TROISIÈME ARTICLE DU SYMBOLE
« Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie. »
(Gr. Cat. i™-Z*q.)
Le troisième article du Symbole nous enseigne que le Fils de Dieu, par l'opération du Saint-Esprit est devenu homme, c'est-à-dire qu'il a pris un corps et une âme semblablesauxnôtres. C'est ce que nous appelons le mystère de Y Incarnation du Fils de Dieu et que S. Jean exprime par ces mots : « Le Verbe (c'est-à-dire le fils unique de Dieu) s'est fait chair et il a habité parmi nous. »
S. Augustin nous en donne une idée dansla comparaison suivante : « De même que notre pensée, dit-il, devient un son lorsque nous parlons, ainsi le Verbe de
Dieu s'est fait chair, sans avoir été changé en chair. » (De Trin. lib. 15. chap. IL)
Conséquemment nous croyons que Jésus-Christ est en même temps vrai Dieu et vrai homme, qu'il est homme- Dieu : il est Dieu de toute éternité, et il est devenu homme dans le temps; de sorte que, quand Jésus-Christ dit : « Moi et le Père nous sommes un,» il parle alors de lui-même comme Dieu ; et quand il dit : « Le Père est plus grand que moi, » alors il parle de lui-même en tant qu'homme.
Jésus-Christ est homme-Dieu.
Dans la douzième de ses instructions, S. Cyrille exprime cette vérité de la foi de la manière suivante « : Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble; car sans la foi à sa divinité, la foi à son humanité ne nous servirait de rien ; de même la foi à sa divinité ne nous serait d'aucun avantage, si nous ne croyions pas à son humanité. S'il était homme sans être en même temps Dieu, ses actions n'auraient eu aucune valeur pour effacer nos péchés, et s'il eût été simplement Dieu sans être homme, il n'aurait pu prendre sur lui le châtiment dû à nos crimes. »
[Or. Cat. 4-5e q.)
Par suite de là, il y a en Jésus-Christ deux natures, la nature divine et la nature humaine, de même deux volontés distinctes l'une de Vautre, une volonté divine et une volonté humaine, quoique celle-ci soit toujours parfaitement soumise à la volonté divine. C'est pourquoi le divin Sauveur dans sa prière au Jardin des Olives disait : « Mon Père! que votre volonté et non la mienne se fasse! » (S. Luc. 1% 42.)
Il y a deux natures en Jésus-Christ.
Jésus-Christ est Dieu parce qu'il est le Fils de Dieu; il est homme parce qu'il a pris un corps et une âme semblables aux nôtres; de même, il est Dieu et homme parce que dans
sa personne il réunit la nature divine et la nature humaine. Ces deux natures en Jésus-Christ sont distinctes et non confondues ou mêlées, c'est-à-dire, elles ne sont pas tellement unies qu'elles ne forment plus qu'une seule nature, comme le prétendaient quelques hérétiques, entre autres Eutychès et ses sectateurs. Ils affirmaient qu'en Jé6us-Christ il n'y avait qu'une seule nature parce que l'Eglise avait décidé contre Nestorius qu'il n'y avait qu'une seule personne. — Ils disaient que la nature humaine avait été absorbée par la nature divine, qu'elle y avaitété mêlée comme une goutte de miel à l'océan, comme une goutte de cire est dévorée par le feu; de manière que le corps, tout l'extérieur de Jésus-Christ n'offrait que l'apparence d'un homme, de même que dans la sainte Eucharistie, il n'y a plusque l'apparence de pain et de vin. Cette hérésie fut condamnée au quatrième concile œcuménique de Chalcédonie. — Donc en Jésus-Christ il y a deux natures distinctes unies dans une seule personne, la personne du Verbe, c'est ce que le même concile a défini par ces mots : « Nous déclarons d'une voix unanime que l'on doit confesser un seul et même Jésus-Christ, Notre Seigneur; le même parfait dans la divinité et parfait dans l'humanité, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation, sans que l'union ôte la différence des natures.
Alamandure, roi des Agaréniens,et les hérétiques.
De même que de nos jours il y a malheureusement des esprits-forts qui ne croient qu'à l'humanité de Jésus-Christ, ainsi aux premiers siècles du Christianisme il s'en trouvait qui croyaient tout l'opposé. Ils croyaient que le Sauveur était seulement Dieu sans être homme. Alamandure prince des Agaréniens fit un jour informer ces hérétiques qu'il venait de recevoir une lettre qui l'informait de la mort de l'archange S. Michel. Quand ils lui répondirent que c'était impossible; « Mais comment alors, leur dit-il, le Fils de Dieu, s'il n'a pas eu deux natures unies en sa personne, a-t-il pu mourir, vous qui prétendez que les anges ne peuvent mourir? »
{Gr. Cat. 6e q.) Néanmoins il n'y a pas en Jésus-Christ deux personnes, mais une seule personne, à savoir la personne divine, car les deux natures sont unies d'une manière inséparable dans la seule personne du Fils de Dieu.
Comment se peut-il qu'il y ait deux natures en une seule personne?
A tous ceux qui sont assez curieux pour vouloir comprendre comment la divinité et l'humanité sont unies dans une seule personne, S. Augustin répond: « Veuillez m'expliquer d'abord comment il se fait que l'âme dans son union avec le corps ne forme qu'une personne, un seul homme. Si Dieu dans sa toute-puissance et sa sagesse est en état de le faire chaque jour dans la génération de l'homme, il doit avoir été capable aussi d'unir la nature divine et la nature humaine pour la rédemption des hommes. » (Epist. 137 ad Volus. cap. Z.)
{Gr. Cat. 7e q.)
L'incarnation du Fils de Dieu est attribuée à l'opération du Saint-Esprit, parce qu'elle est par excellence une œuvre de l'amour divin et de la grâce en faveur des hommes. « Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique. » ( S. Jean. 3, 16.) Or comme on attribue spécialement au Saint-Esprit les œuvres de V amour, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut quand il s'est agi de la Sainte-Trinité, on lui attribue avec raison la plus grande œuvre de l'amour divin, l'incarnation du Fils de Dieu.
L'incarnation du Fils de Dieu est la plus grande œuvre de V amour divin.
Le Père céleste montra l'excès de son amour et de sa bonté pour nous, en nous sacrifiant son Fils unique et bienaimé, et le divin Sauveur, en acceptant avec joie ce sacrifice et en devenant homme. Tertulien nous dépeint cet amour
CATÉC. PRATIQUE. T. I. 15
ineffable de Dieu au moyen d'une comparaison: — Une pauvre créature possédait une pierre extrêment précieuse, son unique richesse, et la laissa tomber dans un bourbier. Désolée et consternée, elle déplorait la perte qu'elle venait de faire et ne savait comment y remédier. Or le roi de ce pays, accompagné de son fils bien-aimé, vint à passer par là et voyant sa désolation ainsi que sa perplexité, il ordonna à son fils d'endosser les habits pauvres et déchirés du malheureux, et de retirer la pierre précieuse de la fosse. Le prince obéit avec joie; il se revêtit des habits misérables, descendit et sauva heureusement le trésor. — Cette belle comparaison a-t-elle besoin d'une plus ample explication? Qui ne voit au premier coup d'œil que par ce roi il faut entendre le Père céleste, par le fils du roi le divin Sauveur, par ces vêtements pauvres la nature humaine qu'il prit par amour; que par cette malheureuse créature il faut entendre l'homme déchu, par cette pierre précieuse son âme tombée dans la boue et l'ordure du péché, et que dans cette allégorie se reflète l'amour le plus pur, le plus sublime de la divinité! Pourtant ce n'est qu'une faible image de l'amour inénarrable de Dieu dans le mystère de l'incarnation. « Autrefois, dit S. Léon, la bonté de Dieu avait adopté les hommes et leur avait accordé de nombreux bienfaits; mais elle dépassa la mesure de tous les bienfaits accordés jusqu'alors, quand, dans la personne de Jésus-Christ, la miséricorde descendit vers les pécheurs, la lumière sur les aveugles, et la vie même sur les morts. » (Serm. 25.J
{Gr. Cat. 8-lle q.) Jésus-Christ, le Fils de Dieu a pris la nature humaine dans le sein de Marie, la plus pure des vierges; c'est pourquoi on dit dans le symbole: « est né de la vierge Marie. » — Marie est appelée la plus pure des viergesy parce qu'elle est toujours demeurée vierge sans la moindre tache et d'une incomparable pureté, aussi bien avant que pendant et après la naissance du divin enfant, comme on peut le voir par les paroles du prophète
Isaïe : « Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fife, etc. » (7, 14.) Ainsi Marie fut Vierge non-seulement avant son enfantement et pendant son enfantement; mais elle est demeurée encore Vierge après l'enfantement, et nous ne devons pas nous laisser tromper à ce sujet, à cause de quelques expressions de l'Ecriture-Sainte, où il est parlé par exemple des frères de Jésus-Christ; car souvent on y appelle tous les proches parents frères, tels que Loth et Abraham; de même les cousins de Jésus- Christ furent appelés ses frères. (Matth. 12, 46.) — La perpétuelle virginité de Marie fut proclamée dogme de foi dans le troisième concile de Constantinople; et, dans le concile de Latran sous le pape Martin I, l'anathème fut lancé contre tous ceux qui oseraient nier cet article de foi. — Marie est appelée aussi « Mère de Dieu; » car quoique Jésus-Christ n'ait pris d'elle que la nature humaine, elle est néanmoins appelée à juste titre «Mère de Dieu » parce que Jésus-Christ qui naquit d'elle selon la chair, est vrai Dieu. « Le saint qui naîtra de vous s'appellera le Fils de Dieu. » (S. Luc. 1, 35.) Marie est mère de Dieu.
Au cinquième siècle se leva un hérésiarque célèbre, appelé Nestorius qui prétendait trouver deux personnes en Jésus-Christ. Selon lui, le Sauveur n'était fils de Dieu que par adoption, et non par nature, et la sainte Vierge n'était pas la mère de Dieu, puisque le fils qu'elle avait mis au monde, n'était pas une personne divine, mais humaine. — Cette hérésie fut anathématisée par le troisième concile d'Ephèse. La sainte Vierge y fut solennellement proclamée Mère de Dieu et le monde entier applaudit à cette décision. Elle est réellement la Mère de Dieu, parce qu'elle a enfanté un fils qui est Dieu et dans lequel il n'y a d'autre personne que la personne divine. Elle n'est pas la mère de la divinité ou de la nature divine, mais elle est la mère de celui qui est Dieu.
Saint Cyrille, le fidèle défenseur de la divine maternité de Marie.
S. Cyrille, patriarche d'Alexandrie (mort en 444) fut le puissant antagoniste de l'hérésiarque Nestorius et défendit avec autant d'ardeur que de science la maternité divine de Marie contre ce sectaire. Voici quelques extraits de ses ouvrages dans la lutte glorieuse qu'il soutint. « Le Verbe par sa nature, Fils de Dieu, avant de s'unir à la chair, ne perdit pas la qualité de Fils de Dieu, quand il y fut uni ; mais Dieu n'est pas son père selon la chair. Puisque la sainte Vierge enfanta le Dieu fait homme, nous l'appelons mère de Dieu. Il est donc le Fils de Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, avant comme après l'incarnation. Le Verbe engendré du Père n'était pas un autre Fils, celui né de la Vierge n'était pas un autre Fils, mais celui qui est avant tous les temps naquit, comme nous le croyons fermement, selon la chair, de la femme. Non comme si sa divinité eut dû l'existence à la Vierge, mais parce que le Verbe éternel fut engendré d'elle selon la chair. »Voici comment-il expose par une comparaison la divine maternité de Marie. « Le mystère du Verbe naissant d'une femme, écrit-il aux solitaires, ressemble sous certains rapports à la naissance des hommes. Les mères en effet portent dans leur sein la chair, qui par l'influence mystérieuse de Dieu s'accroît, se développe et arrive à une forme humaine. Dieu de son côté, d'une manière que seul il connaît, donna à cet être l'âme. La nature de l'âme est autre que celle du corps, et cependant on ne dit pas que les mères ont enfanté une partie de l'homme, mais bien l'homme tout vivant tel qu'il est, composé d'un corps et d'une âme, quoiqu'elles ne soient mères que selon le corps. Personne ne dira: Elisabeth enfanta le corps et non l'âme; car elle enfanta Jean, un seul homme composé de deux parties bien différentes, d'une âme et d'un corps. — Et c'est ce que nous pouvons admettre, alors même qu'il s'agit de la naissance d'Emmanuel. Le Verbe, le Fils unique fut engendré de Dieu, mais après que, s'étant fait lui-même chair, il est devenu
fils de l'homme et semblable à nous, il n'est pas inconvenant, mais plutôt nécessaire de reconnaître que, selon la chair, il naquit d'une femme. Ainsi l'âme de l'homme vient au monde avec le corps, elle est considérée comme formant un seul tout avec lui, quoiqu'elle en diffère quant à la nature et subsiste d'une manière qui lui est propre. Or celui qui nommerait la mère de quelqu'un, mère de son corps et non mèrede son âme, passerait sans doute pour un insensé. Il est vrai qu'elle a enfanté un être vivant, composé de deux partiesdenature différente, de sorte que chacune d'elles demeure ce qu'elle est; mais elles forment par leur union, une seule personne, et se communiquent mutuellement, ce qui est propre à chacune d'elles. » (Ad Monachos, cap. 12.)
En tout ceci il faut bien remarquer que Jésus-Christ comme homme n'eut pas de père; car Joseph le chaste époux de Marie n'est fut que son père nourricier; c'est pourquoi il est dit en S. Luc (3, 23) : « Jésus passait pour le fils de Joseph. »
(Gr. Cat. 12-13e?.)
Le fils de Dieu est donc devenu homme, et cela 1) uni* quement par amour pour nous, afin de devenir notre Sauveur et notre médiateur auprès de son Père céleste, afin de pouvoir souffrir et mourir pour nous, car comme Dieu il était incapable de souffrir ou de mourir.
Pourquoi le Fils de Dieu est-il devenu homme?
S. Théodore nous l'expose dans une belle comparaison: « De même, dit-il, qu'un médiateur s'interpose entre deux personnes qui se disputent, et prend l'une par la main gauche, l'autre par la main droite pour les rapprocher ou les réconcilier, de même l'homme-Dieu a formé un lien de paix entre la nature divine et la nature humaine, lien sublime qu'aucun nouveau péché des hommes ne pourra briser. Car lors même qu'un homme en particulier se sépare de Dieu par le péché, la nature humaine n'en demeure pas moins éternellement unie à Dieu dans la personne du médiateur. »
« Outre Dieu, dit S. Justin, nous adorons et nous aimons le Fils du Dieu ineffable ; car il ne s'est pas fait homme dans son propre intérêt, mais dans l'intérêt de l'humanité, afin qu'il pût par lui-même participera nos souffrances et y porter remède, comme étant notre pontife. Jésus unit l'homme à Dieu. Le médiateur entre Dieu et l'homme devait en quelque sorte avoir de la parenté avec les deux parties, afin de rétablir l'amitié entre elles. Comme Jésus était homme, et par là même capable de souffrir pour notre salut, ainsi il était également le Fils de Dieu pour qu'il fût en état de nous secourir et d'être glorifié. »
2) Le Fils de Dieu est devenu homme afin de nous enseigner par l'exemple de sa vie, aussi bien que par ses paroles, la vertu et la sainteté à leur plus haut degré de perfection ; les vertus qu'il nous a surtout enseignées sont : le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, la douceur, l'humilité, la patience, la bonté et la miséricorde envers tous, même envers ses plus cruels ennemis, et l'obéissance à son Père céleste jusqu'à la mort.
Jésus-Christ est le modèle de toutes les vertus.
Dans le divin Sauveur nous voyons briller dans leur degré le plus élevé toutes les vertus, mais surtout:
1) Le zèle pour la gloire de Dieu, qui se manifesta principalement dans la manière dont il traita les violateurs du temple: « La Pâque des Juifs étant proche, Jésus monta à Jérusalem, et trouva dans le temple des marchands qui vendaient des bœufs, des brebis et des colombes, et des changeurs qui étaient assis. Et ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous hors du temple, avec les brebis et les bœufs, et jeta l'argent des changeurs et il renversa leurs tables; et il dit à ceux qui vendaient des colombes: «Emportez tout cela, et ne faites point de la maison de mon Père, une maison de négoce. » Alors les disciples se souvinrent qu'il était écrit: « Le zèle de votre maison m'a dévoré. » (S. Jean.% 13-17.)
2) Le zèle pour le salut des âmes, qu'il a dépeint lui-même d'une manière si touchante sous la figure du bon pasteur. a Je suis le bon pasteur » dit-il un jour aux Pharisiens. « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire et celui qui n'est point berger, et â qui n'appartiennent pas les brebis, voit venir le loup et délaisse les brebis, et s'enfuit; et le loup les ravit et disperse les brebis. Ainsi le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire et il n'a aucun soin des brebis. Je suis le bon pasteur et je connais mes brebis, et je suis connu des miennes. Comme le Père me connaît, ainsi je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis. » (S. Jean. 10, 11-15.)
3) La douceur. Un jour le divin Sauveur avait fait prendre les devants à des envoyés, qui, dans leur route, entrèrent dans un bourg des Samaritains pour lui préparer une demeure. Mais ceux-ci ne le reçurent pas. Ce que voyant ses disciples Jacques et Jean, ils dirent: « Seigneur, voulezvous que nous commandions au feu de descendre du ciel et de les consumer? » — Et Jésus, se tournant vers eux les reprit, et dit: Vous ne savez à quel esprit vous appartenez. Car le Fils de l'homme n'est point venu perdre les âmes, mais les sauver. {S. Luc. 9, 52-o6.) Cette douceur, il ne la montra pas seulement ici, mais dans toutes les occasions.
4) L'humilité. Où ne se manifeste pas la profonde humilité du divin Sauveur? Depuis la crèche jusqu'à la croix nous le voyons embrasser les humiliations, et vivre sans cesse humble comme le dernier des hommes. Aussi pouvaitil dire à bon droit: « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur! » {S. Matt h. 14, 29.)
5) La patience au milieu des accusations les plus injustes, des persécutions, des peines et des souffrances de tout genre.
6) La bonté et la miséricorde envers tous, même envers ses plus cruels ennemis. « En effet il passa partout en faisant le bien; » envers les malheureux c'était un charitable Samaritain, pour les pécheurs et les pécheresses un ami et un consolateur,
comme pour la Madeleine repentante, pour Zachée, etc. Même à l'égard de ses ennemis les plus acharnés il fit éclater une bonté magnanime dont on n'avait jamais vu d'exemple. Il embrassa tendrement celui qui l'avait trahi et lui dit avec une divine mansuétude: « Mon ami, pourquoi êtes-vous venu? » Et lorsqu'il expirait sur la croix il pria encore pour les bourreaux qui l'y avaient attaché, disant: « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »
7) L'obéissance à son Père céleste jusqu'à la mort.
Ainsi quand il allait entrer dans le chemin des douleurs et marcher à la mort, il disait: « Mon Père, que votre volonté et non la mienne se fasse! » etc.
La vision ou l'exhortation à imiter fidèlement Jésus-Christ.
Un vertueux jeune homme de Sienne, appelé Pietro de Fecelano, eut un jour une vision, qui avait plus de réalité que maintes choses qu'on voit étant éveillé. Il se crut donc transporté dans un vaste temple aux voûtes élevées, et dont les dalles étaient couvertes de cendres et de poussière. Les battants d'une grande porte s'ouvrirent, et il vit entrer, sous l'extérieur d'un homme pauvre et souffrant, le divin Sauveur, qui traversa l'édifice sacré dans toute sa longueur jusqu'au sanctuaire, où il s'assit sur un trône; les traces sanglantes de ses pas étaient visibles dans les cendres. Après lui vint sa mère virginale qui suivit exactement la trace des pas de son divin fils, et lorsqu'elle fut arrivée près de lui, elle monta et alla s'asseoir à son côté. Puis apparurent successivement les apôtres, les compagnons des apôtres et les docteurs, les martyrs et les confesseurs; tous suivirent exactement la même voie tracée par le divin Maître, arrivèrent près de lui et reçurent l'accueil le plus bienveillant. Après eux se pressèrent de nombreuses troupes d'imitateurs de Jésus-Christ, appartenant à toutes les nations et à tous les états. Le pieux jeune homme sentit clairement que cette vision l'excitait à marcher sur les traces de Jésus-Christ et à s'unir à ses fidèles imitateurs; il s'empressa de répondre à cette invitation et il devint en effet un sincère imitateur des
vertus de Jésus-Christ. Chrétien ! Fais de même, car voilà pourquoi le Fils de Dieu devint homme! Ce fut afin de te montrer par ses exemples et par sa doctrine le chemin de la vertu et de la sainteté. Aie donc bien soin de le suivre et de marcher sur ses pas, afin que tu puisses un jour entrer avec lui dans sa gloire !
{Gr. Cat. 14e q.) Mais le divin Sauveur apprend surtout à la jeunesse chrétienne à obéir généreusement, à aimer la prière et l'instruction, à fréquenter la maison de Dieu, à croître en sagesse et en grâce comme en âge.
L enfant Jésus au temple et à Nazareth.
Toutes ces belles vertus si dignes d'être imitées surtout par la jeunesse sont présentées d'une manière aussi brève que simple dans le passage suivant emprunté à la Bible : « Le père et la mère de Jésus allaient tous les ans à Jérusalem, à la fête de pâques, et lorsqu'il eut douze ans, comme ils étaient montés à Jérusalem, selon la coutume de cette solennité, et qu'ils avaient achevé les jours de la fête et s'en retournaient, Jésus enfant demeura à Jérusalem, et son père sa mère ne s'en aperçurent point. Croyant qu'il était avec leur compagnie, ils marchèrent durant un jour, et ils le cherchaient parmi leurs parents et leurs amis, et ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Or il arriva que trois jours après, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l'entendaient admiraient sa sagesse et ses réponses. Et, le voyant, ils s'étonnèrent, et sa mère lui dit: «Mon enfant, pourquoi avez -vous agi de la sorte ? Voici que nous vous cherchions, votre père et moi, fort affligés. » Et il leur dit : « Pourquoi me cherchiez vous ? Ne savez- vous pas qu'il faut que je sois occupé de ce qui regarde mon père ? Et ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait : et il descendit avec eux, et il vint à Nazareth, et il leur était soumis : et sa mère conservait toutes ces choses en son
cœur, et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. » (S. Luc%, 41-52.)
L'image de V enfant Jésus.
Un enfant pieux avait reçu en cadeau une image représentant le divin Sauveur sous les traits d'un enfant, et tenant dans sa main droite un cœur brûlant d'amour. Chaque jour il allait se mettre devant cette image, puis prenant son cœur et le comparant à ce cœur de Jésus, il se demandait: « Mon cœur est-il comme le saint cœur de Jésus ? Suis-je devenu semblable au divin enfant? suis-je comme lui pieux et obéissant? aimé-je comme lui la prière et l'instruction religieuse? ai-je du plaisir à demeurer comme lui dans la maison de Dieu ? suis-je toujours disposé comme lui à servir Dieu et les hommes ? est-ce que je croîs aussi en sagesse et en grâce comme je croîs en âge? » Par ce saint exercice, l'enfant devint un homme vertueux et un fidèle serviteur de Dieu. Voilà aussi, mon fils ! ce que tu dois faire. Considère souvent l'enfant Jésus, et apprends de lui à pratiquer toutes les vertus qui doivent faire l'ornement d'un enfant sage, d'un bon chrétien, et le rendre heureux pour le temps et pour l'éternité.
(Gr. Cat. 15e q.)
Jésus-Christ choisit une vie si pauvre et si humble :
1) afin de souffrir pour nous dès son entrée dans le monde. « Le Fils de Dieu, dit Thomas de Jésus, fut un homme de douleurs dès le moment de sa conception jusqu'à celui de sa mort. Devant ses yeux apparaissait sans cesse la croix sur laquelle il devait mourir ; toujours elle demeura imprimée dans son cœur. 0 Seigneur! partout où je vous cherche, je vous trouve à la croix. » 2) Pour nous apprendre à ne pas aimer, ni chercher les biens frivoles de ce monde.
Sainte Marguerite de Castello.
S. Marguerite de Castello trouvait toute sa joie à méditer souvent sur la naissance de Jésus-Christ; elle ne goûtait pas
d'autre plaisir qu'à contempler cette divine enfance et sans cesse il lui semblait voir l'étable et la crèche de Bethléem avec le petit enfant Jésus si pauvre et si humble. Aussi après sa mort on trouva, dit-on, dans son cœur une pierre précieuse sur laquelle était gravée la naissance du Sauveur; on y voyait la sainte Vierge à genoux devant la crèche de son divin Fils. Cette pierre merveilleuse est encore conservée dans la chapelle de S. Dominique. Dieu voulait sans doute nous apprendre par ce miracle combien lui était agréable la méditation de la naissance du Sauveur, de sa pauvreté et de son humilité en naissant. Tâchons d'imiter cette sainte; et pour cela allons souvent en esprit à Bethléem afin d'y voir ce que Jésus et Marie nous y enseignent. Considérons y sa pauvreté! Une étable est sa demeure, et à nous il faut de belles maison, de magnifiques chambres ! Marie n'a pas même un peu de linge pour emmaillotter son divin enfant; et nous, nous ne cessons de nous plaindre de nos vêtements qui ne sont jamais ni assez beaux, ni assez à la mode; à peine les tailleurs les plus habiles sont ils en état de satisfaire à notre vanité.
Pratique. 1) Pensez souvent avec un cœur reconnaissant au grand mystère de V amour divin, à l'Incarnation du Fils de Dieu, mais surtout quand on sonne Y Angélus. Les saints en faisaient fréquemment l'objet de leurs méditations et en tiraient les plus grands profits. Aussi S. Bernard nous donne l'avis suivant : « Nous devons souvent méditer sa venue, puisqu'il est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu; et il nous accueillera avec bonté, si dans notre cœur, nous pensons à lui avee amour, ainsi qu'il l'a fait a sa première venue et comme il a promis de le faire dans la seconde. » 2) Apprenez- du divin enfant à souffrir et à combattre, et recourez fréquemment à lin dans vos souffrances et dans vos combats. Le petit enfant Jésus au milieu des épines.
Nous devons souffrir avec Jésus, car c'est par les souf-
frances que nous devons aller à lui. Taulcr nous raconte le fait suivant : « Une sainte religieuse avait souvent désiré voir Notre-Seigneur Jésus-Christ sous les traits d'un petit enfant, tel qu'il était sur les bras de sa mère. Un jour qu'elle était pieusement agenouillée en présence de Dieu , notre divin Sauveur lui apparaît sous la figure d'un jeune enfant couché dans un buisson d'épines aiguës, de manière qu'elle ne put venir jusqu'à lui pour le caresser, mais elle comprit bientôt pourquoi. » C'est que le chemin épineux des souffrances conduit à Jésus.
Cest au nom et par la jouissance decetenfant que nous devons nous armer. C'était vers lemilieu du douzième siècle, quand un enfanta peine âgé d'un an fut placésurle trône, souslenom de CodefroidIlI,duc de Brabant. Ses sujets lui jurèrent fidélité et bientôt après s'élancèrent au champ de bataille pour combattre des voisins qui menaçaient leur indépendance. Dans ce combat, ils ne choisirent pour chef que cet enfant couronné, qu'on coucha dans un berceau et qu'on suspendit ainsi à un saule élevé, afin qu'il pût être vu de tous les soldats ; aussi nulle allocution, nul cri de guerre ne pouvait être plus éloquent et plus efficace que la vue de ce tendre enfant qui pleurait et tendait ses petites mains. En effet les hommes les plus courageux se précipitèrent en avant, ceux qui avaient senti faiblir leur courage et avaient reculé, revinrent à la charge, comme si la vue de cet enfant les eut couverts de honte, et une brillante victoire couronna leur courage.
La vie chrétienne est en réalité un combat continuel, se renouvelant sans cesse, et où il faut constamment faire preuve de courage ; or quel chef est plus puissant, qui peut mieux nous inspirer delà valeur, que le pauvre enfant de Bethléem? Comme le prophète Isaïe l'a dit : « La puissance repose sur ses épaules, car il porte le fardeau de toute l'humanité; maintenant comme dans la suite, il est l'admirable, le conseiller, le fort, le prince de la paix. » Mais la paix véritable et solide ne s'obtient qu'en combattant; et voilà pourquoi S. Cyprien a dit : « Armons-nous pour le combat au nom et par la puissance de cet enfant! » Mais contre qui? Ce n'est
pas contre les hommes qui nous rencontrent dans le chemin de la vie; non, car il nous a été ordonné d'aimer le prochain comme nous-mêmes; mais c'est contre tout ce qui porte le caractère de mensonge, de folie, de séduction, de penchant pervers, et par conséquent, contre tout mal qui s'élève au-dedans de nous. Donc si nous voulons appartenir à l'enfant Jésus et lui être fidèles, faisons une guerre continuelle à tout désordre, à tout égarement coupable, qui accuse le vieil homme en nous. {Veith. Sermons pour les fêtes.)
3) Prenez la résolution de toujours agir et de faire tout comme Jésus Va fait.
Le fidèle imitateur de Jésus- Christ.
Nous lisons dans la vie de S. Vincent de Paule qu'entre les serviteurs de Dieu, il s'est spécialement exercé à l'imitation de Jésus-Christ, car dans toutes les occasions et les événements de sa vie, il se demandait : « Qu'eut fait en cette circonstance Notre-Seigneur Jésus? » Voilà ce que nous devons faire également; le divin Sauveur doit être notre guide, notre modèle dans tout ce que nous entreprenons et faisons.
La nouvelle horloge.
Dans certain village on sentait vivement le besoin d'avoir une horloge dans la tour de l'église, car rien ne marchait, rien ne s'accordait. Un jour on sonnait Y Angélus, au lieu du matin, à minuit; une autre fois au lieu de le sonner à midi, on le sonnait à dix heures et d'ordinaire à des heures indues. Un jour les paroissiens arrivaient aux offices une heure trop tôt, un autre jour une heure trop tard. Quand les uns se mettaient à table pour dîner, les autres sortaient seulement pour travailler. En un mot tout était sens dessus-dessous, c'était un désordre complet. Enfin on eut l'idée de mettre un terme à ce triste état de choses, en faisant fabriquer une magnifique horloge. Les aiguilles dorées indiquaient au cadran les heures du jour, et à chaque quart d'heure on entendait le timbre argenté d'une petite cloche résonner dans la tour et
sa voix joyeuse allait retentir dans toutes les habitations du village. Ce fut une allégresse générale dans toute la paroisse et chaque père de famille s'empressa de régler l'horloge de la maison d'après celle de l'église, si bien, qu'après peu de temps tout marcha à merveille au son de la cloche. Chrétiens! Ce que l'horloge fut pour cette paroisse, Jésus-Christ doit l'être pour nous. Sans Jésus, rien que du désordre; mais si nous avons soin de fixer toujours les yeux sur lui, dans les peines ou dans la joie, si nous réglons notre conduite sur ses exemples, l'horloge de notre vie sur le cadran céleste qui est Jésus-Christ, alors notre pèlerinage à travers la vie sera béni, exempt de désordre, et nous arriverons, au temps fixé, au port de l'éternelle paix.