Chrysostôme et ses auditeurs
Dans un de ses discours l'éloquent évêque s'adresse ainsi
à ses auditeurs : « Je vous en prie, M. F., représentons-nous le tribunal de Dieu, comme s'il se dressait déjà devant nous, comme si le juge redoutable y était assis et comme si toutes nos actions allaient être manifestées. Non-seulement nous comparaîtrons devant ce tribunal, mais nous y serons complètement mis à nu. Ne rougissez-vous pas? Ne tremblezvous pas? Que de fois nous eussions préféré mourir plutôt que de voir nos amis au courant de nos infamies ! Mais qu'éprouverons-nous donc quand nos péchés seront publiés en présence de tous les anges et de tous les hommes et qu'ils nous seront mis sous les yeux? Car Dieu a dit par la voix du Psalmiste : « Je veux vous examiner et vous mettre vos péchés sous les yeux. » Si déjà dès maintenant, où le jour du jugement est encore loin et simplement annoncé, nous sentons des terreurs mortelles agiter notre âme, que sera-ce quand le jugement sera réellement arrivé, quand l'univers entier sera en présence, quand les anges et les armées des cieux seront réunis, quand les trompettes retentiront avec l'éclat de la foudre, quand les justes seront enlevés dans les nues et que des lamentations d'effroi et de désespoir s'élèveront du milieu des pécheurs? Quelles terreurs ne s'empareront pas alors de nous? »
Comparaison.
Au jour du jugement dernier tout sera nus à découvert.
« Sous une couche de neige peuvent se cacher les objets les plus affreux aussi bien que ceux qui sont les plus beaux; c'est seulement quand la neige fond qu'ils apparaissent aux regards. Voilà l'image du jugement à venir, lorsque Jésus- Christ, le soleil de justice apparaîtra et mettra à découvert, par la lumière triomphante de sa présence et de ses arrêts, toutes les œuvres des hommes. Un tasde fumier ou d'ordure étincelle de blancheur aussi longtemps qu'il est couvert de neige; mais celle-ci disparaît-elle aux tièdes rayons d'un soleil de printemps, aussitôt on découvre cet amas dégoûtant longtemps dérobé aux yeux. De même les beaux tapis de verdure et les parterres de fleurs restent cachés sous un lin-
ceul de neige; ce n'est que lorsqu'elle est fondue qu'on voit fleurir de nouveau les giroflées, les narcisses et les lis. Lorsque brillera le soleil éternel et que la terre fondra comme la neige au feu de ses divins rayons, alors tous ceux qui sont dans la tombe, se lèverontpour la résurrection du jugement, les uns dans un état d'affreuse laideur, les autres rayonnant d'une éternelle et ravissante beauté, chacun selon ses mérites et ses œuvres. » (Lorinus.)
(Gr. Cat. 5-6e q.)
Le jugement général se fera de la manière suivante :
1) Jésus-Christ paraîtra dans les nues et rassemblera toutes les nations devant son trône; il mettra les justes à sa droite, et les méchants à sa gauche. Saint Jean écrit en effet dans son Apocalypse : « Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône: les livres furent ouverts, et les morts furent jugés sur ce qui était écrit dans ces livres, selon leurs œuvres. » (20, 12.)
2) Alors il manifestera le bien et le mal, même les plus secrètes pensées de chaque homme, ainsi que les grâces qu'il lui avait accordées. « Car il n'y a rien de caché qui ne soit découvert, ni rien de secret qui ne soit révélé. » (S. Luc. 12, 2.) « Le Seigneur éclairera ce qui est caché dans les ténèbres, et découvrira les plus secrètes pensées des cœurs. » (1 Epît. aux Cor. 4, 5.) Enfin il prononcera la sentence; aux bons il dira : Venez les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. » Mais aux méchants il dira : « Eloignez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel qui a été préparé pour le démon et pour ses anges. » — Alors les réprouvés iront au supplice éternel, et les justes prendront possession de la vie éternelle. » {S. Mat th. 25.)
Comparaison.
En hiver tous les arbres se ressemblent; ceux qui portent des fruits, comme ceuxqui n'en portent pas, sontsans feuilles, ils sont tous desséchés; mais quand arrive l'été, on peut aisément discerner les arbres vivants et fruitiers de ceux qui ne le sont pas; les arbres desséchés sont coupés et jetés au feu, tandis que les arbres portant des fruits sont laissés intacts, et leur récolte est soigneusement gardée. Il en est de même de l'homme par rapport au monde présent et à la venue de Jésus-Christ comme juge; maintenant les hommes se ressemblent le plus souvent, ou paraissent du moins se ressembler; mais quand Jésus viendra pour juger, on apprendra à distinguer les bons des méchants et des impies.» (S. Augustin.)
Sur la sentence du souverain Juge.
Lorsque le saint martyr Apronien était encore adonné au culte des faux dieux, il lui arriva par une disposition toute providentielle, d'entrer dans une église chrétienne, où l'on faisait la lecture d'un passage des Livres Saints. Il entendit les paroles que le souverain Juge adressera un jour aux réprouvés : « Maudits! allez au feu éternel qui a été préparé pour le démon et pour ses anges! » A ces paroles un rayon de la grâce divine brilla dans le cœur d'Apronien; il quitta le service des faux dieux, devint un fidèle disciple de Jésus- Christ, pour l'amour duquel il sacrifia avec joie son sang et sa vie.
Les jugements de Dieu sont autres que ceuoç des hommes.
Un saint abbé, appelé Agathon, resta pendant les trois jours qui précédèrent sa mort, dans un état d'immobilité complète; l'effroi et la consternation étaient peints sur ses traits. On lui demanda : « Où êtes-vous? » Il répondit : « Au jugement! » — « Pourquoi tremblez-vous? » — « Hélas! c'est que les jugements du Seigneur sont tout autres que ceux des hommes! »
Le jugement de Dieu est extrêmement sévère.
Jacques a Paradiso, théologien de l'ordre des Chartreux, raconte dans son livre : Des péchés graves de pensées : « Deux religieux dont la vie semblait irrépréhensible, s'aimaient avec une cordiale affection. Un de ceux-ci mourut et apparut à son ami au moment qu'il était abîmé dans la prière. Quand celui-ci l'aperçut et découvrit combien l'extérieur de son ami était triste et son visage affligé, il lui demanda pourquoi il apparaissait dans un tel état. Le défunt répondit en répétant trois fois ces mots : « Personne ne s'imagine! — Personne ne s'imagine! — Personne ne s'imagine! » Son ami lui demanda ce que signifiaient ces paroles mystérieuses: et le mort continua : « Combien les jugements de Dieu sont sévères, et ses châtiments terribles. » En disant ces mots il disparut et laissa son frère plongé dans un grand effroi. » (Le grand miroir de Gabier.)
Le saint tremblant de crainte.
Saint Arsène, au moment de mourir, fut saisi d'une grande crainte; car il aperçut dans une vision le jugement de Dieu dans son effrayante majesté, de sorte qu'il craignit d'être tué par l'effroi que lui inspirait cette vue : ses disciples s'approchèrent et lui dirent : « Comment, Arsène, tu trembles? » — « Oui, je tremble » répondit-il, « et ce n'est pas depuis ce moment que j'ai commencé à trembler, car depuis plus de quarante ans je n'ai cessé de redouter les jugements de Dieu. Oui, sachez, mes frères, que le juste sera à peine sauvé; que sera-ce alors du pécheur? »
* (Gr. Cat. 7-8e q.) Outre le jugement général, il y a encore le jugement particulier, où l'homme est jugé immédiatement après sa mort; c'est pourquoi saint Paul écrivit aux Hébreux : « Il est établi que les hommes meurent une fois et qu'aussitôt après ils sont jugés. » (9, 27.) — Dans l'Ecclésiastique il est dit : « Il est facile à Dieu, au jour de la mort, de rendre à chacun selon ses œuvres; à la
mort de l'homme se fait la révélation de ses œuvres. » (11, 28-29.) — Qu'outre le jugement particulier, il y aura encore un jugement général, cela s'explique surtout par les trois motifs suivants : 1) Afin que la sagesse et la justice de Dieu soient reconnues de tous les hommes, comme le chante le Psalmiste : « Alors les cieux annonceront sa justice, car c'est Dieu lui-même qui est juge. » (49, 6.) — Saint Cyrille de Jérusalem écrit à ce sujet : « Bien des meurtriers expirent tranquillement dans leur lit; l'esprit si faible de l'homme demande alors : Où donc est la justice de Dieu? Certains monstres ont commis jusqu'à cinquante meurtres; ils meurent pour un seul de ces crimes; comment et où satisfont-ils pour les quarante-neuf autres, si après la mort, il n'y a pas de jugement, ni de châtiments? » (18 Caléch.)
Au jour du jugement, Dieu manifestera sa sagesse et sa justice.
Un Père du désert raconte l'événement suivant : Dans le désert, près de la ville duNil, vivait un solitaire qu'un laïque servait avec le plus grand soin et la plus édifiante fidélité. Mais près de la même ville demeurait un homme très-riche et en même temps fort corrompu. Or il advint que ce riche mourut. Toute la ville accompagna son cadavre et l'évêque avec un nombreux clergé suivit en grand cérémonial le convoi funèbre. Le serviteur du solitaire alla dans le désert afin de lui porter un peu de pain, sa nourriture de chaque jour, mais il ne put le trouver; une bête féroce l'avait dévoré. Après avoir acquis toutes les preuves de ce malheur, il se prosterna le visage contre terre et dit au Seigneur : « Je ne veux plus me lever de cette place, ô mon Dieu ! avant que vous ne m'ayez révélé comment il s'est fait que cet impie ait eu des funérailles aussi pompeuses, tandis que celui qui vous a servi nuit et jour a eu une fin aussi triste. » Et voilà qu'un ange lui apparut et lui dit : « Attendez jusqu'au jour du jugement et alors vous reconnaîtrez la sagesse et la justice de Dieu. Cet impie qui avait fait une légère bonne œuvre sur la
terre en a été récompensé ici-bas; mais son impiété sera châtiée durant toute l'éternité. Ce solitaire qu'ornaient toutes les vertus, avait contracté ici-bas une légère dette ; il l'a payée par sa mort, et c'est ainsi que Dieu le récompensera éternellement pour ses vertus dans l'autre vie. » Eclairé et consolé par ces paroles, il retourna chez lui et loua Dieu à cause de ses jugements qui sont aussi sages que justes.
2) Afin que Jésus-Christ soit glorifié en présence du monde entier; c'est pourquoi il a dit lui-même : « Ils verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. » (S. Matth. 24, 30.)
La glorification de Jésus-Christ au jour du jugement.
Les saints Pères parlent en différents endroits de leurs écrits, de la venue de Jésus-Christ comme juge, de la puissance et de la majesté dont il sera alors environné, afin qu'après avoir été persécuté et méprisé, il soit adoré et glorifié par tout l'univers. « On le contemplera alors dans sa majesté, dit saint Grégoire-le-Grand, celui qu'on n'a pas voulu voir dans son humilité; et ceux qui n'ont pas voulu courber la superbe de leur cœur devant sa présence, sentiront sa puissance et sa force, d'une manière d'autant plus redoutable. » Saint Augustin dit à son tour : « Il apparaîtra à découvert pour nous juger, celui qui est venu autrefois humble et caché pour se laisser juger lui-même. Il vint comme un inconnu devant les tribunaux des juges; il viendra en public, à la face de tout le monde, pour juger les juges eux-mêmes. » Dans un autre endroit il dit : « Là s'assiéra le Sauveur comme juge, lui qui dut se tenir debout devant les juges de la terre; il condamnera les vrais coupables qui sur la terre passaient pour innocents; celui qui était venu voilé pour être jugé injustement par l'iniquité, viendra publiquement, à front découvert, parmi les justes pour juger justement. » (S. Aug. Serm. 127 deverb. Dom.)
3) Afin que les justes reçoivent l'honneur qui leur est dû, et les impies le mépris quils ont mérité. « La vertu doit être récompensée et honorée, dit saint Thomas de Villeneuve, pour le bien que l'homme a pratiqué en secret sans être vu ; et néanmoins, elle n'est que trop souvent méconnue et persécutée ici-bas; le péché, au contraire, qui mérite d'être puni et confondu, y est souvent récompensé et honoré. 11 faut donc qu'il y ait un tribunal suprême où tout soit jugé en dernier ressort, où toutes les injustices soient réparées. » — « Alors les impies se repentant et gémissant dans l'angoisse de leur cœur, diront: Les voilà ceux que nous avions en mépris et qui étaient l'objet de nos outrages! Nous insensés, nous estimions leur vie une folie et leur foi un opprobre; et les voilà comptés parmi les fils de Dieu, et leur partage est entre les Saints! » (Liv. de la Sag. 5, 3-5.)
Pourquoi faut-il un jugement universel?
Le Père L. Dupont donne à cette demande la réponse qui suit : « D'abord, dit-il, dans le jugement général, Dieu confirme publiquement le jugement particulier et ajoute ce qui y manquait; car après la mort la sentence est prononcée contre l'âme seule. Bien souvent le corps reçoit au jour de son enterrement de grands honneurs, tandis que l'âme est condamnée devant Dieu ; d'un autre côté, bien souvent aussi, le corps est confié à la terre d'une manière ignoble et déshonorante, tandis que l'âme jouit de la céleste félicité. Or, comme l'âme et le corps en même temps, ont ou n'ont pas servi Dieu, il convient qu'il y ait aussi un jour où ils soient jugés tous deux en même temps. En vue de cette vérité, je travaillerai à soumettre ma chair à l'esprit, puisqu'elle comparaîtra avec lui au jugement. La seconde raison, c'est que l'honneur des justes si souvent opprimés et méprisés ici -bas, mais surtout l'honneur de la divine Providence, réglant et gouvernanttout.doit être vengé et justifié devanttoute chair. Toutes les langues devront confesser que les dispositions de
Dieu furent bonnes, sages et saintes et que les justes n'avaient pas de motifs de se plaindre à cause des persécutions qu'on infligeait à la vertu, ni les impies de se réjouir, parce qu'ils voyaient le crime glorieux et triomphant; voilà aussi pourquoi l'Apôtre donne cet avis: «Ne jugez pointavant le temps, jusqu'à ce que vienne le Seigneur, qui éclairera ce qui est caché dans les ténèbres. » (I Epît. aux Cor. 4, o.) Enfin, la troisième raison, c'est afin que la gloire de Jésus-Christ soit manifestée, non-seulement aux regards des justes dans le ciel, mais aussi aux yeux des impies sur la terre, où il a été insulté dès le principe jusqu'à la fin. De même qu'on a vu sur la terre son humiliation, on y verra aussi sa glorification. »
La conclusion exacte.
^Ëneas Sylviusnous parle d'un prince d'Autriche qui mourut à l'âge de trente-neuf ans. Durant sa vie il n'avait fait que boire, manger, jouer et se procurer toutes les jouissances imaginables; jamais il n'avait éprouvé ce que c'était que la pauvreté, la misère, la douleur et l'infortune; la barque de sa vie s'avançait toujours balancée et poussée par des vents favorables. Lorsque la mort l'eut enfin arrêté dans sa course, et que l'on vint annoncer sa fin à l'empereur Frédéric IV, celui-ci dit à ceux qui l'entouraient : « J'ai là une preuve évidente de l'immortalité de l'âme et d'un jugement futur; car Dieu qui est la justice même doit y faire une compensation, puisque nous voyons comment les pervers s'en vont de ce monde sans être punis, et les bons sans être récompensés. » {Livre d'homélies de Brunner.)
Il faut qu'il y ait un jugement universel, et pourquoi?
Un vénérable ecclésiastique remplissait les fonctions du saint ministère dans une grande paroisse, et passait une bonne partie de la journée au confessional. Animé d'un grand 2èle, il voulut savoir par lui-même si les nombreux pénitentsqui venaient le trouverchaque jour, se confessaient sincèrement, et dans ce dessein il se glissa le jour et la nuit dans les endroits d'où il put observer la conduite de ces
chrétiens, sans être aperçu lui-môme. Mais quel fut son étonnement de n'entendre partout que des paroles obscènes et équivoques, de voir les femmes afficher des manières libres, comme des païennes ; les jeunes filles ne s'adonnaient qu'à la toilette et ne parlaient entre elles que de plaisirs mondains et même criminels; les hommes se vantaient des infamies qu'ils avaient commises et même de celles qu'ils n'avaient pas commises. Or en comparant ce qui se passait dans le monde avec ce qu'il apprenait au moyen de son ministère de confesseur, il vit bien qu'il n'y avait autour de lui qu'hypocrisie et duperie; il résolut donc de renoncer à ses saintes fonctions et d'aller pleurer dans la solitude les péchés des hommes, et il n'eut pas le courage de rentrer au tribunal de la pénitence. Voilà comment est le monde, et il est partout ainsi. Donc un jugement universel est nécessaire afin d 'arracher le masque du mensonge et de ï hypocrisie. (Les 12 art. du Symbole.)
(Gr. Cat. 9-12c q.)
Après le jugement particulier, l'âme va ou au ciel, ou en enfer, ou en purgatoire; au ciel vont les âmes des justes, en enfer celles des méchants et au purgatoire vont les âmes de ceux qui, morts en état de grâce, sont coupables néanmoins de quelques fautes légères, ou n'ont par entièrement satisfait à la justice divine pour la peine temporelle due à leurs péchés. Puisqu'il sera parlé spécialement du ciel et de V enfer dans le dernier article du Symbole, nous ne parlerons ici que du purgatoireet nous prouverons qu'il y a un purgatoire.
1) Il y a un purgatoire; on le prouve par l'Ecriture Sainte.
Témoignages de l'Ecriture Sainte en faveur de l'existence du purgatoire.
Au livre des Machabées nous lisons que Judas Machabée envoya douze mille drachmes à Jérusalem afin d'offrir un
sacrifice pour ceux qui avaient succombé. « Car, » dit l'écrivain sacré, « c'est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés. » (2 üb. des Mach. 5.) Cette prière pour les trépassés suppose donc nécessairement la croyance à un état intermédiaire entre le ciel et l'enfer; car les esprits bienheureux n'ont plus besoin de prières dans le ciel, et les prières ne servent de rien aux damnés en enfer. Si Judas fit offrir des sacrifices pour les soldats tombés au champ de bataille, il fallait bien qu'il crût à un lieu d'expiation où les peines des défunts peuvent être adoucies et le temps de leur punition abrégé, au moyen de la prière et des sacrifices. — Nous lisons encore plus loin dans l'Ecriture certains textes sur un lieu d'expiation, où ses habitants, semble-t-il, ne seront pas renfermés éternellement, mais d'où ils sortiront de nouveau après que le temps des punitions sera passé. Voici en effet ce que nous lisons en saint Mathieu : « Hâtez-vous de vous réconcilier avec votre adversaire, pendant que vous êtes en chemin avec lui, de peur que peut-être votre adversaire ne vous livre au juge, et que le juge ne vous livre à son ministre, et que vous ne soyez envoyé en prison. En vérité, je vous dis que vous ne sortirez pas de là que vous n'ayez payé jusqu'à la dernière obole.* (S. Matth. 5, 26.) Ces paroles s'accordent avec celles qui terminent la parabole du serviteur inhumain : « Et son maître irrité le livra au bourreau jusqu'à ce qu'il payât toute sa dette. » {S. Matth. 18, 34.) D'après ces paroles le serviteur cruel devait demeurer en prison jusqu'au paiement de toute sa dette. — Donc il y a un lieu de punition d'où il y a encore moyen de sortir; une dette qui peut encore être effacée. — A ceci se rapporte encore un autre passage de l'Evangile où Jésus-Christ déclara que le péché contre le Saint-Esprit ne serait pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre; d'où l'on conclut naturellement que, en revanche, il y a d'autres péchés qui peuvent être remis dans cette vie et dans l'autre. Saint Paul parle également de ceux qui seront sauvés, comme par le feu. (1 Epit. aux Cor. 12-45.)
2) Il y a un purgatoire; on le prouve par la tradition de l'Eglise.
Témoignages fournis par ta tradition en faveur de l'existence du purgatoire.
Le dogme du purgatoire est enseigné par les Pères de l'Eglise latine et de l'Eglise grecque puisqu'à chaque page de leurs œuvres ils parlent des prières, des sacrifices, des aumônes que l'on doit faire pour l'utilité des fidèles défunts. Ecoutons ce que dit saint Augustin dans son livre sur les soins à donner aux morts, et où il explique le passage du livre des Machabées qui recommande la prière pour les défunts : « Nous lisons dans les livres des Machabées, » dit-il, « qu'un sacrifice a été offert pour les morts. Mais lors même que cela ne se trouverait point du tout dans les anciennes Ecritures, ce n'est pas une faible autorité que celle de l'Eglise universelle, dont la croyance se montre clairement dans la coutume de faire la recommandation des morts dans les prières que le prêtre adresse au Seigneur lorsqu'il est à l'autel. » Dans un autre endroit de cet ouvrage il dit: « On ne doit point omettre les supplications pour les âmes des défunts: l'Eglise est chargée de les faire par une commémoration générale pour tous ceux qui sont morts dans la société chrétienne et catholique, afin que ceux qui ne peuvent recevoir ce secours de leurs parents, ou de leurs amisle reçoivent delà piété de notre mère commune. » (S. Aug. de cura pro mortuis gerenda. C. 1.)
On connaît le discours que S. Ambroise prononça pour les empereurs Théodore etValentinien.il ne cesse d'y invoquer la bonté de Dieu en faveur des âmes de ces princes et promet d'offrir le saint sacrifice de la messe à leur intention. Dans une de ses lettres à Faustinus sur la mort de sa sœur il écrit: « Je crois qu'il ne faut pas tant la pleurer que l'assister par des prières, qu'il ne faut pas tant s'occuper de la plaindre par des larmes que de recommander son âme à Dieu par des sacrifices. » (Anchor. lib. 2. Epist. 8 ad Faustinum.) — S. Jérôme écrit de même.à Pammachius, dont
l'épouse Pauline était morte: « Les autres époux répandent des violettes, des roses, des lis et des fleurs empourprées sur les tombes de leurs épouses; mais notre Pammachius répand sur les saintes cendres et les ossements vénérables le baume de l'aumône, et répand ainsi des parfums sur les restes paisibles, puisqu'il connaît ce proverbe: « Comme Feau éteint le feu, ainsi l'aumône efface le péché. »
Au quatrième livre de ses dialogues, S. Grégoire-le- Grand s'exprime comme suit : « Le saint sacrifice a coutume d'être aussi. très-utile aux âmes après la mort, et si utile que les âmes des défunts semblent même le désirer. » — Au 50e chapitre , il dit : « 11 est très-salutaire à ces défunts qui ne sont pas chargés de fautes graves, que, lorsqu'ils ont été enterrés dans la communion de l'Eglise, leurs proches en visitant ces lieux bénits, pensent à ceux dont ils voient les tombes et prient Dieu pour eux. » S. Cyprien raconte d'un certain Victor qui avait essayé de faire embrasser à un prêtre une fonction incompatible avec sa dignité sacerdotale « qu'après sa mort on n'offrit à Dieu ni sacrifice ni prière pour ce malheureux. » Dans les temps les plus reculés, un concile d'Espagne avait défendu de prier pour ceux qui s'étaient suicidés, et le concile tenu à Worms, en Allemagne, décida qu'on offrirait la sainte messe pour les malfaiteurs exécutés par le bourreau. Oui, nous possédons un témoignage frappant de Tertulien, vivant au deuxième siècle, en faveur de la doctrine et des coutumes de l'Eglise. On sait que dans l'Eglise on célèbre les Anniversaires, ainsi que des trentaines pour les âmes de fidèles trépassés. Or tous ces usages Tertulien les connaissait déjà : « Nous faisons des prières et des offrandes annuelles pour les morts, en demandant à Dieu de leur accorder le rafraîchissement et la participation à la résurrection première. » [De Cor. Mil. cap. 3.) — Les constitutions apostoliques parlent ensuite d'un office qui avait lieu le troisième et le neuvième jour, et S. Augustin, d'un autre qui se célébrait le quarantième et qui devînt plus tard la trentaine. La voix des Pères de l'Eglise grecque est en complète
harmonie avec celle des Pères de l'Eglise latine. Le plus ancien d'entre eux S. Clément écrit, qu'on avait coutume de faire une longue prière pour les morts. (Lib. Const. 8. c. 47.) a Le chef vénérable, dit-il, s'avance et dit une sainte prière pour les défunts; dans cette prière, il supplie la miséricorde divine de leur remettre les fautes commises par fragilité humaine et de leur accorder une place au sein de l'éternelle lumière, dans la demeure des vivants. » — « S. Epiphane, à la fin de son ouvrage contre les hérétiques, met la prière pour les morts parmi les dogmes de l'Eglise, et il appelle Aerius, hérétique parce qu'il niait cette vérité. {Hœr. 75, c. 7) — S. Chrysostôme parle aussi sur la manière dont on doit montrer sa compassion envers les morts. « Ce n'est point par nos larmes, dit-il, mais par nos prières et nos aumônes que nous devons assister les morts. » Ne soyons donc pas négligents, dit-il un peu plus loin, à secourir ceux qui ont quitté ce monde et à offrir des prières pour eux. Dans la soixante-neuvième homélie au peuple il s'exprime ainsi : « Ce n'est pas en vain que l'usage a été établi par les apôtres de faire durant les saints Mystères la commémoration pour les défunts; car ils savaient que par là on leur procure au grand soulagement et au grand profit. » — Ainsi Théodoret écrit encore (Lib. 5, Eist. c. 26.) que Théodore-lejeune s'agenouilla près des reliques de S. Jean Chrysostôme et pria pour les âmes d'Arcadius et d'Eudoxie qui étaient morts. — Pour terminer je rapporterai encore le témoignage du grand patriarche de Jérusalem, de S. Cyrille, qui dit: « Nous prions pour nos pères, pour les évoques et généralement pour tous ceux qui sont morts dans la foi; et nous croyons que cette prière est d'un grand soulagement pour les âmes. Et pendant que nous offrons à Dieu des prières pour les défunts quoiqu'ils soient pécheurs, nous ne tressons pas de couronnes, mais nous faisons l'oblation de Jésus- Christ immolé pour nos péchés, et nous nous empressons d'implorer la miséricorde divine aussi bien pour eux que pour nous. » (Catéch. 23.) Tous ces témoignages prouvent que notre foi touchant le purgatoire, est la foi des SS. Pères,
la foi des premiers siècles de l'Eglise. L'ignorance seule et les mauvaises passions ont pu faire croire que ce dogme de l'Eglise catholique était d'invention moderne. (Voyez Gousset, Théologie dogmatique, Zp. c. 3, art. 6.)
La comtesse de Straßbrd.
Madame la comtesse de Strafford, avant de se convertir à la religion catholique, voyait souvent M&r de la Mothe, évoque d'Amiens, et les entretiens qu'elle avait avec lui faisaient toujours une vive impression sur son âme; mais ce qui la toucha le plus, ce fut un sermon qu'il prêcha, le jour de la Saint Jean-Baptiste, aux Ursulines d'Amiens. Après l'avoir entendu, elle sentit dans son cœur un vif désir de croire comme le prédicateur qui l'avait édifiée. Il lui restait pourtant encore quelques doutes sur le sacrifice de la Messe et le Purgatoirt: elle vint les proposer au saint évêque qui, sans disputer avec elle, et sans attaquer de front ses préjugés, crut devoir lui parler ainsi pour la détromper: « Madame, vous connaissez l'évêque de Londres, et vous avez confiance en lui ; et bien, je vous prie de lui mander ce que je vais vous dire : L'évêque d'Amiens m'a dit une chose qui doit m'étonner: c'est que si vous pouvez nier que S. Augustin ait dit la messe et prié pour les morts, et particulièrement pour sa mère, il se fera lui-même protestant. » Ce conseil fut suivi. L'évêque de Londres ne répondit pas, mais il se contenta de dire à celui qui lui remit la lettre, que Madame de Straford avait respiré un air contagieux qui l'avait séduite; que ce qu'il pourrait lui écrire ne remédierait probablement point au mal... — Ce silence d'un homme qui avait en tout sa confiance acheva d'ouvrir les yeux de Madame de Strafford, et peu de temps après elle fit abjuration entre les mains de M&r d'Amiens. (Vie de M. de la Mothe.)
L'aveu d'un protestant.
Plusieurs protestants, s'élevant à notre point de vueets'in-
spirant aux sources de la charité catholique, disaient avec le
théologien Collier (2 part. p. 100) : « La prière pour les
morts ravive la croyance à l'immortalité de l'âme, enlève le
voile noir qui couvre la tombe et établit des rapports entre ce monde et l'autre. Si elleavait été conservée, nous n'aurions probablement pas eu parmi nous tant d'incrédulité. Je ne conçois pas pourquoi notre Eglise, qui est si éloignée des temps primitifs du christianisme, a pu abandonner ou dédaigner une coutume qui ne fut jamais interrompue; qui, au contraire, comme nous avons sujet de le croire d'après l'Ecriture, existait anciennement ; qui fut pratiquée dans le siècle apostolique, dans les temps des miracles et des révélations; introduite parmi les articles de foi et jamais réjetée, si ce n'est pas Aerius.
Elle était évidemment en usage dans l'Eglise du temps de saint Augustin et jusqu'au XVIe siècle. Si nous ne faisons rien pour nos morts, si nous omettons de nous occuper d'eux et de prier pour eux comme autrefois dans la sainte cène, nous rompons tout commerce avec les Saints, et alors comment oserions-nous dire que nous restons en communion avec les bienheureux? Et si nous rompons de cette manière avec la plus noble partie de l'Eglise universelle, ne pourrat~on pas dire que nous mutilons notre croyance et que nous repoussons un des articles de la foi chrétienne? »
3) Il y a un purgatoire; la raison elle-même témoigne en quelque sorte, en faveur de son existence, car puisque personne, à moins d'être parfaitement pur, ne peut entrer au ciel, (Apoc. 21, 27.) et que ceux-là seulement qui meurent en état de péché mortel vont en enfer, il faut bien admettre entre le ciel et l'enfer un lieu intermédiaire où vont les âmes de ceux qui sont morts dans la grâce, mais sans être entièrement purs, afin de s'y purilier jusqu'à ce qu'elles soient dignes du ciel.
Que dit la raison par rapport au Purgatoire?
Tout homme raisonnable qu'éclaire l'esprit du christianisme, doit penser et parler du Purgatoire de la manière suivante: « Lorsque quelqu'un après s'être sincèrement converti, ne perd plus la grâce de Dieu, et comme enfant de
Dieu, comme fils de la lumière quitte ce monde, sans êtrt, souillé il est vrai, de fautes graves, mais sans être entièrement pur de fautes légères, que deviendra-t-il? — En cet état il ne peut aller ni au ciel, ni en enfer; il n'est pas assez coupable pour aller en enfer, ni assez pur pour aller au ciel ; il devra donc rester exclu du bonheur des saints, de la félicité des élus jusqu'à ce qu'il soit trouvé assez pur et digne du ciel. Or cet état où l'âme se trouve après la mort du corps, soupirant ardemment après Dieu mais ne le possédant pas encore, doit être un état de souffrance, de douleur, un état d'expiation, un purgatoire. » (Manch.)
Le purgatoire est un hôpital où les âmes sont guéries de leurs fautes.
Dans la doctrine du purgatoire tout esprit sensé doit reconnaître une institution de la bonté divine. Un diacre de l'Eglise romaine, appelé Paschase, avait mené une vie trèsexemplaire, et l'on hésita si peu de le mettre, après sa mort, au nombre des saints, qu'on avait remarqué auprès de son cercueil la guérison de plusieurs malades et d'autres événements merveilleux. Cependant après un temps assez long il apparut à Germain évêque de Capoue et lui fit savoir qu'il était toujours retenu dans un lieu d'expiation (dans le purgatoire), auquel la sévère justice de Dieu l'avait condamné à cause de son entêtement. En effet lors de l'élection d'un nouveau pape, il s'était déclaré pour Laurent, quoique tous les autres eussent élu d'une voix unanime Symmaque, et il avait continué de tenir à son opinion jusqu'à la fin de sa vie. La conclusion de ce fait est facile à tirer. Si un homme d'une conduite aussi austère et aussi sainte que Paschase dut souffrir aussi longtemps dans l'autre monde, rien que pour avoir tenu trop à son opinion, ce qui aux yeux de l'Eglise peut n'être pas une faute légère, que sera-ce donc de ce grand nombre de chrétiens éclairés qui s'engagent si souvent dans les filets du péché sur le chemin delà vie, et ne s'en dégagent souvent qu'à la dernière extrémité? Combien n'en est-il pas qui quittent ce monde après avoir différé leur
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pénitence, sans avoir satisfait complètement à la justice divine, sans s'être purifiés par une contrition qui prend sa source dans un amour parfait de Dieu, sans avoir eu un détachement complet des créatures, et qui se montrèrent encore tels à l'approche de la mort, ou qui enfin, de nécessité ont fait vertu? Que deviendraient-ils donc, si Dieu les jugeait selon la sévérité delà justice?« Que nous serions malheureux, que notre état serait désespéré, dit S.Catherine de Gènes, si Dieu, dont l'infinie bonté a tant de soin de notre guérison, n'avait établi un hôpital pour guérir les âmes! » Par là elle veut indiquer le Purgatoire, qui peut être appelé une institution et une demeure où l'on guérit les âmes de leurs fautes terrestres. (Veith.)
La doctrine du Purgatoire est consolante.
Qu'y a-t-il de plus conforme à la raison et de plus consolant pour une âme chrétienne que la doctrine du Purgatoire? Le vicomte Walsch raconte: « J'ai connu un luthérien que notre croyance du Purgatoire a rendu catholique. Il avait perdu un frère chéri au milieu d'une fête, et il se souvenait sans cesse, pour tourmenter son cœur, de ce pas si brusque d'un festin au cercueil. Son âme avait besoin d'être rassurée; il savait toute la pureté qu'il faut pour le Ciel, et, dans son culte, il ne trouvait pas de lieu intermédiaire entre les parvis célestes et les profondeurs de l'abîme. Ses frayeurs devenaient de déchirantes angoisses, il n'avait plus de repos; ses jours étaient sans distraction, ses nuits sans sommeil, ses pensées sans espérance. Il dépérissait à vue d'œil, et lui aussi penchait vers la tombe, vers la tombe de son frère qu'il devait partager comme un lit de famille. On lui ordonna de voyager; mais il se disait: «Je n'aurai pas le temps d'aller loin, je mourrai dans une hôtellerie, soigné par des mercenaires étrangers. Et quand j'aurai fermé les yeux, on sera obligé de chercher dans mes papiers pour savoir le nom du voyageur qui vient de s'arrêter pour toujours, et qui n'a plus besoin que d'un gîte au cimetière. »
Ses amis se joignirent à son médecin, et le jeune Ecossais vint sur le continent. Je me trouvais sur le même vaisseau que lui, et bientôt nous eûmes lié conversation ensemble, et bien des points de contact nous rapprochèrent.
Quand nous fûmes débarqués nous logeâmes dans le même hôtel; au bout de quelques jours, il me révéla ce qui avait répandu tant de tristesse sur ses jeunes années, la mort de son frère et ses inquiétudes sur les destinées éternelles d'un être qu'il avait tant aimé!.... «Ah! me dit-il, un Jour des Morts, par amour pour mon frère, je vais adopter votre rite ! Oh ! quand je pourrai prier pour mon frère, je respirerai, je vivrai pour demander chaque jour du bonheur dans le ciel pour celui que j'ai tant chéri sur la terre ! . . . Votre culte fait qu'on peut encore s'entr'aider après la mort; vos prières ôtent au sépulcre son terrible silence; vous, vous conversez encore avec ceux qui sont partis de la vie; vous, vous avez connu la faiblesse humaine, cette même faiblesse qui n'est pas le crime mais qui n'est pas la pureté; et, entre les limites du ciel et de la terre, Dieu vous a révélé un lieu d'expiation. Mon frère y est peut-être, je me fais Catholique pour l'en délivrer, pour me consoler ici-bas, me soulager de ce poids qui m'oppresse; ce poids, je ne l'aurai plus quand je pourrai prier. » — Et il se fit catholique. (Fêtes chrétiennes.)
Dans l'article de la Communion des Saints il sera parlé plus au long de la manière dont nous pouvons et nous devons soulager les âmes qui font partie de VEglise souffrante.
Pratique. Ame chrétienne! N'oublie jamais le jour du jugement! Rappelle-toi bien qu'il est un œil qui voit toutes tes pensées, tes paroles et tes actions, une main qui les inscrit toutes dans ce livre que le souverain juge déroulera au jour du jugement; car « tout ce qui se fait, soit bien, soit mal, Dieu l'appellera en jugement.» (VEccles. 12, 14.) Pensez donc souvent et même tous les jours à ce redoutable jugement universel; car « rien n'est plus capable de nous faire mener une vie chrétienne,
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dit S. Ambroise, que la conviction d'être un jour jugés par celui-là même à qui rien n'est caché, par celui que tout péché offense et auquel toute vertu plaît. » Non rien n'est plus salutaire pour nous que de penser fréquemment au jugement de Dieu; les impies mêmes en sont effrayés.
La pensée du jugement dernier est très-salutaire.
Pierre Aretin, si connu par son impiété et son libertinage, fut vivement ému en voyant la fresque de Michel- Ange représentant le jugement dernier: « Les rayons du ciel, dit-il, et les feux de l'abîme, percent sous les ténèbres qui couvrent l'espace. A cet effrayant spectacle de la ruine du monde, je me dis: Si la contemplation de ce grand jour nous remplit ainsi d'épouvante sous le pinceau de Michel - Ange, que sera-ce donc quand nous comparaîtrons devant celui qui doit nous juger?... » (Rome en 1848-49-50.)