pour la délivrance de leur chef; et leur prière fut exaucée. En vérité, une telle prière ne reste pas sans eflet; nous l'avons éprouvé surtout de nos jours. C'est avec raison que Pomérien dit : « Si les inférieurs étaient aussi disposés à prier pour leurs supérieurs qu'ils le sont à les blâmer, tout irait bientôt beaucoup mieux dans le monde. »

Accordez à vos supérieurs ecclésiastiques les secours nécessaires.

Celui qui sert à l'autel, doit aussi vivre de l'autel, et une honne nouvelle mérite un salaire à celui qui l'a apportée. C'est pourquoi S. Ambroise dit qu'il faut pourvoir à l'entretien des prêtres et des catéchistes de manière à ce qu'ils ne

QUATRIÈME COMMANDEMKNT Dli IHEI. 245

soient pas portés au découragement; car travailler au salut dos âmes, ce n'est pas comme se livrer à un travail manuel; pour cela il faut du goût, de la charité, une humeur franche et gaie. Celui qui plante une vigne peut bien goûter aussi di's fruits qu'elle porte.

Explication. Les fidèles manquent par conséquent à leurs supérieui's ecclésiastiques 1) m les 7iiéprisant, lorsqu'ils leur refa.~.eüt en paroles et en actions le respect qui leur est dû,lors(ju'ils affaiblissent lear action et leur autorité par des soupçons, des calomnies, etc. 2) en s'opposant à leurs décisions en matière de foi, à leurs ordonnances touchant des matières religieuses et la discipline ecclésiasti{}ue, opposition qui peut amener un schisme.

3) En refusant de payer les rétributions nécessaires à l'entretien du clergé et au service du culte. '— Ces péchés contre l'autorité ecclésiastique sont des plus graves; car celui qui méprise et offense le ministre de Dieu, méprise et offense Dieu lui-même ; « Le sacerdoce, »dit S. Ignace (^^wL ^ad Smyrn.), c^est de tous les biens, le plus grand que les hommes possèdent; celui qui s'attaque à un prêtre, n'injurie pas un homme, mais injurie Dieu. » Et notre divin Sauveur a dit lui-même : <.( Celui qui vous méprise, me méprise. » {Luc. 10, 16.) — De tout temps les plus grands châtiments ont été prononcés contre ceux qui méprisent l'autorité : « Le Seigneur sait réserver les pécheurs au jour du jugement pour être punis, »écrit S. Pierre (II, 2,9. ,).« principalement ceux qui méprisent les puissances, qui sont fiers et audacieux et qui, blasphémant la sainte doctrine, ne craignent point d'introduire de nouvelles sectes. Ils attirent à eux, par des amorces trom[)euses, les âmes légères et inconstantes; ils leur promettent la liberté, quoique eux-mêmes soient esclaves de la corruption. » Et l'apôtre S. Jude (II.) prononce cette menace : » Malheur sur eux,

li-iO DES COMMANDEMENTS.

pîH'cc qu'ils suivent la voie de (>aïn, et qu'imitant la iclicllion tic Coi'é, ils périront comme lui.

Exemples tirés de la Bible.

Coré, Dathan et Abiron se révoltèrent contre Moïse avec deux cent cinquante autres Israélites, Moïse, ayant appris <;elte nouvelle, se prosterna la face contre terre atin de prier Dieu pour eux, et il leur reprocha leur conduite. Mais ils ne linreni aucun compte, ni des avertissements ni des menaces de 3Ioïse, et il arriva que, « tout à coup la terre se fendit sous leurs pieds, et ouvrant ses abîmes les engloutit avec leurs tentes et tout ce qui leur appartenait. Et ils descendirent vivants dans le gouftre, et la terre les couvrit :,...Et tout Israël, qui était autour d'eux, s'enfuit à leurs cris : car ils disaient : I^renons garde que la terre ne nous engloutisse! Et le feu sortit de la part de l'Eternel et consuma les deux cent cinquante hommes, qui s'étaientjoints aux rebelles. {ISo7nbres,i6.) — Lorsqu'Elisée, le prophète et le ministre de Dieu, s'en alla vers Béthel, déjeunes garçons sortirent de la ville et se moquèrent de lui en criant : « Monte, tête chauve! monte, tête chauve! » Et Elisée regarda derrière lui, et, les ayant regardés, il les maudit au nom de Dieu; sur quoi deux ours sortirent de la forêt et déchirèrent quarante-deux de ces enfants. (4. Rois, 25-24.)

Châtiment manifeste de la justice Divine.

L'abbé Carron fut un autre Vincent de Paul qui laissa un noni bien cher à l'Eglise, qu'il honorait par ses vertus apostoliques et par ses écrits. L'histoire de sa belle vie dit : « Voici une anecdot(! que l'abbé Carron n'a jamais avouée, mais qui était publique dans le temps, à Rennes. La conversion d'une (ille, opérée par ses soins, irrita contre lui le complice des désordres de cette malheureuse; et, aveuglé par la passion, cet homme forma la résolution de sacrifier le jeune prêtre à sa vengeance. Il s'associe deux ou trois individus aussi corrompus que lui, et ils conviennent ensemble de tendre un piège horrible au vertueux vicaire. On

QIATH1ÈME COMMANDEMENT DK Diri. "1 \ l

rappelle dans un lieu écarté, pour confesser, disail-on, un homme qui s'était l)atlu en duel, et on le fait entrer seul dans un cabinet, où l'auteur du projet était couché. L'abbé Carron s'approche du lit, et trouve ce malheureux sans vie, ayant un pistolet ;\ ses côtés. Il appela ses camarades, qui attendaient en dehors une issue bien différente de cette scène. On peut juger de leur étonnement ; on dit que, frappé de terreur à In lU' d'un châtiment ^i éclatant de la justice divine, ils tombèrent aux pieds de l'homme de Dieu, et firent une pénitence rigoureuse. (Vie da l'abbé Carron.)

Comparaison.

« Si votre pasteur vous inflige une punition, c'est qu'il veut vous soustraire à votre malheur temporel et éternel. Ne faites donc pas comme le chien de la fable qui, étant sur le point de se noyer, montrait les dents au paysan qui voulait le sauver, et happait après sa main ; bien au contraire, remerciez-le comme un homme qui, vous voyant égaré dans une forêt sombre et sauvage, ou vous voyant en danger de périr dans le feu ou dans l'eau, vous tend la main pour vous sauver. »

(Gr. Cat. IT-IB-- q.)

d) Devoir des fidèles envers les autorités civiles, et comment on transgresse ces devoirs. Sans une autorité civile, l'Etat ne saurait subsister; elle est le lien qui constitue et maintient le bien-être et la durée d'un pays. Si ce lien est rompu, nécessairement tout doit s'écrouler, comme s'écroule un bâtiment lorsque les ancres et les crampons sont arrachés, comme tombe en pièces un tonneau lorsque les cercles sont enlevés. Dieu lui-même est l'auteur de cet ordre dans le gouvernement, c'est de lui que procède toute puissance, et voilà pourquoi S. Paul écrit aux Romains (13, 1-7.) : « Que toute i)ersonne soit soumise aux ])uissances supérieures; car il n'y a point de puissancequi ne vienne de Dieu,etles puissancesqui subsistent sont ordonnées de Dieu. C'est pourquoi celui qui

ivsistü à la puissance, résiste à l'ordonnance de Dieu ; et ceux (jui y résistent feront venir la condamnation sur eux-mêmes. C'est pourquoi il faut être soumis, non-seulement à cause de la punition, mais aussi à cause de la conscience. Rendez donc à tous ce qui leur est dû; à qui h' tribut, le tribut; à qui le péage, le péage, à qui la crainte, la crainte; à qui l'honneur, l'honneur. » — De lii d(;coulent donc les devoirs suivants des sujets envers Tautorité séculière : ils sont obligés 1) de témoigner à l'autorité, établie de Dieu, le respect, la fidélité et une exacte obéissance, de souffrir tout plutôt que d'exciter des troubles; 2) de lui payer les contributions imposées; 3) de lui venir en aide en cas de besoin et de danger, et de la défendre par leur fortune et leur sang contre les •ennemis de la patrie.

L'exemple de Jésus.

Le divin Sauveur insistait sans cesse sur ce point. f|ue l'on (levait donner à César, ce qui appartenait à César, et qu'on devait conséquemment respect et obéissance à la puissance séculière. — Un jour les juifs, dans l'hypocrisie de leurcœur, posèrent à Jésus cette question aussi perfide qu'embarrassante : « Maître, est-il permis de payer le tribut à César? » — Alors le divin iMaître leur fit cette réponse courte et décisive : « Donnez à César ce qui appartient à César! » {S. MuUh. "2^2, 2[.) — Jésus, qui pratiquait la pauvreté volontaire, fit même un jour un miracle, afin de payer le tribut pour lui et pour Pierre. {Matlh. il, 22-26.) Et S. Paul (Rom. \T), 7.) écrit en termes bien formels: « Rendez à tous ce <iui leur est dû; à qui le tribut, le tribut; ù qui le péage, le péage; à qui l'honneur, l'honneur. »

Exemple des premiers chrétiens.

Les premiers chrétiens suivaient fidèlement ce bel exemple de leur divin Maître; ils respectaient et aimaient les autorités légitimes, et leur obéissaient dans toutes les choses qui

QLATKIÈME COMMANDEMENT DK DIEU. ^ i9

n'étaient pas contraires aux commandements de Dieu. Voici ce que dit Tertullien : « Un chrétien n'est l'ennemi de personne, et encore moins l'ennemi de ceux qui gouvernent; car, sachant que le souverain a été établi de Dieu, il doit l'aimer, le respecter et souhaiter toutes sortes de bonheur à lui et à ses Etals. — C'est pourquoi respectons le souverain, pour autant que cela nous est permis et lui est avantageux, comme un homme qui, après Dieu, est le plus élevé entre tous; — qui a reçu de Dieu tout ce qu'il est, et qui ne relève que de Dieu seul! » — S. Polycarpe rendit le témoignage suivant devant les juges païens eux-mêmes : « Nous avons été instruits à accorder aux autorités et aux puissances établies de Dieu, le respect qui leur est dû. »

Noble conduite de David à l'égard de Saiil.

David montra un attachement et un respect tout particulier î>our son maître et roi Saiil. — Lorsque David se tenait dans le désert d'Engaddi, Saiil s'y rendit avec 5,000 hommes pour aller à sa recherche. Près du chemin il y avait une caverne dans laquelle Saiil entra. David qui se tenait au fond de la caverne avec ses gens, se leva et coupa doucement un pan du manteau de Saiil. Mais aussitôt il se repentit de ce qu'il avait fait et dit à ses gens : « Que Dieu me garde de mettre la main sur l'oint du Seigneur! » Saiil abandonna la caverne et alla plus loin. David le suivit et lui cria : « Mon seigneur, roi! » Saiil regarda derrière lui, et David s'inclina la face contre tQrre et se prosterna, en disant : « Pourquoi écoutezvous les paroles des gens qui disent : David cherche à vous faire du mal? Voilà qu'aujourd'hui vos yeux ont vu que le Seigneur vous avait livré entre mes mains, et je vous ai épargné. Regardez-doric, mon père, le pan de votre manteau ! Sachez qu'il n'y a point de mal, ni d'injustice en ma main ! Et cependant vous épiez ma vie pour me l'ôter. L'Eternel sera juge entre vous et moi, et il me vengera de vous! » Alors Saiil se mit à pleurer et dit : « N'est-ce pas là votre voix, mon fils David? Vous êtes plus juste que moi ; car vous m'avez rendu le bien pour le mal que je vous ait fait. Or, qui

bO DIS COMMANDtMENTS.

est-ce (jui, ayant trouvô son ennemi, le laisserait aller sans lui faire du mal? Que l'Eternel doncvous rende du bien pour ce que vous m'avez fait aujourd'hui! Et maintenant, comme je sais que certainement vous régnerez, jurez-moi par l'Et'rnel que vous ne détruirez point ma crae après moi! » — David le jura à Saiil. — Saiil s'en alla en sa maison ; et David et ses gens se retirèrent en des lieux plus sûrs. (1 Liv. des Unis. 24.)

Fidélité au prince.

Bénigne de Frémiot, père de. S"' Françoise de Chantai, descendait d'une ancienne famille de la Bourgogne, qui avait fourni une longue liste d'hommes illustres au barreau comme à l'armée. Il était deuxième président du parlement, rendit surtout de grands services à la couronne pendant les guerres des Huguenots et donna à ses concitoyens de nobles «exemples de vertus et de dévouement. En voici un qui mit sa fidélité au grand jour. A l'époque où les adversaires du roi de France assiégeaient la ville de Dijon, il avait réuni ceyx des membres du parlement qui étaient restés fidèles au roi et s'était enfui avec eux dans la forteresse de Clarigny, puis à Sémur, où il tenait avec eux les séances. Sa considération et la sagesse de ses dispositions conservèrent cette forteresse à l'autorité du roi. — Les ennemis le menacèrent de tuer son fils qui était tombé entre leurs mains. « Bénigne Fn'iniot peut perdre ses enfants, mais non sa fidélité, répondh le Spartiate chrétien, et les ennemis n'osèrent exécuter leur menace. — Lorsqu'on raconta à Henri IV, dont l'avènement ;iu trône mit fin à cette guerre désastreuse, ce trait de courage et d'autres encore de Bénigne de Frémiot, il voulut l'élever à la dignité de premier président du parlement. « Dieu me garde, Sire, » répondit de Frémiot, « d'évincerun homme vivant de sa charge ! Le premier président est un bon catholique, il servira votre Majesté comme il faut. » — Son plus cruel ennemi, qui poursuivait de la même haine sa religion, lut condamné à être décapité, et ce malheureux ne trouva d'autre intercesseur que Frémiot, à qui il avait voué une

Ql AÏIUEMK CUMMANDEMENÏ DE DIEU. 231

liaine mortelle. Henri accorda h ses instantes supplications la vie de son ennemi. « Je vois bien, » dit le bon roi, « que votre désir de pardonner a conspiré avec ma clémence. Vous vouiez la vie de votre ennemi, et je vous l'accorde ! » (Anecdotes de Hungari.)

Le patriote incorruptible.

Lorsqu'on 1809, les Français s'avancèrent contre Vienne, un détachement arriva dans un village et demanda un guide pour conduire l'armée à travers les montagnes et les forêts vers un endroit éloigné. On répondit à l'officier qu'il n'y avait sur le lieu qu'un seul paysan qui connût le chemin. Le paysan fut amené, et l'officier lui ordonna de le précéder comme guide. « Dieu m'en garde, » dit le campagnard, « je n'en ferai rien. » L'officier s'emporta et menaça le paysan. Mais celui-ci persista dans son refus. L'autre lui présenta une bourse remplie d'or; le paysan resta inébranlable. Sur ces entrefaites arriva le général français; dès qu'il eut appris que le seul homme qui connût le chemin, refusait de l'indiquer, il fit venir le paysan devant lui. Il essaya de le gagner par la promesse de fortes récompenses; mais tout fut inutile. Le général dit enfin : « Vous avez le choix; vous allez montrer le chemin, sinon vous serez fusillé sur-lechamp. » — « Eh bien, » je mourrai en fidèle sujet de mon empereur, » répondit le paysan, « et je n'aurai pas besoin de devenir traître à ma patrie. » Là-dessus le général lui tendit la main en disant : « Allez, brave homme, je trouverai bien le chemin sans guide. »

Un fidèle sujet.

Le roi d'Angleterre, Richard, surnommé Cœur-de-Lion, entreprit en 1199 une croisade en Palestine et y fit la guerre contre les Sarrasins. Un jour qu'il était parti pour la chasse, avec une suite peu norribreuse, il tomba dans une embuscade. Richard n'était pas habitué à fuir; malgré la multitude des ennemis, il frappa courageusement autour de lui ; mais déjà tous ses compagnons étaient tombés, à l'exception d'un seul, il n'y avait aucun espoir de se frayer un chemin de vive force,

^.■ij DES C0MMAM>FJ1ENTS.

<;t il ne restait d'autre parti au roi que de fondre sur les ennemis, l'épée à la main, ou de se constituer prisonnier. Alors le seul de ses compagnons qui eût survécu (il s'appelait Guillaume de Pourcellel) s'écria tout à coup : « c'est moi qui suis le roi ! » — Aussitôt les Sarrasins, laissant là Richard, .s'emparèrent de lui et l'emmenèrent avec eux. Le roi réussit, dans la bagarre, à se sauver et à rejoindre les siens. Lorsque le prisonnier fut conduit devant Saladin, la ruse fut bientôt découverte; mais Saladin, prince magnanime, loin de s'irriter contre le chevalier, le loua de sa fidélité, le traita avec bonté et peu après l'échangea contre dix Arabes.

Priez Dieu pour les Rois et les autorités.

Un journal paraissant à Vienne, raconte le fait suivant, en date du 25 mars, 1855 : un trait touchant d'attachement à notre empereur François-Joseph, et qui prouve en même temps quelles profondes racines la religion et la piété ont jetées dans les classes inférieures à Vienne, vient de se passer Jun de ces jours devant un magasin d'objets d'art de cette ville. — Une foule de spectateurs s'y était arrêtée devant un étalage de gravures et de tableaux. Tout à coup une pauvre vieille femme s'ouvrit un passage à travers les groupes jus- <ju'à la vitrine, derrière laquelle était exposé le portrait de l'empereur peint à l'huile, fit une courte prière, et faisant le signe de la croix sur la vitrine elle dit : « Que Dieu soit avec lui. » — Là-dessus elle s'éloigna sans faire attention aux î«3sistanls. — Tous les témoins de cette scène furent vivement émus et eurent les larmes aux yeux en voyant partir cette brave femme.

Les sujets reconnaissants.

La reconnaissance est toujours la compagne de l'attachement. Le marquis de Crignon, connu dans toute la Vendée I>âr sa bonté et sa générosité, fit rebâtir son château qui avait c':é incendié pendant la révolution. De toutes les communes Voisines qui dépendaient rie lui arrivaient des paysans se lii-ésentant pour faire la corvée. Lorsqu'il voulut faire cher-

cher le bois de charpente il en vint une soixantaine qui lui dirent avec un Ion de reproche : « Nous voyons bien que vous ne nous aimez plus comme auparavant, car vous n'avez donné connaissance de vos projets qu'a un petit nombre de paysans. Cependant, si vous êtes changé, nous sommes toujours restés les mêmes. Nous voici avec nos bœufs, nos chariots et nos attelages. Nous allons faire couper tout le bois de charpente que vous avez dans votre forêt et lamener au château. »

Explication. On transgresse les devoirs envers l'autorité civile par la haine et le mépris, par le blâme et la diffamation téméraire, par le refus des contributions imposées, par V insubordination et la révolte, enfin par toute espèce de trahison et de complot contre le roi et la patrie. — Tous les péchés contre l'autorité civile sont des péchés contre Dieu qui a institué l'autorité. « Le murmure du peuple contre les autorités, » dit Corneille a Lapide {ex. 16, 7.) est un murmure contre Dieu qui les a établies, et Dieu a toujours châtié le murmure du peuple. » On ne peut jamais se fier à ceux qui murmurent contre les autorités ou qui se révoltent, etc. « Ce sont des murmurateurs qui se plaignent sans cesse; qui suivent leurs passions ; » dit l'apôtre S. Jude (16.), « leurs discours sont pleins de faste et de vanité, et ils se rendent admirateurs des personnes selon qu'il est utile pour leurs intérêts. » — De tels hommes n'ayant aucune crainte des supérieurs temporels n'ont également aucune crainte de Dieu.

Deux craintes voiilirès-bien ensemble; Celle (le Dieu, celle (les rois ; Quand l'une s'arièic parfois, Rcriisant. (le marcher, il semble Que l'aMlre ne fait pins un pas.

Qui ne respecte pas le maître Qu'on a pu voir cl reconnaître Ciaindra-l-il celui iju'il ne >oil pas?

^rii DES COMMANDEMENTS.

Révolte du peuple Romain.

Dans les premiers temps de la république romaine, les plébéens s'insurgèrent contre le Sénat et excitèrent une révolte. Il n'était pas juste, disaient-ils, qu'ils se donnassent tant de peinepourvoirpasserleur argent, si durement gagné, entre les mains du Sénat qui en usait à son gré. Ils surtirent alors de la ville et se retirèrent sur une montagne, résolus à ne plus rien donner au Sénat et à ne plus travailler. Dans cette extrémiléun homme, plein d'espritetde malice, nommé Menenius Agrippa, étant allé les trouver, leur raconta la fable suivante : a Les membres du corps humain se révoltèrent un jour contre l'estomac; ils se plaignaient de ce qu'ils étaient toujours occupés, les pieds devaient marcher, les yeux voir, les mains travailler, les dents mâcher, etc. et tout cela pour le plus grand plaisir de l'estomac qui ne faisait autre chose que recevoir et consommer ce qu'ils lui préparaient. C'est pourquoi les membres s'entendirent pour qu'aucun d'eux ne fît plus la moindre chose pour l'estomac; les pieds ne marcheraient plus, les yeux ne regarderaient plus, les mains ne travailleraient plus, les dents ne mâcheraient plus, pour que l'estomac pût se convaincre que tout ne dépendait pas de lui seul. Lorsque pendant quelques jours ils eurent mis leur résolution en pratique, les pieds devinrent faibles, les yeux troubles, les mains inertes et le corps entier tomba dans une langueur dangereuse, parce que l'estomac, ne recevant plus de nourriture, ne pouvait plus rien communiquer aux membres. Alors ils durent reconnaître leur folie, et avouer que chaque membre est obligé de remplir son devoir pour son propre avantage et pour celui de l'estomac, s'ils ne voulaient pas se ruiner en peu de temps; car les membres ne sont pas seulement au service de l'estomac, mais l'estomac est aussi au service des membres. » — Au moyen de cette comparaison Agrippa ramena les plébéens à la raison, de sorte qu'ils retournèrent à Rome et remplirent leurs devoirs.

Saillie Catherine de Bologne

chaque fois qu'elle entendait murmurer quelqu'un contre les autorités, avait coutume de répliquer vivement et de répondre : « Malheur à lame qui n'a pas des sentiments respectueux pour son supérieur; elle ne peut pas attendre de bénédiction de Dieu! » (Holland. 9 Martii.J

Paroles de saint Ambroise à des sujets rebelles.

Saint Ambroise, s'adressant aux sujets qui refusent de payer les impôts dus à l'Etat, les interpelle de la manière suivante : « Si le Fils de Dieu lui-même a payé les impôts, comment osez-vous prétendre qu'on ne doit pas les payer? Il payait l'impôt, bien qu'il ne possédât pas de propriété; mais vous qui poursuivez les gains terrestres, pourquoi ne vous soumettez-vous pas aux puissances terrestres? Lorsque l'empereur exige un tribut, nous ne le refusons pas. Nous lui cédons de bon cœur, quand il le désire, non-seulement notre argent comptant, mais encore nos biens immeubles. » {Lib. 4. ad cap. S. Luc.)

{Gr. Cat. 19« q.)

Cas où l'on ne doit pas obéir aux parents et aux supérieurs. — Explication. \\ peut se présenter des cas où les enfants ne doivent pas obéir à leurs parents, les domestiques à leurs maîtres, et les sujets à leur souverain, c'est: lorsque ceux-ci ordonnent quelque chose de contraire à la loi de Dieu. Alors on doit plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes ; ici vient bien à propos cette l)arole de S. Augustin {Serm. de verb. Dom.) : « On doit aimer son père, mais on doit aimer mieux son Créateur, » et les sujets, de leur côté, doivent alors pratiquer cette parole du Seigneur : « Donnez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » (S. Matth. 22,21.)

Exemples tirés de la Bible.

Joseph, le fils de Jacob, servait dans la maison de Puti-

2r.(; DES COMMANDEMENTS.

phar. Sa maîtresse voulut l'engager ù commettre un grand pûclié; mais le chaste jeune homme repoussa sa demande criminelle en lui disant : « Comment ferais-je un si grand mal, et pécherais-je contre Dieu? » — La chaste Suzanne garda la même conduite à l'égard de deux vieillards impies qui étaient juges du peuple. {Daniel, 13.) — Le roi Nabuchodonosor fit élever une statue d'or et ordonna qu'au son des trompettes on se prosternât et qu'on adorât cette statue. Mais les trois enfants de ßabylone refusèrent d'obéir à cet ordre impie du roi et préférèrent être jetés dans une fournaise ardente plutôt que de se laisser entraîner au culte des idoles. Dieu les protégea et les fit sortir miraculeusement de la fournaise. (Dan. 5.) — Le roi Antiochus voulut forcer les sept frères Machabées avec leur mère à agir contre la loi en mangeant de la chair de porc. 3Iais ils bravèrent, avec une héroïque fermeté, cet édit coupable en donnant courageusement leur sang et leur vie pour la foi. (:2. Mach. 1.) — Les Apôtres furent cités devant le grand conseil et reçurent l'ordre de ne plus enseigner au nom de Jésus. Mais les Apôtres répondirent : « Nous devons plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes. » {Ad. des Ap. 4, 1-19.)

Quand on ne doit pas obéir aux supérieurs.

Saint Augustin cite l'exemple des premiers chrétiens, et nous montre par là quand nous devons obéir à nos supérieurs et quand nous ne le devons pas. Il écrit : « Julien était un empereur incrédule, un apostat, un idolâtre dépravé, et cependant les chrétiens ne se révoltèrent pas contre lui ; ils le servirent avec la plus grande fidélité. S'il voulait les obliger à adorer les idoles, à leur offrir de l'encens, alors ils mettaient le commandement de Dieu au-dessus du sien. Mais s'il leur disait : « Allez au combat, attaquez l'ennemi, » ils lui obéissaient sur-le-champ.

Quand les enfants ne doivent pas obéir à leurs parents.

Il se trouve malheureusement assez souvent des parents qui oublient leurs devoirs au point d'ordonner des actions

gUATlUK.MK C.OMMAMil MKNT W. MVA. 257

coupables à leurs enfants, ou de les éloigner du bien, en les poussant par exemple à voler, à nuire à leur prochain, et qui voient de mauvais œil que l'un ou l'autre de leurs enfants ne s'attache pas au monde, mais à Dieu et à la vertu, qu'il a du goût pour la vie religieuse, etc. — Qu'il y ait encore de ces parents impies et oublieux de leurs devoirs c'est ce que pri)uve le fait suivant arrivé naguères, et que nous allons rapporter pour l'instruction des parents et des enfants. En 1854, le 4 janvier, les assises s'ouvrirent à Wurtzbourg. Le premier fait qui se présentait donnait matière à de tristes réflexions; car au banc des criminels vint s'asseoir un jeune homme de 14 ans, accusé de vol et ayant pour instigateur au crime son propre père, qui avait invoqué des motifs religieux pour se faire obéir. — Un enfant de 9 ans, Aloïs Müller, demeurant à Schlossau {Bade), avait été envoyé par ses parents dans le village voisin d'Araorbacli {Bavière), pour aller y toucher une petite somme d'argent gagnée à la loterie. En chemin le jeune Aloïs fit la rencontre d'Etienne Kirchgessner, de Kirchzell, et tout en causant, ce dernier apprit de son compagnon, qu'il allait toucher de l'argent. Ils se séparèrent. En retournant, l'enfant trouva de nouveau sur son chemin Etienne, qui s'offrit à l'accompagner et parvint à savoir qu'Aloïs avait trois thalers, quatre kreutsers dans une bourse. Arrivé au milieu d'une forêt, le méchant Etienne, saisissant son compagnon par les jambes, le jeta à la renverse, l'étreignit à la gorge, et après s'être emparé de sa bourse, prit la fuite. Le petit Müller tout en poursuivant le voleur fit la rencontre de quelques bûcherons, auxquels il raconta ce mésaventure. Ceux-ci prirent l'enfant avec eux dans la forêt pour aller à la recherche du voleur, qu'ils soupçonnaient devoir se trouver au milieu de leurs compagnons; et effectivement, Kirchgessner, se voyant poursuivi, abandonna à la hâte sa retraite, et ceux qui le poursuivaient remarquèrent que dans sa fuite il jetait un objet. C'était la bourse volée. — Etienne Kirchgessner et son père, qui se trouvait également dans la forêt, furent saisis. Ce ne fut que dans la maison d'arrêt qu'Etienne déclara d'une manière détaillée que c'était à

DES COMMANDl-MF.NTS.

l'inslijjalion de son père riu'il avait dépouillé le jeune Mulh-r D'abord il s'était refusé à ce crime; mais lorsque son père l'eut menacé et lui eut rappelé que dans le catéchisme il est écrit que Yenfant doit obéissance à son père, alors seulement il avait consenti. — Etienne Kirchgossner fut condamné à être enfermé pendant huit ans dans une maison de correction et son père à subir un emprisonnement illimité.

c) Devoirs des jeunes gens envers les vieillards. — Explication. La vieillesse est toujours respectable, et si elle a moins d'avantages extérieurs que la florissante jeunesse, elle a d'autant plus de qualités intérieures; c'est ainsi que sur les vieilles monnaies l'empreinte est ordinairement très-faible; mais la valeur intrinsèque est plus grande, et l'argent en est meilleur que celui des monnaies nouvelles. C'est pourquoi les jeunes gens doivent parler aux vieillards avec respect, écouter leurs bons conseils, et alléger, autant que possible, les incommodités de leur âge, suivant le précepte du Seigneur {Levitique, 19, 32.) : « Levez-vous devant' ceux qui ont les cheveux blancs, honorez la personne du vieillard, et craignez le Seigneur votre Dieu. »

Dureté et respect pour les vieillards.

Il arriva un jour à Athènes qu'un vieillard vint au spectacle quand tout le monde était déjà placé, de sorte qu'il ne put trouver une place conforme à son âge et à son rang. Plusieurs jeunes gens qui s'étaient aperçus de l'embarras dans lequel il se trouvait, lui firent signe de venir à eux, comme s'ils voulaient lui venir en aide. Le bonhomme se fraya avec peine un passage jusqu'à eux. Mais lorsqu'il se trouva au milieu d'eux, ils ne bougèrent pas et exposèrent le vieillard à la risée de toute l'assemblée. Alors celui-ci se rendit à l'endroit réservé aux étrangers, où se tenaient les députés Lacédémoniens, et tous se levèrent devant le

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vieillard et le Hrent asseoir au milieu d'eux avec les marques du plus profond respect. En ce moment les Athéniens, reconnaissant leur faute et la grandeur de la vertu Spartiate, applaudirent de toutes leurs forces en signe d'approl)ation ; lorsque le silence fut rétabli, le vieillard se leva et dit à haute voix : « Les Athéniens connaissent ce qui est bien, mais les Lacédémoniens le pratiquent. » — Les Athéniens sont une image du temps présent, les Lacédémoniens, au coniraire, une image du temps passé. Suivez également le principe de ces derniers, surtout à l'égard des personnes âgées.

Honorez la vieillesse.

Un père avait deux fils. Bien souvent il dut entendre que ses enfants se moquaient des vieillards. Il leur fit à ce sujet une vive réprimande et leur dit que Dieu et les hommes de bien voyaient de mauvais œil qu'on se moquât de la vieillesse. Mais chez ces jeunes gens insouciants et légers toute réprimande fut inutile. Or, à la fête de leur père, les fils vinrent lui souhaiter bonheur, santé et longue vie. Le père leur répondit : « Hélas! souhaitez plutôt que je meure bientôt; car lorsque je serai vieux, de méchants enfants — ici il leur lança un regard sévère — se moqueront de moi, et ce seront peut-être mes propres enfants. » Les enfants baissèrent les yeux en rougissant de Ijonte. Ils reconnurent alors la gravité de leur faute et témoignèrent dans la suite plus de respect aux personnes âgées.

Respectez, mon enfarn, l'âge rie la \i(;il!esse; Los lèvies (]e.-5 vieillaids enseignent la sagesse.

Pratique. S. Pierre Damien écrit : « Celui qui n'obéit pas à ses parents, (à ses maîtres, à ses supérieurs), n'aura point de place dans le royaume des vivants. » {Lib,S,epist 8.) Comprenez-vous ces paroles, mon enfant? Eh hien! Si vous voulez aller au ciel, obéissez de bon cœur à vos parents, à vos maîtres, à votre pasteur, à vos supérieurs, » afin que plus tard vous n'ayez pas à vous adresser ce reproche : pourquoi ai-je haï la discipline.

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t'l |tüurquoi mon c.œuv n'a-l-il |)as accepté les avertissements? Pourquoi n'ai-je jias écouté la voix de ceux qui m'instruisaient, et n'ai-je pas tendu mon oreille à leurs enseignements? {Prov. 5, 12, 13.) {Voyez les Ex. ci-dessus.)

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