‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemplesChapitre 13 sur 47 · V. DU PREMIER HOMME ET DE SA CHUTE · texte numérisé non relu

V. DU PREMIER HOMME ET DE SA CHUTE

{Gr. Cat. 74-79etf.)

Les principales créatures dans le ciel sont les anges; niais la principale créature sur la terre, c'est l'homme. Dieu créa le premier homme, en formant du limon de la terre un corps auquel il unit, par un souffle, une âme immortelle. Pendant le sommeil de ce premier homme, appelé Adam, Dieu forma d'une de ses côtes Eve, la première femme, parce que l'homme et la femme, comme époux , doivent s'aimer mutuellement de manière à n'être qu'un seul corps et une seule âme. Dieu créa l'homme à son image, c'est-à-dire qu'il l'orna de dons naturels et surnaturels qui le firent ressembler à Dieu ; il lui insuffla une âme, qui est un esprit immortel, doué de raison et d'une volonté libre, lui accorda la grâce sanctifiante et avec elle, le titre d'enfant de Dieu, le droit à l'héritage du ciel; en même temps il lui donna le privilège de soumettre ses sens à l'esprit, d'être exempt des fatigues, des douleurs ainsi que de la mort.

La création de l'homme.

L'Ecriture-Sainte nous rapporte l'histoire de la création de l'homme de la façon suivante: Après que le Dieu toutpuissant eut créé le ciel et la terre avec tout ce qu'ils renferment, il se dit: Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance (4), qu'il domine sur les poissons de la mer, sur

(1) D'après la doctrine des SS. Pères, il y aune différence remarquable entre image et ressemblance. En vertu de l'image, l'homme doit posséder la raison et

de l'homme. 219

les oiseaux du ciel, sur les animaux qui demeurent sur la terre et sur tous les reptiles ! — Et Dieu créa l'homme à son image, et il le créa à l'image de Dieu ; il les créa mâle et femelle. Dieu les bénit, et leur dit: « Croissez et multipliezvous; remplissez la terre et vous l'assujettissez; dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se meut sur la terre! » — Et Dieu dit encore: « Voilà que je vous ai donné toutes les plantes répandues sur la surface de la terre et qui portent leur semence et tous les arbres fruitiers qui ont leur germe en eux-mêmes pour servir à votre nourriture... » Et il en fut ainsi. Et Dieu vit toutes ses œuvres, et elles étaient parfaites, etc. {Gen. 1, 26-51.)

Comparaison.

Le puissant Créateur de la nature forma le corps du premier homme de terre, et lui communiqua un esprit de vie. Voilà pourquoi d'un être éternellement vivant sortit un être vivant, d'un être intelligent un être raisonnable, d'un être immortel une âme immortelle , c'est-à-dire que l'homme reçut en lui une image divine. — Voilà comment cette précieuse monnaie fut frappée au coin de l'image divine. (Munch.)

L'homme est un monde en petit.

D'après un mythe allégorique des anciens Indiens, les forces créées de l'univers se réunirent un jour et firent cette prière à l'esprit divin primitif ou à Atma: « Donnez-nous une forme! » Et Atma leur montra la forme de la vache (qui, comme on sait, est en grande vénération chez les Brahmines), mais elle ne leur plut pas. Il leur présenta alors la forme du cheval; mais elles n'étaient pas encore satisfaites. Alors il leur fit voir la forme humaine, et dès qu'elles J'eurentvue, elless'écrièrent: « Admirableet magnifique est cette

d'autres facultés sublimes; en vertu de la ressemblance, la sainteté et le bonheur surnaturel. L'image ne peut pas se perdre, mais bien la ressemblance. * Cette image, » dit S. Anselme, a peut être obscurcie et souillée par négligence, mais el e ne peut être détruite dans sa nature. »

forme! » Àtma ordonna alors à chacune d'elles d'en prendre possession en se mettant dans les parties qui leur conviendraient. Le feu devint aussitôt parole et entra dans la bouche; l'air devint haleine et chercha à pénétrer par les narines; le soleil devint vue et pénétra dans l'œil ; l'espace se fit ouïe et prit son siège dans l'oreille; les plantes et les arbres devinrent épidémie et chevelure; la lune devint cœur et se plaça dans la poitrine; la mort devint consomption et entra par le nombril. Dans ce mythe fantastique, ou plutôt, dans ce rêve de l'imagination, peut-on méconnaître cette pensée fondamentale que le corps humain offre un travail fusionné et organique, la centralisation au suprême degré de toutes les forces, de toutes les formes de la nature physique, atteignant la perfection aussi bien que la fin de son existence créée dans le corps de l'homme? Cette vérité est exprimée d'une manière bien plus simple et plus claire dans les annales saintes qui nous racontent l'histoire de la création, puisqu'elles nous montrent l'homme comme la dernière œuvredu Créateur, et les autres objets créés avant lui, produits en vue de lui. (Veith. L'enfant prodigue.)

Comparaison.

«Dieu agit, lors delà création de l'homme, comme un savant qui compose un livre. Que fait celui-ci ? à la fin de tout l'ouvrage, il place, en forme d'épilogue, un chapitre qui renferme en abrégé toute la substance du livre. Voilà ce que fit Dieu; l'univers qu'ilacréé, est comme ungrand livre où quiconque, s'il le veut, peut lire la puissance divinedans la formation du monde, la sagesse dans l'ordre qui y règne, la bonté dans sa conservation. D'abord il créa les êtres physiques et les êtres spirituels, puis enfin l'homme qui a quelque chose de commun avec toutes les créatures; comme les pierres il a l'existence, comme les plantes la vie, comme les animaux les sensations, comme les anges l'esprit. » {S. Vinc. Ferr. Serm. 4. Dom. Epiph.)

L'homme a une âme immortelle.

Oui, l'homme a une âme immortelle et c'est la partie la

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plus noble de son être. Cependant, combien n'en est-il pas qui doutent s'ils ont même une âme! Un jour un paysan vint trouver à Rome un confesseur dans le dessein de lui faire l'aveu de ses fautes. Celui-ci était de suite prêt, mais comme il remarquait chez son pénitent une inquiétude, un trouble extraordinaire, il s'imagina qu'il devait encore avoir la conscience chargée d'un péché énorme qu'il n'osait avouer. Il essaya de lui inspirer de laconfiance et du courage et l'engagea à lui ouvrir son cœur comme à Dieu lui-même qu'il représentait. — « Hélas! répondit le campagnard, ce qui me trouble et m'agite tant, c'est un doute dont j'ai peine à me défaire; je ne puis en effet me persuader que nous ayons une âme. » On comprend aisément quelle dut être la surprise du bon prêtre en entendant cet étrange aveu. Il chercha donc dans son esprit le moyen de convaincre cet homme ignorant, de l'existence de l'âme, mais d'une manière courte et claire, puisque de longs raisonnements philosophiques n'auraient pu être compris ni produire le moindre effet. L'Esprit d'en haut sembla fournir un tel moyen au confesseur. Il demanda donc d'abord à son pénitent, pour quelle raison il ne croyait pas à l'existence de l'âme? « Parce que je ne puis la voir, » répondit-il. « Eh bien ! dans ce moment-ci pensez à quelque chose, n'importe à quoi » lui dit le confesseur, et après quelques moments, « Avez-vous pensé?» — « Oui, comme votre révérence m'a dit de le faire. » — « Bah ! je ne puis croire que vous ayez pensé à quelque chose, » continua le prêtre d'un ton moitié sérieux, moitié badin; mais le paysan de lui soutenir fort et ferme qu'il avait pensé et bien pensé. « Pourquoi en doutez-vous? » — « Parce que je ne puis voir vos pensées, » dit le confesseur, et notre. pauvre homme fut guéri de ses doutes. (Philotée. XIV année, p. 120.)

L'homme est le chef-d'œuvre de la sagesse divine.

L'orateur païen, Cicéron, écrivit tout un traité sur la nature et les œuvres de la divinité. Il y passe en revue le règne végétai et animal et montre avec quelle sagesse, avec quelle intelligence tous ces différents êtres ont été faits. Alors il

passe à l'homme et prouve combien la sagesse divine se reflète dans la structure du corps humain. Voici comment il parle du corps humain, de sa taille droite et de ses différents sens. « Les yeux, dit-il, comme des sentinelles occupent la place la plus élevée, d'où ils voient tout. De même les oreilles devant percevoir les sons qui s'élèvent dans les airs, sont placées à la partie supérieure du corps. Le nez est voisin de la bouche, afin qu'il puisse distinguer par l'odorat ce que nous voulons manger. Le goût se trouve dans la partie de la bouche qui est comme le chemin indiqué par la nature aux aliments, pour s'introduire dans notre estomac. Le tact est en quelque sorte répandu sur tout le "corps. » Voilà comment parle un païen, et nous chrétiens, nous considérons si rarement la sagesse et la bonté que Dieu a manifestées en formant notre corps. (Confer. Gaume. Catéch.T.I.)

Soyons reconnaissants envers le Créateur.

Pendant une belle soirée de Mai, lorsque la nature se couvrait d'un tapis vert émaillé de fleurs, Wendelin faisait paître ses brebis; mais il se tenait triste près d'un buisson d'aubépine en fleurs et les larmes perlaient le long de ses joues. Un autre jeune homme vient et lui demande: « Pourquoi pleures-tu? » — « Hélas, dit Wendelin, j'ai vu un affreux crapaud, qui rampait dans la forêt. » « Comment, dit l'autre, peux-tu pleurer pour cela?» —Et Wendelin répliqua: «Quand je vis ce crapaud, je médis: cet animal est si hideux, il rampe péniblement à terre, il ne connaît rien du Créateur, et il passe la plus grande partie de sa vie dans la boue et dans des trous obscurs, jusqu'à ce qu'il pourrisse. Et moi, me disais-je en moi-même, j'ai un beau corps humain, je marche la taille droite, je puis contempler le ciel et la terre, je jouis de la vue des arbres et des fleurs; je connais mon Créateur, j'ai une âme immortelle, et néanmoins je n'ai pas été reconnaissant envers lui autant que je le devais. Oh! quand je pense à mon ingratitude, jene puis m'em pêcher de pleurer. »

Bonheur de nos premiers parents dans le paradis.

L'homme parut dans le paradis terrestre, dans la plénitude de la beauté, de la justice et de la félicité. Orné de dons naturels etsurnaturels, il ne connaissait ni les douleurs, ni les peines, ni la révolte des sens contre l'esprit, ni les terreurs de la mort; il était heureux en Dieu, l'enfant de Dieu et l'héritier de son royaume céleste. Un docteur de l'Eglise nous dépeint cet heureux état dans les paroles suivantes: Pareil à la source limpide et argentée dont les eaux pures reflètent la splendeur du soleil, l'amour coulait dans le cœur innocent des premiers parents, et tous les astres de la grâce divine rayonnaient en lui. A l'horizon de leur vie ne s'élevaient point encore des nuages orageux, recelant la foudre et destinés à ravager les riches campagnes. Ils ne se recherchaient pas eux-mêmes, et ne prétendaient pas faire passer leur supériorité comme venant d'eux-mêmes; l'égoïsme ne s'était pas encore glissé dans le cercle de leur vie; ils étaient saints parce qu'ils ne connaissaient pas le péché. Telle était leur vie dans le paradis, vie de paix, de joie, de bonheur en Dieu. — S. Augustin nous retrace cette félicité de la manière suivante: « L'homme vivant dans le paradis, se plaisait dans la jouissance de Dieu et, il était heureux en celui qui seul est le vrai bonheur. Il n'éprouvait aucun besoin et il ne dépendait que de lui, de toujours vivre ainsi. 11 avait de la nourriture pour prévenir la faim, des boissons pour éloigner la soif; il avait à sa disposition l'arbre de vie contre l'épuisement de l'âge. Rien de nuisible dans le corps ou hors du corps ne troublait ses sens. Au dedans il n'avait pas à craindre de maladie, au dehors nul malheur qui eût pu le surprendre. Le corps jouissait d'une parfaite santé, l'âme d'un calme parfait. De même que dans le paradis il n'y avait ni chaleur ni froid, ainsi dans ceux qui l'habitaient, il n'y avait ni désirs ardents, ni froides terreurs quand il s'agissait du bien. Il n'y avait ni tristesse, ni joie excessive et frivole. La joie était durable et permanente en Dieu, puisque l'amour provenant d'un cœur pur, d'une bonne conscience

et une foi sincère régnaient en eux. Les deux époux y vivaient fidèlement ensemble dans un amour pur et honnête; il y régnait une vigilance mutuelle sur l'esprit et le corps, et l'observation des commandements était sans peine. » [S. Aug. de civit. Dei. Lib. 14. Cap. 26.)

(Gr. Cat. 80-82e q.) Nos premiers parents avaient obtenu ces dons naturels et surnaturels, non-seulement pour eux, mais ces dons, d'après les desseins de Dieu, devaient encore passer à leurs descendants, à tout le genre humain, à la condition pourtant d'observer la défense de Dieu, en ne mangeant pas du fruit de certain arbre. Dieu leur donna cette défense, afin que par la pratique de l'obéissance, ils pussent mériter le bonheur surnaturel en vue duquel ils avaient reçu la grâce sanctifiante. Mais nos premiers parents ne soutinrent pas l'épreuve, ils crurent plutôt au serpent qu'à Dieu, transgressèrent la défense divine, mangèrent du fruit défendu et péchèrent. « Les fruits de l'arbre de la science, cueillis en temps convenable, eussent été salutaires; mais cueillis avant le temps fixé, ils donnèrent la mort. » Telle est la réflexion de S. Ephrem.

La chute de nos premiers parents.

Voici comment ce triste événement est rapporté dans TEcriture-Sainte: « Le Seigneur fit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden, pour le cultiver et le garder. Et le Seigneur fit à l'homme un commandement et lui dit: « Tu peux manger de tous les fruits du jardin, mais ne mange pas du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal ; car au jour que tu en mangeras, tu mourras de mort. » Or, dans le paradis se trouvait le serpent, le plus rusé des animaux sur la terre; il dit à la femme: « Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu de manger du fruit de tous les arbres de ce jardin? » La femme lui répondit: « Nous mangeons du fruit des arbres de ce

mt

jardin; mais pour le fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin. Dieu nous a commandé de n'en point manger et de n'y point toucher, de peur que nous ne mourrions. » Le serpent répondit à la femme: « Assurément vous ne mourrez point de mort, car Dieu sait que le jour où vous aurez mangé de ce fruit, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s'aperçut donc que ce fruit était bon à manger, et beau à voir, et d'un aspect désirable; et elle en prit et en mangea, et elle en donna à son mari, qui en mangea comme elle. » [Gen. chap. 2 et 5.) Voilà comment l'ordre de Dieu fut transgressé et le premier péché commis. Alors leurs yeux s'ouvrirent; mais hélas! c'était trop tard.

[Gr. Caî. 83e q.) Cette transgression était un péché très-grave; car nos premiers parents, quoique remplis de la connaissance de Dieu, crurent plutôt au serpent (au démon) qu'à Dieu, se révoltèrent contre lui et voulurent être comme Dieu. {Gen. 3.) Afin de nous faire comprendre l'énormitéde ce péché, S. Augustin dit: « Dieu fut méprisé, Dieu qui avait inspiré ce commandement, qui avait créé l'homme et l'avait fait à son image, Dieu qui l'avait élevé audessus des autres créatures, placé dans le paradis, rempli des dons de la grâce et de la justice, et qui ne l'avait pas surchargé de commandements trop nombreux ou trop difficiles à observer. » (S. Aug. de civit. Dei, Lib. 14, cap. 15.)

Remarque: Quoiqu'il en soit, personne ne doit se permettre de dire: « Si j'avais été à la place d'Adam ou d'Eve, je n'aurais pas commis ce péché. » La parabole suivante le prouvera suffisamment comme aussi l'infinie bonté de Dieu à l'égard de l'homme déchu. (On peut l'appliquer également à la 95e question.)

Le roi des Indes et les charbonniers, (parabole).

Un roi des Indes était parti pour la chasse avec ses principaux officiers. Arrivé au rendez-vous, le prince quitte ses

gens et s'enfonce seul dans l'épaisseur de la forêt. Bientôt il entend à quelque distance une conversation fort animée dont il désire comprendre le sens. Il s'approche doucement et se cache derrière un énorme chêne. C'étaient un charbonnier et sa femme qui se plaignaient amèrement des misères de la vie; la femme surtout murmurait tout haut contre Dieu et accusait nos premiers parents. « Ah, » disait-elle, « si j'avais été à la place d'Eve, jamais la gourmandise ni la curiosité ne m'auraient fait désobéir. » Le prince les laissa dire sans les interrompre. Quand ils eurent fini, il s'approcha, et faisant comme s'il n'avait rien entendu: « Vous êtes bien malheureux, » leur dit-il, « si vous voulez, je changerai votre sort; vous n'avez qu'à me suivre. »

L'air, le ton, la bonne grâce de l'inconnu, persuadèrent aisément les deux charbonniers. Il est si facile de nous persuader quand on promet le bonheur! « Venez avec moi, » leur dit le prince; et, sur-le-champ, quittant leur travail et leurs instruments, ils se mettent à sa suite.

Après une marche assez longue, on arrive au bord de la forêt. Là se trouvaient réunis les officiers et la suite du prince. Le monarque monte dans sa voiture, et, au grand étonnement de toute la cour, il y fait monter avec lui ses deux nouveaux protégés. Arrivé au palais, il leur fait donner des habits et des appartements convenables à leur nouvelle position; de nombreux officiers sont mis à leurs ordres, chacun s'empresse, parce qu'on voit dans les nouveaux hôtes les favoris du maître.

Quelques jours se passentainsi dansl'abondanceetlajoie, et le charbonnier et son épouse de se féliciter et de béni rie prince. Cependant un jour, celui-ci les appelle et leur dit: « Vous savez de quel état je vous ai tirés ; vous êtes heureux maintenant. Ce bonheur dont vous jouissez, il ne tient qu'à vous de le posséder toujours; si même vous êtes fidèle à mes ordres, vos enfants participeront aux mêmes avantages. Je ne mets à mes faveurs qu'une seule condition: vous mangerez de tous les aliments qui chaque jour vous seront apportés; je n'en excepte qu'un seul qui sera placé au milieu de la

table, dans un superbe vase d'or, enrichi de pierreries et parfaitement fermé. Le jour où vous y toucherez, vous mourrez. Ne l'oubliez pas, votre sort et celui de vos enfants dépend de votre fidélité. » Là-dessus, le roi se retire et nos charbonniers d'exalter la bonté d'un prince qui voulait bien attacher leur bonheur et celui de leurs enfants à une condition si facile.

L'heure du repas arrive, le vase d'or paraît. Sa forme élégante, les ciselures dont il est orné, les perles qui l'enrichissent frappent vivement les regards des deux convives, qui, du reste, mangeaient toujours seuls. La femme surtout ne put détacher ses yeux de ce brillant objet; mais par respect pour les ordres du prince, elle s'en tient là. Au repas suivant, le vase est de nouveau placé sur la table. Plus on le regarde, plus il paraît beau. Un désir naît au fond du cœur de la nouvelle Eve; cependant elle n'ose le manifester encore.

Les jours suivants, même spectacle et aussi même désir. Enfin, après deux mois, la curiosité l'emporte. La femme dit à son mari: a Depuis que ce vase est sur la table, tous les mets me sont insipides. Je serais heureuse si je pouvais seulement voir ce qu'il renferme; mon intention n'est pas d'en manger. » — « Gardez-vous bien d'une telle pensée, » lui dit son mari, « le roi s'en est expliqué: le jour où nous toucherons à ce vase, nous mourrons. » — « Mais, » reprend la femme, « nous pourrons y toucher sans qu'on s'en aperçoive. Je vais soulever tant soit peu le couvercle, je jetterai un rapide coupd'œii et je serai satisfaite. » Le mari n'a pas le courage de mécontenter son épouse. « Permettez-moi, » dit-il, « que je vous aide, le danger sera moins grand. »

La femme, empressée avance la tête, tandis que le mari soulève doucement le fatal couvercle. Mais, ô malheur! une souris s'agite au fond du vase; la femme, effrayée, pousse un cri; le mari laisse tomber le couvercle, la petite prisonnière s'échappe et disparaît.

Le roi qui se trouvait dans une pièce voisine, accourt au bruit, et prend les coupables sur le fait. C'est ainsi, leur

dit- il d'un ton sévère, que vous respectez mes ordres ! Vous allez subir le châtiment dont je vous ai menacés. A ces mots, il ordonne qu'on les fasse mourir. En ce moment, survient le fils unique du roi, qui, se jetant aux genoux de son père, s'écrie: « Grâce, grâce pour eux! s'il faut une victime à votre justice, me voici, mon père, je vous offre ma vie. » Le roi accepte la médiation de son fils, et le condamne à mourir à la place des deux coupables. Il est conduit à l'échafaud, il meurt; et, à sa considération, les deux criminels conservent la vie et reçoivent tous les moyens de recouvrer, pour eux et leurs enfants, les avantages dont ils venaient de se dépouiller par leur faute. « Seulement, leur dit le roi, vous ne rentrerez dans les biens que vous avez perdus, qu'autant que vous profiterez des moyens que la mort de mon fils bien-aimé vous a procurés. C'est l'épreuve à laquelle je vous soumets. Allez la subir loin de mon palais; reprenez vos haillons et le chemin de votre foret. Si vous êtes fidèles et que vous aimiez mon fils, je vous rendrai tous les biens que vous avez perdus, et même de plus grands. Tous vos enfants, jusqu'à la dernière génération, en jouiront après vous; du reste, rien ne vous manquera ni pour le corps, ni pour l'âme. Si vous avez besoin de quelque chose, demandez, et sur-le-champ vous serez satisfaits. » Y a-t-il, nous vous le demandons, une ombre d'injustice ou de cruauté, dans la conduite de ce bon prince? au contraire, tout n'y est-il pas justice et miséricorde? E,t maintenant, ce que nous supposons s'être passé entre eux, a eu lieu dans le paradis terrestre. La conduite de ce roi nous représente trait pour trait la conduite de Dieu. (Gaume. TA. pag. 500.)

(Gr. Cat. 84e q.)

Puisque cette transgression était un péché si grave, Dieu infligea aussi une punition très-grave à Adam et à Eve. En effet : i) ils perdirent tous les dons surnaturels et parla les forces de leur âme furent affaiblies, ù2) ils

furent chassés du Paradis, où Dieu les avait placés, 3) ils devinrent sujets à la damnation éternelle.

La punition du premier péché, d'après le récit de l'Ecriture Sainte.

A peine eurent-ils commis le péché que les yeux des deux coupables s'ouvrirent; ils reconnurent qu'ils étaient nus, et ilsse firent de larges ceintures de feuilles de figuier : Voilà qu'ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui s'avançait dans le jardin, à l'heure du jour où il s'élève un vent doux, et ils se cachèrent parmi les arbres, pour éviter la présence de Dieu. Mais le Seigneur appela Adam, et lui dit: « Où es-tu? » Adam, répondit: « J'ai entendu votre voix dans le jardin; et comme j'étais nu, j'ai été saisi de crainte, et je me suis caché. » Alors Dieu lui dit: « Qui t'a appris que tu étais nu, à moins que tu n'aies mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais défendu de manger? » Adam répondit: «La femme que vous m'avez donnée pour compagne m'a présenté du fruit de cet arbre, et j'en ai mangé. » Et le Seigneur dit à la femme: « Pourquoi as-tu fait cela? » Elle répondit : « Le serpent m'a trompée et j'ai mangé de ce fruit. » Dieu dit alors au serpent: « Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux et toutes les bêles de la terre; tu ramperas sur le ventre, et tu mangeras la poussière durant tous les jours de ta vie. Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne, elle te brisera la tête, et lu tendras des embûches à ses pieds. » Il dit à la femme: «Je multiplierai tes calamités et tes enfantements; tu enfanteras dans la douleur, tu seras sous la puissance de ton mari, et il te dominera. » Il dit aussi à Adam : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit dont je l'avais ordonné de ne pas manger, la terre est maudite, et à cause de toi ; tu n'en tireras chaque jour ta nourriture qu'avec un grand labeur. Elle ne produira que des ronces et des chardons, et tu te nourriras de l'herbe de la terre. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre d'où tu as été tiré; car tues pous-

sière et tu retourneras en poussière. » — Le Seigneur fit à Adam et à sa femme des tuniques de peaux et les en revêtit; et il les chassa du jardin de délices, pour labourer la terre d'où il avait été tiré. Et il chassa l'homme, et il plaça à l'entrée du jardin de délices un chérubin armé d'un glaive flamboyant qui s'agitait toujours, pour garder la voie de l'arbre de vie. {Gen 4.)

{Gr. Cat. Sfrq.) Ce péché eut en outre les suites les plus tristes pour les descendants des premiers hommes; car de même qu'Adam et Eve, en demeurant obéissants, eussent conservé les dons surnaturels, non-seulement pour eux, mais aussi pour tous leurs descendants, de même par leur désobéissance, ont-ils perdu ces dons non-seulement pour eux, mais encore pour nous tous et plongé ainsi tout le genre humain dans la plus grande misère.

Plaintes de S. Augustin.

En réfléchissant à ce triste sort, S. Augustin disait avec douleur: « 0 Seigneur! Vous êtes mon Dieu et mon maître, et je ne vous voyais, je ne vous reconnaissais pas. J'ai été créé pour vous connaître, et je n'ai pas encore fait ce pourquoi je fus créé. 0 sort déplorable de l'homme, puisqu'il a perdu la vie pour laquelle il avait été fait! que cette chute est affreuse et triste! Hélas! qu'a perdu l'homme et qu'a-t-il trouvé? qu'a-t-il quitté et qu'a-t-il rencontré? Il a perdu la félicité éternelle pour laquelle il avait été fait, et il a trouvé la misère pour laquelle il n'était point fait. 'Il a quitté celui sans lequel il n'y a pas de bonheur, et il a rencontré celui chez lequel il n'y a que malheur. Auparavant il se rassasiait du pain des anges, dont il a faim, et maintenant il mange le pain de la douleur qu'il ne connaissait pas. »

(Gr. Cat. 86-88e q.) Le malheur que nos premiers parents attirèrent sur tout le genre humain, consiste en ce que le péché avec

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toutes ses suites funestes passa d'Adam à tous les hommes, de sorte que nous venons tous au monde avec la tache du péché. « Par un seul homme, dit saint Paul, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort; et c'est ainsi que la mort est passée à tous les hommes parceque tous ont péché en lui. » (Epît.aux Rom. 5,12.) David s'en plaint avec tristesse dans le 50e Psaume, quand il dit : « Voyez, j'ai été conçu dans l'iniquité et ma mère m'a enfanté dans le péché. » (La très-sainte Vierge Marie, comme l'Eglise nous l'ordonne de croire, a été seule exempte du péché originel, elle fut conçue sans tache.) — Ce péché de nos premiers parents, nous l'appelons péché originel, parce que nous ne l'avons pas commis personnellement, mais qu'il a été commis par ceux dont le genre humain tire son origine ; quoique ce péché ne soit ni personnel ni actuel pour nous, néanmoins il est réellement un péché, car il donne la mort à l'âme.

Les païens eux-mêmes croyaient à un péché originel.

Du fond du sépulcre de l'antiquité païenne, du sein des solitudes où les peuples sauvages sont assis à l'ombre de la mort, s'élèvent des voix qui prouvent l'existence du péché originel et qui nous disent : « Oui, nous sommes nés dans le péché. » « Le premier homme et Ja première femme, disent les Perses, étaient innocents dès le principe, et soumis à leur créateur Ormuz. Ahrimanles vit et devint envieux de leur bonheur. Il se glissa près d'eux sous la forme d'un serpent, leur présenta des fruits et leur persuada qu'il était le créateur des hommes et du monde magnifique qu'ils habitaient. Ils ajoutèrent foi à ses paroles et depuis ce temps, Ahriman fut leur maître. Leur nature fut corrompue et cette corruption se communiqua à tous leurs descendants. » — Parmi les traditions du Mexique, il n'en est pas de plus connue que celle qui nous rapporte qu'une femme, la mère de notre race, fut trompée par le serpent, et qu'elle déchut

de son premier état, celui du bonheur et de l'innocence. — Que signifient ensuite ces cérémonies expiatoires, destinées à purifier l'enfant en entrant dans la vie, cérémonies qu'on rencontre chez toutes les nations ? La chose est si claire, si évidente que Voltaire ne pouvait s'empêcher de l'admettre. « Nous remarquons, dit-il, que les Perses étaient dans l'usage de baptiser, usage qui était adopté par tous les peuples de l'Orient. » Dans un autre endroit il dit encore : « La chute de l'homme dégénéré est le dogme fondamental de toute religion chez les peuples de l'antiquité. » {Eggert. le S. sacrifice de la messe.)

S. Simon Stylite.

Lorque S. Simon Stylite fut réprimandé par son supérieur à cause des rigueurs inouïes qu'il exerçait sur son corps, il ne répondit d'abord à ces réprimandes que par des larmes, mais ensuite il conjura le père abbé de le laisser mourir dans cet état pour l'expiation de ses péchés. « Et quels sont donc les crimes énormes dont votre conscience est chargée ? » lui demanda l'abbé. « Hélas ! » répondit l'humble anachorète, « David n'a-t-il pas dit qu'il avait été conçu dans le péché, et ce malheur ne m'est-il pas commun avec tous les hommes ? »

La racine empoisonnée.

Voici ce que Bressanvide écrit : « On dit qu'il y a un procédé par lequel on peut empoisonner tous les fruits d'un arbre, en empoisonnant sa racine. J'ignore si c'est vrai. Mais ce que je sais, c'est que ce procédé fut employé par le démon quand, par ses ruses, il engagea notre premier père à commettre le péché. Il sut communiquer à Adam, lui qui fut la racine du genre humain, un poison si actif, qu'il se répandit dans toutes les branches et nous transmit ses effets délétères; ce poison, c'est le pèche originel, avec lequel nous venons tous au monde et dont nous sommes tous atteints . » [T. 3,207.)

de l'homme. 233

Comparaison.

« Quandlepère est esclave;Ies enfants le deviennent aussi. C'est dans la nature de l'esclavage, où leur père les a élevés. Pourrez-vous dire que c'est injuste ? Nullement; car l'esclavage ne se rapporte pas à la personne mais à l'état. 11 en est de même du péché originel. Il s'attache, il est inhérent à toute la masse du genre humain; on l'hérite comme le sang, et en l'apporte en venant au monde. » ( 5. Bonaventure.)

Marie a été conçue sans péché.

Alexandre de Halès, célèbre docteur de l'université de Paris, éprouva par lui-même que Dieu tient à la croyance touchant l'Immaculée Conception de Marie, et 'qu'il punit ceux qui osent en douter. Ce savant qui possédait d'ailleurs de vastes connaissances, douta pendant quelque temps au sujet de cette glorieuse prérogative de Marie, et ne célébrait point la fêle instituée le 8 décembre en l'honneur de ce mystère. Mais il arrivait que chaque année, à pareil jour, il se sentait attaqué d'une maladie douloureuse, qui semblait être un avertissement d'en haut. Ses disciples lui firent observer cette singulière coïncidence et l'engagèrent à fixer son esprit flottant, en adoptant ce dogme sans arrière-pensée. Il le fit, et s'engagea par un vœu, si à l'avenir il était délivré de cette maladie périodique, à écrire un ouvrage en l'honneur de Marie conçue sans péché. Sa prière fut exaucée, car la maladie ne se présenta plus l'année suivante, et, fidèle à son vœu, il composa un livre où il défend la doctrine de l'Immaculée Conception de Marie, et rétracta tout ce qu'il avait pu dire ou écrire dans un sens contraire. C'est lui-même qui raconte, dans cet opuscule, l'événement remarquable que nous venons de rapporter. (Philotée, 46e année.)

{Gr. Cat. 89-90e q.) Quant aux suites funestes qui passèrent avec le péché originel à tous les hommes, ce furent les suivantes: — \) la disgrâce de Dieu, et avec elle la perte du titre d'en-

tant de Dieu et du droit à l'héritage céleste. C'est pourquoi S. Paul dit: « Par notre nature, nous étions enfants de colère; » (Epît. auxEphes. 2, 3.) — 2) l'ignorance, la concupiscence et l'inclination au mal. Aussi est-il dit dans la Genèse: « L'esprit et les pensées de l'homme sont inclinées au mal dès sa jeunesse. »(8, 21.) Et S. Paul qui ressentait les tristes suites du péché originel se plaignait en disant : « Je sens dans mes membres une autre loi qui combat contre la loi de mon esprit; » (Epît. aux Rom. 7, 23.) — - 3) toute espèce d'incommodités, de maladies, de peines et enfin la mort. Sirach en parlait en ces termes: « De grandes misères ont été créées pour tous les hommes, et un joug pesant est sur les enfants d'Adam, depuis le jour de leur naissance jusqu'au jour de leur sépulture. » De même il est dit au livre de la Sagesse: « Dieu a créé l'homme immortel, mais par l'envie de Satan, la mort est entrée dans l'univers. » (2, 23.) — Oui, la terre elle-même qui avait été créée en faveur de l'homme, éprouva la colère de Dieu. « La terre soit maudite à cause de toi, dit le Seigneur à Adam » tu n'en tireras chaque jour ta nourriture qu'avec un grand labeur; elle ne produira pour toi que des ronces et des épines. » (Genèse, 3, 17-18.)

Partout nous rencontrons les suites funestes du péché originel.

Ce ne sont pas seulement l'Eglise et l'Ecriture qui nous parlent des tristes suites du péché originel, mais encore les traditions primitives des plus anciens peuples de la terre ainsi que les Sages et les plus profonds penseurs de la société païenne. Socrates se plaint de la corruption générale des peuples; Platon compare le penchant au mal, à la piqûre empoisonnée des insectes et dit: Ce penchant est inné à l'homme par suite d'une ancienne faute non expiée. Aristote

de l'homme. 235

nomme l'inclination au mal, un crime inné; Sophocle et Euripide disent de même. — S'il en est qui ne veulent croire ni à ces grands écrivains ni à la Bible, qu'ils lisent alors dans leur propre conscience ou qu'ils fassent attention au développement moral des petits enfants, et ils pourront se convaincre que toutes les pensées, toutes les inclinations de l'homme sont, dès son enfance, tournées au mal. S. Grégoire compara donc avec raison le germe du mal à un chardon, qui, aux premiers jours du printemps, est doux et velouté, mais n'en est pas moins un chardon, et qui plus tard n'offre plus qu'un assemblage nombreux de pointes dures et piquantes. (Veith. Miser icordia.)

Comparaison.

« Celui qui nie l'existence du péché dans l'homme, ressemble à quelqu'un qui se noyant dans une inondation, ne veut pas l'avouer, mais dit qu'il n'a entendu que le murmure des eaux. Il en est de même des hommes qui, quoique enfoncés dans les flots du péché, prétendent n'avoir aucun péché dans leur cœur ou dans leurs pensées! — Le vase précieux de l'âme est descendu à une grande profondeur; car le premier homme, en s'éloignant de Dieu et en encourant l'arrêt de mort, est tombé sous la puissance du péché qui est comme un abîme d'amertumes. » {S. Macaire.)

{Gr. Cat. 9i-95e q.) C'en était fait de toute l'humanité; nul homme n'aurait plus été en état de trouver grâce ou de se sauver, parce que la justice divine exigeait une satisfaction proportionnée au péché, et qu'aucune créature, moins encore l'homme tombé si bas, n'était capable de la donner. S. Bernard fait à ce sujet une belle réflexion : « On rie remonte pas aussi facilement d'un abîme qu'on y est descendu. L'homme y tomba par sa volonté; mais sa volonté ne suffisait pas pour pouvoir en sortir. » — Cependant Dieu eut pitié de l'homme déchu, car il lui promit un Sauveur qui, par une satisfaction complète, devait

effacer son crime et le réintégrer dans la grâce et le droit à l'héritage céleste. En effet quand Dieu eut maudit le serpent (le démon) il ajouta cette promesse si douce et si consolante pour tout le genre humain : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne; elle te brisera la tête et tu tendras des embûches à ses pieds. » (Gen. 3, 15.)

Et voilà comment toute l'humanité futrécouciliée avec Dieu; car de même que par le péché d'un seul (d'Adam) tous les hommes sont tombés dans la condamnation, de même par la justice d'un seul (de Jésus-Christ) tous les hommes reçoivent la justification de la vie. » (EpîL aux Rom. 5, 18-20.)

Dieu, comme un tendre père, eut pitié de l'homme déchu.

Alfred-le-Grand, roi d'Angleterre, se rendit un jour en nombreuse compagnie à la chasse, dans une grande forêt. Tout à coup, il entend les cris d'un petit enfant, et qui semblaient descendre d'un arbre très-élevé. De suite il ordonne à ses chasseurs d'y grimper et de chercher l'endroit d'où partent ces vagissements. Au milieu d'une branche touffue, ils découvrirent un grand nid d'aigle, et dans le nid était couché un bel enfant nouvellement né, qui leur tendait ses petites mains et semblait implorer par la voix touchante deses larmes, leur pitiéetleurassislance. Des parentssans entrailles, avaient, dans leur cruauté, exposé cette tendre créature dans le nid afin qu'elle fût tuée et dévorée par les vieux aigles, quand ils reviendraient nourrir leurs jeunes. Le roi Alfred fit descendre le pauvre petit du nid et porter dans son palais; il l'adopta avec une vive tendresse comme son enfant et l'éleva avec une sollicitude toute paternelle comme son propre fils. — Dans cette histoire nous découvrons notre propre image. Le péché de nos premiers parents nous avait jetés tous dans le nid funeste du démon, où nous n'étions pas sûrs, un moment, de n'être point saisis par l'esprit malin, cet aigle vorace de l'enfer, et traînés par lui dans la mort éter-

nelle. Mais Jésus-Christ, cet adorable roi des rois nous vit exposés à cet horrible danger, il entendit la voix plaintive de nos larmes et dans sa tendresse paternelle, il eut pitié de nous. Par sa douloureuse passion et sa mort cruelle nous redevînmes les enfants bien-aimés de Dieu, les cohéritiers de son royaume céleste, les membres de sa bienheureuse famille, et nous pûmes lever avec joie notre front; car nous nous tenons avec assurance et courage à l'ombre salutaire de la sainte Croix, devenue l'instrument précieux de notre rédemption et le rocher de notre salut. (Bède Weber, sermons.)

(Gr. Cat. 94-9oe q.)

Objection. Si personne ne peut être sauvé sans la grâce du Sauveur, comment donc ceux qui vécurent avant sa venue ont-ils pu entrer au ciel? — Réponse: Ceux qui vécurent avant la venue du Sauveur du monde, ne purent pas sans doute entrer avant lui au ciel, mais au moyen de la grâce, que Dieu leur accorda en considération du futur Sauveur, ils purent mériter le royaume du ciel et ensuite y entrer avec lui. C'est ainsi que dans beaucoup d'endroits de l'ancien Testament, nous voyons Dieu accorder des grâces signaléesaux Israélites, et des hommes justes briller parmi eux. Aux païens mêmes, Dieu accorda beaucoup de grâces pour le salut de leur âme ; il se lit connaître à eux de différentes manières, il les avertit de faire pénitence et de se corriger : 4) par la voix de la conscience, 2) par des bienfaits dans l'ordre de la nature (actes des Apôt. 14-16.) 3) parles châtiments de sa justice, par exemple, en envoyant le déluge, en détruisant les villes de Sodome et de Gomorrhe, en frappant l'Egypte de dix plaies, 4) par des hommes extraordinaires, tels que Job, Balaam, Jonas, Daniel et d'autres qu'il suscita ou qu'il envoya parmi eux. o)Parles Israélites qu'il dissémina avec leurs livres saints parmi eux. En effet

Tobie remarque : « Dieu vous a dispersés (Israélites) au milieu des nations qui l'ignorent, afin que vous leur racontiez ses merveilles, et que vous leur appreniez qu'il n'y a de tout-puissant que lui. » (13, 4.) 6) Quelquefois aussi par des anges, tel que le centurion Corneille qui fut instruit par un ange (act. des Apôt. 10, 3.) ; par des songes, comme Nabuchodosor (Daniel. 2, 4), par des apparitions ou des événements merveilleux, c'est ainsi que Balaamfut averti par une ânesse, (Nombres. 22. )queBalthasar fut engagé à se convertir par une main mystérieuse, etc. Or, de même que Dieu se fit connaître aux païens dans l'ancienne loi, il se fait encore connaître à eux sous la loi nouvelle, et ils ne peuvent conséquemment se plaindre, s'ils se damnent.

L'idolâtre désirant connaître la vérité.

Dans la vie de Tauler on raconte le fait suivant: « Un idolâtre qui se distinguait par. la bonté de son cœur et l'austérité de ses mœurs, invoquait souvent celui qui l'avait créé ainsi que le monde, et dans sa simplicité, il disait: «0 Créateur de touteschoses! Je suis nédansce pays; orlesJuifs ont une autre croyance que moi, de même les chrétiens ; ô Seigneur! vous qui êtes au-dessus de nous et avez créé toutes choses, s'il n'y a pas de meilleure croyance que celle où je suis né, ou s'il y en a une qui est meilleure que la mienne, indiquez-la moi de la manière qu'il vous plaira, afin que je puisse l'embrasser ; car je suis prêt à obéir et à croire. Mais si vous ne me l'indiquez pas, et si je meurs dans ma foi, parce que je n'ai pas appris à en connaître de meilleure, ou, dans le cas qu'il yen ait une meilleure, parce que vous ne me l'avez pas indiquée ou manifestée, alors, vous m'auriez traité injustement ! » Bientôt son pieux désir fut satisfait. Dieu envoya des missionnaires dans ce pays, et ce bon idolâtre fut un des premiers qui embrassèrent le christianisme.

DE l'homme. 239

Le père Anchieta et îe vieux idolâtre.

Le père Anchieta (mort en odeur de sainteté en 1597), missionnaire de la compagie de Jésus, et surnommé l'apôtre merveilleux du Brésil, parcourait cette contrée les piedsnus et cherchait partout avec un zèle infatigable les brebis égarées, pour les ramener au bercail du bon pasteur. Un jour il arriva que l'esprit du Seigneur le sépara de son escorte et l'entraîna dans une forêt sombre et sauvage ; une main mystérieuse semblait le conduire vers un arbre au pied duquel un vieillard brésilien, le front couronné de quelques cheveux blancs, était étendu épuisé par l'âge et la fatigue. Dès qu'il eut entrevu le prêtre, il lui cria: « Hâtez-vous donc de venir par ici, car je vous ai attendu depuis longtemps ! » Le père s'approcha de lui et lui demanda qui il était et d'où il venait ? — Le vieillard répondit, qu'il était arrivé d'un rivage bien éloigné jusqu'à cet endroit, mais d'une manière si merveilleuse qu'il n'y comprenait rien. « Et que désirezvous de moi ? » lui demanda le saint missionnaire. « Ce que je désire, c'est que vous me montriez le droit chemin ; » ce qui, chez les Brésiliens, signifie: je désire plaireà Dieu et après ma mort être éternellement heureux. Après quelques questions, l'homme de Dieu reconnut que ce bon vieillard avait observé fidèlement, durant toute sa vie, la loi naturelle, que contrairement aux coutumes des païens, il n'avait vécu qu'avec une seule épouse, que jamais, hormis dans le cas de légitime défense, il n'avait fait la guerre et qu'il n'avait jamais adoré les idoles; en un mot, qu'il n'avait pas transgressé en matière grave, les commandements de Dieu. Le vénérable missionnaire vit dans l'exemple de ce vieillard combien il est vrai que Dieu, loin d'abandonner de telles personnes qui le cherchent sincèrement dans le paganisme et s'efforcent de vivre conformément à la loi naturelle, leur procure au contraire, fût-ce même par des miracles, le moyen d'arriver aux lumières de la vraie foi et de devenir participants du bonheur éternel. D'ailleurs le vieillard montra une assez grande connaissance de la loi naturelle et

de Sun auteur. Le P. Anchieta lui ayant exposé quelques mystères de la Foi chrétienne, le vieillard lui répondit qu'il avait entrevu tout cela d'une manière vague, mais qu'il n'avait jamais pu trouver des paroles pour l'exprimer. Après donc que lemissionnaire l'eut instruit sußisammentpendant quelques instants, sans employer beaucoup de peines, il recueillit quelques gouttes de pluie suspendues au feuillage, n'ayant point d'autre eau à proximité, baptisa l'heureux vieillard et l'appela Adam. Ravi du bonheur qui venait de lui être accordé, il versa des larmes de joie, leva les yeux et les mains au ciel, remercia de tout son cœur d'abord son divin Créateur et Sauveur, ensuite le ministre de Dieu luimême pour la grâce merveilleuse dont il venait d'être l'instrument providentiel. Bientôt épuisé de forces, il rendit entre les mains du Seigneur, son âme purifiée dans les eaux de la régénération, et s'élança au sein des joies célestes. (Joseph Deharbe. Traité populaire de la religion.)

(Pratique. 1). 0 homme ! rappelle-toi que tu es V image de Dieu et conserve-la soigneusement ! Fais comme le roi Boleslas !

Le portrait du père défunt.

Boleslas IV, roi de Pologne portait toujours sur sa poitrine, un médaillon renfermant le portrait de feu son père, et chaque fois qu'il s'agissait d'entreprendre une affaire de quelque importance, il baisait ce portrait en disant :« 0 mon père ! puissé-je ne jamais entreprendre la moindre chose qui soit capable de souiller l'honneur de votre nom!» Voilà comment nous aussi qui sommes chrétiens et enfants de Dieu, nous devons toujours avoir sous les yeux l'image de Jésus-Christ afin de renouveler la résolution, en la considérant, de ne rien faire qui soit indigne de l'honneur de son nom.

DE l/HOMHE. M l

2) — Rappelle-toi toujours ta faiblesse et ta pea abilité, ces tristes suites du péché originel, et humilie-toi.

Si sois, ahbê.

On raconta à Sisoïs, abbé, que quelques solitaires se vantaient d'avoir vu des anges : « Bien plus heureux, réponditil, est celui qui voit sans cesse ses péchés et les a toujours devant les yeux. » (Le messager de Jéricho.)

3) — Hais le péché qui a introduit tous les malheurs dans le monde ; car « le péché rend le peuple malheureux.» (Prov., 14, 34. ) Il détruit en nous l'image de Dieu.

Le chef-d'œuvre détruit.

On raconte que le célèbre et saint docteur Albert-le-Grand avait travaillé pendant trente années à une œuvre d'art extrêmement remarquable. C'était une figure humaine, qui, au moyen d'un mécanisme ingénieux, devait imiter la voix, la démarche et les mouvements d'un homme vivant; le pieux savant s'occupait de cette œuvre pendant ses moments libres. Enfin elle était achevée aussi bien que possible, et comme il l'avait tenue jusqu'alors cachée, il voulut la montrer. Ayant vu arriver de loin un de ses élèves, il remonta aussi la machine, de sorte qu'en entrant, le jeune homme ne put s'empêcher de la voir, et Albert lui-même se cacha pour jouir de la surprise du nouveau-venu. Celui-ci en effet ne fut que trop surpris ; il considéra avec un sentiment d'effroi et d'étonnement comment la figure se mouvait, comment elle venait droit à lui et balbutiait quelques mots ; il lui parut qu'il y avait là-dessous quelque chose de suspect, de surnaturel, et saisissant aussitôt le premier objet qui lui tomba sous la main, il en frappa à coups redoublés l'effrayante mécanique. — « Arrête, malheureux, » s'écria subitement, mais trop tard, l'artiste qui s'élança de sa cachette. Le chefd'œuvre était en pièces, et l'étourdi jeune homme comprit tardivement les profonds regrets d'Albert quand il lui dit: « J'ai travaillé pendant trente années à ce que vous venez

CATÉC. PRATIQUE. T. I. II

de briser en un instant ! » La perte était irréparable ! — Et maintenant quelle est l'application de cette histoire? — Elle est facile ! 0 homme, 6 chrétien ! chaque fois que tu commets un péché grave, tu brises le magnifique chefd'œuvre de la toute-puissance et de la bonté divine, tu renverses au-dedans de toi l'image de Dieu, ton âme immortelle, cette âme que Dieu créa avec tant d'art et de soin, cette âme pour laquelle ton admirable Sauveur a travaillé, lutté et souffert pendant trente-trois ans, et a versé à la croix jusqu'à la dernière goutte de son sang. C'est pourquoi, mon cher frère ! ne commets plus un seul péché! sauve l'image de Dieu au-dedans de toi, sauve ton âme !

Sauvez votre âme.

S. Alphonse de Liguori reçut pendant sa dernière maladie, la visitede son neveu Don Joseph de Liguori, qui habitait Naples. Après qu'il se fut approché à genoux du lit de son oncle mourant, celui-ci lui donna sa bénédiction et lui pressant affectueusement la main, il répéta plusieurs fois ces paroles: « Je vous remercie! » Mais quand don Joseph lui eut exprimé le désir de recevoir encore quelques pieux avis, S. Alphonse rassembla toutes ses forces pour lui donner ce dernier gage d'amitié, et termina par ces mots: « Sauvez votre âme ! » Ce fut la dernière parole qu'il lui adressa, et puisque c'était un oncle qui parlait à un neveu chéri, sans doute aussi était-ce la parole la plus précieuse, la plus importante qu'il voulut et put lui dire. Rappelonsnous souvent cette sentence, afin qu'en ayant la sainteté de S. Alphonse mourant, nous ayons comme lui la consolation de n'avoir causé aucun préjudice à notre âme, mais de l'avoir sauvée du milieu des dangers du monde et des embûches du démon. (Philotêe V année.)

Comparaison.

« Quand un édifice qui nous sert d'habitation et doit nous défendre contre la pluie et le vent, menace ruine, nous nous empressons de Pétayer, d'appeler des maçons et nous

n'épargnons pas de frais pour la préserver de la ruine; l'âme humaine est aussi une habitation, c'est celle de Dieu. Nous devons donc également avoir soin que Dieu puisse et veuille y demeurer, car notre bonheur éternel en dépend. » {Saint Chrysost.)

Remarque. Nous croyons ne pas devoir exposer l'histoire du peuple de Dieu, depuis la chute du premier homme jusqu'à la venue du Messie, parce que cette partie est traitée tout au long dans l'histoire de la Religion.

Orne

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