‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemplesChapitre 20 sur 47 · Jésus-Christ condamné à mort · texte numérisé non relu

Jésus-Christ condamné à mort

Si l'on vous persécute et calomnie, si l'on vous accuse et condamne injustement, que Jésus, injustement condamné à mort, soit votre modèle, votre consolation et votre force!

A cette époque de troubles où Guelfes et Gibelins se combattaient avec une animosité implacable, un seigneur noble de Florence, Antonio Bandinelli, nourrissait dans son cœur une profonde haine contre son concitoyen FrederigoLanucci du parti gibelin. Un jour qu'il le rencontra hors de la ville dans un endroit isolé, il voulut mettre à profit cette occasion, et l'épée à la main, sans provocation aucune, il se précipita sur lui pour le percer.

Lanucci repoussa cette lâche agression et se défendit avec courage, mais sans outre-passer les bornes d'une légitime défense. En lutteur expérimenté, il porta à l'assassin un coup

de poing si vigoureux, qu'il le renversa à terre, et lui mettant aussitôt la pointe de l'épée sur la gorge, il lui cria: « Tu le vois, ta vie est entre mes mains; tu l'auras sauve mais à condition que toute inimitié cesse désormais entre nous. » Bandinelli s'empressa de tout promettre et confirma même ses promesses par un serment solennel ; à peine s'est-il relevé, qu'avec la prestesse d'un bandit, il se précipite de nouveau sur le généreux Lanucci qui n'évite qu'à grande peine le coup d'épéeet se voit réduit à recommencer la lutte. «Misérable! s'écrie-t-il, puisque tu le veux, eh bien! tu recevras la part qui te revient. » La victoire, en effet, ne fut pas longtempsdouteuse; Bandinelli atteint d'un coup mortel, s'affaissasur lui-même, tandis que Lanucci s'enfuit et se rendit à Pise chez son ami Belfiore. De Pise, il fit connaître au Sénat de Florence, comment la chose s'était passée, mais sa justification ne trouva point de créance, surtout quand son perfide ennemi, qui avait repris les sens et s'était fait rapporter chez lui par quelques campagnards, eut accusé Lanucci d'être un lâche agresseur, un vil assassin. Sur sa déposition, l'innocent fut condamné judiciairement à l'exil perpétuel et ses biens furent confisqués; l'unique consolation qui lui restât, c'était la fidélité éprouvée de son ami Belfiore, chez lequel il trouva une nouvelle famille, une nouvelle patrie. Mais la mesure de ses infortunes n'était pas comble. Pendant une nuit, il entend tout à coup dans la chambre à coucher de son ami, de longs soupirs mêlés de râlements; aussitôt il s'élance de son lit jusque dans la pièce voisine oùil trouve Belfiore étendu dans une mare de sang et portant encore dans la poitrine le poignard de l'assassin. A cette vue son esprit s'égare, ses yeux se troublent, et brisé par la douleur, il laisse échapper le flambeau allumé et tombe lui-même privé de connaissance à côté du cadavre. Bientôt au bruit qu'on a entendu, toute la maison est sur pied, et le lendemain matin de bonne heure, la justice se présente pour examiner les circonstances du crime. Tous les soupçons se portent de suite sur l'exilé, et ces soupçons semblèrent se ' changer en certitude, non-seulement à cause descirconstances

qui témoignaient contre lui, mais encore à cause de la condamnation qu'il avait subie précédemment à Florence. En effet, toutes les pièces parurent si convaincantes, si claires au sénat de Pise que Lanucci fut condamné à mort à l'unanimité des voix, malgré ses continuelles protestations d'innocence; sa tristesse même, si profonde et si sincère qu'elle fut par suite de la mort de son ami, passa pour de l'hypocrisie. On vint annoncer à l'infortuné l'arrêt qui le frappait; à cette nouvelle foudroyante, il se roule à terre en grinçant ses dents, en mordant ses chaînes qu'il eut voulu briser pour se donner la mort, puis, se relevant ; il va s'asseoir dans un coin de sa prison, plongé dans un sombre et morne silence comme s'il eut médité les plus sinistres projets, et dans cet état, qui fit frissonner même ses geôliers, il passa une partie de la nuit. Ce qui le jetait dans ces transports de rage et de désespoir, ce n'était point l'approche de la mort, car la vie n'avait plus d'attraits pour lui, mais c'était la pensée affreuse de devoir passer pour l'assassin d'un ami auquel il avait voué toute son affection et sa reconnaissance et dont il eut voulu racheter la vie aux dépens de la sienne. Quand les premières lueurs du jour naissant pénétrèrent à travers les barreaux de sa sombre prison, elles trouvèrent le patient un peu plus calme; en ce moment ses yeux découvrirent vis-à-vis de lui l'image de Jésus crucifié. Il y arrête ses regards et bientôt des larmes silencieuses commencent à couler, et ses traits si longtemps décomposés par le désespoir, se transforment en n'exprimant plus que l'attendrissement, la tristesse, la consolation et le calme intérieur. Les gardiens qui le considéraient avec attention, entrbvoient alors ce qui se passe au fond de son cœur; il leur semble qu'une voix divine y murmure: «Tuescondamnéinjustement, et moi qui suis le seul juste, le seul saint, vois ce que je souffre néanmoins pour toi! » Ils avaient bien jugé, car Lanucci, tombant tout à coupa genoux devant la croix, s'écrie au milieu d'un torrent de larmes et des sanglots qui oppressent sa poitrine: « 0 mon Dieu! mon adorable maître; Vous avez triomphé! Pardonnez-moi ces

moments de désespoir. Je ne repousserai ni la mort, ni l'ignominie qui m'attendent. Pendant ma vie, j'ai été souvent tiède et négligent dans votre service, mais à ce moment suprême je veux du moins vous être fidèle en imitant votre sublime résignation!» Dès cet instant, l'idée qu'on avait conçue de lui, changea complètement. Convaincus de son innocence, les gardiens mirent tout en œuvre pour faire partager leur conviction aux autres; l'opinion publique se déclara bientôt pour lui, et le peuple accouru en foule sur le lieu où se dressait déjà l'échafaud, se plaignait hautement de ce meurtre judiciaire; des voix nombreuses s'élevaient de toutes parts pour réclamer la révision du procès; elles devenaient même menaçantes, quand tout à coup un courrier florentin s'élance, bride abattue, à travers les rues de Pise, se présente devant les autorités de la république et leur annonce qu'ils aient à surseoir à l'exécution de Lanucci. Il les informe qu'à Florence des circonstances étranges venaient de se produire et prouvaient que l'accusé était innocent. En effet ce même Bandinelli qui avait attenté autrefois à sa vie et ensuite à son honneur en l'accusant de tentative d'assassinat, avait envoyé sur ses traces un bandit à Pise pour lui donner un coup de stylet, mais celui-ci s'étant trompé de chambre, avait frappé Belfiore au lieu de Lanucci. Pour se débarrasser de l'assassin qui eut pu le trahir, Bandinelli avait envoyé un autre brigand à sa rencontre, néanmoins le coup dont il fut atteint ne le fit pas mourir de suite, car il eut encore assez de temps et de forces pour faire connaître la conduite infâme de son instigateur qui fut aussitôt saisi et forcé de tout avouer. Cette découverte produisit à Pise une joie universelle et Lanucci fut reçu en triomphe à Florence où son retour fut célébré comme une fête. Cette histoire est peutêtre un peu trop détaillée, mais la pensée principale qu'elle renferme, en jaillit lumineuse et rapide comme l'éclair> pensée qu'on peut résumer dans ces paroles :

« Je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est livré lui-même pour moi. » (Veith.)

33 i- DE LA FOI.

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