NEUVIÈME ARTICLE DU SYMBOLE
« La sainte Eglise catholique, la communion des Saints. » § l. De l'Eglise et de sa constitution.
(Gr. Cat. 1-6" q.) Après que les Apôtres eurent reçu le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, ils allèrent dans le monde entier, prêchèrent, baptisèrent et réunirent autour d'eux tous ceux qui crurent et se firent baptiser. De ces réunions se formèrent en plusieurs endroits des communautés chrétiennes « qui persévéraient dans la doctrine des Apôtres, dans la communion de la fraction du pain et dans la prière, » {Actes des Apôt. 2, 41.) « qui avaient tout en commun, » (2, 44.) « n'ayant qu'un cœur et qu'une âme, de sorte que nul ne considérait comme à lui rien de ce qu'il possédait, mais toutes choses leur étaient
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communes. » (Ibid. 4, 32.) Les administrateurs de ces communautés chrétiennes étaient les apôtres qui ne se contentaient pas de prêcher et débaptiser, mais établissaient encore des règlements, faisaient des lois, menaçaient, jugeaient et punissaient; excluaient les infâmes de la communion de l'Eglise, (I Epît. aux Cor. o, 5 et 1 Epît. à Tim. 1, 20.) et y recevaient de nouveau les pécheurs repentants, etc. (2 Epît. aux Cor. 2, 10.) Lorsque les communautés chrétiennes se multiplièrent, les apôtres consacrèrent les anciens comme êvêques. « Ils établirent, au milieu des prières et des jeûnes, des anciens, {des évêques et des prêtres) dans toutes les communautés, » (Act. des Apôt. -14, 22.) et les placèrent partout comme administrateurs des nouvelles communautés, avec la charge d'en consacrer et d'en établir de nouveau d'autres; c'est pourquoi S. Paul écrivait à Tite : « Je vous ai laissé en Crète... afin que vous établissiez des prêtres dans chaque ville. » (1, 5.) Toutes ces communautés particulières étaient étroitement unies entre elles; elles professaient la même foi, participaient aux mêmes sacrements et formaient ensemble une seule grandesociété sous un seul chef commun, sous S. Pierre; on l'appela l'Eglise catholique, c'est-à-dire universelle, ou simplement l'Eglise. Conséquemment encore aujourd'hui YEglise est la société de tous les chrétiens sur la terre, unis par la profession d'une même foi et la participation aux mêmes sacrements, sous un seul chef commun, le pape et les évêques qui lui sont soumis.
La sainte Eglise catholique exprimée au moyen de figures.
Des écrivains catholiques nous représentent la nature et la beauté de l'Eglise sous des images bien frappantes : « C'est Jésus-Christ qui a construit le vaisseau de l'Eglise, il lui a donné pour pilotes les apôtres (et S. Pierre à leur tête), pour >oldatsles fidèles, les sacrements au lieu d'armes, les vertus
au lieu de (lèches, la croix au lieu de mât, le vent favorable qui le pousse au port, c'est le souffle du Saint-Esprit. » {liesse S. 7 fer. 5. Pentec.) — L'image suivante est plus développée. « Dieu est le fondateur de l'Eglise catholique, le Fils de Dieu en est le sauveur, le Saint-Esprit le sanctificateur; la sainte Vierge la reine, les anges les protecteurs, les saints les intercesseurs; les patriarches la tige, les prophètes les oracles, les apôtres les fondements; le pape en est le chef, les cardinaux en sont les conseillers, les évêques les pasteurs, les prêtres la voix, les diacres les économes, les sous-diacres les serviteurs; — les martyrs en sont les témoins, et les docteurs la lumière ; les confesseurs la fortifient, les ordres religieux la soutiennent; les vierges saintes sont son ornement et les fidèles les enfants. — Le baptême en est le berceau, la confirmation la force, la sainte Eucharistie la nourriture, la pénitence et l'extrème-onction les remèdes, l'ordre la juridiction, et le mariage la pépinière. — Les dix commandements de Dieu en sont les murs, ses propres commandements en forment les remparts; les conseils évangéliques les ouvrages extérieurs. — Le corps adorable de Notre Seigneur Jésus-Christ en est le trésor, l'infaillibilité le signe distinctif, l'évangile le garant, l'unité le centre, l'universalité le sceau, les Saintes-Ecritures la démonstration, la tradition la stabilité. — Les conciles font sa dignité; son guide est la vérité, son esprit la douceur, la source le zèle, son bouclier la prière etson triomphe la patience. — La foi en est la porte, l'espérance le chemin, la charité la fin; la grâce de notre Sauveur enestîarichesseet lachasteté la fleur; la justice est sa splendeur, la prudence son œil, la force son bras, la tempérance son corps. — Les justes sont sa joie, le péché est son aversion, les pécheurs sont un objet de sa commisération et les infidèles de ses soucis; les Juifs sont ses témoignages vivants et la conversion de tous est la cause tic ses supplications et de ses prières continuelles à Dieu ; l'extension de ses membres est son désir, la glorification de Dieu sa gloire. — La Très-Sainte Trinité est l'objet de son adoration, l'Homme-Dieu immolé son sacrifice, et les cérémonies
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sont sa parure. La terre est son lieu d'exil, la croix est son partage, le ciel est sa patrie. — Les scandales sont sa douleur, le repentir sa consolation, le pardon des péchés sa libéralité. — Jésus-Christ est son époux, sa présence est son honneur, la fin^du monde est le jour de son couronnement. Ses luttes sont sur la terre, ses souffrances dans le purgatoire et ses triomphes dans le ciel. » [Hohenauer.)
{Gr. Cat. 7-10e?.)
Cette organisation dont nous avons parlée plus haut, l'Eglise Ta reçue de Jésus-Christ son fondateur et non des apôtres qui n'étaient que les exécuteurs de sa volonté, puisque Jésus-Christ a transmis sa propre autorité aux apôtres par ces paroles: « Comme mon Père m'a envoyé je vous envoie. — Ceux à qui vous aurez remis leurs péchés... etc. » (S. Jean. 20, 21-23.) et qu'il les envoya dans l'univers entier 1) pour prêcher ',2) pour baptiser et 3) pour gouverner sous la conduite de S. Pierre les fidèles baptisés. C'est pourquoi le divin Sauveur avant son ascension, dit aux apôtres: «Allez, enseignez toutes les nations, et baptisez-les. etc. ( S. Matth. 28, 18-20. ) Déjà auparavant il leur avait dit: « En vérité je vous le dis, tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. » (S. Matth. 18,18.) Ensuite «Qui vous écoute, m'écoute, et qui vous méprise, me méprise. » [S. Luc. 10, 16. ) De là suit, que Jésus-Christ a confié à ses apôtres une triple fonction 1) la fonction de l'enseignement, c'est-à-dire, le plein pouvoir de prêcher les vérités divinement révélées, de condamner les erreurs qui leur sont opposées et de décider clans les controverses touchant la foi, 2) la fonction du sacerdoce , c'est-à-dire, le plein pouvoir d'offrir le saint sacrifice de la Messe, d'administrer les Sacrements, de consacrer et de bénir, et c'est pourquoi les apôtres s'appellent eux-
mêmes « les dispensateurs des mystères divins , » ( l Epi t. aux Cor. 4, 1. ) et 3) la fonction du gouvernement, c'est-à-dire, le plein pouvoir de diriger l'Eglise, donc aussi de donner des lois et d'établir des peines.
(Gr. Cat. ll-15e?.) Mais les apôtres ne devaient exercer leur ministère que sous la conduite suprême de S. Pierre, puisque Jésus- Christ, pour conserver l'unité et l'union avait nommé S. Pierre son vicaire sur la terre et le chef visible de toute l'Eglise; nous disons le chef visible, car Jésus-Christ est le chef invisible de l'Eglise; mais comme celle-ci iorme une société visible ou une corporation, il faut qu'elle ait, à côté du chef invisible, encore un chefvisible. 11 en est ici comme des gouvernements du monde. Quoique tous les royaumes de la terre soient gouvernés d'une manière invisible par Dieu, aucun royaume ne peut cependant subsister sans un gouvernement visible.
Nécessité d'un chef visible dans l'Eglise.
Tous les SS. Pères s'accordent à dire qu'un chef visible est nécessaire dans l'Eglise pour conserver . l'unité. Ainsi S. Jérôme écrivait contre Jovien: « Un seul fut choisi, afin que, par rétablissement d'un chef, toute cause de schisme disparût. » Sur un navire il faut un pilote, dans une maison un maître, et dans une armée un général dont les ordres mettent tout en mouvement; de même faut-il que pour toute l'Eglise il y ait un chef visible. Et ce chef c'est le Pontife Romain dont tous lesautres dépendent. » — S. Ambroise dit également: « Si quelqu'un objecte que l'Eglise se contente d'un seul chef, de son époux Jésus-Christ, et ne désire rien de plus, il est facile de lui donnera 1* instant une réponse. De même que Jésus-Christ n'est pas seulement l'auteur mais encore le dispensateur invisible des Sacrements (car c'est lui) qui baptise et pardonne, et qu'il a cependant
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établi des hommes pour être les dispensateurs visibles des Sacrements; de même il a établi à la tête de son Eglise, qu'il dirige lui-même par son Esprit, un homme pour son vicaire et le dépositaire de son autorité. Puisque l'Eglise visible avaitbesoin d'un chef visible, le Sauveur a établi Pierre comme chef et pasteur de tous les fidèles, car il lui a dit de la manière la plus solennelle de paître ses brebis et ses agneaux. »
Certains protestants eux-mêmes reconnurent la nécessité d'une primauté. Ainsi Pustkuchen dans son ouvrage sur la restauration du vrai protestantisme a dit: « Si Jésus-Christ avait pour but de réunir en une seule famille religieuse tous ses adorateurs répandus dans le monde, il s'ensuit que cette famille ou cette société visible doit avoir aussi un chef visible; car une église visible sans chef visible, serait un corps mutilé et non un corps entier. L'Eglise protestante, à son grand détriment, a été privée jusqu'ici de cette condition si nécessaire à toute société. De là tant de divisions et de disputes qui dès son origine prirent le dessus et la menacèrent d'une ruine imminente. »
V empereur Napoléon et l'envoyé de Pitt.
Pitt ce célèbre homme d'état des îles britanniques envoya un de ses confidents, appelé Marseria, comme ambassadeur à Napoléon, afin d'engager le puissant empereur à détruire le catholicisme enFrance et de se débarrasser ainsi de l'autorité si gênante du pape. Mais Napoléonlui répondit: « Marseria! rappelez-vous ce que je vais vous dire, et que ce soit voire réponse. Je suis catholique, et je maintiendrai le catholicisme en France, parce que c'est la vraie religion, parce que c'est la religion de l'Eglise, parce que c'est la religion de la France, parce que c'est celle de mon père, parce que c'est la mienne enfin ; et loin de rien faire pour l'abattre ailleurs, je ferai tout pour l'affermir ici. » — « Mais remarquez donc, reprit vivement Marseria, qu'en agissant ainsi, en restant dans cette ligne, vous vous donnez des chaînes invisibles, vous vous créez mille entraves! Tant que vous reconnaîtrez
Rome, Rome vous dominera, les prêtres décideront au-dessus de vous; leur action pénétrera jusque dans votre volonté; avec eux, vous n'aurez jamais raison à votre guise; le centre de votre autorité ne s'étendra jamais jusqu'à sa limite absolue, et subira, au contraire, de continuels empiétements. » — « Marseria, il y a ici deux autorités en présence; pour les choses du temps, j'ai mon épée, et elle suffît à mon pouvoir, pour les choses du ciel, il y a Rome, et Rome en décidera sans me consulter; et elle aura raison; c'est son droit. » — : « Mais reprit de nouveau l'infatigable Marseria, vous ne serez jamais complètement souverain, même temporellement, tant que vous ne serez pas chef d'Eglise; et c'est là ce que je vous propose; c'est de créer une réforme en France, c'est-à-dire une religion à vous. » — « Créer une religion! répliqua l'empereur en souriant; pour créer une religion, il faut monter au Calvaire, et le Calvaire n'est pas dans mes desseins. » (Pwme, en 1848-49-50.)
{Gr. Cat. 14e?.) Que Jésus-Christ a nommé S. Pierre chef de son Eglise, c'est ce que nous prouve la conduite du Sauveur à son égard, en effet 1) il a bâti son Eglise sur Pierre comme sur son fondement 2) il lui a transmis spécialement les clés du royaume des cieux et 3) il a confié à lui seul le soin de paître tout son troupeau.
Jésus-Christ a nommé S. Pierre chef de son Eglise.
Lorsque Jésus-Christ vint aux environs de Césarée il demanda à ses disciples: «que pense-t-on du Fils de l'homme?» Ils lui répondirent: « Les uns disent: C'est Jean-Baptiste; les autres Elie; les autres Jérémie, ou l'un des prophètes. » Jésus leur dit: « Et vous, qui dites-vous qui je suis? » Simon Pierre répondant dit: « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Et Jésus lui répondit: « Vous êtes heureux, Simon, fils de Jean, parce que ce n'est ni la chair ni le sang (c'est-à-dire vos lumières et vos affections naturelles) qui vous ont révélé ceci, mais mon Père, qui est dans les cieux.
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Et moi je vous dis : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle. Et je vous donnerai les clés du royaume des deux. » {S.Math. 16, 13-19.) Qui ne reconnaît clairement dans ces paroles que Jésus-Christ a établi Pierre le chef de son Eglise, puisqu'il le choisit pour pierre fondamentale de son Eglise et lui confia le pouvoir des clés? Vraiment il n'y a que les ennemis haineux et passionnés de l'Eglise qui puissent opposer des dénégations à ces faits !
Après sa résurrection, lorsque Jésus-Christ demeura encore quarantre jours sur la terre et apparut souvent à ses disciples, il donna à S. Pierre la primauté et l'établit chef de toute l'Eglise. Voici comment le fait se passa. Jésus demanda à Pierre: « Simon, fils de Jean, m'aimez-vous plus que ceux-ci! » — « Oui Seigneur, répondit-il, vous savez que je vous aime. » — Jésus lui dit: « Paissez mes agneaux. » — Il lui demanda de nouveau: « Simon, m'aimez-vous? » — Pierre dit: « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime.» — Alors Jésus-Christ lui demanda pour la troisième fois: « Simon, m'aimez-vous? » Et Pierre affligé répondit: « Seigneur vous connaissez toutes choses, vous savez que je vous aime. » Et alors Jésus lui dit: « Paissez mes brebis. » (S. Jean 21, 15-17.) Tout ceci ne prouve-t-il pas que Jésus- Christ exigeait de S. Pierre un plus grand amour et une plus grand fermeté, puisqu'il lui confia aussi une fonction plus élevée, une dignité plus importante qu'aux autres apôtres? Ces paroles que Jésus répète: « Paissez mes agneaux, paissez mes brebis » ne signifient-elles pas: « Vous serez le pasteur de tout mon troupeau? »
Ce fut parce que Pierre devait être la pierre fondamentale de l'Eglise que Jésus-Christ pria d'une manière spéciale pour lui, afin que « sa foi ne défaillît point » et le chargea « de confirmer un jour ses frères. » (5. Luc. 22.) Voici comment S. Cyprien s'exprime sur cette primauté de S. Pierre: « Le Seigneur bâtit son Eglise sur un seul et il le charge de paître ses brebis. Et quoique, après sa résurrection, il donne à tous ses apôtres le même pouvoir, en
disant: « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie; recevez l'Esprit-Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils seront retenus : » cependant, pour manifester l'unité il a en vertu de son autorité divine, établi une chaire unique, et il fait descendre d'un seul l'unité. Les autres apôtres étaient, il est vrai, ce qu'était Pierre, participant aux mêmes honneurs et à la même puissance; mais tout commence par l'unité et la primauté est accordée à Pierre, afin qu'il n'y ait qu'une seule Eglise de Jésus-Christ et une seule chaire. » (De unit. Eccl.)
[Gr. Cal. \o" q.) Que S. Pierre fut nommé par Jésus-Christ, chef de l'Eglise, cela se confirme encore par les faits suivants: 1) Après l'ascension de Jésus-Christ, Pierre a réellement exercé la fonction de chef; et 2) il a toujours été reconnu par VEglise comme chef des apôtres et comme pasteur de tout le troupeau de Jésus-Christ.
S. Pierre, après l'ascension de J.-C. a réellement exercé la fonction de chef de VEglise.
Les faits suivants le prouvent amplement: « Comme ce fidèle serviteur que le Seigneur a établi sur sa famille » dit S. Chrysostôme, » Pierre ordonne de choisir un nouvel apôtre (Act. des Apôt. l.J ; c'est lui qui le premier, le jour de la Pentecôte, se montre en public, afin de défendre, d'après les expressions de S. Ephrem, comme un chef digne de ce nom, les fidèles aussi bien que les apôtres confiés à sa garde (2) c'est lui qui le premier avec S. Jean est emprisonné pour le nom de Jésus-Christ (Ibid. 4.); c'est lui qui opère le premier miracle, et inflige le premier châtiment à Ananie (Ibid. 3, 5.); c'est lui qui le premier par la conversion de Corneille, ouvre le royaume des cieux aux gentils (Ibid. 10) ; d'après la belle remarque de S. Chrysostôme, comme un général d'armée, il parcourt tous les rangs de la société chrétienne pour les fortifier dans la foi (Ibid. 9, 32); par considération
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pour lui, S. Paul juge nécessaire d'aller à Jérusalem afin de le voir, de l'honorer, et reste pendant quinze jours près de lui (Epît. aux Gai. 4, 18.) ; c'est lui qui prononce et décide au premier concile de Jérusalem, au sujet des obligations de la loi Mosaïque. {Act. des Apôt. lo.)
(Voyez le manuel de Schuster et Bouvet.)
S. Pierre fut toujours reconnu par l'Eglise comme son chef visible.
C'est ce qui eut lieu dès le temps des apôtres et de leurs disciples. C'est lui que les disciples nomment d'ordinaire seul par son nom, tandis qu'ils taisent celui des autres apôtres et ne parlent de ceux-ci qu'en général, par exemple ils disent:« Simon et ceux qui étaient avec lui. »(5. Marc. 4, 56) ; « Pierre avec les onze, » (Act. des Ap. 2, 14) ; « Pierre et les apôtres. » (Ibid. 5, 29.), ou bien ils donnent une plus grandesignification à son nom, par exemple dans ces paroles de l'ange : « Allez, et dites à ses disciples et à Pierre, » (S.Marc. 16, 7.); enfin tous les évangélistes, quoiqu'ils ne gardent pas toujours le même ordre en citant les noms des différents apôtres, et quoique la vocation d'André son frère eut eu lieu avant la sienne, mettent toujours saint Pierre à la tête des autres apôtres dans les différentes circonstances où ils parlent de lui. Ainsi S.Mathieu dit : « Voici les noms des douze apôtres : le premier, c'est Simon appelé Pierre, etc. » (10, 2). — De même YEglise entière depuis les temps les plus reculés a toujours considéré Pierre comme son chef visible. Origène appelle Pierre le premier des douze, le prince des apôtres, le rocher inébranlable, sur qui Jésus- Christ a fondé son Eglise. S. Cyprien écrit à ce sujet : « Le Seigneur bâtit son Eglise sur un seul et lui recommande de paître ses brebis. La primauté est donnée à Pierre, afin qu'il n'y ait qu'une Eglise de Jésus-Christ et une seule chaire. Quiconque abandonne la chaire de Pierre sur qui est bâtie l'Eglise, peut-il se flatter d'appartenir encore à l'Eglise de Jésus-Christ? (De unit. Eccl.). — Aux yeux de S. Ephrem, Pierre est « la langue des disciples, la voix des prédicateurs,
l'œil des apôtres, le gardien du ciel, le premier-né, celui qui porte les clés. »
Tous les Pères de l'Eglise s'expriment de la môme manière. D'accord avec toutes ces voix, le premier concile général de Nicée disait : « Pierre est la tête, le chef des apôtres. » Les hérétiques mêmes des premiers siècles reconnurent la primauté de Pierre, c'est-à-dire le pouvoir suprême d'administrer, puisque, comme Manès, ils faisaient descendre de S. Pierre l'autorité qu'ils exerçaient sur leurs partisans.
{Gr. Cat. 16-17e q.) Cependant les fonctions du chef de l'Eglise ne devaient pas expirer avec la mort de S. Pierre; car 1) si l'Eglise, telle que Jésus-Christ l'a fondée, doit toujours subsister, il fallait aussi que la pierre sur laquelle il l'avait fondée, continuât de subsister, de même que la fonction de pasteur suprême qu'il avait établie lui-même pour la gouverner. 2) S'il fallait nécessairement un chef visible, alors que l'Eglise était encore petite et qu'il n'y avait que peu ou point d'erreurs, combien ce chef n'était-il pas plus nécessaire plus tard quand l'Eglise se propagea et que les erreurs et les schismes se multiplièrent. C'est pourquoi depuis la mort de S. Pierre, le pape ou le souverain pontife qui est le successeur légitime du chef des apôtres sur le siège épiscopal de Rome, fut toujours considéré comme le chef visible de l'Eglise et le vicaire de Jésus-Christ. Les preuves historiques ne nous font pas défaut pour le prouver.
Le pape de Rome fut toujours reconnu depuis la mort de S. Pierre, comme le chef visible de ï Eglise.
S. Ignace le successeur de S. Pierre sur le siège épiscopal dWntioche, dans une de ses lettres, [Epist. ad Rom. Cap. 1.) salue l'Eglise Romaine comme la clé de voûte des autres Eglises du monde et l'administratrice du testament d'amour;
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c'est-à-dire de la société chrétienne. Au deuxième siècle, S. Irenée (adv. Hœr. III, 5, n. 2.) disait que toutes les Eglises épiscopales devaient s'adresser à l'Eglise romaine, que chaque église devait s'accorder avec elle, à cause de sa primauté. Au troisième siècle, S. Cyprien écrit : « Toute l'Eglise est fondée sur Pierre à cause de l'unité ; cet apôtre est le principe et le centrede toute l'Eglise; il a transféré sa primauté à l'Eglise romaine, et c'est pourquoi son siège épiscopal, la chaire de Pierre, l'Eglise de Rome occupe le principal et le premier rang; tous les évêques doivent être en union avec le sien. » (De unit. Eccl.) C'est dans le même sens que s'expriment tous les SS. Pères lorsqu'il est question du chef et de la constitution de l'Eglise.
Dans les premiers conciles œcuméniques on se montra complètement d'accord avec cette conviction des plus illustres docteurs de l'Eglise, puisque l'on y accorda toujours l'honneur de les présider aux évêques de Rome dans la personne de leurs légats. Ainsi au premier concile de Nicée, on proclama solennellement la suprématie spirituelle du pape, et les déclarations du concile général de Florence ne furent que l'exposition développée des paroles du premier concile de Nicée: « Nous définissons que le Saint-Siège apostolique et le pontife romain a la primauté sur l'univers entier; que ce même pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des apôtres, qu'il est le vicaire de Jésus-Christ et le chef de toute l'Eglise, le père et le docteur de tous les chrétiens; et qu'il a reçu de Notre-Seigneur, clans la personne du bienheureux Pierre, le plein pouvoir de paître, régir et gouverner l'Eglise universelle, ainsi qu'il est exprimé dans les actes des conciles œcuméniques.» Mais de même qu'il ne s'est tenu aucun concile général sans être présidé par le pape en personne ou par son légat, de même encore aucune décision ou définition ecclésiastique n'a été universellement reçue avant qu'elle n'ait été confirmée et approuvée par le pape, et quiconque refusait de reconnaître le pape comme chef de l'Eglise fut toujours regardé parles vrais fidèles comme un apostat.
'rj't DE LA FOI.
Conduite de S. Jérôme durant le schisme de Mélice.
S. Jérôme, pendant le schisme de Mélice, ne sachant à qui s'attacher, s'adressa au pape saint Damase pour apprendre de lui avec qui il devait communiquer. « Je m'unis de communion, lui écrivit-il, à la chaire de S. Pierre; je sais que l'Eglise est bâtie sur cette roche. Quiconque mange l'agneau hors de cette maison, est un profane; celui qui ne se trouve par dans l'arche de Noé périra au milieu du déluge. Ici l'Eglise est déchirée en trois parties, dont chacune s'empresse de m'entraîner avec elle; je ne sais de quel côté est la vérité; en attendant, je crie tout haut: « Celui qui est à la chaire de Saint Pierre, est à moi. » (Guillois.)
Réponse d'Innocent III au patriarche de Constant inople.
Jean, patriarche de Constantinople, s'étonnait d'entendre Innocent III appeler l'Eglise de Rome l'Eglise universelle et la mère de toutes les Eglises, et prétendait que l'Eglise de Jérusalem était la vraie mère de toutes les Eglises. Voici quelle fut la réponse du Souverain Pontife: « L'Eglise romaine est l'Eglise universelle, en ce qu'elle représente l'unité de toutes les Eglises particulières et qu'elle préside à toutes. L'Eglise de Jérusalem est appelé la mère de toutes les Eglises, parce qu'elle a été la première, quant à l'époque de sa fondation ; mais l'Eglise romaine mérite ce nom, comme étant la première en dignité. Ainsi, André fut appelé à l'apostolat avant Pierre, et cependant Pierre est le premier et le prince des apôtres. » (Hurter. Histoire du pape Innocent III.)
Ce n'était pas seulement la fonction de chef de l'Église qui devait continuer de subsister, mais encore la triple fonction commune à tous les apôtres. D'après les ordres du divin Sauveur elle devait passer des apôtres à leurs successeurs et se perpétuer en eux sans interruption jusqu'à la fin du monde. Car en leur confiant cette fonction, le divin Sauveur dit: « Voici l que je suis avec vous
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jusqu'à la fin du monde. » Evidemment ceci ne pouvait s'adresser aux apôtres seuls, puisqu'ils ne devaient pas vivre jusqu'à la fin du monde, donc ces paroles s'appliquent aux successeurs des apôtres, aux évêques qui ayant été canoniquement consacrés, sont en union avec Je chef de l'Eglise, le Pape, par conséquent aux évêques de V Eglise catholique. Aussi S. Cyprien avait le droit de s'écrier: « Nous avons succédé aux apôtres et nous gouvernons l'Église de Dieu avec la même autorité. » — Ces évêques de l'Église doivent être nécessairement en union avec le chef de cette même Église: 1) parce que celui qui est séparé de la tête, loin d'être un successeur des apôtres, ne peut être même un membre de l'Église, « car où es! Pierre (c'est-à-dire le Pape) là est l'Église, » dit S. Ambroise; 2) parce qu'il n'a pas été accordé de pouvoir aux apôtres et à leurs successeurs, qu'à la condition d'être en union avec celui à qui Jésus-Christ a confié le souverain et plein pouvoir sur toute l'Église. En conséquence les évêques, d'après l'institution de Jésus- Christ, ont aussi le pouvoir de gouverner l'Église, mais seulement avec et sous leur chef, qui est le Pape, puisque chaque évêque administrée portion de l'Église (l'évêché, le diocèse) que lui a confié le Pape, et parce que quelquefois ils se rassemblent, pour se concerter sur le bien général de l'Église et prendre des résolutions ou prescrire des règles, de commun accord avec le Pape.
Les évêques ont aussi le pouvoir de régir l'Eglise.
Les apôtres élurent et consacrèrent à leur place, au nom de Jésus-Christ, des premiers pasteurs ou évêques et leur transmirent le pouvoir de gouverner l'Eglise de Dieu.
C'est ainsi que S. Paul choisit et consacra Tite évêque de l'île de Crète et Timothée évêque d'Ephèse, et leur donna des instructions nécessaires pour bien s'acquitter de leurs devoirs de pasteurs. 11 écrit à Tite: « Je vous ai laissé en
Crète, afin que vous corrigiez tout ce qui est défectueux, que vous établissiez des prêtres dans chaque ville selon l'ordre que je vous ai donné. — Exhortez et reprenez avec une pleine autorité (comme c'est le devoir d'un pasteur) etc. » (1, 8; 2, 15.) A Timothée il écrit également: « Je vous exhorte à ranimer la grâce de Dieu, que vous avez reçue par l'imposition des mains.... Annoncez la parole ; pressez les hommes à temps, à contre-temps ; reprenez, suppliez, menacez, avec une patience à toute épreuve et par toute sorte d'instruction,» etc. (2 Episl. ad Tim. 1, 6; 4, 2.) Dans son discours d'adieu à Milet, il s'adresse à la fois à plusieurs de ceux qu'il avait établis évêques en Asie-mineure et réunis autour de lui : « Soyez attentifs sur vous-mêmes et sur tout le troupeau dont le Saint-Esprit vous a établis évêques, afin de gouverner l'Eglise de Dieu, qu'il a acquise par son sang. » (Act. des Apôt. 20, 28.) Cependant si les apôtres nommaient et instituaient des évêques, ils n'agissaient ainsi qu'en vertu d'un pouvoir qui n'a pas été transmis dans toute son étendue à leurs successeurs. Si plus tard, des évêques, surtout en Asie et en Afrique, furent chargés de l'administration des communautés chrétiennes, par les Patriarches, cela ne se faisait point sans le consentement des souverains Pontifes et ceux-ci ne manquèrent pas dans les cas difficiles et critiques de faire usage de leur juridiction universelle sur toute l'Eglise, comme cela arriva quand ils rétablirent sur leurs sièges plusieurs évêques qui en avaient été chassés. Ainsi à l'époque des troubles occasionnés parles Ariens, le pape Jules I, rétablit plusieurs évêques sur leurs sièges en Orient. On voit encore par plus d'un exemple, que les Patriarches eux-mêmes avaient coutume d'être confirmés par le pape. D'un autre côté, comme bien des faits le prouvent, des Patriarches aussi bien que des évêques furent déposés par le souverain Pontife ; ainsi Nestorius, Patriarche de Constantinople fut déposé par le pape Célestin ; Dioscore, Patriarche d'Alexandrie , par S. Léon. — S. Augustin , évêque d'Hippone dit dans un de ses discours : « Le Seigneur nous a confié ses brebis, parce qu'il les a confiées
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à Pierre. » {Tom. 5. col. 120.) S. Optât de Milèse dit: « S. Pierre a reçu seul les clés du royaume des cieux, pour les communiquer aux autres pasteurs. » De ces paroles: « Tu es Pierre, je te donnerai les clés du royaume des cieux, » S. Cyprien fait découler a l'ordination des évêques et la forme de l'Eglise. » (Epist. 45.) Aussi Tertullien disait au deuxième siècle: « Le Seigneur a donné les clés à Pierre et par lui à l'Eglise. » Mais si les clés du royaume des cieux ont été communiquées par S. Pierre à l'Eglise, il s'en suit aussi que lesévêques doivent les recevoir pour les successeurs de S. Pierre, et c'est pour cela que quelquefois les évèques sont appelés successeurs de S. Pierre, comme participant au pouvoir des clés accordé à S. Pierre. Voilà ce que dit S. Basile évêque de Césarée en parlant de S. Ephrem. La dignité épiscopale existe sans doute dans l'Eglise en vertu de l'institution divine, et par suite de sa consécration l'évêque est destiné à avoir part dans le gouvernement de l'Eglise ; mais quant à la partie du troupeau qu'il doit paître, cela dépend de ladécision du pasteur suprême, du pape, afin que l'ordre et l'unité puissent régner dans l'Eglise (1).
(Gr. Cat. 24-25eg.) Dans chaque commune ou paroisse de leur diocèse, les évêques exercent leur pouvoir par l'intermédiaire de prêtres, de curés ayant reçu mission d'eux. Conséquemment un prêtre n'a le droit d'exercer les fonctions du saint ministère qu'après en avoir reçu la mission ou le
(1) Nous nous sommes permis de changer radicalement la dernière partie de cette explication du texte catéchistique, empruntée par L. Mehler au manuel de Schuster, parce qu'elle émettait des opinions entièrement gallicanes au sujet de la juridiction des évêques. Aux yeux de cet écrivain, il semble que non-seulement la juridiction des évêques viendrait immédiatement de Jésus-Christ par l'intermédiaire des évêques consécrateurs, mais que le pape même n'aurait rien à voir ni dans leur élection, ni dans leur confirmation, car Schuster n'en dit pas un seul mot. Nous avons été fort étonnés de trouver cette opinion émise à côté du texte du P. Deharbe, lui qui dans son grand catéchisme développe, exposé et prouve l'opinion diamétralement opposée. C'est celle-là que nous avons suivie.
(Note du traducteur.)
pouvoir de son évêque légitime; ce n'est donc pas des fidèles mais de Dieu que le prêtre reçoit par son premier pasteur légitime l'ordination et la mission sacerdotale.
Les prêtres furent dès les premiers temps tes auxiliaires des ècêques dans V Eglise de Dieu.
Comme les apôtres choisirent et consacrèrent les évêques, ainsi ils choisirent et ordonnèrent des prêtres, pour être les auxiliaires des évêques. liest dit de Paul et de Barnabe « qu'ils établirent des prêtres en chaque église, au milieu des prières et des jeûnes. » Ils ne choisissaient et ne consacraient pas ces prêtres comme devant occuper le même rang et les mêmes fonctions que les évêques, mais comme leurs coopérateurs ou auxiliaires, puisque les évêques étaient dans l'impossibilité de remplir seuls toutes les fonctions pastorales dans leur circonscription; précisément comme Notre-Seigneur avait choisi, outre les douze apôtres, soixantedouze disciples afin d'aider les premiers dans la prédication de la parole de Dieu. Ceci est facile à conclure lorsqu'on se rappelle qu'il appartient aux évêques seuls de donner les Sacraments de Confirmation et de l'Ordre, selon les témoignages puisés aux actes des apôtres, (8, 14, 15.) et àl'Epître de S. Paul à Tite (Epist. 5, 1-5.) et à Timothée (1 Epist. 5.) quand il accorde à ce dernier, en qualité d'évêque, l'autorité sur les prêtres et lui prescrit les mesures à prendre à l'égard de ces derniers quand ils se plaignent. Or ce que les apôtres firent, les évêques leurs successeurs l'ont fait et le font encore aujourd'hui. De même que S. Paul avait établi des prêtres, de même il ordonna à Tite d'en établir dans chaque ville de son diocèse de Crète (Tit. 1,5.) ; et dans tous les siècles et dans toutes les contrées nous voyons les prêtres établis de cette manière par les évêques, mais uniquement comme leurs inférieurs et leurs auxiliaires dans le champ du Seigneur. « Soyez soumis aux évêques, comme à Jésus-Christ, dit S. Ignace, mais soyez aussi soumis aux prêtres, comme aux apôtres de Jésus -Christ. » (Epist. ad
Trall. c. 2.) Dans un autre endroit il dit: « Que le prêtre honore l'évêque comme son chef. » (Epist. ad Smyrne.) Aussi lorsque, au quatrième siècle, Aerius, prêtre arien de Sébaste, voulut établir une complète égalité entre les évêques et les prêtres, il fut repoussé avec ses nouveautés et celles-ci furent condamnées par l'Eglise. (Schuster.)
{Gr. Cat. 26e q.) Comme les évêques sont tenus de se soumettre respectueusement au pape, et les prêtres aux évêques, ainsi les simples fidèles, c'est-à-dire tous les membres de l'Eglise, qui ne sont pas prêtres, doivent se soumettre à ceux-ci. C'est pourquoi l'Apôtre écrit: « Dieu a mis dans le corps (l'Eglise) plusieurs membres, et il les y a placés comme il a voulu.... Ainsi il a établi des apôtres, des prophètes, des pasteurs et des docteurs, afin qu'ils travaillent à la perfection des saints, aux fonctions de leur ministère. Or, tous sont-ils apôtres? tous sont-ils prophètes ? tous sont-ils docteurs ? » (Epît. aux Cor. 12, 18. 19. — Epît. aux Eph. 4, 11-12.) S. Clément fait à ce sujet une comparaison bien frappante quand il dit: « l'Eglise ressemble à une armée où les soldats sont sous l'obéissance des capitaines, et les capitaines sous l'obéissance des généraux, et ces généraux sous celle du prince, commandant en chef. » Aussi le concile de Trente appelle cette belle hiérarchie dans l'Eglise « une armée rangée en bataille » une phalange impénétrable aux assauts de toutes les forces ennemies. C'est par elle que se conserve bien l'unité et le bon ordre dans toute l'Eglise: elle ressemble à la charpente solide d'une maison qui repose sur un terrain ferme et qui reste étroitement unie par le moyen des poutres qui s'élèvent du sol et par les différentes solives qui s'y enchevêtrent et s'y joignent étroitement.
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L'édifice merveilleux.
L'Eglise catholique sous le point de vue de la hiérarchie est vraiment un édifice divin qui excite l'admiration ; mais il ne faut pas qu'on examine chaque colonne ou chaque partie séparée de son ensemble ;non c'est V ensemble qu'il faut considérer et alors nous ne pourrons refuser notre admiration à cet édifice incomparable. « Cela me rappelle, dit le docteur Récamier, une anecdote qui se passa devant la colonnade du Louvre : Un architecte, passant devant ce monument, aperçut un homme très-occupé à examiner à la loupe chaque pierre en particulier, et l'entendit se récrier sur les défectuosités du monument. « Que faites-vous donc là? » lui demanda l'architecte. — « J'examine la colonnade, » lui répondit le naturaliste, car c'en était un. « Vous vous méprenez, lui dit l'architecte, car pour connaître les beautés de ce monument, il est nécessaire de le voir dans son ensemble, et pour celaMI faut absolument quitter le point de vue de l'histoire naturelle et reculer jusqu'au point de vue de l'architecture. » Il en est de même de l'édifice de l'Eglise catholique, laquelle considérée dans son ensemble apparaît pleine de grandeur et de magnificence, comme un chef-d'œuvre de son divin fondateur.
Pratique. C'est Jésus-Christ, le Fils de Dieu qui a bâti si merveilleusement cette Eglise sur la terre; pour fondement de ce glorieux et majestueux édifice il a pris S.Pierre et ses successeurs, pour colonnes et soutiens de l'Eglise il a établi les évêques et les prêtres. C'est pourquoi 1° soyez toujours pénétré d'un profond respect pour notre Saint-Père le pape et pour les évêques et les prêtres qui lui sont unis; car ils tiennent vis-à-vis de vous la place de Dieu; ce sont eux qui, au nom de Dieu, doivent vous instruire, vous faire participer aux trésors de grâces et vous conduire au bonheur éternel.
O'Connell papiste.
Quelqu'un s'avisa un jour de jeter à O'Connell sur le ton
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sacrilège des anciens jours, l'insulte de papiste. Se retournant aussitôt, il lui répliqua hardiment : « Misérable! tu crois en m'appelant papiste, me faire injure, et tu m'honores; oui, je suis papiste et je m'en glorifie ; je suis papiste et cela veut dire que ma foi, par une suite non interrompue de papes, remonte jusqu'à Jésus-Christ, tandis que la tienne ne va pas au-delà de Luther, de Calvin, d'Henri VIII et d'Elisabeth. Eh bien, oui, papiste! Si tu avais une étincelle de bon sens, imbécille, ne comprendrais-tu pas qu'en matière de religion il vaut mieux dépendre du Pape que du Roi, de la tiare que de la couronne, de la crosse que de l'épée, de la soutane que de la jupe, des conciles que des parlements? Rougis donc detoimême de n'avoir ni vraie foi ni intelligence, et tais-toi. » (Discours du P. Ventura.)
Le prêtre fidèle.
11 y a peu de temps un grand conflit s'éleva dans le duché de Rade entre l'Etat et l'Eglise, et à cette occasion le clergé surtout donna des preuves vraiment touchantes de son fidèle attachement et de son invincible obéissance aux premiers pasteurs. Nous croyons devoir citer surtout le fait suivant. Il était donc défendu sous les peines les plus sévères aux prêtres catholiques de publier du haut de la chaire de vérité la lettre pastorale do leur vieux et vénérable archevêque Herman Vikari ; mais fidèles à leur devoir, les prêtres ne se laissèrent pas effrayer par les menaces ou les punitions et remplirent sans broncher leur obligation. Dans leur nombre se trouva le digne Franz Toprano, curé de Werbachhausen, âgé de 4o ans, mais complètement aveugle. Qu'allait-il faire? Lirait-il ou non le mandement épiscopal? Devait-il profiter de cette circonstance pour échapper au coup général dont Fles prêtres courageux allaient être atteints? «Non, non, jamais.» Telle fut sa réponse. Il ne veut omettre à aucun prix l'honneur de combattre pour l'Eglise et de souffrir pour elle. Sa vénérable mère, âgée de plus de quatre-vingts ans, lit d'une voix ferme, pendant trois jours consécutifs la lettre pastorale à son cher fils, jusqu'à ce qu'il la sache par cœur, et le lende-
main il monte en chaire et la récite à ses ouailles. — A la vue d'un pareil trait, qui ne se sent pénétré d'une vive émotion et d'une profonde estime pour cet homme digne de figurer à côté des premiers martyrs. (Le messager du peuple. 1855.)
2) Ne méprisez jamais le clergé et ne vous attachez pas à ceux qui sèment les divisions et les schismes! Malheur à ces enfants dénaturés et ingrats de l'Eglise! « Ils suivent le sentier de Caïn, ils imitent la rébellion de Coré, et périront comme lui... Ils sont des astres errants, auxquels un tourbillon de tempête est réservé pour l'éternité. » (Epit. de S, Jude 11-13.)
Paroles de S. [renée aux hérésiarques.
S. Irenée s'adressant aux hérésiarques et aux sectaires de son temps, s'écrie : « Malheur à vous! Dieu condamnera ceux qui causent des divisions, comme des hommes abominables, sans amour pour lui, n'ayant cherché que leur propre avantage et non l'unité pour l'Eglise; comme des monstres qui ont essayé de déchirer et le détruire autant qu'ils le pouvaient le corps de Jésus-Christ, qui parlaient toujours de paix, mais ne semaient que la guerre et la discorde. » [Adv. fïœres. lib. 4, cap. 33.)
§ II. DES MARQUES DE f/ EGLISE.
(Gr.Cat.Ti*q.) Jésus-Christ, ainsi que nous l'avons vu dans le paragraphe précédent a fondé une Eglise, mais qu'on remarque bien qu'il n'a fondé qu'une seule Eglise, comme il n'a enseigné qu'une foi, institué un baptême, établi une seule autorité pour enseigner et gouverner tous les peuples. (Ephes. 4, 5.)
Jésus-Christ na fondé qu'une église.
Partout et toujours le divin Sauveur ne parle que d'une seule Eglise. Ainsi il dit, en S. Mathieu (16, 18.) : Sur ce ro-
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cher je bâtirai mon Eglise, et non mes Eglises. — « Celui qui n'écoute pas l'Eglise, etc. » Il ne dit pas : celui qui n'écoute pas les Églises. (18, 17.) — En S. Jean (40, 16.) il dit : « Il y aura un bercail et un Pasteur. » De même il ne parle que (ïun règne, (S. Jean, 15.) et d'un seul royaume descieux sur la terre. (S. Matth. 15, 24.) — Les apôtres ne parlent également que (ïune seule Eglise, pour laquelle Jésus-Christ s'est sacrifié. (Epit. aux Eph. 5, 25-52.) Ils appellent l'Eglise le corps de Jésus-Christ. (1 Epit. aux Cor. 12-27.) Or, puisque Jésus-Christ n'a qu'un corps, il n'a fondé qu'une Eglise. Us parlent d'une seule épouse de Jésus-Christ (Apocal. 21, 9.), d'une seule maison de Dieu (1 Epist. ad Tim. 5, 15.) : « Afin que vous sachiez comment vous devez vous conduire dans la maisonde Dieu, qui est V Eglise du Dieu vivant. » De plus, ils condamnent toute aberration de l'enseignement del'Eglise, toute division. Voici les paroles de S. Paul aux Corinthiens (iEpît. 1, 10-12.) « Je vous conjure, mes frères, au nom de Jésus- Christ Notre-Seigneur, de ne point souffrir de divisions parmi vous, mais d'être unis tous ensemble dans un même esprit et dans les mêmes sentiments... car Jésus-Christ est-il divisé?»
— Tous les Pères de l'Eglise s'expriment de la même manière. Ainsi S. Clément d'Alexandrie écrit : « Il y a un Père de tous, un Verbe de tous, et un Saint-Esprit qui est partout. 11 n'y a aussi qu'une Vierge-Mère, et je l'appelle l'Eglise. »
— Autre part il dit : « II n'existe qu'wne seule vraie Eglise... L'ancienne Eglise primitive et catholique que les hérétiques s'efforcent de diviser en fractions, est unique d'après sa nature constitutive et son origine. » — S. Cyprien dit à son tour : « 11 y a un seul Dieu, un seul Jésus-Christ, une seule Eglise, et une seule chaire, fondée sur le rocher par la parole du Seigneur. En dehors du seul autel et du seul Christianisme, il ne peut être érigé d'autre autel ou fondé d'autre sacerdoce. Quiconque se réunit autre part, divise. C'est commettre un adultère, une impiété, un sacrilège que d'introduire par une aberration humaine, ce qui blesse l'ordre établi de Dieu.» Le concile œcuménique de Nicée avait déjà exprimé la même vérité,
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quand il (lisait : « Nous croyons en une seule Eglise. » {Voyez Gousset. Tom. I, pag. 596.)
(Gr. Cat. 28-29* q.) Mais cette Eglise fondée par Jésus-Christ est encore visible, c'est-à-dire qu'on peut la reconnaître à certaines marques distinctives faciles à observer; sans cela Jésus- Christ n'aurait pas pu ordonner sous peine de la damnation éternelle, de nous adresser à l'Eglise etde l'écouter, puisqu'il dit en S. Matthieu (18, 17.) « Si quelqu'un de vos frères a péché contre vous,... dites-le à Y Eglise; et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain. » Si l'Eglise n'était pas visible dans ses ehefs et dans ses membres, dans renseignement et la profession de sa foi, comme dans son sacrifiée et V administration des sacrements, comment serait-il possible d'obéir, selon les ordres du Sauveur et des apôtres, aux supérieurs de l'Eglise, d'écouter son enseignement et de recevoir ses sacrements? — Cette visibilité de l'Eglise, Jésus-Christ lui-même l'a exprimée, un moyen de plusieurs exemples ; ainsi il dit aux apôtres : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville, située sur une montagne, ne peut être cachée. On n'allume pas une lampe pour être placée sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. » (S. Matth. 5, 14-15.)
Que disent les SS. Pères touchant la visibilité de V Eglise?
Tous les SS. Pères s'accordent à dire que l'Eglise de Jésus- Christ doit être visible et en même temps agissante. C'est pourquoi S. Irenée l'appelle « le candélabre à sept branches, qui porte la lumière » (Ad. Hœr. Lib. 5, cap. 20.), et S. Cyprien écrit : « L'Eglise est une éclatante lumière qui répand avec abondance ses rayons sur toute la terre. » (De unit. Eccl.) S. Augustin s'exprime en différents endroits de la]manière la plus formelle sur ce caractère. « Nous ne voyons pas
Jésus-Christ, dit-il [Serai. 238.), mais nous voyons l'Eglise. Croyons à Jésus-Christ que nous ne voyons pas, et si nous tenons à ce que nous voyons, nous viendrons un jour chez celui que nous ne voyons pas encore ; » (Serm. 258, n. 5.) — « L'Eglise n'est pas cachée, car elle n'est pas placée sous un boisseau, mais sur un candélabre, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. » Aussi est-il dit d'elle : « Une ville bâtie sur une montagne, ne peut être cachée. » (De unit, c. 16, n. 40.) — Autre part il dit encore : « La vraie Eglise est visible à tous; elle est semblable à une ville sur mie montagne qui ne peut se cacher, par elle Jésus-Christ règne d'une mer à l'autre, de l'orient au couchant, et jusqu'à la fin du monde. C'est une semence d'Abraham, qui se multiplie comme les étoiles du ciel et comme les grains de sable de la mer; en elle toutes les générations de la terre seront bénies. » (Lib. VI, de bapt. contra Donatislas.)
[Gr. Cat. o0-55e q.)
Or, on reconnaît la véritable Eglise de Jésus-Christ à quatre marques ou caractères, qui lurent exprimés dans le symbole de Nicée par ces paroles : «Je crois une seule sainte Eglise catholique et apostolique. » — Ainsi la véritable Eglise doit être 1) une, puisque « nul royaume divisé en lui-même ne peut subsister. »(S. Luc. 11, 17.) 2) Sainte, puisque son fondateur est saint et que son but est la sanctification des hommes ; 3) Catholique ou universelle, puisqu'elle a été fondée pour tous les peuples ef pour tous les temps (S. Matth. 28, 19.), et que selon la prédiction de Jésus-Christ et des prophètes elle doit s'étendre sur le monde entier; 4) Apostolique, puisque son origine et sa doctrine sont apostoliques, (Epît. aux Eph. 2, 20.) et que ses pasteurs doivent être les successeurs légitimes des apôtres. — Or, il est évident que nulle autre église que Y Eglise catholique-Romaine, possèdeces quatre marques ou caractères. Nous le prouvons en disant :