HUITIÈME ARTICLE DU SYMBOLE
« Je crois au Saint-Esprit. »
(Gr. Cat. 1-2C q.)
A la suite de la doctrine de la rédemption par Jésus- Christ, vient la doctrine du Saint-Esprit, et ce n'est pas sans raison ; en effet c'est par le Saint-Esprit que le fruit ou la grâce de la divine rédemption nous est communiquée, ce qui se fait dans l'Eglise catholique à laquelle Jésus-Christ avait promis et envoyé dans ce dessein le Saint-Esprit. Car il ne suffit pas que Jésus-Christ par sa mort ait ouvert la source du salut, il faut encore que nous allions puiser à cette source; mais de notre nature nous sommes faibles de volonté et sans énergie, et c'est pourquoi l'Esprit-Saint doit venir afin d'exciter notre volonté et de fortifier notre faiblesse, pour que
nous voulions et puissions puisera la source du salut.
Le colibri et l'aigle.
Un colibri, le plus petit des oiseaux que l'on connaisse, regardait souvent de loin le brillant soleil et désirait contempler de près sa splendeur et sa majesté. Mais aussi souvent qu'il s'élevait dans les airs d'un vol hardi, aussi souvent ses efforts demeuraient stériles; car ses forces ne suffisaient pas pour atteindre à une aussi effrayante hauteur. Un jour il voletait tristement de côté et d'autre, lorsqu'un aigle le rencontra tout à coup dans les airs, et soudain le pauvre petit volatile s'élança sur le dos du fier oiseau qui l'emporta, sans rien sentir du léger fardeau dont il était chargé, jusque vers le majestueux soleil, l'objet de ses désirs, et le défendit contre tous les oiseaux carnassiers. — Faible créature humaine ! ce petit oiseau c'est toi î Tu n'es pas assez fort pour t'élancer jusqu'auprès du soleil de justice; mais l'aigle divin, l'Esprit-Saint, arrive et sur les ailes de sa grâce fortifiante il t'emporte, en te protégeant contre tous les ennemis de ton salut, au but de tes désirs et de tes espérances. Puissions-nous être enlevés tous par cet aigle divin dans les hauteurs des cieux !
Comparaisons.
« De même qu'une terre sèche, lorsqu'elle n'est pas arrosée, demeure sans fruits, de même nous qui étions autrefois un bois sec, nous ne produirons jamais de fruits pour la vie éternelle, sans la rosée d'en haut, sans le Saint- Esprit. » (S. lrenèe.)
« Notre cœur est toujours fermé, si l'Esprit de Dieu ne l'ouvre pas, comme la terre reste toujours froide lorsqu'elle n'est pas réchauffée par le soleil. » (Le même,)
« Dieu ne donne pas seulement au pécheur une doctrine qui se transmet par des paroles, mais encore un cœur capable de la recevoir; il n'allume pas seulement une lumière, mais il ouvre encore les yeux; il ne comma%de pas seulement, mais il donne encore la force, par le Saint-Esprit. » (Hunolt.)
(Gr. Cat. 5n q.)
Le Saint-Esprit est la troisième personne en Dieu, vrai Dieu avec le Père et le Fils; c'est ce que nous enseigne F Ecriture-Sainte aussi bien que YEglise catholique.
Témoignages de l' Ecriture-Sainte en faveur de la divinité du Saint-Esprit.
1) Le Saint-Esprit est appelé Dieu dans les livres saints de la manière la plus expresse. — Dans les actes des apôtres S. Pierre dit à Ananie: « Ananie, comment Satan vous a-t-il tenté au point de vous faire mentir au Saint-Esprit? ce n'est pas aux hommes que vous avez menti, mais à Dieu. » (5, 5-4.) — D'autre part, dans l'Ecriture-Sainte on donne au Saint-Esprit les mêmes noms qu'au Père et au Fils, et ce qui dans l'ancien Testament est dit comme venant de la bouche de Dieu, est attribué par le nouveau Testament au Saint-Esprit. (Voyez les act. des Apôt. 28, 25. — haïe. 6, 9. — VEpît. aux Hébr. 3, 8. — Ps. 94, 7. — Les act. des Apôt.
1, 26. le 2 Uv. des Pwis 23, 2. S. Luc. i, 67. Zêpit. de S. Pierre
2) Il est d'une même substance avec le Père et le Fils et pour cela onlenomme en même temps que le PèreetleFils: «Enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » (S. Matth. 28, 19. ) « Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel ; le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois ne sont qu'un (1 épît. de S. Jean o, 7.) « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu, et la communication du Saint-Esprit soient avec vous tous. » (2 épît. aux Cor. 13, 13. — Epît. de S. Pierre 1.
2. — S. Jean 15, 26. 14, 16-17. — S. Matth. 10, 20. — Épît. aux Gai. 4, 6.)
5) L'Ecriture-Sainte attribue au Saint-Esprit les perfections divines: a) V éternité. « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre et Y Esprit de Dieu reposait sur les eaux. » {Gên. 1, \°L. — Epît. aux Hébr. 9, 14. — Sag. 12,1.) — b) La toute-puissance. « L'un reçoit du Saint-Esprit le don
de parler avec sagesse, l'autre reçoit du même Esprit le don de parler avec science. Un autre reçoit le don de la foi par le même Esprit; un autre reçoit du même Esprit le don de guérir les maladies; un autre le don des miracles; un autre le don de prophétie ; un autre le don de parler diverses langues; un autre le don de les interpréter. Or c'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun ses dons selon qu'il lui plaît. » (1 êpît. aux Cor. 42, 18-41. — haie. 14, 2. 5. — Act. des Apôt. 10, 58. 4, 8.— S. Luc. 4, 5o. — Sag. 7, 22, 23.) — c) L'immensité, « Où irai -je pour me cacher à votre Esprit, et où fuirai-je pour me dérober à votre vue? Si je monte au ciel, vous y êtes; si je descends en enfer, vous y êtes encore. Si je prends les ailes de l'aurore et que je me transporte aux extrémités de la mer, c'est votre main qui m'y conduira et vous me tiendrez de votre droite. » (Ps. 458, 7-40.) — d) L'intelligence et l'omniscience. « Cet Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu. » (4 êpît. aux Cor. 2, 40-44.) « L'Esprit- Saint vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » (5. Jean 44, 26. — Isaïe 44, 2. 40, 45. — Sag. 7, 22. — Epît. aux Eph. 4, 47.) — e) La véracité. « Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, VEsprit de vérité. » (S.JeaniA, 46. 47. 45, 26-46,45-45.) — fJLzsainteté. Dans tous les endroits de l'Ecriture où il est parlé de l'Esprit-Saint, la sainteté lui est attribuée. (Voyez S. Luc. \, 55. 3, 22. — S. Jean 4, 52-55. — S. Marc. 4, 8-40.— S. Jean 5, o. — S. Matth. 4, 48-20.)
4) Les opérations divines sont attribuées également au Saint- Esprit: a) la Création. « Les cieux ont été créés par la parole du Seigneur, et tous ses ornements par VEsprit de sa bouche. » (Ps. 52, 6.) « Vous envoyez votre Esprit, et les créatures renaissent, et la face de la terre est renouvelée. » (Ps. 405, 50. — Job. 55, 4. — Genèse 4,4-2.) — b) La régénération spirituelle. « Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de FEsprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » S. Jean 5, o.) « Jésus-Christ nous a fait renaître par le bap-
tème et nous a renouvelés par le Saint-Esprit. » (Epît. à Tue 5, 5. — Aux Rom. 8, 15-14. 2 aux Cor. 4, 5-18.) — c) La sanctification: « Vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par l'Esprit de notre Dieu. « (\ épît. aux Cor. 6, ll.J — d) Le gouvernement de l'Eglise. « Soyez attentifs sur vous-mêmes et sur tout le troupeau dont le Saint-Esprit vous a établis évêques, afin de gouverner l'Eglise de Dieu, qu'il a acquise par son sang. » (Act. des Apôt. 20, 28.-15, 2-4.) — e) La distribution de tous les dons célestes. « L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. » (Epît. auxRom.S,5.) «Les fruits de YEsprit-Saint sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, ladouceur, la foi, la modestie, la tempérance, lachasteté. » (Epît. aux Gai. 5, 22-25.) « C'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun ces dons, selon qu'il lui plaît. » (1 épit. aux Cor. 12, 11. — Act. des Apôt. 2, 4, — aux Rom. 8, 16, — aux Gai. 4. 6.)
5) En même temps l'Ecriture nous représente l'Esprit- Saint comme une personne distincte du Père et du Fils: « Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous. » (S. Jean. 14, 16.) « Le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme visible, comme une colombe, et il y eut une voix qui descendit du ciel, disant: Tu es mon Fils bien-aimé!» (S.Luc. 5,22.)
Témoignages de l'Eglise catholique en faveur de la divinité du Saint-Esprit.
Dans le symbole de Nicée d'abord, l'Eglise exprime la divinité du Saint-Esprit par les paroles suivantes: «Je crois au Saint-Esprit, Seigneur et vivificateur; qui procède du Père, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes. » Le symbole de S. Athanase enseigne également la divinité du Saint-Esprity et l'Eglise a toujours condamné ceux qui attaquaient cette doctrine. C'est ce qui eut lieu surtout au deuxième concile général de Constantinople. Lorsque les sémi-ariens commen-
cèrent à se rapprocher des catholiques, on s'aperçut qu'il s'était glissé parmi eux des opinions erronées touchant le Saint-Esprit et ses relations avec le Père, c'était surtout Macedonius de Constantinople qui avait inventé et propagé la doctrine que le Saint-Esprit n'était pas du tout égal au Père et au Fils, qu'il était une créature à leur service. Ses partisans furent nommés Pneumatochiens, c'est-à-dire, adversaires du Saint-Esprit. — Cette nouvelle erreur fut condamnée au Synode d'Alexandrie, présidé par S. Athanase, et lorsquele papeS.Damase l'apprit, il tint également un synode où cette erreur éprouva lemême sort. On y établit, que le Saint-Esprit est « d'une même nature avec le Père et le Fils. » Enfin elle fut anathématiséeau concile œcuménique de Constantinople en 381, et l'on proclama comme dogme catholique « que le Saiîit-Esprit est vrai Dieu et qu'il est adoré avec le Père et le Fils. »
Les SS. Pères de leur côté nous prouvent de différentes manièresladivinité du Saint-Esprit. Ainsi S. Cyrille d'Alexandrie écrit : « Le Saint-Esprit est vrai Dieu, puisqu'il est la plus parfaite image du Fils de Dieu, qui est vrai Dieu. Nous sommes les temples du Saint-Esprit; ne contristez pas le Saint-Esprit qui habite en vous ! le Saint-Esprit est d'une seule nature avec le Père et le Fils. Leur puissance et leur action lui est commune, de même que le brouillard qui s'élève de l'eau, n'est pas d'une autre nature que l'eau même. » — S. Basile-le-Grand s'exprima comme suit: « Quand on dit de Dieu qu'il habite en nous par l'Esprit, ne serait-ce pas une impiété de dire que YEsprit lui-même n'est pas Dieu? Et lorsque nous appelons du nom de Dieux ceux qui sont d'une vertu parfaite, alors que la vertu vient cependant du Saint-Esprit, comment donc celui qui fait des autres des dieux, (c'est-à-dire en les élevant par la perfection jusqu'à Dieu) serait-il abandonné lui-même de la divinité? d
{Gr. Cat. ¥ q.)
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, comme d'un seul principe. Jésus-Christ lui-même le dit en S.
Jean: « Je vous enverrai l'Esprit de vérité, qui procède
du Père Il recevra de ce qui esta moi. » (S. Jean. 15,
26 et 16, 15.) (Comparez p. 165 et 166.)
Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.
Cet article de foi fut attaqué d'abord en 866, par Photius et ensuite par Cérulaire en 1045. Ces deux hommes étaient patriarches de Constantinople. Dévorés par une insatiable ambition et dominés par un orgueil infernal, ils refusèrent de reconnaître un supérieur quelconque et cherchèrent à se rendre indépendants du pape de Rome, de sorte que par un schisme déplorable, ils coopérèrent à séparer l'Eglise grecque de l'Eglise latine. Afin d'atteindre ce but, ils nièrent et attaquèrent le dogmede l'Eglise qui enseigne que c le Saint-Esprit procède du Père et du Fils (î). » — Sur cela on rompit toute relation avec le Souverain Pontife; les églises des Latins furent fermées à Constantinople, les moines qui refusaient de se conformer aux prescriptions du patriarche, chassés, et les prêtres aussi bien que les laïques qui ne voulaient pas se séparer de l'Eglise Romaine et de sa doctrine, jetés en prison et publiquement flagellés. Voilà comment ils déclarèrent la guerre au Saint-Esprit, mais le Saint-Esprit la leur déclara aussi. Le pape Nicolas V prédit leur ruine et leurs malheurs. En 1459 les Grecs souscrivirent, il est vrai, au concile de Florence, le symbole de l'Eglise latine, mais quand ils refusèrent d'adopter les conclusions prises en commun pour leur réconciliation avec l'Eglise, Nicolas se leva avec sévérité et les lettres qu'il leur adressa ne respirèrent plus que l'indignation et l'horreur. Il écrivit entre autres:
(t) Déjà auparavant c'était un dogme de foi dans l'Eglise; quoique le Concile de Nicée dise simplement: « Nous croyons aussi au Saint-Esprit; » parce que, à cette époque, ce dogme n'était pas encore attaqué. Mais quand plus tard les Macédoniens nièrent X unité de nature du Saint-Esprit avec te Père, on ajouta dans le deuxième concile général de Constantinople (581) ces mots: « Quiprocède du Père. » Ensuite quand les Visigoths ariens qui niaient la Divinité du Fils, revinrent dans le sein de l'Eglise, les évoques espagnols y joignirent: « et du Fils. » Cette addition lut alors admise dans le symbole parle pape Paul III-
« Nous supportons encore vos retards en considération de Jésus-Christ, le pontife éternel, qui laissa subsister le figuier stérile jusqu'à la troisième année, quoique le jardinier se préparât à le couper, puisqu'il ne portait pas de fruits. Nous avons attendu pendant trois ans, pour voir si à la voix du divin Sauveur vous ne reviendriez pas de votre schisme, eli bien! si c'a été en vain, vous serez abattus, afin que vous n'occupiez plus inutilement la terre. » — Il écrivit ceci en l'année 1451, et ce qu'il avait prédit arriva. Après trois ans, la hache fut mise à la racine. — Mahomet II entoura avec une armée formidable Constantinople, la capitale, qui invoqua vainement le secours des Latins. Enfin, après de sanglantes luttes, le sort de l'empire Grec se décida le 29 mai de l'année 1455, précisément à la fête de la Pentecôte, ainsi au jour spécialement consacré à l'Esprit-Saint. Deux fois les Turcs furent repoussés, mais au troisième assaut ils furent vainqueurs. L'empereur Constantin qui combattait dans les rangs des soldats, jeta au loin son manteau de pourpre, se précipita au milieu des bataillons ennemis, mourut de la mort des héros et avec lui succombèrent les plus nobles d'entre les Grecs. Les massacres, le pillage et l'incendie durèrent trois jours; le quatrième jour, Mahomet fit son entrée dans la ville, prit possession du palais impérial, et convertit l'église de sainte Sophie en mosquée. Depuis cette époque, les Grecs vivent sous le joug tyrannique de leurs vainqueurs. Il est vrai qu'ils possèdent encore le libre exercice de leur culte et qu'ils élisent leur patriarche comme autrefois, mais celui-ci ne peut occuper cette fonction qu'après avoir reçu du Sultan, moyennant des sommes énormes, une lettre de confirmation. (Voyez Marchant.)
Comparaisons.
« Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, comme le rayon procède du soleil. Le soleil demeure dans le rayon et n'est pas séparé de lui pour la substance; de même le Saint- Esprit ne se sépare pas de Dieu. Il est Dieu de Dieu, ilest comme la lumière allumée par lalumière. »(Tertullien.)
«La troisième personne procède du Père et du Fils, elle est produite par eux, comme le fruit est produit par la racine et par l'arbre (car Tune est le principe de l'autre) ; la racine est le principe qui produit l'arbre ; c'est donc de la racine et de l'arbre que provient le fruit. » [Tertullien, Apol. C. 21. N. 43.)
« Comme la lumière et la chaleur proviennent du feu, ainsi le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. » {S. Jean Dam. lib. de fide. C. 9.)
[Gr. Cat. 5-6e q.)
Quoique la dénomination « d'Esprit » et de « Saint » appartienne également à la première et à la deuxième personne de la sainte Trinité, néanmoins la troisième personne est appelée particulièrement Saint-Esprit, parce que l'œuvre de notre sanctification lui est spécialement attribuée, et qu'elle nous accorde la vie spirituelle de la grâce; voilà pourquoi le Saint-Esprit est appelé aussi « Sanctificateur » et « vivificateur . » — Sans doute l'œuvre de notre sanctification est commune aux trois personnes divines; cependant, comme étant l'œuvre de V amour, elle se rapporte d'une manière particulière au Saint-Esprit; en effet, comme nous l'avons dit en parlant des mystères de la sainte Trinité et de l'incarnation, les œuvres de l'amour lui sont attribuées; eonséquemment en tant qu'Esprit d'amour, il est l'auteurde toute sainteté intérieureet le distributeur de toutes les grâces et de tous les dons surnaturels, par lesquels nous devenons saints.
L'arbre de bénédiction.
Un père étant assis avec son fils sous un arbre chargé de fruits: « Mon enfant, » lui dit-il, que faudrait-il à cet arbre pour qu'il ne se rompît pas sous le poids dont il est chargé? » Et le fils répondit: « Une main qui cueille ces fruits. » Le père avec un profond sentiment de piété, lui dit
alors: « Le Saint-Esprit est l'arbre fruitier où abondent les grâces et les dons célestes, et la volonté du chrétien fidèle est la main qui les cueille. »
(Gr. Cat. 7-8e q.)
Objection. Mais puisque Jésus-Christ est notre Sauveur, n'est-il pas l'auteur de notre sanctification? Réponse. Sans doute, en tant qu'il nous a mérité et préparé la grâce de la sanctification; mais le Saint-Esprit l'est, en tant qu'il nous sanctifie réellement à cause des mérites de Jésus-Christ, c'est-à-dire qu'il nous purifie de nos péchés, qu'il nous rend justes et agréables à Dieu, ce qui se fait par la grâce surnaturelle qu'il répand d'ordinaire dans nos âmes au moyen des sacrements. C'est pourquoi S. Paul écrit dans son épître aux Corinthiens: « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, et par YEsprit de votre Dieu. » (1 Epît. 6, 11.)
Le Saint-Esprit nous purifie, nous sanctifie et nous justifie.
C'est ce que S. Chrysostôme explique d'une manière trèsfrappante dans la seconde homélie pour le jour de la Pentecôte: « Par le Saint-Esprit nous obtenons la rémission de nos péchés; par lui nous sommes purifiés de toutes les souillures du crime; par ses dons, les hommes qui se laissent conduire au moyen de sa grâce, deviennent des anges, non parce que leur nature est changée, mais ce qui est plus merveilleux, parce que tout en restant hommes, ils vivent purs et saints comme les anges. La force du Saint-Esprit est tellement grande, que, comme le feu de la terre change en une pierre dure le mol argile, ainsi le feu du Saint-Esprit, quand il s'empare d'une âme bien disposée, rend celle-ci plus forte que le fer, quand même elle aurait été auparavant plus molle que l'argile, de sorte que le péché n'est plus capable de nuire à cette âme fortifiée. De même encore, l'homme qui peu auparavant était encore souillé par la
3i)6 DE LA FOI.
tache du péché, devient par la grâce du Saint-Esprit plus brillant et plus pur que le soleil. C'est ce que nous enseigne l'apôtre S. Paul, quand il écrit: « Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les voluptueux, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui ne seront héritiers du royaume de Dieu. » (1 Epît. aux Cor. 6, 9-10.) Mais après avoir énuméré tous les péchés et dit que ceux qui en sont coupables, n'iront pas au ciel, il ajoute aussitôt : « C'est ce que quelques-uns de vous ont été autrefois: mais vous avez été lavés, sanctifiés et justifiés. » Comment et de quelle manière? Voilà précisément la question. « Vous l'avez été au nom de Jésus-Christ, » dit l'Apôtre,« et par l'Esprit de notre Dieu. » Mes frères, voyezvous maintenant la force du Saint-Esprit? Voyez-vous comment le Saint-Esprit effaça tous ces péchés et éleva de nouveau au comble de la gloire ceux qui jadis s'étaient abaissés jusqu'à la brute, par leurs crimes? »
Qui relève le pécheur de sa chute? Qui l'élève de nouveau jusqu'à Dieu?
D'après une tradition populaire de Sparte, conservée par Pausanias, il se trouvait près de cette ville un gouffre d'une effroyable profondeur où l'on avait coutume de précipiter les condamnés à mort. Ce fut dans ce gouffre qu'on jeta aussi le général des Messaniens, Aristomènes, ainsi que cinquante de ses compagnons d'armes. Tandis que ceux-ci furent tous jusqu'au dernier broyés et tués contre les pointes des rochers, Aristomènes fut retenu par un aigle qui, les ailes étendues, volait au-dessous de lui, et le soutint, jusqu'à ce qu'il eut touché sain et sauf le fond de l'abîme, d'où il réussit à s'échapper ensuite par des issues souterraines. Aux Messaniens dont nous venons de parler ressemblent tous ceux qui se laissent prendre par la sensualité; ils sont précipités dans un gouffre profond, qui, selon les expressions de l'Ecriture, « conduit jusque dans les obscures demeures de la mort. » {Prov. 7, 27.) Le péché, une fois qu'il les a
gagnés, les pousse avec tant de violence d'un abîme dans l'autre que, parmi cinquante, il en est à peine un qui soit sauvé; et encore, qui le sauve, qui le retient, qui l'enlève, si ce n'est cette colombe céleste, l'Esprit-Saint qui avec la puissante vigueur d'un aigle, ou plutôt avec une puissance et une force divine enlève le pécheur sur les ailes de sa grâce, et l'emporte aux cieux ?
Comparaisons.
« Le Saint-Esprit s'appelle notre consolateur; car il console notre âme par la communication de ses grâces dans la réception des sacrements. » (S. Isidore.)
« C'est un vent brûlant, venant, non du désert, mais du ciel, et desséchant nos mauvais désirs. » (Card. Hugo.)
« De même que le corps sans âme est mort et incapable de rien faire, de même l'âme sans l'âme céleste, sans l'Esprit divin, est morte pour le ciel ; elle ne peut rien faire de tout ce qui a rapport à Dieu. » [S. Macaire.)
De même que les flammes s'emparent de tout ce qui les entoure, allument et embrasent tout, dévorent ce qui est impur, purifient ce qui est précieux, fondent les métaux et les renouvellent, de même par les opérations puissantes de l'Esprit divin, le genre humain doit être renouvelé.
De même encore qu'un vent d'orage purifie l'air des vapeurs méphitiques et fait bouillonner la mer jusque dans ses abîmes, afin que tout ce qui y vit ne devienne pas la proie des fièvres et des maladies par suite d'une funeste immobilité, de même le péché, cette peste du genre humain, ne peut être dissipé que par l'Esprit de Dieu. (Munch.)
« De même que quelques gouttes d'eau versées dans le vin, semblent entièrement disparaître et prennent le goût comme la couleur du vin; de même encore que le fer incandescent devient entièrement semblable au feu, et perd sa forme primitive, de même aussi l'âme humaine est comme transformée et sanctifiée d'une façon inexplicable par la grâce du Saint-Esprit. » (Drexèlius.)
{Gr. Cat. 9e q.)
Les dons du Saint-Esprit sont principalement les suivants tels que les énumère le prophète Isaïe: (11, 2.) i) le don de sagesse, 2) d'intelligence, 3) de conseil, 4) de force, 5) de science, 6) de piété, 7) de crainte de Dieu. « Ces dons du Saint-Esprit, dit le vénérable Bède, sont comme une huile précieuse. » — S. Bonaventure les nomme «sept rayons de feu, qui éclairent, échauffent, pénètrent et embrasent tout. »
Les sept dons du Saint-Esprit, so?U comme sept rayons de feu.
C'est ce qu'explique S. Bonaventure de la manière suivante: « Le premier rayon, le don de sagesse, réchauffe et embrase ce qui est froid ; le deuxième rayon, le don d'intelligence, éclaire les profondeurs des vérités divines et nous y découvre dans leur beauté les nobles métaux qu'elles recèlent; le troisième rayon, le don de conseil, arrête ce qui est flottant; le quatrième rayon, le don de force, raffermit ce qui est faible; le cinquième rayon, le don de science, éclaircit ce qui est obscur; le sixième rayon, le don de piété, amollit ce qui est dur; le septième rayon, le don de crainte de Dieu, humilie et abaisse ce qui est élevé. »
1) Le don de sagesse réchauffe et embrase ce qui est froid, c'est-à-dire, il fait en sorte que notre cœur épris des biens de ce monde et indifférent pour Dieu et la vertu, s'embrase d'amour pour le bien, de sorte qu'il aime la vertu et les choses de Dieu, qu'il se détache du monde et de la vanité des choses du monde.
L'épouse de Jésus-Christ ornée du don de sagesse.
Sainte Olympiade, aussi belle que riche, après la mort de son époux avec lequel elle n'avait vécu que vingt mois, fut vivement pressée par l'empereur Théodose de se remarier avec son neveu, jeune espagnol très-distingué. Mais elle refusa, car depuis la mort de son époux elle ne voulut plus
rien avoir de commun avec le monde et ses plaisirs, mais vivre uniquement pour Dieu, son époux céleste. Irrité de cette résistance, l'empereur ordonna que son immense fortune fût confiée à l'administration du préfet Prétorius jusqu'à ce qu'elle eut atteint l'âge de trente ans. Olympiade, qui n'avait encore que dix-sept ans, écrivit alors à Théodose la lettre suivante: « Seigneur, vous m'avez accordé une grâce digne non-seulement d'un empereur, mais encore d'un évêque, puisque, en faisant administrer et garder mes biens par un autre, vous m'avez débarrassée des soucis et des embarras qu'occasionnaient leur bon emploi. Afin de mettre le comble à ma joie, ordonnez qu'ils soient distribués aux églises et aux pauvres. Depuis longtemps je craignais que des sentiments de vanité et d'orgueil ne s'élevassent dans mon âme, comme cela n'arrive que trop souvent quand on distribue soi-même les aumônes. Et puis, les richesses temporelles eussent pu me faire négliger les richesses éternelles en comparaison desquelles les premières sont si peu de chose. Selon la véritable sagesse chrétienne, je veux m'efforcer de ne plus aimer le monde et ses biens, et ne chercher plus désormais que Dieu et les biens célestes. » Tel fut le langage de cette pieuse épouse de Jésus-Christ. Et pourquoi parlait-elle ainsi? Parce que le Saint-Esprit habitait en elle et qu'elle avait reçu de lui le don de la sagesse.
2) Le don d'intelligence éclaire les profondeurs des vérités divines et nous y montre dans leur beauté les nobles métaux qu'elles recèlent, c'est-à-dire qu'il nous fait connaître et comprendre les vérités révélées«, autant que notre esprit borné en est capable, nous laisse jeter de profonds regards dans les mystères de la foi et connaître leur beauté, afin que nous y croyions avec joie, quoiqu'ils aient pour notre raison quelque chose d'obscur et d'impénétrable. C'était ce don que demandait David, lorsqu'il disait : « Seigneur! remplissez-moi d'intelligence, afin que j'étudie votre loi et que je l'accomplisse de tout mon cœur. » (Ps. 118, 34.)
Henri Dilson obtenant le don d'intelligence.
Lorsque Henri Dilson entra dans l'ordre des Jésuites, il avait si peu d'intelligence et de mémoire qu'il ne savait rien comprendre ni retenir. Un jour que, affligé de ce manque de facultés intellectuelles, il était prosterné devant l'image de la Sainte Vierge et qu'il lui eut voué son corps, son âme et toutes ses forces pour le reste de sa vie, sa mémoire devint tout d'une fois si fidèle qu'il pût retenir des sermons entiers et même les prêcher encore après plusieurs années, sans les avoir relus; en outre il devint d'une telle pénétration pour les choses divines que les plus profonds théologiens de son ordre s'imaginaient qu'il puisait ses admirables explications aux sources les plus savantes et les plus solides. C'était Marie dont l'intercession lui avait obtenu le don d'intelligence. (Herbst, livre d'exemples.)
S. Catherine Martyre.
S. Catherine avait également reçu ce don d'intelligence de TEsprit-Saint. Cette vierge vivait au quatrième siècle à Alexandrie en Egypte; citée devant le tribunal de l'empereur païen Maximin, à cause de la foi qu'elle professait, elle fit preuve d'une telle pénétration d'esprit et d'une éloquence si entraînante, qu'il fit venir dans son palais cinquante philosophes des plus célèbres, pour réfuter la sainte martyre. Mais elle parla avec tant de sagesse, de force et d'onction en faveur du christianisme, elle prouva à ses adversaires l'unité de Dieu et le ridicule de leurs superstitions d'une manière si solide, qu'ils durent s'avouer vaincus, embrassèrent la religion chrétienne et souffrirent le martyre comme Sainte Catherine. (Manuel de Schuster.)
3) Le don de conseil arrête ce qui est flottant, c'est-àdire il fait en sorte que notre esprit et notre volonté lorsqu'ils sont flottants dans le choix entre Dieu et le monde, se décident toujours et partout pour la gloire de Dieu et le salut de rame.
D'où vient que tant de chrétiens se décident pour Dieu et la vertu ?
La réponse à cette question n'est guères difficile : Parce que le Saint-Esprit les remplit du don de conseil. Nous ne pouvons mieux faire que de rapporter les paroles de S. Cyrille patriarche de Jérusalem. (Cat. 16.) « N'est-il pas vrai que souvent une jeune fille déjà fiancée, refuse de s'unir à l'époux qu'on lui avait destiné? D'où celavient-il? De ce que le Saint- Esprit lui a fait comprendre la supériorité des vierges. N'est-il pas vrai que souvent un homme qui brillait à la cour des rois, renonce à ses richesses et aux honneurs? cela vient de ce que le Saint-Esprit lui a fait comprendre leur vanité. N'est-il pas vrai que souvent un jeune homme à la vue d'une beauté, baisse les yeux pour ne point la regarder, qu'il s'éloigne et fuit afin de ne pas souiller la pureté de son âme? Cela vient de ce que le Saint-Esprit lui a fait connaître le danger qui le menaçait. Tant de choses dans le monde nous attirent vers l'avarice et cependant beaucoup de chrétiens préfèrent ne rien posséder. Pourquoi? Parce que le Saint- Esprit les a instruits du danger des richesses. »
4) Le don de force raffermit et fortifie ce qui est faible, c'est-à-dire, il fait que l'homme malgré sa faiblesse supporte toutes les peines et les adversités de cette vie avec courage, avec joie et patience chrétienne et qu'il triomphe avec un héroïque courage de tous les obstacles et de toutes les difficultés qu'il rencontre dans le chemin du salut, n'épargnant aucun sacrifice si grand et si pénible qu'il puisse être pour lui.
Le bonheur dans les souffrances.
Le père Jean-Baptiste Wachado, durant sa captivité au Japon, écrivit â son ami: « Je puis assurer votre Révérence, et je le dis en toute vérité, que je ne voudrais pas échanger ma position actuelle avec celle de tous les rois de la terre. Jamais je ne fus aussi content de mon sort, jamais je n'éprouvai autant de joie, jamais je n'eus moins de soucis et d'em-
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barras. » Lorsqu'il apprit la nouvelle de sa mort prochaine il dit que les trois jours les plus heureux de sa vie avaient été: d'abord celui où il fut reçu dans l'ordre, celui ensuite où il fut fait prisonnier et enfin celui où on lui annonça sa mort. » lien écrivit à son supérieur: « Voilà que je viens de recevoir l'heureuse nouvelle du martyre. — Je meurs plein de consolation, parce que je souffre pour mon bon Jésus!» D'où venait cette joie au milieu des souffrances et en face delà mort? Elle venait du Saint-Esprit; il avait accordé à ce pieux et fidèle confesseur de la foi, le don de force. (Philotée, III. année.)
S. Françoise de Chantai, un modèle de force chrétienne.
Il y eut une admirable servante de Dieu, ornée au plus haut point du don de force, ce fut S. Françoise de Chantai. Sous la direction de S. François de Sales, elle fit les plus grands progrès dans le chemin de la perfection chrétienne. Ainsi chaque matin elle renouvelait sa résolution de ne plus aimer que Dieu et de se consacrer à lui sans partage avec toutes ses pensées, ses désirs et ses actions; afin de se fortifier encore davantage dans ces saintes résolutions, elle imprima avec un fer chaud le saint nom de Jésus sur sa poitrine, voulant exprimer par là qu'elle ne voulait plus vivre, travailler et souffrir désormais que pour sa gloire. Détachée depuis longtemps du monde, elle eut voulu s'en retirer toute entière avec le corps, comme elle s'en était retirée avec l'esprit et le cœur. Mais que d'obstacles nombreux et puissants ne s'y opposaient pas! Elle avait un vieux père et un beaupère; pouvait-elle les abandonner? — Elle avait encore trois enfants en bas âge; n'était-ce pas son devoir de veiller à leur éducation et de soigner l'administration de leurs biens? — S. François de Sales lui persuada, après avoir mûrement pesé la chose devant Dieu, qu'elle ferait plus facilement l'éducation de ses deux filles dans un couventquedansle monde, et que son père pourrait secharger de diriger et d'achever celle de son petit-fils. Elle résolut donc de quitter son père et son fils, et de faire à Dieu le sacrifice de ce qu'elle
avait de plus cher au monde. Mais quel courage héroïque ne fallait-il pas pour exécuter une telle résolution? Quelle séparation devait-ce être quand elle s'agenouilla devant son père à cheveux blancs pour lui demander sa dernière bénédiction?
— Accablé de la plus vive douleur, le vénérable vieillard s'écria: « 0 mon Dieu! Il ne m'est pas permis de m'opposer à vos décrets, quand même il me faudrait perdre la vie! Seigneur, je vous offre cette enfant chérie ; daignez l'accepter, et soyez ma consolation dans mon isolement! » Sur cela il donna à Françoise sa bénédiction, la releva et la serra tendrement dans ses bras. Son fils, âgé de quinze ans tomba et sanglotantautourdesoncou, et lui fit les propositions les plus touchantes pour la retenir dans le monde; voyant que tout cela ne produisait aucun effet, il alla s'étendre sur le seuil de la porte où elle devait passer. La mère, saisie à la vue de ce spectacle, réfléchit quelques instants et fixa ses yeux pleins de larmes sur son fils; enfin prenant son courage à deux mains, elle passa avec fermeté par dessus l'enfant. Elle était persuadée que Dieu l'appelait à quelque chosedeplus sublime et se rappelait la parole de notre divin Sauveur qui dit: « Celui qui aime son père ou sa mère ou son fils et sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi. » (S. Matlh. 40, 57.)
— Qui a rendu une faible femme aussi forte, une fille aimante, une tendre mère aussi courageuse? Ce fut le Saint- Esprit qui la remplit du don de force afin de la rendre triomphantedetousles obstacles qu'elle rencontrait dans le chemin du salut. (Sermons de Weigl.)
5) Le don de science éclaire ce qui est obscur, c'est-àdire qu'il nous éclaire sur nos devoirs religieux, nous montre le chemin du ciel et nous rend aptes à le montrer aussi à d'autres.
Comparaisons.
« Le pèlerin qui marche au milieu de l'obscurité de la nuit » écrit un pieux auteur, « loin d'arriver à sa destination, s'égarera dans des chemins dangereux ; mais
dès que le soleil fait poindre ses rayons, il découvre aussitôt les lieux où il veut arriver et suivra le bon chemin. C'est ainsi que le Saint-Esprit éclaire notre âme par le don de science ou de connaissance, afin que nous connaissions notre destinée et le véritable chemin pour y arriver.» (Munch.) S. Bernard, au sujet du don de science, fait cette belle remarque: « 11 y en a qui recherchent la science uniquement pour elle, c'est une méprisable curiosité. Il yen a d'autres qui recherchent la science afin de se faire un nom et de s'attirer l'estime du monde, c'est une détestable vanité; quelquesuns recherchent la. science pour en faire un objet de trafic, c'est un métier indigne. Quelques autres encore recherchent la science pour être instruits de leurs devoirs et en instruire les autres, et cette science-là est un don du Saint-Esprit. »
Le solitaire dépourvu de connaissances humaines, mais rempli de science divine.
S. Arsène, l'illustre précepteur d'Arcadius et d'Honorius fils de l'empereur Théodose, lorsqu'il vivait encore parmi les anachorètes, avait appris à connaître un vieillard d'une naissance obscure et sans la moindre instruction; il l'avait choisi pour conseiller. Un des frères en fut tellement dépité, qu'il lui dit: « Comment? tu es au courant de toutes les sciences des Grecs et des Romains, et tu vas chercher des conseils de sagesse chez cet homme rustique ? » Arsène lui répondit: « Les sciences des Grecs et des Romains ne me sont pas étrangères; mais sachez bien que je ne connais pas encore l'alphabet de la science que possède ce vieillard. » Ce vieux anachorète , quoique dépourvu de toute instruction humaine, se distinguait par une science beaucoup plus sublime , la science du salut qui ne vient que du Saint-Esprit; il connaissait l'art de suivre le chemin du ciel et de le montrer aux autres; et c'était ce qu'Arsène voulait apprendre de lui. Ah ! que de savants du monde sont ignorants dans cette science salutaire! — Sous ce rapport Thomas à Kempis a bien raison quand il dit avec sa simplicité ordinaire: « Un humble campagnard qui sert
Dieu, vaut mieux qu'un savant orgueilleux qui observe le cours des astres et s'oublie lui-même. »
6) Ledonde piété amollit ce qui est dur, c'est-à-dire il fait en sorte que le cœurnaguères endurci dans le péché s'amollit par les pleurs delà pénitence, et goûte ensuite plus de vraie joie en Dieu et dans les exercices de piété qu'autrefois dans le service du péché; de sorte que tout ce qui appartient au service de Dieu lui paraît agréable, aimable et facile.
S. Macaire.
En considérant le don de piété, S. Macaire s'écrie: « 0 puissant rayon de grâce de l'Esprit divin ! Comme la glace fond au devant des rayons du soleil, ainsi fond aussi la glace du cœur coupable, lorsque vous y faites rayonner votre brasier dévorant; et comme la fleur s'entrouvre doucement et en souriant aussitôt qu'elle est en contact avec la lumière du soleil, ainsi s'entrouvre le cœur du pécheur endurci, lorsqu'il est touché par la puissance de votre divine lumière, et dès lors il n'exhale plus que les suaves parfums de la vertu et de la piété. »
7) Le don de la crainte de Dieu humilie et abaisse ce qui est élevé, c'est-à-dire, il fait en sorte que le chrétien, lors même qu'il est au sommet de la plus haute perfection, s'humilie encore en considération de sa faiblesse, animé qu'il est de la crainte salutaire quoique toujours filiale, de déplaire à Dieu, de l'offenser, de tomber dans sa disgrâce et d'encourir ses châtiments.
Saint Isidore.
Le don de crainte de Dieu a pour effet dans les saints de leur faire opérer leur salut en craignant et en tremblant. S. Isidore, malgré toutes les grâces qu'il recevait, était triste, et quand onlui en demandait la raison, il répondait: «Celui qui attend un bel héritage et craint de le perdre, ne peut être tranquille; quiconque a un procès d'où dépend ou une bril-
lante fortune ou une affreuse pauvreté, ne peut être a Taise, jusqu'à ce que la sentence ait été prononcée. » Le don de la crainte de Dieu habitait en lui'et voilà pourquoi à chaque pas qu'il faisait il tremblait d'offenser Dieu et de perdre par là son amitié.
Comparaisons.
« Ceux qui traversent la mer sur un navire vide, ne craignent pas les corsaires, mais ce sont ceux dont les navires portent une riche cargaison. De même le démon ne poursuit pas autant les pécheurs que les justes qui possèdent beaucoup de richesses spirituelles. C'est pourquoi il est nécessaire que plus vous êtes grand et vertueux, plus vous soyez humble et plein de crainte. »
«Les commerçants aussi longtemps qu'ils sont sur mer ne sont pas sans crainte, quand même aucun orage ne souffle, ou que nul corsaire n'apparaisse à l'horizon, et cette crainte dure jusqu'à ce qu'ils soient rentrés au port; je ne puis que les en louer. Or il en est de même du chrétien lorsqu'il s'agit de son salut; quand même il n'aurait aucun péché à se reprocher, qu'il observerait tous les commandements de Dieu, correspondrait aux grâces du Saint-Esprit, serait à l'abri des tentations et des occasions de péché, il doit néanmoins vivre dans la crainte pour son salut, et cette crainte doit durer chez lui, comme chez les commerçants sur mer, jusqu'à ce qu'il soit entré au port- du repos éternel. » {S. Macaire).
« Un architecte, si habile qu'il soit, si nombreux que soient les bâtiments qu'il a construits, n'y circule pourtant qu'avec crainte ettremblementaussi longtemps qu'ils ne sont pas achevés, et il prend toutes ses précautions pour ne pas faire de chute et éprouver de malheur. Il en est de même de l'homme ; quand même il aurait pratiqué une foule de bonnes œuvres, et serait déjà parvenu à un haut degré de perfection, il doit néanmoins travailler avec crainte et tremblement à son salut, et avoir de tous côtés un œil vigilant de peur qu'il ne tombe et ne se perde. » [S. Chrysost.)
« La crainte du Seigneur produit dans notre cœur le même
effet que la lampe qu'on porte dans un lieu obscur. Cette crainte nous éclaire et nous apprend en outre à pratiquer toutes les vertus, à demeurer fidèles aux commandements de Dieu. » (Philotée).
« On ne peut se figurer mieux la distinction entre la crainte servile et la crainte filiale qu'en s'imaginant deux femmes d'une conduite toute opposée. L'une qui entretient des liaisons coupables, se conduit cependant extérieurement de telle sorte que son mari ne puisse pas encore la faire condamner; tandis que l'autre lui garde un amour inviolable et ne fait rien qui mérite d'être blâmé ou puni. Toutes deux craignent leur époux ; mais l'une craint qu'il ne vienne, l'autre qu'il ne parte. De môme un enfant de Dieu ne craint pas la loi de Dieu, mais il la chérit et se garde de tout péché, non parce qu'il redoute des punitions, mais parce qu'il ne voudrait pas que Dieu détournât de lui ses regards paternels. » (S. Augustin.)
(Gr. Cat. 10e q.)
Notre Seigneur Jésus-Christ a envoyé le Saint-Esprit d'une manière visible à son Eglise, le jour de la Pentecôte quand cet Esprit divin descenditen langues de feu sur les Apôtres. En souvenir de cet heureux événement l'Église a instituté la fête de la Pentecôte.
La descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.
Voici comment cet heureux événement est rapporté dans les actes des Apôtres: « Quand les jours de la Pentecôte étaient accomplis, les disciples étaient tous ensemble dans un même lieu, et soudain un bruit s'entendit venant du ciel, pareil à un vent violent qui s'approche, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent comme des langues de feu qui se partagèrent, et elles se reposèrent sur chacun d'eux. Et ils furent remplis de l'Esprit-Saint, et commencèrent à parler diverses langues, selon que l'Esprit-Saint les faisait parler. Or il y avait alors clans Jérusalem des Juifs religieux de toutes les nations qui sont sous le ciel. Ce bruit s'étant
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répandu, une multitude de personnes s'assembla et fut tout étonnée de ce que chacun les entendait parler en sa propre langue. Et tous étaient hors d'eux-mêmes et ils s'étonnaient disant : Est-ce que tous ceux-ci qui parlent ne sont pas des Galiléens? Comment donc les entendons-nous parler chacun dans la langue de notre pays?Parthes et Mèdes, Elamites et ceux qui habitent la Mésopotamie et la Judée et la Cappadoce, le Pont et l'Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l'Egypte et cette partie de la Lybie qui est près de Cyrène, et les étrangers venus de Rome, Juifs et Prosélytes, Cretois et Arabes, nous les entendons parler en notre langue des grandeurs de Dieu. Ils étaient dans la stupeur et dans l'admiration, se disant l'un à l'autre : « Que veut dire ceci? » Et les autres se disaient en se moquant : « C'est qu'ils ont trop bu de vin nouveau. » Mais Pierre se tenant debout avec les onze, éleva la voix et dit : « Hommes de la Judée, et vous tous qui habitez Jérusalem, apprenez ceci, et prêtez l'oreille à mes paroles. Ces hommes ne sont pas ivres, comme vous le pensez, puisqu'il n'est que la troisième heure du jour. Mais voici ce qui a été dit par le prophète Joël : « Il arrivera dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai mon Esprit sur toute chair... etc. (2, 1-17.)
Gr. Cat. 11e q.)
Le Saint-Esprit fut envoyé principalement à l'Église pour lui communiquer en général les trésors de grâces que Jésus-Christ lui avait mérités et en particulier 4) pour l'instruire continuellement ; car le divin Sauveur avait dit : « Le consolateur, l'Esprit-Saint que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit ; » (S. Jean 14, 26.) — 2) pour la purifier et la sanctifier; car Jésus-Christ souffla sur ses Apôtres et leur dit : « Recevez V Esprit- Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés... etc. » (S. Jean, 20, 22-23.); — 3)pour la gouverner d'une manière invisible; c'est pourquoi l'apôtre S. Paul s'écrie : « Soyez
DU SAUST ESPRIT. i(JiJ
attentifs sur vous-mêmes et surtout le troupeau dont le Saint-Esprit vous a établis évêques, afin de gouverner l'Eglise. » [Conf. Act. Ap. lo, 28.)
Pourquoi V Esprit-Saint a-t-il été envoyé à CE g lise?
A cette question tes SS. Pères répondent par les belles comparaisons suivantes : « Ce que l'âme est au corps de l'homme, dit S. Augustin (serm. 2 in Pentec.) le Saint Esprit l'est au corps mystique de Jésus-Christ, à la sainte Eglise; car le Saint-Esprit produit dans l'Eglise, ce que l'âme produit dans tous les membres du corps humain. » (A savoir la vie, le mouvement, l'action.) « De même que Dieu, dit S. Grégoire (1. de Homine) a donné au corps humain deux parties principales, la tête et le cœur pour être les organes des deux facultés principales de l'âme, V intelligence et la volonté, de même il a donné à l'Eglise, ce corps mystique, Jésus-Christ comme tète et le Saint-Esprit comme cœur; par Tun nous avons appris à connaître la vérité; par l'autre à l'aimer et à la pratiquer. »
{Gr. Cal. HA¥ q.)
Mais le Saint-Esprit est encore envoyé maintenant, et cela d'une manière invisible, chaque fois qu'il entre avec sa grâce sanctifiante dans notre âme, pour y demeurer, pour l'éclairer, la sanctifier, la fortifier et la consoler, en vertu de quoi il est aussi appelé sanctificateur et consolateur. Voilà pourquoi S. Paul disait aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que TEsprit-Saint habite en vous? » (1 Epît. 3, 10.) Cependant il faut bien observer que l'Esprit de Dieu ne descend pas dans une âme coupable, c'est-à-dire dans l'âme du pécheur, mais seulement dans une âme exempte de tout péché grave et aussi longtemps qu'elle en demeure exempte; carie péché mortel chasse le Saint-Esprit et profane le temple de Dieu. C'est pour la même raison que l'apôtre S. Paul ajoute aussitôt aux
CATÉC. PBATIQUE. T. I. 1*
paroles qui précèdent : « Or, si quelqu'un profane le temple de Dieu, Dieu le perdra, car le temple de Dieu est saint, et c'est vous qui êtes ce temple. » (I Epît. aux Cor. 3, 17.) Il dépend donc de nous, que l'Esprit de Dieu puisse habiter ou non dans notre àme; il faut conséquemment que nous la purifiions de tout péché grave, si elle en est souillée, ou, si, grâce à Dieu, tel n'est pas le cas, que nous la gardions pure; alors l'Esprit de Dieu descendra et demeurera en nous.
Discours édifiant du B. Jordanus à ses frères.
11 arriva qu'un jour, à la fête de la Pentecôte, le B. Jordanus, successeur de S. Dominique, fut invité par ses frères en religion, à leur adresser quelques paroles d'édification. Or le pieux Dominicain, qui était indisposé et n'était pas en état de parler beaucoup, se fit apporter une coupe remplie d'eau qu'il versa en leur présence et remplit ensuite de vin; puis il leur dit : « Vous comprenez bien ce que cela signifie. Pour que la coupe puisse contenir le vin, il faut d'abord la vider. A pareil jour, les Apôtres furent remplis de YEsprit- Saint, après s'être dépouillés de leur propre esprit; allez et laites de même. » (Veith.)
Comparaisons.
« La lumière du soleil ne donne pas seulement la clarté nécessaire à toutes les étoiles et à tous les objets matériels, mais cette lumière communique encore sa clarté à plusieurs autres objets, selon que ces corps en sont capables ou se trouvent dans une position convenable pour la recevoir. Ainsi l'Esprit-Saint communique aussi sa lumière à tous les hommes et nul n'est éclairé que par lui seul; néanmoins tous ne sont pas éclairés et instruits par lui au même degré, parce que tous n'ont pas les dispositions convenables pour recevoir dignement ses grâces. » (Louis de Grenade.)
« Nous voyons ce qui en est du feu naturel. Il agit tout autrement sur la paille que sur la pierre, sur le bois que sur le fer, quoique de tous côtés cependant ce soit le même
feu ; mais parce que les matières combustibles sont différentes, les effets diffèrent aussi. Or la mesure de la grâce divine se règle sur la mesure de notre cœur bien ou mal disposé. » (Le cardinal Vitry. Serin. 2 de Pentec.)
« Le Saint-Esprit est une mer incommensurable où affluent toutes les eaux de la grâce, et il les distribue, comme la mer, d'après la mesure du vase. — Le Saint-Esprit est un feu spirituel, et plus le cœur est pur, plus claire et plus ravissante sera la lumière céleste qui y brillera. Le feu du Saint-Esprit n'éclaire et ne fait pas étinceler les rochers comme les cristaux; le Saint-Esprit est un soleil qui, dans les mines, met en fusion tantôt l'or, tantôt l'argent et tantôt le cuivre. Mais il ne peut mettre en fusion l'or où il ne trouve pas de gisement de ce métal. — Le soleil durcit la brique et fond la cire. » (S. Jérôme.)
Pratique. Combien ne nous importe-t-il donc pas d'éviter tout péché, afin de conserver toujours en nous le Saint-Esprit? Car « la sagesse n'entre pas dans une âme malveillante et n'habite pas dans un corps assujetti au péché; l'Esprit-Saint fuit devant l'iniquité. » (Sag. 1,4-5.) La descente du Saint-Esprit serait inutile pour nous, si nous ne voulions nous assujettir qu'au péché et aux vices. « L'Esprit-Saint fut envoyé, dit un auteur pieux, afin que les vases du cœur fussent préparés par lui. Le uouveau vin doit être mis dans de nouvelles outres; les cœurs doivent être purifiés afin que ce que l'on y verse ne devienne pas trouble; ensuite ils doivent être bien fermés, afin de ne point perdre ce qu'ils contiennent. Ils doivent être purifiés de tout attachement à l'iniquité, et fermés aux jouissances de la vanité. Car le jour ne peut se faire aussi longtemps que l'obscurité ne disparaît pas. De même la vertu ne peut commencer à luire aussi longtemps que le vice n'a point quitté l'intérieur de l'homme. Quand cela s'est fait, alors seulement l'Esprit de Dieu fait son entrée dans le cœur et y produit l'amour qui
mène à la vie et qui est vie lui-même. » Chassons donc de notre cœur tout vice afin que l'Esprit de Dieu entre au-dedans de nous et y demeure!
Le poison dans le cœur.
Au dire de l'historien Suétone, le corps du père de l'empereur Caligula fut porté au bûcher pour y être brûlé selon l'usage adopté par les Romains. Tout le corps fut réduit en cendres à l'exception du cœur que les flammes ne purent entamer. On appela des médecins ; ils disséquèrent le cœur et y découvrirent une certaine dose de poison qui détruisait l'action du feu. Après qu'ils en eurent extrait le poison, le cœur fut consumé comme le reste du corps. Etait ce donc le feu qui manquait de force et d'activité? Non, mais tout dépendait de l'état du cœur. Malheur à nous donc, si le feu du Saint- Esprit n'a pas de prise sur nous, si le poison du péché paralyse et détruit son activité; c'est nous-mêmes qui en sommes la faute!