I. NOTION DE LA FOI
voit pleurer. Le peuple raconte tout haut cette histoire et dit: « C'est le jugement de Dieu. » — En vérité, Dieu punit l'incrédulité : « Qui ne croit pas, sera condamné. » [S. Marc, 16-16.)
(Gr. Cat. 4e q.)
Nous devons tenir pour vrai tout ce que Dieu a révélé, parce que Dieu est V éternelle et infaillible vérité. « Si vous me demandez, dit S. Ambroise, quelle est la personne qui révèle, je vous réponds : c'est Dieu Véternelle vérité. Si nous ne croyons pas en Dieu, en qui croirons-nous donc? Dieu doit être cru sur parole. »
Un paysan irlandais.
Un paysan irlandais qui servait Dieu dans toute la simplicité du cœur fut tourmenté pendant assez longtemps par différents scrupules. Parfois il éprouvait des doutes au milieu desquels il lui semblait qu'il ne pouvait se fier à la parole de Dieu ni opérer son salut. Un fidèle serviteur de Dieu à qui le bon campagnard avait confié ses peines intérieures, s'efforça de le guérir de ses scrupules et chercha à lui prouver qu'on devait croire Dieu sur parole. Pour y parvenir, il lui raconta l'aventure suivante: « L'empereur Napoléon inspectait un jour un régiment devant son palais à Paris. Pendant qu'il donnait ses ordres, il laissa échapper la bride de son cheval qui prit aussitôt son élan et se précipita de côté et d'autre. Un simple soldat de la troupe de ligne, homme résolu et adroit, s'élança aussitôt des rangs, saisit habilement le cheval par la bride et le ramena à l'empereur qui lui dit: « Merci, capitaine! » — « Dans quel régiment, Sire? » — « Dans mes gardes, » dit l'empereur qui continua sa course. Le soldat avait la parole de son monarque et s'y fia ; aussitôt il dépose son fusil à terre et se rend, dans son uniforme de fusilier, au milieu de l'état-major. « Que vient faire ici cet homme? » dit l'un des généraux. « Cet homme, répondit le soldat d'un ton décidé, cet homme est capitaine dans les gardes. » — « Comment vous? »cria-t-on autour de lui. «Oui
moi ! car celui qui est là-bas, l'a dit, » répondit-il, en montrant de loin l'empereur. « En ce cas, pardonnez-nous, Monsieur, dit-on respectueusement, nous ne le savions pas. » Entretemps le soldat n'avait du capitaine que la tenue fière et martiale, mais les épaulettes et l'épée lui manquaient. La parole du souverain, à laquelle il se fiait, valait mieux qu'un uniforme brillant. II croyait fort et ferme à cette parole d'un roi mortel. Et vous, vous ne voudriez pas croire, sur parole, le souverain Roi du ciel et de la terre? — Le campagnard ayant compris ce que signifient ces mots croire Dieusur parole, ses doutes disparurent. Depuis ce temps, il vécut uniquement pour Dieu et le salut de son âme. (Exemples de vertus, p. 243.)
Comparaisons.
L'Apôtre assure que: « Dieu est véritable et que tout homme est menteur. » (Epit. aux Rom. III, 4.) Si donc on ne peut, sans arrogance et sans témérité, non-seulement repousser ce qu'un homme sage et prudent affirme être vrai, mais encore lui demander de prouver par des raisons ou par des témoins les choses qu'il avance, quelle ne sera pas la témérité ou plutôt la folie de celui qui, entendant la voix de Dieu même, cherchera encore des raisons pour croire la céleste doctrine du salut? (Catéchisme romain, chap. I,
(Gr. Cat. 5-6e q.)
Par révélation divine, on entend tout ce que Dieu nous a fait connaître pour notre salut, par la voix des patriarches et des prophètes et en dernier lieu par son fils Jésus-Christ et les apôtres ; sans elle nous n'eussions pu connaître que difficilement ou d'une manière insuffisante plusieurs vérités du salut et même nous eussions ignoré complètement la plupart d'entre elles.
Plainte fondée d'un savant chrétien.
Un chrétien qui se distinguait autant par sa vertu que par
sa sagesse, dans le sentiment de l'impuissance et de l'ignorance où nous serions tous plongés sans la révélation divine, se plaignait souvent en disant: « J'erre dans l'école de la vie, comme un pèlerin dans les déserts de la Syrie, et dans cette vaste plaine de sable je ne trouve, ni halte ni rafraîchissement pour mon cœur ! La parole consolante de Dieu, sa rêvélation est le seul ange dans le désert qui reconforte l'âme épuisée, au moyen de son pain céleste. »
Comme la pâle lune, au milieu de la nuit, La raison nous conduit par sa demi lumière. Toute la vérité seulement nous éclaire, Quand le soleil divin dans nos ténèbres luit.
(Le royaume da Dieu de Muack.)
Comparaison.
« La vie humaine est une navigation sans boussole. Le meilleur navire conduit par le capitaine le plus expérimenté n'arriverait pas au but de son voyage s'il n'avait au ciel une étoile pour se retrouver sur l'immensité de la mer et cette étoile est la révélation divine. » (Ibidem).
Nécessité de la révélation.
Un savant français fut envoyé par son gouvernement dans la Laponie, contrée où règne un hiver presque continuel, afin d'y faire des observations astronomiques. A son arrivée, il trouva les hommes de très-petite taille qui habitent ce pays inhospitalier, enfoncés dans leurs sombres quartiers d'hiver, huttes souterraines, remplies de suie et de fumée, où ils se tenaient près du feu. Bientôt tous les habitants de la contrée se réunirent avec une vive curiosité autour de l'étranger, considérèrent ses dessins et ses instruments astronomiques et regardèrent, en branlant la tête, tantôt ceci, tantôt cela. lisse firent tout expliquer, mais ne comprenant rien à toutes les explications, ils finirent par éclater de rire. « Vraiment, s'écria le principal d'entre eux, toi, ton roi, et ton peuple doivent avoir perdu le bon sens, pour s'occuper de pareilles billevesées. » Ces moqueries fâchèrent l'astronome qui s'écria à son tour; «Je ne suis
pas étonné que vous no compreniez rien à tout ceci, vous qui vivez clans vos trous souterrains comme des taupes, et ne voyez que neiges, glaces et brouillards; comment pourriez-vous avoir des notions sur des choses si élevées au-dessus de votre intelligence? Mais au moins devriez-vous croire ceux qui ont plus d'esprit et de connaissances que vous. » — Aussitôt que les Lapons entendirent ces paroles, ils poussèrent des cris sauvages et se précipitèrent sur l'astronome qui eut toutes les peines du monde à s'échapper de leurs mains. — Or sous le rapport des choses divines et célestes, nous habitants de la terre, nous ne sommes guères au-dessus de ces Lapons ignorants. Car cette terre, comme s'exprime un Père de l'Eglise, est semblable à une maison où la fumée et le brouillard nous empêchent de distinguer clairement les objets.
Si la lumière de la révélation n'éclaire pas les yeux de notre esprit, nous sommes aveugles en bien de choses, ou nous ne les voyons qu'avec grande peine et de grands efforts, et toujours exposés à nous tromper. Si Dieu dans sa miséricorde ne s'était révélé à nous, dans quelle affreuse nuit le monde ne serait-il pas plongé! Combien seraient incomplètes et incertaines nos connaissances, touchant Dieu et son existence éternelle, la manière convenable de l'honorer, d'obtenir de lui grâce et pardon! Qui pourrait nous donner des assurances positives sur nos éternelles destinées et sur l'avenir qui nous attend au-delà du tombeau? Et quand il s'agit de l'accomplissement de nos devoirs les plus sacrés, combien plus facilement prendrions-nous conseil de nos passions que de notre raison?
Mais de ce qu'au moyen de la raison nous connaissions et prouvions certaines vérités, il ne s'ensuit aucunement que nous eussions pu les connaître et les prouver sans l'aide de la révélation. Aussi un théologien très-savant fait la remarque suivante: « La révélation a fait connaître à l'homme maintes vérités qu'il portait en lui, mais qu'il ne pouvait y trouver seul. C'est ainsi que dans l'obscurité de la nuit on ne voit pas les trésors- renfermés dans une chambre. Y porte-
t-on la lumière, les objets sans doute ne s'y forment ou n'y entrent pas, mais on commence alors à les voir. » (Jos. Deharbe. Traité populaire de la religion, p. 179 J
Où V homme va sans révélation; égarements du paganisme.
Pour comprendre jusqu'à quels déplorables égarementsres-
prit humain peut se porter sans la révélation divine, on n'a qu'à jeter les regards sur le paganisme. Quelques exemples suffiront pour le prouver. Un grand nombre de sectes Indobouddhistes cherchent la nature divine dans tout ce qui possède la vie organique ; elles en savent tout au long sur le compte de Bouddha ou de Fo ; son amour céleste pour tous les êtres est si grand qu'un jour il se laissa dévorer par un chat-tigre afin de le sauver quand il allait mourir de faim. Ces idolâtres sont tellementconséquents avec leur doctrine absurde, qu'ils ne veuillent boire qu'à travers un tissu de soie, afin que les êtres qui pourraient se trouver dans l'eau, soient protégés par cette machine à filtrer; plusieurs d'entre eux môme portent toujours devant la bouche un morceau de mousseline ou de gaze pour n'avoir pas le malheur d'avaler une mouche, en respirant, et de la priver ainsi de la vie; or, comme leur divinité est présente en toute chair, comment adoreraient-ils Dieu en esprit? — D'un autre coté, les sauvages et fanatiques adorateurs dePvudra Kali, la déesse de la mort et de la destruction, célèbrent son culte en tuant et en détruisant. (Voyez Emm. Veith. Im Samaritaine, p. 261 .) Les habitants de l'Indoustan adorent les animaux les plus repoussants et s'en laissent dévorer croyant que c'est le chemin le plus sûr d'arriver au ciel. A certaines solennités l'un d'eux est tenu de s'offrir en sacrifice aux dieux. Après l'avoir déchiré de coups, ils lui enfoncent des crochets entre les côtes, le suspendent à un poteau et ne cessent de le faire pirouetter tout autour, au milieu de grands cris de joie. La veuve doit s'y laisser brûler vive sur le cadavre de son mari, et quelquefois le nombre de ces victimes monte jusqu'à sept cents en une année.
Comparaisons.
c< La raison est l'œil de l'âme ; mais, comme l'œil du corps, elle a besoin de lumière pour voir, et comment voudrait-on qu'elle vît clair dans les choses divines si elle était privée de la lumière de la révélation divine»? (S. Augustin.)
{Gr. Cat. 7-13e q.)
Cette révélation divine est parvenue jusqu'à nous, en partie par écrit (par l'Ecriture sainte ou la Bible) en partie oralement (par la Tradition); L'Ecriture sainte est l'ensemble des livres qui ont été écrits par l'inspiration de l'Esprit-Saint et que l'Eglise regarde comme la* parole de Dieu. Elle se compose de l'Ancien Testament qui contient les révélations divines faites aux hommes avant la venue de Jésus-Christ, et du Nouveau Testament qui contient les révélations que nous avons reçues de Jésus- Christ et des Apôtres.
Une parabole.
Un père avait un fils qu'il avait envoyé en pays étranger avec les meilleurs intentions, pour qu'il s'y perfectionnât dans les sciences. Mais le malheureux eut bientôt oublié les recommandations de son père parce que, dans la maison paternelle, il s'était habitué à la désobéissance. Le père lui envoya messagers sur messagers, chargés de l'avertir de vive voix qu'il eut à se corriger promptement. Les envoyés furent reçus d'un air bourru et à peine avaient-ils dépassé le seuil de la porte que les avis paternels étaient de nouveau oubliés. Le père résolut alors de recourir à un autre moyen. Il fit écrire à son fils; et voyez! le moyen réussit. La volonté de son père exprimée par écrit était toujours devant ses yeux. Souvent il relisait la lettre et chaque fois qu'il la prenait en mains, il se rappelait la bonté et la sagesse de son père, s'en pénétrait et reconnaissait la nécessité d'écouter ses avis. C'est ainsi qu'il finit par devenir un brave et honnèie homme,
qu'il parvint heureusement à l'honorable emploi auquel son père l'avait destiné.
Mais ce père aussi bien que ce fils et cette lettre et toute cette histoire ne sont qu'une simple allégorie que j'ai inventée pour votre instruction. Je vous en expliquerai le sens. Le père c'est Dieu; le fils est l'image de l'humanité; les messagers représentent les prophètes, Jésus-Christ et les apôtres ; et la lettre n'est autre chose que l'Ecriture-Sainte; une fois ceci compris, vous saisirez facilement le sens de la parabole.
Dieu avait mis les hommes sur la terre dans les desseins de son adorable bonté, afin qu'ils s'y préparassent au ciel. Mais bientôt ils eurent oublié la loi naturelle qu'il avait gravée dans leur cœur et donnée pour les accompagner dans leur route. Déjà dans le Paradis terrestre ils avaient pris l'habitude de désobéir. Voyant que leur conduite devenait trop criminelle, Dieu leur parla par les patriarches et les menaça des plus terribles châtiments. Ce fut en vain. Alors il envoya parmi eux ses prophètes pour leur prêcher la pénitence et la conversion, pour les instruire dans le bien. Mais rien n'y fit. Les prophètes furent mal reçus, et à peine avaient-ils disparu aux yeux du peuple, que leurs recommandations, leurs menaces, et leurs avis étaient oubliés. Enfin, il envoya son propre fils et après lui de nombreux apôtres. Ceux-ci parurent plus heureux dans leurs efforts, mais il y avait à craindre qu'avec le temps, on n'oubliât également leurs salutaires enseignements. Dieu avait donc résolu, à une époque plus reculée, de faire transmettre nonseulement de vive voix, mais encore défaire mettre en partie par écrit, au moyen de saints personnages, ce qu'il avait fait connaître aux hommes depuis la création, afin qu'ils pussent se rappeler d'autant plus souvent ses ordres et réfléchir plus mûrement à leurs destinées. Les hommes reçurent donc en mains un livre auquel ils pussent se tenir, se fier, et qui les instruisît dans le bien. C'est ce livre que nous appelons ordinairement Y Ecriture-Sainte. Une partie de ce livre a été écrite avant Jésus-Christ, et nous l'appelons YAncien-Testa-
ment. L'autre ne fut écrite qu'après Jésus-Christ et elle est nommée le Nouveau-Testament.
(Gr. Cat. 14-i5e q.) Mais il ne suffit pas de croire ce qui se trouve dans l'Ecriture sainte, nous devons également croire la Tradition, c'est-à-dire les vérités révélées que les Apôtres ont préchées, mais n'ont pas mises par écrit; car puisque Jésus-Christ n'avait pas donné l'ordre à ses Apôtres d'écrire sa doctrine mais de la prêcher (S. Marc. 16, 15 et S. Matth. 28, 19.), ceux-ci n'ont pas écrit tout ce que Jésus-Christ a fait, et encore moins, tout ce qu'il a dit. C'est pourquoi nous lisons en S. Jean (Ev., 30.) : « Jésus a fait, en présence de ses disciples, plusieurs autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre. »En général le christianisme existait déjà longtemps par la seule prédication des Apôtres, avant que ces derniers eussent écrit la moindre chose et conséquemment avant que l'Ecriture sainte elle-même existât.
S. îrènèe.
Voici ce que S. ïrénée écrivait déjà de son temps: « Eh quoi ! Si les Apôtres n'eussent pas laissé d'écrits, n'aurionsnous pas dû suivre alors la suite de la Tradition telle qu'elle passa de ces disciples du Sauveur à ceux auxquels l'Eglise l'a confiée? Ainsi le font plusieurs peuples parmi les barbares; ils croient en Jésus-Christ et à la doctrine du salut, sans avoir ni papiers ni lettres, mais le Saint-Esprit l'a écrit dans leurs cœurs et ils gardent fidèlement l'antique Tradition.
Comparaison.
« L'Ecriture sainte et la Tradition apostolique se rencontrent, comme les deux moitiés d'un arcade dont les parties supérieures forment une voûte sur laquelle s'appuie fermement et s'appuiera jusqu'à la fin des temps le temple de la vérité. » {Miuich.)
§ I. SOURCES DE LA FOI. i'J
Nécessité de la Tradition.
Ecoutez, mes chers lecteurs, une petite histoire que raconte notre spirituel et profond Lessing: « Au commencement du siècle passé, un ministre luthérien démissionné voulait se rendre du Palatinat dans une des colonies de l'Amérique Anglaise, avec sa famille qui consistait en enfants des deux sexes. Le vaisseau sur lequel il s'était embarqué, se brisa contre une petite île inhabitée, au milieu de l'Océan, et tout l'équipage se noya excepté la famille du ministre. Celui-ci trouva l'île si agréable, si saine, si riche en productions pour les besoins de la vie, qu'il se résigna très-volontiers à y passer le reste de son pèlerinage ici-bas. La tempête avait poussé sur la cote entre autres choses un petit coffre dans lequel'se trouvait parmi des joujoux d'enfants, un catéchisme de Luther. On comprend aisément que ce catéchisme, à défaut de tout autre livre, devint pour lui un précieux trésor. Il continua de s'en servir pour instruire ses enfants et mourut. Les enfants s'en servirent à leur tour pour donner l'instruction religieuse aux leurs et moururent. Cependant un aumônier de la Hesse fit également naufrage dans cette île, il y a deux ans, et accompagné de quelques matelots qui cherchaient de l'eau fraîche, il pénétra à l'intérieur, mais quel fut son étonnement de se trouver tout à coup dans une paisible et riante vallée, au milieu d'une petite population bien gaie qui parlait l'allemand, mais un allemand dans lequel il croyait retrouver toutes les expressions et les tournures de phrase du catéchisme de Luther. Ceci excita vivement sa curiosité, et voyez! il découvrit que cette peuplade ne parlait pas seulement comme Luther, mais croyait aussi comme lui. Employé pendant un siècle et demi, naturellement le catéchisme devait être usé, aussi ne conservait- on plus que les planchettes de la reliure. « C'est dans ces planchettes, disaient-ils, que se trouve tout ce que nous savons. » — « Que c'est jadis trouvé, mes amis, tout ce que vous savez, » répondit le ministre. — « Cela s'y trouve encore, oui, oui! encore! » s'écrièrent-ils. « Il est
vrai, nous ne savons pas lire, nous savons à peine ce que c'est que lire, mais nos pères l'y ont entendu lire par leurs parents et ceux-ci ont connu l'homme qui a coupé ces planchettes. Cet homme s'appelait Luther, etc. »
Par cet exemple, mon cher lecteur, vous voyez comment il est possible que la doctrine de Jésus-Christ ait pu se transmettre aux générations suivantes sans le secours de l'Ecriture. Je ne sais vraiment si cette histoire est réelle ou fictive, mais cela n'y fait rien, parce qu'il est évident qu'elle peut être vraie, et, ce qu'elle essaie de mettre sous les yeux, s'est réalisé en tout point. Le christianisme existait avant que les Evangélistes et les Apôtres eussent écrit la moindre chose. Il se passa encore un temps assez considérable avant que le premier d'entre eux écrivît, et môme un espace trèslong avant que les différentes parties de l'Ecriture sainte eussent été réunies et transmises à chaque communauté chrétienne. Pour le comprendre, on n'a qu'à se rappeler que l'art de l'imprimerie a été inventée seulement depuis environ quatre siècles. Or, s'il y a eu une période durant laquelle la religion chrétienne a été répandue au loin et au large, où elle s'est emparée de tant d'âmes, et où néanmoins aucun de ces écrits parvenus jusqu'à nous, ne se trouvait entre les mains des fidèles ou des prêtres, il s'en suit qu'il n'y aurait aucune impossibilité, si la religion enseignée parles Apôtres, existât encore aujourd'hui sans l'Ecriture. Et comment en serait-il autrement? Si le Sauveur avait voulu qu'à certaine époque, si éloignée même qu'elle fut de la sienne, sa doctrine ne serait connue et propagée que par l'Ecriture, il aurait dû aviser à ce que tous les hommes fussent capables de lire et de comprendre l'Ecriture, il aurait dû même en faire une loi fondamentale. Mais abstraction faite de ce que beaucoup d'hommes et même le plus grand nombre ne sachent pas lire l'Ecriture sainte, et doivent recourir conséquemment à l'enseignement d'un tiers, il faut avouer encore que parmi ceux qui savent lire, il y en a très-peu en état de la comprendre.
Les protestants et surtout ceux qui s'en tiennent au caté-
chismedeDuisbourg, prétendent néanmoins que tout homme qui lit l'Ecriture-Sainte, après avoir invoqué les lumières de l'Esprit-Saintjla comprend dans tout ce qui a rapporta la vie éternelle. Mais celte prétention est dépourvue de tout fondement solide, car il s'en suivrait nécessairement que tous devraient être d'accord dans l'explication et le sens delà Bible. Or, tel n'est pas le cas. Pour le seul texte : « ceci est mon corps, » il y eut chez les protestants aussitôt après Luther, jusqu'à deux cents explications différentes. Certes, c'est une preuve que 1 Ecriture sainte n'est pas claire pour tout le monde, qu'à côté d'elle il faut encore la tradition et l'explication de l'Eglise. (Entretiens sur l'année ecclésiastique catholique, pag. 204J
{Gr. Cat. 16-186 g.)
L'enseignement non-écrit des Apôtres s'appelle en conséquence Tradition, parce que, depuis le temps des Apôtres, elle a été transmise sans interruption dans l'Eglise catholique par Tune génération à l'autre, soit au moyen de l'enseignement oral, soit au moyen de certaines cérémonies et coutumes de l'Eglise ou des écrits des SS. Pères, dont la doctrine unanime est la doctrine de Jésus-Christ; car ils l'ont reçue des Apôtres et de leurs successeurs et conséquemment nous ne pouvon3 jamais nous en écarter.
Combien la lecture des SS. Pères est utile.
Voici ce que raconte Hugues de Saint Victor, dans un de ses ouvrages, relativement à un saint homme plein d'un amour ardent pour les saintes Ecritures et dévoré d'un insatiable désir de la sagesse. Il avait donc commencé tout d'abord par faire très-peu de cas des explications simples de l'Ecriture; il tâchait de comprendre surtout ses profondeurs et ses ténèbres, s'occupait sans discontinuer de résoudre ses difficultés et de trouver le sens caché de ses saints mystères. Mais c'était une besogne trop rude pour la faiblesse de l'esprit humain. Qu'arriva-t-il? C'est que non-seulement il né-
gligca ses affaires les plus importantes, mais il s'égara dans le chemin de l'erreur, et l'Ecriture devint pour lui une occasion d'hérésies, parce qu'il n'avait pas voulu se servir de ce livre divin dans un esprit de modération et de sagesse. Cependant, grâce à la miséricorde divine, cet infortuné fut averti par une révélation à ne plus s'appliquer seul à l'étude de l'Ecriture sainte, mais à bien méditer la vie et la doctrine des SS. Pères (le meilleur commentaire de l'Ecriture) et c'est ainsi qu'il fut ramené bientôt à ses premiers sentiments de foi et de piété. (Hugues de S. Victor. — Didascalion Lib. 5. cap. 1.)
(Gr. Cat. 19e g.)
Puisque la Tradition catholique, aussi bien que l'Ecriture, est la parole de Dieu, nous devons y croire comme à tout ce qui se trouve dans l'Ecriture sainte. S. Basile dit à ce sujet: « Parmi les doctrines et les cérémonies de l'Eglise, quelques-unes s'appuient sur l'Ecriture sainte, quelques autres sur la Tradition; et toutes deux ont une égale force pour exciter à la vertu, vérité que ne peut nier quiconque a quelque notion de la constitution de l'Eglise. (S. Basilius de Spiritu, 27. — Contra Isabell.)
{Gr. Cat. 20-24e q.)
De tout ce qui vient d'être dit, il suit que le chrétien catholique doit croire toutes les vérités que Dieu a révélées et que l'Eglise nous propose à croire, qu'elles se trouvent exprimées ou non dans l'Ecriture sainte.
L'Eglise, par conséquent, doit proposer ces vérités à notre croyance, parce que par elle seule, nous pouvons savoir infailliblement ce que Dieu a révélé; car c'est de l'Eglise catholique que nous avons reçu l'Ecriture sainte et la Tradition et c'est elle seule qui peut nous en donner le vrai sens, puisqu'elle est la colonne et le fonde-
ment de la vérité, (1 Epît. à Tim. 3, 15.) et qu'ainsi elle ne peut se tromper dans l'explication de la parole de Dieu.
Le catholique est sûr de recevoir de son Eglise seule, les livres de i Ecriture-Sainte.
L'Eglise catholique a toujours vénéré l'Ecriture-Sainte comme la parole de Dieu et l'a préservée comme telle, de toute falsification. — Chez les Juifs mêmes nous trouvons les soins les plus scrupuleux pour conserver intacts les saints livres. Pour rendre impossible tout essai de falsification, ils avaient compté toutes les lettres des livres de Moïse. L'Eglise catholique les reçut des Juifs. Celle-ci veilla à leur intégrité avec une égale, ou plutôt, avec une plus grande sollicitude. Elle ne les mit jamais entre les mains des païens et ne les confia pas même aux catéchumènes. Sous l'empereur Dioclétien, il s'éleva une persécution spéciale contre ceux qui les possédaient afin de pouvoir anéantir par la violence ces livres précieux avec leurs possesseurs. Il est vrai, l'orage fit tomber quelques feuilles desséchées de l'arbre, mais la plus grande partie des chrétiens resta fidèle à sa vocation. S. Félix, évêque de Thibara, disait qu'il préférait laisser brûler son corps, que de voir brûler les livres saints, quand il fut sommé par le gouverneur Magnilien de lui remettre ce dépôt sacré. Celui-ci l'envoya après ce refus au proconsul de Carthage qui l'expédia à son tour au préfet Prétorius alors en Afrique. Ce dernier le fit charger de chaînes pesantes, jeter dans un étroit et obscur cachot, et après quelques jours, embarquer pour l'Italie, afin d'être mis en présence de l'empereur. Pendant quatre jours il demeura sans boire ni manger au fond de cale d'un navire jusqu'au moment où l'on aborda à Agrigente en Sicile. Les fidèles y reçurent le saint évêque avec les plus grandes marques de respect. A Venöse, en Apulie, on le déchargea de ses chaînes, pour l'obliger par la voie des tortures à déclarer s'il possédait les saints-livres. Il l'avoua sans détour, mais en même temps il déclara aussi qu'il ne les livrerait à aucun prix. On le condamna aussitôt à mourir par
le glaive du bourreau. Arrivé au lieu du supplice il remercia le Seigneur en élevant les mains au ciel, de la grâce qu'il lui accordait et reçut le coup de mort. (Marchant. Jardin des pasteurs.)
Comparaisons.
A l'Eglise seule appartient le droit et le pouvoir d'expliquer l'Ecriture sainte. « Où se trouve un code de lois, doit se trouver aussi un tribunal compétent pour l'expliquer dans les cas douteux et difficiles ; car le code lui-même n'est pas en état de parler ou de raisonner; ce serait une folie de dire: «Nousn'avons pas besoin de tribunal ni de juges; nous avons en main le code des lois. Dans tous les procès possibles, nous n'avons qu'à l'ouvrir pour savoir qui a raison ou tort.» Il faut donc également que Dieu ait établi quelque part un tribunal infaillible qui enseigne et qui décide, parce qu'un tel tribunal est nécessaire; sans cela, l'Ecriture ne servirait qu'à multiplier les divisions et les discordes. — Or, pour savoir où se trouve ce tribunal, il n'est guère besoin de chercher longtemps. Nous n'avons qu'à ouvrir les yeux, il se trouve au milieu de nous sur la terre. Seule l'Eglise catholique s'attribue ce droit ici-bas; et seule, elle l'a toujours mis en pratique. Elle seule peut se lever et dire: « Je suis cette maîtresse infaillible dans son enseignement ; voici mes titres de créance, donnés par Jésus-Christ et signés par les Apôtres. Moi seule, j'ai existé depuis le temps de Jésus-Christ et des Apôtres; c'est moi, oui moi seule qui ai bu la vérité au cœur de l'éternelle vérité et qui ai reçu de Jésus-Christ l'obligation d'enseigner la vérité. » L'Ecriture, les Conciles, les Pères, et l'histoire, tout se réunit pour rendre témoignage à la plus haute autorité qu'il y ait sur la terre. (Traité populaire de la Pieligion par Joseph Deharbe, 1. p. 212.)
a L'Ecriture sainte ressemble à une pharmacie. Là se trouvent toutes espèces de remèdes salutaires, de moyens pour rétablir la santé délabrée ou perdue, pour fortifier les faibles et conserver les forces de ceux qui se portent bien. Mais il s'y trouve aussi des remèdes qui, pris sans précau-
tion ou en trop grande quantité, peuvent par là même devenir nuisibles. Il faut donc qu'on recoure à un médecin qui connaisse les effets de chaque remède, comprenne les mélanges convenables, indique les quantités suffisantes et sache quelle est la nature et le caractère du patient. Or, l'Eglise remplit les mêmes fonctions que le médecin, quand il s'agit de l'usage de l'Ecriture sainte. » (Marchant.)
L'arbitre suprême de la Bible.
Toutes les sectes séparées de l'Eglise catholique, reconnaissent, quoiqu'elles le nient et ne le veuillent pas, un juge de la Bible. C'est ce qui ressortira clairement du dialogue suivant :
Le protestant : « Nous ne reconnaissons que la Bible pour notre unique règle de foi ; car, lorsque le chrétien rejette la Bible, que possède-t-il encore? »
Le catholique: « A cette demande, j'en oppose une autre: Comment un chrétien raisonnable peut-il regarder comme l'unique règle de sa foi, ce qu'il a précisément de commun avec toutes les autres sectes qu'il réprouve et condamne lui-même? »
Le protestant: « Il est vrai que la Bible nous est commune avec tous les autres chrétiens. Mais je ne comprends pas du tout votre question. »
Le catholique: « En ce cas, permettez-moi de m'expliquer plus clairement. Les Sociniens en appellent à l'Ecriture; les Anabaptistes, les Réformés, les Luthériens en appellent également à l'Ecriture, tous croient y découvrir leurs doctrines. Mais, lorsqu'ils sont tous de cet avis, comment puis-je discerner qui d'entre eux a trouvé le vrai sens dans la Bible, à laquelle tous en appellent? Qui décidera si tel parti a raison ou non? sera-ce la Bible? — Mais chacune de ces quatre sectes y appelle! Dans ce cas, je dois m'adressera un autre arbitre. Mais s'adresser à un autre arbitre pour juger le différend, c'est déjà condamner par là même le principe du protestantisme qui prétend que la Bible est le seul juge capable de décider. J'en appelle donc de ce livre à un juge
CATÉC. PRATIQUE. T. 1. 3
plus élevé, supposons à un principe qui soit au-dessus de la Bible. Ma demande est donc celle-ci : « Comment peut-on déclarer la Bible l'unique règle de foi, lorsque, en cas qu'il t'aille décider sur les doctrines des sectes protestantes se disputant entre elles et en appelant d'un commun accord à l'Ecriture, on doit recourir à quelque chose d'autre, n'importe à quoi, en un mot, à un juge qui se trouve au-dessus de la Bible? »
Le protestant: « Un tel juge, nous ne le connaissons pas et nous le récusons complètement. »
Le catholique : « Alors la dispute en reste au même point et lien n'est décidé. Mais si vous ne voulez pas reconnaître un tel arbitre maintenant, il faut cependant avouer qu'il y en ut un lors de la séparation et de la division de ces protestants en tant de sectes. Voici comment je l'entends : Les Anabaptistes comme les Luthériens citèrent la Bible. Il a cependant fallu quelque chose qui ait décidé chacune de ces sectes à déclarer l'opinion qu'elle avait trouvée dans la Bible, vraie et celle de ses adversaires fausse. Or, qu'était-ce que cette chose? N'était-ce pas un juge, un arbitre entre les Anabaptistes et les Luthériens?
Le protestant: « Les seules confessions protestantes ont suivi et suivent encore en entier les doctrines de leurs fondateurs. »
Le catholique: « Or, c'était précisément l'aveu que je voulais vous arracher. Ainsi voilà les Anabaptistes et les Luthériens qui en appellent à un texte de l'Ecriture pour prouver un dogme. La dispute s'échauffe; qui prononcera? Vous venez de répondre « les fondateurs des sectes; » ainsi, dans ce cas, ce seront Menno et Luther. Mais alors les chefs de parti se prononcent et décident sur le sens des textes sacrés, se placent bien au-dessus de la Bible. Or, qu'est-ce donc pour une règle de foi unique, que celle où la décision en dernière instance est confiée à l'autorité humaine, à la raison humaine individuelle, aux fondateurs des sectes? Le catholique ne fait-il pas infiniment mieux de confier la décision des différends religieux, l'explication de l'Ecriture sainte, non à
un seul homme qui peut se tromper si facilement, mais à sonEglise? (Consultez l'excellent opuscule: Le Christ et Vantéchrist par Mjnutius Felix, junior.)
{Gr. Cat. 2o-26e q.)
Il suit de là qu'il n'est permis à personne d'expliquer l'Ecriture sainte ou la Tradition dans un sens contraire à celui de l'Eglise; car ce serait vouloir mieux comprendre l'Ecriture et la Tradition que le Saint-Esprit qui en inspire à l'Eglise le vrai sens. L'expérience n'apprend que trop quelles suites funestes- entraîne avec elle la libre explication de la Bible.
L'Ecriture sainte est un livre divin et plein de mystères ; « Il s'y trouve, comme dit S. Pierre (Epît. II. 3, 16,) beaucoup d'endroits difficiles à entendre, que des hommes ignorants et légers détournent à de mauvais sens, pour leur propre ruine. »
Comparaisons.
« L'Ecriture sainte ressemble à un champ cultivé où l'on a semé et planté en abondance, et le trésor caché qui s'y trouve, ce sont les passages difficiles, obscurs et mystérieux.» (Origène.)
« Les textes obscurs et d'un sens profond qu'on rencontre dans l'Ecriture ressemblent à une fontaine profonde où il est difficile de puiser. Plusieurs ont voulu y descendre trop avant et s'y sont noyés. « {S. Jean Damasc. Orth. Fid.)
La libre explication de la Bible et ses suites.
Tous les hérétiques et les sectaires en ont appelé à la Bible, prétendant y avoir trouvé la confirmation de leurs erreurs et l'avoir prouvé par des textes sacrés. Les traits suivants montreront suffisamment jusqu'à quel degré de folie en sont venues plusieurs personnes par la libre explication de la Bible.
En 1845, une secte de lecteurs de la Bible, s'éleva dans la province de la Hesse-Supérieure et s'imagina que durant les
années 1847, 1848 et 1849 tous les infidèles, c'est-à-dire ceux qui n'appartenaient point à leur secte, périraient. Cette destruction du monde, ils l'expliquèrent par les cinq pierres polies, dont s'empara David lorsqu'il alla combattre le géant Goliath. Chaque pierre, disaient-ils, signifiait mille ans. Or, le monde avait déjà existé quatre mille neuf cent et quatrevingt-seize ans et demi, par conséquent il devait périr après quatre ans, à l'exception de leur secte. Pendant les mois les plus rigoureux de l'hiver, ces sectaires donnèrent au milieu des brouillards et de la nuit un nouveau. baptême à leurs novices dans les eaux de la Lahne. L'épouse du bourgeois H. à W... mère de quatre petits enfants, s'étant laissée entraîner dans cette tourbe fanatique par un certain M... se coupa de propos délibéré la main droite, le jour de la Saint-Jean, 1846, et cela à cause de la mauvaise interprétation du texte si connu : « Si votre main vous scandalise, coupez-la. » [S. Marc. 9, 42.) Lorsque plusieurs habitants de la contrée eussent fait des reproches amers au nommé M... et l'eussent désigné comme l'auteur de cet événement affreux, il s'écria au milieu de la rue: « Ce sont des miracles du Sauveur; vous en verrez encore bien d'autres plus tard. » (Les voix catholiques, 9 lier. 1846.)
Un lecteur fanatique de la Bible, d'après ce que rapporte Gerassus, avait dérobé un manteau à un de ses amis, lorsqu'on lui demanda la raison de cette rapine, il répondit: « Cela s'est fait par un mouvement intérieur, car il est écrit: Vous porterez les uns les fardeaux des autres. » — Un autre, appelé Gérard Entens, avait tué à coups de hache sa femme qui était stérile; quand on le cita devant les tribunaux pour y répondre de son crime, il se justifia en disant: « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits, sera coupé. » — Un blasphémateur même qui niait .l'immortalité de l'âme, prétendit un trouver la preuve dans l'Ecriture: «Une même mort attend l'homme et l'animal et leur condition est égale. » (Eccl. 3, 19.) — Un autre fou encore démontra par les mêmes sources, que les animaux seront admis au ciel. « Seigneur, vous sauverez les hommes et les animaux. »
{Ps. 35.) De tous ceux qui arrachent un verset à son contexte, ou le mutilent, ou l'expliquent de travers et d'après leur propre sens, il faut dire ce que disait déjà en se plaignant le prince desApôtres ; « Ils détournent l'Ecriture pour leur propre ruine. » {S. Pierre, Ep. IL 3, 16.); « ils abusent, dit S. Thomas d'Aquin, du témoignage de l'Ecriture, non pour instruire, mais pour tromper. » Et voilà pourquoi elle est si vraie cette remarque de S. Augustin: « D'où viennent tant d'erreurs, sinon de ce que l'Ecriture qui est excellente en elle-même, est mal comprise? » (Emm. Veiih, les ennemis du Christ, p. 308.)
{Gr. Cat. 27e q.)
Une nouvelle conséquence de ce qui précède, c'est
que la Bible ne peut pas être l'unique source de la Foi,
mais que la Bible et la Tradition, déclarées toutes deux
infaillibles par l'Eglise, sont les véritables sources de la
Foi.
Aveu d'un évêque protestant.
Butler écrit dans son remarquable ouvrage: Vies des pères et des martyrs: « Quand il s'agit de l'explication de l'Ecriture, on doit s'en tenir fidèlement à la tradition de l'Eglise. Celui dont les pas ne sont pas éclairés par cette lumière, s'égarera infailliblement, comme l'expérience ne le démontre que trop. Les hommes mêmes, d'ailleurs les plus distingués, quand ils méprisent ce secours, au lieu de servir à l'édification des fidèles, ne deviennent qu'une pierre de scandale pour l'Eglise. D'après la remarque de l'évêque protestant Hare de Chicester: « La vraie foi ne dépend pas de l'Ecriture seule et étudiée en elle-même, mais bien de l'Ecriture expliquée d'après la tradition générale (î). »
Or, comme l'Ecriture sainte est obscure en beaucoup
(1) Butler, vies des Pères Martyrs, 7 beauxvol.gr. in-8y imprimés chez H. Goemaere à Bruxelles.
d'endroits et qu'en outre on présente souvent aux personnes ignorantes des bibles falsifiées, l'Eglise catholique, dès le commencement, a averti sesenfants de se garder d'une vaine curiosité qui ne pouvait être que nuisible à des hommes non instruits, et conséquemment elle a établi les règles suivantes pour la lecture de la Bible: 1°) qu'on possède les connaissances et la piété convenables pour profiter de cette lecture. 2°) Que la traduction soit munie de l'approbation ecclésiastique et accompagnée de notes ou d'explications orthodoxes. Et qui donc pourrait blâmer ces sages prescriptions de l'Eglise?
S. Basile le Grand et le cuisinier impérial.
S. Basile le Grand dit un jour au cuisinier impérial qui avait toujours en main la Bible sans avoir les capacités nécessaires pour la comprendre: «Mon ami, il vous siérait mieux de bien préparer votre soupe que de feuilleter sans cesse la Bible qui est au-dessus de votre portée. » En général, les extraits de l'Ecriture accompagnés d'explications simples et de développements, sont le plus utile aux gens peu instruits et inexpérimentés.
L'ouvrier et le ministre protestant.
« La Bible, rien que la Bible, disait un ministre à un ouvrier catholique; inclinons-nous devant la parole de Dieu, et non devant d'autres hommes, fussent-ils Papes. Pourquoi ne liriez-vous pas aussi bien dans la Bible que votre curé? Pourquoi la Bible ne vous suffît-elle pas? » — « Ah ! répondit l'ouvrier, pourquoi la Bible ne suffît pas, pourquoi l'Eglise catholique n'en recommande la lecture que dans de certaines bornes, je vais vous le dire: Parce que Luther luimême a dit: Il faut avoir une témérité effrontée pour prétendre que l'on puisse comprendre un seul texte biblique dans toute son étendue; — parce que les passions ont de tout temps trouvé dans la Bible des prétextes à leurs héré- • sies, des excuses à leurs crimes? — ParcequeAriusy a trouvé que Jésus-Christ n'était pasleFilsdeDieu ; — parce que les Ma-
cédoniens y ont trouvé que le Saint-Esprit n'était pas une personne de la Sainte-Trinité; — parce que Vigilance y a trouvé qu'on ne devaitaucun culte aux saints, à leurs images et à leurs restes précieux ; — parce que Bérenger y a trouvé que le dogme de l'Eucharistie était un vain mot ; — parce que Socinet Servet y ont trouvé que Jésus-Christ n'était pas Dieu; — parce que tous les hérétiques y ont trouvé successivement la négation de tous les dogmes, de toutes les vérités que nous admettons, et dont quelques-uns, je dis quelques-uns d'entre vous, retiennent encore une partie; — parce que les Albigeois, lesCathares y ont trouvé'la justification de tous leurs brigandages, de tous leurs assassinats; — parce que les Wiclefistes y ont trouvé l'abolition de la propriété; — parce que Henri VIII y a trouvé le droit d'avoir plusieurs femmes à la fois et d'exterminer celles qu'il répudiait; parce que Luther et Calvin, persuadés qu'ils la comprenaient bien, s'envoyaient réciproquement les belles épithètes de cuistre, de porc, de taupe, de fils de satan, etc; — parce que Luther nia successivement d'année enannéecequ'ilavaitcru et affirmé, si bien, que Mélanchton acceptait u-n nouveau symbole tous les mois; — parceque Carlostadt, qui croyait aussi bien entendre la Bible que Luther, fut exilé en Silésie pour avoir osé dire: Admirez le Dieu impané de Luther, il est fait avec la pâte d'un boulanger ; — parce que le célèbre Landgrave de Hesse, ce même à qui Luther avait permis d'épouser deux femmes, ayant voulu, dans la conférence de Warbourg, l'an 1529, mettre d'accord Luther, Mélanchton, OElarnpadeet Zwingie, ces quatre prétendus apôtres se trouvèrent si différemment inspirés parleurs Bibles, qu'ils ne purent convenir de rien; — parce que, vous dis-je, au XVIe siècle, c'était la Bible à la main que, poussées par Luther, mille sectes se ruaient les unes contre les autres dans le champ-clos d'une controverse sans fin, commentant la parole de Dieu le fer et le feu à la main, cimentant leur doctrine du sang de leurs frères, couvrant de ruines l'Allemagne; — parce que, forts de leur Bible, les Anabaptistes allaient nus, anathématisaient leurs adversaires à coup de pierres ou de sabres; les Piétistes cru-
cifiaient leurs adversaires; les Quakers pourchassaient leurs magistrats et leur coupaient la tête, attendu que toute condamnation répugne à la charité chrétienne; les Méthodistes-Sauteurs dansaient dans le meetings jusqu'à en perdre l'esprit; les chercheurs et les illuminés se soûlaient, pour être mieux influencés par l'esprit d'en haut; — parce que l'Angleterre a trouvé dans la Bible qu'il fallait traiter les pauvres Irlandais comme les Juifs traitaient les Amorrhéens et les Àmalécites ; que Dieu lui imposait le devoir de tenir l'Irlande dans la misère et l'oppression la plus cruelle; — parce qu'à l'heure qu'il est, de riches manufacturiers anglais frappent de verges les pauvres enfants qu'ils voient dormir sur le métier. N'ont-ils pas lu dans les Proverbes: « il est ennemi de l'enfance celui qui craint de se servir du bâton? » Ils imposent quinze à dix-huit heures de travail à des femmes! N'ont-ils pas lu: « l'oisiveté engendre tous les vices?» ils repoussent sans pitié le mendiant infirme sans lui donner le pain que sa faim réclame. N'est-il pas écrit: «quecelui qui ne travaille point, ne mange point? »
« Mais je dois m'arrêter, parce qu'enfin et surtout si la Bible devait suffire, Jésus-Christ et les Apôtres l'auraient positivement, expressément, clairement dit et répété. »
« Avez-vous compris pourquoi l'Eglise catholique, tout en regardant la Bible comme quelque chose de sacré, de divin, met cependant des conditions à la lecture qui en est faite, et plus les erreurs enfantées par ces lectures imprudentes se multiplient chez les hérétiques, plus l'expérience lui montre qu'elle doit être réservée dans les lectures qu'elle ordonne ou qu'elle permet à ses enfants? »
« Mais, du reste, que les protestants, qui nous reprochent d'interdire la Bible, se rappellent qu'en 1543, le roi et le parlement d'Angleterre en firent autant, car dit Hume {Hist. de la maison de Tudor.Il.tâû.) « plusieurs personnes ignorantes et séditieuses ayant abusé de la permission qu'on leur avait accordée de la lire, des animosités, des désordres, des schismes s'en sont suivis. »
— «La même défense fut faite aux Puritains, qui puisaient
dans cette lecture, l'esprit de sédition et de brigandage. — L'évoque protestant Branhall déclare « que cette liberté, laissée à tous, est plus préjudiciable et plus dangereuse que la rigueur avec laquelle on défend cette lecture dans l'Eglis« romaine. » Enfin si la Bible est si claire, à quoi bon cette multitude de commentaires faits par les protestants? »
« On peut donc lire la Bible, mais à une seule condition, celle d'accepter d'avance la seule explication qu'en donne l'Eglise, de déposer tout doute devant son témoignage infaillible. L'Eglise seule empêche ces divagations monstreuses dont, à votre grande douleur, vous êtes témoins parmi toutes les sectes qui divisent sans fin le protestantisme.» [Nouvelle Encyclopédie Théologique, publiée par Migne, T. 10, pag. 522.)
Pratique. 1) Ne vous fiez jamais dans les choses qui touchent la foi, à votre propre jugement, mais tenezvous en à la décision de la sainteEglise; car lorsque vous croyez ce qu'enseigne l'Eglise, vous croyez la parole de Dieu.
Comparaisons.
Jésus-Christ gouverne à son gré et à sa volonté, par sa présence, les chefs et l'Eglise elle-même avec les chefs. Or comment pouvez-vous être avec Jésus-Christ, quand vous n'êtes pas avec son épouse, c'est-à-dire, si vous ne tenez pas avec son Eglise. {S. Cyprien. Lettre 49. G5.)
Ceux mêmes qui ont la vue la plus perçante, quand ils veulent fixer leurs regards sur le soleil ou sur d'autres corps brillants, s'affaiblissent les yeux, et s'ils continuent à vouloir les fixer, ils finissent par perdre complètement la vue. Il en est de même des savants, quand ils suivent leur propre jugement et non celui de l'Eglise, quand ils veulent scruter les mystères de la Révélation et se prononcer sur des vérités qui sont au-dessus de la nature; ils en sont aveuglés, et s'ils ne cessent ce travail téméraire, ils perdent la lumière de la foi. [S. Augustin.) « Celui qui veut sonder la majesté de Dieu, sera accablé par sa gloire. » {Prov. 25, 27.)
2) Si vous voulez lire l'Ecriture sainte ne vous servez que d'une bible revêtue de l'approbation ecclésiastique; (î) lisez-la a) avec amour et zèle, b) avec une préparation convenable, un pieux sentiment de soumission catholique et un saint respect, et c) mettez en pratique ce que vous avez lu.
Lisez avec amour et zèle F Ecriture sainte.
Lorsqu'on conseilla à S. Charles Borromée, archevêque de Milan, d'acquérir un jardin contigu à son palais, afin que, fatigué de ses nombreuses occupations, il pût s'y promener un peu et se récréer, il répondit: « Mon jardin, c'est l'Ecriture sainte qui est riche en fleurs et en fruits. » (Dans la vie de S. Charles Borromée.)
Lisez F Ecriture sainte avec une préparation convenable, dans un sentiment de piété catholique et avec un saint respect.
Lorsque saint Lucien s'appliqua à la lecture et à la méditation de l'Ecriture sainte, son principal objet était de connaître la volonté de Dieu, de découvrir toute l'étendue de ses devoirs, d'acquérir cette délicatesse de conscience qui pèse les motifs de toutes les actions, qui éloigne non-seulement du péché, mais de l'apparence même du péché, et qui rend un homme inébranlable dans la pratique de la vertu. Et en effet, au moyen de cette lecture pieuse et de la méditation de l'Ecriture sainte, il parvint à un haut degré de perfection, et d'intelligence des choses célestes. Aussi la parole de Dieu, enseignée dans les livres saints, est-elle appelée lumière, un autre nom ne pouvant mieux désigner les effets salutaires qu'elle produit dans les âmes bien disposées. Toutes les fois donc que nous lisons l'Ecriture, entrons dans les mêmes dispositions que saint Lucien. Concevons pour elle tout le respect et l'amour qui sont dus à la parole de Dieu : alors nous la lirons avec fruit, et nous mériterons qu'elle soit pour nous
(1) Les meilleures bibles en français sont celles de Cairière et cfAllioli, accompagnées de notes et de paraphrases.
une source de lumière et de vie. (Vies des Saints de Butler. T. 4. 7 Janvier.)
Mettez en pratique ce que vous avez lu dans V Ecriture sainte.
Un solitaire d'Egypte, S. Bessarion, avait vendu son héritage, pour en distribuer le prix aux pauvres. II n'avait plus rien à donner. Arrive un malheureux et Bessarion de le couvrir aussitôt de son manteau. Après celui-là envient un autre et il lui donne sa robe. Enfin il en était venu à n'avoir plus de trésor que son évangile, le livre où il avait puisé les préceptes de sa sublime charité. Il finit par le vendre encore, et il disait, avec cette simplicité, compagne aimable des plus grandes vertus: « C'est ce livre, qui m'a fait tout vendre; eh bien! je l'ai vendu lui-même. »
Comparaisons relatives à l'importance de ï 'Ecriture sainte et de sa lecture.
Les épices de leur nature donnent déjà un bon parfum, mais si on les jette dans le feu, elles exhalent tout leur arôme et leur force intérieure; de même l'Ecriture est pleine d'agréments; mais lorsqu'une âme en est imprégnée, qu'elle la dévore comme un feu, tout l'homme est rempli d'un agréable odeur. » (S. Jean Chrysostôme.)
« L'Ecriture sainte est un rayon du divin soleil, qui éclaire le chemin de la vertu pour conduire au Père de la vertu et de la félicité. »
« De même que le soleil brille tous les jours et éclaire toutes les nations, ainsi la lumière de la Révélation divine éclaire le monde spirituel. C'est la parole écrite pour tous les hommes et pour tous les temps. »
L'Ecriture, cette parole de Dieu, est la nourrice qui nous présente les premiers aliments et nous rend assez forts pour marcher en quelque sorte sur nos deux pieds. C'est elle quiôte de nos sens et de notre esprit le bandeau trompeur de Satan et qui change le tumulte des passions sauvages qui nous étourdissait, en calme, en allégresse, en céleste et éternelle paix .»
«L'Ecriture s'offreaux âmes égarées comme uneétoile con-
ductrice aux faibles, comme un appui aux affligés, comme un baume consolateur aux cœurs éprouvés, comme un calice de salut aux malades, comme un remède à tous, comme un guide dans le sentier étroit et dangereux qui conduit à la demeure de la bienheureuse éternité. » (Munch.)
« Comme un jardin réjouit nos sens par la variété des formes, des couleurs et des parfums de ses fleurs, ainsi l'Ecriture sainte nous réjouit par la variété du langage et du style de ses écrivains sacrés. » (5. Jean Chrysostôme.)
« L'Ecriture sainte est un jardin où je me promène et où j'herborise de préférence. » (S. Augustin.)
« L'Ecriture sainte est semblable à une prairie aux gras pâturages; la lecture journalière que nous en faisons, nous nourrit, nous réjouit et nous fortifie, lorsque nous absorbons et que nous ruminons souvent ce que nous avons lu. C'est dans cette prairie que s'engraisse le troupeau du Seigneur. » (S. Ambroise.)
(Gr. Cat. 29* q.)
La foi est absolument nécessaire au salut; c'est pourquoi l'apôtre S. Paul a dit: « sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. »\(Epît. aux Hébreux ii, 6.) Ou, comme s'exprime S. Thomas d'Aquin, sous forme de comparaison : « La foi est un autel ; rien n'est agréable à Dieu, si on ne le lui offre en esprit de foi. » (in Apoc. 8.) Et S. Jean écrit à son tour: « Celui qui ne croit pas, est déjà condamné. » (3, 18.)
La foi nous est aussi nécessaire qu'aux aveugles la lumière des yeux.
Nul ne peut voir le soleil sans la lumière du soleil. De même personne ne peut concevoir Dieu et les choses divines sans la lumière divine. Comme les yeux du corps ont besoin de lumière pour voir, puisque l'aveugle quand
il en est privé, ne voit plus, lors même qu'il est environné au-dehors d'un océan de lumière, ainsi l'homme a besoin de la lumière intérieure de la foi, sans laquelle il demeurerait aveugle. Ce ne fut pas sans dessein, nous raconteAlbinus Flaccus, que S. Vaast rendit la vue à un aveugle en présence du roi Clovis. « C'était afin de fortifier, dit-il, dans le cœur du prince la Foi qui lui avait été annoncée par les prédications et de lui faire comprendre en même temps, que la lumière intérieure de la Foi lui était aussi nécessaire que la lumière des yeux à l'aveugle; que l'une était l'effet delà prière, comme l'autre de la grâce. » {Marchant, p. 27 .)
Que serait le monde sans la foi?
Sans la foi il n'y a pas de salut à espérer dans l'autre vie, sans la foi il n'y a pas de bonheur possible sur la terre ; oui, sans la foi la terre serait une caverne de voleurs sans consolation et sans sécurité. Un jour que d'Alembert et Condorcet dînaient chez Voltaire, ils voulurent parler athéisme, mais Voltaire les en empêcha, en disant: « Attendez, que mes domestiques se soient éloignés; car je ne veux pas être étranglé cette nuit. » (Anecdotes chrétiennes.)
Comparaisons.
« L'arbre ne peut croître sans racines ; un édifice ne peut s'élever sans avoir de fondements; le ruisseau ne peut couler sans source; ainsi la vie chrétienne et toute autre vertu ne peuvent ni exister, ni s'élever, ni devenir une source de vie, si elles ne procèdent de la Foi. » (S. Augustin.)
« Votre cœur est comme un navire ; avoir Jésus dans le navire, c'est avoir la foi dans le cœur. Si votre foi s'endort, Jésus-Christ dort aussi et en ce cas vous êtes en danger de faire naufrage. » (Le même. 221 sermon.)
« La racine et le fondement de toutes les vertus, c'est la foi : or la racine d'un arbre est-elle bien formée et profondément enfoncée enterre, bientôt l'on voit se multiplier les branches; il en est de même delà racine de toutes les vertus, qui est la foi; celle-ci est-elle bien fixée et enracinée
dans l'âme humaine, bientôt aussi toutes les autres vertus apparaîtront dans l'homme comme autant de rameaux d'un arbre, elles y croîtront et s'y multiplieront. » {S. Augustin.)
« Comme un navire dépourvu d'ancre est ballotté sans cesse par le vent, ainsi notre esprit, quand il n'est pas ancré à la foi, est agité continuellement par le vent des opinions et des doctrines humaines. (S. Grégoire le Grand.)
{Gr. Cat. 30-32c g.) Mais chaque foi ne rend pas saint, celle qui seule nous rend saints, c'est la vraie foi que Jésus-Christ nous a enseignée; car selon les expressions de saint Jean: « Qui croit au Fils a la vie éternelle; qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.» (3, 36.) C'est donc avec raison que S. Ignace a dit: « Ne vous y trompez pas, mes frères! si quelqu'un marche dans une autre foi, il n'héritera pas le royaume de Dieu. » (Epist. 3 ad PMI.) En effet, sans cette foi nous ne pouvons pas participer à Jésus-Christ, et sans Jésus- Christ il n'y a pas de salut à espérer; « Sous le ciel il n'y a pas d'autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. »(Actes des Apôtres 4, 12.) Quelle criminelle erreur n'est-ce donc pas de dire ou même de penser seulement, que la foi importe fort peu, qu'il est indifférent d'avoir telle ou telle foi; car par là on méprise Dieu qui nous a donné une vraie foi et qui dans ce dessein a envoyé son fils unique dans le monde!
Peu importe la foi que l'on a! ou croire et ne pas croire revient au même. (Parabole.)
Pendant les beaux jours du mois de mai, un jeune homme au cœur impressionable se sentit attiré dans les campagnes où tout annonce le Seigneur. En voyant comment tout y bourgeonnait et tleurissait, le cœur du jeune homme qui s'éveillait àlavie, s'ouvrit parle spectacle de cette magnifique nature, aux
plus saintes émotions. Un volume de Zschokke à la main, il se promenait à travers les champs ensemencés en se dirigeant vers un bocage dont l'ombre hospitalière invitait à de douces rêveries. « Oui, oui ! s'écriait-il, en plongeant du haut de la colline ses regards dans la délicieuse vallée; oui, noble écrivain, votre doctrine est vraie. Dieu est le Dieu de tous les hommes, un Dieu d'amour qui ne repousse personne, et qui n'est pas enchaîné dans les lisières étroites delà foi. En arrière avec vos mines sérieuses, vos tristes simagrées, vous pour qui le dogme est au-dessus de tout ! l'une foi vaut l'autre! »
Telles étaient les pensées qui occupaient le cœur et l'esprit du sensible jeune homme. En même temps il s'approcha du bocage où l'invitait à se reposer un banc de gazon que la piété avait formé vis-à-vis d'un crucifix pour la facilité des pèlerins et des passants.
II s'y assit.
La croix avec son Christ doré, brillait d'une manière ravissante au-dessous d'un châtaignier aux fleurs rosées, qui répandait autour de lui son ombrage et ses parfums. Le jeune homme contemplait avec une profonde attention le signe sacré, tandis qu'au fond de son âme, résonnait comme un écho, cette parole : « Vune foi vaut l'autre. Il se prit à réfléchir plus attentivement encore à cette maxime des libres penseurs.
En ce moment un protestant vint à passer par le chemin. Arrivé devant le crucifix, il s'arrêta ; et, le chapeau sur la tête il considéra pendant quelques courts instants la croix, puis branlant la tête, il dit à demi-voix: «C'est bien dommage qu'on dépense ainsi l'argent à nourrir la superstition et l'idolâtrie, » puis il passa outre.
Les pensées du jeune homme devenaient toujours plus sérieuses. Peu de temps après il aperçut un homme qu'il savait être un prosélyte du néo-catholicisme allemand. Pour ne pas être aperçu, il se cacha derrière un large tronc de tilleul qui se trouvait à côté du banc de gazon.
L'autre arriva, circula autour de la croix, examina le travail de la maçonnerie, éprouva au moyen d'un vigoureux coup
de bâton lancé sur la croix, si la fonte était solide et gratta avec la pointe en fer de son bâton, sur la partie dorée du crucifix, ces mots: « Amorce ultramontaine pour attirer les catholiques superstitieux et abrutis!» Puis il s'en alla, en faisant claquer ses doigts d'un air railleur.
Le jeune homme soupira tristement. Il laissa pencher sa tête et sa physionomie devint encore plus sérieuse.
Survint un juif tout haletant et courbé sous un paquet de marchandises dont ses épaules étaient chargées. Lorsqu'il découvrit la croix, sa figure grimaça d'une manière hideuse. Il parut vouloir chercher une pierre, mais quand il eut vu qu'il y avait quelqu'un dans le voisinage, il s'empressa de passer outre.
Un poignard semblait avoir percé le cœur du jeune homme, car sa tristesse devint plus poignante. Cependant un catholique se montra, et, de bien loin déjà, il se découvrit la tête, regarda avec émotion le signe sacré de la Rédemption, se mit à genoux, pria un instant, se releva les larmes aux yeux, baisa avec respect le crucifix, lui jeta encore un dernier regard d'amour, s'inclina et partit.
Alors il sembla au jeune homme qu'une voix lui criait:« Que penses-tu? l'une foi vaut-elle l'autre?» Et comme si quelqu'un l'eut entraîné, il s'approcha à son tour du signe sacré. Il y lut ces paroles gravées sur la pierre: « Il n'y a de salut en nul autre, qu'en Jésus-Christ le crucifié!»
Et le cœur rempli depieux et nobles sentiments, il s'écria: «Non, non, l'une foi n'est pas l'autre! C'est à la pierre de touche, à la croix, que j'ai reconnu le salut. Il n'y a qu'un Dieu, qu'une foi! Seigneur, je crois! Seigneur, pardonnez à un pécheur! » (Le prêd. et le cat. \ . p. 229-51.)
Objection: Mais n'est-il pas écrit: « Celui qui craint Dieu et pratique la justice, est agréable au Seigneur? » (Act. desApôt. 40.25.) Sans doute: mais celui qui craint Dieu croit aussi tout ce que Dieu lui a révélé.
Corneille.
L'Ecriture sainte nous fournit un bel exemple à ce sujet,
dans les Actes des Apôtres, (ch 10.) Voici ce que nous y trouvons écrit: « Il y avait à Césarée un homme nommé Corneille, centurion d'une cohorte de la légion appelée italique; religieux, et craignant Dieu, ainsi que toute sa famille, faisant beaucoup d'aumônes au peuple, et priant Dieu sans cesse. Et il vit manifestement dans une vision environ vers la neuvième heure du jour, un ange de Dieu qui vint à lui, lui disant: Corneille! »
Et Corneille le regardant, saisi de frayeur, lui dit: «Que voulez-vous, Seigneur? »Or, l'ange reprit: «Tes prières et tes aumônes sont montées en présence de Dieu, et il s'est souvenu de toi. Et maintenant envoie quelques-uns de tes serviteurs à Joppé et fais venir un homme appelé Simon, dont la maison est près de la mer. Il te dira ce qu'il faut que tu fasses. » Et lorsque l'ange qui lui parlait se fut retiré, il appela deux de ses serviteurs, etun soldat qui craignait Dieu, parmi ceux qui servaient sous lui, et après leur avoir tout raconté, il les envoya à Joppé. » (Ch. 10. 1. 8.) Vous voyez avec quel empressement ce centurion vertueux croit et obéit à la divine révélation qui lui fut faite par un ange. Que s'en suivit -il? C'est que S. Pierre arriva, lui prêcha Jésus crucifié et que Corneille fut baptisé avec toute sa maison.
(Gr. Cat. 54-3oe q.)
Maintenant il s'agit nécessairement de se demander quelle Eglise possède la vraie foi enseignée par Jésus- Christ? La réponse à cette question est celle-ci: Cette foi, la seule Eglise catholique la possède, parce que seule elle l'a reçue comme un dépôt céleste qui lui a été confié par Jésus-Christ lui-même et par les Apôtres, et qu'elle l'a toujours conservé intact. (1 Epît. ad Tim. 6, 20.) Voilà pourquoi S. Jérôme s'écrie en s'adressant aux fidèles : « Ne sortez point de chez vous et ne croyez pas que le fils de l'homme soitdans le désert des gentils ou dans les conventicules des hérétiques, mais croyez que dès le
commencement jusqu'à la fin des temps, sa foi brille dans l'Eglise catholique. » (Sur S. Matth. ch. 24. 26.)
La vérité de la foi catholique constatée par un miracle.
L'empereur Valens qui favorisait les Ariens, voulait donner à ces hérétiques une église appartenant aux catholiques. L'évêque Eusèbe protesta contre ce dessein impie et menaça l'empereur des vengeances divines, s'il osait exécuter son projet. Le puissant monarque, ébranlé par ces paroles, répondit: qu'il voulait une épreuve pour savoir quelle foi, quelle religion était la véritable, si c'était celle des Ariens ou celle d'Eusèbe. Il ordonne donc de fermer l'église en question et déclare en même temps qu'elle serait et demeurerait la propriété de ceux dont la prière pourrait faire ouvrir les portes d'elles-mêmes.
Ce furent les Ariens qui commencèrent leurs prières dans ce but. Mais ils eurent beau prier, conjurer et crier, les portes du temple ne s'ouvrirent pas; la vraie foi manquait à leurs prières. Alors vint l'épreuve des catholiques. L'évèque Eusèbe tombe à genoux, joint les mains et récite avec une foi ferme et confiante les paroles du 23e psaume : « Ouvrez-vous, ô portes; ouvrez-vous, et le Roi de gloire entrera!» A peine a-t-il achevé le verset, que la porte s'ébranle soudain, les deux battants roulent avec fracas et laissent entrer dans la nef les flots des catholiques enthousiasmés. Ainsi fut confondue l'hérésie arienne, et constatée la vérité de la foi catholique. {Le prédicateur et le catéch. 4 année p. 37.)
Byron et Thomas Moore.
L'Eglise catholique possède la vraie foi ; c'est ce que reconnurent dans leurs moments de calme et de réflexion des hommes de talents qui n'avaient aucun souci de la religion et qui étaient même complètement séparés de l'église catholiques. — Le grand Byron, ce génie prodigieux qui se laissa si malheureusement entraîner à diviniser, un jour le vice et l'autre la vertu, un jour la vérité et l'autre l'erreur,
mais qui, après tout, était tourmenté par une soif ardente de la vertu et de la vérité, a témoigné de la vénération que lui inspirait malgré lui la doctrine catholique. Il voulut que sa fille fût élevée dans la religion catholique, et on connaît la lettre où, parlant de cette résolution, il dit qu'il Ta voulu ainsi, parce qu'en aucune Eglise, il n'avait trouvé une si grande lumière de vérité que dans la catholique.
L'ami de Byron, Thomas Moore, le plus grand poète que possède encore l'Angleterre depuis sa mort, après avoir vécu de longues années incertain de la religion qu'il devait suivre, fit une étude approfondie du Christianisme, s'aperçut qu'on ne pouvait être chrétien et bon logicien qu'à la condition d'être catholique; il a écrit l'histoire de ses recherches et de l'irrésistible conclusion à laquelle il est forcément arrivé.
« Salut, s'écrie-t-il, salut, Eglise une et véritable; tu es l'unique chemin de la vie et la seule dont les tabernacles ne connaissent pas la confusion des langues! Que mon âme repose à l'ombre de tes saints mystères! Loin de moi également et l'impiété qui insulte à leur obscurité sainte et l'audace présomptueuse qui voudrait en sonder l'abîme! Libre à vous de scruter, moi j'admire; libre à vous de disputer, moi je crois; j'en vois la hauteur et la profondeur, quoiqu'il ne me soit pas donné d'atteindre à ses dernières limites. »
Voilà aussi comment s'expliquent tant de glorieux retours au catholicisme.
Pourquoi donc un si grand nombre de protestants distingués deviennent-ils catholiques ?
Voici la remarque frappante d'un écrivain français: « Je ne connais pas, dit-il, de catholique tant soit peu instruit, d'une vie, d'un caractère et d'un nom tant soit peu remarquables, qui ait embrassé le protestantisme; mais au contraire, nous connaissons des protestants distingués sous tous les rapports, qui se sont jetés avec joie dans les bras du catholicisme, des protestants tels qu'un comte de Stolberg,
un Frédéric de Schlégel, un Werner, un Overbeck, un Phillips, un Hurter.
Et pourquoi ces grands hommes et beaucoup d'autres illustres personnages eut-ils abjuré leurs erreurs?
C'est que, comme le comte de Stolberg, ayant le cœur aimant, l'âme sensible, ils n'ont trouvé dans le protestantisme, aussi nu et aussi glacé que les murailles de ses temples, rien qui leur parlât, qui leur fît même pressentir cette consolation intime qu'on doit goûter abondamment au service d'un Dieu qui se nomme amour et charité.
C'est que, comme Frédéric de Schlégel, quand ils ont pris la plume pour donner au monde le fruit de leurs méditations, ils ont senti que leur parole, si belle et magnifique qu'elle fût, ne s'appuyant que sur la faible raison de l'homme, n'était qu'une parole vide, incertaine, sans portée, surtout sans conséquences pratiques.
C'est que, comme Werner, le célèbre poète, lorsqu'ils ont pris leur lyre pour chanter, ils n'ont rencontré dans leurs inspirations que le doute et l'incertitude, tombeau de toute véritable poésie.
C'est que, comme Overbeck, ils ont compris que dans la peinture, dans la sculpture, il n'y avait quelque chose de vraiment beau, de vraiment digne du génie de l'homme, que dans cette religion qui avait fait saint Pierre de Rome, saint Paul de Londres, toutes ces superbes cathédrales, tous ces magnifiques tableaux qui font et qui ferontà jamais l'admiration du monde.
C'est que, comme Hurter, en étudiant à fond l'histoire, en faisant le triage de tous les mensonges, de toutes les calomnies que l'impiété et l'hérésie ont amoncelés, ils ont vu clairement que la vérité, la vertu, la grandeur était dans le catholicisme et là seulement.
C'est que, comme Phillips, en examinant ce qui fait le bonheur des peuples, et en publiant dans les journaux le fruit de leurs réflexions, ils ont vu que, ce qui constitue le bonheur des peuples, c'est l'unité; et qu'au lieu d'unir les esprits et les cœurs, le protestantisme les éloigne et les di-
vise à l'infini. — Que rien ne remplace auprès des pauvres, la sœur de charité, la fille hospitalière, le frère de l'école chrétienne ; — que rien ne prêche aussi éloquemment la vertu que l'exemple de tant de vierges et de tant de religieux offrant dans les cloîtres les plus admirables modèles de renoncement, de mortification. (Trésor du peuple.)
Le soldat Gelzer.
En maH84o, un soldat nommé Gelzer, compatriote de l'illustre Hurter, engagé pour la seconde fois dans la légion étrangère de France, se rendait en Afrique. Une indisposition subite le força de s'arrêter à l'hôpital de Bourg-Saint-Andéol diocèse de Viviers. Né dans les erreurs de Calvin, il refusa d'abord de suivre les exercices de piété pratiqués dans l'hôpital; mais cédant enfin aux instances de la zélée et digne supérieure de cette maison, il se mit à genoux pendant la prière que l'on fait en commun. Cette participation extérieure à un acte de la religion catholique vint troubler son sommeil; elle éveilla dans sa mémoire le souvenir de M. Hurter abjurant la foi protestante aux pieds du Chef de l'Eglise. « Cet homme devait connaître notre religion, pensait-il en lui-même, s'il l'a abjurée, ce n'a pas été sans de bonnes raisons. » Un jour entier se passa dans ces réflexions. A sont front triste et pensif il était facile de s'apercevoir du trouble qui le tourmentait. Mêmes pensées, mêmes insomnies la nuit suivante. Le matin venu, il demanda un prêtre, et on s'empressa de lui amener le curé de la paroisse, Mr Martin, qui, après plusieurs conférences, eut la douce consolation de recevoir l'abjuration de ses erreurs. La pensée de renoncer pour toujours à sa famille lui fit verser des larmes; mais l'exemple de Mr Hurter, toujours présent à son esprit, vint le consoler. « Non, répétait-il souvent, la religion protestante n'est pas la bonne, puisque un homme si savant l'a abandonnée. » Il fut baptisé le jour même de son abjuration et trouva dans le catholicisme des consolations pour son cœur et du calme pour son esprit.
[Gr. Cat. 56e q.)
Conséquemment les sectes non-calholiques ne peuvent 1) avoir reçu leurs doctrines de Jésus-Christ lui-même, puisque ce fut longtemps après lui que ces sectes apparurent.
S. Irénêe.
Sous ce rapport, les paroles suivantes de S. Irénée sont d'une justesse frappante: « Avant Valentin, il n'y eut pas de Valentiniens, avant Marcion pas de Marcionites, (et nous pouvons y ajouter lavant Luther et Calvin, pas de Luthériens ni de Calvinistes); mais il y eut depuis le temps de Jésus- Christ et des apôtres, des chrétiens fidèles et sincères. Celuilà n'est pas un vrai chrétien qui est incapable de prouver que ce qu'il enseigne, a été enseigné autrefois par Jésus- Christ et ses apôtres. » (Lib. IIJ adv. Hœr. cap. 4.)
2) Elles ne peuvent également avoir conservé intacts les points de la doctrine de Jésus-Christ et des Apôtres parvenue jusqu'à elles, puisqu'elles varient sans cesse dans leur enseignement, tandis que l'enseignement de Jésus-Christ et des Apôtres ne variait pas.
Quel est l'état des sectes non-catholiques sous le rapport de la foi religieuse ?
Ecoutez les récentes douleurs de Mr Vinet, célèbre protestant, dans son Essai sur la manifest, des conf. relig. (pag. 454.) « Le christianisme protestant est inorganisé; lespoutresde la charpente se disjoignent; l'édifice craque de toutes parts.// y a des protestants, mais il n'y a plus de protestantisme. C'est un fait: ce royaume est d'une manière flagrante divisé contre lui-même. »
Comparaison,
S. Augustin dit, en parlant des erreurs de son temps: « Toutes les sectes sont sorties de l'Eglise catholique, comme du sarment inutile qui a été retranché du cep de la vigne.
Quant à elle, toujours elle demeure pleine de vie et de force dans sa tige, et les portes de l'enfer ne peuvent prévaloir contre elle. »
Puisque la vraie foi est absolument nécessaire au salut, et que celle-ci n'est autre que la foi catholique, il s'en suit que c'est une grande grâce d'être chrétien catholique, ce dont nous ne pouvons assez remercier Dieu ni profiter avec assez de soin.
Sentiments de reconnaissance du comte de Stoiber g pour la grâce de sa conversion.
Le noble comte de Stolberg était revenu du protestantisme au catholicisme. Qu'il se sentit heureux, quelle joie inonda son âme, malgré les persécutions et les amertumes qu'on lui fit sentir à cause de cet acte courageux! Pendant toute sa vie, il remercia Dieu de cette grâce insigne et demeura toujours fidèle à sa nouvelle foi. Ces sentiments de joie et de reconnance, il les exprima de différentes manières clans cette lettre admirable qu'il écrivit de Munster le 16 Mai 1800, et dont voici quelques extraits: « Mon cœur et ma chair ont tressailli de joie dans le Dieu vivant; le passereau trouve sa demeure, et la tourterelle se fait un nid pour y déposer ses petits; vos autels, Dieu des vertus, vos autels, ô mon roi et mon Dieu, sont l'asile où maintenant je repose en paix et dans l'allégresse î »
« Voilà, Madame, voilà les sentiments dont mon âme devrait être pénétrée. Inondé d'un torrent de sainte joie, mon cœur devrait être un temple où la louange du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, la louange du Dieu et du Père de Notre Seigneur Jésus- Christ se fit entendre sans cesse: car il m'a fait miséricorde à moi et à Sophie, et il la fera à mes enfants. 11 a regardé avec une complaisance indulgente le désir de connaître la vérité, désir que lui-même avait fait naître. Il a exaucé les prières ferventes que plusieurs saintes personnes lui adressaient pour moi, prosternées au pied des autels. Il
est tombé de mes yeux comme des écailles. » Un peu plus loin il écrit encore: « Je ne saurais vous exprimer combien je suis pénétré de la grande idée que Dieu a bien voulu nous faire la grâce de nous admettre dans son Eglise ; c'est un bonheur toujours nouveau pour nous. Que notre louange de son nom ne tarisse pas, jusqu'à ce que nous entonnions le nouveau cantique... Quelle grâce Dieu nous a faite! que son saint Nom en soit béni éternellement. » (Tiré de sa correspondance.)
Pratique. 1) Réjouissez-vous et remerciez souvent Dieu de ce qu'il vous a fait enfant de l'Eglise catholique.
Alphonse roi de Caslille.
Alphonse surnommé le Sage, roi de Castille, pleurait souvent de joie quand il pensait au grand bonheur que Dieu|lui avait accordé en l'appelant à la vraie foi. « Je remercie continuellement Dieu, avait-il coutume de dire, non de ce que je suis roi, mais de ce que je suis catholique. »
2) Défendez avec zèle et courage votre sainte foi !
Aphraate.
L'empereur Valens regardant d'une galerie de son palais sur le grand chemin, le long de l'Oronte, aperçut un vieillard couvert d'un manteau, et marchant avec une précipitation étonnante pour son grand âge; il voulut savoir son nom et le motif de sa précipitation. On lui dit que c'était le solitaire Aphraate, pour qui toute la ville était pénétrée de la plus profonde vénération, et qu'il se rendaità la place où les catholiques s'assemblaient. « Que prétends-tu, lui cria aussitôt le prince, et pourquoi abandonnes-tu la retraite où tu devrais te tenir enfermé selon la règle ascétique? » — « Vous avez raison, seigneur, reprit Aphraate, je devrais garder la solitude ; mais la vierge la plus timide demeurerait-elle assise et tranquille dans la maison paternelle quand elle y voit l'incendie? Eile court, au contraire, de tous côtés pour donner et procurer du secours. Les Ariens, que vous proté-
gez, mettent le feu à l'Eglise, je vole pour l'éteindre. »L'empereur fut piqué de cette réponse ; mais le peuple, édifié, apprit par l'exemple du saint solitaire que, lorsque la religion est attaquée il n'est aucun chrétien qui ne doive se faire un devoir de la défendre. (Anecdotes chrétiennes.)
3) Mais ceux qui n'ont pas le bonheur de posséder la foi catholique, ne doivent pas laisser passer le temps de la grâce sans en profiter, ni se tenir éloignés de la foi par des préjugés, des railleries ou le respect humain.
Abus de la grâce dans un roi des Frisons.
Le roi des Frisons, nommé Ratbot, ayant été instruit des vérités de la religion par saint Wulfran, évêque, était prêt à recevoir le baptême; il entrait déjà dans les fonts sacrés, quand il demanda à l'évêque où était le plus grand nombre des rois et des princes de la nation des Frisons, ses prédécesseurs; s'ils étaient dans le paradis qu'il lui promettait, ou dans l'enfer dont il le menaçait? — « Prince! lui dit Wulfran, contentez-vous de plaindre leur sort, et ne pensez qu'à profiter des lumières et des grâces que Dieu vous accorde. » Alprs le roi retire le pied des fonts baptismaux, et dit: « Je ne puis me résoudre à quitter la compagnie des princes, mes prédécesseurs, pour demeurer avec un petit nombre de pauvres dans le royaume céleste; je ne puis croire ces nouveautés, et j'aime mieux suivre les anciens usages de ma nation. » Quoi que pût lui dire S. Wulfran, il demeura dans son obstination et dans son opiniâtreté, mais plusieurs Frisons se convertirent.
Il avait cependant des remords dans le cœur et quelque temps après il fit prier S. Willebrord, autre saint évêque, de venir chez lui, parce qu'il voulait le consulter. S. Willebrord répondit à ses envoyés : « Après que votre maître a méprisé les avis de notre frère, le saint évêque Wulfran, comment recevra-t-il les miens? Je l'ai vu, cette nuit, attaché d'une chaîne ardente, et je crois qu'il est déjà dans la
CATÉC. PRATIQUE. T. I. 4
7i DE LA FOI.
damnation éternelle. » Ayant ainsi parlé, saint Willebrord ne laissa point de se mettre en devoir d'aller trouver le roi lîatbot; mais il apprit en chemin qu'il était mort sans baptême, et il s'en retourna sur ses pas.
Le poète Werner.
Ce célèbre poète allemand, qui se fit catholique, prêtre et religieux, qui prêcha souvent à Vienne, lors du congrès m 1814, fut présenté à un des souverains qui se trouvaient au congrès, et ce prince ne lui dissimula point qu'il blâmait ceux qui changeaient de religion. « Et moi aussi, Sire, reprit le P. Werner, je trouve que Luther a eu très-grand tort de changer; et c'est parce que je suis de cet avis que je suis revenu à la foi qu'il avait quittée. » Le souverain, qui était protestant, ne répondit rien, et on ne voit pas trop en effet, ce qu'il avait à répondre.
[Gr. Cat. 38e q.)
Notre foi doit avoir les qualités suivantes; elle doit être 1° universelle, 2° ferme, 3° agissante et 4° constante.
(Gr. Cat. 39e q.)
I. Notre foi doit être universelle, cela veut dire que nous devons croire, non une vérité, mais toutes les vérités que l'Eglise propose à notre croyance; car Jésus- Christ a dit expressément: « Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai dit. » (S. Matth. 58, 20.) Et dans S. Jean, il est écrit:« Quiconque ne demeure pas dans la doctrine de Jésus-Christ, mais s'en éloigne, ne possède point Dieu. » (2 Epît. de S. Jean, 9.) Au surplus, celui qui ne croit de la doctrine de Jésus-Christ que ce qui lui plaît, n'a, pour ainsi dire, pas de foi, car un tel ne croit pas en Dieu, mais à ses propres opinions. « Si vous ne
croyez de l'Evangile, dit S. Augustin, que ce que vous voulez, c'est vous-même alors que vous croyez, plutôt que l'Evangile; car si votre esprit privé peut adopter ou . rejeter dans l'Ecriture, ce qu'il veut, en ce cas, il ne se soumet pas à l'autorité de l'Ecriture, mais c'est l'Ecriture qu'il soumet à sa volonté.
Grands hommes constants dans la foi.
Les fidèles gardiens et confesseurs de la foi dont s'honore l'Eglise catholique, ont défendu cette foi au prix des plus grands sacrifices et quand il le fallait, au prix de leur vie; ils ne souffrirent jamais qu'on en supprimât ou qu'on y ajoutât un seul mot. — S. Ambroise fut un de ces gardiens fidèles et vigilants, et c'est pourquoi il adressa à tous ceux qui ne voulaient croire de la doctrine catholique que ce qui leur plaisait, ces paroles sévères: « Si vous faites disparaître un seul point de la foi, vous faites disparaître pour vous toute espérance de salut. » (Sup. Cap. 9 Lucœ.)
— La même fermeté éclata dans S. Basile, quand il s'agissait de conserver pure la foi catholique. Il ne laissa effacer aucun mot, aucune syllabe de la doctrine catholique. Lorsque l'empereur Valens, qui favorisait l'hérésie des Ariens, voulut l'engager, par l'organe de son gouverneur Modestus, à accorder du moins quelque chose aux circonstances du temps, et défaire cause commune avec l'Arianisme, puisque, après tout, il ne s'agissait que d'une simple expression, Basile, avec une intrépidité et une force toutes chrétiennes, lui répondit : « Ce que l'Eglise enseigne, elle l'a reçu de Dieu; et cette doctrine je dois la défendre au prix de mon sang et de ma vie. Non, je ne souffrirai pas qu'on supprime un mot, une syllabe de cet enseignement divin; comme un gardien établi par Dieu, je serai fidèle à mon poste; dût-il m'en coûter la vie, je saurai défendre le précieux dépôt de la foi contre toutes les attaques de l'hérésie. »
Comparaisons.
«La moindre fêlure dans une cloche gâte son harmonieuse
résonnai) ce et la met hors d'usage; une fente dans un navire sutlit pour le faire couler; une petite quantité de levain pénètre dans toute la masse et corrompt la pâte. Ainsi une seule erreur renverse et corrompt toute la foi. De même encore; dans la musique il suffit d'un seul faux ton pour troubler toute l'harmonie, quand même tous les autres tons seraient parfaitement d'accord. Or l'harmonie de la foi dans les différents articles, est une musique spirituelle. Il ne faut qu'un faux ton, — une seule erreur, ne fût-ce que dans un article, pour produire un désaccord complet. (Marchant.)
{Gr. Cal. 41e q.)
II. Notre foi doit être ferme, c'est-à-dire que nous devons croire d'une foi qui exclut tout doute.
Exemples tirés de la Bible.
Telle fut la foi qui distingua Abraham et lui attira les bénédictions de Dieu. Voici comment l'Ecriture sainte nous en parle : « Ayant espéré contre toute espérance, Abraham crut qu'il deviendrait le père de toutes les nations, selon qu'il lui avait été prédit: Ainsi sera votre postérité. Sa foi ne s'affaiblit point, et il n'eut pas la moindre défiance de la promesse de Dieu; mais il se fortifia parla foi, rendant gloire à Dieu; et pleinement persuadé qu'il est tout-puissant pour faire tout ce qu'il a promis. C'est pour cette raison que sa foi lui a été imputée à justice. » {Eplt. aux Rom. 4. 18-2-2.)
Moïse et Aaron furent au contraire punis à cause d'un doute qu'ils avaient eu. Lorsque le peuple manqua d'eau dans le désert, Moïse et Aaron eurent recours à Dieu par la prière. Et le Seigneur parla à Moïse, en disant: « Prends la verge, assemble le peuple, toi et Aaron ton frère, et parle à la pierre devant eux, et elle donnera de l'eau. » Mais Moïse et Aaron se prirent à douter si Dieu, à cause des murmures et de l'incrédulité du peuple d'Israël, voudrait bien opérer ce prodige, et ce doute, Moïse l'exprima au peuple en disant: «Ecou-
tez, incrédules et rebelles: Pourrons-nous faire sortir de l'eau de cette pierre? »
Cependant Moïse éleva la main et frappa le rocher de sa verge, mais à cause de ses doutes, ce ne fut qu'au second coup que l'eau sortit en grande quantité. Alors Dieu dit à Moïse et à Aaron: « Parce que vous n'avez pas cru en moi et que vous ne m'avez pas sanctifié en la présence des enfants d'Israël, vous ne conduirez pas ces peuples en la terre que je leur donnerai. » (lit?, des Nombres. XX.)
La fermeté de foi dans S1 Louis.
Dans la Sainte-Chapelle de Paris, où l'on conserve entre autres reliques remarquables, la couronne d'épines de notre Sauveur, un prêtre célébrait la messe; à peine eut-il fini la consécration, qu'au lieu de l'hostie, les personnes voisines virent un enfant de la plus ravissante beauté.
Le peuple accourut en foule pour être témoin de ce prodige, et le saint Roi fut invité à son tour à venir contempler le miracle, mais il refusa en disant: « Non! Que celui qui ne croit pas, y aille, afin qu'il voie son Sauveur; quant à moi, je le vois tous les jours avec les yeux de la foi. » Ainsi l'autorité de Dieu était pour lui une preuve plus convaincante que celle fournie par les sens. Un miracle était superflu pour lui. Il croyait fermement sur la parole de Dieu, sans admettre le moindre doute. (Marchant, Jardin des Pasteurs, p. 156.)
Dans tout ce qui regarde la foi, ne doutez et ne subtilisez pas.
On a conservé la réponse que fit un jour un brave bourgeois catholique de Liège, lors des troubles religieux qui désolaient la Belgique au d6p siècle, réponse très-courte, mais très-significative. Un jour, un homme dont le bavardage égalait la présomption, lui demanda compte de plusieurs articles de la foi et à chaque moment il répétait la question : comment on pourrait expliquer tel et tel mystère; comment il se faisait que sous un simple signe sensible et extérieur il pouvait y avoir une force surnatu-
relie, une substance agissante? — L'autre lui répondit par ces mots incisifs qui mirent vite fin aux questions de l'importun hâbleur: « J'espère avec l'aide de la grâce divine entrer un jour dans le royaume des cieux, et par une porte qui aura pour inscription, non ces questions de: comment ci et comment ça, mais le Credo (je crois). » — Tout homme de bons sens ne peut qu'approuver cette réponse, car partout où il s'agit de la révélation divine, des relations entre Dieu et ses créatures raisonnables, il ne peut être question que du pourquoi, (c'est-à-dire, des moyens et de la fin) et non du comment qui restera toujours ici-bas un mystère pour l'homme. Si dans la nature, il y a tant d'objets qui sont des énigmes à nos yeux, si l'union de notre corps avec notre âme est une question si mystérieuse pour nous, comment voudrions-nous qu'il n'y eût pas de mystères en Dieu? ,et, puisqu'il y en a, pourquoi vouloir nous perdre dans ses sublimes profondeurs? (Veith ; la guèrison de Vaveugle-né.)
Comparaison.
De même que des membres tremblants et dépourvus de force ne bronchent et ne tombent pas, quand ils s'appuient sur un bâton, ainsi notre âme qui parfois est ébranlée par les arguties et les sophismes de la raison se soutient par la foi ; pareille à un bâton solide, la foi, la fortifie par sa propre force, la consolide et ne lui permet pas de tomber. (S. J. Chrysostôme.J
(Gr. Coi. 42-43e g.)
III. Notre foi doit être agissante, c'est-à-dire que nous devons vivre conformément à la foi, en pratiquant le bien et y évitant le mal, comme la foi le prescrit; car la foi qui ne se montre pas agissante par des œuvres de vie, est une foi morte et ne suffit pas pour parvenir au salut. C'est pourquoi l'apôtre S.Jacques dit: « De même qu'un corps sans âme est mort, ainsi la foi sans les œuvres est morte. » (Epît. IL 26.) Dans S. Paul il est également écrit: « En Jésus-Christ rien ne sert que la foi qui agit
§ Ol. QUALITÉS DE LA FOI. 79
par la charité. » (Epît. aux Gai. 5, 6.) Aussi S. Augustin nous avertit de la manière la plus pressante à joindre à la vraie foi une sainte vie, afin que nous confessions Jésus-Christ par nos paroles, en croyant la vérité, et par nos œuvres, en vivant saintement. [Serm. 31 de Verb. Apost.)
Croyez, mais vivez d'après votre croyance.
Quelqu'un ayant demandé à S. Egide, ce qu'était la vraie foi, reçut cette réponse : « C'est le palais d'un roi, où nonseulement il faut entrer, mais où il s'agit avant tout de bien se conduire vis-à-vis du roi. x>
Comparaisons.
« La vie vertueuse est à la foi, ce que la nourriture est au corps; car de même que notre corps ne pourrait subsister sans elle, ainsi la foi ne pourrait subsister sans bonnes œuvres. » {S. Chrysostôme.)
« Si vous parlez de la foi, ayez soin également de la mettre en pratique; car vous devez savoir que la foi sans les œuvres est morte.» [S. Jac</.2.26.)En effet, ils sont réellement morts ceux qui prétendent connaître Dieu, mais lerenient parleurs œuvres, comme s'exprime l'Apôtre : « Ils sont infidèles à la foi, impropres aux bonnes œuvres, et à cause de cela dignes de réprobation. » {S. Ephrem.)
« Tenez dans la main une lanterne, qui est la foi; que dans celle-ci brûle la charité qui vous montrera ce que vous avez à pratiquer et à éviter. » (S. Augustin.)
« La vertu sans la foi, c'est une semence stérile; mais la foi sans la vertu, c'est un arbre sans fruit. » — « Les garanties de la foi, ce sont les œuvres de charité, comme les bons fruits sont les garanties d'un bon arbre. » — « Sans fleurs, il n'y a pas de fruits, comme sans foi, il n'y a pas de bonnes œuvres. La foi sans les œuvres est morte, comme la fleur de l'arbre quand le fruit n'y succède pas. » — « A quoi sert la lampe la plus belle, si elle manque d'huile? Ainsi la foi chrétienne ne vous sert de rien, si
Ja vie chrétienne vous manque. » {Munch. Le royaume de Dieu.)
La foi seule ! elle est morte et n'a de vie réelle Que quand la charité, son âme, vit en elle; La foi sans charité, quelqu'un l'a si bien dit, C'est un beau vase creux, qui ne fait que du bruit. (Angélus Silesius.)
IV. Notre foi doit être constante, c'est-à-dire que nous devons être prêts à perdre plutôt tout, même la vie, que de renoncer à la foi. « Tous les catholiques, écrit saint Vincent de Lerins, s'ils veulent se montrer les véritables enfants de l'Eglise leur mère, doivent tenir fermement à la foi des saints Pères et y mourir; d'un autre côté, mépriser et rejeter les nouveautés des hommes pervers. » Déjà longtemps avant lui, S. Paul écrivait: « Prenez garde, mes frères, qu'il ne se trouve parmi vous quelqu'un dont le cœur soit perverti par l'incrédulité, jusqu'à se séparer du Dieu vivant. »(Epît. auxHebr. 3, 12.) Les saints Martyrs et d'autres fidèles catholiques nous fournissent sous ce rapport de beaux exemples à imiter.
Constance dans la foi.
L'histoire de l'Afrique chrétienne rapporte de Saturus premier gouverneur de Huneric, roi des Vandales, que ce prince chercha vainement par la persuasion et par la force brutale à lui faire abandonner la foi catholique pour l'hérésie Arienne. Toutes les tentatives ayant été inutiles, sonépouse éplorée qu'il aimait tendrement, vint, accompagnée de ses enfants, tomber à ses genoux et luidire avec larmes:«Ayez pitié de votre épouse, de ce nourrisson que je porte au sein et de ces pauvres enfants! Non, non, croyez le bien, Dieu n'est pas si cruel; il vous pardonnera puisque vous n'aurez cédé qu'à la violence ; vous n'étiez pas libre ! »
Mais Saturus répondit par ces paroles de Job : « Vous parlez comme une femme insensée. Si vous aimiez réellement votre époux, vous ne chercheriez pas, au moyen de ces caresses et de ces paroles séduisantes, à le précipiter dans le vrai péril de la mort, celui de la mort éternelle. Qu'ils m'arrachent à mon épouse, à mes enfants, à tout ce que j'ai ici-bas; jeconserve dans mon cœurles paroles saintes du Seigneur ! » Telle fut sa réponse ; son épouse s'en alla en sanglotant; on le dépouilla de tous ses biens, on le tortura si affreusement qu'il faillit en mourir, puis on le chassa comme un misérable mendiant. {Veith. Le sacrifice de paix, p. 6Q.)
Une veuve persane.
Le tome XXe des annales de la Propagation de la Foi citait un fait, bien capable de faire rougir tant de chrétiens qu'arrête le respect humain.
« Il y a un an, une mère avec ses cinq enfants avait embrassé la religion catholique. Son mari, se voyant près de mourir dans les Indes, avait chargé ses parents d'envoyer à sa famille, à Djoulfa, une somme qu'il avait laissée, et qui s'élevait à près de deux mille tomans. Lorsque la veuve vint réclamer cette somme qui lui appartenait, on lui répondit : que si ses enfants allaient avec elle baiser la main de l'évêque schismatique arménien, en se repentant d'avoir embrassé la foi catholique, on lui livrerait les deux mille tomans, qu'autrement elle ne pouvait espérer de les recevoir. Mais la généreuse veuve en fit volontiers l'abandon et répondit que la vraie foi lui était plus chère que de vains trésors. Depuis cette femme est morte dans de grands sentiments de piété, et a laissé à notre sollicitude quatre enfants en bas âge.
Les catéchistes et les catéchumènes confesseurs de la Foi.
Le dominicain Giordano Ansaloni de Santo Angelo en Sicile, pénétra avec un frère convers dans le Japon en 1652, pour convertir les habitants de ce pays à la foi de Jésus- Christ. Les violentes persécutions que ces saints religieux
eurent à endurer, furent loin d'arrêter le cours de leurs prédications, et la vue des plus grands dangers n'ébranla en rien leur attachement à la sainte religion. Un jour qu'ils avaient réuni soixante catéchumènes dans leur maison, se présenta une troupe de soldats pour les saisir. Les nouveaux chrétiens voulurent opposer la force à la force, mais Ansaloni leur cria : « Arrêtez, mes frères, soumettez-vous sans murmurer; notre mort sera plus utile au progrès de l'Evangile que notre existence. » Et les fidèles le suivirent aussitôt dans la prison, sans crainte des tortures cruelles qui les y attendaient.
Les deux missionnaires furent enterrés vivants et debouts, et après qu'on leur eut enduit le visage de miel, on les laissa exposés aux piqûres des insectes, aux morsures des animaux, et aux horreurs de la faim. Ils supportèrent avec un héroïque courage cet affreux martyre et prièrent sans discontinuer jusqu'à leurs derniers instants pour la conversion de leurs persécuteurs; à leur tour les catéchumènes confessèrent constamment la foi de Jésus-Christ. (Fleurs de la morale.)
La jeune fille de Strasbourg.
De nos jours, une jeune fille de dix-sept ans, Caroline Nessler de Strasbourg, nous a donné un bel exemple de constance et de fermeté dans la profession publique de sa foi. Je rapporte à dessein cette histoire, parce que les journaux anti-religieux ne l'ont fait connaître au public que par leurs attaques calomnieuses contre l'Eglise catholique et le clergé. Caroline Nessler était venue trouver M. l'abbé Caseux, vicaire de la cathédrale et lui déclarer que, depuis qu'elle avait lu plusieurs ouvrages catholiques, elle avait été convaincue intimement qu'on ne pouvait trouver la véritable paix du cœur que dans l'Eglise romaine. Le vicaire lui met sous les yeux les difficultés et les dangers qu'entraînerait une telle résolution, mais la jeune fille ne cessa de faire les plus vives instances pour qu'il l'instruisît dans la religion catholique. Le prêtre fit alors ce que son devoir exigeait,
il fit ce que Philippe avait fait quand l'esclave de la reine de Candace l'eut prié de l'instruire. Les parents de Caroline, remarquant que leur fille voulait embrasser le catholicisme, la surveillèrent activement, firent observer toutes ses démarches et lui parlèrent fréquemment de la superstition papiste, de la stupidité catholique et d'autres belles choses de ce genre, en même temps qu'ils engagèrent d'autres personnes à lui tenir le même langage. Mais Caroline était fermement résolue à embrasser la foi catholique, et voyant qu'il serait impossible de mettre ce projet à exécution, aussi longtemps qu'elle vivrait dans la maison paternelle, elle prit le parti de la quitter, quoique pût lui dire le prudent vicaire. Elle le fit, et, ce qui l'y décida, ce furent les paroles du Sauveur : « Celui qui aime son père et sa mère, ses frères et ses sœurs plus que moi, ne peut être mon disciple. » Sur ses vives instances de la recevoir dans la confession catholique, le vicaire y consentit, mais après avoir obtenu préalablement la permission de l'autorité ecclésiastique. Ce fut un crime aussi bien pour le prêtre que pour la jeune fille; en effet, quoique sur les injonctions de l'autorité civile Caroline fut retournée dans la maison paternelle, son père intenta au vicaire un procès, sur l'accusation de rapt, alors qu'il était cependant prouvé que la jeune fille avait quitté la maison de son propre mouvement et même contre la volonté du prêtre. Il ne nous appartient pas de montrer ici comment la chambre du conseil de Strasbourg se conduisit à l'égard du vicaire, au mépris des lois du pays, puis au mépris même de toutes les lois, à l'égard de ceux qui s'étaient mêlés de la conversion de Caroline; on lança contre eux un mandat d'arrêt (imitation de ce que fit le grand conseil de Jérusalem contre les apôtres pour avoir prêché la foi de Jésus-Christ) ; mais ce que nous ne pouvons nous abstenir de dire, c'est que, le lendemain, un vendredi, lorsqu'on mit devant Caroline des aliments gras, elle ne laissa pas échapper une seule plainte contre ses parents, et se contenta d'une tranche de pain sec, au lieu de toucher aux mets dont l'usage était prohibé
par sa foi. Loin do se réjouir de cette fidélité et de cette constance de leur enfant, la mère éclata contre elle en grossières injures et lui lit subir mille avanies. Lorsque le lendemain la pauvre fille se disposait à se rendre à l'église, ses parents la séquestrèrent de nouveau dans la maison. Elle prépara ses paquets, et le jour suivant, elle demanda à son père et à sa mère un témoignage par écrit, comme quoi elle quittait la maison paternelle de leur plein consentement. Un refus formel fut la réponse à sa demande, toutefois elle en reçut encore une autre, à savoir une bonne quantité de soufflets et de coups que lui administra sa mère au lieu du déjeuner que son père voulait lui donner. L'histoire s'arrête ici. Ce que la malheureuse jeune fille endura encore depuis ce temps pour sa foi, n'est pas venu à la connaissance du public, mais ce que nous avons rapporté, suffit pour payer à cette enfant un tribut d'admiration. Qui ne voit en effet, combien est édifiante cette profession publique de la foi, chez une fille de cet âge? Hélas combien d'autres par la seule peur d'être ridiculisées par quelques jeunes écervelés, se laissent détourner des pratiques de la vertu, de la crainte de Dieu et de la foi? Mes frères bienaimés, prenons exemple à cette jeune sœur dans la foi, édifions-nous par le souvenir de son courage à professer publiquement la religion, malgré les persécutions, les mauvais traitements, les injures que lui firent subir ses parents, surtout que pour nous, il n'y a ni peines, ni souffrances ni persécutions à redouter, quand nous professons publiquement notre foi. (Instructions de Massl.)
La fidélité à la Foi.
À l'époque ou le tyran Xogunsama désolait la florissante Eglise du Japon, un homme distingué ayant un office de fiscalité ou de surveillance du trésor public, fut invité à abjurer la foi de Jésus-Christ et à adorer de nouveau les idoles. Le vertueux fonctionnaire déclara qu'il était prêt à obéir à cet ordre, mais seulement à la condition que les savants les plus renommés du pays vinssent le trouver pour le
convaincre d'erreur et réfuter ses objections; mais s'ils échouaient et si le contraire leur était démontré, qu'il fût rendu à la liberté et laissé en paix.
Xogunsama accepta l'offre et une foule de bonzes s'assembla aussitôt en comité savant; mais le chrétien défendit sa foi avec tant de simplicité, de clarté et de force, que les docteurs de la superstition idolâtrique demeurèrent muets, et que les juges du camp attribuèrent la victoire au chrétien.Les mystagogues païens, les polythéistes et les panthéistes, se mirent alors à crier à tue-tête : « Jusqu'ici ce n'a été qu'une dispute de mots qui ne décide rien; si tu veux prouver la vérité de ta religion, il est temps de le faire par des œuvres et des actes. Si, en présence de ces juges, tu^s en état d'opérer l'un ou l'autre prodige qui surpasse la puissance de la nature, nous nous reconnaîtrons vaincus. » — « Soit! répondit le chrétien, si vous désirez des miracles, eh bien ! j'en ferai briller à vos yeux, et non pas un seul, mais deux. D'abord, je vous poserai cette question. Pensez-vous que le bonheur de ma maison, de ma famille ne me soit pas aussi cher que ne l'est à Xogunsama le bonheur des siens?» Ils répondirent: « C'est juste, nous te l'accordons. » — « Or, continua le chrétien, je suis prêt à sacrifier toute ma fortune, tout le bonheur temporel des miens, et à supporter avec allégresse et plaisir une aussi grande perte pour Jésus et sa foi. Voila le premier miracle. Si vous êtes disposés à faire la même chose pour vos dieux Xaca, Chamis et Àmida, je ne veux pas proposer cet acte comme un prodige. Le second miracle est celui-ci : c'est que sans subir la moindre contrainte de qui que ce soit, je suis prêt et fermement résolu à plutôt quitter la vie que la foi. Que vous en semble? Etes-vous disposés à faire de même pour vos dieux Chamis? 11 ne me le semble pas. Donc, vous avez deux miracles. » (Veith. Les ennemis de J. C. P. 76.)
Mort endurée pour la Foi.
Un enfant de sept ans fut traduit devant le prévôt Asclépiades, persécuteur des chrétiens: « Qui es-tu? » lui demanda
le juge. — « Je suis Chrétien catholique; » et l'enfant lui récita le Symbole et les autres choses qu'on lui avait apprises au catéchisme. Cette naïve profession de foi irrita le tyran; toutefois, modérant extérieurement sa colère, il fit venir la vertueuse mère du jeune héros, et, en sa présence, on fouetta ce petit enfant avec tant de cruauté, qu'il fut bientôt tout en sang. Un si horrible spectacle fit couler les larmes des yeux de tous les spectateurs. Pendant qu'on déchirait son corps, cet enfant de bénédiction confessait Jésus-Christ, à qui sa digne mère offrait le sacrifice de son fils avec une constance que les païens admiraient.
Le petit martyr, regardant avec tendresse sa pieuse mère, lui dit: « J'ai bien soif; » elle lui répondit: « mon cher fils, encore un peu de patience, vous arriverez bientôt à la fontaine de vie, et Jésus-Christ vous donnera à boire d'une eau vive qui vous désaltérera pour toujours. » Outré de colère en voyant la fermeté héroïque de l'enfant et de la mère,Asclépiades ordonna qu'on tranchât la tête à ce jeune athlète qu'il n'avait pu vaincre. Sa mère le prit entre ses bras et lui donna un dernier baiser qui fut aussi religieux que tendre, et en le rendant au bourreau, elle dit ces paroles du Prophète: « La mort des saints est précieuse devant le Seigneur. » (Gaume, Cal. de Pers. t. III.)
{Gr. Cat. 45e q.) Si ces beaux exemples des fidèles confesseurs de la foi, qui donnèrent courageusement leur sang et leur vie pour Jésus-Christ, sont édifiants, l'apostasie ou le renoncement à la foi est d'autant plus triste; car notre Seigneur Jésus-Christ a dit : « Celui qui me renoncera devant les hommes, je le renoncerai devant mon Père, qui est dans les cieux. » (S. Matth. X. 33.)
Une juste douleur.
C'était en 1620. Quelques bourgeois de Fribourg, venus en pèlerinage à Jérusalem, avaient logé chez un de leurs compatriotes qui les avait reconnus et chargés, à leur départ,
de remettre à ses parents pauvres une bourse remplie d'or. Cependant ceux-ci, ayant appris de la bouche des pieux voyageurs, que leur fils avait fait fortune clans le monde, qu'il était même monté à la dignité de pacha, mais aux dépens de sa foi et aux prix d'une apostasie, préférèrent rester pauvres et jetèrent loin d'eux cet argent que les autorités employèrent à l'acquisition de lustres en bronze pour l'église. Devait-on les nommer fanatiques, parce que cet or leur brûlait dans la main comme du plomb fondu, parce qu'ils ne voulaient plus avoir de relations avec leur propre fils? On devait au contraire respecter leur trop juste douleur, puisqu'ils furent plus affligés de voir leur fils perdu pour l'honneur et la religion que de s'en voir privé par la mort. (Veith. La guêrison de l aveugle-né, p. 299.);
Les apostats.
Vers la fin du siècle dernier, les populations chrétiennes de la Cochinchine eurent à supporter une horrible persécution, qui avait spécialement pour but d'exterminer non-seulement les prêtres européens et indigènes, mais encore tous les instituteurs et catéchistes appartenant aux classes laïques. Cà et là on s'efforça, par des menaces et des ruses infernales d'amener ces derniers à l'apostasie: un jour trentedeux de ces chrétiens indigènes furent amenés dans une maison ayant deux portes ou deux sorties. A l'une de ces portes, les Talapoins (prêtres idolâtres du pays) avaient donné le nom déporte de la vie, parce que tous ceux qui se décidaient à sortir par là, auraient la vie et la liberté sauves; mais en travers du seuil on avait placé un crucifix, de manière que personne ne pouvait y passer, sans fouler aux pieds le signe du salut. L'autre porte, qui demeurait ouverte, se nommait la porte de la mort, parce que derrière elle se trouvaient apostés des bourreaux qui devaient massacrer à l'instant tous ceux qui choisissaient cette sortie. Au grand étonnement de la foule qui se pressait autour de la maison, trente catéchistes se dirigèrent sans crainte, les uns après les autres, du côté de la porte ouverte où la mort les atten-
Jait, tandis qu'il n'y en eut que deux qui cherchèrent la première issue ; mais leur lâcheté fut accueillie par le mépris et les insultes des idolâtres eux-mêmes. Qui donc n'éprouverait de l'aversion et du mépris pour une apostasie aussi honteuse? [Veilh, Mater Dolorosa, p. 50.)
Comparaison. (Effets de l'apostasie funestes à l'Eglise et à l'Etat.)
« La sédition et la révolte suivent toujours l'apostasie; l'histoire en fournit des preuves frappantes. Où donc une hérésie a-t-elle prévalu sans entraîner en même temps la guerre civile et les massacres? Les Etats les plus florissants n'ont-ils pas dû leur ruine à ce crime contre Dieu? Le chameau n'a coutume de boire .qu'après avoir remué l'eau, et l'hérésie ne s'introduit d'ordinaire dans nos royaumes qu'après y avoir semé le trouble et la révolte. Comme signes distinctifs, elle porte d'une main la Bible, de l'autre le glaive. Elle est une pépinière de séditions et quiconque en fait partie, appartient à la bande de Coré qui se révolta contre Moïse et Aaron, et il mérite le même châtiment. » (Marchant, p. 71.)
C'est pourquoi il est très-important d'apprendre à connaître les sources et les causes d'où provient l'apostasie. Ce sont les suivantes:
1° L'orgueil et V investigation indiscrète des mystères de la foi. Souvent un grand esprit ne reconnaît pas ce que l'humble foi aperçoit très-clairement. C'était ce que demandait le divin Sauveur quand il disait: « Je vous rends gloire, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux petits. » (S. Matth. XL 25.)
Le missionnaire apostat.
Vers la fin du dix-septième siècle un savant religieux, originaire de la Sicile, s'était fait missionnaire plutôt par
dépit d'avoir été humilié que par zèle pour le salut des âmes. Il se rendit en grande pompe en Orient, mais les vents contraires au lieu de le porter à Alep, le firent aborder non loin du Caireetl'on n'entendit plus parler de lui pendant assez longtemps. Plus tard cependant on apprit qu'il avait abjuré la foi, pris le nom de Maalem Moses et écrit en faveur du Judaïsme des livres en langue arabe, qui furent expédiés jusqu'à Marseille. — En 1702, un missionnaire bavarois (Théodore Krump) qui se rendait en Abyssinie, le trouva dans le pays de Sennaar, gisant au fond d'une misérable hutte, abandonné de tout le monde, et en proie à une maladie mortelle. Il chercha à adoucir autant qu'il le put, la misère du malheureux vieillard, mais toutes ses tentatives pour le ramener au giron de l'Eglise, demeurèrent vaines ; le malade, il est vrai, soupirait avec tristesse et versait des larmes amères, mais à toutes les exhortations, aux avis les plus pressants, il ne cessait d'opposer ce prétexte : « Que va-t-on dire de moi en Europe, que va penser le monde? » C'était l'orgueil qui l'avait conduite l'apostasie, ce furent l'orgueil et le respect humain qui empêchèrent son retour à la foi. {Veitk. La guérison de Vaveugle-né. p. 198.)
2) Une deuxième et une troisième cause qui mène à l'apostasie, c'est l'omission de la prière et des autres devoirs religieux, ou le trop grand attachement au monde et à une vie criminelle. Voilà comment s'accomplit ce que Jésus-Christ annonce dans S. Matth. (21. 43). « Le royaume de Dieu vous sera ôté, et il sera donné à un peuple qui en portera les fruits. »
Pourquoi la Foi baisse-t-elle si fort?
Un grec très-riche avait rempli un de ses tonneaux d'un vin exquis. Afin de bien le conserver et de le mettre à l'abri de toute soustraction, il avait apposé son cachet sur l'embouchement supérieur. Mais son esclave ne s'y laissa pas prendre; il eut assez de malice pour pratiquer une petite ouverture au fond de la pièce et de la fermer prüdem-
ment quand il avait pris sa part. Cependant chaque fois que le maître de la maison brisait le cachet, qu'il avait soin de renouveler ensuite, après avoir puisé à la précieuse liqueur, il s'apercevait que le vin avait singulièrement diminué; il n'y comprenait rien. Un jour qu'il s'en plaignit à un de ses amis, celui-ci voulut lui expliquer l'énigme. « Sans doute, dit-il, que quelqu'un s'amuse à tirer le vin par le bas?» Mais cette remarque n'eut aucun effet sur notre homme que l'esprit ne tuait pas. « Que vous êtes simple, répondit-il, et je vois bien que vous ne comprenez rien à la chose. Ce n'est pas en bas mais en haut que le vin manque. » — Cette histoire est très-vieille, car Hiérocles l'a déjà racontée de son temps; mais elle se renouvelle sans cesse quoique d'une autre manière. Le vin exquis qui renouvelle, élève et ennoblit la vie de l'homme, c'est la foi en Dieu, la foi en son amour divin, dans sa parole salutaire. Or pourquoi cette foi a-t-elle tellement baissé dans le monde chrétien qu'on n'y trouve plus qu'une demi-foi? et comment se fait-il que, aux yeux de quelques-uns, la foi n'a pas plus d'importance pour eux qu'ils n'en ont pour elle? Ce n'est point par le haut que le vin manque, car tout don parfait vient d'en haut, du Père des lumières; du côté de Dieu, ce don nous est offert généreusement et quiconque l'accepte, reçoit encore davantage: l'une grâce attire l'autre. Non ; la cause de l'abaissement ou de la diminution de la foi ne provient pas d'en haut mais d'en bas. C'est par la région inférieure de la vie, par la sensualité, l'esclavage des passions que le voleur s'introduit, si le cœur n'est pas fidèlement mis en garde contre le péché. « La sagesse de la chair, comme vous l'enseigne l'Apôtre, est l'ennemie de Dieu. » Elle ne se soumet pas à sa loi, elle en est incapable. {Veith. Misericordia. p. 158. 156.)
Le docteur Achilli.
Le trop célèbre docteur Achilli, qui avait joué un si triste rôle dans la révolution romaine de 1848, et qui, comme on sait, était dans les ordres, abjurait le catholicisme pour entrer dans le protestantisme, et épousait à Londres, en 1851,
la fille de M. William Dobson, célèbrecbartiste. C'esttoujours le même mot d'Erasme : « Et 6ela finit, comme dans les comédies, par un mariage. »
3) Enfin une des principales causes de l'apostasie c'est la lecture des livres corrompus et impies, la fréquentation des ennemis de la foi, le mariage avec des personnes professant un autre culte, etc. Et voilà pourquoi le divin Sauveur nous prémunit contre les faux prophètes. (S.Matth. 7.51.)
Suites funestes des mauvaises lectures.
Un anglais, nommé William Bealde, s'était marié dans la ville de Londres, avec une femme aimable et d'une honnête famille; il avait quatre enfants dont il dirigeait l'éducation avec un soin et une vigilance extrêmes. Il paraissait être un excellent père et un bon mari. Les affaires de commerce déclinant depuis plusieurs années, il se livra à la lecture, et malheureusement, il préféra celle des livres qui ont été faits contre la religion. 11 en adopta tous les principes, écarta toute idée de vice et de vertu, et regarda les hommes comme de simples machines. Il se crut en droit de disposer de sa vie, de celle de sa femme et de ses enfants. Un matin, il envoya son domestique porter une lettre dans le voisinage, à un ami qu'il priait de venir à sa maison avec deux autres personnes, pour voir le changement de son état et celui de sa famille. A la réception de la lettre, l'ami vola ; mais il était trop tard : ce malheureux avait employé la hache et le pistolet. Il s'était servi de la première arme pour détruire sa famille, et avait tourné la dernière contre lui-même. Le juge, après une enquête, condamna sa mémoire. Son corps fut exposé à l'opprobre public et jeté à la voirie; on enterra sa femme et ses enfants avec décence. Tous les cœurs humains et sensibles versèrent des larmes sur le sort de cette famille et conçurent une nouvelle horreur pour les livres qui avaient fait un barbare d'un homme qui, avant d'avoir perdu la foi, avait mérité l'estime de tous ceux qui le connaissaient. (L'abbé Gérard.)
{Gr. Cat. 46* q.)
Nous devons surtout montrer que notre foi est ferme et constante en ne faisant pas même semblant de la renier et en la professant au contraire courageusement et partout par nos paroles comme par nos actes. Et voilà pourquoi le Sauveur a dit : « Celui qui me renoncera devant les hommes, je le renoncerai devant mon Père qui est dans les cieux» (S. Matth. 10. 32.). Voilà pourquoi S. Paul écrivit au Romains: « Il faut croire de cœur pour obtenir la justice, et confesser de bouche pour obtenir le salut. » (X. 10.)
L'ancien et le nouvel Elèazar.
Un des plus beaux traits de nos livres saints, c'est celui où ils représentent Eléazar, vieillard encore plus vénérable par ses vertus que par son âge, préférant généreusement la mort à l'infraction de la loi, et aimant mieux se livrer aux supplices que d'employer la feinte pour y échapper. Mais quoiqu'on ne puisse assez admirer cet exemple de droiture et de fermeté, j'ose dire qu'il n'y arien deplusadmirableque celui qu'a donné, pendant la révolution, M. Paquot, curé du diocèse de Reims, qui, par le nombre de ses années, était le doyen de la chrétienté et que la sainteté de sa vie, généralement reconnue, avait fait surnommer le saint prêtre. Il demandait à Dieu de terminer sa carrière par l'effusion de son sang pour la foi; son Dieu lui avait dit sans doutequ'il allait l'exaucer. Entrés subitement dans son oratoire, les brigands le trouvèrent à genoux, terminant les prières des agonisants. Il se livrai ta eux comme un disciple de Jésus-Christ à ses bourreaux; il traversa sous leur escorte les rues de la ville, entouré de leurs sanguinaires acclamations et récitant paisiblement les psaumes de David. Arrivé sur le seuil de la maison commune, il allait recevoir le coup de la mort ; le maire, croyant avoir trouvé le moyen de l'y soustraire, s'avance en criant aux brigands : « Qu'allez-vous faire, ce vieillard n'est pas digne de votre colère; c'est un homme qui est
§ lll. QUALITÉS DE LA FOI. 93
fou, qui a perdu la tête, à qui le fanatisme renverse les idées. » — « Non, monsieur, dit le doyen vénérable, en entendant ces mots, je ne suis ni fou, ni fanatique; je vous prie de croire que jamais je n'ai eu la tête plus libre ni l'esprit plus présent. Ces messieurs me demandent un serment décrété par l'assemblée nationale, je connais ce serment; il est impie, subversif de la religion. Ces messieurs me proposent le choix entre le serment et la mort. Je déteste ce serment et je choisis la mort. Il me semble, monsieur, que c'est là vous avoir assez démontré que j'ai l'esprit présent et que je sais ce que je fait. » Ce magistrat anéanti, par cette réponse sublime, est forcé de l'abandonner aux assassins. M. Paquot fait signe de la main, et ils l'arrêtent. « Quel est celui d'entre vous, leur demanda-t-il, qui me donnera le coup de la mort?» — «C'est moi, » répond un des brigands. — « Ah! reprend M. Paquot, permettez que je vous embrasse et je vous témoigne ma reconnaissance pour le bonheur que vous allez me procurer. » Il l'embrasse en effet comme le plus cher de ses bienfaiteurs, et il ajoute : « Permettez à présent que je me mette dans la posture convenable pour offrir à Dieu mon sacrifice. » L'assassin suspend sa hache. M. Paquot, à genoux, demande hautement pardon à Dieu, pour lui et pour ses bourreaux. Le scélérat qu'il avait embrassé porte le premier coup; le saint prêtre tombe; le reste des bourreaux à l'envi percent et hachent son cadavre avec leurs baïonnettes et leurs sabres, montrant par leur barbarie ce que peut la rage de l'impiété, comme M, Paquot avait montré, par son courage et sa douceur, ce que peut l'héroïsme de la vertu soutenu par la religion. (Les héros chrétiens.)
S. Gordius.
S. Gordius quitta, après quelque temps, la solitude où il s'était enfui , pour échapper à la persécution que Dioclétien avait allumée contre les chrétiens, et vint à Césarée au moment où le peuple était réuni au cirque pour célébrer les jeux de Mars. Son corps amaigri, ses cheveux
en désordre, sa longue barbe et ses habits déchirés eurent bientôt attiré l'attention du public. On soupçonna et on reconnut en lui un chrétien. Comme tel il fut condamné à l'instant à périr par le feu. Remarquant que quelques personnes versaient des larmes sur son sort, il leur dit : « Ne pleurez pas sur moi mais sur les ennemis de Dieu qui en nous préparant ce feu, attisent pour eux-mêmes le feu de l'enfer. Ce feu, qui tue le corps, je ne le crains pas, il s'éteint bientôt; mais ce que je crains, c'est ce feu éternel qui ne s'éteindra jamais, qui trouve son aliment dans les malheureux qu'il brûle. S'il le fallait, je suis prêt à subir mille fois la mort pour le nom du Seigneur et pour ma foi. » Quelques-uns s'étant rapprochés de lui en l'engageant à renoncer à Jésus-Christ de bouche, mais de le confesser seulement de cœur, afin d'échapper ainsi à la mort, il répliqua : « Cette langue que j'ai reçue comme un présent de Jésus- Christ, ne peut renier son maître. Le cœur croit pour obtenir la justice, la bouche confesse pour obtenir le salut. » (Marchant, Jardin des pasteurs.)
Le philosophe païen devenu chrétien.
Victorin avait été attaché jusque dans un âge très -avancé à la philosophie païenne; mais ayant fait connaissance avec les saintes Ecritures, il devint chrétien, se contentant de professer sa foi en secret, mais n'ayant pas le courage de manifester ses convictions en public. Cependant un jour il confia ce secret à son ami Simplicien, chrétien comme lui; voici la réponse qu'il reçut : « Je ne puis le croire, ni vous compter au nombre des chrétiens, aussi longtemps que je ne vous aurai pas vu dans une église chrétienne. » L'autre répliqua, toujours sur le même ton railleur. «Les murs de l'église font-ils donc le chrétien. » — Néanmoins, à mesure que sa foi devint plus vive, le besoin de la professer publiquement se fit sentir plus fortement à son cœur. Il vint à l'improviste trouver son ami et le lui déclara franchement. Lorsqu'il fut baptisé, au moment de prononcer la formule de la profession de foi, on voulut lui accorder comme un
§ ni. QUALITÉS DE LA FOI. 95
privilège, de ne le faire qu'en présence d'un petit nombre de témoins et non devant toute la communauté chrétienne. Mais il répondit: « Je n'ai pas craint de professer publiquement ce qui ne pouvait me donner le salut et maintenant craindrais-je d'exprimer publiquement ce en quoi je puis seul trouver le salut ? »
Ne reniez pas Jésus-Christ.
Lorsque Léonide, père du célèbre Origène, se trouvait en prison à cause de sa foi, son fils encore dans la tendresse de l'âge, puisqu'il n'avait que quatorze ans, lui envoya la lettre suivante: « Ah, mon père! je vous en conjure à genoux, ne reniez pas Jésus-Christ, à cause de nous. Je vous remplacerai auprès de ma mère et de mes six frères. J'irai mendier de porte en porte pour les faire vivre, si vous mourez martyr de la foi. »
[Gr. Cat. 47-48« a.) Le signe de la Croix. Le principal signe par lequel le chrétien catholique professe sa foi, c'est le signe de la Croix qui exprime les deux principaux mystères de notre sainte religion, à savoir : le mystère de la Très-Sainte Trinité et le mystère de la Rédemption; voilà pourquoi ce signe a été en usage chez les chrétiens depuis les temps les plus reculés, même dès le temps des apôtres, comme un signe particulier de la profession de foi catholique.
C'est au signe de la croix que Von reconnaît un catholique.
Fr. J. Gehlen dans son ouvrage : Aventures et recherches d'un pèlerin en Terre-Sainte, raconte: « Sur le chemin de Bethléem, nous fumes rencontrés par quelques femmes Bethléemites,dont la figure n'était pas voilée, d'après l'usage adopté en Orient par les chrétiennes; pour nous montrer qu'elles étaient catholiques , elles s'empressèrent de faire le signe de la croix.
Cette pieuse manière de se faire reconnaître comme
catholiques me rappela une parole que, peu de temps avant mon départ de Rome, j'appris de la bouche du célèbre cardinal Mezzofanti, cet homme auquel Dieu semblait avoir accordé le don des langues. « Combien de langues orientales avez- vous apprises ? me dit-il en riant, et comment saurez-vous comprendre les habitants de l'Asie ?» — Je répondis, « Je n'ai appris aucune langue orientale, Eminence, excepté quelques mots d'hébreu ; après tout, j'espère que l'italien suffira pour me tirer d'affaire. » — « Eh bien reprit le cardinal avec la naïve gaîté d'un enfant, je veux vous apprendre à l'instant une langue qui sera comprise dans tout l'univers, c'est... la lingua Crucis, la langue de la Croix ! Allez où vous voulez, partout où il y a des catholiques, le signe de la croix est connu; et celui qui vous le verra faire, quand même il parlerait la langue la plus inconnue, vous comprendra; s'il est catholique, il se servira également de ce signe et vous vous reconnaîtrez, vous saurez que vous êtes des frères en Jésus-Christ! S'il n'est pas catholique vous vous entendrez encore, et tout le monde saura avec qui il a à faire. »
Les armoiries des catholiques.
Un docteur chrétien dit en parlant du signe de la croix: « Vous êtes noble, lorsque vous portez des armoiries nobles, mais vous l'êtes bien plus, lorsque vous portez au-dedans de que vous le signe de la croix. Ceux qui ne peuvent se glorifier de leurs aïeux et non de quelques grandes actions faites par eux-mêmes, ressemblent, pour la noblesse, à ceux qui tiennent auberge et s'en vont emprunter tous les meubles de leurs voisins. Il est plus honorable d'avoir pour armes la croix qu'un blason noble. »
Comparaison.
« Toute grande société a une marque distinctive à laquelle elle reconnaît ses membres ; chaque armée bien réglée à son étendard sous lequel se rangent les soldats; le signe distinctif et l'étendard des chrétiens catholiques, c'est la croix.» (Marchant.)
(Gr. Cat. 50-ole?.)
Au témoignage de Tertullien qui vivait au deuxième siècle, les premiers chrétiens se servaient fréquemment du signe de la croix: « Quoi que nous fassions, dit ce célèbre écrivain, au début du voyage et durant le voyage, en mouvement et en repos, en entrant et en sortant, en mettant nos vêtements et nos chaussures, en nous levant, en prenant nos repas, le jour, la nuit, nous traçons sur notre front le signe de la croix. » Instuits par l'exemple des premiers chrétiens, nous devons les imiter en faisant souvent le signe de la croix, surtout en nous levant et en nous couchant, avant et après nos prières, avant nos principales actions, dans les dangers et les tentations, parce que, en faisant pieusement ce signe auguste, nous nous rendons invulnérables aux attaques du démon, et nous attirons sur nous les bénédictions du ciel.
Dans toutes les tentations armez-vous du signe de la croix.
Dans Tordre religieux de S. Benoît, cet ordre auquel les peuples de l'Europe doivent surtout leur civilisation, vivait un novice issu de famille noble, autrefois guerrier héroïque cl violent, mais depuis simple frère lai dans un couvent. Un jour qu'il avait été désigné pour servir les pères au réfectoire, son ancien orgueil se réveilla. « Que sont » pensaitil en lui-même « ces gens de rien, et comment puis-je m'abaissera les servir comme un esclave ! » — Cependant S. Benoît, sous la direction duquel il vivait, et qui avait reçu du ciel le don de connaître les pensées secrètes du cœur, se retourna de son côté et lui dit: « Mon frère, signe ton cœur du signe de la croix! Que signifient ces paroles que tu murmures intérieurement? Mets un cachet sur ton cœur! »
L'autre comprit à l'instant l'avertissement du saint abbé.
Où est le chrétien qui n'ait pas besoin du même conseil? Toutes les fois que les pensées d'orgueil, d'envie ou d'autres
CATLC. PRATIQUE. T. 1. 5
passions dangereuses s'élèvent en nous, le même conseil nous est donné. Rappelez-vous alors le signe de la croix, le signe par lequel vous avez été sauvé ; domptez votre passion, triomphez de vous-même, résistez au mal en vertu de l'obéissance. — Cette pensée et cette résolution s'éveilleront en nous toutes les fois que nous marquerons du signe de la croix, non-seulement notre front et notre bouche, mais aussi notre cœur. Ce signe est saint et sacré, mais il faut qu'il soit accompagné de pensées et de résolutions analogues. [Veit h. Charitas. p. 299.)
Le pouvoir du signe de la croix.
Saint Grégoire de Nazianze, dans son discours contre Julien l'Apostat, rapporte le fait suivant: Julien descendait un jour dans un sanctuaire souterrain, inaccessible à la foule, et dans lequel on redoutait de pénétrer. Il était accompagné d'un magicien fameux. L'empereur fut à -peine entré, qu'il fut saisi de crainte. Des cris inconnus, effrayants, se firent entendre; une fumée noire remplit le sanctuaire, et des spectres de feu se présentèrent devant lui. Frappé d'un spectacle si nouveau pour lui, car il était déjà d'un âge mûr lorsqu'il embrassa l'idolâtrie, il eut recours au signe de la croix ; cette arme toute-puissante qu'il eût voulu briser, il s'en sert contre ses frayeurs. Le signe de la croix montre sa vertu, les démons fuient, les terreurs de Julien s'évanouissent. Mais voici un nouveau miracle. Il veut continuer ses superstitions sacrilèges; ses terreurs reviennent, les monstres infernaux reparaissent. Il fait de nouveau le signe de la croix, et les démons, épouvantés, se hâtent de fuir une seconde fois. — Ce n'est pas seulement pour chasser les démons, c'est encore pour guérir les maladies et préserver des dangers qui menacent votre corps, que le signe adorable de notre rédemption a une vertu toute-puissnnte. Les Pères de l'Eglise nous en fournissent les preuves les plus authentiques. — S. Augustin rapporte qu'une femme de Carthage, nommée Innocente, avait un cancer que les médecins avaient déclaré incurable. C'est ce que m'avait dit en termes formels, continue le saint
Docteur, le médecin qui la soignait, et qui était l'ami intime de ma famille. Désespérée des hommes, cette femme avait mis toute sa confiance en Dieu. Le Seigneur daigna récompenser ses prières et sa foi. Il l'avertit en songe de se présentera l'église, la veille de Pâques, de se rendre au baptistère des femmes, et de prier la première nouvelle baptisée qu'elle verrait, delui faire le signe de la croix surson mal. Elle obéit, et fut aussitôt guérie. Le médecin, étant revenu, la trouva en parfaite santé. Etonné au-delà de toute expression, il la supplia de lui dire quel remède elle avait employé. Elle lui raconta la chose avec beaucoup de naïveté. «Je croyais, lui dit le médecin, que vous alliez me dire quelque chose d'extraordinaire! » Puis il ajouta un instant après:« Qu'y a-t-il d'étonnant que le Christ ait guéri un cancer, lui qui a ressuscité un mort de quatre jours? » (S. Augustin. Cité de Dieu. XXIII. 8.)
Comparaisons.
« La croix est un bouclier, une arme, un trophée de victoire sur le démon; c'est un signe auquel l'ange exterminateur nous reconnaît, et qui le fait passer outre, sans qu'il nous frappe. » (S. Jean Damascène.)
« Personne n'est assez hardi pour s'attaquer à quelqu'un qui porte les couleurs ou les chiffres d'un roi ; ces signes seuls le mettent à l'abri delà violence des ennemis. Quelle assurance bien plus grande ne devons-nous pas avoir, nous chrétiens, qui portons, non le chiffre d'un roi de la terre, mais le monogramme du roi des cieux et qui pouvons opposer à nos ennemis cette croix avec laquelle depuis longtemps il les a humiliés et vaincus. » (S. Ephrem.)
{Gr. Cat. 52e g.)
Nous avons encore la coutume, lorsqu'on récite l'Evangile, de marquer notre front, notre bouche et notre poitrine du signe de la croix, afin que Dieu daigne nous accorder, par les mérites de Jésus crucifié, la grâce de comprendre l'Evangile par l'esprit, de le confesser de bouche et de l'aimer de cœur.
L'usage de /aire le signe de la croix avant la lecture de VEvangile, est très-ancien.
Anciennement le diacre, avant de prendre le livre des Evangiles, devait se laver les mains, en signe de respect pour le plus saint de tous les livres. Tous les assistants se levaient alors et se marquaient du signe de la croix, en disant cette prière: « Seigneur, fortifiez tous mes sens par le signe de la croix, afin que j'écoute attentivement les paroles du saint Evangile, que je les croie de cœur, que je les professe de bouche, et que je les accomplisse par mes œuvres. »Les femmes abaissaient aussitôt leurs voiles sur le visage, en signe d'humilité et de recueillement, les rois et les princes ôtaient leurs couronnes et déposaient leurs sceptres, et tous les hommes mettaient de coté leurs bâtons de voyage. Ensuite on tenait les bras croisés sur la poitrine pour signifier, dit saint Hildebert, qu'on garderait avec soin dans le cœur les paroles de la bonne nouvelle et qu'on s'y attacherait inviolable ment.
Pratique. 1) Ne rougissez donc jamais de la foi catholique ni du signe de la croix! 2) Evitez la fréquentation des hommes impies et irréligieux, de même que la lecture des livres qui pourraient vous faire chanceler dans la vraie foi ou dans la vertu!
Ne rougissez pas de votre foi.
Saint Justin martyr fut cité devant les tribunaux à cause de sa foi. Rusticus, alors préfet de Rome, lui reprocha d'être un sectateur du Christ et lui dit : « Vous devriez rougir d'une religion aussi stupide. » — Que fit le généreux confesseur? Quelle fut sa réponse? Elle fut digne d'un chrétien: « Que Dieu me garde, dit-il, de jamais rougir de ma foi! Toute ma consolation et ma gloire, c'est de professer la religion chrétienne et de reconnaître le Dieu des chrétiens comme le seul vrai Dieu. » (Dans sa vie.)
§ III. QUALITÉS DE LA FOI. 10 i
Ne fréquentez pas les impies.
Gomme saint Vincent de Paule était compatriote du fameux abbé de Saint-Cyran, l'un des cbefs du Jansénisme, il avait eu des relations intimes avec lui, avant qu'il connût les égarements de son esprit et son attachement opiniâtre à l'erreur. Mais un jour que l'abbé osa lui dire que Dieu lui avait fait connaître que depuis cinq ou six cents ans il n'y avait plus d'Eglise : « Eh quoi! monsieur, lui dit le saint, voulez-vous plutôt croire vos sentiments particuliers que la parole de Notre-Seigneur, qui a dit que les portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre son Eglise? L'Eglise est son épouse, il ne l'abandonnera jamais. » L'abbé était trop orgueilleux et trop entêté pour profiter de cette sage remontrance. Loin de reconnaître ses erreurs, il s'obstina à les défendre; il soutint que si l'Eglise était autrefois l'épouse de Jésus-Christ, elle était maintenant une adultère et une prostituée. Il prit le parti de Calvin, dont le saint lui reprochait de suivre les sentiments; il prétendit que cet hérésiarque n'avait pas une si mauvaise cause, mais qu'il l'avait mal défendue; il alla même jusqu'à soutenir des points condamnés par le Concile de Trente. Vincent fut tellement révolté de cet indigne langage, qu'oubliant sa douceur ordinaire, il lui dit avec vivacité: « Prétendez-vous donc, Monsieur, que je m'en rapporte à un docteur particulier sujet à faillir, plutôt qu'à l'Eglise entière qui est la colonne de la vérité? Elle m'enseigne une chose, et vous voulez m'en persuader une autre qui lui est diamétralement opposée? Ah ! Monsieur, comment osez- vous préférer votre jugement aux meilleures têtes du monde, et à tant de saints prélats qui ont décidé ces articles au Concile de Trente? » Peu content d'avoir ainsi condamné l'erreur dès qu'il la connût, le saint se fit encore un devoir de s'interdire tout commerce avec ses partisans ; et c'estpour cela qu'ils se sont attachés à déprimer ses mérites, et à ternir, autant qu'ils ont pu, l'éclat de sa gloire. Mais leur injuste haine ne sert qu'à mieux prouver la pureté de sa foi; et rien n'est plus glorieux pour lui que d'avoir eu pour ennemis les ennemis de l'Eglise même. (Anecdotes chrétiennes du P. Reyre.)