Jésus attaché à la croix, ou Jésus mourant
a) Auprès de Jésus à la croix, nous trouvons force et consolation dans nos souffrances.
Une religieuse française, sœur Elisabeth, se heurta pendant l'obscurité de la nuit si violemment contre un coin, qu'elle blessa son œil de la manière la plus affreuse. Bientôt il s'enflamma et devint pareil à un charbon ardent. Les autres sœurs en la voyant dans cet état ne purent retenir leurs larmes, mais elle, de son côté, était ravie de joie en souffrant quelque chose pour le divin Sauveur et ne cessait de dire: « 0 croix aimable! 0 croix précieuse ! 0 croix inappréciable ! » Les médecins se présentèrent pour extraire l'œil, et sœur Elisabeth s'étendit sur une table comme s'il se fut agi de goûter les douceurs du sommeil. L'œil blessé fut extrait de son orbite au moyen de deux aiguilles poin-
tues et tous les nerfs furent coupés au moyen de ciseaux. Tranquille comme un agneau, elle ne laissait échapper de ses lèvres souriantes que quelques pieux soupirs. Les médecins ne pouvaient assez admirer sonangélique patience et l'un d'euxélevant l'œil coupé, s'écria: « Voici l'œil d'unesainte!» Lorsqu'on lui demanda pourquoi elle n'avait poussé aucune plainte, elle donna pour réponse : « Je ne pouvais me plaindre, car je m'entretenais sans cesse avec mon Dieu et mon Sauveur à la croix et je lui disais cent fois : « 0 mon Jésus, que votre présence est douce! Quelles délices vous versez dans mon cœur! » Quand on lui dit qu'il y avait du danger de perdre aussi l'autre œil, elle dit avec une naïveté charmante: « Que m'importe! si je deviens aveugle, je n'en verrai que plus clairement mon divin Sauveur. » (Bède Weber.)
b) Jésus à la croix nous apprend à aimer nos ennemis et à leur pardonner.
Resté seul avec sa jeune sœur, un jeune Vendéen avait recouvert d'un tas de chaume les ruines de sa demeure et il l'habitait depuis quelques jours lorsque, par une sombre soirée d'hiver, des cris de détresse le réveillèrent subitement: « Ouvrez, au nom du ciel, » criait un malheureux; « je suis perdu sans vous. » A cette voix connue, le jeune Vendéen recule d'horreur: il avait devant lui l'assassin de sa famille. « Misérable, » lui dit-il, « que viens-tu chercher ici, toi qui as porté la mort sur le seuil même de cette porte? » — « Ah! c'est vrai ; mais on m'a reconnu là-bas, et j'entends les pas de ceux qui me poursuivent. » Il y eut alors dans l'âme du jeune homme un moment de lutte et d'angoisse difficile à décrire, et mille pensées contraires se croisèrent dans son esprit. Ouvrant enfin la porte; « entre, » lui dit-il, « Jésus-Christ a pardonné à ses bourreaux; il faut bien que je te pardonne ! Va-t'en demain matin de bonne heure, et surtout que je ne te voie pas, car je craindrais de perdre patience et de te tuer dans ma maison. » Le vieux Vendéen a raconté souvent ce récit, sans se douter de ce qu'il
y avait de sublime dans son action et ses paroles. (Une commune vendéenne.)
c) Que Jésus en croix soit le drapeau sous lequel nous voulons vicre et mourir.
Lorsque M. le curé des missions étrangères eut donné l'Exlrême-Onction au maréchal de Viomenil, sa fermeté naturelle semblait s'être retrempée dans ce sacrement, en même temps que sa résignation devenait plus touchante, li bénit affectueusement ses enfants, et depuis ce moment il semblait avoir rompu avec la terre. Quelqu'un lui ayant dit que, comme guerrier, il regrettait peut-être de n'être pas mort sur le champ de bataille et sous le drapeau de l'honneur, le mourant qui tenait un crucifix à la main, le souleva et dit en le montrant: « Eh! monsieur, n'est-ce pas là le plus beau drapeau? »
d) La vue de Jésus crucifié doit remplir le pécheur d'un sincère repentir, quand il pense que Jésus a dû mourir à la croix pour nos péchés.
Un jour que S. Térèse entra dans sa cellule où se trouvait une image représentant Jésus-Christ couvert de plaies et mourant à la croix, elle ressentit une si vive douleur de ses péchés qu'elle se crut sur le point de mourir; elle se jeta à genoux et supplia avec larmes son divin Sauveur de ne jamais permettre qu'elle commît encore un seul péché, mais de lui accorder la grâce de vaincre tous ses mauvais penchants et ses coupables habitudes. « Ma prière, » dit-elle, « fut exaucée ; car depuis ce temps je devins meilleure et je reçus de grandes grâces pour combattre et vaincre toutes mes inclinations perverses. »
Mais malheur aux pécheurs chez qui la vue de Jésus crucifié ne produit nulle impression. Le célèbre poète Le Tasse, dans sa Jérusalem délivrée, chante ces paroles que tout pécheur devrait répéter et méditer:
Dans ces lieux vénérés où tu trempas la terre De torrents de sueur et de ton sang précieux, Que n'ai-je, au souvenir de ce touchant mystère, Deux fontaines de pleurs, ô divin roi des cieux !
Cœur! mille luis plus dur et plus froid que la pierre, Pourquoi ne fonds-tu pas en des larmes d'amour? Sache bien qu'ici-bas ceux qui ne pleurent guère Durant l'éternité pleureront nuit et jour.