III. DE LA CRI-ATION ET DE LA CONSF.P.VATION DU MONDE
« Créateur du ciel et de la terre. »
[Gr. Cat. 48-49* q.) Dieu est appelé « Créateur du ciel et de la terre, » parce qu'il a créé ou fait de rien le monde, le ciel et la terre avec tout ce qu'ils renferment; car s'il avait eu J^esoin de matière pour faire le monde, il n'en serait pas le créateur mais simplement le fàbricateur ou Varchitecte. De même il n'eut recours ni aux instruments ni aux ouvriers pour faire son œuvre; il créa le monde par sa volonté toute-puissante, comme il est dit dans l'Apocalypse : « Vous avez créé toutes choses, et par votre volonté elles étaient. » (4, 14.) Toute l'œuvre de la création fut achevée en six jours, mais le septième Dieu se reposa, pour nous apprendre que nous devons travailler six jours et le septième nous reposer et servir le Seigneur.
Histoire de la création.
L'Ecriture-Sainte nous raconte l'histoire de la création de la manière suivante : « La terre était informe et nue; les ténèbres couvraient la face de l'abîme, et l'Esprit de Dieu reposait sur les eaux. Et Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. Il appela la lumière, jour, et les ténèbres, nuit; et le soir et le matin formèrent un jour. Et Dieu dit : Qu'un firmament soit entre les eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux! — Et Dieu appela le firmament, ciel ; et le soir et le malin furent le second jour. — Et Dieu dit : Que les eaux
se rassemblent et que l'aride paraisse! Et il fut ainsi. Et
Dieu appela l'aride, terre, et les eaux rassemblées, mer. — Et la terre produisit des plantes qui portaient leurs graines suivant leur espèce; il y eut un soir et un matin; ce fut le troisième jour. — Et Dieu dit : Qu'il y ait dans le ciel des corps lumineux qui divisent le jour d'avec la nuit et qu'ils servent de signes pour marquer les temps, les jours et les
années; qu'ils luisent dans le ciel, et qu'ils éclairent la terre! et il fut ainsi. Ainsi furent créés le soleil, la lune et les étoiles. Il y eut un soir et un matin : ce fut le quatrième jour. — Et Dieu dit : que les eaux produisent les animaux qui nagent et que les oiseaux volent sur la terre et sous le ciel! Et aussitôt apparurent les poissons de la mer et les oiseaux du ciel. Et Dieu les bénit; et il y eut encore un soir et un matin : ce fut le cinquième jour. — Et Dieu dit : Que la terre produise des animaux vivants chacun selon son espèce, les animaux domestiques, les reptiles et les bêtes sauvages selon leur différentes espèces. Et il fut ainsi. Et Dieu voyant que cela était bon, dit: Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance; et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux qui se meuvent sur terre. Et Dieu forma l'homme du limon de la terre, à son image; il le créa à l'image de Dieu, il le créa mâle et femelle. »
(Gr, Cat. 50-o2e q.) Dieu n'a pas créé le monde parce qu'il en avait besoin, car étant infiniment riche et heureux, il n'a besoin de rien hors de lui, comme le dit le Psalmiste : « Vous êtes mon Dieu ; vous n'avez pas besoin de mes biens. » (Ps.° d5, 2.) Mais il Ta créé parce qu'il est infiniment bon et qu'il voulait communiquer ses biens a d'autres êtres. C'est pourquoi saint Augustin dit avec tant de justesse: « Nous sommes, parce que Dieu est bon. » Dieu créa donc le monde pour lui-même, c'est-à-dire, pour sa gloire, mais néanmoins pour l'avantage des créatures.
C'est à la bonté de Dieu que nous devons d'exister.
Le grand docteur de l'Eglise, saint Augustin, dont nous venons de rapporter les paroles, s'explique encore plus clairement à ce sujet, quand il dit : « Ce ne fut point par la force d'un besoin ou d'une nécessité que Dieu créa, car il créa ce qu'il voulut. La cause de l'existence de toutes les choses c'est sa volonté et sa bonté. Vous vous bâtissez une
maison. C'est bien ! Si vous n'en bâtissiez pas vous n'auriez pas de demeure. Donc c'est le besoin qui vous y force. Vous achetez un habit. C'est bien ! Car si vous n'en achetiez pas, vous devriez courir nu. Donc ce n'est pas avec une volonté libre, mais poussé par le besoin que vous en agissez ainsi. Vous plantez des vignes sur une montagne, vous jetez des semences en terre ; c'est que si vous ne le faisiez pas, vous manqueriez bientôt d'aliments. Dans tous ces cas, vous agissez par nécessité, mais Dieu agit par bonté. Ce qu'il a fait, il n'en a pas besoin ; il ne l'a fait que par amour pour nous. »
Nous devons louer et remercier Dieu pour le bienfait de la création.
Hugues de Sl-Victor dit que toutes les créatures nous adressent les paroles suivantes : « Acceptez, donnez, fuyez! » Acceptez le bienfait, en retour donnez votre obéissance et fuyez les châtiments! La première parole exprime leur disposition à nous servir, la seconde leur avis et la troisième leur menace. C'est comme si elles nous disaient : « Si pour tous ces bienfaits et ces faveurs vous refusez encore d'obéir à Dieu, redoutez sa colère et ses punitions; si vous ne voulez pas vous laisser conduire par l'amour, vous y serez obligé au moyen des châtiments; car Dieu se sert des créatures pour l'accomplissement de ses menaces. Il les armera contre les insensés. {Marchant.)
Toutes les œuvres de la création doivent nous exciter à aimer Dieu, à le remercier et à le louer.
Lorsque S. Marie-Madeleine de Pazzis voyait une fleur, elle sentait aussitôt son cœur embrasé d'amour pour Dieu et s'écriait : « Ainsi, par amour pour moi, Dieu a pensé de toute éternité à créer ces fleurs!» Voilà comment une simple fleur était pour elle une flèche d'amour qui pénétrait doucement dans son cœur et l'unissait pour toujours à Dieu. — S. Térèse, en contemplant un arbre, un ruisseau, une prairie ou une fontaine, se reprochait son manque d'amour pourDieu qui
avait créé toutes ces belles choses afin d'être aimé d'elle. — Un pieux anachorète croyait entendre les mêmes reproches de la part des plantes et des fleurs qu'il rencontrait sur son chemin et leur disait, tout en voulant les atteindre avec son bâton : « Taisez-vous, taisez-vous ! Vous me nommez ingrat et vous me dites queDieuvous a créées par amour pour moi et que cependant je ne l'aime pas; mais je vous comprends! Taisez-vous, je vous en prie et ne me faites plus de reproches !» — « Mon Seigneur et mon Dieu ! » s'écriait S. Augustin, « tout ce que je vois sur la terre et au-dessus de la terre me dit et me demande de vous aimer ; car tout me dit que vous l'avez créé par amour pour moi. » — Le célèbre abbé de Rancé, fondateur de l'ordre des Trappistes, ne pouvait voir une coliine, une source, un oiseau, une fleur, une étoile ou le firmament, sans qu'il se sentît enflammé d'amour pour Dieu, qui les avait créés par amour pour lui. (Les vertus chrétiennes par S. Alphonse.)
(Gr. Cat. 53-56e q.)
Mais Dieu, non content d'avoir créé le monde, continue encore à le conserver et à le gouverner, afin qu'il ne s'anéantisse pas.
1) // le conserve, c'est-à-dire que par la force de sa volonté, qui créa le monde, il continue à le faire exister aussi longtemps et de la manière qu'il lui plaît, car « qu'est-ce qui pourrait subsister, s'il ne le voulait pas?» {Sag. 11,26.)
2) II gouverne le monde, c'est-à-dire, il a soin de tout, il règle et conduit avec une sage bonté tout à la fin pour laquelle il a créé le monde. C'est pourquoi il est écrit au livre de la Sagesse : « Il a également soin de tous. » (6, 8.) Le divin Sauveur a dit lui-même : « Tous les cheveux de votre tête sont comptés. » [S. Matth. 10,30.) Or, ce soin que Dieu prend pour conserver et gouverner le monde, s'appelle providence divine.
Dieu conserve et gouverne le monde.
L'insensé seul niera l'existence de Dieu; mais quiconque croit à cette existence, doit nécessairement admettre que Dieu gouverne le monde, et que toutes choses se trouvent sous sa direction. Les plus instruits d'entre les philosophes païens eux-mêmes semblaient le reconnaître. Ils disaient en effet: quand on découvre de loin un navire sur mer, personne ne doute qu'il ne soit gouverné avec art et intelligence; ou lorsqu'on découvre un cadran solaire, chacun peut s'apercevoir aisément que les heures n'y ont pas été tracées au hasard, mais bien avec réflexion et connaissance de cause. Or nous n'avons qu'à considérer attentivement l'ordre si régulier et si imposant qui règne dans l'univers, pour comprendre aussitôt qu'un Créateur, un maître plein de sagesse, y préside. Qui donc ordonne au soleil de se lever et de se coucher? d'où vient cette harmonie incomparable entre tous les objets créés? D'où vient ce mouvement régulier des astres? cette variété dans les saisons ? D'où vient que depuis tant de milliers d'années tout se conserve dans le même état? — C'est que Dieu règle et conduit, conserve et gouverne toujours tout. Aussi S. Augustin ne peut s'empêcher de s'écrier: « Non, ce ne sont ni mes mérites, ni mes sentiments de gratitude qui vous ont porté à me créer, mais c'est votre bienveillance, c'est votre bonté. Et cet amour, ô mon Dieu, qui vous engageait à créer, vous engage à conserver et à gouverner cette création. A quoi me servirait le témoignage de votre amour, si j'avais le malheur de me perdre, et si votre droite ne me soutenait? Mais ce même amour qui vous porta à me créer, vous oblige à me conserver, car maintenant vous n'êtes pas moindre qu'autrefois, vous êtes toujours le même amour, vous ne changez pas. »
C'est la divine Providence qui préside à notre sort.
Un vieux serviteur de la cour de l'empereur Sigismond, était toujours mécontent de sa position et ne cessait de murmurer contre son sort, en disant : « Voilà comment cela va quand il s'agit de vieux et fidèles serviteurs; à peine leur
accorde-t-on un léger souvenir, une pension insignifiante, tandis qu'à d'autres qui ont déjà tout en abondance, on distribue chaque jour de nouvelles faveurs. » Ces plaintes étant parvenues aux oreilles de l'empereur, il résolut de fermer la bouche au vieux grogneur. Il fit donc confectionner deux bourses de même forme et de même grandeur qu'il remplit, l'une d'or et l'autre de plomb, mais en ayant soin de donner à chacune un poids égal. Le vieux mécontent fut appelé en présence du prince, qui lui dit avec une aimable condescendance : « Pour que tu saches bien, mon ami, qu'il n'a pas dépendu de ma volonté de te faire du bien autant que tu le désirais, j'ai abandonné la chose à ton propre choix et à ta disposition. Ces bourses que tu vois y sont destinées; l'une est remplie d'or, l'autre de plomb; maintenant examine, compare, réfléchis, pèse tout comme tu veux et choisis sans crainte; celle que tu choisiras, sera tienne, celle que tu laisseras, appartiendra à un autre. » Rempli en même temps de joie et de crainte, le vieux grogneur devint pâle, puis écarlate, puis la pâleur revint encore subitement; il changeait de couleur comme ses mains changeaient débourse ; il pesait, il soulevait et tâtonnait les sacs de la main gauche et de la main droite, mais sans pouvoir en venir à un choix définitif. Après tout, il fallait bien se résigner à choisir, car faire attendre aussi longtemps l'empereur, eût été d'une grossière inconvenance. Enfin, comme s'il eût été éclairé par une lumière subite : « Très-noble et très-illustre Seigneur, dit-il tout à coup, voilà celle que je garde! » — « Fort bien, fît l'empereur en souriant, tu la garderas, et, si tu t'es trompé, c'est à toi-même que tu dois t'en prendre ! » Notre homme ouvrit
la bourse il n'y trouva que du plomb! — «Eh bien!
comprends-tu maintenant, lui dit l'empereur, ce n'est pas à moi, mais à la divine Providence que tu dois attribuer la cause de ta pauvreté. Ce n'est pas à l'empereur que la volonté a manqué, mais bien à Dieu. S'il l'avait voulu autrement, ta main ne se serait pas trompée, comme elle Ta fait!
D'ailleurs la Providence divine sait très-bien pourquoi elle en agit ainsi et pas autrement envers toi ; elle sait trop bien
que les richesses et l'aisance seraient une cause de perdition pour toi. Donc ne murmure plus désormais, soumets-toi avec la simplicité d'un enfant aux décrets divins, et rappelle-toi toujours ces belles paroles de l'Ecriture : « La sagesse divine atteint d'une fin à l'autre avec force, et règle tout avec amour. »
Les Juifs sauvés par Esther.
L'histoire de la pieuse Esther fournit à notre esprit un vaste champ de salutaires réflexions; mais elle contient surtout un trait frappant de la Providence divine qui confond les superbes et élève les humbles, qui conduit tout avec sagesse et bonté à la fin pour laquelle le monde a été créé. — Esther, la fille adoptive de Mardochée, avait été élevée par Assuérus, roi des Perses, à la dignité de reine, à cause des grâces de son esprit et de son corps. Cependant Aman, le principal favori du roi, portait une haine mortelle aux Juifs et résolut de les faire périr tous dans le royaume de Perse; mais ses desseins impies furent déjoués par Esther et Mardochée. Le superbe Aman mourut à la potence même qu'il avait fait dresser pour Mardochée, tandis que celui-ci fut élevé aux fonctions occupées naguères par le favori, et que les Juifs reçurent la permission de se venger de leurs ennemis. En souvenir de cet événement, on institua la fête de Phurim, afin que dans la suite le peuple d'Israël adorât et louât les chemins de la Providence divine. (Voyez le livre d'Esther.)
{Gr. Cat. 57e q.)
Que dans le inonde il arrive encore du mal, quoique Dieu règle et conduise tout, ce n'est pas une raison pour nous d'accuser la Providence; car Dieu ne veut pas le mal, mais il le souffre, 1) parce qu'il a créé l'homme libre ; et 2) parce qu'il sait tirer le bien du mal.
Dieu sait tirer le bien du mal.
C'est ce que nous voyons dans l'histoire de Joseph qui put dire à ses frères : « Vous me vouliez du mal, mais Dieu a
hangé ce mal en bien. » (Gen. 50, 20.) Nous le voyons spécialement dans le grand œuvre de la Rédemption, où le Tout-Puissant sut faire servir le déicide des Juifs au salut du monde. Origènes fait à ce sujet les réflexions suivantes : «La Providence divine a réglé toutes choses de manière à ce que rien ne soit ou ne se fasse en vain. Certes, ce n'est pas elle qui a fait le mal ; mais ce sont d'autres qui l'ont inventé, et quoique Dieu puisse l'empêcher, il ne le fait pas toujours. En effet, s'il n'y avait pas de mal, la vertu n'aurait pas d'antagoniste; elle ne serait ni éprouvée, ni défendue; or sans épreuve et sans victoire, il n'y a pas de vertu. Faites disparaître la méchanceté et l'envie des frères de Joseph, alors il ne restera plus rien de la Providence divine ni de tout ce qui se passa en Egypte pour le salut de plusieurs nations. Supposez que Joseph n'eût pas été vendu, qui aurait expliqué les songes de Pharaon? qui eut amassé des provisions en Egypte? Qui eut sauvé ce pays et les pays voisins de la famine? Jacob et ses enfants y fussent-ils venus demander du blé, et s'y établir? Ensuite, de tous ces prodiges qui firent éclater la puissance de Dieu à la voix de Moïse et d'Aaron,en serait-il arrivé un seul? Non personne n'aurait passé la mer rouge à pied sec ; la manne ne serait pas tombée, l'eau n'aurait pas jailli du rocher, la loi n'eût pas été promulguée du haut du Sinaï ; et personne ne serait entré dans la terre promise.— Faites disparaître la trahison de Judas, aussitôt vous faites disparaître aussi la croix de Jésus-Christ et ses souffrances. Si Jésus-Christ n'était pas mort, la résurrection n'aurait pas suivi et nous n'aurions pas le premier né d'entre les morts, ni l'espérance de la résurrection. Faites disparaître la malice du démon et il n'y aura plus de couronne de victoire pour les âmes intrépides. S'il n'y a personne qui oppose de la résistance, les valeureux combats cesseront et il n'y aura plus de récompenses pour les vainqueurs. Dieu ne se sert donc pas seulement du bien, mais encore du mal pour opérer le bien.
Comment toute une famille trouva son bonheur dans un malheur.
Dans une chasse-à-courrc qui se donna dans les plaines du Brigitlenau, l'empereur Joseph II courut le plus grand danger de perdre la vie. 11 s'était écarté de son poste et voulait s'en choisir un autre quand il rencontra tout à coup un cerf. L'empereur lira, mais ne le blessa que légèrement et l'animal furieux s'élança sur lui. L'empereur avait trop de présence d'esprit pour ne pas se courber en avant, de manière que le cerf ne put que lui effleurer le dos. Entretemps le monarque recourut à un expédient, il sauta quelques pas en arrière, lâcha encore un coup au cerf sans pourtant l'atteindre suffisamment, et celui-ci de renouveler son attaque qui demeura encore inutile, à cause de la position que prenait aussitôt Joseph. Pendant cette lutte à mort quelques compagnons de chasse accoururent, et à leur vue, le cerf prit la fuite. Ce combat entre l'empereur et l'animal ne semblait pas avoir eu d'autres suites. Mais on apprit bientôt que la balle du second coup de carabine, qui avait touché légèrement le cerf, était volée au-delà du Danube où elle avait atteint malheureusement un jeune homme qui traversait avec son père les broussailles, et l'avait tué raidemort. L'empereur n'en savait rien et ne pouvait rien en soupçonner. Mais dès qu'il eut appris le triste événement, il s'empressa d'envoyer au père tout l'argent qu'il portait sur lui, pouvant monter à cinquante ducats, et s'en retourna désolé à son palais. Le chagrin qu'éprouva l'empereur en cette circonstance fut si grand, qu'il resta enfermé durant deux jours dans ses appartements et prit dès lors la résolution de ne plus chasser. Il envoya encore deux mille ducats à l'infortuné père qui, à la vue de cette somme, ne se posséda plus et s'écria tout hors de lui : « La Providence m'a donné un grand nombre d'enfants, mais tousétaient destinés à la pauvreté et à la misère; la Providence a voulu que je perdisse un fus, mais elle a rendu heureux tous mes autres enfants; je suis parfaitement résigné et consolé; je bénis
Dieu et l'empereur, la cause involonlaire de ce malheur, mais devenu aujourd'hui la cause de mon bonheur et du bonheur de ma famille. » — Voilà comment Dieu sait tirer le bien du mal. (Habsbourg, t. III, p. 152.)
(Gr. Cat. 58p q.)
Cette circonstance même qu'il y a beaucoup de misères et de souffrances en ce monde , n'est pas contraire à la Providence divine; Dieu prouve au contraire par là sa sagesse et sa sollicitude paternelle pour le pécheur comme pour le juste; en effet, la Providence divine envoie les souffrances principalement pour les deux motifs suivants : 1) Afin que le pécheur y reconnaisse la punition de Dieu, se corrige et ne périsse pas pour l'éternité.
Exemples tirés de la Bible.
Les souffrances et les adversités portent souvent l'homme à reconnaître son crime, à faire pénitence et à se corriger. Lorsque les frères de Joseph vinrent en Egypte pour y chercher du blé, Joseph les reconnut aussitôt, mais il leur resta inconnu. Voulant alors les éprouver, il leur dit : « Vous êtes des espions venus pour observer les places de l'Egypte qui ne sont pas fortifiées. Eh bien! je vous éprouverai ; par la vie de Pharaon, vous ne sortirez d'ici que quand votre frère le plus jeune viendra. Envoyez l'un d'entre vous et qu'il l'amène ; mais vous serez dans les fers jusqu'à ce que vos paroles soient trouvées vraies ou fausses. » Il les garda donc en prison durant trois jours. Ce châtiment, les frères de Joseph le regardèrent comme une juste punition de Dieu pour leur conduite coupable envers Joseph, ilsrentrèrenten eux-mêmes, pleurèrent leur crime et se dirent l'un à l'autre: «Nous avons mérité ce que nous souffrons, parce que nous avons péché contre notre frère, voyant l'angoisse de son esprit quand il nous priait, et nous n'avons pas voulu l'écouter; c'est pourquoi cette tribulation est venue sur nous. » (Gen. 42.) S. Grégoire fait à ce sujet une belle remarque : « La punition ou-
vre les yeux que le crime avait fermés. » — Le roi Manassés était tombé bien bas dans le péché. « Il fit le mal devant le Seigneur, en suivant les abominations des peuples que le Seigneur avait exterminés en présence des enfants d'Israël. Et Dieu lui parla, à lui et à son peuple, et ils ne voulurent point l'écouter. C'est pourquoi Dieu amena sur eux les princes de l'armée du roi d'Assyrie, qui après avoir pris Manassés, lui mirent les fers aux pieds et aux mains, et l'amenèrent à Babylone. Manassés, dans la détresse, pria alors le Seigneur son Dieu, et fit pénitence en présence du Dieu de ses pères. » (2 liv. des Paralip. 55.) — Jonas, fils d'Amathis, qui avait reçu l'ordre du Seigneur, de prêcher la pénitence à la ville deNinive, refusa d'obéir, et fuyant la face du Seigneur, il voulut s'enfuir à Tharse. Mais la punition du Ciel ne tarda pas de se faire sentir. Une tempête s'éleva; les matelots jetèrent au sort pour savoir qui était la cause de ce malheur, et le sort tomba sur Jonas. Il fut jeté à la mer et englouti par un monstre marin. Alors il rentra en lui-même, implora la miséricorde du Seigneur, lui promettant d'obéir et de se corriger. — De même l'enfant prodigue ne serait pas retourné chez son père, s'il n'avait eu tant de souffrances à endurer.
Le médecin impérial où les effets d'un tremblement de terre.
S. Grégoire de Naziance avait un frère appelé Césaire qui remplissait à la cour de l'empereur Julien, les fonctions de médecin et menait une vie très-mondaine. Un jour un effrayant tremblement de terre se fit sentir et l'ensevelit sous les ruines d'une maison qui s'écroula. Néanmoins on le retira sain et sauf du milieu des décombres et depuis cette époque il mena une vie aussi pieuse que réglée. Se serait-il converti, s'il n'eut pas éprouvé ce malheur et ces angoisses?
Comparaisons.
Ce que la verge est dans l'école, la croix l'est dans le monde. C'est l'idée de S. Jean Chrysostôme quand il dit : « Pour comprendre tout le bien que produisent les souffrances, nous
n'avons qu'à faire attention à nos enfants qui n'apprendraient jamais rien de bon et de sérieux, si parfois ils n'étaient traités sévèrement. Nous qui sommes parvenus à un âge plus avancé nous avons besoin d'être traités avec une sévérité plus grande encore; car les enfants, eux, ne commettent que des fautes légères, et nous en commettons de graves. Notre pédagogue et correcteur c'est la souffrance. »
« Vos verges, ô Seigneur, vous les avez coupées à l'arbre de la miséricorde, et là où elles frappent, leurs coups produisent de grands fruits. Quand un précepteur châtie, son élève, il ne le fait point par haine, il ne cherche que son bonheur et le châtie par amour. C'est ainsi que vous ne frappez que par amour, et que vous ne châtiez point par méchanceté. »
(S. Ephrem.)
2) Afin que le juste soit purifié davantage, acquière plus de mérites et reçoive ensuite une plus grande récompense dans le ciel.
« Dieu, ditS. Chrysostôme, permet que ses fidèles serviteurs soient éprouvés pour plusieurs motifs ; et d'abord : afin que, à l'occasion de leurs vertus et de leurs mérites, ils ne deviennent pas arrogants et présomptueux; ensuite, afin que leur patience se manifeste aux yeux de tous et pour montrer qu'ils ne servent pas Dieu comme de vils mercenaires en vue d'un salaire, mais qu'ils lui restent fidèles même dans le malheur ; en troisième lieu, afin que tous ceux qui souffrent, y prennent exemple et apprennent à ss consoler, à se résigner comme eux; en quatrième lieu, afin que, lorsque nous sommes clans le cas de les imiter, nous ne puissions pas alléguer pour excuse et dire : Ces saints personnages, pour faire toutes les grandes choses qu'ils ont faites, avaient une nature bien au-dessus de la nature humaine ; enfin, pour que nous puissions juger en toute justice quels sont ceux qu'il faut nommer réellement heureux et réellement malheureux, et que nous nous rappellions toujours la résurrection générale où tous les bons ouvriers et les fidèles serviteurs recevront leur récompense. « Ainsi, continue S. Jean Chry-
sostôme, lorsque nous sommes visités par les adversités, ne nous irritons pas, ne murmurons pas, ne devenons pas inquiets et chagrins, mais profitons-en pour notre âme. »
— Aussi l'Ecriture-Sainte nous raconte en maints endroits et de la manière la plus consolante, pourquoi les justes doivent souffrir si souvent. «L'or et l'argent s'épurent parle feu »dit Sirach. (Eccles. 2, 5.) Et ceux que Dieu aime, passent par le feu des humiliations.» — Le divin Sauveur lui-même a dit ces paroles consolantes : « Vous êtes heureux lorsque les hommes vous maudiront et vous persécuteront et diront faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissezvous et soyez remplis d'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux. » (S. Matth. o, 11-12.)
La verge de Cyrus.
La croix et les souffrances ressemblent à la verge de Cyrus. Ce roi avait deux fils dont l'un manifestait les dispositions les plus généreuses et l'autre les inclinations les plus ignobles. Or Cyrus se montrait toujours dur et sévère à l'égard du premier, tandis qu'il était plein de douceur pour le second. Chrysippe, un confident du roi, s'étonnait souvent de cette conduite du prince si différente à l'égard de ses fils, et même un jour que le père avait châtié le bon fils, Chrysippe osa lui dire: « Mais Seigneur! je ne comprends rien à votre manière d'agir; vous êtes sans cesse occupé à punir votre enfant qui est si bon, quant à l'autre, vous lui laissez aller son train! » — « Mon cher Chrysippe! » répliqua le roi, « vous ne connaissez rien à l'éducation des enfants : Voyez ! le fils que je laisse impuni, ne me succédera jamais sur le trône, tandis que celui auquelje fais sentir si tristement la verge, est destiné à porter un jour le sceptre ; et, par une discipline sévère, je veux le rendre capable de bien remplir cette noble fonction. »
— Notre meilleur précepteur, dit S. Jean Chrysostôme, c'est la croix, ce sont les souffrances.
Comparaisons.
Ce que le marteau est â l'or, l'adversité l'est aux hommes; les souffrances leur sont aussi utiles que le tranchant du fer
à la vigne; la balle s'élève quand on la frappe, ainsi l'homme s'élève quand il est atteint par un coup du malheur.
« Le chemin de la croix est le chemin du salut. » (5. Bernard.)
La foi peur triompher doit subir des combats; Ce n'est pas sans efforts qu'on acquiert la sagesse. De lui-même le vin, ne se donnera pas, Il faut auparavant qu'on le foule et le presse.
{Angélus Silesius.) On ne se connaît pas, lorsque luit le bonheur; La croix seule nous fait connaître notre cœur.
{Idem.)
11 est une compassion qui est cruelle, et une cruauté qui est compatissante. N'est-il pas cruel le père qui excuse son enfant quand il veut jouer absolument avec des vipères? N'est-il pas compatissant lorsqu'il frappe celui qui méprise ses avis ? Eh bien ! Dieu est ce père, l'homme cet enfant, le péché cette vipère, et les souffrances cette punition. (S. Augustin.)
« Il n'y a pas d'art à être vertueux, quand tout nous sourit et va au gré de nos désirs ; c'est dans les tribulations qu'on reconnaît le vrai chrétien. Tout homme peut être bon navigateur quand le vent est favorable et le temps serein. C'est dans la tempête que se montre l'adresse et la présence d'esprit du navigateur. L'or pur résiste au feu. » [Drexelius.)
« La perle se forme, dit-on, quand l'huître est extérieurement blessée dans la mer par un animal qui veut percer ses écailles. Or l'huître, à l'endroit même que l'ennemi veut forer, oppose pour nouveau rempart, une substance visqueuse qui se durcit et se transforme en perle de prix. — L'huître qui n'est pas attaquée extérieurement, garde ses perles en elle-même. C'est ainsi que souvent les souffrances et les blessures causées au cœur humain par les hommes et le monde, donnent lieu à la formation de celte belle et précieuse perle de la vertu, dans votre âme. C'est pourquoi, chrétien, ne fuyez pas les douleurs de la vie ! »
« L'olive ne donne son huile si douce que lorsqu'on la presse ; les raisins deviennent plus tendres en mûris-
sant et donnent leur jus agréable sous le poids du pressoir. »
« La harpe ne résonne, que lorsqu'on la pince, et notre vie ne donne un son harmonieux que lorsqu'elle a été touchée par la croix. Souvent Dieu se plaît à remonter les cordes qui étaient naguères détendues; elles gémissent, il est vrai, quand on les tend, mais bientôt après elles résonnent d'autant mieux. »
« La croix est pour nous, ce que la pierre à aiguiser est pour un glaive; elle emporte la rouille, lui rend son éclat et son tranchant primitifs. » (Philotèe.)
« Le marbre dont un sculpteur veut faire une belle statue, doit être taillé et creusé très-longtemps avant d'être achevé; il faut bien des instruments et maints coups de ciseau avant d'en avoir fait un objet d'art, un chef-d'œuvre. La même chose se passe pour le chrétien ; avant que d'être une parfaite image de Dieu, il doit supporter bien de mauvais traitements, bien des coups de l'adversité, afin de perdre ce qu'il y a en lui de grossier, d'injuste et de mauvais. » (Louis de Grenade.)
« De même que l'encens ne répand son odeur agréable que lorsqu'il est jeté au feu, de même la vertu du chrétien ne se fait connaître que lorsqu'il est dans le feu des tribulations et des souffrances. » (S. Justin.)
« Les hommes se servent de vieux chiffons uséset déchirés pour fabriquer du papier blanc comme neige, sur lequel ils impriment des lettres et des images ravissantes. C'est ainsi que Dieu, au moyen de coups et de secousses violentes, transforme les hommes pauvres et éprouvés en instruments de la plus fine et de la plus pure qualité. » (S. Joseph de Cupertin.)
(Gr. Cat. 59e q.)
Objection. Mais pourqoui Dieu permet-il que les méchants soient souvent heureux, tandis que les justes sont malheureux? — Réponse: 1) Parce qu'il veut nonseulement effrayer le pécheur et le détourner du mal
par des châtiments, mais encore l'attirer à lui par des bienfaits, et c'est ce que Dieu a fait maintes fois à l'égard de son peuple choisi. C'est pourquoi il s'en plaint avec tristesse par la bouche du prophète Isaïe : « Que pouvais-je faire de plus pour ma vigne que je n'ai fait? J'attendais qu'elle me rapportât des fruits excellents et elle n'en a produit que de sauvages. » (Isaïe. 5, 4.) 2) Parce qu'il se propose de punir les méchants et de récompenser les justes principalement durant l'autre vie, comme il est dit au second livre des Macchabées: « Le Seigneur souffre avec patience afin de les punir. dans la plénitude de leurs péchés, lorsque le jour du jugement sera venu. » (6, 14.) (Voyez l'exemple du pauvre Lazare et du mauvais riche, page 129.) — 3) Parce qu'il veut ne pas laisser sans récompense le peu de bien que les méchants font parfois, et les récompenser ici-bas, puisque, à cause de leur impénitence, il ne peut le faire durant l'éternité. Yoilà pourquoi le divin Sauveur s'écrie: « Malheur à vous riches! qui avez déjà votre consolation, c'est-à-dire votre récompense ici-bas. » (S. Luc. 6, 24.)
Achab, roi de Samarie.
Achab, roi de Samarie qui, d'accord avec son ambitieuse épouse Jesabel, ota au bon Naboth la vie et sa vigne, qui sacrifiait en outre aux faux dieux et commit crime sur crime, fit pénitence à la voix du prophète Elie, et c'est pourquoi Dieu l'épargna en cette vie ; le Seigneur dit en effet: « Puisqu'il s'est humilié à cause de moi, je n'amènerai point sur lui, en ses jours, tous les maux dont je l'ai menacé. » (5 Liv. des Rois, 21, 29.) Achab n'échappa donc qu'aux châtiments temporels, mais il ne mérita point le pardon de ses crimes; aussi retomba-t-il bientôt dans ses anciens péchés et finit sa vie d'une manière misérable. Tel est le sort de tout pécheur après cette vie, quelque grand qu'ait été son bonheur ici-bas.
(GY. Cat. G0C q.) Donc si Dieu nous envoie des épreuves, acceptonsles de sa main comme autant de marques de bonté; car « Dieu aime ceux qu'il frappe, » (Epît. auxUébr. 42, G.) et « il humilie celui qu'il veut élever. » (Prov. 18, 12.)
Comment le chrétien doit-il recevoir de la main de Dieu les souffrances et les adversités.
Un jour, dans les rues d'une ville de la Lombardie on vit passer, durant l'hiver, un jeune gentilhomme qui se faisait distinguer par son chapeau à plumet et sa riche tenue; comme il s'avançait fier et brillant, il reçut tout à coup sur son chapeau et dans le dos un gros boulet de neige. Furieux d'un tel procédé, le jeune noble dégaine aussitôt son épée, jette autour de lui des regards étincelants de colère pour découvrir l'audacieux qui a osé l'attaquer de la sorte ; et voilà qu'il aperçoit enfin à une croisée ouverte, une jeune dame qu'il aimait à la folie et qui se préparait en riant à lui lancer un second boulet. Au même instant le gentilhomme fut nonseulement apaisé, mais ses traits s'épanouirent sous l'impression d'une aussi agréable surprise, et sa colère se changea en joyeuse hilarité. C'est que celte attaque qu'il avait considérée d'abord comme une sanglante injure, lui parut alors une faveur, une gracieuseté dont il se félicitait; car le coup qui l'avait atteint en bas, dans la rue, était parti d'en haut, d'une main qu'il chérissait, et c était un signe, non de colère, mais de bienveillance. La manière galante et mondaine dont s'y prit ce jeune homme noble et fringant, fut celle qu'adoptèrent toujours toutes les âmes saintes, mais dans un sens plus élevé et plus sublime. Ainsi, pour en donner un exemple bien frappant, S. François de Borgia se tint au milieu d'une nuit obscure, plusieurs heures durant, tandis que la neige tourbillonnait à gros flocons, devant la porte de sa maison, où il frappa sans être entendu. Quand les frères ouvrirent enfin et virent avec surprise ce qui venait de se passer, le saint leur dit en riant: « Il a plu au Seigneur, mon
divin maître, de me jeter, durant quelques heures, de la neige! » Puissent de tels sentiments nous animer à notre tour, lorsque la main d'un Dieu si aimable nous envoie d'en haut les boulets déneige des souffrances et des adversités ! {Vcith. les ennemis du Christ.)
Marianne, ou l'orpheline parvenue.
Un gentilhomme, nommé Rodolphe, étant resté veuf et sans enfants, et se voyant sur le retour de l'âge, se retira dans une de ses terres, pour s'y adonner aux bonnes œuvres et n'y penser qu'à son salut. Il avait coutume, à une certaine heure du jour, de se rendre à la porte du château, avec des domestiques qui portaient de la soupe, de la viande, du pain et de l'argent, et lui-même distribuait l'aumône aux pauvres qui se présentaient. Parmi ceux-là était une jeune tille de onze ans, nommée Marianne, qui, toutes les fois qu'elle avait reçu son aumône, baisait la main qui la lui avait donnée. Comme elle était la seule qui témoignât ainsi sa reconnaissance, cela la fit remarquer, et Rodolphe avait soin d'augmenter son aumône. L'ayant même considérée plus attentivement, il lui trouva de la beauté, malgré les haillons dont elle était couverte. 11 faut, dit-il à lui-même, que cette petite ait des sentiments, puisqu'elle me témoigne ainsi sa reconnaissance; et je veux lui faire du bien. Il convient néanmoins, ajouta-t-il, que je la mette à quelque épreuve. Le lendemain, Marianne s'étant présentée à l'ordinaire, Rodolphe donnait à tous ceux qui étaient auprès d'elle, et ne lui donnait rien. Quand il n'y eut plus qu'elle.. Rodolphe dit : il n'y a plus rien ; tout est donné. La petite ne laissa pas de s'avancer et de lui baiser la main. Cela est bien, dit Rodolphe en lui-même ; mais nous verrons demain. Le lendemain il la passa encore; et, quand il n'y eut plus qu'elle, il prit un air fâché, et lui dit d'un ton brusque : il n'y en a pas davantage. La petite ne laissa pas de s'avancer encore et de lui baiser la main. Rodolphe était enchanté. Assurément, dit-il, il m'en coûte de mettre cette enfant à une troisième épreuve, mais aussi, si elle la soutient, il n'est point de bien que je ne lui fasse. Le lendemain même
cérémonie; on passa Marianne; on donna aux autres ; et, quand il n'y eut plus qu'elle: « Mon enfant, lui dit Rodolphe, il n'y a plus rien. » La petite s'avança à son ordinaire, et lui baisa la main. Alors Rodolphe lui dit : « ma fille, suivez les domestiques, allez à la cuisine, et on vous y donnera à dîner. » « Seigneur, reprit la petite, ce n'est pas tant pour moi que je demande, que pour une bonne femme chez qui je suis, et qui m'a élevée: j'aimerais bien mieux ne point dîner, et que vos domestiques me donnassent de quoi lui porter. » « Eh bien, ma chère enfant, reprit Rodolphe, allez toujours dîner : quand vous aurez dîné, je vous parlerai, et je vous ferai donner de quoi porter à votre bonne femme. » Lorsque la petite eut dîné, Rodolphe descendit lui-même à la cuisine, et s'y étant assis, il fit entrer Marianne qui se tenait à la porte. « Marianne, lui dit-il, qu'avez-vous pensé de moi ces deux derniers jours que je ne vous ai rien donné ?» « Seigneur, dit-elle, je n'ai rien pensé.» — « Non, dit Rodolphe, je veux absolument que vous me disiez quelles ont été vos pensées.» — « Seigneur, dit-elle, puisque vous me l'ordonnez, je vous le dirai. J'ai pensé que, si cela arrivait par hasard, c'était la volonté de Dieu, et qu'il faut prendre patience; que si, au contraire, c'était monsieur Rodolphe qui le fit exprès, c'était bon pour moi ; qu'il avait ses desseins, et qu'ils me seraient avantageux. » — « Mais, reprit Rodolphe, quand le second jour je parus fâché, et que je vous parlai brusquement, que pensâtes-vous? » — « Seigneur, dit-elle, cela me confirma dans l'idée que mon Seigneur le faisait exprès: j'en fus bien aise, et j'en espérais bien. » — « Est-il possible, s'écria Rodolphe en regardant ses domestiques, qui étaient attentifs à cet entretien, est-il possible que de telles pensées tombentdans l'esprit d'un enfant de cet âge? Mais, ajouta-t-il, en parlant à la petite, si j'avais continué ainsi pendant longtemps? » — « Seigneur, dit-elle, j'aurais toujours espéré. » — «Allez, ma chère fille, dit Rodolphe, portez à dîner à votre bonne femme, et dites-lui que quand elle aura dîné, je veux lui parler; qu'elle vienne ici; et vous, venez avec elle. »
il n'est pas nécessaire d'entrer dans le détail de tout ce qui arriva après. La vérité de l'histoire aurait ici un air de roman : il suffit de savoir que Rodolphe apprit par cette femme que Marianne était fille d'un gentilhomme de ses amis, qui était mort de chagrin pour la perte d'un procès que lui avaient fait les héritiers de sa femme et qui l'avait ruiné. Rodolphe retira la bonne femme chez lui, fit élever Marianne selon sa condition, l'aima comme sa fille, et, quelques années après, il la maria à son neveu et la fit son héritière.
Que cette histoire est tendre! Fixons-y un moment nos regards, et tirons-en quelque instruction. Dans la bonté de Rodolphe, voyons une légère image des bontés de Dieu et de ses desseins à notre égard ; et dans la conduite de Marianne, voyons celle que nous devons tenir à l'égard de Dieu.
Dieu nous donne à tous abondamment : remercions-le. S'il donne à quelques-uns plus qu'à vous, remerciez-le et baisez sa main. Soyez persuadé que, dans toutes les afflictions qu'il vous envoie, il a ses desseins, et qu'ils sont tous à votre avantage : baisez sa main. S. Paul nous a donné un excellent abrégé de la vie spirituelle, en nous recommandant de remercier Dieu de tout par Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce qui tarit pour nous la source des biens et des grâces, c'est notre ingratitude. Ne savez-vous pas, dit saint Pierre, que le fruit de votre patience, c'est l'héritage céleste? Si donc vous voulez y parvenir, soyez reconnaissants. C'est par la reconnaissance que vous parviendrez à avoir Dieu pour père, Jésus-Christ pour époux et le ciel pour héritage. {Paraboles du P. Bonaventure.)
Pratique. Puisque la Providence divine veille sur nous, n'oubliez jamais les deux points suivants: i) « Déposez dans le sein de Dieu toutes vos inquiétudes, parce qu'il a lui-même soin de vous. » (1 Eplt. de S. Pierre,$,7.)« Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent, ni n'amassent dans les greniers;
CATÉC. PRATIQUE. T. I. 9
et votre Père céleste les nourrit. N'ètes-vous pas beaucoup plus qu'eux? etc. » (S. Matth. 6, 26-33.)
Les petits oiseaux.
Qui donc vous conserve la vie Gentils oiseaux, chantres de l'air?
Quelle est votre douce patrie, Quand la neige tombe en hiver ?
Qui vous donne la nourriture Et vous entoure de ses soins ?
C'est Dieu, le Roi de la nature Qui pourvoit a tous vos besoins.
Vous n'avez palais ni chaumine, Ni de l'or pour en acheter; Quelques verts buissons d'aubépine Suffisent pour vous abriter.
Chantez toujours la Providence, Qui toujours aime à vous pourvoir, C'est votre seule jouissance Depuis l'aurore jusqu'au soir.
Au Seigneur je m'abandonne, En lui sans cesse j'aurai foi:
Que le soleil meure ou rayonne Le Seigneur saura bien pourquoi.
Car il ne tombe pas de feuille, De passereau, même un cheveu, Sans que le permette ou le veuille La sagesse de notre Dieu.
Nous sotnmes entre les mains de Dieu, ne craignons pas.
Il y a quelques années, un officier anglais, homme d'une solide piété, fut envoyé dans un pays lointain et s'embarqua avec sa famille. A peine furent-ils quelques jours en mer, qu'une affreuse tempête s'éleva et les menaça d'un naufrage. L'eftroi et le troublequi s'étaient emparés de tout l'équipage se communiqua bientôt à l'épouse de l'officier, et dans ce moment où la terreur avait bouleversé son esprit, elle se mit à faire des reproches à son pieux époux, à cause du calme qu'il conservait, calme qu'elle traitait d'indifférence, de manque d'amour pour elle et ses enfants. Cependant après
lui avoir répondu quelques mots, il quitta le salon et revint bientôt une épée nue à la main. Avec un regard sombre il s'avança vers son épouse, et dirigea la pointe du fer sur sa poitrine. D'abord elle s'effraya et pâlit, puis elle se prit à rire, sans laisser apercevoir davantage le moindre signe d'effroi. « Comment pouvez-vous rire, dît son époux, quand vous sentez sur votre poitrine la pointe d'une épée? N'avez-vous donc pas peur? » — « Comment aurais-je peur, répliqua-telle, quand je vois l'épée dans la main de celui qui m'aime? » — « Et pourquoi donc voulez-vous que j'aie peur de cette tempête, quand je sais qu'elle est entre les mains de mon Père céleste qui m'aime? »
Le Seigneur a soin de nous; confiez-vous en lui.
L'empereur Othon I, surnommé le Grand, se persuadait toujours, quand il devait partir pour la guerre, que la victoire se trouvait, non entre les mains des hommes, mais entre celles de Dieu. Lorsque, dans son palais ou au milieu des camps, il était obligé de porter les ornements de la dignité impériale, il demandait à Dieu un cœur humble afin de ne pas être aveuglé par l'éclat des pompes mondaines et d'être préservé de l'orgueil. Quand, au siège de Breisach, il fut trahi par quelques-uns de ses alliés, et que le courage abandonna le reste de son armée, il leur dit : « Pourquoi vous troubler de la sorte? Ayez confiance en Dieu qui peut nous venir en aide et le fera. La victoire dépend d'un signe de sa main. Faites votre devoir et Dieu fera le sien. » Voilà comment il remonta le courage de ces soldats, et il fut vainqueur.
Un jour qu'un pieux ecclésiastique visita S. Colomban dans un cloître bâti au milieu des Vosges, contrée déserte et sauvage, il s'étonna que le saint pût être aussi tranquille, surtout quand il y avait si peu de blé dans les greniers. Colomban lui répondit : « Quand un peuple sert fidèlement son Créateur, il ne souffrira pas de la misère. Celui qui sut nourrir avec cinq pains cinq mille hommes, saura bien remplir aussi les greniers de blé. »
196 DE LA FOÎ.
Un des employés à qui était confié le paiement des dépenses pour la construction d'un orphelinat, dit un jour au fondateur de cette maison de charité (à A. M. Franke): « Notre argent touche à sa fin. » — « Tant mieux, dit celui-ci, je m'en réjouis, c'est un signe que Dieu va de nouveau nous procurer quelque chose; depuis mon enfance, j'ai toujours obtenu une nouvelle paire de souliers, quand les vieux étaient usés. » Le lendemain arrivaient dans la matinée, deux cents thalers. (750 fr.)
2) Acceptez toutes les adversités de la main de Dieu avec soumission, à l'exemple du saint homme Job (1,21.), et ne vous permettez pas de murmurer contre la conduite de la Providence. «Arrive ce que voudra, tout contribuera au bien de ceux qui aiment Dieu. » (Epît. aux Rom. 8, 21.)
Ne murmurez pas dans vos peines.
Un marchand revenait à cheval d'une foire et s'en retournait dans sa famille; derrière lui était attachée une valise contenant beaucoup d'argent. Cependant la pluie tombait à verse et avait mouillé notre brave homme jusqu'aux os, de sorte qu'il commença à maugréer contre le mauvais temps. Bientôt il arrive dans une épaisse forêt, mais à peine a-t-il fait quelques pas, qu'il découvre avec effroi un brigand posté le long du chemin. Le malfaiteur accourt, abaisse sa carabine et lâche la détente. Mais la pluie, par bonheur, avait mouillé la poudre et le coup ne partit point. Aussitôt le marchand donnant de l'éperon à son cheval, se sauve, et lorsqu'il fut en sûreté, il se dit : « Insensé que j'étais, de ne pas accepter ce mauvais temps avec résignation, comme venant de Dieu! S'il eut fait beau, le coup serait parti; je serais étendu mort, nageant dans mon sang, et mes enfants attendraient en vain mon retour. La pluie dont je me plaignais, a sauvé ma fortune et ma vie.
Ce que Dieu fail, il le fait toujours bien, Quoique d'abord, il n'en paraisse rien.
{Gr. Cat. 61-62e q.) Outre le monde visible, Dieu a créé encore un monde invisible, à savoir une multitude d'esprits que nous appelons anges et dont le nombre est légionnaire, comme l'écrit Daniel. « Mille millions le servaient et dix mille millions étaient devant lui. » (Dan. 7, 10.) Ces anges se divisent en neuf classes ou chœurs, à savoir: en anges, archanges, vertus, puissances, principautés, dominations, trônes, chérubins et séraphins. Ils étaient tous bons, heureux et ornés des dons les plus précieux.
Beauté des saints anges.
Qui pourrait nous dépeindre la beauté, le bonheur et l'excellence des saints anges? Nul mortel jusqu'ici ne les a vus; d'ailleurs nul mortel ne pourrait soutenir l'éclat de leur splendeur. Quelques pieux serviteurs et servantes de Dieu nous esquissent la beauté des saints anges au moyen de comparaisons. Ainsi saint Anselme écrit : « Si un ange paraissait dans le firmament et qu'il fut entouré d'autant de soleils éclatants qu'il y a d'étoiles brillant dans un ciel serein, tous ces soleils perdraient leur éclat devant les splendeurs indescriptibles de l'ange, comme les étoiles s'effacent devant les rayons du soleil à son lever. »
Sainte Brigitte dit que la beauté d'un ange est si grande que si quelqu'un la voyait, il serait aveuglé par son éclat, et qu'il en perdrait la vue, parce que notre faiblesse est moins capable de supporter un tel poids de gloire et de majesté que nos yeux de soutenir toute la lumière du soleil.
Nous ne pouvons, en un mot, mieux décrire la beauté d'un ange, qu'en disant avec saint Denis : « Un ange est l'image la plus vivante, la plus belle de la beauté divine elle-même, le miroir le plus clair où se reflètent dans leur plus vif éclat les rayons de la lumière éternelle dont il est le plus rapproché. » (Div. nom. c. 4.)
(Gr. Cat. 63e q.)
Mais les anges ne demeurèrent pas tous dans la justiee et le bonheur, car un grand nombre d'entre eux offensèrent Dieu, en se révoltant contre lui; c'est pourquoi ils furent chassés pour toujours du ciel et précipités en enfer. Ces anges rebelles sont appelés « démons, diables, esprits malins. » Saint Pierre dit à leur sujet : « Dieu n'a point épargné les anges qui ont péché; il les a précipités dans l'enfer où ils sont enchaînés pour être tourmentés. » (2 Epît. 2, 4.) Saint Jude écrit dans son épître: « Il retient dans les chaînes éternelles et dans de profondes ténèbres, pour le jugement du grand jour, les anges qui n'ont pas conservé leur première dignité et qui ont abandonné leur propre demeure. » (6.)
La chute des anges.
Voici comment l'Ecriture-Sainte nous la retrace: « Lucifer le plus parfait et le plus brillant d'entre tous les anges de Dieu, et qui ressemblait à l'astre brillant, fils de l'aurore, dit dans son cœur: Je monterai au plus haut des cieux, j'établirai mon trône au-dessus des astres du Seigneur; je m'élèverai au-dessus des nues, je serai semblable au Très-Haut. » (Isaie 14, 42.) — « H y eut un grand combat dans le ciel: Michel et ses anges combattaient contre le dragon (Lucifer) et le dragon combattait avec ses anges; mais ceux-ci furent les plus faibles, et leur place ne se trouva plus dans le ciel. Et ce grand dragon, l'ancien serpent, appelé le démon et Satan qui séduit tout l'univers, fut précipité sur la terre, et ses anges avec lui. Alors une grande voix se fit entendre dans le ciel, en disant: Maintenant le salut de notre Dieu est affermi et sa puissance et son règne, et la puissance de son Christ, parce que l'accusateur de nos pères qui les accusait jour et
nuit devant Dieu, a été précipité C'est pourquoi, cieux,
réjouissez-vous, et vous qui les habitez! Malheur à la terre et à la mer, parce que le démon est descendu vers vous, plein d'une grande colère, parce qu'il sait qu'il a peu de temps »
(et de puissance, depuis que Jésus-Christ a paru et que le règne de Satan croule chaque jour.) (Apoc. 12, 7—13.) Comparaison .
« Le démon qui occupait la plus haute dignité et la place la plus distinguée parmi les archanges, se révolta contre Dieu, à qui il voulait devenir semblable et ce fut ainsi qu'il perdit son rang. Il éprouva le sort de ce chien de la fable qui perdit sa proie pour saisir une ombre. » {S. Austère, Homélie sur l'avarice.)
(Gr, Cat. 64-66e q.)
Mais pour récompenser les anges demeurés fidèles, Dieu leur accorda le bonheur éternel qui consiste dans la vue et la possession de Dieu ; car « ils voient toujours la face du Père céleste. » (S. Matth. 18, 10.) Les bons anges sont pleins de bienveillance pour nous; ils nous aiment, ils protègent notre corps et notre âme, ils prient pour nous, ils nous portent au bien et nous détournent du mal; ils nous consolent dans nos adversités, et nous assistent pendant la vie et à l'heure de notre mort. C'est pourquoi on les appelle Anges gardiens, parce qu'ils ont été donnés proprement aux hommes pour les garder, comme le chante le Psalmiste: c« Le Seigneur a ordonné à ses anges de vous garder dans toutes vos voies. » (Ps. 90,«.).
Réflexions de S. Augustin et de S. Bernard sur les anges.
Ecoutons ce que S. Augustin écrit au sujet des anges gardiens : « Les anges, dit-il, aiment les hommes comme des concitoyens, parce que ceux-ci doivent remplir les vides laissés par les anges déchus ; voilà aussi pourquoi ils nous assistent avec la plus grande sollicitude et la plus constante assiduité à tous les moments et dans tous les lieux; que dans nos besoins et nos nécessités ils nous entourent de leurs soins et vont et viennent sans discontinuer ; tantôt ils s'élèvent au ciel vers le Dieu tout-puissant, pour lui présenter nos soupirs
et nos larmes, afin de nous obtenir pardon et miséricorde de la bonté divine; tantôt ils redescendent sur la terre, pour nous apporter de la part de Dieu la paix si désirée. — Ils nous accompagnent dans toutes nos voies, ils entrent et sortent avec nous, ils observent sans cesse avec quelle piété, quelle modestie, quelle réserve nous nous conduisons au milieu de ce monde pervers; avec quelle zèle, quel empressement, quel ardeur nous cherchons le royaume de Dieu et sa justice, avec quelle crainte nous servons Dieu notre souverain maître, et comment notre cœur se réjouit et se glorifie en lui. — Les anges nous aident dans le travail, nous protègent dans le repos, nous encouragent dans le combat, nous couronnent après la victoire et se réjouissent avec nous quand nous trouvons notre joie dans le Seigneur notre Dieu; ils ont, pour ainsi dire, compassion de nous, quand nous souffrons quelque chose pour Dieu. » — « Les anges portent à Dieu nos sueurs et nos larmes; d'un autre côté ils nous apportent les dons de Dieu, ses grâces et ses bénédictions.» {S. Bernard, sermon sur les anges.)
Exemples tirés de la Bible.
L'Ecriture-Sainte nous montre d'une manière aussi simple que claire, la dignité, la grandeur et la bonté des anges à notre égard dans la vision merveilleuse du patriarche Jacob, et connue sous le nom d'échelle de Jacob. Nous lisons en effet, que le patriarche dans son voyage de Bersabée à Haran, arrivé à un endroit où il voulait se reposer, prit une pierre qu'il mit sous sa tête au lieu d'un coussin et s'endormit doucement. Dieu lui fit voir alors un spectacle aussi merveilleux qu'agréable. Jacob aperçut en songe une grande échelle qui s'élevait de la terre jusqu'au ciel et sur laquelle se montraient des anges ; tantôt ils montaient jusqu'au sommet où s'appuyait le Tout-Puissant, tantôt ils descendaient jusqu'à terre. — Or quelle signification Dieu voulait-il donner à cette vision céleste, sinon que les saints anges dont l'office est de traiter avec Dieu en faveur des hommes, s'élancent tantôt de la terre jusques dans les hauteurs des cieux pour
y déposer devant le trône de Dieu nos prières, nos vœux, nos bonnes œuvres, nos soupirs et nos intérêts; tantô qu'ils redescendent clés demeures célestes et rapportent de la part de Dieu des grâces, des dons et des bénédictions sans nombre aux hommes. (Gen. 28.) Nous trouvons encore d'autres exemples de l'intervention bienveillante des anges, dans les Saintes-Ecritures. Un ange vint montrer à la triste Agar une source pour désaltérer le petit Ismaël qui se mourait de soif. (Gen. 21.) Des anges sauvèrent Loth, en le faisant sortir des murs de Sodome que le feu du ciel allait dévorer. — L'archange Raphaël servit de guide au jeune Tobie durant son voyage, l'arracha à plusieurs dangers et guérit la cécité de son vieux père. Ce fut encore cet ange qui porta la prière de Tobie devant le trône de Dieu, car il lui dit : « Lorsque tu priais avec larmes, que tu ensevelissais les morts et que tu laissais ton repos... Je présentai ta prière au Seigneur. » (Tob. 12, 12.) Quand Judas Machabée marcha contre les ennemis du peuple Juif, il implora avec tous les siens le secours de Dieu et voyez : « Au fort de la bataille, cinq hommes apparurent du ciel à leurs ennemis sur des chevaux ornés de brides dorées, et ils conduisaient les Juifs. Et deux étaient auprès de Machabée et le préservaient du danger, l'environnant de leurs armes ; et ils jetaient sur ses ennemis des traits et la foudre, ce qui les remplit de confusion et d'aveuglement et ils périssaient en foule. Ils furent tués au nombre de vingt mille cinq cents fantassins et six cents cavaliers. » (2 Liv. de Mach. 10, 29—32.) — Lorsque S. Pierre persécuté pour la foi, gémissait dans la prison, un ange vint le délivrer. Enfin ce fut un ange qui ordonna au centurion Corneille, d'envoyer quelqu'un à Joppé pour faire venir S. Pierre afin qiu celui-ci l'instruisît dans la foi et le baptisât. (Acides Apôt. 10.)
Le phare de l'île de P haros.
Autrefois, Ptolomée Philadelphe, roi d'Egypte, éleva dans l'île de Pharos Canopicos une très-haute tour en pierres blanches, et qu'il appela phare. Pendant la nuit,
-202 DK LA FOÎ.
il y faisait allumer de nombreuses torches ou bien des flambeaux, afin que les navires pussent entrer en sûreté dans le port et éviter les écueils qui entouraient l'île. Cette tour munie de tous ces flambeaux projetait au loin sa lumière sur les flots, de façon que les vaisseaux pouvaient aborder facilement. Ce que le phare était pour les navigateurs ballottés par les vagues de la mer, l'ange gardien l'est pour les hommes exposés aux vagues de ce monde.
Tous nous cinglons à travers la mer dangereuse du monde; nous voyageons et nous naviguons au milieu des ténèbres de cette misérable vie où tout n'est que dangers et luttes et que S. Grégoire de Nazianze appelle pour cela un combat acharné; or dans cette navigation périlleuse, dans cette lutte au milieu des ténèbres nous avons besoin d'un guide, d'une lumière, et c'est notre saint ange gardien.
Les saints anges présentent nos prières à Dieu et prient pour nous.
C'est ce que déclara l'archange Raphaël à Tobie, comme nous l'avons montré plus haut. La pieuse servante de Dieu, S. Gertrude, l'éprouva également. Un jour surtout qu'elle avait assisté à la messe avec une ferveur toute spéciale, elle tomba en extase et vit comment l'ange gardien portait ses prières devant le trône de la majesté divine, les présentait aux trois personnes adorables de la Sainte-Trinité, et priait en même temps pour elle. Les vœux que l'ange gardien offrait pour Gertrude furent exaucés par la majesté divine et Gertrude, à la prière de son céleste gardien, fut bénite par les trois personnes. (Revu. Iw. o, 25.)
Lange gardien nous fortifie et nous encourage dans le bien.
Le prophète Elie que dévorait le zèle de la gloire du vrai Dieu, avait remporté un triomphe admirable sur l'idolâtrie, en faisant disparaître tous les faux prêtres du dieu Baal au temps du roi Achab. Cependant Jésabel, l'épouse de ce prince, en voulait cruellement au prophète à cause de cette victoire et ne cessait de le persécuter, de le menacer même
de mort. Elie, ayant appris ses desseins homicides, prit la fuite et arriva, après une journée de marche, au désert, où fatigué, épuisé par la faim et abattu par la tristesse ii s'assit sous un térébinthe, souhaitant de mourir. S'étant endormi dans ces pensées, il fut visité par un ange qui le toucha et lui dit: « Levez-vous, et mangez! » Elie s'éveilla et vit auprès de sa tète un pain et un vase d'eau que l'ange lui avait apportés. Elie mangea donc et but, et il s'endormit de nouveau. L'ange du Seigneur, revenant une seconde fois, le toucha encore et l'invita à manger, en lui disant : « Levez-vous et mangez; car il vous reste un grand chemin à faire! »Elie mangea et but, se leva, et, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'au pied d'Horeb, la montagne de Dieu. (5 liv. des llois. 19.) C'est ainsi que l'ange gardien nous fortifie et nous soutient encore dans le chemin pénible de la vertu, jusqu'à ce que nous arrivions à la montagne d'Horeb, c'està-dire, à la bienheureuse éternité.
Les saints anges nous inspirent la résignation et la confiance, ils nous fortifient dans les peines et les adversités.
Guillaume, certain abbé danois âgé de quatre-vingt-onze ans, fut consolé dans ses souffrances et ses adversités par des anges de la manière suivante. Ce bon vieillard vit un jour en songe comment les anges s'empressaient de fabriquer une précieuse couronne d'or et de diamants; il demanda à l'un d'eux: « Pour qui est cette couronne ?» Et l'ange lui répondit : « Pour vous. » Guillaume demanda ensuite quand elle serait achevée? « Lorsque vous aurez assez souffert, » répliqua l'ange. Cette réponse consola le vieillard et l'engagea à souffrir avec d'autant plus de patience, afin que la couronne fût plus vite prête et qu'il pût la recevoir plus promptement.
Lorsque S. Eulalie, jeune vierge de douze ans, fut conduite au martyre, elle se vit accompagnée de son ange gardien et d'autres anges jusqu'au lieu du supplice. Ils lui inspirèrent un tel courage au milieu de ses souffrances, que
lorsqu'on déchirait son corps délicat et virginal avec des ongles de fer, elle s'écria avec allégresse: « 0 mon Dieu ! qu'il est doux de lire les caractères de votre triomphe, tracés avec mon sang, par ces ongles de fer, sur mon pauvre corps ! »
Rufin raconte de S. Théodore confesseur, qu'il lui demanda un jour s'il n'avait pas ressenti des douleurs atroces au milieu des tortures qu'on lui avait fait subir. « Au commencement, oui ; mais bientôt un ange se présenta à mes côtés pour rafraîchir mes membres brûlants. Et quand les bourreaux cessèrent de me tourmenter, je n'éprouvai pas de la joie, mais de la douleur, parce que celui qui adoucissait mes maux disparut en même temps. »
L'ange gardien nous console.
Nous en voyons un exemple dans S. François d'Assise. 11 y eut un temps où il fut pris d'une si grande tristesse que rien sous le soleil ne fut en état d'égayer ou de consoler son cœur affligé; les entretiens les plus joyeux lui étaient à charge et les récréations les plus innocentes n'avaient plus le moindre attrait pour lui; il ne trouvait plus de goût à la prière, ni de satisfaction dans les exercices spirituels; il voyait arriver la nuit avec terreur, et quand le soleil se levait et rendait la vie avec la gaîté à toutes les créatures, il rencontrait les yeux de François versant des larmes que son apparition ne pouvait sécher. Pendant que François gémissait et pleurait ainsi, il s'endormit un jour épuisé de fatigues et de tristesse; or pendant son sommeil lui apparut un ange qui, pour ranimer son cœur affligé et le consoler dans son abattement, lui fit entendre une musique si harmonieuse, qu'en un instant sa mélancolie disparut, et son âme fut comblée d'une si grande consolation, de si douces joies qu'il lui fut impossible de l'exprimer
Lange gardien nous garantit du mal.
Nous en voyons un bel exemple dans ce qui arriva au faux prophète Balaam. Celui-ci s'était mis en chemin pour mau-
dire le peuple choisi de Dieu, et pour lui souhaiter, à l'instigation et par les ordres du roi Balac, toute espècede maux, Or, il arriva dans un passage resserré entre deux murailles, où se trouvait un ange debout dans le chemin, avec une épée nue. Balaam ne découvrit pas l'ange, mais l'ânesse que montait le faux prophète, l'aperçut devant elle ; elle s'arrêta et refusa d'avancer davantage. Le prophète furieux eut beau la frapper et l'aiguillonner, rien n'y fit, l'animal ne voulut pas continuer sa route. Cependant l'ânesse essaya de se détourner du chemin pour échapper à l'ange, mais en se jetant contre le mur, elle froissa le pied de Balaam et lui causa une vive douleur. Plein de colère, il la frappa encore plus fort de son bâton et la maltraita si cruellement qu'elle tomba épuisée sur le sol. Balaam encore plus furieux, était hors de lui-même et eût assommé l'animal, si l'ange ne fut intervenu et ne se fut montré, en ouvrant les yeux au faux prophète pour lui faire comprendre son crime. Il lui adressa donc les paroles suivantes : « Pourquoi frappas-tu l'ânesse jusqu'à trois fois? Je suis venu pour rriopposer à toi, parce que ta voie est perverse et quelle m'est contraire; et si ton ânesse ne se fut détournée du chemin en me cédant le passage, je t'aurais tué, et elle vivrait. » (Xombres, 22.J
Voilà comment l'ange gardien se conduit envers les hommes, quand il voit qu'ils marchent dans le chemin de l'impiété et se laissent emporter à leur perte par le péché et le crime; alors l'ange gardien armé du glaive de la vengeance divine les arrête, en leur mettant sous les yeux la sévérité des jugements de Dieu qui punit durant l'éternité l'iniquité du pécheur; il les effraie par le souvenir d'une mort prochaine et inévitable, par la pensée de cet avenir redoutable qui les attend au delà du tombeau; il leur met sous les yeux d'un côté le jugement dernier, d'un autre côté les peines de l'enfer ; c'est ainsi qu'il leur inspire une crainte salutaire qui les fait rentrer en eux-mêmes, quitter la voie du crime, revenir dans le sentier de la vertu, et regretter les peines et les travaux, auxquels ils s'étaient condamnés, en suivant les chemins ténébreux de l'impiété.
Les saints anges nous protègent contre nos ennemi.
Ainsi nous savons par le 4mc livre des Rois, comment un ange protégea le pieux roi Ezéchias contre Sennacherib, son ennemi. Lorsque ce prince Assyrien eut vaincu et soumis, d'abord les Maures, ensuite les Egyptiens, il devint orgueilleux de ces victoires et résolut de s'emparer de Jérusalem. Il fit donc écrire une lettre injurieuse au roi Ezéchias, où il disait entre autres : «Que votre Dieu, en qui vous mettez votre confiance, ne vous séduise pas, et ne dites point: Jérusalem ne sera point livrée entre les mains du roi des Assyriens. » Entretemps la ville fut assiégée par les forces ennemies qui montaient à deux cents mille bommes. Après qu'Ezéchias eut reçu la lettre, il se rendit au temple, ouvrit la missive du prince ennemi en présence du Seigneur, le conjurant humblement de montrer à ce roi impie qu'il y avait une différence infinie entre les dieux des gentils et la majesté du vrai Dieu vivant. Ezéchias fut exaucé; Dieu envoya aussitôt un ange qui, la même nuit, se précipita sur l'armée des Assyriens et extermina cent quatre-vingt-cinq mille hommes. Voilà comment Ezéchias fut protégé par un ange, l'ennemi confondu, l'humilité exaltée et l'orgueil abattu. — Nous savons de même par l'Ancien-Testament, qu'un ange protégea miraculeusement la chaste Judith. La ville de Béthulie était assiégée par l'armée d'Holopherne, général du roi Nabuchodonoser, qui menaçait d'y mettre tout à feu et à sang. Transportée d'un noble courage bien audessus de son sexe, Judith prend la résolution d'arracher la ville aux violences de l'ennemi et de mettre un terme au siège; dans ce dessein, après s'être revêtue de ses plus brillants atours, elle se rend, accompagnée d'une suivante, au < amp d'Holopherne, bien résolue de trancher la tête au fier conquérant. Elle vint à bout de son projet et la ville fut sauvée. Mais commentse fit-il que Judith, malgré les attraits de sa beauté, conserva sa chasteté parmi ces soldats, sa piété au milieu des armes, son innocence au milieu de mille périls? Elle le dut à son ange gardien, qui la préserva de tout
déshonneur. C'est ce que Judith affirma elle-même sous serment, quand elle dit: « Le Dieu vivant m'est témoin que son ange m a gardée et lorsque je suis sortie de la ville ( pour aller au milieu d'une armée licencieuse ) et quand je me suis trouvée làprèsd'Holopherne, ce général ivreet lubrique, et en revenant ici ; le Seigneur n'a pas permis que moi , sa servante, j'aie été souillée; mais il m'a rappelée vers vous sans aucune tache. » (Judith. 13.)
Comparaisons,
« Chacun de nous est assisté par un ange du Seigneur qui nous dirige comme un sage précepteur, qui nous avertit comme un ami et nous conduit comme un guide fort et expérimenté. » (Origènes.)
« Les saints anges nous instruisent comme autant de maîtres, ils veillent sur nous, comme des pasteurs sur leur troupeau, ils nous montrent le chemin delà vie éternelle, en nous excitant au bien et en nous éloignant du mal. » (S. Basile.)
(Gr. Cat. 67e q.)
Puisque les saints anges gardiens nous témoignent tant de sollicitude et nous font tant de bien, nous devons, de notre côté, les vénérer, les remercier et nous montrer dociles à suivre leurs avis. S. Bernard nous y engage parles paroles suivantes: « Quel ne doit pas être votre respect, votre piété, votre confiance à l'égard des saints anges! Vous devez les respecter à cause de leur présence, les invoquer à cause de leur bienveillance, avoir confiance en eux à cause de leur protection. En quelque lieu et circonstance que vous soyez, respectez votre saint ange! « Au livre de l'Exode Dieu lui-même dit: « Voilà que j'enverrai mon ange devant vous afin qu'il vous précède... Respectez-le, écoutez sa voix et ne le méprisez pas. » (23, 20-21.)
Respectez votre saint ange et ne l'attristez pas.
Se Lydwine était plus souvent malade que bien portante
S08 i)E LA FOI.
durant sa vie. Pleine de patience et (Je résignation, cette pieuse servante de Dieu était dans la plus étroite intimité avec son ange gardien qui la consolait dans ses douleurs et la fortifiait dans ses peines. Elle le voyait de ses propres yeux et s'entretenait familièrement avec lui. Les visites troplongues que quelques personnes lui faisaient, lui étaient à charge, parce que pendant ce temps elle était privée de la société si agréable de son ange gardien. Quand son âmeavaitcontracté quelque souillure par suite de ces entretiens obligés avec d'autres, elle s'empressait de la purifier par une confession humble et sincère, afin de ne pasêtre privée plus longtemps de laprésencedélicieuse deson céleste compagnon. (Danssavie.)
Comment pouvons-nous être le plus agréable aux saints anges?
Puisque la vraie piété, la vertu, la prière et d'autres exercices religieux sont si agréables aux anges, et que par là nous pouvons le mieux procurer notre salut, nous devons nous efforcer, d'après l'avis de S. Ephrem, (de Virginitate), de leur plaire en pratiquant ces œuvres. « Mais surtout quand vous priez, vous devez ressembler à l'un de ces esprits célestes et par conséquent travailler à rendre votre prière, sainte, pure, sans tache et sans souillure, afin que, lorsque les anges la voient monter, les portes du ciel s'ouvrent d'elles-mêmes avec joie au-devant elle, et que les anges et les archanges, en l'apercevant, aillent à sa rencontre et la portent devantle trône de Dieu. »
Rien ne déplaît tant aux anges que le péché! c'est pourquoi évitez-le avec le plus grand soin.
Aussi S. Basile nous donne cet avertissement: « 0 homme! voulez-vous que votre ange gardien ne s'éloigne pas de vous, évitez bien tout péché, tout crime, surtout celui de l'impureté; ou il faut que vous renonciez à ce vice infâme, ou il faut que vous vous résigniez à avoir tous les anges pour ennemis ; car de même que la fumée chasse les abeilles , et l'air fétide les colombes, de même cet affreux et déplorable péché éloigne du nous les anges, les protecteurs de la vie. »
(Gr. Cat. 68e q.)
Mais autant les bons anges nous aiment et nous protègent, autant les esprits malins nous haïssent et cherchent à nous perdre. Emportés par leur haine et leur jalousie contre nous, ils s'efforcent de nuire à notre corps et à notre âme, de nous porter au péché pour nous entraîner en enfer. « Le démon votre ennemi tourne autour de vous, dit S. Pierre, comme un lion rugissant cherchant quelqu'un à dévorer. » (1 Ep. 5, 8.)
Exemples tirés de la Bible.
D'abord nos premiers parents ressentirent la funeste influence de l'esprit des ténèbres. Eve se laissa séduire par lui et commit le péché. (Gen.) Dieu permit que Job fut tenté par le démon. « Voilà que tout ce que cet homme a, est en ton pouvoir, dit Dieu à Satan, mais ne porte pas la main sur lui. » Et Satan sortit de la présence du Seigneur; aussi avec quelle douleur Job ressentit les effets de la haine de son ennemi infernal ? — De même Sara, la fille de Raguel, fut tourmentée et affligée par les esprits malins. (Job. 6, 14 .) — Une preuve incontestable de la malice du démon nous est fournie par ces possédés qui n'étaient pas seulement privés par l'esprit malin, du libre usage de leur raison et de leurs sens, mais qui étaient encore horriblement tourmentés et affligés dans leur corps, aveugles, sourds, muets. Ils erraient souvent de côté et d'autre pour l'effroi de l'humanité et pour leur propre malheur. (S. Marc. 1, 25; 5, 2; — S. Matth. 9, 52 ; 12, 22.) — Il est dit de Judas : « Satan avait déjà mis dans le cœur de Judas Iscariote le dessein de livrer le Seigneur. — Et après qu'il eut pris ce pain, Satan entra en lui. » (S. Jean, 15, 2 et 27.)
En S. Luc il est dit dans la parabole si connue de la semence: « Le diable vient et enlève la parole de Dieu du cœur de quelques-uns (en qui elle tombe comme la semence le long du chemin), de peur que croyant, ils ne soient sauvés,» (S. Luc. 8, 12.)
Et dans l'Apocalypse, S. Jean nous dépeint le grand combat du dragon infernal avec l'archange S. Michel. {Chap. 12.)
Malice des esprits infernaux.
Combien les esprits infernaux se plaisent à attaquer les hommes et surtout les personnes pieuses, à les tourmenter dans leur corps et dans leur âme, c'est ce que prouvent plusieurs ifats arrivés dans les derniers temps; nous n'en rapporterons qu'un seul emprunté à la mystique de G.. Guerres qui, dans le troisième volume de cet ouvrage où il est question de Marie Von Moerl, stigmatisée du Tyrol et vivant encore à Kaldern, nous rapporte ce qui suit : « Des apparitions affreuses, racontait la stigmatisée, s'offraient à ses yeux dans sa chambre, pendant le jour comme pendant la nuit, et même sur le chemin de l'église. Alors elle se cachait parfois, dans sa terreur, sous le lit, ou tombait en plein jour sur le plancher de sa chambre, ou était saisie tout à coup des plus violentes commotions. Les figures effrayantes qui produisaient en elle ces impressions étranges, voici comment elle les décrit elle-même: «Ce sont des hommes horribles qui se pressent autour de moi et menacent de m'entraîner. . . Ils me crient, (et c'est quelque chose qui me bouleverse le cœur): C'en est fait de toi, tu es reprouvée et damnée; tu as beau suivre tous les conseils de ton confesseur, il ne pourra jamais t'aider!...» Ces mêmes spectres affreux qui l'effrayaient ainsi, la tourmentaient également dans son corps. Souvent elle était jetée hors du lit que clans son état habituel, elle ne pouvait quitter seule sans le secours d'autrui, et, dans ces moments où elle était privée de connaissance, elle frappait de la tête contre les murs et le plancher de la chambre, de manière qu'on eût pu croire qu'elle devait être blessée et meurtrie horriblement.Maisunefoisrevenue à elle,ellene ressentait plusrien, sinon quelques douleurs à la tête et dans ses membres. Plusieurs fois elle fut lancée en un clin d'œil avec ses draps et ses couvertures sous le lit, et sa tête y frappait près d'une
heure contre le sol et les planches du lit, au milieu de violentes convulsions. D'autres fois ces mêmes hommes la levaient jusqu'à la hauteur de la croisée et lui montraient en has des jardins fleuris, des collines, des bosquets et ainsi de suite; un escalier large, facile et beau s'offrait à ses pieds pour descendre dans ce domaine, et ceux qui s'y trouvaient l'invitaient à se joindre à eux. Elle avoua qu'elle l'eut fait infailliblement, si une force invisible n'eut enchaîné ses pieds. Dans ces cas, on devait ordinairement chercher son confesseur, pour la ramener au lit et la faire revenir à elle. Ces tourments causés par l'esprit malin, et d'autres souffrances encore ne cessaient entièrement que lorsque, à ses demandes réitérées, on avait eu recours aux exorcismes de l'Eglise.
Les esprits infernaux ressemblent aux oiseaux de proie.
C'est surtout dans les prières et la pratique d'autres bonnes œuvres que ces esprits du mal cherchent à nous opposer mille obstacles et à nous en ravir les mérites. S. Pierre Damien dit très-bien à ce sujet: « Quand nous prions ou que nous psalmodions, nous offrons à Dieu un sacrifice de louanges; mais les esprits infernaux voltigent autour de ce sacrifice comme des oiseaux de proie, et cherchent à le souiller, par l'inspiration de pensées coupables, comme on souille une victime en la couvrant de boue et d'ordures. Ayez donc bien soin d'éloigner ces mouches, comme le fit Abraham dans son sacrifice. » (Op. 4o, c. 22.)
{Gr. Cat. 69e q.) Toutes ces tentations de l'esprit du mal, Dieu les permet parce qu'il sait les faire tourner à sa gloire et au salut des hommes.
Dieu fait servir à sa gloire les tentations du démon.
La guérison des possédés par Jésus-Christ et les apôtres, fut un moyen de propager la doctrine du divin Sauveur ; un grand nombre d'hommes en voyant ces prodiges se convertirent, crurent en Jésus et glorifièrent Dieu. — Un jour
Sl2 DE LA FOI.
que riiomme-Dieu eut chassé du corps d'un possédé l'esprit impur, « la terreur se répandit sur tous, et ils se parlaient entre eux, disant : « Quelle est cette parole (qui possède tant de pouvoir) qu'il (Jésus) commande avec force et autorité aux esprits immondes et qu'ils s'en vont ? Et sa renommée parvint dans toutes les 'contrées d'alentour. » (S. Luc. 4, 53-57.)
La guérison d'un possédé, par S. Philippe, produisit le même effet, au rapport des actes des Apôtres. « Et. le peuple était attentif aux paroles de Philippe, tous l'écoutaient, voyant ses miracles. Car les esprits impurs sortaient du corps de plusieurs possédés, jetant de grands cris. » (8, 6-7.)
Dieu fait servir les tentations du démon au salut des hommes.
Ecoutons S. Jean Chrysostôme à ce sujet: « Lorsque l'ange déchu se révolta contre Dieu, il ne l'anéantit pas et cela uniquement par sollicitude pour notre salut. Ne dites donc pas , que c'est contraire à la sagesse et à la bonté de Dieu. 0 non ! Si l'esprit du mal avait assez de pouvoir sur nous pour nous soumettre entièrement à lui, alors sans doute il eût été contraire à la sagesse et à la bonté de Dieu de ne pas anéantir de suite ce monstre redoutable; mais puisque le démon a été décidément dépouillé de sa puissance, qu'il ne peut qu'attirer, que séduire, il dépend uniquement de nous de résister ou non à ses séductions. Par conséquent Dieu a voulu nous donner une occasion continuelle de triompher et de mériter pour chaque triomphe une couronne. Pourquoi vouloir écarter ou détruire alors ce qui sert à tresser des couronnes de victoire? Pourquoi vouloir faire disparaître une si noble occasion de montrer un courage héroïque? — Vous répondrez peut-être à ceci : Mais tous ne vaincront pas ! — Qu'est-ce que cela y fait ? Certes, il vaut bien mieux, il est plus naturel que les hommes vertueux et justes aient l'occasion de s'exercer dans la pratique de la vertu et de manifester leur bonne volonté, et que ceux qui ne sont pas animés de ces sentiments , soient punis de leur lâcheté, que de voir enlever aux justes leurs
couronnes à cause de la conduite de quelques lâches. Quand ceux-ci succombent, ce n'est point parce que leur ennemi est plus fort, mais c'est qu'ils sont sans énergie, sans courage ; il serait donc injuste d'ôter aux âmes vaillantes l'occasion d'exercer leurs forces, et de se couvrir de gloire, à cause de quelques âmes viles et ignobles. Ce serait comme si on mettait en champ-clos deux combattants dont l'un serait disposé à lutter avec son adversaire, à montrer son courage et à obtenir la palme du triomphe, tandis que l'autre, au lieu de soutenir le combat, préférerait le repos et les délices. Or si le juge du camp voulait les traiter tous deux de la même manière et laissait le lutteur courageux sortir de l'arène avec son lâche antagoniste sans avoir rien fait, ce serait une sanglante injure à l'adresse du premier, vu la lâcheté du second ; celui-ci serait seulement honni, non à cause de son courageux adversaire, mais à cause de sa propre lâcheté. — Bien plus ! en supposant que ces idées, relativement à l'esprit malin, fussent justes et conséquentes, il faudrait par là-même accuser sous plus d'un rapport la sagesse et la providence de Dieu, et conclure nécessairement que toute la création doit être détruite. Détruits les yeux et les langues qui servent si souvent à désirer des choses illicites, à blasphémer Dieu, à prêcher des doctrines impies. Détruits les pieds, détruites les mains qui servent, les uns à courir au mal, les autres à verser le sang innocent. Détruites les oreilles qui aiment si souvent à entendre des paroles vaines et obscènes, sources de ruine pour l'âme. S'il fallait adopter cette conclusion, nous devrions travailler à anéantir les aliments, la boisson, le ciel, la terre, la mer, le feu, l'eau, l'air, etc., parce que, malgré leur utilité, ils peuvent souvent occasionner des maux. »
{Gr. Cat. 70e q.) Les tentations du démon serviront réellement à notre salut, si nous combattons avec foi et confiance, en recourant à l'arme de la prière et aux bénédictions de l'Eglise, en résistant courageusement à toutes ses sug-
gestions. Voilà pourquoi S. Paul nous donne cet avis: « Servez-vous surtout du bouclier de la foi, pour pouvoir éteindre tous les traits enflammés de l'esprit malin. » (Epît. aux Eph. 6, 16.) Et S. Jacques nous crie : « Résistez au démon et il fuira loin de vous. » (4, 7.)
Exemples tirés de la Bible.
Un bel exemple qui montre que le démon n'a aucun pouvoir sur les justes et qu'on peut le vaincre aisément par la continence et la prière, nous est offert dans le livre deTobie. (6 et 8.) Tobie devait épouser la fille unique de Raguël, appelée Sara. Mais ayant appris qu'elle était possédée de plusieurs démons, il refusa de la prendre pour épouse. Alors l'ange Raphaël lui dit: « Ecoute-moi, et je t'apprendrai qui sont ceux sur qui le démon a quelque pouvoir. Ceux qui embrassent le mariage de manière à bannir Dieu de leur cœur et de leur esprit, et qui ne pensent qu'à satisfaire leur passion, comme les animaux sans intelligence, le démon a pouvoir sur eux : mais toi, après que tu auras épousé cette jeune fille, étant entré en sa chambre, vis avec elle dans la continence durant trois jours et songe à prier Dieu avec elle. Et, la même nuit, place dans le feu le foie du poisson, et le démon s'enfuira. » (6, 16.) Tobie fit ce que l'ange avait commandé, et voici que Raphaël saisit le démon et l'enchaîna dans le désert de la haute Egypte. (8, 3.)
Comment pouvons-nous échapper aux tentations du démon et les faire servir à notre salut.
Comparaisons.
Lorsque, à table où il y a plusieurs convives, un chien a remarqué que l'un d'eux lui jette de temps en temps un morceau, non-seulement il le mangera de suite, mais il regardera avec attention celui qui lui a donné ces restes, tandis qu'il quittera à l'instant celui qui ne lui donne rien ; voilà comment la démon en agit avec nous. Sans cesse il nous observe pourvoir si nous ne laissons rien tomber, soit une parole coupable, soit une mauvaise action qui lui plaise, et
il deviendra d'autant plus attentif que nous commettrons plus de mal ; au contraire si nous sommes réservés dans notre langage et notre conduite, si nous ne laissons rien tomber devant lui, il nous quittera bientôt et cessera de nous épier. » (5. Chrysosl.)
« Quand l'ennemi observe votre talon, faites attention à sa tête. Sa tête, c'est le commencement de toute mauvaise inspiration; résistez-y avant que la complaisance ne s'en mêle et que le consentement ne suive. Si vous ne pouvez écraser sa tête, fuyez! » (S. Augustin.)
« Le démon est semblable à un chien enchaîné qui ne saurait mordre personne sinon l'imprudent ou le téméraire qui s'en approche de trop près. Vous regardez comme un homme stupide celui qui se laisse mordre par un chien à la chaîne. — Donc ne vous approchez pas non plus du démon par la volupté et les désirs sensuels, et il n'essaiera pas de vous attaquer. — Il peut aboyer, s'élancer, mais il ne peut blesser que celui qui veut bien l'être ; car il ne nous entraîne pas par la violence, mais par la séduction ; notre consentement, il essaie bien de le mendier, mais il ne peut le commander ou l'arracher de vive force. » (S. Augustin, Serm. 197.)
« L'esprit malin déploie sans cesse ses ruses et son agilité pour nous perdre éternellement; il examine toujours s'il ne trouve pas une heure, un moment où, dans l'oubli, nous avons laissé ouverte une fenêtre de nos sens, et où nous ne sommes pas sur nos gardes; aussitôt qu'il s'en est aperçu, il y entre en glissant et nous enlève tout notre bien. C'est pourquoi gardez vos fenêtres et veillez à ce qu'il ne s'introduise pas dans votre demeure comme un voleur; veillez sans discontinuer, de toutes vos forces et avec un cœur calme; car aussitôt que l'orgueil, la vaine gloire où l'égoïsme occupent l'homme, le démon est a l'instant là et le dépouille de toutes ses bonnes œuvres. » (Tauler.)
Comment on peut vaincre le plus aisément le démon.
Un pieux auteur dit: « Le démon ne peut respirer l'air du
matin, entendre le chant du coq ou supporter la lumière du jour; c'est-à-dire, qu'il fuit quand on se repent et qu'on fait pénitence comme S. Pierre lorsque le coq chanta, ou qu'on prononce avec respect et dévotion le nom de Jésus; car Jésus-Christ est le soleil brillant de la justice devant qui le prince des ténèbres doit fuir : et voilà pourquoi il ne peut souffrir ce saint Nom. Vous fuirez avec non moins de facilité les embûches du démon, si vous tenez les yeux attachés au ciel. »
Pratique. î) Gardez-vous bien de devenir par le péché, semblable au démon ou de devenir son suppôt en corrompant vos frères ! 2) Imitez au contraire les bons anges, honorez-les tous les jours et recommandez-vous à votre ange gardien dans tous les périls qui menacent votre âme ou votre corps !
La dévotion aux anges gardiens.
L'Eglise catholique a institué une fête spéciale en l'honneur des saints anges gardiens, et qui se célèbre ordinairement le premier dimanche de Septembre. Par ce moyen elle veut nous exciter à les honorer avec piété, et à les imiter avec fidélité.
Les enfants de l'Eglise, obéissant à ce vœu de leur mère, se sont toujours montrés les fidèles imitateurs des saints anges et leur ont voué une tendre dévotion. Sous ce rapport se distingua surtout S. Anselme, évéque de Cantorbery, qui adressait chaque jour la prière suivante à son ange gardien : « 0 esprit céleste ! à la garde duquel Dieu m'a confié, jevous priedemeprotégeretdeme défendre contre toutes les attaques du démon, quand je veille ou quand je dors, le jour et la nuit; à chaque heure de ma vie, marchez à mes côtés ! Eloignez de moi toutes les tentations du démon, et ce que je ne puis obtenir par mes mérites, obtenez-le moi par votre intercession de notre miséricordieux juge et Seigneur, lui qui vous a choisi pour me garder et m'a recommandé à vos soins afin qu'aucune puissance ennemie ne puisse me nuire.
Détournez-moi du chemin du vice pour me reconduire dans le sentier de la vertu! Dans quelque péril que je puisse me trouver, aceordez-moi l'assistance d'en haut, et lorsque mon âme quittera ce corps, ne souffrez pas que les esprits de ténèbres m'attaquent et me poussent au désespoir. Ne m'abandonnez pas que vous ne m'ayez conduit en présence de mon Créateur, où je pourrai le louer avec vous et tous les saints durant l'éternité. Ainsi soit-il. »
Soyez toujours pieux et chastes dans vos mœurs Les anges saints alors seront vos protecteurs.
Un jour que S. Antoine, archevêque de Florence, traversait les rues de cette ville, il vit, en levant les yeux, des anges planer au-dessus d'une petite maison. Étonné de cette apparition, il entra dans l'humble demeure pour savoir qui l'habitait, et il y trouva une pauvre veuve avec ses trois filles, occupées activement au travail qui leur fournissait le pain de chaque jour, et les soutenait au milieu de la plus poignante misère. L'archevêque, dont le cœur était plein de charité et de bonté, en voyant cette vertu calme et tranquille au milieu d'une si grande pauvreté, résolut de les tirer de cet état précaire et fit remettre à la veuve une somme suffisante pour lui permettre, à elle comme à ses filles, de vivre convenablement. — Peu de temps après, le saint pontife passe par la même rue, mais au lieu d'apercevoir au-dessus du toit de l'humble cabane des esprits célestes, il y voit des esprits infernaux qui ont pris leur place. — Effrayé de cette apparition, il s'informe aussitôt de la conduite des femmes et il apprend avec tristesse qu'elles abusaient de l'aumône qu'il leur avait fait parvenir; qu'au lieu de se livrer comme auparavant au travail, elles s'adonnaient à la vanité, aux joies et aux plaisirs du monde. Le pieux archevêque leur donna de sévèresadmonitions et se vit obligé de restreindre les aumônes qu'il leur accordait de temps en temps. — Cet exemple nous apprend que sur chaque maison veillent les serviteurs de celui qu'on y reconnaît pour maître. Où règne la vertu, là aussi veilleront les anges, qui n'y laisseront en-
CATÉC. PRATIQUE. T. I. 10
trer que les anges; mais dans les familles où le crime a établi sa demeure, là aussi les démons feront la garde et ne laisseront pénétrer que les démons ! — Ame chrétienne, quel <>st celui qui tient la garde devant votre maison?