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QUATRIÈME ARTICLE DU SYMBOLE

« A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli. »

{Gr. Cat. Ie q.) Le quatrième article du Symbole nous enseigne que Jésus-Christ a souffert pour nous, qu'il est mort sur la croix et qu'il a été déposé dans le tombeau.

Piècit de la passion, de la mort et de l'ensevelissement de Notre- Seigneur Jésns-Christ, (d'après les quatre Evangélistes.)

Après que le divin Sauveur eut célébré la dernière Cène avec ses apôtres, il sortit du cénacle et s'achemina vers la montagne des Oliviers. Il avait pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébedée et étant arrivé là, il commença à s'affliger et son cœur fut serré de tristesse. Alors il leur dit : « Mon âme est triste jusqu'à la mort; demeurez ici et veillez avec moi ! » Et s'étant un peu avancé il se prosterna le visage contre terre, priant et disant : « 0 mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi. Cependant que votre volonté s'accomplisse et non la mienne! » Alors un ange du ciel lui apparut et le fortifia. Et Jésus étant tombé en agonie, il re-

doubla sa prière; et il lui vint une sueur comme des gouttes de sang qui coulaient jusqu'à terre. — Et trois fois il répéta sa prière au Père céleste et recommanda à ses disciples de veiller et de prier. Alors arriva Judas accompagné d'une troupe degens armés deglaives et de bâtons, envoyée par les princes des prêtres et par les sénateurs du peuple. Or. celui qui le livrait, leur avait donné ce signe: « Celui que jebaiserai, c'est lui, arrêtez-le. » Et aussitôt, s'approchant de Jésus, il dit: « Je vous salue, maître. » Et il le baisa. — Jésus lui dit: « Ami, pourquoi êtes-vous venu? » — Alors ils s'avancèrent, et mettant la main sur Jésus, ils le saisirent. Sur cela, ils le menèrent chezCaïphe, le grand-prêtre, où les docteurs de la loi et les sénateurs étaient assemblés. Or, le prince des prêtres et tout le conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus, pour le livrer à la mort; et ils n'en trouvèrent pas, quoique plusieurs faux témoins se fussent présentés. Enfin deux faux témoins vinrent et dirent : « Cet homme a dit : Je puis détruire le temple de Dieu et après trois jours le rétablir. » Et le prince des prêtres se levant, lui dit : « Vous ne répondez rien à ce que ceux-ci disent contre vous? » Mais Jésus se taisait. Et le prince des prêtres lui dit : « Je vous adjure au nom du Dieu vivant de nous dire si vous êtes le Christ, le Fils de Dieu.» Jésus lui répondit: « Vous l'avez dit. Je vous déclare qu'un jour vous verrez le Fils de l'Homme, assis à la droite de la majesté de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. » Alors le prince des prêtres déchira ses vêtements, disant : « Il a blasphémé; qu'avons-nous encore besoin de témoins? Voilà que maintenant vous avez entendu le blasphème. Que vous en semble?» Tous répondirent : « Il mérite la mort. » Alors on lui cracha au visage, on le frappa avec le poing. Ils l'amenèrent chargé de liens et le livrèrent à Ponce-Pilate, gouverneur. Quoique celui-ci reconnût l'innocence du divin Sauveur, le peuple ameuté et excité par les discours des princes des prêtres et des anciens, exigea sa condamnation à la mort de la croix, en criant avec fureur : « Qu'on le crucifie! et que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! » D'un autre côté ils réclamèrent

la liberté de Barrabas, un insigne voleur. Alors on entraîna Jésus pour le crucifier. Mais Pilate avant de livrer Jésus aux soldats pour le mettre en croix, le fit encore flageller. Après l'avoir flagellé, les soldats du gouverneur Pilate traînèrent Jésus dans le prétoire, et toute la bande se réunit autour de lui. Ils lui arrachèrent ses vêtements et jetèrent sur ses épaules un lambeau de pourpre, posèrent sur sa tête des épines tressées en couronne, et lui remirent entre les mains le sceptre de roseau. Se prosternant dérisoirement devant lui, ils lui dirent en ricanant : « Salut, roi des Juifs ! » Ils le couvrirent de crachats, le souffletèrent et prenant le roseau, ils lui en frappèrent la tête. Alors lui ayant ôté le vieux manteau de pourpre, ils lui remirent ses vêtements, le chargèrent d'une croix pesante et l'emmenèrent pour le crucifier. Or en chemin ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, qu'ils obligèrent à porter la croix. Epuisé de forces et courbé jusqu'à terre sous le pesant fardeau, le divin Sauveur arriva au lieu appelé Golgotha ou Calvaire. Il y fut crucifié entre deux voleurs, et ce qui avait été prédit par les prophètes s'accomplit : ses mains et ses pieds furent percés de clous, les soldats se partagèrent ses vêtements et sa robe fut jetée au sort. Dévoré par une soif brûlante, on lui offrit du fiel et du vinaigre. Les princes des prêtres et les anciens allèrent jusqu'à l'injurier, mais Jésus supporta tout avec une patience et une douceur admirables. « Père! pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ! » Telle fut la prière qu'il fit pour ses ennemis. Or depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, des ténèbres couvrirent toute la terre, et vers la neuvième heure Jésus s'écria d'une voix pleine d'angoisses : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé? » Et à ces paroles la foule se moqua de nouveau de lui. Puis il poussa un cri immense, et inclinant sa tête, il rendit l'esprit. Et voilà que le voile du temple se déchira de haut en bas, la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux furent ouverts et les corps des saints qui y dormaient, se levèrent, et sortant de leurs tombeaux après leur résurrection, ils vinrent dans la ville sainte et apparurent à plusieurs. Or le

centurion et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, voyant le tremblement de terre et tout ce qui arrivait, furent dans un grand effroi et dirent: « Vraiment celui-ci était Fils de Dieu. »

Jésus avait fermé les yeux au sommeil de la mort vers la neuvième heure (à 5 heures de l'après-midi) et dans la soirée du même jour, Joseph d'Arimathie, homme riche et disciple du Sauveur, alla trouver Pilate pour lui demander le corps de Jésus. Pilate ordonna de le lui donner. Et Joseph prit le corps précieux, l'enveloppa d'un linceul blanc et le déposa dans un sépulcre neuf qu'il avait fait tailler dans le roc, fit rouler une grosse pierre devant l'entrée du sépulcre et partit.

Jésus-Christ est donc réellement mort, car son âme s'est séparée de son corps, comme nous l'apprend le récit évangélique: « Jésus jetant un grand cri, dit : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. » Et disant ces paroles, il expira. » (S. Luc. 23, 46. )Mais gardons-nous de croire quesa divinité se sépara alors de lui; non, la divinité resta étroitement unie aussi bien à son corps qu'à son âme. — Le divin Sauveur en se laissant ensevelir, rendit par là sa mort d'autant plus certaine, sa résurrection plus glorieuse et plus digne de foi. Aussi, quelle haute signification n'acquit point par là le tombeaudeJésus-Christ, et quel profond respect ne devonsnous pas avoir pour ce lieu saint !

Le saint Sépulcre à la cathédrale de Strasbourg.

Du côté méridional delà cathédrale de Strasbourg, l'évêque Berthoud II, né comte de Buchêque et fils du vicomte de Bourgogne, avait faitbâtir une belle et vaste chapelle qu'il dédia en 1594 à S. Catherine. — Il ordonna qu'il y fut enterré après sa mort, et, conformément à l'usage si touchant et si pieux du moyen-âge, il fit élever pendant sa vie même son tombeau dans la chapelle qu'il avait fondée et consacrée. Les maçons travaillaient avec ardeur au caveau, lorsqu'un jour l'évêque vint inspecter les travaux. — « Que Dieu vous garde! » dit-il en entrant, au maître maçon ; — Eh! bien, où en est mon tombeau? » — « Que Dieu protège sa grandeur!

répliqua l'ouvrier, le tombeau sera detoute beauté, on pourrait bien y déposer notre Sauveur! » — Mais Berthoud en entendant ces paroles, et en voyant combien le pavé surpassait par la beauté de son travail celui du saint Sépulcre qui se trouvait dans une autre chapelle, dit aussitôt: « Non! il ne sera pas dit que mon tombeau surpasse celui du divin Sauveur!» — Et aussitôt il abandonna sa demeure sépulchrale à notre Seigneur et Dieu, afin d'y déposer le jour du Jeudi-Saint le corps du Sauveur. — Ce fut alors surtout qu'il ordonna au maître maçon de la faire belle, oui bien plus belle et plus riche qu'il ne l'avait commandé d'abord, et l'humble évoque se fit préparer pour lui-même un autre tombeau plus simple. {Trésor d'anecdotes de Hungari.)

Près du tombeau de Notre-Seigneur, pensons souvent à notre propre tombeau qui servira de demeure à notre cadavre jusqu'au grand jour de la résurrection. —Jésus-Christ par son tombeau, a sanctifié le nôtre, de sorte qu'il ne doit plus rien avoir d'effrayant pour nous, pourvu toutefois que nous n'oubliions pas d'amasser pendant notre vie des biens spirituels et des trésors impérissables.

Le tombeau est notre demeure.

Un jour qu'un homme riche, appelé Tudertin, eut chargé son domestique, le bienheureux Jacopone, de porter à sa demeure deux poulets qu'il venait d'acheter, celui-ci les porta au caveau funéraire que son riche maître avait fait construire dans l'église de saint Fortunat; par là il voulait faire comprendre à Tudertin que c'était proprement sa demeure et qu'il devait avoir soin d'y faire provision de biens spirituels et de trésors impérissables. C'était à ce souvenir que le saint homme Job s'écriait : « Je sais que vous me livrez à la mort, où une demeure est préparée pour tous les vivants. » (Uunolt et Brunner.)

(Gr. Cat. 5e q.)

Jésus-Christ a souffert, Jésus-Christ est mort, non comme Dieu, mais comme homme, c'est-à-dire selon la

nature humaine; car Dieu ne peut ni souffrir ni mourir. S. Jean Damascène remarque à ce sujet: « Puisque la divinité n'est pas accessible aux souffrances, il s'ensuit qu'elle ne put souffrir avec le corps de Jésus. Nous disons bien que Dieu a souffert dans la chair, (parce que Jésus-Christ est aussi bien Dieu qu'homme dans une seule personne, et que par conséquent ces deux dénominations lui conviennent), cependant nous ne pouvons pas dire que la divinité a souffert dans la chair ou Dieu parla chair. De même que le soleil demeure intact et toujours brillant quoique l'arbre qu'il éclaire de ses rayons tombe sous les coups de hache, de même aussi la divinité du Verbe demeura intacte malgré son union personnelle avec l'humanité qui fut frappée par la mort.

Comparaison.

S. Augustin expose le même mystère au moyen d'une comparaison, quand il dit: «L'homme est philosophe non par le corps, mais par l'âme, et néanmoins on dit sans arrière-pensée: le philosophe est devenu aveugle, le philosophe est mort, le philosophe a été enterré, — toutes choses qui ne regardent pourtant que le corps. Ainsi, quoique Jésus-Christ soit selon sa nature divine le Fils de Dieu et le roi de gloire, on dit néanmoins en toute vérité : Dieu a été crucifié, Dieu a souffert, Dieu est mort, quoique tout cela s'entende de la nature humaine; car malgré les deux natures, qui se trouvent en Jésus-Christ, il n'y a pas deux Jésus-Christ, mais un seul, tout comme dans le philosophe il y a deux substances, le corps et l'âme, sans qu'il y ait pourtant deux hommes. — Il suit de là, que le même Jésus-Christ, vrai Dieu, et en même temps vrai homme, a été flagellé, couronné d'épines et crucifié. Ce fut là une admirable invention de la sagesse divine, la grande merveille de sa puissance, le chef-d'œuvre de son amourinfini qui lui fit trouver le chemin des souffrances, quoique de sa nature il en fut exempt, en unissant dans la

personne du Verbe les deux natures, la nature divine et la nature humaine.» (Epist. 169 al. 102 ad Evod.)

Ce serait une grande erreur, oui, une impiété, de vouloir conclure que Jésus-Christ n'est pas Dieu, parce qu'il est mort à la croix.

Jésus-Christ en mourant à la croix put-il être Dieu ou le Fils de Dieu ?

Dans chaque siècle du Christianisme, il s'est rencontré des gens, qui, ne voulant pas comprendre que le signe de la croix était le principe et l'expression de l'œuvre de notre salut, et refusant même de chercher ce salut, eussent désiré que lacroix fut pour le moins enterrée sousla statue deVénus ou de Minerve. En effet la croix est pour les âmes indifférentes et molles une folie, mais pour celles qui désirent leur salut, lacroix est la force de Dieu. Un jour il arriva, nous raconte S. Athanase, que quelques sophistes prétentieux, qui, de son temps, allaient parader et déclamer partout, serendirentdans le désert auprès de l'illustre solitaire S. Antoine, non pour en recevoir des leçons de sagesse et de vertu, mais pouressayer sur lui les armes acérées du sophisme et du ridicule. Entre autres choses ils lui reprochèrent en ricanant, de croireà un divin Sauveur et Rédempteur, d'adorer et d'invoquer comme Dieu quelqu'un qui était mort aie gibet infâme de la croix. La réponse qu'Antoineleur fit, fut digne de cet homme simple et grand. «Il vous plaît, leur dit-il, de nous injurier, de nous honnir; nous au contraire nous déplorons avec tristesse votre aveuglement. Vous voulez vous faire passer pour des sages, mais vous pourrez en juger par vous-mêmes! — De ces deux choses laquelle est la plus honorable et la plus honnête, ou d'honorer la croix, ou de servir vos dieux à qui vous attribuez vous-mêmes les plus énormes forfaits? A la croix brillent des vertus de tout genre dans le degré le plus héroïque; dans votre religion on ne trouve qu'une école d'immoralité et d'infamie. Nous devrions, selon vous, rougir de confesser que notre Sauveur est mort à la croix; et vous, vous ne rougissez pas d'adorer un Saturne qui dévora ses propres en-

fants, ou un Jupiter dont vous savez raconter tant de turpitudes! » Voilà comment S. Antoine ferma la bouche aux esprits-forts de son temps. (Veith. Charitas. p. 217.)

(Gr. Cat. 6- 12e g.) Jésus-Christ n'était pas forcé de souffrir et de mourir; mais il s'est soumis volontairement à toutes ces souffrances et même à la mort : « Il a été sacrifié, parce qu'il l'a voulu; » [Isaïe. 53, 7.) il a voulu souffrir et mourir afin de satisfaire à la justice divine pour nos péchés, « pour les péchés du monde entier » (1 Eptt. de S. Jean 2, 2.) et ainsi nous racheter et nous sauver; c'est-à-dire, que par son obéissance volontaire jusqu'à la mort de la croix, il a procuré à la majesté divine une réparation ou une satisfaction surabondante pour l'injure que lui avait causée notre désobéissance, et quil nous a délivrés ainsi des châtiments éternels que nous avions mérités. Comme on avait péché par V arbre du paradis terrestre, ainsi Jésus-Christ voulait nous sauver par V arbre de la croix. C'est pourquoi S. Paul écrit dans son épître aux Romains:« Comme par la désobéissance d'un seul plusieurs sont devenus pécheurs, de même par l'obéissance d'un seul plusieurs deviendront justes. » (5, 19.) (Cf.I Petr. 2, 22-24 et Is. 53, 4-5.) Or cette satisfaction, Jésus-Christ seul pouvait la donner parce que l'injure faite à V infinie majesté de Dieu exigeait une satisfaction d'une valeur infinie; telle fut en effet la satisfaction de Jésus-Christ, parce que c'était une personne divine qui la donnait; car plus haut placée est la personne qui satisfait, plus grande aussi est la valeur, et le mérite de la satisfaction. Oui, la moindre souffrance endurée par Thomme-Dieu, eut par elle-même suffi parce que le moindre de ses actes était d'une valeur intinie; « La moindre douleur, la moindre humiliation de Jésus-Christ » dit S. Thomas, eut été suffisante pour racheter le genre humain, à cause

de l'infinie dignité de sa personne; mais, ajoute S. Chrysostôme, ce qui suffisait à notre rédemption, ne suffisait pas à son amour. « Jésus-Christ souffrit donc tant afin 1) de nous faire connaître la grandeur de son amour.

Les héros de Calais, ou l'amour ineffable du Sauveur mourant.

Edouard, roi d'Angleterre, assiégeait en 1547 la ville de Calais en France. Chaque jour ses soldats ouvraient des brèches aux murs, mais chaque matin les assiégeants voyaient les murs et les remparts rélevés. Cependant les intrépides défenseurs de la ville mouraient de faim; les chats et les souris leur avaient servi de nourriture et ils en étaient réduits à manger du gazon et du cuir, cuits dans l'eau ; néanmoins loin de se rendre, ils résolurent de faire encore une vigoureuse sortie, mais le succès ne couronna pas leurs héroïques efforts, et ils se virent forcés de capituler, à la condition toutefois de pouvoir sortir librement de la ville avec les honneurs de la guerre. Edouard y consentit pourvu que six des plus notables Calaisiens vinssent, la corde au cou, lui apporter les clefs de la ville et se dévouer pour les autres. Tous les bourgeois étaient réunis au marché, quand le parlementaire leur apporta la décision du prince anglais. A cette nouvelle, Calais retentit de gémissements; une cruelle incertitude glaça les cœurs. Enfin Eustache de Saint-Pierre, le plus riche bourgeois de la ville, monta sur une élévation d'où il pouvait être entendu de tout de peuple et lui adressa ces paroles : « Amis et compagnons d'armes! Il faut que nous livrions six d'entre nos plus dignes concitoyens à une mort ignominieuse; telle est la volonté du cruel vainqueur. Qui d'entre nous est capable de se souiller d'une telle trahison?» — Personne ! — Mais il est un moyen de nous élever au-dessus de cette trahison. Que celui à qui l'honneur est plus cher que la vie, s'offre lui-même volontairement à la mort! — Chers concitoyens, moi votre guide et votre chef dans les combats, je suis prêt aussi à être votre guide à la mort; je consens à être la première victime. Qui veut me suivre? » —

« Votre fils, » cria un jeune homme, encore à la fleur de l'âge. — « Ah ! mon enfant, s'écria Eustache, il faut donc que je sois immolé deux fois ! Mais soit; vous avez atteint l'âge et choisi la fin la plus digne d'un noble cœur. — Qui se présente encore? C'est le moment, mes amis, de montrer de l'héroïsme. » — « Moi, votre cousin, » lui cria Jean d'Aire. — « Et nous, vos proches parents, dirent Jacques et Pierre Wisant. » — Pour compléter le nombre des victimes, il se présenta tant de cœurs généreux, qu'il fallut tirer au sort pour savoir qui aurait l'honneur de mourir pour ses concitoyens. Vraiment, c'étaient des âmes d'un héroïsme sublime! Le triste cortège se mit enfin en marche; les habitants de Calais avec femmes et enfants sortirent en foule de la ville pour se rendre au milieu de l'armée des Anglais. Les adieux qu'ils firent à la maison paternelle furent déchirants, car les ennemis allaient bientôt s'en emparer et s'y établir. Le convoi des malheureux exilés était formé par les six généreuses victimes qui, la corde au cou, se présentèrent courageux et souriants au roi. — « Gauthier, demanda Edouard en s'adressant à Mauni, un de ses plus nobles chevaliers, sont-ce là les habitants les plus notables de Calais? » — « Oui, sire, non-seulement ce sont les hommes les plus nobles de Calais, mais même les plus nobles de toute la France, si la noblesse n'est autre chose que la vertu.» — « Ont-ils été livrés pacifiquement? N'y a-t-il pas eu d'opposition, de tumulte parmi le peuple? » — « Non, sire, le peuple n'en a livré aucun, ils se sont livrés d'eux-mêmes. » — Edouard secrètement coutroucé de cette noble résolution de ses ennemis, commanda qu'on leur tranchât la tête, oubliant quelle honte il allait faire réjaillir sur toute l'Angleterre par une aussi froide cruauté. Mais au même moment, la reine son épouse, se présente à lui, et par ses tendres supplications et ses caresses elle sauve les héros de la mort. Depuis lors on donna à ces six hommes le nom de héros de Calais, et ils le méritèrent à juste titre.

Mais qu'est-ce que leur généreux sacrifice en comparaison du sacrifice d'amour de Jésus-Christ? Eustache de Saint-

Pierre et ses compagnons marchèrent à la mort pour leurs amis et leurs frères; Jésus-Christ mourut pour ses ennemis et ses persécuteurs; car « lorsque nous étions encore ennemis, nous fûmes réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils. » — Eustache et ses cinq concitoyens étaient prêts à subir une mort honorable et glorieuse; Jésus l'homme-Dieu subit la mort la plus ignominieuse au gibet de la croix entre deux larrons, comme le dernier des misérables. — Eustache et ses compagnons étaient prêts à endurer tout ce que la colère d'Edouard pourrait ordonner contre eux; Jésus endura plus de souffrances que n'en exigeait la justice divine; car en vertu de sa dignité d'homme-Zh'eu, il eut pu nous racheter par une seule goutte de sang, et néanmoins il vida le calice des douleurs jusqu'à la lie. Enfin, et c'est la différence principale : Eustache et ses compagnons étaient hommes, et souffrirent comme tels pour des hommes; mais Jésus était homme- Dieu, il était le roi d'immortelle gloire et d'infinie majesté, devant lequel les anges tremblent et les cieux frémissent ; et néanmoins il souffrit pour les hommes. Oui ce grand Dieu souffrit pour de misérables créatures, ce roi de majesté pour de pauvres mendiants, ce maître puissant du ciel et de la terre pour des serviteurs ingrats ! Quel excès d'amour, quelle infinie bonté, quelle ineffable charité pour les hommes! 11 n'est donc pas surprenant que S. Grégoire, à la vue d'un amour aussi grand, s'écrie : « Le Fils de l'homme est devenu fou par amour pour les hommes. » Et que S. Paul appelle le mystère des souffrances de Jésus-Christ la folie de la croix.

Le divin Sauveur et S. Angèle de Foligno. Le divin Sauveur s'adressant un jour du haut de la croix à S. Angèle de Foligno, lui dit : « Considère comment je suis suspendu à la croix ; vois mon corps blessé et meurtri ; pénètre dans mon intérieur et sonde mon cœur! qu'y découvriras-tu ? de l'amour et rien que de l'amour.

Comparaison et textes.

Supposons qu'un puissant roi de la terre, animé |du désir de faire du bien à son peuple, de lui procurer le bonheur,

l'aisance de la paix, dépose la pourpre royale, la couronne et le sceptre, et que pour exécuter son plan, il n'épargne ni peines ni fatigues, qu'il entreprenne des voyages, se soumette aux privations et aux travaux, s'expose aux dangers et finisse par sacrifier sa vie, ne serait-ce pas quelque chose d'inouï et de merveilleux? et quiconque en entendrait parler, ne pourrait se persuader que c'est un fait historique, mais plutôt une fable, une invention. Eh bien! cet excès d'amour que jamais roi de la terre n'a montré pour ses sujets, Jésus-Christ notre roi et notre Dieu l'a montré; excès d'amour d'autant plus digne d'être admiré que la distance entre nous et Dieu était plus grande et qu'elle surpasse la différence qui existe entre un roi et ses sujets.

Celui qui est la grandeur même est devenu petit par amour pour nous; celui dont le règne embrasse tous les siècles et dont la domination s'étend à tous les âges et à toutes les générations est devenu pour nous la risée des hommes et le rebut de la populace- (Ps. 21, 6.) (Bressanvide.)

« Le Créateur des hommes ne s'est pas contenté de devenir homme, mais il a consenti à être déshonoré par les hommes; non-seulement à être déshonoré, mais à être mis à mort; non-seulement à être mis à mort, mais à mourir de la mort la plus cruelle, la plus ignominieuse, telle qu'était la mort de la croix. » {S. Aug. Tract, in Joann. 16.)

« Qui pourrait comprendre l'excès d'humiliation, de patience et d'abaissement où le Dieu de toute majesté est descendu, en se faisant homme, en se soumettant à la mort, en souffrant la mort infâme de la croix? » (S. Bernard.)

2) Pour nous montrer combien le péché est énorme et mérite d'être puni.

S, Isidore de Scète.

Un jour l'on trouva S. Isidore prêtre et anachorète, les yeux baignés de larmes. Le père qui le vit en cet état lui demanda pourquoi il pleurait: « Je pleure mes péchés, » ditil, «et leur énormité, puisqu'il a fallu qu'à cause d'eux mon Dieu et mon Sauveur mourût sur la croix. » Lors même que

CATÉC. PRATIQUE. T. I. 14

nous n'eussions offensé Dieu qu'une seule fois, nous n'aurions pas assez de larmes pour pleurer l'énormité de nos fautes et l'excès de notre ingratitude.

3) Pour nous apprendre à porter avec d'autant plus de patience notre croix.

S. Jeanne de la Croix, modèle de patience.

La vénérable Jeanne de la Croix était toujours gaie et contente au milieu des nombreuses maladies qu'elle eut à endurer: « Que ne puis-je, disait-elle souvent, verser les dernières gouttes de sang que j'ai encore, par amour pour vous, ô Sauveur du monde ! Encore plus de croix, ô Seigneur, encore plus de peines et d'amertumes, car je souffre pourvous, mon doux amour crucifié! » Une fois entre autres, qu'elle était accablée par la maladie pendant la nuit, elle disait : « O comme cette nuit se passe bien! il n'est pas de membre de mon corps qui soit sain ; ebaque membre éprouve une douleur différente. O mon Sauveur ! je vous remercie de ces souffrances arriéres, c'est la plus grande grâce de ma vie. Si vous voulez me faire souffrir jusqu'à la fin du monde, je le supporterai avec une joie inexprimable. » Lorsque les autres religieuses pleuraient de compassion sur ses douleurs, elle leur disait ces mots: « Mes chères filles, laissez-moi souffrir, afin que je devienne conforme au Sauveur que j'ai reçu. La souffrance, c'est la plus belle hymne que je puisse chanter et jouer en l'honneur du Sauveur, mon hôte chéri. O Jésus, crucifiez-moi, continuait-elle, mais vous seul soyez ma croix ! Je veux être cloué à vous, je veux être transformée en vous, je veux être enterrée vivante, mais dans votre divin cœur; je veux être toute ma vie dans le purgatoire, mais dans le purgatoire de votre divin amour . » {Bède Weber, sermons au peuple Tyrollien.)

Le présent du ciel ou le crucifix.

S. Geneviève eut beaucoup à souffrir. Or un ange lui apparut portant en main un beau crucifix qu'il lui donna en

disant : « Geneviève prend cette sainte croix que Jésus- Christ t'envoie du ciel pour ta consolation. Que cette croix te serve de miroir pour t'y regarder, et d'autel pour y prier. Es-tu triste, console-toi par cette croix; es-tu attaquée par le démon, fuis vers elle; es-tu poussée à l'impatience, rappelle-toi la patience de celui qui est suspendu à cette croix. » ( Légendes d'Albert Werfer. )

Parole remarquable d'un paysan Vendéen.

Un paysan de la Rairie revenait du combat. Il avait la tête fendue d'un coup de sabre et le sang ruisselait à flots. De jeunes filles vendéennes bandèrent ses plaies en pleurant. « Ce n'est rien, mes chères enfants, dit-il, Jésus-Christ a souffert beaucoup plus. »

Le roi blessé.

Frédéric avait perdu une bataille contre les Autrichiens. Le soir, brisé de fatigue, il se retira dans la chaumière d'un paysan où une troupe de soldats découragés s'étaient réunis. En entrant il déboutonna son vieil habit râpé d'où tombèrent plusieurs balles qui s'y étaient arrêtés ; à cette vue, les soldats, dans un transport de joie, se jetèrent à son cou, parce qu'il avait couru les mêmes dangers qu'eux, et bientôt ce fut une allégresse, non comme s'ils avaient perdu, mais plutôt comme s'ils avaient gagné la bataille. — Pauvres mortels! voilà comment nous sommes tous bâtis; nous sommes moins malheureux quand nous avons quelqu'un à qui nous puissions confier les peines de notre cœur, ou qui ait souffert autant et plus que nous. Eh bien! ouvrez les yeux et jetez-les sur le chef, sur le roi des martyrs, Jésus-Christ, et écoutez ce qu'il vous dit du haut de la croix: «0 vous tous, qui passez, voyez s'il est une douleur pareille à la mienne ! » — C'est pourquoi apprenez de lui à supporter vos douleurs avec patience.

Acceptez avec reconnaissance toutes les croix de la ' main

de Dieu.

Avez-vous confiance dans la croix? souffrez-vous volon-

tiers? acceptez-vous avec reconnaissance chaque croix de la main du Seigneur? — Puissiez-vous ressembler à certain pieux solitaire qui s'était un jour rendu à la foire d'Alexandrie! 11 s'arrêta entre autres devant la boutique d'un marchand qui ne vendait que des petites croix d'or et d'argent. Il eut bien désiré en acheter une, mais le tout c'était d'avoir de quoi la payer, et il n'avait rien. Il en prend une en main et demande: « combien vendez-vous cela! » — Le prétendu marchand lui dit qu'il ne vend par ces croix, mais qu'il les donne gratuitement. — « Acheter de cette manière, sans devoir rien payer, vraiment c'est un plaisir! » répondit le solitaire en riant. Puis il remercie cordialement notre homme, met la croix en poche et s'en retourne content chez lui, tandis que le marchand crie derrière lui: « C'est bien, frère, quand on est reconnaissant pour une croix. » Mais le lendemain voilà que le solitaire gagna la fièvre; il devint triste et abattu et la petite croix semblait n'avoir plus rien d'attrayant pour lui. Un moment il la prit en main, l'examina de tous côtés et découvrit sur la longueur, ces mots gravés en très-petits caractères : « La fièvre quarte. » Aussitôt il comprit ce que cette petite croix signifiait. Quand la fièvre l'eut quitté, il n'eut rien de plus empressé que de courir de nouveau au marché pour y découvrir son marchand, mais il eut beau chercher, boutique et marchand avaient disparu comme par enchantement. Se prenant alors à réfléchir, il se dit: ce ne devait pas être un marchand de la terre, mais un agent du ciel. Il s'en retourna tranquillement dans sa demeure, remercia Dieu de cette croix de douleurs et supporta avec une grande patience toutes les attaques de la fièvre. Il resta longtemps malade; enfin l'heure de sa délivrance arriva, car tout ne dure qu'un certain temps dans ce bas monde. Un messager céleste, le même qui lui avait donné la petite croix au marché d'Alexandrie, porta son âme au sein des joies éternelles. (Le prédicateur et le catéchiste.)

(Gr. Cat. 15-14e q.) Les effets de la passion et de la mort de Jésus-Christ sont extrêmement grands et au plus haut degré salutaires pour nous.

Effets salutaires de la passion et de la mort de Jésus-Christ.

Voici comment S. Chrysostôme décrit avec son éloquence ordinaire les effets admirables de la passion et de la mort de Jésus-Christ: La croix a étouffé la colère de Dieu contre les hommes, opéré l'œuvre de la réconciliation, changé la terre en paradis céleste, uni les hommes aux anges, renversé la puissance de la mort, brisé la force du démon, détruit l'influence du péché, délivré le monde de l'erreur, apporté la vérité, effrayé les esprits malins, ruiné les temples des faux dieux, anéanti leurs autels, dissipé la fumée des sacrifices, enraciné la vertu et fondé les églises. La croix a déchiré la cédule de notre condamnation, détruit les prisons de la mort et montré l'amour divin dans sa splendeur la plus ravissante et la plus complète; « Car Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a sacrifié son Fils afin que tous ceux qui croient en lui, ne se perdent point. » Et S. Paul dit: « Lorsque nous étions encore ennemis nous avons été réconciliés avec Dieu parla mort de son Fils. » La croix est une forteresse inexpugnable, un bouclier invincible, la sûreté des riches, la félicité des pauvres, la protection des persécutés, l'armure des assiégés, la délivrance des peines, le fondement de la vertu, un étendard admirable et glorieux. La croix c'est la clef qui a ouvert de nouveau les portes des cieux, qui y a fait entrer le bon larron; c'est le pont au moyen duquel le genre humain, sur le point de s'abîmer dans les gouffres éternels et devenu indigne de la terre même, s'introduit dans la céleste patrie. Voilà tout le bien qu'a produit et que produira encore pour nous la croix! »

En considérant ces effets en particulier, nous trouvons spécialement que:

1) Jésus-Christ nous a délivrés du péché par sa passion

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et sa mort. « Il nous a aimés et lavés de nos péchés par son sang. » (Apocal. 1.5.)

Le missionnaire et les auditeurs ignorants.

Un missionnaire chrétien exposait à des auditeurs ignorants et d'un esprit lourd, le grand mystère de la Rédemption ; il leur montrait surtout les admirables effets de la mon de Jésus à la croix, comment entre autres nous avons été délivrés de nos péchés et purifiés dans son sang adorable. Il imagina tous les moyens pour se faire comprendre et s'abaissa au niveau de leur intelligence comme on fait avec les petits enfants. Un jour il monta en chaire avec une boîte remplie de divers instruments. Il en tira d'abord un couteau tout couvert de rouille, puis il prit une petite bouteille d'où il laissa tomber quelques gouttes sur la lame rouillée qui, en un instant, devint brillante et pure comme un miroir. « Voilà, leur dit-il, ce qu'était le cœur humain ; il était malpropre et souillé comme ce couteau, mais par le sang de Jésus-Christ, il a été purifié et il a recouvré son premier éclat. »

Rien de plus saisissant que ces paroles mises dans la bouche du divin Sauveur par S. Eusèbe. « L'homme étendit sa main rebelle vers l'arbre défendu, et voilà pourquoi je tendis mes mains aux bourreaux, afin qu'elles fussent attachées à l'arbre des douleurs, et je fus obéissant jusqu'à la mort de la croix. L'homme a péché par le bois., et c'est au bois que j'ai fait pénitence pour lui. L'homme est tombé près du bois plein de douceur, et je l'ai racheté sur le bois plein d'amertume. »

2) Jésus-Christ nous a délivrés par là de V esclavage du démon qui s'était rendu maître de nous au moyen du péché. « Jésus-Christ s'est revêtu de chair et de sang, afin de détruire par sa mort celui qui avait l'empire de la mort, c'est-à-dire le démon. » (Epît. aux Hébr. 2, 14.)

Le sang de Jésus-Christ est Vanne la plus forte contre le démon. S. Edmond avait l'habitude de faire chaque jour sa mé-

ditation, et choisissait pour matière la douloureuse passion du Sauveur. Un jour qu'il était occupé de ses études, et distrait par d'autres travaux encore, il la négligea. Or au moment même de se mettre au lit, le démon lui apparut sous une forme effrayante; le saint leva aussitôt la main droite pour se munir du signe de la croix, mais l'esprit impur lui saisit la main afin qu'il ne pût achever ce signe si redoutable pour lui. Alors le saint leva la main gauche pour se signer du moins ainsi, mais le démon la saisit encore et la tint immobile. Le serviteur de Dieu se voyant désarmé extérieurement chercha à s'armer intérieurement contre les attaques de son ennemi, par la prière. — Celui-ci n'y put résister et fut renversé entre le mur et le lit. Edmond se voyant vainqueur, s'élança à son tour sur le démon, le saisit avec violence, le frappa et lui dit : « Lève-toi! je t'adjure par le sang de Jésus-Christ, dis-moi, quelle est l'arme avec laquelle je puis te nuire davantage et t'enchaîner le mieux? » Le démon répondit que c'était le sang divin qu'il venait de nommer. Et en effet cet ennemi de notre âme avait déjà montré par le fait, combien, ce qu'il disait, était vrai, puisque le même jour où S. Edmond avait omis de faire sa méditation habituelle sur le sang et la passion du Sauveur, le démon avait osé l'attaquer avec tant de force et de violence. (Scaramelli.)

Comparaison.

«. Sur le bois de la croix Jésus-Christ a triomphé du démon et nous a délivrés de son esclavage; aussi ne craint-il rien tant que la croix. Oui, comme le chien tremble à la vue du bois c'est-à-dire du bâton avec lequel on l'a frappé, ainsi l'esprit malin tremble bien plus encore quand il voit la sainte croix, parce que, en la voyant, il se rappelle le bois de la croix avec laquelle Jésus-Christ l'a vaincu. » (S. Cyrille.)

3) Jésus-Christ nous a délivrés par sa passion et sa mort de la damnation éternelle, que nous avions méritée par le péché. « Dieu ne nous a pas appelés pour sa

colère (pour la damnation) mais afin que nous obtenions le salut par Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est mort pour nous. » (1 Epît. aux Thess. 5, 9.)

Le Fils des blessures.

Sauciits III, roi de Navarre, vint au monde par une blessure. Sa mère, au moment même qu'elle était enceinte de lui, reçut un coup de lance de la main d'un ennemi. Elle mourut; et l'enfant passa sa petite main à travers la plaie béante et vint sain et sauf au monde. On l'appela Saucius, ce qui signifie fils des blessures.

Ne sommes-nous pas tous aussi enfants des blessures? N'est-ce point par la mort et les plaies de Jésus-Christ que nous avons été sauvés de la mort éternelle et enfantés à une vie nouvelle?

4) Jésus-Christ, par sa passion et sa mort, nous a réconciliés avec son Père et rouvert le ciel. « Lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils {Epît. aux Rom. 5, 40.) — « Nous avons donc, par le sang de Jésus-Christ, la liberté d'entrer avec confiance dans le sanctuaire, (dans le ciel) vers lequel il nous a préparé une voie nouvelle et vivante. » (Epît. aux Hébr. 10, 19-20.)

Jésus-Christ nous a rouvert le ciel.

L'ancien Testament nous offre une belle image de ce bienfait spécial. (Num. 35.) D'après l'ordre de Dieu, il existait chez les juifs quelques villes désignées comme lieux de refuge, où ceux qui avaient tué involontairement ou par accident un homme, étaient à l'abri de toute poursuite judiciaire. Entretemps on examinait le fait et on discutait la chose en présence de tout le peuple; après même que l'auteur du meurtre avait été déclaré innocent, il n'en devait pas moins demeurer dans la ville où il s'était réfugié, et y vivre en exil et loin de son lieu natal ; il ne lui était permis de revenir dans sa terre qu'après la mort du grand-prêtre. —

Dieu voulait signifier par celte loi, que nul homme, si sainte et vertueuse qu'eut été sa vie sur la terre, ne pouvait entrer dans la céleste patrie avant la mort du grand-prêtre éternel, Jésus-Christ. Adam en avait été banni avec sa postérité, et les patriarches comme les prophètes en demeurèrent exclus jusquà ce que le grand-prêtre Jésus-Christ eut accompli son sacrifice par la mort sur la croix et fut entré le premier triomphalement dans la Jérusalem céleste. Alors se rouvrirent ces portes si longtemps fermées, et depuis elles demeurèrent ouvertes aux âmes qui participent aux mérites de la passion. Voilà comment le Paradis a été ouvert pour nous, mes Frères, et c'est un des plus grands bienfaits que le Fils de Dieu nous a témoignés par ses souffrances. (Voyez Bressanvide.)

Comparaisons.

« Personne ne peut passer en sûreté les flots du monde, à moins d'être porté par la croix comme par un navire. Plus d'un homme a la vue faible et ne sait voir loin; qu'il n'abandonne par ce vaisseau et il arrivera au port. » (S. Augustin.)

« La croix est la clef qui ouvre la porte du ciel et nous y laisse entrer. Aimez la croix, cette lumière du monde, et vous aurez Jésus-Christ pour guide durant toute l'éternité.» {S. Bonaventure.)

« Avant que la croix n'existât, il n'y avait pas encore d'échelle pour monter au ciel; voilà pourquoi ni Abraham, ni Jacob, ni David ni aucun autre mortel ne purent y atteindre. Mais cette échelle est dressée maintenant, depuis que la croix a été élevée, et les portes du ciel sont ouvertes. » {S. Augustin.)

5) Enfin parsapassion et sa mort, Jésus-Christ nous a mérité des grâces surabondantes, afin que nous puissions nous sanctifier et nous sauver. «Dieu nous a comblés en Jésus-Christ detoutes sortes de bénédictions spirituelles et de biens célestes. » (Epît. aux Ephes. 1, 3.)

Par sa passion et sa mort, Jésus-Christ nous a mérité des grâces surabondantes.

Ce fut avec un cœur plein de reconnaissance que les saints se rappelèrent ce bienfait.

C'était au pied de la croix que l'on voyait toujours saint Jérôme écrire et étudier. Quelqu'un lui ayant demandé pourquoi il se tenait toujours si près de la croix: « C'est, dit-il, que cet arbrede vie me donne une ombre où je suis à l'abri du mal, et des fruits qui me fortifient dans le bien! Sous cette ombre je veux sans cesse m'abriter, et y goûter des fruits si doux. »

Pendant une tranquille soirée du mois de mai on entendit un religieux, le P. Frédéric Spée, de la Compagnie de Jésus, qui se reposait près d'une croix ombragée par un cerisier en|fleurs, adresser les paroles suivantes au signe sacré de notre rédemption. « 0 sainte croix, je voudrais te nommer feu ardent, mais tu es plus brûlante et plus pénétrante que le feu î — 0 sainte croix, je voudrais te nommer pierre précieuse et perle d'Orient, mais tu vaux infiniment plus! — 0 sainte croix, je voudrais te nommer trésor par-dessus tous les trésors de ce monde; mais tu l'emportes de beaucoup sur tous les trésors imaginables, cartu es un trésor céleste, puisque tu portes le Sauveur du monde, l'agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde! 0 agneau de Dieu, attaché à la croix, aie pitié de moi; car par ta sainte croix tu as racheté le monde! »

Un frère convers vit revenir saint Dominique du pied delà croix, les yeux tout rouges et gonflés à force d'avoir versé des larmes ; il demanda au saint fondateur pourquoi il avait tant pleuré près de la croix? — Et Dominique lui répondit : « Comment ne pleurerais-je pas? La croix est mon grand livre de comptes, où je lis ce que j'ai dépensé et ce que j'ai reçu ! J'ai dépensé une grande partie de ma vie à commettre des péchés que mon divin Maître a dû payer si amèrement! Et j'ai reçu tant de grâces, dont je ne suis pas assez recon-

naissant! Comment ne pas pleurer alors en contemplant la croix?! »

Comparaison.

« Oui, la croix est belle ; la croix peut être aimée; la croix procure de la joie. Il en est ainsi, mes frères! A celui qui s'attache à la croix elle épanche la vie, elle donne de l'allégresse, elle verse l'huile de la joie, elle transmet le baume des dons et des grâces célestes. Ce n'est pas un arbre sauvage pour celui qui l'embrasse, c'est un arbre dévie, un arbre fécond, un arbre de salut; sans quoi comment eut-il pu s'implanter dans le champ du Seigneur? » (S. Bernard.)

(Gr. Cat. 15e q.) Jésus-Christ a mérité la grâce et le salut éternel, nonseulement pour ceux qui se sauvent réellement, mais encore pour tous les hommes sans exception, comme il est mort pour tous sans exception. C'est pourquoi saint Paul écrit: «Un seul est mort pour tous. » (2 Epît. aux Corinth. 5, 14.) « Jésus-Christ s'est livré pour la rédemption de tous. » (1 Epît. à Tim. 2, 6); et saint Jean dit dans sa première épître : « Il est la victime de propitiation pour nos péchés, et non-seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde. (2, 2.) Quelle consolation, quelle douce pensée pour nous tous, et même pour les plus grands pécheurs!

S. Philippe de Néri et la religieuse découragée.

Dans l'histoire de la vie de S. Philippe de Néri, il est rapporté d'une religieuse qu'aux derniers jours de sa vie elle fut assaillie par des désolantes pensées de découragement et de désespoir, de sorte qu'elle ne cessait de se plaindre d'être rejetée de Dieu et d'avoir perdu toute espérance de salut. Tous les effortspour lui rendre la confiance et la paix n'ayant abouti à rien, on pria enfin S. Philippe de Néri, cet homme apostolique à l'énergie et à la sagesse duquel tout le monde se fiait, d'assister cette fille inconsolable. Il s'approcha avec

un sourire céleste du lit de la malade et lui dit : « Pourriez vous me dire, ma fille, pourquoi le Fils de Dieu a souffert la mort sur la croix? » — Elle répondit: « Pour les pécheurs. » — « Et qui étes-vous ?» — « Une grande pécheresse. » — « Eh bien! dans ce cas, reprit le Socrate chrétien, le paradis vous appartient! » Or ces paroles « le paradis vous appartient, » restèrent gravées si profondément et si constamment dans son cœur, que, délivrée de toute tentation de désespoir, elle conserva la plus grande confiance jusqu'aux derniers moments de sa vie. (Yeith.)

Mais si tous ne se sauvent pas, quoique Jésus-Christ ait mérité pour tous le salut éternel, la faute en est uniquement aux hommes, parce que tous ne font pas de leur côté ce qui est nécessairepour obtenir le salut, c'està-dire, que tous ne croient pas, n'observent pas les commandements et n'emploient pas les moyens de salut. Voilà pourquoi l'Esprit-Saint parlant par la voix de saint Paul a dit : « Jésus-Christ est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l'auteur de leur salut éternel. » (Epît. aux Hébr. 5, 9.) Et saint Augustin nous dit à son tour : « Celui qui vous a créé sans vous, ne vous sauvera pas sans vous. »

Exemple tiré de la Bible.

Saint Paul écrit dans son épître aux Colossiens : « Moi, Paul, j'ai été établi ministre de l'Evangile; je me réjouis maintenant des maux que je souffre pour vous, moi qui accomplis dans ma chair ce qui manque à la passion de Jésus-Christ pour son corps, qui est V Eglise. (25-24.) Saint Ambroise et d'autres saints docteurs remarquent au sujet de ce texte : « Mais manque-t-il donc encore quelqne chose aux souffrances de Jésus-Christ? D'après saint Jean (17, 4.) il acheva complètement l'œuvre que son Père lui avait donnée à accomplir, et à la croix il s'écria : « Tout est accompli. » [S. Jean, 19, 30.) Est-ce que la valeur de ses souffrances n'est donc

pas infinie? est-il nécessaire que les mérites humains leur donnent un accroissement? — Il est vrai, Jésus-Christ a souffert pour nous et il a réparé une offense infinie par un sacrifice d'un prix infini; mais pour cela, nous, les membres de son corps, nous ne sommes pas dispensés de souffrir; car de même que Jésus-Christ, le premier homme nouveau, n'a pu entrer dans sa gloire qu'en souffrant, de même tous les autres doivent suivre le même chemin, puisque tous doivent vivre de sa vie, vivre comme il a vécu, s'ils veulent lui appartenir. Les souffrances des fidèles sont proprement les souffrances de Jésus-Christ lui-même, puisqu'il vit dans les siens, et par conséquent l'on peut dire avec S. Léon que la passion de Notre-Seigneur continuera jusqu'à la fin du monde. Ces souffrances des fidèles ne sont donc pas seulement utiles à eux-mêmes, mais encore à tout le corps, à toute l'Eglise; par là même qu'en elle il n'y a rien de scindé ni de séparé, mais que tout chez elle forme un ensemble parfaitement uni. »

Une comparaison de sainte Brigitte.

Relativement à ceux qui ne se rendent pas participants des fruits de la rédemption, et, par suite de là, deviennent sujets à Ja damnation quoique Jésus-Christ soit mort aussi pour eux, sainte Brigitte fait les réflexions suivantes : « Un damné est pour le Seigneur comme un fruit avorté pour lequel la mère ne souffre pas moins de douleurs que pour ceux qu'elle enfante à la vie. — Jésus-Christ a racheté au même prix^et par des souffrances également grandes chaque damné aussi bien que chaque saint; mais le damné n'en a pas fait de cas. De même encore que l'avorton ne jouit ni de la douce nourriture du sein maternel, ni de la tendresse de ses paroles, ni de la chaleur de son cœur, de même aussi l'âme de celui qui meurt dans l'impénitence ne goûte pas les délices des élus; car elle a préféré ses propres délices qui sont si fausses et si trompeuses. Elle n'entendra pas pour sa consolation la douce parole de Jésus-Christ ; car durant cette vie elle préférait les paroles qu'elle proférait elle-même,

celles du Sauveur lui étant insipides. Enfin elle ne ressentira point l'amour et la bonté de Jésus-Christ; car durant cettevieterrestreelleétait froide comme glace pour toutbien. Elle ira donc où l'on jette les avortons et là elle demeurera éternellement dans la mort, puisqu'elle n'a pas voulu vivre dans la lumière et la vie de Jésus-Christ. » — Un grand nombre d'hommes ne participeront pas aux fruits de la croix, parce qu'ils sont les ennemis de la croix.

La croix est pour chacun ce que pour elle on est ; Elle est dure et pesante à celui qui la hait ; Mais pour quiconque l'aime et tendrement l'embrasse, La croix est un trésor de douceur et de grâce.

Pratique. Puisque le divin Sauveur, touché de pitié, et dans un excès d'amour pour nous, a souffert des douleurs si cruelles, afin de nous racheter et de nous introduire dans le royaume de la grâce, nous ne devons jamais oublier cet amour infini, mais nous devons y répondre par un autre amour, « en vivant, dit S. Paul, pour celui qui est mort et ressuscité pour nous. (2 Eptt aux Cor. 5, 15.) Nous nous efforcerons surtout de pratiquer les dévotions salutaires et les pieux exercices que l'Eglise catholique nous offre, afin de témoignerait divin Sauveur notre reconnaissance et notre amour pour sa passion et sa mort; en souvenir du Sauveur souffrant et mourant, nous observerons donc fidèlement chaque vendredi l'abstinence prescrite; pendant la Semaine sainte nous visiterons avec piété le saint sépulcre, nous ferons souvent le chemin de la croix et nous prendrons fréquemment, oui chaque jour, pour sujet de nos méditations les souffrances et la mort de Jésus-Christ, à l'exemple de tant de fidèles serviteurs et servantes de Dieu qui par là ont fait les plus grands progrès dans la vertu et la sainteté.

Didace, le pieux frère-lai.

S. Didace, frère-lai de Tordre de S. François, trouvait sa

plus grande consolation dans la méditation de la croix et des souffrances de Jésus-Christ. Il faisait cette méditation en mettant ses mains en croix sur sa poitrine, et il s'y livrait avec tant d'affection, ses transports d'amour étaient si ardents, que ravi de ce qu'il éprouvait lui-même de douceur et de consolation, il s'efforçait de communiquer cette pieuse pratique aux autres. Aussi n'était-il jamais sans porter une» croix de bois, afin d'avoir sans cesse présent à ses yeux son amour crucifié et de s'enflammer ainsi que les autres d'un amour toujours nouveau pour Jésus-Christ, de sorte qu'il pouvait s'écrier avec S. Paul : « Je me fais gloire de ne savoir rien parmi vous, que Jésus et Jésus crucifié. » Cette méditation de la croix alluma aussi en lui le désir le plus ardent du martyre, de manière qu'il pouvait dire encore : « Je suis crucifié avec Jésus-Christ. » 11 obtint en effet la permission d'aller au milieu des infidèles, mais il ne put réaliser son désir. Enfin Dieu le visita par une cruelle maladie, et lorsque Didace fut proche de la mort, il embrassa la croix, la baisa, puis fixant continuellement sur elle ses yeux mourants, il s'écria avec un saint ravissement : a 0 doux bois de la croix puisque tu portes un si doux fardeau ; seule tu fus digne de porter le roi du ciel, » et disant ces mots, il remit son âme entre les mains de son Jésus crucifié. (Marchant.)

Les fidèles amis et adorateurs du crucifié.

Voilà aussi pourquoi les saints chérissaient tant la croix. S. André la salua de loin, il l'embrassa et s'y dévoua entièrement à son Sauveur. — S. Pierre l'aimait et fut crucifié la tête en bas. — S. Barthélémy la chérissait. On l'écorcha vivant, et quand la peau lui eut été enlevée, on l'attacha à la croix et on le décapita enfin. S. Sixte la chérissait; après avoir subi les tortures de la prison, il fut mis en croix. — D'autres qui ne souffrirent pas le martyre de la croix, furent attachés avec Jésus-Christ à la croix, en s'unissant à lui par la patience dans les tourments, par l'amour et les mortifications. Tels furent S. Paul, S. François d'Assise, et cent autres qui ne se glorifiaient que dans la croix. (Marchant.)

Pour l'édification du lecteur et l'utilité des prédicateurs nous faisons suivre ici plusieurs beaux traits historiques ayant quelque rapport avec les principales scènes de la passion de notre divin Sauveur, sous le titre de :

Principales scènes de la passion de Jésus-Christ, rendues sensibles par des traits historiques, et pouvant s'appliquer à notre conduite.

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