‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemplesChapitre 11 sur 47 · DU SYMBOLE DES APOTRES · texte numérisé non relu

DU SYMBOLE DES APOTRES

{Gr. Cal. 1-2C q.)

Le symbole des Apôtres qu'on récite comme suit: « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, etc. » renferme en abrégé tout ce que nous devons principalement savoir et croire pour être sauvés. Il se divise en douze articles et nous vient des Apôtres, comme son nom l'indique. Mais on lui a encore donné ce nom pour le distinguer des symboles de Nicée et de saint Athanase qui sont des professions de foi plus étendues.

Le symbole était clans les premiers siècles de l'Eglise un mot d'ordre ou de passe.

Le symbole des Apôtres fut tenu en grande vénération dans l'Eglise par tous les chrétiens, et considéré comme une marque distinctive des vrais fidèles. Aux premiers siècles du christianisme, on ne le récitait pas pendant la Messe. Nulle part on ne trouve qu'il ait été récité en public pendant les trois premiers siècles. « Ce symbole, » dit Tertullien, a était le mot d'ordre et le signe distinctif des vrais fidèles; voilà pourquoi il a été conservé si longtemps par tradition orale est non par écrit. Ce que le mot d'ordre ou la consigne est pour les soldats en temps de paix et de guerre, voilà ce que fut pour les chrétiens, surtout à l'époque des persécutions, le symbole des Apôtres, afin de se reconnaître entre eux. Un étranger voulait-il assister à leurs assemblées, à leurs offices divins, on l'arrêtait à la porte et la sentinelle lui disait: Donnez-moi la consigne, répétez le mot d'ordre! Si l'inconnu voulait passer et être admis, il fallait qu'il récitât les douze articles du symbole; s'il ne savait pas les réciter, il était refusé.» — Si l'on était encore aussi sévère de nos jours à l'égard des chrétiens, ce ne serait pas trop dire qu'on refuserait l'entrée de l'Eglise à plusieurs d'entre eux; car il serait bien plus aisé de leur faire rapporter le contenu d'un feuilleton ou d'un nouveau roman, que d'exiger deces grands

esprits la récitation des douze articles du symbole qu'ils ont su au bout du doigt pendant leur enfance, mais qu'ils ont oublié, faute d'en user depuis que leur raison s'est émancipée. (Le S. Sacrifice de la Messe par R. Eggert. p. 254.)

1er ARTICLE DU SYMBOLE.

« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. »

« Je crois en Dieu. »

{Gr. Cal. o-5e q.)

Dieu est un esprit infiniment parfait, le maître du ciel et de la terre, la source de tout bien ; il est un esprit, parce qu'il a de l'intelligence et une volonté libre mais pas de corps; si l'Ecriture sainte parle parfois des yeux, des oreilles, des mains de Dieu, c'est uniquement pour se faire comprendre des hommes. Dieu est en outre infiniment parfait, parce qu'il n'est point, comme les créatures, bon dans une certaine mesure, mais parce qu'il possède sans nombre et sans mesure toutes les perfections ou les bonnes qualités. « La raison même et la conscience » dit Tertullien,« nous donnent cette notion de Dieu, et nous disent que, de tout ce qui peut exister de grand, il est le plus grand, qu'il est éternel, indépendant, sans commencement et sans fin ; donc si nous découvrons quelque part un objet, un être chez qui se manifeste de la faiblesse ou de la dépendance, c'est assez pour pouvoir dire, sans crainte de nous tromper: ce n'est pas Dieu, puisque la raison nous apprend que Dieu est cet être souverain qui peut tout, qui fait tout, qui a soin de tout, et qui n'a besoin d'aucun autre, cet être qui ne dépend d'aucun autre être, tandis qu'au contraire tout ce qui existe dépend de lui. »

Dieu est invisible.

A Ste Hélène, Napoléon eut avec ses compagnons d'exil, surtout avec Bertrand, qu'il voulait persuader, des conversations sur la religion, dans lesquelles on remarque des pensées vraiment étonnantes et dignes des plus profonds théologiens. Ce général lui ayant dit un jour sur un ton fort inconvenant: « Qu'est-ce que Dieu? L'avez-vous vu? » — «Je vais vous le dire, » répondit Napoléon. « Comment jugez-vous qu'un homme a du génie? Le génie est-il une chose visible? Qu'en savez -vous pour y croire? Sur le champ de bataille, au fort de la mêlée, quand vous aviez besoin d'une prompte manœuvre, d'un trait de génie, pourquoi, vous le premier, me cherchiez-vous de la voix et du regard? Pourquoi s'écriait-on de toutes parts: Où est l'empereur? Que signifiaitce cri, si ce n'est de l'instinct de la croyance en moi, en mon génie? Mes victoires vous ont fait croire en moi, eh bien! l'univers me fait croire en Dieu... Les effets merveilleux de la toute-puissance divine sont des réalités plus éloquentes que mes victoires. Qu'est-ce que la plus belle manœuvre auprès du mouvement des astres... Quoique Dieu soit invisible, il existe néanmoins et je crois en lui.» (M. Michaud.)

Dieu est un esprit.

S. Ephrem écrit à ce sujet. « L'œil ne peut embrasser la mer, mais ce n'est pas à cause de son éloignement. car les navigateurs eux-mêmes, quoiqu'ils la traversent, ne sont pas en état de l'embrasser par leurs regards. Ainsi vivent et se meuvent dans la divinité les puissances, les êtres et les anges. Mais quoique tout ait son fondement et son principe dans l'Etre divin, rien n'est cependant en état de l'approfondir.— L'air est mêlé à tout; c'est de l'air que dépend notre respiration. Nous pressant et nous serrant de toutes parts, il entre en nous, il sort de nous et cependant il semble ne pas être près de nous. La main s'étend dans l'air pour le saisir, mais vains efforts! il lui échappe sansnéanmoins s'envoler, puisqu'il demeure en lui-même. On le prend et on ne le tient pas. Son souffle passe devant les corps; il les enserre

et cependant ils restent libres; partout où ils se tournent, ils se meuvent dans l'air. Tout dépend de cet air qui seul porte tout sans se fatiguer. Les êtres habitent dans sa plénitude, et ils s'y trouvent, malgré cela, comme dans un espace vide. Il est trop grand pour se cacher quelque part, et, quoique non caché, il est invisible; il se cache et se dérobe en lui-même. — Prenez ces comparaisons tirées de l'air, comme autant de couleurs pour vous peindre une image de l'Eternel que nulle image ne peut représenter! Il est loin et il est près, il est en nous, mais non comme y étant renfermé, ou se trouvant dans un espace; toute la création est en lui, et il est comme s'il ne se trouvait pas en elle. Rien ne peut le cacher en soimême; il se cache en lui-même. »

Dieu est infiniment parfait.

Qui pourrait dire ce que Dieu est? Qui peindra sa beauté, sa puissance et sa grandeur, toutes ses perfections et ses propriétés? — Le P. Jordan de l'ordre des frères prêcheurs, questionnant un jour un possédé, demanda à l'esprit impur où il aimerait le mieux de se trouver. Il reçut pour réponse: «Dans le ciel. »Lui demandant alors la raison pour laquelle il préférerait être au ciel, il lui fut répondu: « C'est afin de pouvoir contempler la face du Créateur.» L'exorciste demanda ensuite, s'il aimait beaucoup de la voir, et l'esprit répliqua: «Je l'ai vue un peu plus d'un moment, mais s'il m'était donné de la voir encore aussi longtemps, je serais content de souffrir jusqu'au jour du dernier jugement toutes les peines qu'endurent les damnés en enfer. » Ces dernières paroles prononcées avec l'accent du désespoir, jetèrent une telle terreur dans l'âme du P. Jordan qu'il perdit connaissance et sembla frappé de mort. Etant revenu à lui-même, il dit à l'esprit impur: « Vous avez raisonné juste, mais je vous en adjure, donnez-moi un point de comparaison avec la beauté de Dieu. » Et le démon répondit: « Ce que vous souhaitez-là est un souhait insensé; car comment pourrais-je y satisfaire? Cependant, puisque vous me pressez si fort, je vous donnerai une comparaison, quoiqu'elle ne sera qu'une suite de pa-

iOG I>E LA FOI.

rôles inutiles qui seront loin d'être l'ombre même de la réalité. Représentez-vous que toutes les beautés les plus ravissantes de la terre et du ciel, toutes les pierres précieuses, les cristaux les plus purs, l'or et l'argent, toutes les fleurs et tous les métaux et toutes les choses qui réjouissent les yeux par leur beauté, soient réunies et fondues ensemble; qu'en même temps brillent toutes les étoiles comme autant de soleils étin celants, que le soleil ait un éclat plus splendide encore que tous les astres réunis, et que ces globes et ces soleils des cieux réunissent tous leurs rayons en une seule beauté; certes, cette beauté surpasserait tout ce que l'imagination de l'homme pourrait inventer, et cependant ce ne serait rien en comparaison de cette beauté unique du Créateur, car les ténèbres de la nuit ne peuvent être comparées avec la splendeur du jour. Malheur donc à ceux qui sont privés de la vue d'une gloire et d'une beauté aussi ineffable! » (Joannes Herold, in suo promptuario eocemplorum.)

[Gr.Cat. &™q.)

Les principales perfections de Dieu sont les suivantes:

Dieu est étemel et immuable, — partout présent et connaissant tout, — infiniment sage et puissant, — infiniment saint et juste, — infiniment bon, miséricordieux et longanime, — infiniment vrai et fidèle.

Prière de Néhémie.

Autrefois Néhémie proclamait tous ces attributs divins et ces perfections dans sa prière, quand il disait: « Seigneur, Dieu créateur de toutes choses, terrible et fort, juste et miséricordieux, qui êtes seul le roi clément, seul excellent, seul juste, tout puissant, éternel, qui délivrez Israël de tout mal, qui avez choisi nos pères et qui les avez sanctifiés. » (2. Hv. des Mach. 24, 25.)

Un saint, méditant les perfections dicines.

S. Ignace de Loyola aimait à méditer souvent sur les sublimes attributs de Dieu et admirait partout et toujours dans

les choses, en apparence les plus viles, la beauté, la sagesse et la toute-puissance de Dieu. Il ne fallait qu'un insecte, une fleur, une plante ou même un simple brin d'herbe pour le jeter dans une espèced'extase. 3Iais rien ne lui causait autant de ravissement que la vue du ciel et la contemplation de la majesté divine qui s'y cache.

[Gr. Cat. 7e q.)

1. Dienest éternel, c'est-à-dire, qu'il est toujours, sans commencement et sans fin.

Réponse de Dieu à Moïse.

Oui, Dieu est éternel, il n'a ni commencent ni fin, ni un passé ni un avenir, mais seulement un présent.

Lorsque Moïse lui demanda: « Que dois-je dire aux enfants d'Israël, s'ils me demandent : qui vous a envoyé? » Dieu répondit : « Je suis celui qui suis, » ou ce qui signifie la même chose : « Jehovah. » Voici la remarque que fait sur ces paroles le grand S. Augustin : « Si on vous adressait cette question, vous diriez: Je suisCaïus; un autre, je suisLucius; un troisième, je suis Marc. En un mot, vous déclineriez votre nom. Telle fut aussi la réponse que donna le Seigneur quand Moïse lui demanda: comment vous appelez-vous? par qui, dois-je dire, avoir été envoyé, si l'on me questionne? — Je suis! — Qui êtes-vous? — Je suis! — Voilà donc votre nom. — Il s'exprime encore plus clairement quand il dit : «Allez, celui qui est, m'envoie vers vous. » Gonséquemment, comme le môme Père de l'Eglise l'observe plus loin, Y éternité est la substance de Dieu dans laquelle on ne trouve rien qui change, rien qui passe, puisque Dieu ne peut perdre la moindre chose, et où il n'y a pas de futur, puisque Dieu possède actuellement tout ce qu'il pourrait jamais posséder. » — C'est pourquoi David chante dans le Psaume 89. « Avant la formation des montagnes, avant la création de la terre et du monde, de l'éternité à l'éternité, vous êtes le Dieu fort. »

d08 DE LA FOI.

{Gr. Cat. 8-9c q.)

II. Dieu est immuable, c'est-à-dire qu'il demeure éternellement le même, sans jamais changer lui-même ou sans changer ses décrets. « En Dieu il n'y a ni changement, ni ombre de vicissitude. » [Epît. de S. Jaeq. 1. 17.) a Mes secrets sont immuables et ma volonté s'accomplit. » (haïe. 46, 10.) Or, Dieu étant éternel et immuable, nous devons le servir et l'aimer éternellement, de sorte que nous puissions dire avec David : « Vous êtes la force de mon cœur et ma part éternelle, ô mon Dieu ! » (Ps. 72. 25.)

Saint Ignace.

Dieu est éternel et immuable, et lorsque tout passe sur la terre, lorsque tout nous y est enlevé, lorsque tout change autour de nous, nous devons nous trouver heureux de pouvoir servir encore Dieu et le posséder.

Aussi saint Ignace avait-il l'habitude de dire : «Quand j'ai de l'or et de l'argent, qu'ai-je ? et pour combien de temps? Mais quand je possède Dieu, qu'ai-je alors? — Des roses sans épines, du feu sans fumée, — et une possession sans fin î » Et saint Augustin de son coté nous crie : « Voulez-vous jouir d'une joie durable, éternelle : attachez-vous à celui qui est éternel. »

(Gr. Cat. 10-11*0.)

III. Dieu est partout présent, c'est-à-dire qu'il est au ciel, sur la terre, en enfer et en tous lieux. « N'est-ce pas moi qui remplis le ciel et la terre? » dit le Seigneur. (Mr. 23, 24.;

IV. Dieu sait tout, c'est-à-dire qu'il connaît parfaitement tout de toute éternité; il connaît le passé, le présent et l'avenir, et même nos plus secrètes pensées. Voilà pourquoi il est écrit dans les livres saints : « les yeux du Seigneur sont plus lumineux que le soleil, ils pénètrent toutes les voies des mortels, et la profondeur

DE DTLU. 109

des abîmes et l'intime des cœurs, et les lieux les plus cachés; car toutes choses étaient connues du Seigneur avant qu'il les eût créées, etil les voit toutes, maintenant qu'il les a faites. » (Liv. de FEceles. 23, 28, 29 .) La preuve la plus frappante qu'il nous a donnée de sa souveraine science, ce sont les prophéties de l'Ancien et du Nouveau Testament, où il a annoncé d'avance les événements qui se sont accomplis après plusieurs milliers d'années.

Psaume de David sur la souveraine science de Dieu.

Voici comment le prophète royal dans un sublime transport d'enthousiasme célèbre dans le psaume 158e le Dieu qui sait tout :

« Seigneur, vous me scrutez et vous me connaissez.

Vous connaissez le moment de mon sommeil et celui de mon réveil, vous découvrez de loin mes pensées.

Vous avez recherché le sentier par lequel je marche; vous avez prévu toutes mes voies et la parole qui n'était pas encore sur ma langue.

Seigneur, vous connaissez toutes choses, l'avenir comme le passé; vous m'avez formé et vous avez posé sur moi votre main.

Votre science est merveilleusement élevée au-dessus de moi, et je n'y puis atteindre.

Où irai-je devant votre esprit? Où fuir devant votre face?

Si je monte vers les cieux, vous y êtes; si je descends au fond des enfers, vous voilà.

Si je prends les ailes de l'aurore, si je vais habiter aux extrémités des mers,

C'est votre main qui m'y conduit, c'est votre droite qui m'y soutient.

Et j'ai dit: Peut-être les ténèbres me cacheront! et la nuit a éclairé mes voluptés.

Devant vous les ténèbres n'ont pas d'obscurité, et la nuit

i 1 0 DE LA FOI.

éclaire comme le jour, les ténèbres et la lumière ne sont qu'une même chose pour vous.

Vous êtes le maître des sources de ma vie ; vous m'avez reçu au sortir du sein de ma mère.

Je vous rends grâce, Seigneur, de l'éclat imposant de votre magnificence; vos œuvres sont admirables, et mon âme le sait.

Mon corps ne vous était point caché; pendant que vous me formiez dans le secret, vous avez formé le tissu de mes membres, comme avec l'aiguille, dans les entrailles de la terre.

Vos yeux découvrent leur assemblage, leur nombre est inscrit dans votre livre; nos jours étaient comptés et aucun n'était encore. » etc.

Le Seigneur voit.

Lorsque, en 1848, la populace de Philadelphie, dans un sentiment de haine contre les Irlandais qui s'y trouvaient, eut mis le feu à l'église catholique des Àugustins, toutes les boiseries et les meubles de la maison de Dieu furent réduits en cendres, à l'exception d'une planche placée dans un cadre de bois au-dessus de la chaire, et sur laquelle étaient tracés en grands caractères ces trois mots : Le Seigneur voit. Ce tableau seul était demeuré intact et si bien, que ses bords mêmes n'offraient pas la moindre trace de fumée. Les boutefeu se rappelèrent alors, non sans terreur, ce qu'ils pouvaient et devaient savoir sans celte inscription ; en leur qualité de lecteurs de la Bible, ne connaissaient-ils donc pas cette parole si simplede l'Ecriture? «En tous lieux, l'œil du Seigneur voit les bons et les méchants. » Lors même que les flammes eussent dévoré cette inscription, le dogme d'un Dieu qui sait et voit tout, n'en serait pas moins resté debout. (Veit h. Miser icordia, p. 90.)

Le grand œil du monde.

Autrefois les Égyptiens se figuraient Dieu comme le grand œil du monde, qui pénètre et sonde tout. Aussi d'après le témoignage de saint Cyrille, avaient-ils représenté un sceptre

d'or au-dessus duquel on apercevait un grand œil ouvert. Ce sceptre d'or signifiait chez eux la puissance et la majesté de Dieu, cet œil ouvert sa souveraine science. En plaçant cet œil au-dessus du sceptre, ils avaient voulu exprimer symboliquement queDieu,du haut de sa grandeur, étend ses regards sur tout, et que sa science repose sur sa toute-puissance.

(Schuster.)

(Gr. Cat. 12e q.)

Dans toutes nos actions et nos omissions, mettonsnous en la présence de Dieu ; car la fréquente pensée d'un Dieu présent partout et qui sait tout, est un moyen efficace,

1° pour nous détourner du mal dans tous les lieux, même les plus eaehés, et pour nous exciter au bieiu

Exemples tirés de la Bible.

Suzanne fut sollicitée violemment par deux hommes infâmes à commettre un crime; mais se rappelant la présence de Dieu qui voit tout, elle résista courageusement à leurs menaces et à leurs flatteries. « Je ne vois que périls de toutes parts, » disait-elle, « car si je cède, je mérite la mort; et si je ne cède pas, je n'échapperai pas à vos mains. Mais il vaut mieux pour moi tomber dans vos mains en résistant, que de pécher devant le Seigneur. » [Daniel. 15, 22-25.) Jésus-Christ lui-môme a dit : « Lorsque vous faites l'aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre droite, afin que votre aumône soit dans le secret; et votre Père qui voit dans le secret, vous le rendra. Et quand vous priez, vous ne serez point comme des hypocrites qui aiment à prier debout dans les synagogues et sur les places publiques, pour être vus des hommes. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Mais vous, quand vous priez, entrez dans votre chambre, et, la porte fermée, priez votre Père dans le secret, et votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra. » (S. Matth. 6, 5-6.)

iiu2 DE LA FOI.

Le souvenir de la présence de Dieu nous éloigne du mal.

Un païen, le philosophe Sénèque, reconnut combien c'est un moyen efficace pour éviter le péché, que de se représenter continuellement, comme un témoin de ses actions, un homme d'une grande autorité. Mais parce qu'il était privé des lumières de la foi, et pénétré seulement du faible sentiment que la nature nous inspire, il ne put donner à son ami Lucilius, que le conseil suivant : « Il faut vous choisir un homme de bien, et vous le représenter toujours devant les yeux, afin de vivre et de tout faire en sa présence, comme s'il vous voyait; car la présence d'un témoin nous empêche de commettre un grand nombre de fautes. » {Epist. II.) Si la feinte représentation d'un homme qui n'est pas réellement présent, a paru suffisante à ce philosophe, pour faire éviter la plupart des crimes, qui osera révoquer en doute que la présence de Dieu, c'est-à-dire de la Grandeur infinie, de la Majesté suprême, du Juge souverain, ne soit un moyen assez puissant, non-seulement pour empêcher toute faute mortelle ou vénielle, mais encore pour conserver le cœur entièrement pur? (Scaramelli.)

Le souvenir de la présence de Dieu nous porte au bien.

Le premier avertissement que saint Dorothée donna à son disciple Dosithée, et qu'il lui conseilla de graver en lettres d'or dans son esprit, était celui-ci : « Que Dieu ne sorte jamais de votre cœur; pensez toujours à sa divine présence et tenez- vous devant lui. » Saint Dosithée suivit ce conseil, et en tout temps, soit qu'il marchât, soit qu'il mangeât, soit qu'il fût occupé d'ouvrages manuels, il se tenait toujours en la présence de Dieu, et ne voulut jamais abandonner ce saint exercice, même au milieu des graves maladies dont il fut affligé. C'est par ce moyen, nous dit saint Dorothée, que pendant l'espacede cinq ans, son disciple put non-seulement se dépouiller de ses vices en réformant le jeune soldat dissolu, effréné, rempli de défauts, qui soupirait après les plaisirs du siècle, mais encore se revêtir de la perfection reli-

gieuse et trouver sans doute dans le ciel une place parmi les plus illustres anachorètes. (ScarameHi.)

Pensez à la présence de Dieu.

Thaïes, un des sages de la Grèce, fut raillé par une femme, au moment qu'il trébucha et tomba, pour avoir regardé les étoiles au lieu de regarder devant lui le chemin qu'il devait suivre. Il en est tout autrement du chemin étroit de la vie chrétienne; quiconque veut être préservé d'une chute ou d'un choc, doit regarder le ciel, afin'qu'il se rappelle sans cesse la présence et la sainte volonté de Dieu qui est le témoin et la fin sublime de ses actes, et qu'il puisse dire avec saint Etienne : « Je vois le ciel ouvert et le Fils de l'homme à la droite de Dieu. « (Veilh. Sermons pour les fêtes. I. p- 84.)

L'idolâtre et le missionnaire.

La pensée d'un Dieu partout présent et sachant tout, est incompatible avec le péché. Un missionnaire prêchait un jour que Dieu est présent en tous lieux, qu'il observe et voit tout, qu'il connaît même nos plus secrètes pensées. En entendant ces vérités, un idolâtre répondit: « Comment? un Dieu qui voit tout? Nous n'en voulons pas. Nous aimons une vie libreet nous n'avons pas besoin de quelqu'un qui entende et voie ce que nous faisons. »

L'œil de Dieu.

Une famille distinguée qui se trouvait en voyage, descendit un soir dans un village de l'Allemagne. Comme le lendemain était un jour de dimanche, on ne continua pas la route, mais le chef de la famille, accompagné de ses enfants et de ses domestiques, se rendit à l'église pour y assister aux offices. Ceux-ci terminés, on alla examiner l'école et le village, puis on s'en retourna à l'hôtel. Max, l'aîné des garçons, s'arrêtant devant la porte de l'appartement, se mit à dire avec une exclamation de surprise : « Mais voilà déjà le quatrième œil que je trouve peint ici. Au-dessus de l'autel à l'église, il y a un œil qui rayonne dans le vitrail ; au-dessus de l'entrée de l'école, il s'en trouve encore un ; dans la rue, au

i 14 DE LA FOI.

sommet du pignon d'une maison, j'en ai aperçu également un, et ici, dans cet hôtel, je vois encore un œil peint sur la porte de l'appartement. Ces villageois, il faut l'avouer, ont de singulières idées; j'aimerais bien mieux qu'on eût peint tout une tête ou un corps humain en entier. » — Afin de dissiper l'ignorance de son fils, le père appela la petite fille de l'hôtelier et lui demanda : « Ma chère enfant, pourraistu bien dire à ce grand garçon, ce que signifie cet œil peint? » La petite, un peu gênée, répondit: « Il signifie l'œil de Dieu. On le trouve peint dans l'église, à l'école, sur les maisons, dans les rues et partout. Quand nous le voyons, cela nous fait penser à Dieu qui voit tout. Monsieur le curé, pour que nous ne l'oubliions pas, nous a appris par cœur ces deux vers :

Il est un œil, c'est l'œil de Dieu Qui vous voit toujours, en tout lieu.

« Eh bien, Max! » dit le père à son fils, « trouvez-vous encore à critiquer quelque chose dans ces yeux, après avoir entendu la belle signification qu'on leur don ne?» — Max, tout honteux.se tut et se garda bien dans la suite de critiquer trop lestement ce qu'il voyait.

La tête transparente.

Un jeune homme se plaignait au directeur de sa conscience, de ne pouvoir se débarrasser des pensées impures qui le tourmentaient. Le prêtre lui répondit : « Imaginez-vous que votre tête soit transparente comme le cristal et que chacun puisse y découvrir vos pensées obscènes. » — « 0 malheureux que je serais, » soupira le jeune homme, « si mes pensées pouvaient être aperçues, je devrais me cacher de honte.» — « Cependant, » continua le directeur, « Dieu voit tout ce qui se passe en vous, plus clairement que dans le cristal; et ne rougiriez-vous pas de ces pensées devant lui ? Rappelez-vous souvent ceci, et vous serez aisément délivré de toutes ces imaginations immondes. » Le jeune homme suivit le conseil et triompha bientôt de ces hôtes importuns. {Le miroir des âmes de Kranzel.)

DE DIEU. Mo

Comparaisons.

« Le bois aride et sec qui renferme déjà quelque calorique, est-il jeté au feu, aussitôt il s'allume. Ainsi un homme spirituel qui durant le jour se rappelle vivement la présence de Dieu, sent son cœur s'allumer et brûler des flammes de l'amour divin, si en même temps il se tourne vers la prière qui est le foyer de celte charité. » (Scaramelli.)

«Plus nous marchons dans la présence de Dieu, plus nous devenons parfaits; car plus une chose se rapproche de son origine, plus elle est parfaite dans sa substance. Ainsi l'eau la plus pure est celle qui est le plus rapprochée de la source d'où elle s'échappe; plus près on se trouve de la flamme, plus vivement on ressent la chaleur qu'elle produit; le rayon est d'autant plus brillant qu'il est plus près du soleil dont il émane. Au contraire plus l'eau est éloignée de sa source, plus elle est trouble; plus on est éloigné du feu, moins on ressent sa chaleur ; et le rayon, à mesure qu'il s'écarte du soleil, perd de son éclat. » (S. Grèg. de Naz.)

« S. Basile demande, pourquoi quelques-uns se livrent si facilement à la colère, d'autres à la paresse, à la tiédeur dans le service de Dieu, aux distractions dans la prière; et il répond : parce qu'ils ne considèrent plus que Dieu est présent partout et qu'il observe toutes leurs actions ; car cette seule pensée, dit-il, si elle était vivement empreinte dans notre esprit, serait un remède suffisant contre tous les péchés et un obstacle à toutes les chutes. Ce n'est pas sans raison que le saintDocteur parle ainsi; de même en effet qu'il n'y a pas de sujet assez imprudent pour transgresser la loi sous les yeux de son prince, ni assez téméraire pour commettre le crime en présence de son juge, de même vous ne trouverez pas un seul chrétien assez audacieux pour oser violer la loi en présence de Dieu, son prince, son roi et son juge. »

« Rester toujours en la présence de Dieu, sans se fortifier par la pratique des vertus solides et de la charité, est aussi impossible que de se tenir continuellement près du feu sans en ressentir la chaleur. L'âme qui se tient toujours ou qui se

lio DE LA FOI.

met fréquemment en présence du soleil divin, reçoit d'abondantes lumières qui lui font reconnaître l'amabilité des vertus chrétiennes qu'il s'efforce de pratiquer. » (Scaramelli.)

2) Cette pensée nous encourage et nous console dans toutes nos épreuves.

Combattez, souffrez et mourez en la présence de Dieu.

Il n'est personne qui n'ait entendu parler du célèbre Bayard que toute la France appelait le chevalier sans peur et sans reproche, le chevalier de vieille roche. Etant parti avec François I pour la guerre d'Italie, il y fut mortellement blessé dans une bataille. Pendant qu'il s'appuyait mourant contre le tronc d'un arbre, tous ses anciens compagnons d'armes se rendirent auprès de lui et l'un d'eux se prit à verser des pleurs en le voyant mourir, à la fleur de l'âge, sur le champ de bataille. « Mon bon ami ! » lui dit Bayard, « ne pleurez pas! j'ai combattu et vaincu si souvent en présence de mon roi, et ma joie est de mourir en sa présence, car je n'ai aucune faute à me reprocher!» — Mes frères ! que tel soit aussi notre cri de ralliement et notre consolation dans l'ardeur du combat! «J'ai combattu et vécu en présence de mon roi Jésus-Christ, et je meurs victorieux en présence de mon roi; car je veux être un combattant sans crainte et sans reproche, dont l'honneur n'a pas reçu la moindre souillure! » (Bède Weber. Sermons.)

Dieu est partout.

LordCraven qui demeurait à Londres au temps de la peste, en 166o, s'efi'raya à la vue des ravages que ce terrible fléau de Dieu exerçait de toutes parts, et résolut de se soustraire au danger. Tous les préparatifs de voyage étaient faits; le cocher qui devait le conduire dans une de ses maisons de campagne, était prêt devant la porte, et le Lord, se promenant en long et en large dans le salon, attendait impatiemment le moment du départ. Afin de l'accélérer, il se mit près d'une fenêtre ouverte d'où il pouvait surveiller et commander

les domestiques. « Puisque notre maître quitte Londres pour échapper a la peste, je soupçonne fort que Dieu se trouve à la campagne et non en ville. » Ces paroles adressées par un jeune nègre à un de ses camarades, sans aucune mauvaise intention et dans la simplicité du cœur, produisirent une profonde impression sur l'esprit du Lord. « Mon Dieu est partout, se disait-il en lui-même, et peut me préserver de la contagion aussi bien en ville qu'à la campagne. Ce nègre m'a donné une excellente leçon. 0 mon Dieu! pardonnez-moi ce manque de foi et de confiance qui m'entraînait à fuir votre présence. Non, je ne partirai pas. » A l'instant il fit décharger le bagage et resta à Londres. Pendant tout le temps que dura l'épidémie, il montra le plus noble dévouement en inspirant aux malades des paroles d'espérance et de consolation, et en secourant les veuves et les orphelins. Sa confiance en Dieu ne fut pas trompée, car la maladie ne l'atteignit pas.

En Dieu, qui se confie

Ne craint pas pour la vie. (Hohertauer.)

Exemples tirés de la Bible.

Le souvenir d'un Dieu présent partout et sachant tout, encourageait et consolait David dans tous les dangers, dans toutes les persécutions et les adversités, il pouvait donc dire: « Quand je marcherai au milieu de l'ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal, parce que vousêtes avec moi, Seigneur.» (Ps.22.4.) — Dans son isolement et sa désolation, lorsque son visage était gonflé à force de pleurer, comme il le dit luimême, le grand homme Job trouvait sa force et sa consolation dans cette pensée que le Seigneur connaissait ses souffrances; plein d'une sainte confiance, il s'écriait: « J'ai dans le ciel un témoin, et celui qui connaît mon cœur, habite au plus haut des deux. » {Job. 19. 20.)

{Gr. Cat. lon q.) Y. Dieu est infiniment sage, c'est-à-dire, qu'il sait disposer toutes choses pour le plus grand bien atin de par-

118 DE LA FOT.

venir à ses fins. « 0 Seigneur, » chante le Psalmiste, « vous avez tout fait avec sagesse. » (Ps. 103, 24.)

Exemples lires de l'Ecriture.

La sagesse de Dieu dispose tout pour le mieux, et c'est ce que nous voyons: 1° dans l'histoire de Moïse. Sur Tordre de Pharaon, roi d'Egypte, tous les enfants mâles des Israélites devaient être jetés dans les eaux et noyés. Or il naquit un enfant, nommé Moïse, que Dieu avait choisi pour être le sauveur de son peuple. Comment s'y prit donc la sagesse divine pour atteindre ce but? On plaça le jeune Moïse dans une corbeille d'osier et on le mit entre les broussailles au bord du Nil. La fille du roi venant à passer vit le pauvre petit, en eut pitié, l'adopta et le prit avec elle à la cour de son père, où il fut élevé dans les arts et les seiences, de manière qu'il pût devenir le sauveur de son peuple. — Dieu montra également sa sagesse 2°, dans l'histoire de Joseph, fils de Jacob. Ce jeune homme choisi de Dieu pour être par sa vie, la figure de Jésus-Christ, ayant été vendu par ses frères, vint en Egypte, où d'abord il fut accusé faussement et jeté en prison, mais bientôt après il fut élevé par le roi à la première dignité de l'Etat, parce qu'il avait été le sauveur du peuple durant l'époque d'une affreuse disette. — L'Ecriture nous offre un troisième exempte dans l'histoire de l'orgueilleux Aman qui avait essayé de faire mourir injustement à une potence le vertueux Mardochée; mais la sagesse divine disposa les choses de telle sorte que le criminel Aman expirât lui-même à la potence qu'il avait fait dresser pour lebrave Mardochée; celui-ci l'ut au contraire honoré du roi et élevé en dignités.

(Gr. Cat. 14e q.)

VI. Dieu est tout-puissant, c'est-à-dire qu'il peut tout et n'a qu'à vouloir pour l'aire ce qu'il veut. « Tout ce que Dieu a voulu, il Ta fait, dans le ciel, sur la terre, sur les mers et dans les abîmes. » (Ps. 134, 6.) « Rien n'est impossible à Dieu. » (S. Luc. 1, 37.)

Exemples tirés de la Bible.

1) La première page de l'Ecriture sainte nous raconte, dans l'histoire de la création, les merveilles de la toute-puissance divine. En effet par cette seule parole: « Fiat » a que cela soit! » Dieu tira du néant, dans l'espace de six jours, le ciel et la terre et tout ce qui existe. {Genèse. 1.)

2) Qui n'admirerait la puissance de Dieu dans les miracles que Moïse opéra en Egypte et au désert? Lorsque le peuple d'Israël gémissait sous le joug cruel de Pharaon, roi d'Egypte, Dieu eut compassion de son peuple et choisit deux hommes, Moïse et Aaron, qu'il chargea d'aller trouver le roi pour lui demander l'autorisation de conduire les Israélites hors d'Egypte et d'offrir dans le désert des sacrifices à son Dieu. Mais ceroi endurci et abandonné du Seigneur, accueillit cette demande avec indignation et en profita pour redoubler les mauvais traitementsà l'égard du peuple d'Israël. Alors le Tout-Puissant fit éclater toute la puissance de son bras aux yeux de ce potentat de la terre, et toute l'Egypte dut expier par dix plaies affreuses l'obstination de son roi. 1° Toutes les eaux se changèrent en sang; 2° une multitude innombrable de grenouilles désolèrent les champs et les prairies ; 5° des tourbillons inouïs de moucherons qui piquaient et mordaient les hommes et les animaux, couvrirent tout le pays ; 4° des nuées immenses de mouches et de pucerons apparurent partout; 5° la peste se déclara parmi les animaux domestiques; 6° les hommes et les bêtes furent rongés par des ulcères douloureux; 7° le feu du ciel et la grêle entremêlés s'abattirent sur toutes les provinces ; 8° des nuées de sauterelles arrivèrent en si grande quantité, qu'elles obscurcirent, comme des nuages, la lumière du soleil; 9° des ténèbres effrayantes couvrirent le pays. — Mais tout cela ne put fléchir le prince obstiné, impie et audacieux, comme il l'était, il brava la toute-puissance du Seigneur irrité et ses miracles.

Enfin Dieu envoya 10° son ange exterminateur, chargé de faire périr tous les premiers-nés d'entre les hommes et les

animaux de l'Egypte. Or le fils aîné du roi lui-même f uttrouvé mort dans son lit. Alors les yeux du prince aveuglé s'ouvrirent; il reconnut qu'il n'y avait plus moyen de résister au pouvoir et à la force du Dieu d'Israël, et il accorda à Moïse la permission de partir avec son peuple. Mais bientôt il se repentit de cet acte que la peur lui avait arraché, car à peine les Israélites partis, il se mit à leur poursuite avec toute une armée. Cependant Moïse étendît sa verge, et le Tout-Puissant entr' ouvrant aussitôt la mer, y fraya un chemin aux Israélites qui la passèrent à pied sec. Pharaon et son armée voulurent y pénétrer à leur tour, mais les flots se réunirent en un clin d'œil et devinrent le tombeau des persécuteurs. Dieu manifesta également sa toute-puissance parles prodiges extraordinaires qu'il fit dans le désert, lorsqu'il fit pleuvoir la manne, jaillir l'eau du sein des rochers, remonter le Jourdain vers sa source afin de procurer un passage aux enfants d'Israël, etc.

{Gr. Cat. 15' g.)

La foi en la toute-puissance et la sagesse de Dieu doit nous engager:

1) A mettre toute notre confiance en Dieu; Dieu peut en effet nous assister de la manière la plus étonnante; le ciel entier est un bouclier de protection pour le juste; Jésus-Christ n'a-t-il pas fait servir la poussière de la terre, qui pourtant est nuisible aux yeux, à guérir un aveugle en lui rendant la vue? C'est pourquoi David nous donne cet avertissement: « Ne vous confiez point aux enfants des hommes qui ne savent secourir. — Heureux l'homme qui met son espoir dans le Seigneur, son Dieu. » (Ps. 145. 2-4.)

La fabrique merveilleuse.

Au mois de Janvier 1856 mourut à Elberfcld, en Prusse, un simple ouvrier compositeur, mais possédant une rare connaissance des vérités de la religion et un admirable bon

sens. Un jour il se trouvait dans une fabrique de rubans où le mécanisme d'une nouvelle machine attirait par ses merveilleux effets l'attention de tout le monde. En chemin il s'était beaucoup occupé des voies admirables de la Providence, de sa conduite à l'égard des hommes, et, maintes fois, en passant en revue les événements de sa propre vie, et en examinant sa Foi, il s'était dit: Pourquoi ceci, pourquoi cela? Comment cela se peut-il? et ainsi de suite. Tout occupé encore de ces pensées, il se fit montrer par un ouvrier, le mécanisme de cette étonnante machine. De nombreuses broches tournaient plus rapides que l'éclair; des milliers de cordes montaient et descendaient en se croisant et en sifflant d'une manière effrayante; puis, tout au milieu de l'atelier, se trouvait une armoire fermée d'où parlaient tous les mouvements. Sur son observation, qu'il voyait bien le mouvement et les rotations, mais qu'il ne comprenait pas l'ensemble et le but de tout ce mécanisme, l'autre ouvrier lui répondit: « Mon maître a la clef de cette armoire, je ne puis donc vous l'ouvrir. » Cette parole fut comme un éclair pour lui, comme une réponse d'en haut aux questions de son cœur. « Oui, mon divin maître a la clef, et je la lui laisserai, » se dit-il en lui-même, « lors même que je ne puis y voir clair ; il suffit que ce soit lui qui gouverne et dispose; quand même je ne comprendrais ni le pourquoi, ni le comment, il saura mener à bonne fin ce qu'il a résolu, et c'est pourquoi j'aurai toujours une confiance toute filiale dans sa sagesse et sa puissance divine. »

Dieu est tout-puissant; c'est pourquoi ayez confiance en lui.

Saint François d'Assise accompagné d'un frère, s'était rendu sur les bords du Po pour y prêcher, lorsqu'il fut surpris par l'obscurité de la nuit. — Le frère effrayé s'écria: « Père! priez Dieu de nous sauver du danger! » Mais le saint homme lui répondit avec confiance: « Dieu est tout-puissant, et s'il le trouve bon, il peut dissiper les ténèbres et nous accorder le bienfait de la lumière. » — 11 eut à peine fini de parler, et voyez: aussitôt une vive lumière pro-

CATÉC. PRATIQUE. T. I. G

duite par la puissance divine commença à rayonner au-dessus d'eux et malgré l'obscurité épaisse de la nuit, elle leur permit de voir non-seulement le chemin, mais encore bien loin autour d'eux, jusqu'à ce qu'ils eussent atteint une hôtellerie. {Eggert. Le saint Sacrifice de la Messe.)

Les Indiens sauvages.

Monseigneur Taché, vicaire-apostolique de la Baie-d'Hudson, a écrit d'Amérique une lettre à sa mère où il rapporte entre autres le trait suivant d'un indien chez qui maint esprit fort pourrait aller prendre des leçons. — « Un jour » écrit le digne évéque, « j'observais la main d'un vieillard à laquelle manquait le pouce. S'étant aperçu qu'elle attirait mon attention, il me dit d'un ton pénétrant qui me toucha beaucoup : « Vous voyez cette main ! Eh bien un jour d'hiver je m'étais éloigné de ma hutte pour chasser; il faisait froid, très-froid; je m'en allais à l'aise, quand tout à coup je vis devant moi une renne; je m'en approchai doucement, je visai, et lâchai le coup, mais le fusil éclata et m'emporta le pouce. Déjà j'avais perdu beaucoup de sang, et j'essayai en vain de l'étancher, il continuait toujours de couler à grosses gouttes ; en même temps je ressentis un froid intérieur qui me fit trembler de tous mes membres ; je cherchai à faire du feu, mais ce furent peines inutiles ; déjà je sentais le frisson de la mort; me souvenant alors de celui que vous appelez Dieu et que je ne connaissais pas encore aussi bien qu'aujourd'hui, je lui fis cette prière: Père très-grand ! on assure que vous pouvez tout, abaissez vos regards sur moi, et puisque vous êtes tout-puissant, secourez-moi. Au même instant le sang cessa de couler, j'atteignis ma hutte, où en entrant je tombai de faiblesse. Je reconnus alors, ajoUta-t-il avec émotion, je reconnus où se trouve la source de lapuissance, et depuis cette époque j'ai toujours conservé dans mon cœur le désir d'apprendre à le connaître. Aussi dès que j'eus appris la nouvelle de votre arrivée, je suis venu de bien loin pour que vous m'enseigniez comment je dois servir celui

qui, autrefois, m'a sauvé la vie et par qui seul nous existons tous. » (Le messager du peuple. 18o2.)

2) Conséquemment nous devons nous conformer à sa sainte volonté, selon ces paroles de David: « Placez vos voies dans le Seigneur, espérez en lui et il agira luimême. » (Ps. 36, 5.)

Job dans les souffrances.

Jamais homme sur la terre ne fut éprouvé aussi fortement par le Seigneur que le vertueux Job; néanmoins, il se conformait entièrement à la volonté divine, et lorsqu'il eut perdu ses biens et sa fortune, il ne murmura point, mais il dit avec une pieuse résignation: « le Seigneur l'avait donné, le Seigneur l'a enlevé, que son saint Nom soit béni ! »

Ne critiquez jamais la sagesse de Dieu!

Un jour David se dit: Pourquoi nous fut donnée Et la mouche importune et la triste araignée, Qui loin de nous servir, nous nuisent maintes fois ? « Tu le sauras bientôt, » lui répond une voix. Or lorsque vers minuit, David vint en silence Enlever a Sali) et sa coupe et sa lance, Entre les pieds d'Abner, dormant auprès du roi, Son pied se trouva pris. Immobile d'effroi Il n'osait remuer et respirait à peine, De peur de réveiller le fougueux capitaine. Mais une mouche arrive et pique doucement Le pied gauche d'Abner, qu'il retire eudorraant. David s'enfuit soudain, au Seigneur rendant grâces; Mais Saül, désireux de retrouver ses traces, Le poursuit vivement jusqu'au sein du désert. David, pour échapper, court se mettre à couvert Dans une grotte où Dieu fait aussitôt descendre Un araignée agile et qui s'amuse à tendre Ses toiles au-devant du séjour ténébreux. « Ces fils auront barré son entrée en ces lieux ! » Dit en raillant Saiïl, qui poursuivit sa route. Et David s'écria: « Pardonnez-moi mon doute, Seigneur! je suis instruit; toujours cette leçon

{Philolée.)

|-2i DE LA FOI.

3) A cause de son infinie puissance, nous devons aussi craindre le Dieu tout-puissant et à la vue de notre faiblesse comme de notre impuissance, nous humilier et ne pas lui résister.

Craignez la toute-puissance de Dieu !

L'intrépide conquérant et vice-roi des Indes, Vasco Nunnez, vit amener un jour devant lui un pauvre Hindostan qu'on accusait d'avoir voulu attentera la vie du noble Espagnol. Après que Munutama (tel était le nom de l'Indien) eut essayé de tous les moyens pour prouver son innocence et échapper à la mort, voyant que tout était inutile, il finit par se jeter aux pieds du vice-roi, mit respectueusement la main sur la poignée de son épée et dit : « 0 puissant dominateur! comment pouvez-vous croire ou soupçonner que j'aie jamais pensé à un crime pareil? Mes yeux ne voient-ils pas briller à votre côté, ce fer qui d'un seul coup pourrait me percer? Et moi qui n'ai que des armes de bois, comment pourrais-je me mesurer contre un homme puissant, bardé d'acier et armé comme vous l'êtes? » Ainsi parla l'Indien qui avait assez d'esprit pour montrer toute la distance qu'il y avait entre sa puissance et celle des Européens. — Et quelle distance ne devons-nous pas reconnaître à notre tour, sous le rapport de la puissance, entre des hommes faibles et le Seigneur, le maître de l'univers, qui tient à ses ordres, non un seul glaive, mais des milliers de glaives? « Si j'aiguise mon épée comme la foudre, » dit-il, « et si mon bras s'arme du jugement, je paierai à mes ennemis leur salaire. » {Deut. 52, 4i.)

Quel est ce glaive vengeur que le Tout-Puissant a toujours à ses ordres? Ce sont tous les éclats de la foudre, cachés au sein des nuages; toute la fureur des animaux féroces que recèlent les forêts ; tous les poisons mortels que distillent les animaux, les plantes et les métaux: tous les gouffres et les tourbillons grondant dans les fleuves et les mers ; toutes les flammes et les feux qui s'agitent dans les entrailles des volcans. N'est-ce pas lui, qui

d'un seul signe de sa volonté, peut renverser les montagnes, dessécher les océans, éteindre le soleil ? et lui faudrait alors beaucoup d'efforts pour abréger une seule vie? Les débris d'une tuile, détachée par une colombe, n'ont-ils pas sufii pour tuer un héros romain, au moment même qu'il entrait triomphant au Gapitole? (Veith. Paroles des ennemis de Jésus- Christ, p. 231.)

Ne résistez pas au Tout-Puissant !

C'est en vain que les puissances du monde s'opposent à l'invincible toute-puissance de Dieu. Elle était donc juste et vraie la réponse que donna à l'empereur Valens un général catholique, après que son maître lui eut reproché la perte de la bataille contre les Goths. Le générai lui dit en effet: « Ce n'est pas moi, prince, qui ai été vaincu, mais c'est vous, puisque vous ne cessez d'opposer vos armées à Dieu, et le forcez de secourir les Barbares. » (Theodor et.)

(Gr. Cat. 16e q.)

VIL Dieu est saint, c'est-à-dire qu'il aime et veut le bien et qu'il déteste tout mal, comme le dit le Psalmiste: « Vous aimez la justice et vous haïssez l'injustice. » (Ps. 44, 8.)

Les lois que Dieu donna sur le mont Sinaï sont une preuve évidente de la sainteté de Dieu; car toutes les lois qu'il y a données, approuvent le bien, et condamnent le mal. En outre, il a écrit sa loi dans le cœur de tout homme ; cette loi intérieure, c'est la conscience dont la voix nous détourne du mal et nous excite au bien.

Difformité du pécheur aux yeux de Dieu.

Le terrible Timur (Tamerlan) était assis dans sa tente royale., en attendant qu'on vint lui raser la barbe et les cheveux; près de lui se trouvait, comme de coutume, son bouffon favori, Nubreddin Chodschak. A cette occasion, le

redoutable conquérant se regarda au miroir, mais à peine y eut-il jeté un coup d'œil, qu'il se mit à pleurer de la façon la plus lamentable. Il ne cacha pas la cause de son affliction. « Que suis-je ! » s'écriait-il en sanglotant, « un khan grand et puissant au-dessus de tous les autres, qui possède des milliers de chevaux et des femmes esclaves, un khan devant qui le monde entier tremble, et cependant mon visage est si difforme, si affreux! » Chodschak, qui, en sa qualité de bouffon, avait la permission de dire la vérité, trouva que la chose était vraie et se mit à pleurer et à se lamenter aussi fort que son royal maître. Sur ces entrefaites, plusieurs princes mongols entrèrent dans la tente et s'efforcèrent de consoler de leur mieux leur souverain désolé. On but, on mangea, toute la société devint gaie et joyeuse, mais le bouffon seul faisait diversion et ne cessait de verser des larmes. « Pourquoi ne cesses-tu de pleurer? » lui demanda Timur. « Seigneur, » répondit-il, « comment le pourrais-je? A peine avez-vous contemplé un moment vos traits dans le miroir, que leur laideur vous a tellement attristé, qu'on a eu toutes les peines du monde à arrêter vos larmes; et nous au contraire, qui sommes obligés d'avoir sans cesse votre affreuse figure sous les yeux, comment ne continuerionsnous pas de pleurer? » Si l'honnête bouffon avait dit vrai, combien de larmes n'auraient pas dû couler partout? — Chaque pécheur , grand ou petit , est à sa manière un Timur, un ravageur du monde. Il ravage en tout cas un monde, puisqu'il se précipite lui-même dans la mort éternelle. Il renverse le temple divin de son corps, il ravage les âmes de ceux qu'il a séduits, il attaque la paix, les droits, l'honneur de son prochain, il mine les bases de la société, il viole les bornes qui lui ont été opposées, il anéantit pour lui et pour les autres l'œuvre de la rédemption, il foule aux pieds les desseins de Dieu, et voilà pourquoi le pécheur est hideux aux yeux d'un Dieu de sainteté, comme la figure de Timur l'était dans le miroir. (Veith. L'enfant prodigue, p. 534.)

Comparaison.

« Le miel et le vin sont pour nous des choses bien agréables, nous nous plaisons à les goûter; mais si par un cas fortuit, vient à tomber dans le miel ou le vin que nous voulons prendre, un petit moucheron qui n'a rien de nuisible, cette circonstance excite en nous un tel dégoût, que nous ne voulons plus nous servir de ces aliments, ni même les regarder. Voilà ce qui se passe aussi par rapport à l'âme humaine; Dieu se plaît à la regarder aussi longtemps qu'elle est pure et sans tache; mais si elle est souillée d'un seul péché, même en apparence fort petit, aussitôt elle perd l'amour et les complaisances d'un Dieu qui est la pureté et la sainteté même. » [S. Chrysost.)

(Gr. Cat. il-i& q.) VIII. Dieu est juste, c'est-à-dire qu'il récompense et punit d'après les mérites. « Il rendra à chacun selon ses œuvres; — car auprès de Dieu il n'y a point acception de personnes. » (Epît. aux Rom. 2, 6, 11.) Et quoique la rémunération complète n'aura lieu que dans l'éternité, la justice divine se manifeste cependant déjà dès icibas, en ce que aucun pécheur n'est réellement heureux et aucun juste réellement malheureux.

Exemples tirés de la Bible.

La justice de Dieu punissant le mal éclate d'une manière frappante dans le déluge: « Dieu vit que la terre était corrompue et que toute chair avait corrompu ses voies sur la terre. Il dit à Noé: « La fin de toute chair est venue pour moi ; car la terre est remplie d'iniquités par la présence des

hommes et moi je les perdrai avec la terre Car voilà que

j'amènerai sur la terre les eaux du ciel, pour détruire toute chair en qui est l'esprit de vie sous le ciel: tout ce qui est

sur la terre mourra «Et le déluge se répandit durant

quarante jours sur la terre; et tout ce qui avait un souffle de vie mourut. » (Gen. 6-7.) La justice de Dieu récompensant le bien se manifesta au contraire par la conduite que Dieu

tint à l'égard de Noé qui fut sauvé de ce déluge universel, parce qu'il avait été trouvé juste. « Et le Seigneur lui dit: Entre, toi et toute ta famille, dans l'arche ; car je t'ai vu juste devant moi au milieu de toute cette génération. » — Dieu donna également des preuves de sa justice quand il détruisit les villes de Sodome et de Gomorrhe, qui s'étaient attirés par leurs crimes infâmes, la colère de Dieu. « Le cri de Sodome et Gomorrhe s'est multiplié et leur péché s'est aggravé devant moi. » — « Le Seigneur fit donc pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe le souffre et le feu du ciel, et il détruisit ces cités et toute la contrée qui les environne, et tous les habitants des villes et toutes les plantes de la terre. » (Genèse , 18-19.) Cette même justice divine récompensa en même temps Loth, en le mettant à l'abri de ce terrible châtiment, parce que Loth était juste aux yeux de Dieu.

Oui, il y a un Dieu et il est juste.

Parmi les principaux chefs de la révolution française qui, il y a soixante ans, firent monter Louis XVI sur l'échafaud, il y eut un homme qui se fit remarquer à côté des Marat, des Danton, etc. Cet homme, c'était Robespierre. Il causale malheur d'un nombre incalculable de personnes ; plusieurs furent les victimes de sa cruauté et de ses féroces vengeances. Enfin le bras du Seigneur qui devait le punir de tant de sang versé, s'appesantit aussi sur sa tête. Il fut condamné à mort par la convention nationale. — Mais Robespierre, qui craignait excessivement la mort, essaya de se suicider, et ce fut dans un affreux état de mutilation qu'il fut apporté devant les juges. Or pendant qu'il gisait sanglant sur une table, en butte aux imprécations et aux mauvais traitements du peuple, un bourgeois s'approcha du condamné, et le frappant sur l'épaule, il lui dit: « Oui, oui, Robespierre, il y a un Dieu, et il est juste !» — Si les hommes n'oubliaient pas cette vérité dans la fortune, elle les préserverait bien souvent de l'orgueil, de la haine et de la volupté.

La justice de Dieu ne s'accomplit entièrement g ue clans l'autre monde.

L'Ecriture sainte nous parle de deux mendiants; l'un, vous le connaissez bien, c'est Lazare, ce pauvre qui était couché devant la porte du mauvais riche; il ne demandait que les miettes de pain qui tombaient de la table, mais personne ne les lui donnait, et les chiens seuls venaient lécher ses ulcères. L'autre mendiant, vous ne le connaissez pas peut-être? Et cependant, c'est le môme qui se vêtait de pourpre et de soie et faisait de grands festins. Lazare mendiait en cette vie les miettes de pain; l'autre, qu'on ne nomme pas et avec raison, mendie depuis près de deux mille ans une goutte d'eau pour sa langue brûlante. Ditesmoi, qui des deux est le plus pauvre? — Patience donc, tout changera; la justice complète, due à chacun, ne sera faite que dans l'éternité.

Aucun impie iCest vraiment heureux sur la terre.

Non, aucun impie n'est vraiment heureux sur la terre, car le Dieu infiniment juste a mis dans le cœur humain la conscience dont les remords ne laissent ni trêve ni repos au coupable après son crime. Cromwell, qui, après l'exécution de Charles I, devint lieutenant du royaume en Angleterre, ne voyait autour de lui que des ennemis qui en voulaient à sa vie. Toute figure étrangère l'inquiétait. En société, il avait peur du grand bruit, et dans la solitude de ses appartements, il redoutait le silence. Non-seulement il portait sans cesse sur lui des poignards, une épée et des pistolets, mais sous ses habits il cachait encore une cuirasse et ne sortait qu'accompagné d'une garde nombreuse. Ses voyages s'accomplissaient comme s'il eût été porté sur les ailes de la tempête; jamais il ne retournait par le même chemin qu'il avait pris en venant; jamais il ne disait d'avance quand ni pour où il partait. Toutes ses chambres avaient des portes dérobées; il dormait tous les jours dans un autre appartement, et chaque fois il ne l'indiquait qu'au moment même

de s'y rendre, puis il y postait une garde de soldats éprouvés et largement payés.

Comparaisons.

« La mauvaise conscience est comme le feu grégeois qui continue de brûler sous l'eau. Essayez en effet d'éteindre ce feu intérieur; comme le mauvais riche, inondez-le d'un torrent de délices et de voluptés, ce sera en vain, ilcontinuerade vous dévorer. Non, personne ne peut échapper aux remords de la conscience; comme l'ombre s'attache au corps, ainsi le remords s'attache au cœur coupable. » (S. J. Chrysostôme.)

« Le condamné à mort, jeté dans la prison, a beau vouloir se dérober à la pensée de la mort qui l'attend, et se plonger dans les orgies de l'ivresse ou de la volupté, sa vie n'en sera pas moins remplie d'angoisses et de terreurs. Il en est de même de l'homme dont la conscience est en mauvais état ; lui aussi a beau se livrer à toutes les joies, à toutes les délices du monde, il ne sera jamais heureux ni content. » (Philotée.)

« Dans l'âme du pécheur règne un orage perpétuel dont les vagues s'élèvent, grondent et se combattent sans cesse; le sommeil lui est à charge; les terreurs et l'effroi remplissent son imagination; les aliments sont pour lui sans goût et sans saveur; les entretiens de ses amis ne peuvent le distraire ni le débarrasser de ses craintes; il en est de lui, comme du roi David, quand il s'écriait: « Il n'y a plus de paix dans mes os, à la vue de mes péchés. » (S. Chrysostôme.)

Aucun juste n'est réellement malheureux sur la terre.

En effet la justice de Dieu le récompense et le console par la voix de la conscience. Quand le tyran Fabien menaça S. Tiburce de le faire mourir, celui-ci lui dit: « Fais ce que tu veux, mais sache bien que les tourments sont légers quand la conscience est pure. » — Lorsque S. Hilarion fut sur le point de mourir, voici les dernières paroles qu'il prononça et qui frappèrent tous les assistants : « Allons, mon âme! pourquoi trembles-tu? Voilà près de soixante-dix ans

quetusersle Seigneur, et tu tremblerais encore? » — Thomas Morus, chancelier d'Angleterre, condamné injustement à mort, quand il se trouva sur l'échafaud, demanda au bourreau qui allait le décapiter: « Examinez mon pouls pour voir s'il bat plus vite! » — On raconte la même chose de Louis XVI. Un jour qu'un brigand de la révolution dirigea la pointe de sa lance vers la poitrine du bon roi, un garde national s'élança et détourna l'arme du sans-culotte en disant au prince: « Ne craignez rien ! » Louis XVI lui saisissant aussitôt la main et l'appliquant sur sa poitrine: « La conscience d'un honnête homme est tranquille, » dit-il, « sentez si le cœur me bat plus vite que de coutume. »

Comparaisons.

« Jouir d'une bonne conscience, c'est avoir le paradis dans l'âme. » (S. Augustin.)

« La bonne conscience est un jardin de délices, un champ de bénédiction, un tabernacle d'or; elle est la joie des anges, la demeure de Dieu en nous, le temple du Saint-Esprit, le lieu fermé et scellé, mais qui sera ouvert au jour du dernier jugement. » (Hugues de Saint-Victor.)

« Si tout le monde dépose contre vous, excepté vous seul, si tous vous accusent, tandis que votre conscience ne vous reproche rien, vous êtes heureux, je vous en félicite î Le tribunal de la conscience est plus élevé que le tribunal des hommes. » (S. Chrysost.)

Le pécheur n'a pas de véritable paix sur la terre.

Un riche joaillier de la Hollande se mit en voyage en prenant avec lui beaucoup de bijoux précieux et de grandes sommes d'argent. Il se fit accompagner d'un domestique, pauvre garçon, qu'il avait adopté autrefois et qui avait toute sa confiance. Cependant en voyageant ainsi seuls, le désir de devenir riche, se mit à fermenter dans le cœur du domestique et finit par le maîtriser tellement qu'il tua son maître d'un coup de pistolet, lui enleva son argent et ses bijoux et jeta son cadavre dans l'eau. Il continua son voyage en Angleterre et se fixa dans une petite ville. Pour ne pas donner

132 DE ÏA FOI.

l'éveil, il commença d'abord par un léger commerce, puis sa fortune parut s'accroître très-naturellement. On le regardait conjme un homme actif et réglé, favorisé par le sort, puisqu'il agrandissait sans cesse ses relations. Les familles les plus distinguées l'admirent dans leur société, l'une d'elles lui donna sa fille en mariage, il devint membre du conseil communal et enfin bourgmestre. Un jour il fut appelé à siéger au tribunal pour juger un assassinat commis par un domestique sur son maître. Les autres jurés avaient déjà prononcé un verdict de culpabilité, mais il manquait encore une voix, celle du bourgmestre, qu'on attendait impatiemment.Cependant il se tut, son visage devint pâle et livide, et un tremblement convulsif s'empara de tous ses membres. Les assistants croyaient qu'il avait été surpris par une indisposition subite. Tout à coup il se lève de son siège, va se mettre à côté de l'assassin et crie: « Jurés! Dieu est un juste juge. Il met devant vous un plus grand criminel que celui-ci ; ce criminel c'est moi, qui pendant trente ans ai caché mon forfait. Mon maître et bienfaiteur, qui m'avait tiré de la poussière, je l'ai tué. Mon heure est venue. Des terreurs infernales n'ont cessé de bourreler ma conscience depuis cet instant maudit. Je veux qu'on me fasse justice. Prononcez mon arrêt de mort! » Une indescriptible stupeur s'était emparé de l'assemblée. On le conduisit en prison, et aussitôt on prit des informations en Hollande. Toutes les dénonciations qu'il avait faites contre lui-même, se trouvèrent vérifiées ; il fut condamné à mort et exécuté. Vraiment, Dieu est juste!

Les châtiments de la justice divine sont terribles.

Une conjuration venait de renverser du trône, Zenon, empereur d'Orient, et d'y élever Basilisque, oncle de l'impératrice. Cependant Zenon réussit à réunir encore une armée à la tête de laquelle il entra triomphant à Constantinople. Basilisque, abandonné de tous, s'enfuit avec sa femme et ses enfants dans l'église de sainte Irène, où il déposa sur la table du maître-autel la couronne et les autres insignes de

la dignité impériale, puis il s'enferma avec toute sa famille dans la chapelle aux fonts baptismaux , contigue au temple. Les lieux saints étaient considérés à cette époque comme les lieux de refuge inviolables, et personne n'osait y attaquer par la violence ceux qui s'y étaient abrités. C'est pourquoi le rancuneux Zenon n'essaya pas d'enlever Basilisque de vive force, mais il eut recours aux ruses, aux négociations. Enfin il lui fit assurer sous serment qu'il ne serait pas mis à mort, qu'on ne verserait ni son sang ni celui des siens. Se fiant à ces promesses, Basilisque s'empressa de quitter son asile, mais Zenon donna aussitôt l'ordre de l'arrêter avec sa famille, de les transporter dans une forteresse de la Cappadoce et de les y laisser mourir de faim. A peine furent-ils arrivés à Lemnos qu'on les jeta tout nus dans une prison souterraine dont on mura l'entrée et qui fut gardée par des soldatsisauriens. Lorsque, après quelque temps, on ouvrit le caveau, il se présenta un spectacle qui dut arracher des larmes aux yeux des plus insensibles. Les cadavres affreusement amaigris étaient à peine reconnaissables, mais sur leurs traits livides on pouvait découvrir aisément le désespoir et les tortures au milieu desquels les malheureux étaient expirés. Luttant avec une mort affreuse, ils s'étaient embrassés convulsivement, car ce fut dans cette position qu'on les trouva, de sorte qu'on eût beaucoup de peine à séparer les différentes parties de ce groupe sinistre. Cependant Zenon, au lieu de rentrer en lui-même et de faire pénitence , semblait se réjouir de son atroce barbarie, et se vantait de son adresse qui, d'un serment, avait su faire un piège pour attraper son ennemi de la manière la plus misérable et la plus cruelle. Mais la justice divine ne se fit pas longtemps attendre. Dans la nuit du 9 avril 491, lorsque Zenon se leva de table en état d'ivresse, il tomba subitement frappé d'un coup d'épilepsie, dont il était atteint depuis longtemps, et resta étendu à terre sans donner le moindre signe de vie. Tout le monde le tint pour mort, et l'impératrice Ariande, heureuse d'être débarrassée d'un époux aussi difficile, ordonna de déposer, dès le point du jour, le pré-

tendu cadavre dans le caveau des empereurs, y fit mettre une garde avec ordre de ne laisser approcher qui que ce fût; défense fut faite aux gardes eux-mêmes de l'ouvrir, quoi qu'il pût arriver. A peine vingt-quatre heures s'étaientelles écoulées, que les gardiens entendirent tout à coup un bruit et des hurlements affreux au fond du caveau. Zenon, qu'on avait enterré vivant, s'était réveillé de sa léthargie, et criait au secours. Mais les gardes, se rappelant les ordres donnés et comptant sur une récompense, ne s'inquiétèrent pas de ces cris de détresse, et abandonnèrent le malheureux à son épouvantable sort. Lorsque, après quelque temps, on ouvrit le caveau, on découvrit que Zenon s'était rongé, de ses propres dents, le bras droit et avait dévoré un brodequin de pourpre. Yoilà comment le juste juge exerça sur ce monstre couronné, les droits de sa justice vengeresse; il subit la mort horrible à laquelle il avait condamné sans pitié l'oncle de sa propre épouse. (Schuster. 1.)

[Gr. Cat. 19e q.)

La pensée d'un Dieu saint et juste doit nous engager 1°) à éviter avec soin tout mal et à devenir toujours plus saints.

L'horreur du péché.

La vénérable Jeanne de la croix comprenait tout ce que le péché avait d'horrible aux yeux de Dieu: c'est pourquoi elle lui disait souvent: «Seigneur ! je préfère aller en enfer, plutôt quedevousoffenser! toutmesembleplus léger et plus supportable que le péché. Je cherche jour et nuit les moyens de ne pas vous causer le moindre chagrin. La mort n'a rien de redoutable pour moi; le jugement, l'enfer ne m'effraient point; mais ce que je redoute et crains, c'est le péché seul.» (Sermon de Bède Weber.)

Tous, nous devons et nous pouvons devenir saints.

Ce n'est pas en vain que le Seigneur notre Dieu, nous a dit: « Soyez saints, comme je suis saint. » (Dent. 11. 44.) —

Car avec l'aide de la grâce, nous pouvons devenir saints, si nous le voulons; que nul ne dise donc: « Il m'est impossible de devenir saint. » Un jour que saint Thomas d'Aquin fut interrogé par sa sœur, sur la manière dont elle devait opérer son salut, il lui fit cette réponse courte et énergique : « En le voulant. » Oui, nous pouvons devenir saints dans tous les états, pourvu que nous le voulions sérieusement. — Ainsi saint Isidore était un simple paysan espagnol. Il assistait régulièrement à la sainte Messe, priait jour et nuit, distribuait d'abondantes aumônes, et travaillait à rendre vertueux tous les membres de sa famille. — Saint Homobonus était un marchand de Crémone; le dimanche il ne faisait jamais d'affaires, mais tenait sa boutique fermée, et s'approchait souvent des sacrements. — Sainte Blandine était une pauvre servante qui fut aimée de ses maîtres à cause de sa douceur, de sa modestie et de ses rares qualités; jamais on ne la voyait le dimanche assister aux danses, se montrer dans les lieux publics, mais, tandis que d'autres jeunes filles s'occupaient de leur toilette et allaient afficher partout la légèreté de leur conduite, elle se retirait à l'écart pour y prier, pour s'y préparer à recevoir son Dieu. — Oui nous pouvons devenir saints dans tous les états, pourvu seulement que nous le voulions. Ainsi Louis IX, roi de France, est devenu saint au milieu des occupations et des embarras d'un grand royaume; il ne négligea aucun de ses devoirs de chrétien et de roi; il sut unir la fermeté à la bonté, les exercices religieux aux devoirs de la cour; tous les jours il récitait les heures de la sainte Vierge et recevait souvent la sainte communion; toujours il mettait sa conscience au-dessus de tout; jamais il n'assistait ni au théâtre, ni aux bals ; il regardait ces lieux comme dangereux pour la pureté des mœurs. — De même, saint Maurice, quoiqu'il fût chef d'une légion de soldats et vécût toujours dans les camps, brilla par sa sainteté, etc.

2°) à ne pas être orgueilleux de notre sainteté supposée.

Ne vous enorgueillissez pas de votre sainteté supposée.

A ce sujet, nous trouvons un bel exemple dans la conduite de Constance, clerc d'Ancône. Quoiqu'il n'eut que la simple fonction de veiller aux lampes de l'église, le bruit de sa sainteté et de son esprit solide s'était répandu si loin que grands et petits, venaient de loin pour le voir et se recommander à ses prières, même à sa protection. Ce respect universel qu'on lui témoignait, était cependant loin de le rendre orgueilleux et il en donna la preuve dans la circonstance suivante. Un paysan qui avait fait plusieurs journées de chemin demanda d'un air important à voir le saint homme. On le conduisit donc à l'église et on montra à notre campagnard celui qu'il avait tant souhaité de contempler, debout sur une échelle et occupé à nettoyer les lampes.

Le paysan considère, en branlant la tête, ce petit homme dont la taille et le costume étaient également pitoyables, et s'imagine qu'on a voulu se jouer de lui. « Eh quoi! » s'écriet-il, « ce petit bout d'homme serait Constance? Mais à peine y a-t-il quelque chose en lui qui ressemble à l'homme ! » Constance qui avait entendu ces paroles, descendant aussitôt de l'échelle, s'en va embrasser le campagnard, le baise et lui dit: « Grâce en Dieu! En voilà du moins un qui voit clair et qui me dit la vérité. »

Zema de Sylva.

Un espagnol de basse extraction, Zema de Sylva, qui occupait chez un négociant de Cadix la fonction de buraliste, sut si bien se distinguer par ses talents et son habilité, qu'on l'appela de son obscur bureau, aux fonctions administratives de l'Etat, d'où, montant sans cesse en grade, il finit par arriver aux charges les plus honorables. Afin de lui donner tout le prestige nécessaire à sa dignité, le roi lui accorda le titre de marquis. Comme il lui fut libre de choisir le nom qu'il voulait, il prit celui de: « Marquis de la Ensenada, » ce qui signifie autant que : « Rien en lui-même. » . De cette manière il échappait non-seulement aux satires des méchants qui eussent pu ridiculiser sa noblesse de

fraîche date, mais clans sa simplicité et sa modestie il se souvenait encore de cette maxime si peu mise en pratique: « Si quelqu'un croit être quelque chose quand il n'est rien, il se trompe et se séduit lui-même. » (Veith. Misericordia. p. 143.)

3°) à aimer toujours la justice et à l'exercer à l'égard du prochain.

Soyez juste sans faire acception de personnes !

A l'occasion d'un crime qu'un homme de qualité avait commis à Vienne, on proposa à l'Empereur Joseph II de diminuer la peine, vu la position élevée du coupable.

Joseph II porta la décision suivante: « Le crime reste toujours crime. Comment devrait-il rougir de subir sa peine, celui qui n'a point rougi de commettre une infamie ? Si un coupable veut encore avoir des privilèges sur les autres coupables, en ce cas, qu'on le punisse d'autant plus sévèrement, parce qu'il est le plus criminel et le plus dégoûtant de tous. La vertu seule a droit à des récompenses, et plus grande est la vertu, plus grande aussi doit être la récompense; si l'on accordait des privilèges à certains coupables à cause de leur position personnelle, et qu'on ne leur fit pas sentir le châtiment de leurs forfaits, que deviendrait alors la justice? Ne serait-ce pas récompenser le crime en personne ? » (Habsbourg. Ul. m.)

Amour de la justice.

Le romain Publius Rutilius, étant à l'apogée de la puissance, avait refusé pour de justes raisons certaine faveur qu'un de ses amis intimes lui avait demandée. Celui-ci en fut vivement blessé et dit:« A quoi me sert votre amitié, lorsque vous me refusez la première faveur que je vous demande? » Rutilius répondant sur le même ton, lui dit: « Quel prix dois-je attacher à votre amitié lorsque vous exigez de moi des choses par lesquelles je devrais blesser

les lois sacrées de la justice? » (Veith. Sermons sur les fêtes. II. p. 197.)

[Gr. Cat. 20-21* cj.) IX. Dieu est bon, c'est-à-dire que par amour il veut du bien à toutes les créatures et nous comble réellement de nombreux bienfaits. Il est écrit au livre de la Sagesse: « Vous aimez tout ce qui existe et vous ne baissez rien de tout ce que vous avez fait. » (il, 25.) Le prophète Isaïe nous dépeint la bonté de Dieu par cette touchante comparaison: a Voici ce que dit le Seigneur: une mère peut-elle oublier son enfant? peut-elle n'être pas émue pour le fruit de ses entrailles? mais quand elle t'oublierait, moi je ne t'oublierai jamais. » (49, 15.) La plus grande preuve de l'amour et de la bonté de Dieu, c'est que, pour nous sauver, il a voué son propre fils à la mort, comme l'écrit saint Jean : « Dieu est charité, Dieu a fait paraître son amour pour nous, en* envoyant son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. » (1 Epît. de S. Jean 4, 8, 9.)

Image de la bonté de Dieu.

Un magnifique arbre était tellement chargé de fruits, que ses branches se courbaient jusqu'à terre et semblaient en même temps offrir leurs présents aux passants. Un jeune garçon, en entrant dans le jardin, regarda l'arbre avec une joie toute enfantine et loua Dieu qui se montrait si bon. Gomme les fruits étaient mûrs, il s'empressa avec la vivacité habituelle de l'enfance de cueillir une pomme, et voilà que le mouvement imprimé aux branches flexibles, fit tomber autour de lui une pluie de fruits. « Oh! que cet arbre est généreux, » s'écria l'enfant, « il me donne plus que je ne demande; il me rappelle la bonté de Dieu qui nous comble sans cesse de bienfaits. »

{Gr. Cat. 22e q.)

X. Dieu est miséricordieux, c'est-à-dire qu'il est disposé à détourner les malheurs, et qu'il aime à pardonner à tous les pécheurs vraiment repentants. Ainsi Dieu lui-même dit par la bouche du prophète Ezéchiel: « Je jure par moi-même, dit le Seigneur, que je ne veux point la mort de l'impie, mais que je veux que l'impie se convertisse, qu'il quitte sa mauvaise voie et qu'il vive. » (33, 11.) Et dans l'Ecclésiastique: « La miséricorde de Dieu s'étend sur toute créature. » (18, 12.)

Exemples tirés de la Bible et comparaisons.

Les habitants de Ninives étaient devenus tellement corrompus et impies que la voix de leurs crimes était montée jusqu'au ciel. Dieu leur envoya Jonas pour leur prêcher la pénitence. Les Ninivites se convertirent, ils firent pénitence et voilà pourquoi Dieu leur pardonna. « Dieu considéra leurs œuvres » dit l'Ecriture, « et voyant qu'ils s'étaient convertis en quittant leurs voies criminelles, il eut pitié d'eux et ne leur fit point le mal qu'il avait résolu de leur faire. » {Jonas. III, 10.)

Tout le monde connaît la belle parabole de l'enfant prodigue qui, aveuglé par ses passions, se fit donner la part de l'héritage et déserta la maison paternelle. Mais, son argent dissipé, il fut bientôt réduit à garder les pourceaux et à se nourrir de ce qu'on jetait à ces animaux. Enfin il rentra en lui-même, se repentit de son péché, et résolut de retourner chez son père. Avec quelle joie celui-ci ne le reçut-il pas! « Lorsqu'il le vit de loin, il fut touché de compassion et courant à lui, il se jeta à son cou et l'embrassa. Et le père dit à ses serviteurs : apportez promptement la plus belle robe et l'en revêtez; mettez- lui un anneau au doigt et une chaussure aux pieds; et amenez le veau gras et tuez-le; et mangeons et livrons-nous à la joie du festin : parce que mon fils, que vous voyez, était mort, et il est ressuscité: il était perdu, et il est retrouvé. Et ils se mirent à table. » {Saint

Luc, 15, 20-25.) Quelle touchante image de la miséricorde divine !

Dieu est plein de miséricorde et d'amour envers le pêcheur repentant.

Tout abîmé dans la contemplation de la miséricorde divine, saint Bernard s'écrie: « 0 Jésus! vous ne méprisez pas le pauvre pécheur, vous ne repoussez pas le larron qui se convertit à vous, ni la pécheresse qui verse des larmes de pénitence, ni la cananéenne qui vous implore, ni la femme adultère qui se confie en vous, ni le publicain assis à son bureau, ou priant au temple, ni le disciple qui vous renie, ni le persécuteur de vos apôtres, ni même vos bourreaux. » A ces belles paroles, ajoutez celles de saint Chrysostôme que nous faisons suivre: «Avez-vous commis des injustices, contemplez le publicain; avez-vous foulé aux pieds l'honneur et la chasteté, contemplez Madelaine; avez-vous versé le sang de vos frères, contemplez le bon larron; oui! avez-vous persécuté la vérité et ceux qui la prêchaient, contemplez Paul qui devint plus tard un apôtre de la vérité. Qu'est-ce, en effet, que le péché comparé à la miséricorde de Dieu? C'est une toile d'araignée qu'un vent déchire et emporte sans en laisser la moindre trace. Et alors, pourquoi vous désespérer? Est-ce à cause du nombre de vos péchés? Mais voyez; Madelaine était possédée de sept démons et par la grâce de Dieu, elle fut délivrée de tous ses crimes! Ou bien, est-ce à cause des longues années que vous avez vécu dans le péché? Mais voyez le larron; aussitôt après son repentir, Jésus-Christ l'admet avec lui dans le paradis. Mais voyez le grand apôtre des nations, saint Paul ! » — Saint Augustin dans son neuvième discours sur les paroles de l'Apôtre, s'exprime comme suit: « Le médecin qui veut se faire une réputation, cherchera de préférence un malade que tout le monde croit dans un état désespéré; peu lui importe que ce malade soit pauvre; ce n'est point en vue d'un salaire, mais en vue de sa renommée qu'il veut le guérir, c'est afin que cette cure soit un titre de recommandation pour lui. Jésus-Christ a été un

médecin de ce genre; dans la conversion de Paul, son persécuteur, il a montré quelle puissance, quelle force spirituelle possède celui qui sait guérir toutes les infirmités de l'âme chez ceux qui ont recours à lui. »

Sigismond, roi de Bourgogne.

Le fait suivant nous laisse entrevoir l'océan profond des miséricordes divines. En 526, Sigismond, roi de Bourgogne, dans un mouvement de colère avait fait étrangler son propre fils; après son forfait, il s'enfuit au couvent d'Agaune, y passa des années dans le jeûne et la prière, et conjura Dieu de le punir plutôt en cette vie que de lui faire sentir ses châtiments dans l'autre ; sa prière fut exaucée. Il fut pris par le roi Chlodomir qui le tua et jeta son cadavre dans un puits. On l'en retira bientôt après pour le transporter au couvent d'Agaune, où s'opérèrent une foule de miracles autour de son corps, de sorte qu'il finit par être mis au nombre des saints. La pénitence fut sa planche de salut. (Livre d'homélies du DT Brunaer.)

(Gr. Cat. 23e q.) XI. Dieu est plein de longanimité, c'est-à-dire que souvent il attend longtemps avant de punir le pécheur, pour lui laisser le temps de faire pénitence. « Vous dissimulez les péchés des hommes à cause du repentir.» (Sag. II, 24.)

Exemples tirés de la Bible et comparaisons-.

Nous voyons une preuve de cette longanimité dans l'histoire du roi Manassès, dont l'Ecriture à dit : « Manassès avait douze ans quand il commença à régner, et il en régna cinquante-cinq à Jérusalem. Or, il fit le mal devant le Seigneur, suivant les abominations des peuples que le Seigneur avait exterminés en présence des enfants d'Israël, et, abandonnant le Seigneur; il rétablit les hauts lieux, éleva des autels à Baal, et adora toute la milice du ciel. Il s'adonnait à l'art magique, avait auprès de lui des magiciens et des enchanteurs, et plaça une idole en fonte dans la maison du Sei-

gneur... Ce fut ainsi que Mariasses séduisit Juda et les habitants de Jérusalem, et ils firent plus de mal que toutes les autres nations que le Seigneur avait détruites en présence des enfants d'Israël. Et Dieu lui parla, à lui et à son peuple, et ils ne voulurent point l'écouter. C'est pourquoi Dieu amena sur eux les princes de l'armée du roi des Assyriens, qui après avoir pris Manassès lui mirent les fers aux pieds et aux mains et l'amenèrent à Babylone. Manassès dans la détresse, pria le Seigneur son Dieu, et fit pénitence en présence du Dieu de ses pères. Et Dieu, (dont l'admirable longanimité ne s'était point fatiguée malgré les crimes et les abominations de ce malheureux roi) exauça sa prière et le ramena à Jérusalem dans son royaume et lui pardonna ses péchés. » (2 Liv. de Paralip. 55, 1-14.)

Dieu montra également sa longanimité à l'égard de Jérusalem ; mais cette ville obstinée ne profita point du temps de la grâce et finit par fatiguer la miséricorde du Seigneur. Voilà pourquoi le divin Sauveur se plaignit avec tant de tristesse: « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes et tu ne l'as pas voulu!... Car je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu'à ce que vous me disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! « (S. Matth* 52, 57-59.)

Le divin Sauveur nous représente encore la longanimité de Dieu dans une belle parabole. « Un homme, dit-il, avait un figuier planté dans sa vigne, et il vint y cherchant du fruit, et il n'en trouva point. Et il dit à celui qui cultivait sa vigne: 11 y a trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n'en trouve point; coupe-le donc: pourquoi occupe-t-il encore la terre? Et celui-ci lui répondit: maître, laissez-le encore cette année, afin que je laboure au pied et que j'y mette de l'engrais, et peut-être donnera-t-il du fruit, sinon vous le couperez après. (S. Luc. 15, 6-9.)

Les chemins de la longanimité divine.

A cette époque de trouble et d'agitation qui marqua le règne de Constantin, le premier empereur chrétien, quand les païens célébraient encore leur culte superstitueux, que les Juifs se rassemblaient dans leurs synagogues et que les chrétiens bâtissaient des temples, vivait en Tibériade un jeune homme d'origine juive, appelé Joseph, qui jouissait d'une grande considération auprès du patriarche juif résidant au milieu de sa nation. Lorsque celui-ci fut sur le point de rendre l'âme, il fit appeler près de lui l'évêque de Tibériade et ordonna à tous ceux qui l'entouraient de sortir de la chambre. Joseph, curieux de connaître ce qui allait se passer, regarda par la fente d'une porte et vit avec surprise que l'évêque, après les préparatifs nécessaires, administra le baptême au moribond.

Dès ce moment le jeune homme sentit sa conscience bouleversée, il croyait y entendre une voix qui ne lui laissait plus de repos, mais à laquelle il demeura sourd et insensible. Les Evangiles et les Actes des Apôtres lui tombèrent comme par hasard entre les mains, et il les lut avidemment; il lui sembla même, d'après son propre aveu, que le Seigneur lui apparut en songe et lui dit ces mots : « Je suis Jésus, que vos pères ont crucifié, » mais il continua de résister. Bientôt après, il tomba dangereusement malade et Ton perdit tout espoir de le sauver. Un docteur juif ou rabbin qui assistait le malade, lui murmura doucement ces paroles: « Jésus-Christ, le fils de Dieu, qui a été crucifié est le juge qui prononcera sur votre sort. » La vision qu'il avait eue lui apparut une seconde fois, mais son obstination continua. Joseph se rétablit, et ne se convertit point. Quelque temps après, il rencontra au milieu de la rue un homme atteint de la rage, et Joseph qui avait appris par les Evangiles, combien est puissant le nom de Jésus, marqua du signe de la croix le front de l'infortuné, tout en prononçant le nom sacré par forme d'essai. L'hydrophobe fut guéri, et sa guérison fit beaucoup de bruit en ville, mais Joseph n'en continua pas moins

de professer le judaïsme. Enfin les épreuves et les persécutions devaient s'abattre sur lui pour opérer ce que n'avaient pu tant de merveilles. Le dernier événement avait excité en effet des soupçons et des arrières-pensées chez ses coreligionnaires!; ils l'épièrent et le surprirent pendant qu'il lisait les Evangiles. A l'instant il fut traîné à la synagogue où ils se disposaient à la flageller, quand l'évêque de Tibériade apparut tout à coup avec une suite nombreuse et le délivra des mains de ses bourreaux. Sans tarder, il s'embarqua pour la Sicile, mais des émissaires l'y suivirent et le jetèrent dans les eaux du Cydnus. Lorsqu'il eut été arraché encore à ce danger d'une manière qui lui parut toute miraculeuse, il fut enfin vaincu par tant de témoignages de la bonté divine, et déclara hautement qu'il voulait recevoir le baptême. La considération dont il avait été entouré autrefois, aussi bien que sa conduite franchement chrétienne unie à des talents précieux, lui gagnèrent dans la suite les faveurs de l'empereur Constantin, qui l'éleva à la dignité de comte de l'empire et lui confia des fonctions importantes. (Veith. Le sacrifice de paix, p. 496.)

Comparaisons.

« Quand un homme découvre que, dans la maison qu'il habite, il y a une lézarde ou une partie endommagée, il ne la démolit pas de suite, mais il la laisse debout et tâche de la réparer plutôt que de l'abattre; voilà comment Dieu en agit à l'égard des hommes ; il ne les punit pas, il ne les condamne pas à l'enfer dès qu'il a remarqué une faute en eux, mais il patiente, il supporte leurs défauts, afin qu'ils se corrigent et fassent pénitence. » {S. Bernard.)

Puisque Dieu est si bon, si miséricordieux, et si plein de longanimité, il s'en suit que :

1°) Nous devons nous montrer reconnaissants envers lui et l'aimer de tout notre cœur, et c'est à quoi nous engage David: « Remerciez le Seigneur, s'écrie-t-il,

DE DIEU. 14o

parce qu'il est bon, parce que sa miséricorde est éternelle. » (Ps. 106,1.)

Ingratitude des Israélites dans le désert.

Nonobstant les témoignages éclatants de bonté et d'amour que Dieu avait donnés dans le désert à son peuple choisi, celui-ci se montra très-ingrat à l'égard de son divin bienfaiteur, et murmura contre Moïse et Aaron que Dieu leur avait donnés pour les conduire. « Que ne sommes-nous morts par la main du Seigneur en la terre d'Egypte, disaient-ils, quand nous étions assis près d'un amas de viandes et que nous mangions du pain en satiété! Pourquoi nous avez-vous amenés en ce désert pour faire mourir de faim toute cette multitude? » {Exode. 16, 3.) Puis ils s'irritèrent de nouveau contre Moïse et exigèrent à grands cris qu'il leur procurât de l'eau: « Donne-nous de l'eau afin que nous buvions... Pourquoi nous as-tu fait sortir de l'Egypte pour faire mourir de soif nous, nos enfants et nos troupeaux? » (17, 2-3.) — Enfin leur oubli de Dieu alla si loin qu'ils se fabriquèrent un veau d'or et l'adorèrent.

Le disciple du séraphique S. François et le riche.

Un disciple de saint François d'Assise rencontra un jourun riche généralement détesté à cause de son avarice et de son ingratitude envers Dieu, dont il oubliait les nombreux bienfaits. Pour lui faire toucher au doigt son indigne conduite, il lui donna la leçon suivante: « Je vis un aveugle, dit le pieux franciscain, tomber tout à coup d'une hauteur effrayante et dans sa chute se briser bras et jambes. Mon cœur se sentit ému à la vue de cet affreux spectacle, et je lui demandai ce qu'il donnerait à celui qui lui rendrait non-seulement l'usage des bras et des jambes, mais encore la vue? » — « Ah! reprit l'infortuné, je voudrais être jusqu'à la fin do ma vie, l'esclave de mon sauveur. » — « Et toi, riche! fit lé religieux, tu as reçu de Dieu des yeux, des pieds, des mains, et les autres membres; il t'a comblé en outre des biens de la fortune, et où est ta reconnaissance? »

CATÉC. PRATIQUE. T. 1. 7

1 il» DE LA FOI.

Comparaison .

u Jamais nous ne sentons mieux le bien que nous fait un verre d'eau fraîche que lorsque nous sommes dévorés par la soif, et que nous eussions dû attendre longtemps quelque rafraîchissement; de même nous n'éprouvons tout le bien (jue procure l'ombre, qu'après avoir été exposés longtemps aux ardeurs du soleil; il en est ainsi des bienfaits de la bonté divine. L'homme ne les apprécie à leur juste valeur, que lorsqu'il a dû gémir longtemps dans la misère; il se montre alors réellementreconnaissant envers Dieu, tandis que, aux jours de la prospérité, il oublie aisément la bonté divine. » (S. Clément.)

2°) Lorsque nous avons péché, nous devons demander pardon avec une grande confiance, et ne pas nous désespérer ou différer de jour en jour notre conversion, jusqu'à ce que le temps de la grâce soit passé, ou la longanimité de Dieu fatiguée.

Le retour de l'enfant prodigue chez son père.

L'enfant prodigue, comme nous l'avons dit plus haut, avait quitté la maison paternelle et dissipé tout son avoir. Ce fut ainsi qu'il se plongea dans la plus profonde misère. Cependant il ne désespéra pas dans cette triste position, mais se rappelant l'amour de son père qu'il avait quitté si indignement, il prit courage et se dit en lui-même avec une généreuse confiance: « Je me lèverai et j'irai vers mon père; et je lui dirai : mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils: traitezmoi comme un de vos mercenaires. » (5. Luc. 15, 18-19.) Et se levant, il vint vers son père, qui, nous le savons, le reçut avec tendresse. Voilà comment le Père céleste en agira avec nous, si, après avoir commis le péché, nous nous tournons avec confiance vers lui, et que nous lui demandons pardon.

Ne désespérez pas de la miséricorde divine.

Un grand prince, dans la dernière maladie qui termina sa carrière, fut attaqué d'une tentation terrible de défiance en la miséricorde divine. Exhorté d'espérer en Dieu, « non, disait-il, il n'y a plus de salut pour moi, je suis damné. » Le ministre de Jésus-Christ qui l'assistait dans ces derniers moments, mit tout en œuvre pour le rassurer: exhortations, larmes, prières, tout fut inutile sur l'esprit de ce prince alarmé. Enfin, Dieu, qui voulait sauver cette âme, mit dans la bouche de son ministre ces consolantes paroles de David : « Domine, propitiaberis peccato meo, multum est enim. » {Ps. 24.) « Prince, dit-il au mourant, écoutez le prophète pénitent; vous êtes pécheur comme lui, dites sincèrement avec lui : Seigneur, vous aurez pitié de moi, parce que mes péchés sont grands, et la grandeur même de mes péchés sera le motif qui vous engagera à m'en accorder le pardon ; Propitiaberis, etc. » A ces paroles, le prince, comme revenu d'une léthargie, s'arrête un moment tout transporté, et bientôt après, poussant un profond soupir: « Ah! mon Père, s'écrie-t-il, c'est pour moi que ces paroles ont été prononcées. Oui, mon Dieu, vous aurez pitié de moi, parce que mes péchés sont grands: voilà un motif bien digne de vous, parce que plus mes péchés sont grands, plus ils feront éclater votre miséricorde, plus ils feront admirer votre puissance, plus ils feront triompher votre grâce. » Alors plein de confiance en la bonté de son Dieu, et pénétré d'une vive douleur de ses péchés, il met ordre à sa conscience: il reçoit les derniers sacrements avec" de grands sentiments de piété, il offre le sacrifice de sa vie avec joie ; et sentant enfin approcher sa dernière heure, il prend son crucifix entre ses mains, il fixe sur lui ses regards mourants, il rend les derniers soupirs entre ses bras, et meurt en saint, comme il avait vécu en héros. (Le nouveau pensez-y bien.)

Ne pas croire à ta grâce, Seigneur!

C'est du soleil nier la splendeur. ■

C'est dire, avec les fils de Voltaire:

Dieu n'est pas! — il n'est pas un bon père!

Mais tu Tes, Seigneur î mille cœurs L'éprouvent même au sein des douleurs, Et disent avec reconnaissance :

t Tes bontés égalent ta puissance ? »

Ne fatiguez pas la miséricorde divine.

Dans les îles Philippines vivait au commencement du dixseptième siècle un homme excessivement riche. Livré à un luxe effréné et à la débauche, ne se refusant aucune volupté quand même il fallait fouler aux pieds les lois de la morale et étouffer le cri de la conscience, il fut souvent averti par ses meilleurs amis de mettre un frein à ses passions déréglées, et, s'il ne voulait pas se rappeler les bontés de Dieu à son égard, de redouter du moins la sévérité des châtiments célestes qui se précipitèrent autrefois comme un immense torrent sur l'humanité coupable. A ces sages conseils, notre homme opposait d'ordinaire une réponse badine sinon stupide: « Quand même toute la terre » avait-il coutume de dire, « serait inondée par un déluge, j'ai assez d'argent et de valeurs pour en faire une échelle qui monte jusqu'au ciel. » Cependant un jour que l'insensé s'était raillé avec le même ton de bravade des bons conseils qu'on lui donnait, il arriva qu'immédiament après, il dût passer à cheval un torrent très-large; tout à coup son cheval se cabre, le cavalier tombe dans l'eau et s'y noie malgré les secours qu'on essaie de lui donner. — La même chose peut arriver à bien d'autres qui croient pouvoir se sauver au moyen de quelques aumônes et d'autres bonnes œuvres, tout en se livrant sans frein aux dérèglements des plus mauvaises passions. Etrange espérance qui s'imagine qu'au dernier moment, quand tout va disparaître autour de nous, on pourra, au moyen de quelques legs et distributions faits aux pauvres, se construire un pont d'or qui conduise au ciel! (Veith. Cycle d'homélies.)

La mesure de la miséricorde divine.

Compadelli nous fait le récit suivant: Un jeune homme d'une famille distinguée s'était plongé dans toutes les voluptés de la chair et refusait d'écouter les avis que le ciel

DE DIEU. lin

et la terre lui donnaient. Sur ces entrefaites, il tomba malade, se confessa et promit de se corriger; mais à peine guéri, voilà qu'il se jette de nouveau dans la fange dont il s'était retiré naguères. Le ciel le punit de la manière suivante: un jour qu'il se trouvait à la campagne, il fut surpris parla fièvre. De suite il retourne à la maison et fait appeler un prêtre; le prêtre arrive, mais ne trouve plus qu'un cadavre. Voilà, mon cher frère, un terrible exemple de la justice divine ! Si nous persistons dans l'impénitence, si notre conversion n'est pas sincère, un jour viendra où nous désirerons peut-être nous convertir et renoncer à nos mauvaises habitudes; mais qui sait si alors nous le pourrons encore, parce que Dieu ne nous en donnera plus la grâce, cette grâce que nous avons méprisée et repoussée si souvent, en continuant de vivre dans le crime. (Philotée.)

Comparaison.

Quand un poisson a été pris dans un filet, il lui reste toujours la chance de pouvoir y passer et de s'échapper, aussi longtemps qu'il se trouve dans l'eau. Mais une fois qu'il a été attiré à terre, il ne lui reste plus moyen de fuir. Il en est de même de nous ; aussi longtemps que nous sommes encore en ce monde, nous recevons de Dieu la force nécessaire pour déchirer les liens du péché, au moyen desquels le démon nous a pris, pour nous débarrasser du fardeau de nos crimes par la pénitence, et nous jeter dans le séjour de la lumière divine. Mais si une fois Dieu a porté contre nous Je redoutable arrêt en vertu duquel notre âme doit sortir du corps, et que le corps doit descendre dans le sépulchre, alors, il nous est aussi impossible de nous aider, qu'au poisson qu'on a retiré de l'eau et renfermé dans un vase de s'échapper. (Hunolt.)

3) Nous devons être bons et miséricordieux à regard de nos frères; c'est ce que Dieu demande de nous quand il dit; « Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. » (S. Luc. 6, 36.)

i'iO DE LA FOI.

Le serviteur inhumain.

Puisque Dieu est si bon et si miséricordieux envers nous, il faut que nous le soyons aussi envers notre prochain. Cette vérité, Jésus-Christ nous l'a rendue sensible dans la parabole suivante: « Le royaume des cieux, dit-il, est semblable à un roi qui voulut entrer en compte avec ses serviteurs. Et lorsqu'il eut commencé à le faire, on lui présenta l'un d'eux qui lui devait dix mille talents. Et comme il n'avait pas de quoi les lui rendre, son maître commanda qu'il fût vendu, lui, sa femme, et ses enfants, et tout ce qu'il avait, pour acquitter sa dette. Or, ce serviteur, tombant à ses pieds, le priait, disant: Seigneur, ayez patience pour moi, et je vous rendrai tout. Le maître, ayant eu pitié de ce serviteur, le renvoya et lui remit sa dette. Ce serviteur, étant sorti, rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers, et le saisissant, il l'étoufïait et disait: Rends-moi ce que tu me dois. Son compagnon, tombant à ses pieds, le priait, disant: Ayez patience pour moi, et je vous rendrai tout. Or, il ne le voulut point; mais il s'en alla et l'envoya en prison jusqu'à ce qu'il payât sa dette. Ses compagnons, voyant ce qui se passait, s'affligèrent profondément, et ils vinrent et ils racontèrent à son maître tout ce qui s'était passé. Alors son maître l'appela, et lui dit: Serviteur méchant, je t'ai remis toute ta dette, parce que tu m'en as prié ; ne fallait-il pas que toi aussi tu eusses pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi? Et son maître irrité le livra au bourreau jusqu'à ce qu'il payât toute sa dette. Ainsi, ajoute Jésus-Christ, mon Père céleste fera envers vous, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur. » (S. Matth. d8, 25-55.)

Frère Egide et V homme rancuneux.

Un jour, le vénérable frère Egide rencontra un homme qui se montrait sans pitié à l'égard de quelqu'un qui l'avait offensé. Il se dirigea droit vers lui et lui dit avec autant de force que de franchise: « Vous désirez obtenir miséricorde de Dieu, et vous êtes néanmoins si impitoyable et si dur à

l'égard de vos frères ; vous êtes sans compassion aucune pour leurs fautes ! Voulez-vous être un vrai chrétien, ne vous irritez pas contre celui qui est tombé, mais rappelez-vous vos propres faiblesses et dites : Hélas ! mon Seigneur et mon Dieu ! si votre main ne me soutenait, je commettrais des crimes encore plus grands que cet infortuné. »

Comparaison.

« Les enfants des riches et des nobles portent des chaînes d'or et des bijoux; ils les portent à découvert et cela dans le but de se faire reconnaître comme fils de bonne famille; voilà comment les chrétiens doivent aimer à exercer publiquement la miséricorde, à secourir les malheureux, afin qu'on puisse reconnaître en eux les enfants du Père de miséricorde qui demeure dans les cieux. » (S. Chrysostôme.)

{Gr. Cat. 2o-27e q.)

XII. Dieu est vrai, c'est-à-dire qu'il ne révèle que la vérité, parce qu'il ne peut ni se tromper ni mentir. « Il est impossible que Dieu mente. » (Epît. aux Hébreux, 6, 18.)

XIII. Dieu est fidèle, c'est-à-dire, qu'il tient ce qu'il promet, et accomplit les menaces qu'il fait. C'est pourquoi Moïse disait au peuple d'Israël: « Sachez que le Seigneur votre Dieu est un Dieu fort et fidèle, gardant alliance et miséricorde à ceux qui l'aiment et à ceux qui gardent ses préceptes, et punissant soudain ceux qui le haïssent. » (Deut. VII, 9-10.)

La véracité et la fidélité de Dieu nous obligent : 1°) De croire fermement à la parole de Dieu et de nous fier constamment à ses promesses. « Bienheureux ceux qui ne voient pas et qui croient. » (S. Jean, 20, 29.)

Confiance d'Abraham dans la fidélité et la véracité de Dieu.

Abraham avait déjà atteint la quatre-vingt-dix-neuvième année de son âge, et Sara son épouse la quatre-vingt-dixième

i52 DE LA FOf.

lorsque Dieu promit à son fidèle serviteur de lui donner un fils et de le rendre ainsi le père de peuples nombreux. Quoique d'après les lois et le cours ordinaire de la nature, ceci parût impossible, « néanmoins Abraham, comme le dit saint Paul, ne douta point et n'eut pas la moindre défiance de la promesse de Dieu; mais il se fortifia parla foi, rendant gloire à Dieu, et pleinement persuadé qu'il est tout-puissant pour faire tout ce qu'il a promis. C'est pour cette raison que sa foi lui a été imputée à justice. » [Epît. aux Rom. 4, 20-21.)

Dieu n'est point comme les hommes qui souvent trompent.

Saint Hugues, évèque de Langres, était devenu vivement inquiet pendant une nuit, et s'effrayait à cause d'un événement qui semblait le menacer. Mais il ne resta pas longtemps sans rentrer en lui-même et sans se frapper la poitrine en disant: « Malheureux que je suis! Dieu n'a-t-il pas promis de nous assister dans les adversités? et je tremblerais! Dieu, qui est vrai et fidèle dans tout ce qu'il promet, n'a-t-il pas dit que le ciel et la terre passeront, mais que ses paroles ne passeront pas? Et après cela, j'oserais encore trembler? » (Dans sa vie.)

2°) De dire toujours la vérité et de garder nos promesses.

Punition d' Ananie et de Saphire.

Que Dieu désire en nous l'amour de la vérité, qu'il déteste au contraire le mensonge, la fausseté et l'hypocrisie, c'est ce qu'il nous a montré d'une manière saisissante dans la punition d'Ananie et de Saphire. L'Ecriture sainte nous rapporte ce triste épisode delà manière suivante: « Un homme nommé Ananie avec sa femme Saphire vendirent un champ; or il retint, au su de sa femme, une partie du prix, il apporta l'autre et la mit aux pieds des apôtres. Mais Pierre dit: Ananie, comment Satan a-t-il tenté votre cœur jusqu'à vous faire mentir au Saint-Esprit et tromper sur le prix du champ? Si vous l'aviez voulu garder, n'était-il pas toujours à vous?

DE DIEU. lo3

Et vendu, le prix n'était-il pas encore à vous? Pourquoi donc avez-vous formé ce dessein dans votre cœur î Vous n'avez pas menti aux hommes, mais à Dieu. Or, Ananie, ayant ouï ces paroles, tomba et expira; et une grande crainte se répandit sur tous ceux qui apprirent cette mort. Et des jeunes gens, se levant, l'emportèrent et l'ensevelirent. Or, il arriva, trois heures après, que sa femme ne sachant ce qui s'était passé, entra. Et Pierre lui dit: Femme, dites-moi, n'avezvous vendu le champ que ce prix-là? Et elle dit: Oui. Or, Pierre lui dit: pourquoi vous-êtes vous accordés ensemble pour tenter l'Esprit du Seigneur? Voici à la porte les pieds de ceux qui ont enseveli votre mari, et ils vous emporteront. Et aussitôt elle tomba à ses pieds, et elle expira. Et quand les jeunes gens furent entrés, ils la trouvèrent morte et l'emportèrent, et l'ensevelirent auprès de son mari. Et une grande crainte se répandit sur toute l'Eglise et sur tous ceux qui entendaient parler de cet événement. » (Act. des Apôtres. 5,1-12.)

Le jeune homme véridique.

Le persan Abdrol Ränder, avait résolu dans sa jeunesse de devenir derviche. Quand il fit ses adieux à sa mère, celle-ci lui remit quarante sequins (ducats), la part de son héritage, et lui fît promettre sous serment de ne jamais proférer de mensonge. En se séparant de lui, elle dit: « Allez, mon fils! je vous mets entre les mains de Dieu, nous ne nous reverrons plus qu'au jour du dernier jugement. » — Or dans son voyage lointain, comme nous le raconte Abdrol luimême, il ne fit aucune rencontre extraordinaire avec ses compagnons de voyage, jusqu'à ce qu'il fut arrivé au milieu des descendants de Cham, a Là, notre caravane fut attaquée par quarante brigands à cheval. L*un d'eux me demanda ce que je portais sur moi? » — « J'ai quarante sequins cachés sous mes habits, » lui répondis-je. Le brigand se mit à rire, sans doute qu'il croyait que je me moquais de lui. — Un moment après, un autre me demande également: « Combien d'argent as-tu? » — Je lui donnai la même réponse qu'à son

loi DE LA FOI.

camarade. Pendant que tous les voleurs se partageaient les dépouilles des autres voyageurs, leur chef, qui se trouvait sur une petite éminence, me fit appeler près de lui. — « Eh bien, mon jeune garçon, dis-moi, qu'as-tu sur toi? » Je lui répondis: « Je l'ai déjà dit à vos gens, j'ai quarante sequins cousus dans mes habits. » — Il me fit aussitôt fouiller et trouva L'argent. — « Qui vous a porté, me dit-il avec un ton de surprise, à déclarer si franchement l'argent que vous portiez caché avec tant de soin? » — « C'est le respect pour manière, à qui j'ai promis de ne jamais cacher la vérité. » — « Comment est-il possible! s'écria le chef, que dans un âge si tendre, vous soyez aussi fidèle aux devoirs que vous inspira votre mère? Et moi, je ne pense jamais aux devoirs que j'ai à remplir envers Dieu ! Jeune ami, donnez-moi votre main ! Sur elle je veux jurer d'expier mes crimes. » — Je fis ce qu'il demandait, et le capitaine fit le serment d'une voix énergique et solennelle. Ses compagnons aussi touchés que lui, dirent : « Tu nous guidas dans le crime, désormais tu nous guideras dans le chemin de l'honneur et de la vertu ! » — Ainsi dit, ainsi fait. Le chef donna l'ordre de nous restituer sans exception tout ce qui avait été pris. Il fut obéi; puis toute la bande fit sur ma tête le serment de changer de vie et de se corriger (Hohenauer.)

(Gr. Cat. 28-31e </.)

Nous sommes parvenus à cette connaissance de Dieu et des perfections dont nous venons de parler, parce que Dieu s'est fait connaitre lui-même aux hommes d'une manière naturelle et surtout d'une manière surnaturelle; je dis :

1) D'une manière naturelle et d'abord

A) Par le monde visible qu'il a créé et gouverne toujours; car il est impossible qu'un homme raisonnable s'imagine que le monde se soit fait lui-même, ou que l'ordre régulier qui s'y trouve, ait existé et existe de luimême. « L'insensé seul a dit dans son cœur : il n'y a

DE DIEU. i.Y

pas de Dieu!» (Ps. 13,1.) S. Paula dit: «Ses perfections invisibles, surtout son éternelle puissance et sa divinité, sont devenues visibles depuis la création du monde par tout ce qui a été fait. (Epît. aux Rom. 1, 20.) Ensuite

B) Par la voix de la conscience, qui nous dit de craindre un vengeur invisible du mal, et d'espérer clans un rémunérateur du bien. (Epît. aux Rom. 2, 15.)

2) Dieu se fait connaître à nous d'une manière surnaturelle par la révélation divine qu'il nous a donnée par les prophètes et en dernier lieu par son fils Jésus-Christ. « Nul ne vit jamais Dieu : Le fils unique qui est dans le sein du Père nous l'a manifesté lui-même. »{S.Jean 1, 18.) Les miroirs d'or où nous devons et nous pouvons voir la divinité.

Un pieux et savant auteur nous indique les miroirs suivants où nous devons trouver et reconnaître Dieu. « C'est dans quatre miroirs, dit-il, que nous voyons la divinité; dans le miroir de la nature, dans le miroir des événements de ce monde, dans le miroir de la conscience et dans celui de l'Evangile. Celui à qui ces quatre miroirs ne suffisent pas pour y découvrir l'Eternel, ressemble à un homme qui ferme de propos délibéré les yeux devant les rayons du soleil, et qui prétend ensuite qu'il fait nuit. »

Le missionnaire et le sauvage.

« Crois-tu qu'il est un Dieu, maître de l'univers? »

Demandait un jésuite à l'enfant des déserts.

a Comment, dit celui-ci, puis-je ne pas y croire? »

— « Mais tu ne l'as pas vu ?» — « Non jamais, robe noire,

Je ne l'ai vu lui-même ; et pourtant quand je vois

Une fleur effeuillée, au fond de nos grands bois,

Quand s'offrent à mes yeux quelques branches rompues,

Quelques touffes de poils aux ronces suspendues,

Je me dis : en ces lieux, un lion a passé,

Entre ces verts cactus, un chacal s'est glissé,

Un indien vigoureux leur a donné la chasse.

De même que mes yeux reconnaissent leur trace,

Je vois, en contemplant les forêts et les mers.

Qu'un Dieu marqua sa trace en ce vaste univers. (/, jy. y0gi )

L'impie confondu.

Il a quelques années, un jeune homme de province fut envoyé à Paris pour achever ses études ; comme tant d'autres, il eut le malheur de rencontrer de mauvaises compagnies. Ses propres passions, d'accord avec les discours impies de ses camarades, lui firent oublier les leçons de sa pieuse mère et mépriser la religion. Tl en vint au point de désirer et enfin de dire comme l'insensé dont parle le Prophète : Il n'y a point de Dieu, Dieu n'est qu'un mot. Pour le dire en passant, c'est toujours ainsi que l'incrédulité commence ; c'est une plante qui ne prend racine que dans la fange. Après plusieurs années de séjour dans la capitale, ce jeune homme revint dans sa famille. Un jour il fut invité dans une maison honorable où se trouvait une nombreuse compagnie.

Pendant que tout le monde s'entretenait de nouvelles, de plaisirs et d'affaires, deux petites filles de douze à treize ans lisaient ensemble, assises dans l'embrasure d'une croisée. Ce jeune homme s'approche et leur dit : « Quel roman lisezvous, mesdemoiselles, avec tant d'attention?» — a Monsieur, nous ne lisons pas de romans. » — « Pas de romans ! quel livre lisez-vous donc? » — « Nous lisons l'histoire du peuple de Dieu. » — « L'histoire du peuple de Dieu! vous croyez donc, vous autres, qu'il y a un Dieu? »

Etonnées d'une pareille question, les deux petites filles se regardent, la rougeur leur monte au visage. « Et vous, monsieur, ne le croyez-vous pas? » lui dit vivement la plus âgée. — « Je le croyais autrefois, mais depuis que j'ai habité Paris, que j'ai étudié la philosophie, les mathématiques, la politique, je me suis convaincu que Dieu n'est qu'un mot. » — «Pour moi, monsieur, je n'ai jamais été à Paris, je n'ai jamais étudié la philosophie ni les mathématiques, ni toutes les belles choses que vous savez, je ne connais que mon catéchisme; mais puisque vous êtes si savant et que vous dites qu'il n'y a pas de Dieu, me diriez-vous bien d'où vient un œuf? »

La jeune enfant prononça ces paroles assez haut pour être entendue d'une partie de la société. Quelques personnes d'à-

bord s'approcheront pour savoir de quoi il était question, d'autres les suivirent, enfin toute la compagnie se réunit autour de la croisée pour assister à la conversation. — « Oui, monsieur, reprit la jeune personne, puisque vous dites qu'il n'y a point de Dieu, me direz-vous bien d'où vient un œuf? »

— « Plaisante question ! un œuf vient d'une poule. » — « Et maintenant, monsieur, me diriez-vous bien d'où vient une poule? » — « Mademoiselle le sait aussi bien que moi, une poule vient d'un œuf. » — « Lequel des deux a existé le premier, de l'œuf ou de la poule ?» — « Je ne sais vraiment ce que vous voulez dire avec vos œufs et vos poules; mais enfin, celle des deux choses qui a existé la première, c'est la poule. »

— « Il y a donc une poule qui n'est pas venue d'un œuf? » — «Ah! pardon, mademoiselle, jene faisais pas attention, c'est l'œuf qui a existé le premier. » — « Il y a donc un œuf qui n'est pas venu d'une poule? répondez, monsieur. — Ah! Si... pardon... c'est que... parce que... Voyez-vous... — «Ce que je vois, monsieur, c'est que vous ignorez si c'est l'œuf qui a existé avant la poule, ou si c'est la poule qui a existé avant l'œuf. » — « Eh bien, je dis que c'est la poule. — « Soit, il y a donc une poule qui n'est pas venue d'un œuf; dites-moi maintenant qui a créé cette première poule, d'où sont venues toutes les poules et tous les œufs? » — « Avec vos poules et vos œufs, vous avez l'air de me prendre pour une fille de basse-cour. » — « Pas du tout, monsieur, je vous prie seulement de me dire d'où est venue la mère de toutes les poules et de tous les œufs. » — « Mais enfin... » — « Puisque vous ne le savez pas, vous me permettrez de vous l'apprendre. Celui qui a créé la première poule ou le premier œuf, comme vous aimerez le mieux, est le même qui a créé le monde, et cet Etre, nous l'appelons Dieu. Comment, monsieur, vous ne pouvez sans Dieu expliquer l'existence d'un œuf ou d'une poule, et vous prétendriez, sans Dieu, expliquer l'existence de l'univers. »

Le jeune impie n'en demanda pas davantage, il saisit furtivement son chapeau et s'en alla honteux, dit-on, comme un renard qu'une poule aurait pris.

Il y a un Dieu, toute la nature le proclame.

Voltaire, le patriarche de la philosophie incrédule des temps modernes, était parvenu à l'âge de quatre-vingt un ans, sans avoir jamais vu le lever du soleil. Il voulut réparer cette négligence, et pendant une nuit de printemps, il quitta sa couche, revêtit son habit de cour richement brodé d'or, se coiffa de son énorme perruque, et se mit en route avec un jeune gentilhomme, le comte Latour qui l'avait engagé à jouir de ce spectacle. A la lueur d'une lanterne qu'il faisait porter devant lui, il gravit péniblement une hauteur d'où l'on avait vue sur le Jura. L'aurore faisait déjà briller ses franges d'or autour des lointaines montagnes ; les cîmes des Alpes Suisses se colorèrent d'une douce teinte rosée; enfin le roi du jour apparut majestueux et grand, pareil à un géant qui sort de sa couche nuptiale, comme dit l'Ecriture. La sublime grandeur de ce spectacle saisit tellement le vieux cynique, qu'il se découvrit la tête, tomba à genoux et improvisa avec tout l'enthousiasme d'un esprit juvenil cette ode dont chaque strophe se termine par ces mots : « Dieu puissant, Je crois, Je crois! Je ne puis nier ton existence.» (Veith. Charitas. p. 12.)

Qui a fait tout cela ?

A Sainte-Hélène, dit Michaud, ainsi que la plupart des hommes qui ont vécu dans une grande agitation et qui n'ont pas eu le temps de se recueillir, Napoléon parut penser sérieusement à une autre vie. « Je ne suis ni un incrédule ni un philosophe, disait-il; je crois à l'existence d'un Dieu; » puis levant les yeux vers le ciel : « Quel est celui qui a fait tout cela? »

Il y a un Dieu, mais remarquez bien qu'il n'y a qu'un seul Dieu et qu'il ne peut y en avoir plusieurs. « Voyez, dit Dieu lui-même, je suis seul et il n'y a point d'autre Dieu que moi. » {Deuter. 32, 39.) Moïse dit à son peuple:

ce Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est seul Seigneur. » (Deuter. 6, 4.)

Il n'y a qu'un seul Dieu.

Un enfant pieux vivant dans la maison d'un idolâtre, disait souvent à celui-ci : « Il n'y a qu'un Dieu qui a créé le ciel et la terre. C'est lui qui fait luire le soleil et envoie la pluie. Il voit tout ce que nous faisons, et il entend nos prières. Il peut nous châtier ou nous récompenser, nous perdreou nous sauver. Ces idoles des faux dieux qui sont là, ne voient etn'entendent rien, elles ne peuvent nous faire ni bien ni mal.» Mais le païenrefusa de croire le jeune garçon. Or un jour qu'il était allé à la campagne, l'enfant saisit un bâton et abattit toutes les idoles, excepté la plus grande qu'il laissa intacte et dans les mains de laquelle il planta son bâton. Le maître revient chezlui,et, à la vue de ces dieux en pièces, il s'écrie furieux: « Qui a fait cela?» — L'enfant répondit : « C'est ce grand coquin de dieu qui a rossé et brisé tous les autres petits dieux, vous voyez bien qu'il a encore le bâton en main. » — « Tu mens, car jamais il n'a levé le bras. C'est toi qui l'as fait, mauvais garnement, et pour te punir je vais t'assommer avec le même bâton. » — « Oh! ne vous fâchez pas, dit l'enfant en souriant, si vos dieux ne sont pas même en état de lever le bras ou de se défendre contre un petit garçon, comment pourraient-ils être le Dieu qui a créé le ciel et la terre?» Le païen ne souffla mot ; il se prit à réfléchir, puis finit par exterminer tous ses autres dieux, pour n'adorer plus que le seul et vrai Dieu adoré par l'enfant.

Comparaison.

« Comme il n'y a qu'un soleil qui réchauffe et éclaire la terre, ainsi il n'y a qu'un Dieu, un univers, un créateur. Il n'y a pas deux univers, car ils seraient opposés l'un à l'autre. En vertu de la sagesse et de la volunté ordonnatrice d'un Dieu, l'univers fut créé seul et il forme en soi un tout complet. » (Munch.)

{Gr. Cat. 55e q.) Nous devons encore faire attention à cette expression « Je crois en Dieu. » Cela ne signifie pas simplement : « Je crois Dieu, » mais encore : « Je me confie en Dieu, fai foi en lui, » puisque nous devons non-seulement croire que Dieu existe et que tout ce qu'il a dit est vrai, mais encore nous abandonner à lui avec amour et confiance.

Sainte Agnès.

S. Agnès montrait surtout à l'égard de Dieu un abandon entier et sans réserve. Sans cesse elle pensait à son ineffable amour envers nous, et, de son côté, tout ce que son cœur avait d'amour, elle le vouait à Dieu. Quand un jeune homme riche autant que distingué fut venu lui parler de mariage et demander sa main, elle répondit: « Mon ami ! vous êtes venu trop tard; un autre amant s'est présenté bien longtemps avant vous, et celui-ci, pour l'amour qu'il me porte, mérite que je l'aime de toutes mes forces. » Quand le monde ouïes créatures lui demandaient son affection elle répondait: « Non, non, ô monde, ô créatures! je ne puis vous aimer, car Dieu m'a aimée le premier; il est donc juste que je donne à Dieu tout mon cœur et toutes mes affections. »

Pratique. Que devons-nous donc faire pour Dieu, puisque^ cause de ses divines perfections, il est si aimable, si bon et si miséricordieux envers nous? Est-ce demander trop que de lui donner notre cœur, puisque l'amour éternel nous dit : « Mon fils, donnez-moi votre cœur. » (Prov. 23, 26.) O donnez-le à ce Dieu si beau, si riche, si bon, si fidèle, donnez-le lui sans partage, pour toujours, pour toute l'éternité! Dieu veut l'avoir pour le rendre à jamais heureux.

Mon fils, donnez-moi votre cœur.

Le R. P. Jean Crasset met dans la bouche du divin Sauveur, ces paroles touchantes : « Mon fils ! donnez-moi votre

cœur! Donnez-le à moi votre père, votre frère, votre créateur, votre époux, votre meilleur ami, qui vous ai aimé de toute éternité! Si j'avais fait pour le démon autant que j'ai fait pour vous, il m'aimerait de tout son cœur. Si vous aviez autant de cœurs qu'il y a de grains de sable au bord de la mer, vous devriez me les donner tous, et voyez, vous n'en avez qu'un seul, et vous voulez encore me le refuser? Vous voulez m'en donner seulement la moitié! 0 âme ingrate, est-ce ainsi que vous agissez et que vous partagez avec votre Dieu? Vous voulez me donner la moitié de votre cœur! Qui a plus de droità le posséder que moi? N'ai-jedoncque créé la moitié de votre cœur, racheté la moitié de votre cœur, sanctifié la moitié de votre cœur? Et ne dois-je sauver que la moitié de votre cœur? Quelle injustice n'est-ce pas de retenir le bien d'autrui pour le donner à l'ennemi de celui auquel il appartient! C'est un énorme sacrilège que vous commettez, en m'enlevant une partie de ce sacrifice pour l'offrir au démon. Et que dirai-je du mépris aveclequelvous metraitez, en me donnant ma part comme à un domestique, et en m'assimilant à de misérables créatures? Vous voulez me donner la moitié de votre cœur? Vous ai -je aussi donné la moitié du mien? Que de fois ne vous ai-je pas donné tout mon corps, toute mon âme, tout mon sang, tout mon cœur, tous mes mérites, tous mes travaux, toute ma divinité, toute mon humanité, et vous ne voulez me donner que la moitié de votre cœur ! Eloignez-vous de moi avec la moitié de votre cœur! Donnez-le tout entier au démon, puisque vous me le refusez! Mais soyez certain que vous n'aurez ni paix ni repos en cette vie, ni mes bénédictions dans l'autre. Au contraire, si vous renoncez à toutes les créatures, à toutes les jouissances sensuelles, et que vous me donnez votre cœur, je le remplirai de trésors éternels, je l'inonderai de consolations, je lui accorderai paix et bénédiction, et je le rassasiorai de la volupté du paradis. »

Dieu est la sainteté et la beauté suprême ; pourquoi ne X aimez-vous pas ?

S. Christine l'admirable entra un jour dans une église où se trouvait en même temps agenouillé sous le portail, un des chevaliers les plus nobles de la Belgique, Louis comte de Looz, entouré de nombreux guerriers. Christine qui le connaissait, voulait passer à côté du pieux comte, mais tout à coup elle s'arrêta comme si elle avait eu quelque chose à lui communiquer, et s'inclina de son côté. Le comte leva la tête; alors elle lui dit avec une grâce charmante : «0 Seigneur, que vous êtes beau ! » A ces paroles, les soldats se prirent à sourire malicieusement. « Sire comte » murmuraient-ils, avez-vous entendu comment la sainte vous a loué? » Mais le comte répondit : « Ne vous en inquiétez pas, vous n'y comprenez rien ; quanta moi, je sais mieux à qui s'adressent ces louanges! Ce n'est pas moi qu'elle a eu en vue, mais le Seigneur immortel des cieux, qui est le plus beau de tous et de qui vient toute beauté. » Et Christine lui dit : « C'est cela, Seigneur, vous avez très-bien dit, mais s'il en est ainsi, pourquoi ne l'aimez-vous pas davantage? pourquoi ne lui donnez-vous pas tout votre cœur! » (Veith.)

§ II. DES TROIS PERSOiNNES DIVINES.

« Je crois en Dieu le Père. »

(Gr. CaL 34-35e q.)

Nous donnons à Dieu le nom de « Père, » 1) parce que Dieu est notre père invisible dans les cieux. Quelle consolation pour nous : dans les cieux nous avons un père ! C'est pourquoi montrons-nous les enfants de Dieu par nos vertus et notre piété, alors Dieu se montrera toujours notre père par son amour et ses soins paternels.

Dieu est un père nourricier plein de sollicitude.

Quelques Grecs étaient venus à Astrakines, ville d'Egypte, et voulaient y distribuer des aumônes. Us se firent accom-

pagnerparle sacristain de l'église, qui devait leur indiquer les pauvres les plus nécessiteux, et celui-ci les conduisit dans une humble cabane, habitée par une pauvre veuve et ses filles. Quand ils eurent frappé à la porte, une des filles vint ouvrir, vêtue de la manière la plus misérable, ayant à peine quelques haillons pour couvrir sa nudité; la mère, blanchisseuse d'état, venait de partir pour sa besogne. Les Grecs voulurent donc donner de l'argent et des habillements, mais elle refusa en disant: «Ma mère en partant, m'a dit : Console-toi, ma fille! Le bon- Dieu m'a de nouveau envoyé de l'ouvrage aujourd'hui, de sorte que nous pourrons gagner un morceau de pain. » Sur ces entrefaites ia mère revint et comme on voulait également la forcer d'accepter une aumône, elle la refusa en disant : « La Providence a soin de moi, voudriezvous me priver aujourd'hui de mon père nourricier ?» A la vue de tant de confiance chez une pauvre veuve, ilslouèrentet bénirent Dieu. (Haglsperger. 1.)

Dieu est notre père.

De son trône sublime, où l'adorent les anges, Dieu jette avec amour les yeux sur chaque enfant ; Il entend jour et nuit leurs vœux et leurs louanges Et veille sur leurs pas avec un soin touchant. C'est lui qui les console au sein de la misère Et fournit a leur corps le pain de tous les jours. Dites-leur donc : Enfants, Dieu, c'est votre bon père Pensant sans cesse à vous et vous aimant toujours.

2) Parce qu'il y a en Dieu plusieurs personnes dont la première s'appelle « le Père. » En Dieu il y en effet trois personnes qui sont : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et quoique chacune de ces personnes soit réellement Dieu, il n'y a cependant qu'un seul Dieu, car ces trois personnes ont une seule et même nature indivisible, une seule essence divine. Les trois personnes sont de toute éternité, elles sont toutes trois également puissantes, bonnes et parfaites, parce qu'elles ne sont toutes trois qu'un seul Dieu. Elles sont égales et ne font qu'un quant

à la nature ou à la substance, mais elles sont distinctes quant aux personnes, et cette distinction de personnes provient de ce que le Père n'est pas engendré et ne procède de nul autre, tandis que le Fils est engendré du Père et que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Bien que le Père soit le principe et la source des deux autres personnes divines, il n'en est pas pour cela plus ancien, car le Fils est engendré de toute éternité, comme le Saint-Esprit à son tour procède de toute éternité. Le Père se nomme la première personne, le Fils la seconde, et le Saint-Esprit la troisième, non pour exprimer quelque supériorité ou antériorité, mais pour signifier l'ordre d'après lequel elles procèdent éternellement l'une de l'autre. On attribue en outre à chacune de ces trois personnes des opérations particulières, ainsi : 1) au Père on attribue plus spécialement les œuvres de la toutepuissance, et en particulier la création; 2) au Fils, les œuvres de la sagesse, et en particulier la rédemption ; 3) au Saint-Esprit les œuvres de l'amour divin, et en particulier la sanctification, quoique ces œuvres soient communes aux trois personnes. Et ce mystère d'un seul Dieu en trois personnes, nous l'appelons le mystère de la Très-Sainte Trinité.

La doctrine de la Très-Sainte Trinité prouvée par l'Ecriture sainte.

Déjà dans l'Ancien Testament, Dieu avait donné des indications sur le mystère de la Très-Sainte Trinité. Ainsi dans l'histoire de la création, il est- dit :« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, et l'esprit de Dieu reposait sur les eaux. » (Genèse, i, 2.)

Et Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image et ressemblance. » (Gen. I, 26.) « Quand le Seigneur apparut en la vallée deMambré à Abraham, celui-ci leva les yeux, et trois hommes parurent debout devant lui; et, aussitôt qu'il les

eût vus, il s'inclina jusqu'à terre et dit: « Seigneur, si j'ai trouvé grâce à vos yeux, ne passez point au delà de votre serviteur. » (Gen. 18, 1-3.) Au livre de l'Exode, Dieu dit luimême: « Je suis le Dieu de votre père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et de Jacob. » Le prophète royal chante dans un saint transport: « Les cieux ont été créés parle Verbe du Seigneur, et Farmée des cieux par le sou/fie de sa bouche. » [Ps. 32, 6.) Dans le prophète Isaïe il est dit: « C'est moi, c'est moi seul qui l'appelle. ...et maintenant Dieu, le Seigneur et son esprit m'ont envoyé. Voici ce que dit le Seigneur, ton rédempteur le Saint d'Israël: Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t'enseigne. » {h. 48, 15-17.) Pour louer le Dieu en trois personnes, les Séraphins chantent: « Saint, saint, saint, » (Is. 6, 3.) etc. Mais c'est surtout dans le nouveau Testament que Dieu s'est fait connaître clairement comme existant en trois personnes. Lorsque fut annoncée l'incarnation du Sauveur, l'ange Gabriel envoyé « de Dieu (le Père), dit à Marie: Le Saint-Esprit viendra en vous, et celui qui naîtra de vous s'appellera le Fils de Dieu. » [S. Luc. I, 26.) Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau, et les cieux s'ouvrirent et Jean vit l'Esprit de Dieu decendre en forme de colombe, et au même instant une voix se fit entendre du ciel, en disant: « Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances. » (S. Matt h. 3, 16-17.) Un peu avant sa passion le Sauveur dit à ses disciples : « Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre paraclet (consolateur) l'Esprit de vérité. » (S. Jean. 14, 16.) Avant son ascension Jésus-Christ dit à ses apôtres: « Allez, baptisez toutes les nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » (5. Matth. 28, 19.)

Profession de foi de S. Âthanase touchant le mystère de la S. Trinité.

Pour combattre les hérétiques, S. Athanase composa un symbole où l'importante et sublime doctrine de la très-sainte Trinité est exposée d'une manière aussi simple que claire. « La foi catholique est, que nous adorions un seul Dieu en trois personnes, et trois personnes en un seul Dieu, sans

confondre les personnes, ni diviser la substance. Car autre est la personne du Père, autre est celle du Fils, autre est celle du Saint-Esprit. Mais la divinité du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, est une, leur gloire égale, leur majesté coéternelle. Tel qu'est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint- Esprit. Le Père est incréé, le Fils est incréé, le S1 Esprit est incréé. Le Père est immense, le Fils est immense, le S* Esprit est immense. Le Père est éternel, le Fils est éternel, le S1 Esprit est éternel ; et cependant ce ne sont pas trois êtres éternels, mais un seul être éternel : comme aussi ce ne sont pas trois êtres incréés ni trois êtres immenses, mais un seul être incréé et un seul être immense. De même le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant, le Saint-Esprit est tout-puissant; cependant ce ne sont pas trois êtres toutpuissants, mais un seul être tout-puissant. Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Sfj Esprit est Dieu: et cependant ce ne sont pas trois dieux, mais un seul Dieu. Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le S1 Esprit est Seigneur; et cependant ce ne sont pas trois Seigneurs, mais un seul Seigneur. Car comme la vérité chrétienne nous oblige de confesser que chacune des trois personnes est Dieu et Seigneur, de même la religion catholique nous défend de dire trois Dieux ou trois Seigneurs. Le Père n'a été ni fait, ni créé, ni engendré d'aucun autre. Le Fils n'a été ni fait, ni créé, mais engendré du Père seul. Le Saint-Esprit n'a été ni fait, ni créé, ni engendré, mais il procède du Père et du Fils. Il y a donc un seul Père, et non trois Pères; un seul Fils, et non trois Fils; un seul Saint-Esprit, et non trois Saints-Esprits. Et dans cette Trinité, il n'y a rien de plus ancien, ni rien de moins ancien, rien de plus grand ni rien de moins grand, mais les trois personnes sont coélernelles et coégales entre elles: de sorte qu'en tout, comme il a été dit, on doit adorer l'unité dans la Trinité, et la Trinité dans Vunitè. Celui donc qui veut être sauvé, doit croire ainsi de la Trinité. »

Le Père subsiste de lui-même, le Fils est engendré du Père, et le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.

(Une comparaison. )

Pour rendre ceci en quelque sorte plus clair, les théologiens, tout en prenant pour guide la foi, ont recours aux considérations suivantes. « Puisque Dieu est l'être le plus parfait, il faut qu'étant seul et unique de sa nature il se connaisse et s'aime lui-même. Or cet être infiniment parfait qui se connaît lui-même, est et s'appelle le Père qui ne procède de nul autre et qui est le principe des autres personnes. Par cette connaissance de lui-même, il engendre, en se connaissant et en se formant une image substantielle de luimême, le Verbe qui est l'image du Père, en tout égal au Père, ne faisant qu'un seul et même être avec lui, et qui est appelé le Fils, ou, d'après l'expression de S1 Paul : la splendeur de sa gloire et l'image de sa substance. (Epît. aux Hébr. 1, 5.) Ensuite le Père aime son divin Fils, et le fils aime son Père, et cet amour qui les unit étroitement produit la troisième personne appelée le Saint-Esprit. Le Père, comme nous l'avons dit, ne procède de personne, le Fils est engendré du Père par voie d'intelligence, ce qu'on appelle génération, enfin le Saint-Esprit procède du Père et du Fils par voie de volonté comme d'un seul principe et c'est ce qu'on appelle procession. — Les Saints-Pères et les théologiens ont coutume de se servir ici d'une comparaison qui, si défectueuse et imparfaite qu'elle soit, est néanmoins capable de donner en quelque sorte aux ignorants une idée de ces relations. Quand une belle personne se regarde au miroir, elle y produit une image tout à fait semblable à elle-même, et comme elle apprend à connaître ainsi sa propre beauté, elle commence à s'aimer. C'est ainsi que le Père éternel, en se contemplant dans le miroir de sa divinité, produit une image entièrement égale à lui-même, et cette image c'est Dieu le Fils. Le Père et le Fils en apercevant leur beauté mutuelle, doivent s'aimer nécessairement, et le produit de cet amour, c'est le Saint-Esprit. J'ai déjà fait remarquer que cette comparaison

iü8 DE LA FOI.

est très-imparfaite; car l'image produite dans le miroir par la personne qui s'y regarde, et l'amour dont elle s'aime, ne sont que de simples relations, tandis que l'image engendrée par le Père se comprenant lui-même, et l'amour qui procède du Père et du Fils, son substantielles. En outre la personne qui se contemple au miroir, ne communique pas à l'image ou à l'amour qu'elle se porte, sa propre substance, tandis que le Père communique au Fils qu'il engendre par l'intelligence de lui-même, sa propre nature sans la moindre différence, et le Père et le Fils produisent le même effet à l'égard du Saint- Esprit, qui procède d'eux par spiration, parce qu'ils s'aiment mutuellement, d'où il suit qu'il y a trois personnes distinctes et un seul Dieu. (Comparez Bressanvide. T. ll.p. 87-88.)

Il y a trois personnes divines mais il n'y a quun seul Dieu.

Les annales historiques de la Grèce nous rapportent que l'empereur Constance laissa trois fils dont l'aîné, Constantin Pogonat, fut son successeur au trône. Mais les Grecs exigèrent que ses deux autres frères, Tibère et Héracle fussent couronnés en même temps que lui; « Car, disaient-ils, nous qui croyons à la très-sainte Trinité nous voulons être gouvernés aussi par trois princes. » Si -pieux que parut ce souhait, il n'en blessa pas moins vivement au cœur Constantin, qui, emporté par la haine, fit mutiler ses frères et les tua quelque temps après. Ce fut sans doute un forfait révoltant, mais il faut dire aussi que le souhait de ces peuples qui donna occasion à ce fratricide, était loin d'être sage. Car n'était-ce pas une bévue grossière que de vouloir chercher dans trois princes régnant à la fois, un symbole des trois personnes divines qui régissent l'univers? Là il y avait trois êtres créés, trois personnes entièrement séparées qui se disputaient la possession du pouvoir absolu, et se gênaient mutuellement; tandis que dans la sainte Trinité il y a trois personnes distinctes, mais non séparées l'une de l'autre, subsistant toutes trois en une seule nature et unies par un amour éternel. Car si le Fils est autre que le Père, et le Saint-Esprit autre que le Père et le Fils, néanmoins le Fils et le Saint-Esprit ne sont rien de

plus ni de moins que le Père, ils ne sont rien d'autre que lui, puisqu'ils ont une seule et même nature ou essence avec lui , de sorte que le Père est tout entier dans le Fils, le Fils dans le Père et le Saint-Esprit dans tous les deux. Et voilà, pourquoi nous autres chrétiens nous reconnaissons et croyons un seul Dieu infiniment heureux en lui-même dont la vie et les actes sont un amour mutuel. {Veith. le Pater noster.)

Le sceptique et le croyant.

Un sceptique qui se perdait fréquemment dans ses recherches minutieuses sur les mystères de la foi, mais surtout sur celui de la très-sainte Trinité, exprima un jour sa manière de voir à un fidèle et bon catholique de la façon suivante : « Il me semble que le mystère de la sainte Trinité est non-seulement inexplicable, mais encore incroyable et contraire à la raison; car, après tout, un ne peut pas faire trois. » Le croyant lui répondit: « Un ne peut pas faire trois, c'est juste; mais ceci n'est applicable qu'aux choses de ce monde, puisque Dieu Ta voulu et réglé ainsi ; il n'en est pas de même de la nature divine, par la même raison que Dieu ne l'a pas voulu. Puisque Dieu a voulu que dans une seule nature divine il y eut trois personnes et que ces trois ne fussent qu'un seul Dieu, il doit en être ainsi; et puisque Dieu ne l'a pas voulu chez les êtres humains, il doit en être autrement. » — Le sceptique reprit : « Mais comment se peut-il que le Fils soit éternel comme le Père, n'est-ce pas une contradiction, n'est-ce pas déraisonnable? Le Père, me semble-t-il, doit toujours exister avant le Fils; conséquemment le Fils ne peut pas être éternel. » — « Sans doute, cela est vrai, dit l'autre, quand il s'agit des pères et des fils de ce monde; mais quand il s'agit de Dieu, c'est toute autre chose. Nommez-moi un père ici-bas, qui soit éternel comme Dieu, et alors je vous nommerai aussi- un fils éternel comme son père. Au surplus, jamais nous ne pourrons comprendre ce grand mystère; ici-bas nous devons y croire, mais dans l'éternité nous le verrons. *

CATÉC. PRATIQUE. T. I. 8

[Gr. Cat. 46e q.)

.Nous ne pouvons comprendre le mystère delà très-sainte Trinité, caril est impossible que notre faible raison, qui ne connaît même qu'imparfaitement les choses créées, comprenne un mystère qui est infiniment au-dessus d'elle.

Nous devons dire avec Jérémie : « Vous êtes grand, ô* mon Dieu, et incompréhensible pour notre esprit, »(32, 19.) et avec S. Paul : « Notre science est imparfaite.... Nous ne voyons Dieu maintenant que comme dans un miroir et sous des images obscures. » (1 Epît. aux Cor. 13, 9-12.) Dieu est comme la mer insondable et incommensurable. Nous pouvons y puiser quelques gouttes et les connaître parfaitement; mais embrasser d'un seul regard toute la mer, ou sonder son effroyante profondeur, quoiqu'elle ne soit composée que de gouttes, c'est ce que nous ne pouvons pas. Ainsi nous pouvons bien considérer de près les attributs de Dieu isolément, mais nous ne pouvons sonder la nature divine, le mystère d'un Dieu en trois personnes,

Le hâbleur confondu.

Quelqu'un se vantait un jour de connaître parfaitement toutes les choses divines, de comprendre Dieu, sa nature et ses œuvres. Une personne qui avait entendu ces fanfaronnades, lui proposa vingt questions surles fourmis, mais il ne fut pas en état de répondre à une seule d'une manière solide. «Eh quoi ! dit l'autre en le faisant rougir jusque derrière les oreilles, vous n'êtes pas même en état de comprendre la nature d'un aussi chétif vermisseau, et vous oseriez-vous vanter de comprendre la nature d'un Dieu infiniment grand? »

Oui, le mystère de la très-sainte Trinité est incompréhensible.

Socrate disait à Euthydèmes : « Le soleil, chacun peut le voir, mais personne ne peut y fixer ses regards; si on veut les y arrêter trop longtemps, on est frappé de cécité. » De même, quand on veut fouiller et sonder le mystère insondable de la

Sainte-Trinité au lieu d'y croire, on ne verra pas la vérité, mais on sera frappé d'aveuglement.

On connaît la belle et instructive légende de S. Augustin. Un jour que se promenant sur les bords de la mer, il cherchait à approfondir le mystère de la Sainte-Trinité, il aperçut un petit enfant qui ne cessait d'aller prendre de l'eau à la mer, dans une coquille, et de revenir mettre cette eau dans un creux qui était dans la terre. « Que prétendez-vous faire, mon enfant, lui dit le grand évéque, en mettant dans ce creux l'eau que vous allez chercher? » — « Je prétends, répondit-il, y mettre toute l'eau de la mer.» — «Mais c'est impossible! » fit Augustin en souriant — «Vous pensez- donc que jene réussirai pas? Je vous assure que je viendrai plutôt à bout de mettre toute l'eau de la mer dans ce creux, que vous de comprendre le mystèrede la Sainte-Trinité.» — Vouloir sonder ce mystère, c'est agir comme un enfant qui veut saisir dans un miroir l'image d'un objet qui s'y reflète. Il suffit que nous sachions en parler au moyen de figures et de comparaisons.

Comparaisons,.

Parmi les différentes comparaisons employées pour donner une idée plus claire de ce profond mystère, celle qui est empruntée à notre âme est la plus frappante. Notre âme a trois principales facultés, l'intelligence, la volonté et la mémoire, et cependant elle n'a qu'une seule nature. — « Dans la source, dans le ruisseau et dans le fleuve se trouve la même eau; ainsi, dans le Père qui est comme la source, dans le Fils qui est comme le ruisseau, et dans le Saint-Esprit qui est comme le fleuve, il n'y a qu'une seule et mèmenaturedivine. Comme le ruisseau sort de la source, ainsi le Fils sort du Père, et comme le fleuve est produit par la source et le ruis-> seau, ainsi le Saint-Esprit est produit par le Père et le Fils.» — « Trois flambeaux dont les mèches brûlantes se joignent, ne forment qu'une flamme; ainsi les trois personnes divines ne font qu'un Dieu. » {Lohner. Bibliot.)

a Dans un triangle équilatéral, les trois côtés sont égaux ;

ils circonscrivent tous la même surface et néanmoins les irois côtés ne forment qu'une figure. » (Mund. Symb.)

(Gr. Cat. 47e q.) Ce dogme de la très-sainte Trinité est de la plus grande importance pour nous; car il est le dogme fondamental du Christianisme de sorte que le rejeter, c'est renier la foi catholique.

Le cali/e Omar.

Un jour on pria le calife Omar d'expliquer certain mystère de sa religion et de dire en quoi il consistait:

« C'est une mer profonde, » répondit-il. Comme on répétait la même demande: « C'est un chemin très-obscur, » ditil. Enfin pressé une troisième fois de répondre, il finit par répliquer : « C'est un mystère, et puisque Dieu me l'a caché, je ne puis l'éclaircir, mais je dois l'adorer en le croyant. » Voilà ce que doit se dire tout catholique quand il s'agit du plus grand de tous les mystères, qui est le dogme fondamental de la religion chrétienne. (Exemples de vertu.) Sainte Ide.

La légende raconte de sainte Ide qu'un jour où elle priait seule à genoux, on la vit entourée de l'éclat éblouissant de trois soleils ; car l'objet ordinaire de ses méditations et de son adoration était le mystère de la très-sainte Trinité. Qu'il soit également le principal objet des nôtres, car c'est l'Eglise elle-même qui nous y excite, puisqu'elle termine toutes ses oraisons par l'adoration de la sainte Trinité. (Per Dominum N. J.C. etc. qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus S. etc.) Et alors, au point de vue spirituel, chaque chrétien qui connaît et aime le mystère de la Sainte-Trinité, toutes les fois qu'il élèvera son esprit jusque devant le trône du Dieu trois fois saint, sera éclairé d'un triple soleil, ou plutôt d'un soleil de vérité qui répand trois splendeurs.

Pratique. Soyons toujours pénétrés d'un saint respect pour cet éternel et adorable mystère, en l'honneur du-

quel l'Eglise a établi une fête spéciale, celle de la Sainte Trinité. N'oublions jamais toute la reconnaissance que nous devons aux trois adorables personnes pour les bienfaits inappréciables de la création, de la rédemption et de la sanctification, ni les promesses solennelles que nous avons faites clans le baptême.

Sainte Claire de Mont-Falcon.

Parmi les serviteurs et les servantes de Dieu, nous n'en trouvons guères qui n'aient pas fait de l'adoration delà très-sainte Trinité, le principal objet de leurs exercices de piété. Une vierge qui se distingua surtout sous ce rapport, c'est sainte Claire de Mont-Falcon. Sans cesse son cœur était occupé du mystère de la Passion de Jésus-Christ et de celui de la Sainte Trinité. Un prodige surprenant qui se manifesta après sa mort, nous apprend combien cette dévotion était agréable à Dieu. On trouva imprimée sur son cœur l'image du Sauveur crucifié et les instruments de la passion paraissant faits des tendons les plus durs. On découvrit en outre dans la vésicule de fiel trois balles recouvertes de peau, chacune de ia grosseur d'une noix. Toutes trois étaient de même grosseur, de même couleur et de même poids. Une seule pesait autant que les deux autres. Voilà pourquoi on la représente tenant dans la main droite une balance où elle pèse ces balles, et dans la main gauche le cœur de Jésus avec les instruments de la passion. (Marchant, p. 154.)

Sainte Gertrude.

Cette illustre vierge, enfant de l'Allemagne, avait coutume de dire en priant : « 0 Père éternel! recevez-nous dans votre aimable paternité, afin que nous arrivions à vous par une obéissance volontaire. 0 divin Fils! recevez-nous dans votre céleste fraternité, afin que vous soyez notre ami, notre maître et notre guide. 0 Saint-Esprit, recevez-nous dans votre miséricordieuse douceur, afin que vous éclairiez et fortifiiez notre esprit. Recevez-nous, à sainte Trinité, dans votre bienveillance infinie, afin que votre sainte volonté s'accomplisse en nous et par nous! Ainsi soit-il. » (Veith.)

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