‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemplesChapitre 14 sur 47 · ARTICLE DU SYMBOLE · texte numérisé non relu

ARTICLE DU SYMBOLE

« Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur. »

(Gr. Cat. l-2eg.)

Le second article du Symbole nous enseigne que le Sauveur promis et envoyé par Dieu aux hommes, est le Fils unique de Dieu, Jésus-Christ, notre Seigneur. Nous allons donc expliquer ce que signifie le nom de « Jésus» et de « Christ » et montrer que Jésus-Christ est « le Fils unique de Dieu et notre Seigneur. »

« Jésus » signifie Sauveur. Voilà pourquoi l'ange dit à Joseph lorsqu'il lui apparut en songe: « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre Marie pour ton épouse; car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; car c'est lui qui délivrera son peuple desespéchés. » Le catéchisme romain remarque relativement au nom de Jésus : « Il est vrai que plusieurs ont porté ce nom dans l'Ecriture. Tel fut le nom du fils de Navé,qui succéda à Moïse, pour introduire à sa place, dans la terre promise, le peuple qu'il avait tiré de la servitude d'Egypte. Tel fut encore le nom du fils de Josedech, le grand-prêtre. Mais n'estce pas avec infiniment plus de vérité que, notre Sauveur a reçu le nom de Jésus? lui qui a donné la lumière, la

liberté et le salut, non à un seul peuple en particulier, mais à tous les hommes de tous les siècles; qui ne les a pas seulement délivrés de la faim et de la servitude d'Egypte ou de Babylone, mais qui les a tirés des ombres de la mort où ils étaient assis ; qui a brisé les durs liens du péché dans lesquels le démon les tenait enchaînés, qui leur a conquis le droit à l'héritage du royaume des cieux, et les a réconciliés avec Dieu le Père ! — Ceux-là n'étaient que la figure du Christ Notre Seigneur, qui a répandu sur le genre humain tous les bienfaits dont nous venons de parler. De plus, tous les autres noms qui, d'après les prophètes, devaient être donnés au Fils de Dieu, sontrenfermésdans le seul nom de Jésus; puisque chacun d'eux n'exprimait que sous un rapport particulier, le salut qu'il devait nous apporter; au lieu que celui-ci exprime lui seul toute l'étendue et tous les effets de la rédemption du genre humain. » (Chap. III. § 2.)

Le nom de Jésus.

Quelques vieux historiens rapportent queCharles-Quint, ce puissant empereur du saint Empire Romain, avait envoyé a François I, roi de France, une lettre où sa signature était suiviede tous les titres qui rappelaient sa puissance. Comme son autorité s'étendait en Europe, sur l'Autriche, la Bohême et d'autres contrées de l'Allemagne, sur l'Italie, la Belgique et l'Espagne, — en d'autres parties du monde, sur le Mexique, le Pérou, et de nombreuses possessions dans les mers des deux Indes, tous ces titres étaient si multipliés et si fastueux qu'ils remplissaient toute une page. Son rival aux champs de bataille et de gloire, ne mitau-dessousde sa réponse pour signature que ces simples mots: François, roi deFrance; mais ces mots, il les écrivit bien trente fois les uns après les autres, de manière que sa signature remplissait aussi toute la page. Que voulait-il insinuer parla? Que, comme simple roi d'un grand pays, d'un peuple valeureux, il se sentait assez puis-

sant pour oser montrer au dominateur de tous ces états et de ces contrées lointaines, la pointe de son épée.

En tout cas on peut dire que la façon d'agir de l'un aussi bien que de l'autre était un trait de vanité. Or voici l'application que nous pouvons en faire. En pensant au nom de Jésus, nous pensons à un nom qui suffit par lui seul, pour exprimer tout ce qu'il y a de grand etde glorienx, sans qu'on ait besoin de le faire suivre d'une foule de titres ; nous pensons à un nom qui, selon S. Bernard, n'est pas une ombre, mais la vérité, la réalité même. En effet nous sommes habitués à parler de Dieu de différentes manières, d'après ses différentes relations avec nous. C'est ainsi que nous l'appelons tantôt le Dieu tout-puissant, tantôt le Dieu de bonté ; l'une fois, nous disons qu'il est un Dieu juste et terrible, une autre fois, qu'il est un Dieu de miséricorde et de longanimité; nous le reconnaissons comme le créateur de la nature et du monde spirituel, le sauveur dans le danger, le roi et le maître de toutes les créatures, le juge des êtres libres et par conséquent responsables de leurs actes, le rémunérateur du bien, le vengeur du crime. Toutes ces différentes relations et opérations nous pouvons les exprimer ou les réunir en un seul mot, et ce mot c'est le saint nom de Jésus. (Veith. sermons pour les fêtes. 1. p. 430.)

(Gr. Cal. o-5e?.)

« Christ, » en hébreu Messie, signifie: oint ou. sacré. En effet dans l'ancienne loi on oignait d'huile les prophètes, les prêtres, et les rois; or Jésus est 1) notre prophète par excellence, puisqu'il nous fit connaître les mystères de Dieu et nous enseigna tout ce que nous devons croire, espérer et pratiquer pour être sauvé; il est 2) notre prêtre, puisqu'il s'offrit lui-même sur là croix pour nous, et s'offre encore chaque jour sur l'autel, en même temps qu'il est éternellement notre médiateur et intercesseur dans le ciel; il est 3) notre roi, parce qu'il a fondé un royaume spirituel (l'Eglise,) dont il est et sera éter-

nellement le chef ; voilà pourquoi il est appelé à juste titre, Christ ou oint. « Dieu a oint de son Esprit-Saint et de sa vertu, Jésusde Nazareth. »(Actes des Apôt. 10, 38.)

Jésus-Christ — Loint.

Le divin Sauveur déclara un jour lui-même qu'il avait été consacré par l'onction du Saint-Esprit: « Jésus vint à Nazareth, dit l'Evangile, le lieu où il avait été nourri, et il entra dans la synagogue au jour du Sabbat, selon sa coutume, et se leva pour lire. Et le livre du prophète Isaïe lui fut donné; et quand il eut ouvert le livre, il trouva le passage où il est écrit: « L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a consacré par sononction pour évangéliser les pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour annoncer aux captifs leur délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour soulager les opprimés et prêcher l'année de grâce du Seigneur et le jour de la justice. Et quand il eut fermé lelivre, il le rendità celui qui présidait dans la synagogue et s'assit; et les yeux de tous ceux qui étaient dans la synagogue étaient fixés sur lui. Or il commença à leur dire : Aujourd'hui cette parole de l'Ecriture que vous avez entendue, est accomplie. » (S. Luc. 4,16-22.)

Jésus-Christ est notre roi.

S. Brigitte avait coutume de dire : « Quatre choses font l'ornement d'un roi : La richesse, la bonté, Y intelligence, et la générosité. Or Jésus-Christ est vraiment le roi des Anges et des hommes; car il est prodigieusementnc/te, lui qui donne à tous ce qui leur est nécessaire, et qui, tout en donnant sans cesse, n'en devient pas plus pauvre; il est tout bon, parce qu'il est disposé à donner à tous ceux qui demandent; il est souverainement intelligent, puisqu'il sait ce qui convient et ce qui est utile à chacun. Il est extrêmement généreux, parce qu'il est plus disposé à donner qu'à recevoir.

Un poète chrétien chante la royauté de Jésus-Christ de la manière suivante:

0 Jésus, splendeur de ton Père, Rédempteur de l'humanité, Que sont tous les rois de la terre, Devant ta divine royauté ?

Ton trône éblouissant domine Toute l'immensité des cieux, Et devant ton sceptre s'incline La foule des mondes radieux.

Que ton sceptre puissant commande Aux penchants de mon pauvre cœur, Et qu'à jamais sur moi s'étende L'ombre de ton bras protecteur.

Environné de ta puissance, Je saurai lutter et souffrir, Et, s'il le faut, pour ta défense Mourir de la mort d'un martyr.

En se rappelant le doux souvenir de Jésus-Christ, V oint du Seigneur, notre Roi et notre pontife, S. Ephrem s'écriait: Ne suis-je pas en droit d'attendre tout de mon Seigneur et Sauveur? Puisqu'il est le roi des rois, il accorde à chacun un royaume; puisqu'il est le grand-prêtre par excellence, il accorde à tous le pardon.

Il nous semble qu'il convient d'expliquer ici le monogramme du nom de Jésus. Ordinairement on considère ces trois lettres J. H. S. comme un symbole du divin nom de Jésus. Quelques-uns les expliquent par ces mots latins : Jesnshortator sanctorum. « D'autres l'interprètent en disant qu'il faut les rendre par ces mots: « Jesus hominum salvator. »

Les Jésuites, en le prenant pour emblème de leur compagnie, en ont fait: « Jesum habemus socium. » Cependant, si nous consultons l'histoire, nous trouverons une explication plus plausible et mieux fondée. On sait que Constantin-le- Grandenoll, lorsqu'il marcha contre l'armée des empereurs Maxence et Maxime, aperçut au coucher du soleil, au milieu des nuages une croix flamboyante accompagnée de ces mots: « In hoc signo vinces. » (Par ce signe tu vaincras.) Les lettres initiales de ces mots auront servi aux anciens peintres

italiens, auxquels on doit l'initiative de ce monogramme, pour nous rappeler le souvenir de cet événement prodigieux qui coopéra tant à la propagation du Christianisme. S'ils n'ont (Mi) ployé que les trois premières lettres, c'était sans doute parce que souvent l'espace leur manquait pour y placer la quatrième. D'autres fois, on trouve une croix placée au-dessus de la lettre H et en dessous trois clous dont les pointes se touchent. Or, si au lieu de ces trois clous on se figure un V, lettre que l'ignorance avait probablement transformée en trois clous, on retrouvera ces quatre lettres I. H. S. V., c'està-dire In Hoc Signo Vinces, comme ci-dessus.

{Gr. Cat. 6-7e q.)

Jésus-Christ est appelé le« Fils unique de Dieu, »parce que, comme deuxième personne de la Très-Sainte Trinité, il est le seul vrai et unique fils de Dieu, c'est-à-dire le fils de Dieu de toute éternité, d'une même nature et substance avec Dieu le Père. Nous sommes aussi les enfants de Dieu, mais non par nature et de toute éternité; nous sommes seulement ses enfants adoptifs par grâce. C'est dans ce sens que l'apôtre S. Paul écrit dans son épître aux Romains: « Tous ceux qui sont poussés par l'Esprit de Dieu, sont enfants de Dieu. Aussi n'avez-vous pas reçu l'esprit de servitude, pour vous conduireencore par la crainte, mais vous avez reçu l'esprit d'adoption des enfants par lequel nous crions : Mon Père, mon Père. » (8, 14-16.) Dans son épître aux Galates, il écrit encore: «Lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme, et assujéti à la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi, afin que nous devinssions ses enfants adoptifs, et parce que vous êtes ses enfants, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son fils qui crie: « Abba ! mon Père! » (4, 4-6.) (Cfr. S. Joan. 1, 12.) Jésus-Christ est donc seul le vrai et propre fils de Dieu, et voilà pourquoi les apôtres, en ensei-

gnant que Jésus-Christ est le fils de Dieu, y ont ajouté le mot: unique.

Jésus-Christ esf le /ils unique de Dieu.

Ce dogme de notre foi est exprimé clairement et à différentes reprises:

1) Dans V Ecriture-Sainte ; Jésus fut appelé Fils de Dieu par l'ange qui annonça à Marie qu'elle deviendrait sa mère. (S. Luc. 1, 55.) Il fut appelé Fils de Dieu par le Père éternel, et sur le bord du Jourdain, quand il fut baptisé par S. Jean Baptiste, (S. Matt h. 5, 17) et sur le mont Thabor quand il 30 transfigura en présence de Pierre, de Jacques et de Jean (5. Matth. 17, 5.) « Maître, dit Nathanaël, vous êtes le fils de Dieu et le roi d'Israël. » (S. Jean. 1, 49.) — « Seigneur, dit Marthe, je crois que vous êtes le Christ, le fils du Dieu vivant, qui est venu en ce monde. » (S. Jean. 11,27.). Pierre le reconnut comme Fils de Dieu, et le déclara tel au nom de tous les ap<> très, quand le Sauveur lui eut demandé ce qu'ils pensaient de sa personne. (S. Matth. 16, 16.) En effet, dans les livres des Evangélistes et les épîtres des Apôtres, rien n'est répété et inculqué plus souvent, que cette vérité: Jésus-Christ est le fils de Dieu. D'ailleurs c'est ce que Jésus-Christ lui-même a prouvé suffisamment par ses paroles et par ses miracles; aussi disait-il aux Juifs: « Si vous ne voulez pas croire en moi, croyez du moins âmes œuvres. » (S. Jean. 10, 38.) Et voi là en quoi consiste la foi chrétienne, c'est que nous croyions et confessions que Jésus-Christ est le fils de Dieu. (S. Jean. 5, 5.) « Qui estvictorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus-Christ est le fils de Dieu? y) — « Celui qui croit au fils de Dieu a dans soi-même le témoignage de Dieu. » (1 Eplt. de S. Jean. 5, o- 10.)

2) De même, l'Eglise et les SS. Pères s'expriment clairement sur ce point. Lors du concile de Nicée, l'Eglise catholique exprima ce dogme fondamental du Christianisme, « d'une seule nature et substance de Jésus-Christ avec son Père » de la manière suivante : « Je crois en un seul Seigneur Jésus- Christ, Fils unique de Dieu, qui est né du Père avant tous

les siècles; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, qui n'a pas été fait, mais engendré, consubstantiel du Père, et par qui tout a été fait. » Le catéchisme romain ajoute cette remarque: « Or, quand nous entendons dire que Jésus-Christ est leFils de Dieu, gardons-nous de nous représenter sa naissance d'une manière mortelle et terrestre. Sa génération éternelle du sein de son Père est incompréhensible et surpasse notre intelligence. Contentons-nous de la croire fermement, de l'honorer avec une piété sincère; et, ravis d'admiration à la vue d'un mystère si profond, disons avec le prophète : « Qui pourra raconter sa génération? » (haïe. 53, 3.)

Voilà donc ce qu'il faut croire : « c'est que le Fils est de même nature que le Père; et qu'il a la même puissance et la même sagesse. » — L'enseignement des SS. Pères est en tout point d'accord avec la doctrine de l'Eglise catholique. Aussi S. Fulgence écrit : « Jésus-Christ est la sagesse et la force de Dieu; Dieu engendré de Dieu, l'infini de l'infini. Il est le Fils de Dieu, engendré de la substance du Père, avant tout commencement, et réellement Dieu de Dieu, Seigneur du Seigneur; il ne provient pas de rien, mais du Père; il n'est pas un fils supposé, mais un fils réel, non d'une autre nature, mais de toute éternité. Le Fils n'est pas plus jeune que le Père, ni moindre que lui puisqu'il remplit l'univers de sa présence. » — « Le Fils renferme en lui-même, dit S. Trenée, toute l'immensité du Père, et son infinie substance. Il est avec le Père, le Dieu des vivants qui s'est révélé à Moïse et aux patriarches. » — Lactance s'exprime de la même manière : « Quand nousdisonsquelePère est Dieu, que leFils est Dieu, nous n'admettons pas pour cela différents dieux; c'est que le Père ne peut être sans Fils, de mêmeleFilsne peut être sans Père. Le Père et le Fils n'ont qu'un esprit, une substance. On ne peut adorer le Dieu suprême que par son Fils. Quiconque veut adorer le Père seul, et non le Fils, n'adore pas non plus le Père. »

{Gr. Cat. 8e?.)

Jésus-Christ est appelé « notre Seigneur : » 1) comme Dieu parce que, étant un avec le Père, il est avec lui le Seigneur et le Créateur du ciel et de la terre; 2) comme homme, parce que nous ayant racheté dans sa nature humaine par son précieux sang, nous sommes devenus sa propriété (1 Epît. aux Cor. 6, 19.) et qu'il sera un jour dans cette même nature notre juge, (Act. des apôt. 10, 42), notre chef et notre roi durant l'éternité. (Epît. aux Ephes. 1,22.)

Jésus-Christ est notre Seigneur, nous so?nmes sa propriété.

S. Hildebert, évêque de Meaux, homme de prière et de méditation, rencontrant sur le grand chemin un jeune voyageur à l'air évaporé, lui demanda à qui il appartenait? « Moi, répliqua l'autre tout ébahi, je n'appartiens à personne! » — Or le saint Evêque lui montrant aussitôt du doigt un crucifix en pierre qui s'élevait sur le bord delà route, lui dit : « Allons donc, mon fils, ne parle pas ainsi; ne sais-tu pas que ton âme est la propriété de Jésus-Christ; car n'a-t-il pas donné sa vie pour te racheter de la mort éternelle; n'a-t-il pas donné son âme pour le salut de ton âme? Ton corps même lui appartient; car il a sacrifié son corps pour le tien. N'oublie donc pas de te considérer comme sa propriété et d'apprendre de lui ce qu'il désire de toi ! — Aime-le de tout ton cœur, et il sera payé de tout ce qu'il désire de ton âme. Rends-toi semblable aux membres de son corps, et tu lui auras donné tout ce qu'il exige de ton corps ! ses yeux furent obscurcis par la mort, afin que tes yeux se fermassent aussi à la vanité de ce monde! — Ses oreilles furent ouvertes aux injures et aux malédictions, afin que les tiennes s'ouvrissent aux supplications des pauvres! ses mains furent étendues et tiraillées, ses pieds attachés à la croix, afin que tes mains et tes pieds se raffermissent dans la crainte du Seigneur!— Son corps a enduré les horreurs de la mort la plus cruelle au gibet de l'infamie sur le Calvaire, cette montagne de l'amour,

252 DE LA roi.

afin ({Lie ton corps mortel devînt un membre de son corps glorieux et vivant! Voilà ce que le Seigneur aime à trouver en toi ! Voilà la fin pour laquelle il a tant souffert! Voilà la reconnaissance qu'il demande! Et ne dis plus : « Je n'appartiens à personne! » Non! non, tu appartiens à Jésus-Christ, ton Seigneur et ton Dieu, ton Sauveur et ton Rédempteur; tu es sa propriété, qu'il a rachetée si cher, non au poids de l'or et de l'argent qui ne sont rien, mais au prix de son sang précieux! » — Le voyageur, plein de reconnaissance pour ces bonnes paroles que le pieux évêque venait de lui adresser, lui pressa affectueusement la main et répéta en s'éloignant : « Oui, je suis la propriété de Jésus-Christ, et je veux l'être dans le temps et dans l'éternité. » — {Trésor d'anecdotes de Uungari.)

Avant que d'écouter la voix de ton humeur, Dans tout ce que tu fais pour d'autres ou toi-même, Dis : « Dieu seul est mon maître, et moi son serviteur : Veut-il ce que je veux ! aime-t-il ce que j'aime? »

Pratique. 1) Ayez le plus tendre amour, la plus profonde dévotion envers Jésus, au nom duquel tous les genoux doivent se courber dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. (Epît. à Phil. 2, 10.) C'est pourquoi invoquez souvent avec le plus grand respect et la plus vive confiance ce Saint-Nom, surtout dans les tentations; car, c'est une arme puissante contre l'ennemi de votre âme, un baume consolant dans les moments de souffrances et d'épreuves, un aliment qui fortifie et rafraîchit l'àme sur le chemin du ciel.

Le nom de Jésus est une arme puissante contre t 'esprit du mal.

Pour montrer combien est puissant le divin nom de Jésus, je rapporterai lavision qu'eut un jour sainte Perpétue, vierge et martyre. Voici ce qu'elle raconte : « Je vis um; échelle d'or d'une hauteur excessive, montant de la terre au eiel, mais si étroite, qu'une seule personne à la fois pouvait y

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monter. Des deux côtés de cette échelle se trouvaient des glaives, des lances, des lames de couteau, des faucilles, de sorte que celui qui se montrait distrait, ou sans avoir toujours les regards fixés en haut, était infailliblement blessé par ces instruments tranchants. Mais au pied de l'échelle était couché un monstrueux dragon qui semblait vouloir s'élancer sur tous ceux qui essayaient de la gravir. Le premier qui monta, futSatur. Quand il eut atteint le sommet de l'échelle, il se retourna vers moi et me cria : « Perpétue, je t'attends ; mais prends bien garde que le dragon ne tu morde. » — Je lui répondis : Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, il ne me fera aucun tort. Alors le dragon écarta lentement la tête de l'échelle, et quand j'y montais, il me servit d'échelon et d'appui. » — C'est pourquoi, dans tous vos dangers et dans toutes vos tentations, adressez-vous à Jésus et invoquez son Saint- Nom ; vous triompherez de toutes les attaques que pourra vous livrer le démon.

En invoquant le saint Nom de Jésus, toutes les souffrances nous deviennent légères et agréables.

Le comte Armogast, l'un des principaux Seigneurs de la suite de Théodoric roi des Vandales en Afrique, fut martyrisé de différentes manières, parce qu'il refusait d'obéir aux tyrans qui lui ordonnaient de renier la divinité de Jésus- Christ et de se déclarer Arien. Enfin, après maintes tentatives inutiles, on lia toutes les parties de son corps au moyen de nerfs de bœufs qui furent serrés aussi étroitement que possible. Armogast leva les yeux au ciel, prononça le nom de Jésus et ses liens se brisant comme des fils d'araignée, tombèrent à terre. On renouvela l'épreuve en se servant de couroies encore plus solides, mais au nom de Jésus, devant lequel toutes les puissances doivent plier le genoux dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, les liens se rompirent et tombèrent comme les premiers. Alors on le suspendit, la tête en bas, à un poteau, et voyez! aux yeux des specta^ teurs étonnés le saint confesseur, surmontant toutes les douleurs par la force du nom de Jésus, s'endormit d'un doux

sommeil; dans cette position si pénible, il goûta le repos comme s'il eût été étendu sur le lit le plus moelleux. (Richter.)

Qui donc négligerait d'invoquer et d'honorer avec' un saint respect et une confiance filiale le saint nom de Jésus?

Les trois souhaits.

Le vénérable Hugues de S1 Victor avait une profonde vénération pour le très-saint nom de Jésus. Aussi les plus grands de ses souhaits pour le dernier moment de sa vie étaient les trois suivants. Le premier, que sa dernière nourriture sur la terre ne fut autre que le saint Viatique; le second que sa dernière pensée fut pour la douloureuse passion et la mort de Jésus-Christ, notre aimable Sauveur. Le troisième que la dernière parole sortie de sa bouche, fut le doux nom de Jésus. — Que Jésus, comme dit S. Bernard, soit notre nourriture et notre boisson, notre douceur et notre consolation, notre joie ettout notre désir ; notre pensée et notre vie, qu'il soit notre mort et notre résurrection!

En Allemagne on chante et on récite souvent un ancien cantique du doux nom de Jésus et dont voici une imitation.

Il est un nom, un ravissant symbole, Un nom gravé dans le fond de mon cœur, Qui, lorsque vient m'attrister la douleur, Par ses attraits, me charme et me console. 0 ! quand je puis nommer mon doux Jésus, Je suis heureux et je ne souffre plus.

Je trouve en lui le plaisir de ma vie, J'y vois briller tout le bonheur du ciel ; Il est pour moi comme un rayon de miel, Il me gaérit, ou bien me fortifie.

Rien de plus beau que le nom de Jésus, C'est un soleil d'amour et de vertus.

% Employez volontiers, dans les contrées où c'est Tusage, ce beau salut: « Loué soit Jésus-Christ! — Pendant l'éternité. Ainsi soit-il. »

DE JÉSUS-CHRIST. 2oo

Loué soit Jésus-Christ.

Dans quelques provinces de l'Allemagne, surtout dans les provinces catholiques qui bordent le Rhin, on est dans l'usage de se saluer par ces paroles. « Loué soit Jésus-Christ» et l'on répond: « pendant l'éternité. Ainsi soit-il. » Certes, il n'est pas de salut plus beau, plus touchant et plus propre à attirer des grâces que celui-ci. Les protestants eux-mêmes et entre autres, Charles Steiger, ne peuvent s'empêcher d'approuver hautement ce salut du chrétien. Voici ce qu'il écrit à ce sujet: «Quel dût bien être le plus beau jour pour mon Sauveur? Sans doute celui où, entrant dans Jérusalem, le peuple étendit sous ses pas des vêtements, répandit sur le chemin la verdure des arbres, et cria: « Hosanna! béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!» Aussi, tout ceux qui honorent le Seigneur, doivent célébrer le souvenir de ce jour, non une fois l'année, ou une fois la semaine, mais chaque fois que nous nous rencontrons en chemin, en répandant des palmes sous les pieds du Sauveur, en répétant cet antique et expressif salut qui convient si bien à des frères: « Loué soit Jésus-Christ. » — Un jour j'étais bien fatigué, car le pays était si désert, le chemin si difficile, la chaleur si étouffante et mon intérieur même ressemblait à une solitude. Mais de même que le voyageur isolé se sent revivre lorsque, dans les sables de l'Asie, il rencontre une caravane de chrétiens qui se rend en pèlerinage au saint Sépulcre, de même je me sentis revivre quand une petite troupe de pèlerins revenant de Notre-Dame des Hermites, un bâton blanc à la main, le dos chargé de quelques légères provisions et de livres de piété, n'ayant pour toit que le brillant azur du ciel, passa devant moi et me salua par ces mots: « Loué soit Jésus-Christ! » Ils ne purent entendre ma réponse; car je n'étais pas préparé à ce salut, et j'eus besoin de me rappeler la réponse ordinaire. Cependant un peu plus loin, je répétai cent fois du plus profond de mon cœur: « Pendant l'éternité! » Alors comme cette Samaritaine près du puits, je reconnus Jésus pour celui qui

donne une eau vivifiante qui devient en nous une source jaillissant jusqu'à la vie éternelle, de sorte que celui qui en boit n'a plus soif pendant l'éternité. »

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