‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemplesChapitre 26 sur 47 · CINQUIÈME ARTICLE DU SYMBOLE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ARTICLE DU SYMBOLE

« Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d'entre les morts. »

(Gr. Cat. l-5e q.)

Le cinquième article du symbole nous propose deux vérités à croire : 1) que Jésus-Christ est descendu aux enfers, et 2) que le troisième jour il est ressuscité d'entre les morts.

Le premier point enseigne que l'âme de Jésus-Christ après sa mort descendit dans les limbes, c'est-à-dire, dans le lieu où les âmes des justes morts avant la venue de J.-C. attendaient le temps de leur délivrance. Cette délivrance des âmes justes par Jésus-Christ avait été annoncée par le prophète Isaïe quand il disait : « Voici ce que dit le Seigneur : Au temps de grâce, je t'ai établi pour dire aux captifs : Vos fers sont brisés, sortez ; à ceux qui sont dans les ténèbres, voyez la lumière! » S. Pierre s'exprime à ce sujet de la manière la plus claire : « Il est mort en sa chair, mais vivifié dans l'esprit par lequel il alla prêcher aussi aux esprits qui étaient en prison. » (C'est-à-dire qu'il leur annonça leur délivrance.) (1 Epît. 3, 18, 19.)

Ces âmes étaient celles des justes morts avant le Sauveur, exilées dans les limbes, parce que le ciel était fermé par le péché et qu'il ne devait être ouvert que par Jésus-Christ, s L'entrée du vrai sanctuaire, dit S. Paul, n'était pas encore ouverte » (avant Jésus-Christ) (Epît. aux Hébr. 9, 8.), et S. Augustin écrit : « Avant la croix,

DE JÉSUS-CHRIST. 34o

il n'existait pas encore d'échelle pour monter aux cieux; c'est pourquoi ni Abraham, ni Jacob, ni David, ni aucun autre homme ne pouvaient y arriver. Mais maintenant l'échelle est dressée, car la croix s'élève et l'entrée du ciel est ouverte. » La première raison donc pour laquelle Jésus-Christ descendit aux enfers, c'était de consoler les âmes des justes, de les délivrer et de les introduire au ciel.

Jésus console et délivre les âmes des justes dans les limbes.

Quelle ne dut pas être la joie de ces âmes saintes quand elles virent leur divin Sauveur qu'elles avaient attendu si longtemps et avec tant d'ardeur? Pour nous en faire une idée, rappelons-nous un moment ce que les Israélites éprouvèrent quand ils gémissaient loin de la patrie dans les chaînes de l'esclavage à Babylone. Ils ne pouvaient oublier leur Sion bien-aimée, l'unique objet de leurs pensées, l'unique cause de leurs soupirs. Ils y pensaient (Ps. 136) lorsqu'ils étaient assis sur les bords des fleuves; ils en parlaient aux étrangers qu'ils rencontraient, et en tout temps comme en tout lieu, ils ne rêvaient qu'à Sion. « Que ma droite se dessèche, soupire l'un d'eux, que ma langue s'attache à mon palais, si je ne me souviens pas de toi, 6 Jérusalem !» Aussi vif qu'était dans leur esprit le souvenir de Sion; aussi brûlant était leur désir de la revoir. Ils n'avaient qu'une consolation dans leur exil ; ils savaient que Dieu leur avait promis par la bouche des prophètes qu'il les délivrerait du joug et briserait leurs chaînes; Israël devait recouvrer la paix, Jérusalem être rebâti, et le temple agrandi ; de nouveaux plants de vigne devaient s'élever sur les collines de Samarie; celui qui avait dispersé Israël, le réunirait de nouveau, y veillerait avec amour, comme un pasteur sur son troupeau. Après soixante-dix années de bannissement et d'esclavage, parut enfin le temps si ardemment désiré. Cyrus, roi de Perse, avait été choisi de Dieu pour être l'exécuteur de ses desseins. {Isaie. 43.) Après avoir vaincu Babylone et l'avoir soumise à son sceptre, il publia un édit

(2 Paralip. 56) par lequel il accordait aux Hébreux la liberté de retourner à Jérusalem et de rebâtir le temple au Dieu d'Israël. Vous pouvez aisément vous figurer, mes frères, quelle joie, quelle consolation, cette nouvelle dut produire chez les Israélites! « Lorsque le Seigneur délivra Sion de sa captivité, nous sortions comme d'un songe; alors notre bouche poussa des cris de joie, et chacun s'écria : Le Seigneur soit béni ! {P. 125.) Qu'il soit béni le Seigneur qui ne nous a pas livrés à la dent de nos ennemis; notre âme a été délivrée, comme le passereau, du filet de l'oiseleur; le filet a été rompu, et nous avons été sauvés! » (Ps. 125.) Voilà l'image fidèle de l'état de ces âmes justes qui, exilées du paradis, étaient emprisonnées dans les limbes. Elles aussi ont soupiré dans le lieu de leurexil, avec la plus brûlante ardeur, après la céleste Sion, jusqu'au moment où parut le divin roi, Jésus-Christ, qui les ramena de l'étranger au sein de la patrie. (Bressanvide.)

Unedcuxièmeraison pourlaquelleJésus-Christ descendit encore dans les enfers, c'est: qu'il voulait y manifester son amour, sa puissance et sa gloire, afin que « tous les genoux fléchissent de ceux qui sont dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. » [Eptt. aux Phil. 2, 10.)

En descendant aux limbes, Jésus-Christ manifesta dans les enfers son amour, sa puissance et sa gloire.

Voici ce que S Cyprien écrit : <.< Lorsqu'un roi puissant s'empare d'une ville, d'une forteresse, où quelques-uns de ses sujets sont retenus captifs, c'est sans doute un signe de la plus affectueuse condescendance, lorsque, après son triomphe, il va lui-même dans la prison briser les chaînes et éconduire les prisonniers; chacun loue sa magnanimité et sa bonté. Il en fut de même de Jésus-Christ, quand il descendit aux enfers; il n'y descendit point par force, comme prisonnier, mais par amour, comme triomphateur et libérateur. »Que Jésus-Christ en descendant aux limbes manifesta dans les enfers son amour, sa puissance et sa gloire, c'est ce que montreS. Jean Damascène clans le passage suivant : « L'âme

unie au Verbe divin descendit dans les lieux inférieurs, afin que comme le soleil de justice avait éclairé ceux qui se trouvaient encore sur la terre, il brillât aussi pour ceux qui, sous la terre, étaient assis dans les ténèbres et les ombres de la mort ; et de même qu'il annonça aux prisonniers sur la terre, la bonne nouvelle de leur délivrance, aux aveugles le recouvrement de la vue, qu'il devint pour ceux qui avaient cru, la cause de leur salut, et qu'il punit les incrédules de leur incrédulité, de même il agit à l'égard de ceux. qui étaient dans les lieux inférieurs, afin que devant lui se courbât tout genou dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. »

Le second point du cinquième article du symbole nous enseigne que Jésus-Christ, le troisième jour après sa mort a réuni, comme il l'avait prédit, (S. Jean 2, 19- 21.) son âme à son corps par sa propre force, et qu'il est sorti glorieux et immortel du tombeau. En souvenir de cet événement prodigieux l'Eglise a institué la fête de Pâques.

La résurrection de Jésus-Christ racontée selon la Bible.

La nuit du sabbat, lorsque le premier jour de la semaine commençait, Marie Madeleine et l'autre Marie vinrent voir le sépulcre. Et voilà qu'un grand tremblement de terre se fit sentir; car un ange du Seigneur descendit du ciel, et s'approchant, il renversa la pierre, et s'assit sur la pierre. Son visage était comme l'éclair et son vêtement comme la neige. Les gardes furent remplis d'effroi et demeurèrent comme morts. Mais l'ange parlant aux femmes, dit : « Ne craignez point, car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est point ici, car il est ressuscité comme il a dit : Tenez, voyez le lieu où le Seigneur était placé. Et partez promptement, dites à ses disciples qu'il est ressuscité; et voilà qu'il vous a précédées en Galilée: là vous le verrez : je vous l'annonce. » Et elles sortirent promptement du sépul-

. [Q DE LA rOI.

cre avec crainte et une grande joie, courant annoncer cela aux disciples. Et voilà que Jésus se présenta à elles, disant : « Je vous salue! » Or elles s'approchèrent, et embrassèrent ses pieds, et l'adorèrent. Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point; allez, dites âmes frères qu'ils aillent en Galilée; là ils me verront. « Lorsqu'elles furent parties, quelques-uns des gardes vinrent dans la ville, et annoncèrent aux princes des prêtres tout ce qui était arrivé ; et ils s'assemblèrent avec les anciens d'entre le peuple; et après avoir délibéré, ils donnèrent une grosse somme d'argent aux soldats, disant : Dites que ses disciples sont venus la nuit, et l'ont enlevé pendant que vous donniez : et si cela est su du gouverneur, nous le persuaderons, et nous vous mettrons en sûreté. Et les soldats, ayant reçu l'argent, firent ce qu'on leur avait dit : et ce bruit qu'ils répandirent dure encore aujourd'hui parmi les Juifs. » (S. Matth. 28.J

{Gr. Cat. 6-7^ q.)

Après sa résurrection Jésus-Christ a conservé dans son corps glorieux les principales marques de sa passion, entre autres les plaies de ses pieds, de ses mains et de son côté, puisqu'il dit à Thomas : « Porte ici (à l'endroit des clous) ton doigt, et regarde mes mains; approche ta main et mets-la dans mon côté. » (S. Jean 20, 27.)

Le divin Sauveur a conservé ces plaies :

1) Comme un signe de son triomphe sur l'enfer. « Au ciel, dit S. Thomas, il porte toujours sur lui ses plaies comme autant de signes de triomphe. De même qu'une robe de soie brille avec plus d'éclat quand son tissu est mêlé (le différentes couleurs, de même les plaies de Jésus brillent dans son humanité comme dans un vêtement et laissent voir par là leur beauté intérieure. » Dans nos combats contre le démon, le monde et la chair réfugionsnous dans les plaies de Jésus; c'est par elles qu'il a triomphé, et c'est par elles aussi qu'il nous accordera le triomphe.

L étendard avec les cinq plaies du Sauveur.

Lorsque Alphonse roi de Portugal marcha inquiet et soucieux contre cinq rois Sarrasins pour leur livrer bataille, Jésus-Christ l'encouragea durant une vision et lui commanda de faire broder un étendard avec la représentation des cinq plaies, de le porter devant lui pendant le combat, et lui dit qu'il triompherait ainsi de ses ennemis, comme il avait triomphé lui-même du démon par ses saintes plaies et par sa mort. Alphonse obéit, et remporta une brillante victoire.

Et nous aussi, nous pouvons remporter tous les jours une victoire spirituelle sur les ennemis de notre salut, par les cinq plaies de Xotre-Seigneur. « Eprouvez-vous des remords de conscience, retirez-vous dans le creux du rocher qui vous est ouvert; êtes-vous poursuivi par des tentations, fuyez y comme une colombe timide, et, gémissant dans cet abri, unissez-y votre cœur au cœur de Jésus; si votre cœur a été jadis orgueiHeux, il deviendra humble; s'il a aimé les choses de la terre, il aimera les choses du ciel ; s'il a été impur, il deviendra chaste ; s'il a été vindicatif, il deviendra doux; s'il a été tiède et indifférent, il s'enflammera d'un saint zèle; s'il a été endurci, il s'amollira. Ici peuvent s'éveiller tous les sentiments nobles et généreux, comme aussi toutes les inclinations perverses peuvent y être dévorées ainsi que la paille par le feu de l'amour qui s'en échappe : en un mot, par les saintes plaies de Jésus-Christ nous pourrons vaincre partout et toujours le démon comme le divin Sauveur lui-même l'a vaincu. » (Voyez Marchant.)

2) Poia^ prouver qu'il est ressuscité avec le même corps dans lequel il a souffert.

Exemples tirés de la Bible.

Jésus-Christ lui-même s'est servi de ses saintes plaies pour prouver à ses disciples qu'il était ressuscité réellement avec le même corps dans lequel il avait souffert. Lorsque le divin Sauveur apparut après sa résurrection à ses disciples, ceuxci troublés et saisis de frayeur, s'imaginèrent voir un esprit.

Et il leur dit : « Pourquoi êtes-vous troubles, et pourquoi ces pensées s'élèvent-elles dans votre cœur? Voyez mes mains et mes pieds : C'est moi-même ; touchez et voyez, car un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. » Après avoir dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. Et comme ils ne croyaient pas encore, tant ils étaient transportés de joie et d'étonnement, il leur dit : « Avez-vous quelque chose à manger? » Ils lui présentèrent un morceau de poisson et un rayon de miel. Après avoir mangé devant eux, il prit .ce qui restait et le leur donna. » (5. Luc. 24, 37-45J a Or Thomas, l'un des douze, appelé Didyme, n'était pas avec eux quand Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : « Nous avons vu le Seigneur. » Mais il leur répondit : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la plaie des clous, et ma main dans son côté, je ne croirai point. » Et huit jour après, comme les disciples étaient encore dans le même lieu, et Thomas avec eux, Jésus vint, les portes étant fermées, et il se tint debout au milieu d'eux; et dit : « La paix soit avec vous. » Il dit ensuite à Thomas : « Porte ici ton doigt, et regarde mes mains; approche ta main, et mets-la dans mon côté et ne sois pas incrédule, mais fidèle. » Thomas répondit, et lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Jésus lui dit : « Tu as cru, parce que tu m'as vu ; heureux ceux qui n'ont point vu, et qui ont cru ! » {S. Jean 20, 24-29.)

3) Pou?' servir de lieu de refuge aux pécheurs pénitents comme aux justes, et donner aux premiers le miel de la miséricorde, aux derniers les douceurs de l'amour.

Les saintes plaies de Jésus-Christ sont un refuge pour les pécheurs pénitents et pour les justes.

Les plaies adorables de Jésus-Christ étaient pour S. Bernard un refuge délicieux et sûr; aussi disait-il: « Tout ce que j'ai, je le puise dans les plaies de Notre Seigneur Jésus- Christ. On a percé ses mains et ses pieds, et au moyen de ces ouvertures, je puis boire au rocher; la grâce m'arrive

comme par des canaux; je puis me désaltérer aux fontaines du Sauveur. » [Incant. serm. 6.) « Toutes les fois que je suis attaqué, » dit S. Augustin, « je prends mon refuge dans les plaies de Jésus-Christ et je me cache dans le cœur miséricordieux de mon divin Maître. Jésus-Christ est mort pour moi; c'est ma plus douce consolation au milieu de mes amères souffrances. Toute mon espérance est fondée sur la mort de Jésus-Christ. Sa mort est mon mérite, mon refuge, mon salut, ma vie et ma résurrection. Je veux vivre et mourir dans les bras de mon Sauveur. « Jésus était déjà infiniment aimable, » dit encore ce saint docteur, « et dans la crèche à Bethléem, et sur les bras de Marie, et dans la maison de Joseph, et au milieu des docteurs dans le temple; il était aimable quand il opérait des miracles, quand il était déchiré des verges, quand il était suspendu à la croix, quand il reposait dans le tombeau ; mais combien plus aimable n'est-il pas ici? Ne s'y montre-t-il pas notre fidèle Rédempteur, qui achève de mettre le sceau à tous ses bienfaits, par sa résurrection? Notre affectueux ami et frère, qui conserve ses plaies afin de nous prouver qu'il ne veut pas nous oublier au ciel, puisqu'il nous a inscrit avec son propre sang dans ses saintes mains; » (Enarr. in Ps. 44.) « afin que, » d'après S. Cyprien, « il puisse paraître devant son père, en qualité de Sauveur et qu'ainsi par l'ouverture de son côté, nous puissions trouver une entrée facile dans son cœur, où il est si doux et si avantageux de demeurer. » (De bapt. Christi.)

4) Afin de montrer ses plaies au jour du dernier jugement pour la consolation des justes et la confusion des méchants.

Les plaies de Jésus-Christ seront au jour du jugement un sujet de consolation et de bonheur pour les justes et les saints. Avec S. Augustin, ils pourront dire à leur Sauveur, à leur divin Juge: « Ne méprisez pas, Seigneur, l'ouvrage de vos mains ; voyez! vous m'avez écrit dans vos mains ! lisez ces caractères et sauvez-moi ! » (Enchir. 2, 12.) Mais pour

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ces pécheurs qui ont continué de vivre dans leurs péchés et leurs vices, pour les Juifs qui méconnurent Jésus, et pour les chrétiens qui rougirent de lui, ces mêmes plaies seront un objet de terreur et de confusion, car le souverain juge leur montrera ses saintes plaies et leur dira: « Ces plaies furent des preuves manifestes en faveur de ma divinité; pourquoi avez-vous méprisé ce témoignage? Ces plaies furent des sources abondantes de grâces; pourquoi n'y avezvous point puisé? Ces plaies furent des lieux de refuge pour des pécheurs, pourquoi ne vous y êtes-vous pas réfugiés? — Voyez; ces plaies sont en même temps votre ouvrage ; ce sont vos péchés qui les ont ouvertes; c'est pourquoi, regardez-moi, moi que vous avez crucifié; contemplez ces plaies que vous m'avez faites, reconnaissez ce côté que vous ave;: percé! C'est par vous et pour vous qu'il a été ouvert, et vous ne vouliez pas y entrer! » (Comparez Marchant et Deharbe).

Comme la résurrection de Jésus-Christ est la preuve la plus frappantede sa divinité, on a essayé de différentes manières de la nier; mais on s'est donné une peine inutile. Jésus-Christ est vraiment ressuscité ; nous le savons par le témoignage de ses apôtres et de ses disciples qui le virent fréquemment après la résurrection, le touchèrent, mangèrent et s'entretinrent avec lui et annoncèrent partout sa résurrection, même devant le grand conseil qui l'avait condamné à mort, quoique par là ils ne s'attirassent que la haine et les persécutions les plus sanglantes.

La résurrection de Jésus-Christ est un fait irrécusable.

« Afin que personne ne pût douter de sa résurrection, » dit S. Ephrem, « on ferma le sépulcre où il était déposé; on apposa le sceau sur la pierre qui en formait l'entrée, et on plaça des gardes autour du caveau creusé dans le roc. 0 Fils des vivants! Ce fut à cause de toi, que ton sépulcre

fut fermé d'un sceau et gardé par des soldats; car, si l'on avait négligé de le garder, 6 toi, espérance de notre vie ! les esprits-forts eussent pu dire que ton corps avait été volé ; mais les précautions que des hommes mal intentionnés prirent pour faire apposer le sceau public sur ta tombe, n'ont servi qu'à mieux faire éclater ta puissance et ta gloire. » — « Les soldats eux-mêmes » dit S. Augustin, « eussent dû servir de témoins, s'ils avaient avoué la vérité; mais la cupidité, l'avarice qui avait séduit le disciple, le compagnon de Jésus-Christ, séduisit aussi la troupe de soldats qui avaient gardé le sépulcre. « Nous vous donnerons de l'argent, » leur dit-on, « et voici le bruit que vous répandrez : Pendant que nous dormions, ses disciples sont venus et l'ont enlevé! » Ces gens qui voulaient être si malins se trompèrent pitoyablement! 0 maladroite ruse! quel devait être ton aveuglement! comment peux-tu oublier a ce point la prudence et les lumières de la réflexion ! Tu appelles des témoins qui dormaient? Mais sans doute tu dormais toi-même en inventant un tel conte et en commettant une aussi énorme bévue! »

{Gr. Cal. 9e q.) La vérité de la résurrection de Jésus-Christ est extrêmement importante et consolante pour nous; en effet \)elle fortifie en nous la foi en sa divinité (') et l'espérance de notre future résurrection; c'est pourquoi S. Pierre écrit : a Dieu l'a ressuscité et l'a élevé en gloire, afin que votre foi et votre espérance soit en Dieu. » (1 Epît. 1, 21.) Et S. Paul dit: « S'il n'y a pas de résurrection des morts, Jésus n'est pas ressuscité. » {Epît aux Cor. 15, 13.)

2) Elle nous excite à ressusciter de la mort du péché à une vie nouvelle et sainte. C'est ce que l'apôtre exprime par ces paroles : « Comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son Père, ainsi nous

(*) Voyez l'exemple cité à la page £76.

devons également marcher dans une vie nouvelle... que le péché ne règne donc point dans votre corps mortel... n'abandonnez pas non plus vos marches au péché comme des instruments d'iniquité, mais donnez-vous à Dieu, comme devenus vivants, de morts que vous étiez, et offrez-lui vos membres, pour servir d'instruments de justice. » (Eptt. aux Rom. 6, 4 et suiv.)

En quoi consistent la mort et la résurrection spirituelles.

S. Augustin nous l'explique de la manière suivante : « De même que l'âme est la vie du corps, de même Dieu est la vie de l'âme. Comme le corps meurt, quand il perd l'âme, ainsi meurt l'âme quand elle perd Dieu. La perte de Dieu c'est la mort de l'âme, tout comme la séparation de l'âme est la mort du corps. Or a cette double espèce de mort correspond une double résurrection; la résurrection du corps au dernier jour du monde, et la résurrection de l'âme qui a lieu lorsque le pécheur revient à Dieu. Mais il y a cette différence entre l'âme et le corps, c'est que celui-ci, n'étant soumis qu'une seule fois à la mort, ne peut ressusciter aussi qu'une fois, tandis que l'âme peut mourir plusieurs fois spirituellement et ressusciter de même plusieurs fois d'une manière spirituelle, et revenue à la vie spirituelle, qui est Dieu, elle peut la perdre encore et de nouveau la récupérer. Que nous serions malheureux, si après avoir recouvré une première fois la vie de notre âme nous la perdions sans retour! Dans le baptême nous avons été ressuscites pour la première fois par la grâce de Dieu, à laquelle nous étions morts depuis la naissance; car nous naissons tous pécheurs. Que serait-ce, si nous mourions de nouveau sans espérance de pouvoir ressusciter à la vie? Mais consolons-nous, M. F., quand nous avons été assez insensés pour donner la mort à notre âme par le péché, la grâce de Dieu vient à notre secours, cette grâce qui peut de nouveau nous rappeler à la vie. Si le baptême nous a rendu la vie spirituelle que nous avions perdue par le péché originel, la pénitence a la force de nous rendre ce qui nous fut

ravi par le pèche mortel. Ainsi, comme le péché est la mort de l'âme, puisqu'il la tue spirituellement, en la séparant de Dieu, la pénitence est sa résurrection, puisqu'elle rend la vie à l'âme, en la réconciliant avec Dieu. » (Senno 62 de Verb. Evang. Matth. cap. i.) — « Vous qui dormez, dit S. Paul, c'est-à-dire, qui êtes morts par le péché, levez-vous et sortez du sein de la mort. » (Epît. aux Eph. 5, 14.)

La résurrection à une vie nouvelle.

L'historien Jean Moschus nous raconte qu'un comédien de Farre en Cilicie, nommé Bahylus, entretenait dans sa maison deux femmes de mauvaises mœurs. Un jour qu'il s'était rendu à l'église, il entendit ces paroles de l'Evangile : « Faites pénitence, car le royaume de Dieu est proche. » Cet avertissement pénétra non-seulement dans ses oreilles, mais encore dans son cœur qui fut profondément remué.

Il retourna chez lui et s'adressant aux complices de sa vie criminelle, il leur dit : « Vous savez que jusqu'ici je ne vous ai que trop aimées, mais désormais il en est autrement. Partagez entre vous deux tous mes livres, car je n'aurai plus besoin de rien, je me retire dans un couvent pour me faire moine. » En apprenant cette nouvelle étrange, les deux créatures pleurèrent quelque temps, mais bientôt elles en vinrent aussi à une autre résolution et lui dirent : « Nous avons partagé jusqu'ici votre vie criminelle; à l'avenir nous voulons partager votre vie pénitente et nous convertir. » Elles vendirent tout ce qu'elles possédaient, en distribuèrent l'argent aux pauvres et menèrent une vie aussi édifiante qu'elle avait été autrefois scandaleuse. C'est ce qu'on appelle ressusciter d'entre les morts à une vie nouvelle. (Livre d'homilies de Brunner.)

Pratique. C'est en vain que nous célébrons la fête de Pâques ou de la résurrection de Jésus-Christ, si nousmêmes nous ne ressuscitons pas à une vie nouvelle, à une vie meilleure qui plaise à Dieu. Ensevelissons donc toutes les mauvaises habitudes et les appétits coupables

et cherchons les choses du ciel selon le conseil de l'Apôtre des nations : « Si vous êtes ressuscites avec Jésus- Christ, recherchez les choses du ciel... n'ayez du goût que pour les choses d'en haut et non pour celles d'icibas. » (Epît. aux Colos., 3, 1-2.)

L'oiseau merveilleux.

Un Anglais de distinction voyageant en Terre-Sainte, avait pris pour guide un mahométan qui le renseignait sur toutes les choses remarquables du pays. Un jour qu'ils traversaient ensemble une belle et majestueuse forêt, où s'élevaient dans les nues des arbres au feuillage toujours vert et parfumé, l'Anglais y découvrit des oiseaux au plumage brillant, mais aucun d'eux ne chantait, et plusieurs semblaient morts, tandis que d'autres, les ailes étendues en forme de croix, ne bougeaient point. Le voyageur demanda à son guide la cause de ce phénomène : « Durant toute l'année, dit le Turc, il y a une foule de ces oiseaux dans cette forêt, et leurs chants mélodieux ne cessent d'y retentir; mais durant la semaine où Jésus, le grand Dieu a souffert, tous ces oiseaux meurent. » Puis il ajouta : « Le dimanche de Pâque, ils se réveillent tous joyeux à une vie nouvelle. » [Le Grand miroir de Gabier.) En supposant que cela arrive chez les oiseaux, chez des êtres privés de raison, combien plus de motifs n'y a-t-il pas chez les chrétiens pour faire de même! Ne faut-il pas que nous aussi nous mourions (au péché) avec Jésus- Christ, et que nous ressuscitions avec lui, (à une vie nouvelle et meilleure. )? Hélas! Combien de fois célèbrerons-nous encore le souvenir de la mort et de la résurrection de Jésus- Christ, sans y puiser cette leçon salutaire : que nous devons mourir au péché et vivre de la vie de la grâce !

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