‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemplesChapitre 32 sur 47 · L'Eglise catholique-Romaine est évidemment une · texte numérisé non relu

L'Eglise catholique-Romaine est évidemment une

parce que toujours et partout elle a la même foi, le même sacrifice, les mômes sacrements et le même chef.

Comparaisons.

« Celui qui ne s'attache pas fermement à l'unité de l'Eglise, croit-il qu'il s'attache fermement à la foi?.... L'Eglise est une et se répand au loin par sa fécondité toujours croissante. C'est un soleil dont les rayons sont innombrables, mais dont la lumière est une; c'est un arbre dont les rameaux sont en grand nombre, mais dont le tronc est un; c'est une source qui se divise en plusieurs ruisseaux, tout en conservant à tous une seule et même origine. Interceptez les rayons du soleil, vous n'aurez plus de lumière; détachez une branche de l'arbre, elle ne pourra plus repousser, séparez un ruisseau de sa source, il séchera aussitôt.... Il en est de même de l'Eglise qui, inondée des lumières de Dieu, répand ses rayons sur toute la terre; mais il n'y a qu'une seule lumière qui se répand partout sans que l'unité de l'Eglise soit divisée. L'épouse de Jésus-Christ ne peut être adultère; elle est chaste et sans souillure; elle ne connaît qu'une seule maison ; la sainteté d'une seule chambre nuptiale lui conserve la chasteté et la modestie.» (S. Cyprianus de unit. Ecçl.) «Nous ne sommes tous qu'un seul corps, nous tous qui participons à un même pain » (Epît aux Cor 10, 47.) ; — « le pain formé de plusieursgrains de froment, et le vin exprimé d'un grand nombre de grains de raisin, sont, dit S. Augustin, des figures de l'unité de l'Eglise. »

Merveilleuse unité dans l'Eglise catholique et étrange unité en dehors d'elle.

L'abbé Paul Jouhanneaud dit dans un de ses ouvrages: « J'ai deux groupes devant moi, je vais vers le premier, et je le vois organisé dans un ordre parfait; chacune des parties qui le composent reconnaît des chefs, au-dessus de tous ces chefs en apparaît un qu'on appelle évêque suprême, chef souverain, Pape, devant le front et les lèvres duquel toutes s'inclinent simultanément et avec respect; il n'y a là qu'un

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seul symbole, un seul cri de foi, d'espérance, d'amour, c'est le type de l'unité la plus parfaite. Prenant son histoire à la main, je vois que si dans la foule innombrable s'élève une parole qui contredise l'article le moins important, ce semble, de la croyance commune, aussitôt de toutes parts lui répond une condamnation, un anathème.

De plus, tous ces groupes me présentent une loi dont les lettres et les caractères antiques, teints du sang des apôtres et des martyrs, remontent à mille huit cent cinquante ans; aux marges de cet immortel écrit sont gravés tous les noms de tous les hérétiques qui successivement ont cherché à en effacer les passages sacrés. Aussi montrant leurs pères, leurs ancêtres et les monuments de leur existence et de leurs victoires, tous ces catholiques me crient: Ce que Jésus-Christ a enseigné ainsi que ses apôtres, nous V enseignons, nous le croyons.

Mais un tableau bien différent m'est offert dans les multitudes opposées qui se disent aussi chrétiennes. Je ne reconnais parmi elles ni chefs secondaires, ni chef suprême; ce que l'un proclame vérité, l'autre le proclame erreur. Je parcours les rangs, et combien de dénominations bizarres, contradictoires, grand Dieu ! frappent mon oreille! Parmi leurs chefs suprêmes, j'aperçois même une jeune femme!!... (La reine Victoria.)

Ah! qui serait en état de citer même les noms de tous ces groupes? Ecoutez ce que crie l'un d'entre ceux: « Il y en a tant en Angleterre qu'on les connaît à peine (Schrockl, Vol. VIII, p. 681) ; en 1797 on comptait à Londres 246 églises et chapelles Episcopales, 207 maisons de réunions pour les dissidents, 82 chapelles pour les non- conformistes et les^mbytériens, 56 pour les indépendants, 23 pour les anabaptistes, 52 pour les Quakers, 5 pour les non-jureurs, 4 pour les mugglitoniens. — Assez! Assez! En vérité, cette Babel seraitelle 1 "œuvre de Jésus-Christ, l'œuvre d'un Dieu?»

/.(/ robe sans couture de Xotre-Seigneur, image de l'unité de l'Eglise.

Nous trouvons chez les Pères une image de l'unité de l'Eglise, c'est la robe sans couture du Sauveur. Comme ce vêtement ne fut ni coupé, ni divisé même par les bourreaux, ainsi l'Eglise catholique ne souffre en elle ni scissions ni divisions; elle doit être une, si elle veut demeurer la véritable épouse de Jésus-Christ et l'instrument de salut pour tous les peuples et toutes les générations.

Avant qu'Arius, prêtre d'Alexandrie, prêchât la négation de la divinité de Jésus-Christ et causât dans l'Eglise des troubles universels, il avait déjà été exclu de la communion de l'Eglise à cause de ses menées et de ses intrigues de parti. Alors quelques prêtres se rendirent auprès de S. Pierre, archevêque d'Alexandrie, qui se trouvait en prison où l'avaient jeté les ordres de Maximien Galère, et ils voulurent l'engager à recevoir de nouveau Arius dans le sein de l'Eglise. Mais le saint pontife refusa de suivre leurs avis, car durant la nuit précédente Jésus-Christ lui était apparu avec une robe déchirée et quand il eut demandé à Notre- Seigneur la raison et la signification de ce triste appareil, il reçut cette réponse: « Arius a déchiré ma robe qui est l'Eglise. » (Philotée.)

IL L'Église Catholique-Romaine est évidemment Sainte, \) parce que son fondateur et sa doctrine sont saints; 2) parce qu'elle conserve et communique fidèlement tous les moyens de sanctification établis par Jésus-Christ; 3) parce qu'il y a toujours eu chez elle des saints dont la sainteté a été constatée par des miracles et des grâces extraordinaires.

L'Eglise catholique est Sainte.

L'Eglise est Sainte ; elle montre à tous le chemin de la sainteté. « L'Eglise, dit S. Chrysostôme, est plus remarquable que l'arche. Celle-ci a recueilli dans son sein des animaux et

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les a conservés tels ; l'Eglise recueille des animaux mais elle les change. Un vautour y entre et il en sort colombe; un loup y entre et il en sort agneau ; la nature n'y est point changée, mais la malice est éloignée. » C'est pourquoi il compare l'Eglise à une pharmacie spirituelle où chacun, s'il le veut, peut trouver des remèdes pour guérir les maladies ou les blessures de l'âme. {Hom. 1 in Gen.) — L'Eglise est sainte, parce quelle a et a toujours eu des Saints. C'est ce que S. Augustin confirmait en disant: « Que de saints, de grands évêques n'ai-je pas connus! Que de prêtres, de diacres et d'autres serviteurs du sanctuaire dont la vertu me semblait d'autant plus admirable et digne d'éloge qu'il est plus difficile de se conserver pur dans le contact avec tant de personnes différentes, et les dangers d'une vie agitée! » {De morib. Eccl. 51, 52.) — L'Eglise est Sainte, et voilà pourquoi S. Augustin, s'adressant à tous les membres de l'Eglise, leur crie: « Que chaque fidèle se dise: je suis saint. Parler ainsi, ce n'est pas un sentiment d'orgueil, mais une expression de reconnaissance. Si vous dites que vous êtes saint par vousmême, c'est de l'orgueil, mais si, comme disciple de Jésus- Christ et comme membre de son Eglise, vous ne voulez pas vous appeler saint, vous êtes un ingrat. Car lorsque l'Apôtre condamne l'orgueil, il ne dit pas: « Vous n'avez rien. » Mais il dit: « qu'avez-vous que vous n'ayez pas reçu? » (In Psalm. SI.)

Les membres souillés par le péché, ne détruisent pas la sainteté

Les abus et les défauts de quelques membres ne peuvent être attribués à l'Eglise elle-même, parce que ces abus et ces défauts ne proviennent ni de sa doctrine, ni de ses institutions, et qu'elle ne les a jamais approuvés. Si une Eglise devait cesser d'être l'Eglise véritable, parce qu'on rencontre dans son sein des abus et des scandales, pourquoi Jésus- Christ lui-même aurait-il donc comparé son Eglise à un champ où croît du froment et de l'ivraie, et à un filet qui contient toutes sortes de poissons, des bons et des mauvais?

(S. Malth. 13.) Et du temps des Apôtres même où se serait alors trouvée la véritable Eglise? Car déjà à cette époque, il y avait des scandales (1 Epit. aux Cor. 11.) et des pasteurs qui étaient loin d'être saints. (Apocal. 2 et 3.) Ainsi dès lors il y avait dans l'Eglise des membres saints et d'autres qui ne l'étaient pas. Origène écrit à ce sujet (in Qui. Hom. 2.) : « L'arche de Noë est une figure de l'Eglise; elle contenait des animaux purs et d'autres impurs, même des animaux sauvages et dévorants. » S. Jérôme (adv. Lucif.) s'exprime de la même manière : « Comme dans l'arche de Noé se trouvaient des léopards et des boucs, des loups et des agneaux, ainsi dans l'Eglise de Dieu il y a des justes et des pécheurs. » Nous trouvons surtout une belle comparaison clans la 58e Homélie de S. Grégoire : « De même qu'un orfèvre n'a pas seulement dans son atelier de l'or et de l'argent, mais encore des marteaux, des enclumes, des charbons, des pincettes, des limes et un soufflet, tous objets dont il a besoin pour fabriquer des ornements précieux, de même Dieu a dans son Eglise de l'or et de l'argent, c'est-à-dire des bons et des élus, puis des pécheurs et des damnés, afin que ceux-ci éprouvent la vertu de ceux-là. Ils sont comme autant de marteaux et de limes, au moyen desquels on fabrique et achève les vases d'or. Les bons ne se trouvent seuls qu'au ciel, comme les damnés se trouvent seuls en enfer. Mais l'Eglise qui est entre le ciel et l'enfer, reçoit dans son sein des citoyens des deux partis, afin que les méchants soient changés par l'exemple des bons, et que les bons soient éprouvés et purifiés par les tourments que leur causent les méchants. »

(Gr. Cal. 35e q.) III. L'Eglise romaine est évidemment universelle ou catholique : 1) parce qu'elle a toujours existé depuis Jésus-Christ, en remplissant comme aujourd'hui la triple fonction de V enseignement, de V administration des sacrements et du gouvernement des âmes; 2) parce qu'elle est répandue dans le monde entier, et 3) parce qu'elle se propage sans cesse d'après le commandement de son divin

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fondateur, qui a dit : « Allez, prêchez l'Evangile à toute créature. » (S. Marc. 16, 15.)

L'Eglise romaine est catholique.

« L'Eglise, dit S. Augustin, ne connaît point de bornes, comme tel et tel état, ou comme les sectes des hérétiques qui sont renfermées dans les frontières d'une province ou d'un royaume; elle s'étend à tous les hommes, embrasse toutes les nations. Du matin jusqu'au soir, depuis midi jusqu'à minuit, l'Eglise a fait rayonner la resplendissante lumière de la foi et fait disparaître les ténèbres de l'idolâtrie dont la terre était couverte. » — « Quand vous entrez dans une ville, dit S. Cyrille de Jérusalem, ne demandez pas simplement où se trouve l'église, mais où se trouve l'église catholique; car tel est le nom propre et caractéristique de la vraie Eglise, notre mère commune et l'épouse du Sauveur. » — « Chrétien est mon nom, » disait S. Pacien, « et catholique est mon surnom. » — S. Augustin écrit : « Outre les vérités pures comme l'or, que j'ai trouvées dans l'Eglise catholique, il y a encore d'autres raisons qui me retiennent dans son sein, étant du plus grand poids. Ainsi, ce qui me retient encore dans l'Eglise, c'est l'accord universel des peuples de tous les pays; l'autorité qui fut fondée sur des miracles, nourrie par l'espérance, augmentée par la charité et confirmée par l'antiquité; c'est la succession non interrompue de pontifes siégeant dans la chaire de l'apôtre S. Pierre à qui le Seigneur, après sa résurrection, confia le soin de paître ses agneaux; ce qui me retient dansle sein de l'Eglise, c'est le nom même d'Eglise catholique, nom qui parmi tant de sectes, appartient si exclusivement à cette Eglise seule, que, quoique tous les hérétiques prétendent à ce nom de catholiques, personne d'entre eux, cependant, ne se permet d'indiquer son temple ou sa maison comme étant une église catholique, à l'étranger qui vient le lui demander. Voilà lès liens si nombreux, si grands, si agréables, si doux du nom chrétien qui rattachent avec tant de raisons le fidèle à l'Eglise catholique. »

4i2 DE LA FOI.

(Gr. Cat. ôfr g,)

IV. L'Eglise catholique romaine est évidemment apostolique: 1) parce que son origine remonte incontestablement jusqu'aux apôtres. 2) Parce que sa doctrine s'appuie sur la tradition apostolique, et 3) parce que ses pasteurs, le pape et les évêques sont les successeurs légitimes des apôtres. C'est pourquoi S. Paul écrivait aux Ephésiens: « Vous êtes comme un édifice, bâti sur le fondement des apôtres et des prophètes, dont Jésus-Christ est lui-même la pierre angulaire. » (2, 20.)

L'Eglise romaine est apostolique.

C'est ce que déclarent les Pères de la manière la plus formelle. Ainsi Tertullien écrit (de prœsc. adv. hœr. lib. 20.) : « Les apôtres ont fondé des églises dans les villes, et c'est de ces églises que les autres ont reçu la semence de la doctrine et qu'elles la reçoivent encore tous les jours à mesure qu'elles se forment. C'est par cette raison qu'elles sont réputées apostoliques, étant elles-mêmes fdles des Eglises fondées par les apôtres. Tout participe à la nature de son origine. »

S. Irenée, évoque de Lyon, s'exprime avec non moins de précision quand il dit: « La tradition des apôtres, manifestée dans tout l'univers, est facile à connaître dans toutes les Eglises par quiconque a le désir de la vérité; et nous pouvons compter ceux que les apôtres ont institués évêques dans les Eglises, et leurs successeurs jusqu'à nous. » (Lib. o. Cap. 5. contra Hœr.)

(Gr. Cat. o7-40e q.)

a) Les sectes religieuses n'ont pas toutes ces marques de la véritable Eglise et ne peuvent les avoir, car

1) Elles ne sont pas et ne peuvent pas être une, puisqu'elles n'ont pas de chef commun et que chez elles chacun a le droit d'expliquer la bible et d'en croire ce

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qu'il veut; « c'est pourquoi elles sont agitées par tout vent de doctrine. » (Epït. aux Eph. 4, 14.)

Hors de l'Eglise catholique il n'y a pas d'unité.

Nous prenons pour exemple l'église protestante. Les protestants sont divisés entre eux sur les articles mêmes les plus importants et les plus essentiels. Les Luthériens reconnaissent une seule personne en Jésus-Christ; Calvin et Bèze en admettent deux, comme Nestorius. Calvin dit que Dieu est l'auteur du péché; les Luthériens disent que c'est une erreur abominable. Luther prétend que le Christ, selon l'humanité, est en tous lieux. Zwingle et Calvin le nient. Luther trouve dans l'Ecriture trois Sacrements: le baptême, l'Eucharistie et la pénitence; Calvin admet les deux premiers, rejette la -pénitence et admet l'ordre, rejeté par Luther. Zwingle nie la pénitence et l'ordre, et il reconnaît le baptême et l'eucharistie, etc. Où se trove Yunité au milieu d'opinions aussi divergentes? Jean-Jacques Rousseau fait le portrait suivant des ministres protestants: « Ils ne savent plus ce qu'ils croient, ni ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils disent. On leur demande si Jésus-ChristestDieu, ilsn'osentrépondre. On leur demande quels mystères ils admettent, ils n'osent répondre. Leur intérêt temporel est la seule chose qui décide de leur foi. On ne sait ni ce qu'ils croient ni ce qu'ils ne croient pas: on ne sait pas même ce qu'ils font semblant de croire; leur seule manière d'établir leur foi est d'attaquer celle des autres. »

(Voyez un autre exemple cité plus haut: L'unité admirable de l'Eglise catholique et l'étrange unité qui règne au dehors d'elle page 456.)

b) Aucune des sectes religieuses ne jmtt s'appeler sainte, 1) parce que leurs fondateurs ne furent pas saints; 2) parce qu'elles ont rejeté plusieurs articles de foi et des moyens de salut, par exemple la Sainte Messe et la plupart des Sacrements, tandis qu'elles ont admis des principes opposés à le sainteté; 3) parce qu'elles ne peu-

vent montrer dans leur sein des hommes dont la sainteté ait été manifestée par des miracles.

L'Eglise protestante peut-elle être appelée Sainte?

Martin Luther né en 1484, à Eislehen en Saxe, entra dans l'ordre des religieux augustins déchaussés, et fit à l'âge de vingt-trois ans, les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Quelques années après il apostasia et épousa Catherine de Bora, auparavant religieuse. Tel est le fondateur du protestantisme. Emporté par l'envie et la jalousie il se leva contre les doctrines enseignées depuis les premiers temps dans l'Eglise catholique, à l'occasion d'un nouveau jubilé accordé par le pape Léon X. Irrité de ce que la prédication de ces indulgences eut été confiée aux Dominicains, au lieu de l'être aux Augustins, il commença à crier contre les indulgences en général. Non contentde cela, ilsemitâattaquer une foule d'autres points de doctrine et de cérémonies adoptées par l'Eglise Romaine; enfin il en vint au point de faire cet aveu incroyable que le diable lui-même avait été son maître. « Il arriva une fois que je m'éveillai à minuit, dit-il dans un de ses ouvrages, et le démon se mit à disputer avec moi sur la messe; écoute, très-savant docteur, me dit-il, tu as dit la messe pendant près de quinze ans et que serait-ce si tout cela n'avait été que de l'idolâtrie? » — Or Luther prêta si bien l'oreille à la voix du démon, qu'il se laissa persuader et se mit à déclamer contre la messe. — Jean Calvin, autre chef du protestantisme, était curé à Noyon, sans cependant être revêtu du caractère sacerdotal; il commença à prêcher en 1557, vingt ans plus tard que Luther. Comme celui-ci, il foula aux pieds ses vœux de chasteté et contracta un mariage scandaleux. Ainsi l'Eglise protestante a eu pour fondateurs un moine et un curé apostats. Or peut-il être question de sainteté dans une Eglise pareille? [Guillois.)

c) De même aucune cV elles ne peut s'appeler universelle, puisqu'elles sont nées seulement dans les temps modernes et qu'elles n'ont cessé de se subdiviser en une foule

d'autres sectes, dont aucune n'est répandue universellement, ni se propage sans cesse d'après l'ordre donné par le divin Sauveur. Les unes ont commencé à exister il y a trois cents ans, les autres il y a deux cents ans et plusieurs mêmes il va seulement quelques années; et à peine nées plusieurs d'entre elles ont de nouveau disparu. — Comme elles ne son pas universelles,

d) Elles ne sont pas apostoliques; car elles sont nées longtemps après les apôtres, et cela, en se séparant de l'ancienne Eglise apostolique; leur doctrine toujours flottante, toujours sujette aux changements ne peut évidemment être apostolique; enfin elles n'ont pas de légitimes successeurs des apôtres, et conséquemment pas de docteurs ou de pasteurs envoyés par Jésus- Christ.

Tertullien.

Ace sujet Tertullien écrit: «Lorsque des hérétiques osaient en appeler aux temps apostoliques, comme si les nouveautés qu'ils prêchaient avaient été transmises par les apôtres et adoptées par eux, nous leurs disions: faites nous voir l'origine de vos Eglises, l'ordre et la succession de vos évêques, en sorte que vous remontiez jusqu'aux apôtres, ou jusqu'à l'un de ces hommes apostoliques qui ont persévéré jusqu'à la fin dans la communion des apôtres ; car c'est ainsi que les Eglises vraiment apostoliques justifient qu'elles le sont et montrent leur acte de naissance ou d'origine. Ainsi l'Eglise de Smyrne dit que son évêque S. Polycarpe fut établi par S. Jean, l'Eglise de Rome que S. Clément fut ordonné par S. Pierre. » (Prœscr. Cap. 52.)

Réponse d'un catholique demeurant dans un pays prolestant.

L'Eglise catholique seule peut prouver qu'elle est apostolique; toutes les autres sociétés soi-disant chrétiennes sont apparues plus tard, et même souvent dans les temps modernes. Nous ne pouvons mieux appliquer qu'ici la belle réponse

que fit un jour un ambassadeur catholique à un prince protestant qui venait lui rendre visite pendant sa maladie. « IVêtes-vous pas tourmenté par cette pensée de devoir être enterré, qui sait, parmi ceux que vous regardez comme hérétiques? » — « Pas le moins du monde, prince; on n'a qu'à creuser un peu plus bas et mon cercueil reposera parmi les catholiques. »

(Gr. Cal. 41e q.) Puisque nulle autre que l'Eglise catholique Romaine possède les marques de la seule Eglise de Jésus-Christ, il s'en suit que l'Eglise Catholique- Romaine est seule la vraie Eglise fondée par Jésus-Christ.

Le catholique, le protestant et le juif.

Un prêtre catholique se promenait en compagnie d'un protestant, quand ils rencontrèrent un rabbin juif. Ils étaient donc là trois hommes professant trois religions différentes, comme le fit observer le protestant, « Mais qui d'entre nous a raison? »dit-il, « Je vous le dirai, » répliqua à l'instant le juif: « C'est moi, si le Messie n'est pas encore venu; c'est le catholique, si le Messie est venu; mais vous, en cas que le Messie soit venu ou non, vous avez toujours tort. »

Pratique. Vous qui êtes catholique, comprenez quel bonheur c'est pour vous d'être un membre de la vraie Eglise de Jésus-Christ ! C'est pourquoi priez souvent pour la paix et l'exaltation de la sainte Eglise catholique et pour la conversion des hérétiques et des infidèles! « Heureux tous ceux qui vous aiment (ô sainte Eglise! ) et qui se réjouissent en votre paix. » (M. 13, 18.) En outre coopérez autant que vos moyens le permettent à la propagation de la foi catholique, par exemple en donnant quelques aumônes pour le soutien des missionnaires qui vont prêcher la foi chrétienne dans les pays idolâtres, etc.

S. François Xavier.

S. François est un exemple admirable de la manière dont nous devons prier et 'travailler sans cesse pour l'exaltation de la sainte Eglise catholique. Toutes les fois qu'il récitait l'oraison dominicale, il s'arrêtait à ces mots: « Que votre règne nous arrive, » et priait Dieu avec une ardeur particulière pour la propagation et le triomphe de l'Eglise catholique. Mais il ne s'arrêtait pas là, il en venait aux œuvres. Souvent il voyait avec étonnement comment des marchands français et espagnols traversaient les mers en exposant leur vie, pour faire fortune. Frappé de ce spectacle, il s'écria un jour: « Comment est-il possible que ces hommes soient plus zélés à fonder leur fortune, à amasser des trésors périssables, que moi à gagner des âmes à Dieu et à agrandir son royaume? Tous les jours je dis: Que votre règne nous arrive ! et je suis si lâche, si indiffèrent pour travailler à étendre un peu ce divin règne ! » Cette pensée le décida à prendre le bâton de voyageur et de s'embarquer pour les Indes et le Japon afin d'y gagner des âmes à Jésus-Christ. Et comme transporté sur l'aile des vents, il s'élance joyeux vers les provinces les plus éloignées de l'Asie, vers les Indes, les îles Moluques, la Chine et le Japon. Ni les dangers sur terre, ni les dangers sur mer, ni les déserts ni les montagnes, ni les orages ni les flottes ennemies, ni la faim ni la soif, ni la barbarie des peuples sauvages ne sont capables de l'arrêter. Armé seulement de la croix, il s'en va pour conquérir le monde à Jésus-Christ et à sa sainte Eglise, pour procurer aux peuples la liberté d'enfants de Dieu. François tout seul convertit 52 royaumes, planta l'étendard de la croix sur une étendue de pays de 5,000 milles, baptisa de sa propre main environ un demi million d'idolâtres et de mahométans î Embrasé de l'amour de Dieu, il éleva partout la bannière de Jésus-Christ. (Voyez sa vie.)

4i8 DE LA FOI.

§ o. DE LA DESTINATION DE L'ÉGLISE ET DES PROPRIÉTÉS DÉCOULANT DE SA DESTINATION.

(Gr. Cat.tä-Wq.) Puisque Dieu veut que nous devenions tous saints et heureux après eette vie, Jésus-Christ n'a fondé l'Église que dans le dessein de conduire par elle tous les hommes au bonheur éternel. Pour atteindre ce but, il faut que l'Eglise prêche aux hommes la doctrine de Jésus-Christ, qu'elle dispense les moyens de salut établis par Jésus- Christ, et qu'elle les conduise et les dirige dans le chemin qui conduit à la vie éternelle; c'est pourquoi Jésus-Christ lui a donné 1) la fonction et le droit d'enseigner, d'administrer les sacrements et de gouverner, c'est-à-dire, qu'il lui aconfié sa doctrine pournous montrer le chemin du salut, ses moyens de salut, pour nous fortifier dans le chemin du salut, et son autorité pour nous aiguillonner à avancer dans ce chemin ; et 2) il lui a accordé Vassistance du Saint-Esprit, afin de conserver toujours pure de toute erreur la doctrine divine, d'administrer convenablement les moyens de salut, et d'employer l'autorité pour le salut des hommes.

a) De l'infaillibilité de l'Eglise.

(Gr. Cat. 45-50* q.) La doctrine de Jésus-Christ est toujours conservée pure et sans corruption dans l'Église, par renseignement infaillible de l'Église, c'est-à-dire par le souverain Pontife et les évoques qui lui sont unis, que l'on appelle aussi pour cette raison l'Eglise enseignante ou simplement l'Eglise par opposition aux fidèles qu'on appelle l'Eglise enseignée. Cet enseignement de l'Eglise est infaillible, parce que, à cause de l'assistance du Saint-Esprit, elle ne peut errer dans les points qui regardent la foi ou les mœurs. Car Jésus-Christ lui-même lui a donné cette triple assurrance : 1) « qu'il serait avec elle tous les

jours jusqu'à la fin du monde; »(S. Matth. 28, 20.) 2) que « l'esprit de vérité demeurerait éternellement avec elle ; » (S. Jean, 14, 16-17.) et 3) que « l'Eglise ne serait jamais vaincue par les portes de l'enfer; » (S. Matth. M), 18.) or l'Eglise serait vaincue par l'esprit de mensonge, c'est-à-dire par l'enfer, dès qu'elle tomberait dans une seule erreur. C'est à cause de cette infaillibilité que S. Paul appelle l'Eglise « la colonne et le fondement de la vérité. » ( 1 Epît. à Tim. 3, 15.)

L'Eglise est infaillible; la sagesse de Dieu nous en est garant.

C'est ce que Guillois (I, 484) nous expose d'une manière aussi simple que claire: « L'Eglise ne peut ni se tromper, ni tromper personne, en matière de foi et des mœurs, à cause des motifs suivants: 4) Parce que Jésus-Christ a dit: « Allez, enseignez toutes les nations.... Et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. » Or, si Jésus- Christ, qui est la vérité même, est toujours avec son Eglise, comment pourrait-elle enseigner l'erreur? — 2) Jésus- Christ a dit encore, en parlant à S. Pierre: « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle; » mais si l'Eglise pouvait se tromper ou tromper les fidèles en les enseignant, les portes de l'enfer prévaudraient contre elle ; car il faut entendre par portes de l'enfer, la puissance du démon et tout ce que cet esprit de ténèbres et de mensonge emploie de force et de malice pour renverser la maison de Dieu, qui est l'Eglise: comme les persécutions, les erreurs, les scandales. 5) Saint Paul appelle l'Eglise la colonne et le soutien de la vérité; mais serait-elle la colonne et le soutien de la vérité, si jamais elle pouvait enseigner l'erreur? — Jésus-Christ, qui est le fondateur et l'architecte de l'Eglise, se serait-il montré sage et habile, si le vent de l'erreur pouvait la renverser ? Ne devrait-on pas le comparer, au contraire, à cet architecte insensé qui, au lieu de bâtir sur le roc, n'a bâti que sur le sable? « Et la pluie est tombée, et les fleuves se sont débor-

4üO DE f.A FOI.

dés, et les vents ont soufflé, et sa maison a été renversée, et la ruine en a été grande. » {S. Matt h. 7, 26.) — 4) S'il était nécessaire, pour la conservation de la société chrétienne, qu'il y eût une autorité pour la gouverner, il ne l'était pas moins que cette autorité fût infaillible. Ce n'est que par là qu'elle peut remplir la fin pour laquelle elle est établie; car si elle n'était pas infaillible, la doctrine pourrait se corrompre et s'altérer, et nous pourrions craindre, à chaque instant, de voir s'éteindre le flambeau de la foi, et les ténèbres prendre la place des véritables lumières. La sagesse de Dieu assure donc l'infaillibilité à l'autorité qu'il a établie pour le maintien du christianisme et l'enseignement de sa doctrine. — L'Eglise ne peut donc ni se tromper ni tromper personne. Il ne s'ensuit pas, qu'il ne s'élèvera point d'erreurs dans son sein, mais ces erreurs n'iront jamais jusqu'à infecter toutes l'Eglise, et elles ne tarderont pas à être condamnées, en sorte qu'elles n'ôteront point à l'Eglise l'enseignement de la vérité. » — L'abbé Johanneaud que nous avons déjà cité, écrit relativement à l'infaillibilité de l'Eglise: « L'Eglise une, très-visible, se dit infaillible et elle a raison. Toute Eglise qui ne prétend pas à l'infaillibilité ne peut en rien prétendre au titre de représentante, d'épouse de Jésus-Christ. Car ce serait déclarer qu'elle laisse chacun libre de se faire sa croyance à sa guise, ce qui serait déclarer le règne de l'orgueil, des passions, de la confusion, des divisions, des subdivisions à l'infini, règne que très-certainement le Sauveur des hommes est venu détruire. »

Mais l'Eglise catholique seule a montré pendant le cours des siècles qu'elle portait, gardait et proclamait la vérité. Dix-huit cents ans ont fourni le témoignage qu'en dehors de l'Eglise catholique il n'y a pas de vérité religieuse, c'est-àdire de vérité qui survécut aux vicissitudes des peuples et des siècles. Chez les confessions chrétiennes, actuellement séparées de l'Eglise catholique, il n'y a aucun enseignement fix*', déterminé et stable, au contraire la foi positive vacille complètement dans ces confessions. — L'Eglise a toujours conservé la vérité intacte et ceci à cause de son infaillibilité.

de l'église. 45 î

(Gr. Cat. M*q.) Or s'il s'élève des controverses en matière de religion, nous devons nous en tenir à la décision de V enseignement de V Eglise; c'est pourquoi d'après S. Paul: « Jésus- Christ lui-même a établi des docteurs et des pasteurs... afin que nous ne soyons plus flottants comme des enfants, et que nous ne nous laissions pas emporter à tout vent de doctrine, etc. » (Epit. aux Eph. 4, 11-14.)

Fénêlon.

Fénélon archevêque de Cambrai nous a donné un bel exemple de soumission aux décisions du Saint-Siège. 11 avait été accusé par plusieurs évoques de France, et, entre autres, par un des plus grands hommes de son siècle, le fameux Bossuet, évêque de Meaux, d'avoir renfermé dans un ouvrage ascétique intitulé: Explication des maximes des Saints, plusieurs propositions dangereuses en matière de religion. D'abord il défendit son ouvrage, mais n'ayant pu changer l'opinion de ses adversaires, il s'en remit à la décision du Pape. Le livre, examiné par une commission de cardinaux, donna lieu à de longues discussions; mais enfin la condamnation fut prononcée par Innocent XII, et l'archevêque de Cambrai en reçut la nouvelle au moment de monter en chaire. Changeant aussitôt le sujet de son discours, il parla d'abondance sur la soumission due à l'autorité, il le fit d'une manière si touchante, qu'il arracha des larmes à tout son auditoire. Ce ne fut pas tout : comme archevêque, il devait annoncer à l'Eglise dont il était le chef, la condamnation de son propre ouvrage, et en défendre la lecture: il le fit en termes simples, sans réclamation, sans restrictions d'aucun genre. « Notre saint Père le pape, dit-il, a condamné par un bref le livre intitulé : Explication des maximes des Saints, avec 25 propositions qui en ont été extraites. Nous adhérons à ce bref, tant pour le texte du livre que pour les 25 propositions, simplement, absolument et sans ombre de restrictions. C'est de tout notre cœur que nous vous exhortons à une soumission semblable et à une docilité sans réserve,

de peur qu'on n'altère insensiblement la simplicité de Fobéissance due au Saint Siège, dont nous voulons, moyennant la grâce de Dieu, vous donner l'exemple jusqu'au dernier soupir de notre vie. A Dieu ne plaise, ajouta-t-il, qu'il soit jamais parlé de nous, si ce n'est pour se souvenir qu'un pasteur a cru devoir être aussi docile que la dernière brebis du troupeau, et qu'il n'a mis aucune borne à sa soumission. » (Le card. de Baussel, Histoire de Fènèlon.)

Comparaison.

« Au milieu de toutes les tempêtes et des controverses religieuses attachez-vous à l'Eglise catholique! Si on vous montrait sur une mer dangereuse un navire bravant tous les dangers, et dont le pilote par sa prudence et son expérience évite tous les dangers, ne vous compteriez-vous pas heureux, d'y trouver une place? Pourquoi êtes-vous si indifférent visà-vis de l'Eglise, elle qui est le navire le plus sûr, sur lequel vous pouvez traverser les orages de la vie et les écueils dangereux, et parvenir au port du salutéternel. » (Drexelius.)

[Gr. Cat. 52-ooe q.)

Ces décisions, auxquelles nous devons nous tenir et nous soumettre, l'enseignement de l'Eglise les prononce ou parle pape, chaque fois qu'il parle comme chef suprême et comme docteur de toute VEglise [ex cathedra) ou par un concile que le pape a approuvé, et ces décisions ne se font que conformément à l'Ecriture-Sainte et à la tradition, d'après ces paroles de l'Apôtre: « Si quelqu'un vous annonce un autre évangile que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème î » [Eptt. aux Gai. 1, 9.) Il suit de là que l'Eglise n'enseigne rien de nouveau quand elle prononce dans les controverses qui s'élèvent, ce que l'on est tenu de croire, mais qu'elle expose simplement la parole de Dieu qui lui a été confiée dans l'Ecriture- Sainte et la tradition et qu'elle rejette les erreurs et les nouvautés contraires.

DE l'église. 453

Soumission aux décisions de l'Eglise.

Ce fut avec une obéissance d'enfant que les hommes les plus distingués et les plus savants se soumirent aux décisions de l'Eglise. S. Grégoire-le-Grand promet solennellement cette obéissance quand il s'écrie: « J'accepte et je vénère les quatre conciles œcuméniques avec le même respect que les quatre livres du saint Evangile; et je condamne tous ceuxquelesconcilescondamnentet je vénère ceux qu'ils vénèrent; » (Ep. 24.) — S. Ambroise proclame avec une force et une fermeté inébranlable la déclaration suivante: «Je suis les décisions du concile de Nicée, dont ni la mort ni le glaive ne pourront me séparer;» — «En effet, dit S. Augustin: la décision d'un concile général estleconsentement unanime de toute l'Eglise. » — C'est avec la même soumission et les mêmes dispositions filiales que nous devons nous soumettre aux décisions de notre mère bien-aimée, la sainte Eglise catholique, qui est inspirée par l'Esprit-Saint et conséquemment infaillible.

b) Hors de l'Eglise catholique point de salut.

Puisque l'Eglise catholique doit conduire tous les hommes au ciel et que dans ce but elle a reçu de Jésus- Christ la doctrine, les moyens de salut et l'autorité nécessaires, ainsi que nous l'avons exposé plus haut; il s'en suit que chacun, s'il ne veut pas s'exposer à perdre le bonheur éternel, est obligé de devenir un membre de l'Eglise catholique, de croire sa doctrine, d'employer ses moyens de salut et de se soumettre à son autorité. Jésus- Christ lui-même nous enseigne cette obligation lorsqu'il dit: « Celui qui n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous comme un païenouunpublieain.»(S. Matth. 18,17.) « Celui qui ne croit pas (aux apôtres et à leurs successeurs légitimes) sera condamné. » C'est donc avec raison que l'on dit: hors de l'Eglise catholique point de salut.

Textes et comparaisons tirés des SS. Pères.

Aux yeux de tous les SS. Pères, l'Eglise catholique est lu seule où l'on puisse se sauver, celle sur laquelle repose la grâce de Dieu, la rosée des grâces ; celle qui procure la vie et le salut éternel, et en dehors de laquelle la mort de Jésus- Christ ne sert pas au salut, ni le baptême au bonheur des cieux. Ces pensées, ils les expriment au moyen des plus belles comparaisons. Ainsi S. Augustin écrit : « Personne ne parvient au salut ni à la vie éternelle à moins d'avoir Jésus- Christ pour chef. Or on ne peut avoir Jésus-Christ pour chef, si l'on nefaitpaspartieducorpsqui est l'Eglise. » {De unit.Eccl.) «Si quelqu'un se sépare de l'Eglise catholique, quand même il croirait mener la vie la plus édifiante, à cause de ce crime qui l'arrache à l'unité de Jésus-Christ, il ne possède pas la vie éternelle, mais la colère de Dieu repose sur lui. » (Epist. ad Donatistas .) Il s'exprime encore plus fortement quand il dit: « Hors de l'Eglise catholique vous pouvez avoirtout, excepté le salut; vous pouvez avoir des dignités, recevoir des sacrements, chanter l'alleluia, dire amen, croire au Père, au Fils et au Saint-Esprit; mais le salut vous ne pouvez le trouver autre part que dans l'Eglise catholique. » S. Grégoire écrit: « La sainte Eglise universelle enseigne qu'il n'y a de véritable salut qu'en elle, et déclare que tous ceux qui sont hors d'elle, ne seront pas sauvés.» (Lib. 14. moral c. 2.) — S. Pierre Damien développe cette pensée par la comparaison suivante: « L'arbre fortement enraciné en terre, tire de là la sève et celle-ci se répand comme par des veines, dans toutes les parties de l'arbre. De cette manière il obtient des forces et croît. C'est ainsi que nous, si nous voulons être de bons arbres aux yeux du céleste jardinier, nous devons être plantés dans le champ et sur le sol de son Eglise, 4et nous devons nous y enraciner fortement, si nous ne voulons pas être un arbre stérile et coupé par la hache. C'est ainsi seulement que nous pouvons nous fortifier et produire des fruits. Mais de même que l'arbre sans sève dessèche, de même aussi notre âme desséchera et mourra si elle n'est con-

DE L EGLISE. 4oo

tinuellement arrosée par la grâce du Saint-Esprit.» S. Cyprien écrit: « Il ne peut avoir Dieu pour père, celui qui n'a pas l'Eglise pour mère. Si tous ceux qui étaient hors de l'arche de Noé ne purent échapper à la mort, tous ceux qui sont hors de l'Eglise, n'y échapperont pas. » {De unitate Eccl.)

Pourquoi n'y a-t-il pas de salut hors de V Eglise?

S.Augustin en donne les raisons suivantes: 1) Dans l'Eglise seule s'offre le sacrifice de notre rédemption. 2) Ceux-là reçoivent seulement le salaire qui ont travaillé dans la vigne du Seigneur. 5) Tous ceux qui se trouvèrent hors de l'arche de Noé, périrent. 4) Un membre séparé du corps, ne peut avoir de vie. o) Une branche retranchée du tronc ne peut ni fleurir, ni verdir, ni porter des fruits. 6) Un ruisseau séparé de sa source doit dessécher. {Serm. 181 de tempore.) — Le même docteur dit encore: « Si quelqu'un se trouve hors de l'Eglise il n'appartient plus au nombre des fidèles, il n'est plus enfant de l'Eglise. Il n'aura pas Dieu pour Père, celui qui ne veut point avoir l'Eglise pour mère. » (Lib. A de Symb. ad Cat. c. 15.)

On ne peut trouver le salut que dans la véritable Eglise.

UneEglisequi nese regarde point comme pouvantelle seule procurer le salut, prononce sa propre condamnation. C'est ce que Luther, Calvin et d'autres ont très-bien reconnu car ils ont adopté en théorie comme en pratique pour leurs églises nouvellement organisées, cette maxime: « hors d'elle point de salut. » On n'a qu'à se rappeler l'exécution de Michel Servet ordonnée par Calvin, les cruelles persécutions auxquelles se livrèrent les partis religieux entre eux, et les violences que les coryphées de la prétendue réforme exercèrent contre ceux qui pensaient autrement, principalement à l'époque de la guerre des sacramentaires en Saxe, comme Adolphe Menzel le prouve amplement dans sa nouvelle histoire des Allemands. — Dans les confessions de foi des réformateurs ce principe : « Hors de VEglise point de salut » est clairement exprimé. Aussi suivant la confession Helvétique de 1566 il est

dit: « Nous croyons l'union avec la vraie Eglise si nécessaire qu'ils ne peuvent vivre aux yeux de Dieu, ceux qui ne sont pas unis à la véritable Eglise de Dieu, et qui au contraire en sont séparés. » — Dans la confession belge, les sectaires disaient : « Nous croyons et confessons que cette sainte Eglise est la réunion de ceux qui seront sauvés, et que hors d'elle il n'y a point de salut, de manière que personne ne peut s'en séparer. Quiconque s'éloigne donc de cette véritable Eglise, se révolte manifestement contre l'ordre de Dieu. » (Cap. 28.) Mais les protestants ont surtout proclamé cette maxime de la manière la plus sensible par là même qu'ils se sont séparés de l'Eglise catholique. Si l'on peut se sauver dans chaque Eglise, pourquoi produire alors ce grand schisme au seizième siècle? Car il est évident que quelques abus ne pouvaient justifier cette séparation de l'Eglise catholique. Quelle terrible responsabilité n'ont donc pas assumé sur eux les hommes qui ont travaillé à cette séparation, nullement nécessaire pour parvenir au salut éternel ! Et pourquoi persévérer dans ce schisme, dans cette guerre acharnée contre l'Eglise catholique, s'il est indifférent pour le salut, que l'on vive dans telle foi plutôt que dans telle autre? {Hohenauer.)

Les protestants eux-mêmes avouent qu'on peut se sauver dans l Eglise catholique.

Avant d'épouser Charles d'Autriche, qui fut depuis l'empereur Charles VI, la princesse Elisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbuttel crut devoir, pour la tranquillité de sa conscience, consulter les luthériens mêmes, dont elle avait jusqu'alors professé la foi. Les docteurs protestants assemblés à Helmstadt, répondirent que les catholiques ne sont point dans l'erreur pour le fond de la doctrine, et qu'on peut se sauver dans leur religion. — « Dès lors que cela est ainsi, dit la princesse en apprenant cette décision, il n'y a pas lieu d'hésiter, et dès demain j'embrasse la foi catholique, car le parti le plus sûr, dans une matière si importante, est toujours le parti le plus sage. » Le père de la princesse

de l'église. 157

tint le même langage, et s'attacha, comme elle, à l'Eglise Romaine.

Cette maxime : Hors de l'Eglise point de salut, n est-elle pas contraire à la tolérance chrétienne ?

A cette question voici la réponse que donne un théologien catholique: « Qu'on n'oublie pas, que c'est l'intolérance de la vérité qui ne peut céder à l'erreur son pouvoir et ses propriétés, sans perdre en même temps son efficacité et sa nature; c'est l'intolérance de Dieu et du Sauveur, qui ne pouvaient souffrir d'autres dieux. Cette intolérance à l'égard de l'erreur, l'Eglise la regarde comme un héritage des apôtres qui lui apprirent par leur exemple à être d'une rigoureuse intolérance vis-à-vis de toutes les erreurs et à repousser de suite de leur sein les auteurs de ces nouveautés. » (Voyez la i Epît. à Tim. d, 20. — 2 Epît. à Tim. 2, 18. — Epît. à Tite. 3, 10. )

{Gr. Cat. o8-60e q.)

Puisque nous sommes tous tenus, sous peine d'exclusion du ciel, d'être les membres de l'Eglise catholique, hors de laquelle il n'y a point de salut, et si nous n'en sommes pas membres, de le devenir, il est donc trèsimportant de savoir qui doit être regardé comme un membre de l'Eglise catholique. Or, voici la réponse: Un membre de l'Eglise catholique c'est, tout baptisé qui ne s'est pas séparé d'elle, ou qu'elle n'a pas rejeté de son sein. Conséquemment ne sont pas membres de l'Eglise :

1) Ceux qui s'en sont séparés volontairement; de ce nombre sont: a) Les hérétiques de leur propre faute, c'està-dire, ceux qui confessent une doctrine condamnée par l'Eglise, et les incrédules, c'est-à-dire, qui n'ont et ne confessent plus de foi chrétienne, b) Les schismatiques de leur propre faute, c'est-à-dire, ceux qui n'ont pas renoncé, il est vrai, à la doctrine de l'Eglise, mais qui se

CATÉC. PRATIQUE. T. I. 20

sont soustraits à son obéissance ou séparés de son chef, le pape.

2) Ceux qui ont été rejetés du sein de l'Eglise catholique, tels sont : les excommuniés, c'est-à-dire, ces membres indignes qui ont encouru la censure ecclésiastique.

S, Agathon.

Le triste sort de ceux qui se retranchent volontairement du corps de l'Eglise, faisait trembler S. Agathon, et il ne redoutait rien tant que d'être accusé d'hérésie. Ce saint, à ce que l'on raconte, avait une telle réputation d'humilité, que les gens venaient de tous côtés pour s'en convaincre. Il les accueillait avec modestie, et quand ils lui disaient qu'on répandait toute sorte de bruits sur son compte, par exemple, qu'il était un orgueilleux, un hypocrite, qu'il se livrait à la colère, à l'impureté, etc., il en convenait et ajoutait qu'il était le plus misérable de tous les hommes. Mais un jour qu'on lui eut dit qu'il était accusé d'être un hérétique, il s'écria aussitôt: « Que Dieu m'en garde! » On le pressa alors de dire pourquoi il avait beaucoup plus d'horreur du crime d'hérésie que des autres crimes? il répondit: « Ceux-ci témoignent de la faiblesse de notre nature et laissent encore l'homme uni à Dieu par la foi ; mais l'hérésie, c'est une obstination coupable, c'est un crime qui nous sépare de l'Eglise et de Dieu, qui nous prive de la foi et du salut éternel. »

(Gr. Cat. 61-62e q.)

Parmi les hérétiques, nous devons de nouveau distinguer ceux qui le sont de leur propre faute, à savoir les hérétiques volontaires, et ceux qui lesont sans leur faute, à savoir les hérétiques involontaires. Sont hérétiques volontaires: 1) ceux qui, connaissant l'Eglise catholique et étant convaincus de sa vérité, refusent de rentrer dans son sein; 2) ceux qui pouvant la connaître, s'ils voulaient l'examiner, néanmoins refusent de le faire, soit par indifférence, soit pour d'autres motifs coupables. —

DE L ÉGLISE. 4o£

Sont hérétiques involontaires ceux qui ne connaissent pas l'Eglise catholique et qui en outre cherchent sincèrement la vérité tout en accomplissant de leur mieux la volonté de Dieu. Ces derniers, quoique n'appartenant pas extérieurement au corps de l'Eglise, lui sont cependant unis en esprit; ils appartiennent à l'àme de l'Eglise, et participent à ses grâces. Néanmoins ils sont privés de beaucoup de moyens de salut et de bénédictions de notre sainte religion, par exemple du saint Sacrifice de la Messe, de la sainte Eucharistie, de l'absolution sacerdotale, de l'extrême onction, etc. ; c'est pourquoi nous devons 1) prier pour nos frères égarés.

Un père protestant converti par la prière de son enfant.

M. Geraud s'était choisi une compagne catholique, et avait consenti, en se mariant, à la clause expresse qui assurait la catholicité des enfants; sans le savoir, c'était pour lui qu'il stipulait. En effet sa jeune fille, âgée de neuf ans, mais éclairée par la grâce avant l'âge de la raison, gémissait de voir son père séparé de sa communion. Souvent, lorsque, priant en sa présence, elle récitait le Symbole des apôtres, elle s'arrêtait à ces mots: Je crois l'Eglise catholique, et témoignait à son bon père sa douleur de ce qu'il ne pouvait pas les prononcer avec elle. Il lui répondait: « Sois tranquille, chère enfant; je n'en suis pas éloigné. Si jamais je suis malade, je me fais catholique. » Hélas! ce moment n'arriva que trop tôt pour sa famille. Geraud tombe malade; sa femme, au milieu de ses trop justes alarmes, n'oubliant pas qu'il lui avait dit souvent vouloir mourir catholique, n'osait pas cependant lui en parler. Elle choisit pour médiatrice sa fille, qui fut appelée ainsi à remplir ce ministère des anges. Cette aimable enfant approche en pleurant du lit de son père, lui rappelle sa promesse, en ajoutant que le matin même, à la messe, elle a demandé à Dieu sa conversion. Le cœur paternel s'émeut, les combats intérieurs l'agitent. Au milieu de cet orage précurseur du calme, il s'écrie: « Laissez-moi

quelques instants, ma tille; vous reviendrez plus tard. » L'après-midi, comme l'aimable enfant rentrait dans la chambre du malade, il l'appelle et lui dit: « Ma fille, je me reproche d'avoir mal récompensé votre courage, quand ce matin vous m'avez parlé avec tant de candeur. Eh bien ! je veux annoncer moi-même à votre mère que ma résolution est définitivement prise, que je vais faire abjuration. » Le soir d'anciens magistrats, des hommes de lettres, qui formaient la société habituelle de Geraud, s'étant réunis chez lui, il leur annonça lui-même sa résolution, et en développa les motifs avec cette chaleur d'âme qui faisait son caractère, et qui rend ses écrits si attachants. Il avait toute sa vie étudié la religion; et la conviction, fruit de ses méditations et de ses recherches, était depuis longtemps dans son âme et y attendait le moment de la grâce. Il déclara donc qu'il abjurait le protestantisme avec connaissance de cause, sans rien craindre de ce qu'on pourrait dire ou penser, qu'il était convaincu que la vérité était dans la croyance catholique, et qu'elle n'était que là. Un ami lui proposa alors d'appeler Mgr l'archevêque de Bordeaux pour recevoir son abjuration. « Non, répondit-il, je demande le curé de la paroisse. Il me semble avoir lu que, lorsqu'il est digne de notre confiance, il est plus simple et plus naturel de s'adresser à lui. » C'est donc entre les mains de son pasteur, desservant de la paroisse de campagne qu'il habitait près de Bordeaux, que M. Edmond Geraud, fit le 14 mai, son abjuration et sa profession de foi, telle qu'elle est dans le rituel du diocèse. Il en prononça les paroles avec un accent de conviction et de piété qui raffermit la foi des assistants et fit couler leurs larmes. Le nouveau converti, qui pleuraitaussi, maisde joie, déclara croire sans aucune restriction, tous les articles de la foi catholique, et se soumettre entièrement aux commandements de Dieu et de l'Eglise. Le mal ayant fait des progrès rapides, Geraud mourut le 21 mai 1831, dans les sentiments de la piété la plus vive, entouré de sa fille, dont les prières et l'innocence l'aidèrent sans doute à entrer dans le ciel. (Nouv. Encycl. Cath.)

% Nous devons travailler à la conversion des hérétiques par une sincère charité et une vie édifiante.

Durant le règne de l'empereur Maximin, les chrétiens furent persécutés et expulsés de toutes les villes; tout à coup la peste se déclara parmi les païens et y fit de nombreuses victimes. Les infidèles refusèrent de s'assister mutuellement; nul d'entre eux ne voulait ensevelir les morts, ni rendre le moindre service Alors ils supplièrent les chrétiens, qu'ils avaient naguères chassés de leurs villes, de venir à leurs secours, et ceux-ci, pleins d'une compassion toute chrétienne, accoururent aussitôt d'après le conseil du divin Sauveur, prodiguèrent partout leur assistance, distribuèrent leur argent aux pauvres, ensevelirent les morts, et bravant tous les dangers, allèrent soigner de tous côtés les malades et les moribonds; ce fut alors seulement, au rapport d'Eusèbe, que les yeux d'un grand nombre de païens s'ouvrirent; ils reconnurent à ce dévouement des chrétiens, à cette généreuse immolation d'eux-mêmes, que leur Dieu devait être l'Esprit de vérité, et leur religion la seule vraie; aussi une foule d'entre eux embrassèrent le christianisme. C'est pourquoi S. Pierre avertit les chrétiens de mener une vie exemplaire surtout parmi les païens et les infidèles « afin, dit-il, que ceux qui vous regardent comme des malfaiteurs, voient vos bonnes œuvres. » Si tous les chrétiens vivaient selon la loi du Seigneur, dès longtemps toute incrédulité et toute fausse religion auraient disparu de la terre. {Livre d'homélies du d1 Brunner.)

La charité et le hon exemple sont les moyens les plus puissants pour gagner les cœurs des hérétiques et des infidèles.

Dans les Indes un missionnaire prêchait un jour l'Evangile aux idolâtres. Pendant son sermon, un insolent s'approcha de lui et lui cracha au visage. Mais le pieux serviteur de Dieu ne s'émut pas le moins du monde de cette insulte; il se contenta d'essuyer en silence le crachat et de continuer paisiblement son instruction. Cette patience produisit une telle impression sur tous les auditeurs, qu'à la fin du sermon

plusieurs d'entre eux demandèrent le baptême, « car, tlisaient-ils, une religion qui donne la force de pratiquer une patience aussi céleste, doit nécessairement venir de Dieu. »

Jean Hennuyer, êvêque de Lisieux.

Lors de l'affreux massacre de la Saint-Barthélémy, Jean Hennuyer était évêque de Lisieux; le lieutenant du roi de sa province vint lui communiquer l'ordre qu'il avait reçu de faire périr tous les huguenots de cette ville. « Vous n'exécuterez point ces ordres cruels, dit le vertueux prélat, ceux que vous voulez égorger sont mes brebis ; ce sont, il est vrai, des brebis égarées, mais je travaille à les faire rentrer dans la bergerie. Je ne vois pas dans l'Evangile que le pasteur doive laisser répandre le sang de ses brebis; j'y lis au contraire qu'il doit verser le sien pour elles. » Il ajouta qu'on avait surpris la religion du roi, et qu'il ne doutait pas que ce prince n'approuvât son refus. Non content de ces paroles, il donna un acte de son opposition; ainsi les malheureux calvinistes de Lisieux doivent leur salut à cet homme respectable. Charles IX, prince faible, qui connaissait le bien tout en faisant le mal, approuva cette vertueuse désobéissance.

De quelle manière on doit convertir les hérétiques.

L'évêque de Viviers ayant eu, en 1844, la consolation de réconcilier à l'Eglise seize protestants à la fois dans la paroisse de Meisse, située à deux lieues de la ville épiscopale, disait à plusieurs prêtres réunis, au sujet des protestants: « Pour les ramener, il faut bien se garder de disputer; la controverse n'a jamais opéré beaucoup de conversions. Il convient d'exposer simplement la doctrine catholique; elle porte avec elle sa lumière et subjugue les esprits par sa vertu propre. Il faut surtout aimer nos frères séparés, les aimer sincèrement, ardemment, et leur montrer par nos bonnes œuvres la bonté de notre doctrine: Ah ! Messieurs, ajouta-t-il avec un sentiment profond, si j'étais saint comme

DE l'église. 4G3

François de Sales il n'y aurait bientôt plus qu'un troupeau et qu'un pasteur dans mon diocèse. D'où il faut conclure que je manque au devoir de ma position si je ne m'efforce de ressembler à ce modèle parfait des évêques. » {Nouv.Encycl. Cath.)

(Gr. Cat. 63e q.)

Mais il ne nous appartient pas de juger, si tel ou tel homme est un hérétique volontaire ou involontaire, à Dieu seul qui scrute les cœurs (Ps. 7, 10.) et qui connaît les secrets des hommes, il appartient d'en juger. (Epît. auxRom. 2, 16.) C'est pourquoi l'Apôtre nous donne cet avis (1 Epît. aux Cor. 4, 5.) « Ne jugez point avant le temps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne, qui éclairera ce qui est caché dans les ténèbres, et découvrira les plus secrètes pensées des cœurs : et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui sera due. » Un théologien catholique écrit à ce sujet: « Combien peu l'Eglise catholique est disposée à prononcer contre qui que ce soit un arrêt de damnation, c'est ce que nous découvrons dans ce calme avec lequel elle voit sortir de son sein quelques-uns de ses enfants. Sans doute c'est avec un cœur navré de tristesse et de compassion qu'elle voit leur défection, mais elle ne se permet pas de prononcer un arrêt de damnation. Elle se tranquillise au souvenir de ces paroles de S. Jean: « Ils n'étaient pas des nôtres, car s'ils avaient été des nôtres, ils seraient restés parmi nous. » (1 Epît.) Qu'autre est la conduite des ennemis de l'Eglise catholique? Stollberg, Schlégel, Hurter, etc. surent en parler. — Celui qui nous reproche à nous catholiques, de vouloir prononcer un arrêt de réprobation contre les individus, à cause de cette maxime: Hors de l'Eglise point de salut, certes, a le droit de nous regarder comme des téméraires insensés. Mais comment oser nous faire un reproche, comme si nous voulions

empiéter sur les droits de Dieu, quand nous savons aussi bien que nos adversaires haineux qui nous calomnient, que Dieu a dit: « A moi seul appartient le jugement » (Deuter. 32, 35-36.) et que « nous ne devons juger personne, afin que nous ne soyons pas jugés nous-mêmes.» (S. Matth. 7, 1.) — Non, nous ne sommes pas assez infrnsés pour croire que nous puissions ou que nous osions empiéter sur les droits de Dieu. Nous savons que Dieu juge; nous savons que l'arrêt que nous prononcerions ne lierait pas Dieu, et c'est pourquoi nous ne sommes pas assez osés pour condamner une personne, puisque Dieu n'a pas fait de révélation à ce sujet. Si nous jugeons de telle ou telle doctrine, c'est parce que la révélation divine nous y sert de guide et qu'elle a établi une loi pour juger. Ainsi Dieu a révélé, a dit ce qui conduit au salut, et ce qu'il a dit nous le répétons après lui. Mais qui sera sauvé? Dieu seul le sait, et l'homme doit se garder humblement de vouloir en juger, puisque Dieu n'en a rien révélé. Mais il est certain que celui qui veut la vérité, veut aussi l'Eglise, et que par conséquent il appartient à l'Eglise. — Et celui qui appartient par sa volonté à l'Eglise, sera sauvé, non hors de l'Eglise, mais dans l'Eglise dont-il est devenu membre par sa volonté. » (Bellarm. de Eccl. Milit. Lib. 3.)

L'Eglise condamne-t-elle les infidèles et les hérétiques?

Pas du tout, elle condamne leurs erreurs, mais quant à ceux qui errent, elle les embrasse avec une douce et compatissante charité, elle les appelle sur son cœur, elle élève les mains et la voix au ciel et demande pour eux pardon, miséricorde et la grâce de la conversion. Comme son divin époux, elle voudrait voir tous les hommes heureux. — Les Grecs et les schismatiques ont la coutume, de maudire pendant leurs offices du Vendredi-Saint, le chef de l'Eglise catholique, de lancer contre lui l'anathème et ils y joignent cette ignoble

de l'église. 465

cérémonie, que tous les prêtres crachent à l'autel quand ils prononcent le nom du pape. L'Eglise catholique au contraire, à pareil jour, se prosterne les bras étendus et la face sur les degrés de l'autel, elle demande par les mérites de Jésus-Christ des grâces et des bénédictions pour tous les schismatiques, les hérétiques, les juifs, les idolâtres et tous les hommes. Quelle différence? Quelle charité? Quelle preuve évidente qu'elle est seule l'épouse de Jésus-Christ, qu'elle a l'esprit de Jésus-Christ, qu'elle seule connaît le chemin du salut et y conduit les hommes. (La couronne du ciel de Stöger.J

Nous ne devons pas prononcer une sentence de damnation contre ceux qui croient autrement que nous.

Au commencement du Ve siècle vivait, à Marseille, un prêtre nommé Salvien, renommé pour son savoir et son éloquence, et qui parle dans un de ses ouvrages de la foi des Cothset des Vandales, peuples élevés, nourris dans une hérésie alors fort répandue, l'Arianisme. Il était loin de les regarder tous indistinctement comme coupables du crime d'hérésie. « Ces barbares, dit-il, ne savent que ce que leur ont enseigné leurs docteurs, et ne pratiquent que ce qu'ils ont appris d'eux... Ils sont, à la vérité, hérétiques, mais ils le sont sans connaissance de cause. La vérité est de notre côté, mais ils croient qu'elle est aussi du leur. Ils se trompent, mais leur erreur, après tout, est une erreur de bonne foi. Quelle sera leur punition au jour du jugement dernier, pour leurs erreurs? Le divin juge seul le sait. »

[Gr. Cat. 64e q.) Si d'un côté il ne nous est pas permis de prononcer une sentence de damnation contre ceux qui croient autrement que nous, d'un autre côté il ne nous est pas permis de croire que nous serons infailliblement sauvés parce que nous sommes membres de l'Eglise catholique en qui seule est le salut; ô non! car il y beaucoup de membres corrompus et morts dans l'Eglise catholique,

qui portent le nom de catholiques mais ne vivent pas comme tels et qui s'attirent ainsi par leurs péchés la damnation éternelle. C'est à ceux-ci que s'applique cette parole du Sauveur: « Les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. » {S. Matth. 8, 12.)

Etre catholique est bien, vivre tel encor mieux:

l'ar l'un on devient grand, par l'autre on monte aux cieux.

Il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus.

Une vieille personne, d'une conduite qui fut toujours irréprochable, s'était retirée avec le fruit de quelques épargnes comme pensionnaire dans un établissement de charité, à Loche en France, où elle mourut le 16 avril 1849. Catholique sincère et fervente, elle avait exprimé formellement le désir qu'on enterrât son corps dans le cimetière de l'église catholique la plus rapprochée, qui était la chapelle de Cauffat. A cette fin, on alla inviter, selon la coutume, les habitants catholiques de l'endroit à accompagner le convoi funèbre. Mais lorsque l'heure de l'enterrement fut arrivée, il pleuvait si affreusement comme c'est l'ordinaire en avril, qu'il n'y eut que six personnes assez courageuses pour accompagner le cercueil et qu'en route, deux retournèrent sur leurs pas et regagnèrent la maison. Les quatre autres qui avaient tenu ferme jusqu'à la *in de la cérémonie, furent alors appelées dans la sacristie par le curé qui leur lut le testament de 'la défunte. Quel ne fut pas leur étonnement et leur agréable surprise quand ils entendirent parler d'une somme de quatre cents louis d'or qu'elle avait destinés à être partagés entre tous ceux qui lui auraient rendu les derniers honneurs, et l'auraient accompagnée jusqu'au tombeau ! Comme le testament était fait en due forme, cent louis d'or qui se trouvaient déposés à la caisse d'épargne, furent assurés à chacune des quatre personnes; tandis que celles qui n'avaient point paru à l'enterrement et les deux autres qui avaient rebroussé chemin, accusaient tantôt le sort, tantôt le mauvais temps, ou s'en prenaient a elles-mêmes;

de l'église. 467

mais elles eurent beau se frapper la poitrine et la tête, cellesci n'en pouvaient mais. — Ainsi toutes les personnes de l'endroit avaient été invitées, toutes pouvaient donc avoir part à l'héritage, mais le plus grand nombre se laissa effrayer par la pluie et les difficultés attachées à cet accompagnement. Six seulement se mirent en chemin; mais deux mêmes perdirent courage, de sorte que quatre obtinrent la succession. — Voilà exactement ce qui se passe dans YEglise catholique. Tous ses membres sont invités et appelés à l'héritage des cieux; mais il n'y a qu'un petit nombre qui réponde à cette invitation ; la plupart fuient les fatigues et les difficultés qui y sont attachées; d'autres perdent courage au milieu du chemin et c'est ainsi que bien peu obtiennent l'héritage céleste. C'est pourquoi le divin Sauveur dit: «Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. » (S. Matth. 20, 16.)

Comparaison,

« Lorsque les feuilles publiques annoncent qu'un navire à péri corps et biens, tous les marchands qui ont des navires sur mer, sont inquiets et troublés parce que nul d'entre eux ne sait si c'est lui ou un autre que le malheur a frappé. Or, les feuilles célestes, c'est-à-dire, l'Ecriture-Sainte, la dépositaire de la vérité, nous annoncent que beaucoup d'hommes, oui, le plus grand nombre se perdent; car elle dit clairement: « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » « Entrez par la porte étroite, parce que large est la porte, spacieuse est la voie qui conduit à la perdition et beaucoup entrent par elle. Qu'elle est petite la porte, et qu'elle est étroite la [voie qui conduit à la vie et peu la trouvent ! » (S. Matth. 7, 13-14.) — Et néanmoins, nous sommes si tranquilles, si insouciants, si négligents pour tout ce qui regarde notre sort dans l'autre monde ! » (Philotèe.)

En;, résumant tout ce que nous venons de dire, nous confessons par ces mots du symbole: « Je crois la sainte Eglise catholique, » que Jésus-Christ a fondé une Eglise visible, permanente dans sa durée et infaillible dans sa doctrine, à laquelle nous devons croire et obéir sans ré-

serve, si nous voulons parvenir au salut éternel, et que cette Eglise n'est autre que l'Eglise catholique romaine.

Pratique. Combien ne devons-nous donc pas nous réjouir d'être les enfants de l'Eglise en qui seule se trouve le salut, et qui est vraiment pour nous une mère pleine d'amour, puisque par lesaint baptême elle nous a faitenfantsdeDieu, qu'ellenousnourritdela parole de Dieu et du pain des anges, nous élève dans la crainte du Seigneur et nous assiste pendant la vie et à la mort par ses prières, ses consolations et ses secours! Nous devons donc l'aimer comme des enfants obéissants et généreux, écouter avec joie ses enseignements et suivre ponctuellement et de bon cœur ses ordres, nous rappelant cette parole de S. Cyprien : « Il n'aura point Dieu pour Père, celui qui ne veut pas avoir l'Eglise pour mère. » Remercionsjsouvent Dieu de bouche et de cœur, de notre vocation à la foi catholique et écrions-nous avec une conviction ardente: « Oh! quel bonheur pour nous d'être les enfants de cette mère si noble et si aimante! qu'il nous est cher le nom que nous portons! Sainte Eglise, épouse du Sauveur, mère des enfants de Dieu, maîtresse de la vérité, dispensatrice des grâces, trésorière des miséricordes divines, jamais nous ne vous oublierons! Que notre langue s'attache au palais, que notre droite dessèche, si jamais nous oublions votre amour et votre fidélité! » — Partout nous défendrons avec joie et courage, au dépens de notre fortune et de notre sang, la cause de notre Sainte Eglise.

Le fils fidèle et déoouê de l'Eglise catholique.

Quel tendre dévouement, quelle invincible fidélité l'irlandais O'Gonnell, cet homme étonnant, ce grand défenseur de sommalheureux peuple, ne voua-t-il pas à l'Eglise catholique. Il l'aimait, il la respectait comme une mère. Lors-

qu'on envoya de Londres un essaim de biblistes pour inoculer le protestantisme en Irlande; lorsqu'on se répandait dans ce but en violentes invectives, en injures grossières, en sarcasmes sacrilèges contre tout ce qu'il y a de plus auguste et de plus vénérable dans l'Eglise catholique; voici qu'à l'improviste apparaît la figure d'O'Connell, qui comme un spectre glace d'épouvante tous ces tristes prédicateurs. Mais que vient faire un laïque au milieu de gens d'église, un homme de loi là où l'on dispute de religion? Ah ! O'Connell est citoyen, mais il est aussi chrétien. Il aime sa patrie, mais plus encore la religion catholique. Dans une guerre d'invasion, tout homme est soldat ; quand la foi est attaquée, tout chrétien est apologiste. Oui, en cette grande circonstance la parole d'O'Connell n'est plus la parole d'un homme de loi, mais d'un docteur; ce n'est plus un avocat habitué à respirer l'air tumultueux du barreau, c'est un Antoine, un Athanase sorti de sa solitude ou desa méditation au pied du crucifix! Chacune de ses pensées est un éclair, chacune de ses paroles un trait, chacun de ses arguments un coup mortel. Non, jamais les quatre gands caractères de la véritable Eglise ne furent démontrés par des preuves plus solides, une exposition plus grandiose, et avec une diction plus chaleureuse. Non jamais l'origine honteuse de la réforme, l'humeur sauvage de son auteur, les dérèglements de ses apôtres, les blasphèmes, les contradictions de sa doctrine, la bassesse de ses manœuvres, l'hypocrisie de ses promesses la turpitude de ses intentions, l'injustice de ses rapines, la cruauté de ses massacres, l'horreur de ses sacrilèges, les maux immenses qu'elle a accumulés sur les plus belles contrées de l'Europe; jamais, non, jamais toutes ces choses ne furent dépeintes avec des couleurs plus vives, une touche plus vigoureuse, une telle abondance d'images, une logique plus puissante et un plus magnifique langage. Une telle puissance de parole et d'action ne pouvait être que l'effet d'un dévouement sans bornes, et d'un attachement inviolable à la Sainte Eglise catholique. (Le P, Ventura. Oraison funèbre d'O'Connell.)

Belle réponse de Sukan au roi de Perse.

Dans la ville d'Ourmi, en Chaldée, est une famille catholique qu'on peut appeler le soutien et l'exemple des fidèles de tout le canton. Le chef de la maison, Polonais anciennement émigré, après avoir épousé Rachel, fille chaldéenne, entra au service du roi de Perse, parvint au grade de major, et mourut bravement au champ de bataille. Il laissait trois garçons, dont les deux aînés remplacent déjà honorablement leur père. L'un d'eux nommé Sukan, fit à dix-sept ans une noble réponse au roi Feth-ali-Shah, qui le pressait de se faire musulman, en lui promettant toutes ses faveurs. « Roi, lui dit-il, avec une assurance digne des premiers martyrs chrétiens, mon Père est mort pour vous; moi je suis prêt au même sacrifice; mais si vous me parlez de quitter ma religion, reprenez cette épée et tournez-la contre votre serviteur; » et il porta la main à son ceinturon pour la détacher. Le Shah, émerveillé de tant de magnanimité, le récompensa en l'élevant à un plus haut grade.

(E. Borêy correspondance d'un voyageur en Orient.)

§ 4. De la propagation et de la conservation de l'Eglise.

Les prédications des Apôtres furent couronnées d'un si prodigieux succès, que l'Eglise chrétienne se propagea avec une incroyable rapidité sur toute la terre, malgré les obstacles de tout genre que lui opposèrent les juifs et les païens, les rois et les empereurs qui, par haine contre la religion chrétienne dont la doctrine condamnait leurs vices, persécutèrent et martyrisèrent de la manière la plus cruelle les chrétiens pendant les trois premiers siècles. C'est là encore une preuve que l'Eglise catholique n'est pas l'œuvre des hommes, mais V œuvre de Dieu.

Sage observation de Gamaliël.

Lorsqu'on traduisit le divin Sauveur devant le grand Conseil et qu'on l'accusa d'enseigner une doctrine nouvelle,

de l'église. 471

Gamaliël, l'un des conseillers, fit cette sage observation: « Si son œuvre est une œuvre humaine, elle tombera d'ellemême; si au contraire elle est l'œuvre de Dieu, nous ne pourrons la détruire. » [Act. des Apôt. o. 38.) Or depuis que Gamaliël prononça ces paroles, plus de dix-huit cents ans se sont écoulés, et la religion de Jésus-Christ existe encore, elle s'est répandue dans toutes les parties du monde, malgré les persécutions et les attaques de tout genre. Nous devons donc dire que notre Eglise est Yœuvre de Dieu, sans quoi elle aurait disparu depuis longtemps.

La rapide propagation de l'Eglise est un des plus grands miracles.

L'Eglise catholique est vraiment l'œuvre de Dieu; sans cela comment eût-elle pu se propager si rapidement sur toute la terre, malgré les attaques et les persécutions qui l'assaillirent de toutes parts? Vraiment cette étonnante propagation est un miracle par lequel Dieu voulait prouver au monde entier qu'il était le fondateur, le conservateur de l'Eglise catholique. Ecoutez ce que S. Chrysostôme écrit à ce sujet: « Que de guerres n'a-t-on pas déclarées à l'Eglise? Que d'armées n'a-t-on pas fait marcher contre elle, que de tortures n'a-t-on pas inventées pour l'exterminer? les chaudières d'huile bouillante, les brasiers, les tenailles, les cavernes, les dents des bêtes sauvages, les flots de la mer, les gouffres des fleuves, l'exil et bien d'autres tourments aussi indescriptibles qu'insupportables, ont été employés pour parvenir à ce but! Et ces attaques, elles ne lui furent pas seulement livrées par des étrangers, mais plus d'une fois par ses propres enfants. Ce fut une véritable guerre civile à laquelle rien n'échappait, ou plutôt, c'était une guerre mille fois plus dangereuse encore. Car ce n'étaient pas simplement des citoyens qui en voulaient à d'autres citoyens, mais des parents armés contre leurs parents, des amis contre leurs amis, et néanmoins l'Eglise n'a pu être anéantie par tous ces efforts, elle n'en fut pas même affaiblie. Et ce qu'il y a de plus étonnant, de plus digne d'admiration,

c'est que ces orages l'atteignirent en quelque sorte à sa naissance. En effet, si toutes ces infortunes l'eussent assaillie, lorsqu'elle était déjà fondée, lorsque l'Evangile était répandu sur toute la terre, il n'y aurait eu rien d'étonnant que l'Eglise eût échappé à la destruction. Mais qu'à la naissance de l'Eglise, lorsque la semence de la foi était à peine répandue, et que les convictions des fidèles étaient encore si délicates et si tendres, tous ces orages aient éclaté contre elle, et que malgré cela, notre religion, loin d'en éprouver des pertes, y a trouvé au contraire une cause de force et de développement, c'est un miracle qui surpasse tous les autres miracles. » (S. Chrysost. Hom. 5. adv. Judœos.)

Constantin le Grand, frappé de l'apparition merveilleuse d'une croix dans le ciel, portant ces mots: « par ce signe tu vaincras, » rendit enfin la paix à l'Eglise; mais bientôt de nouveaux ennemis formidables s'élevèrent contre l'Eglise catholique, dont les plus dangereux furent les hérésiarques qui s'en séparèrent et formèrent des sociétés ou des sectes à part.

Pendant que ces sectes apparaissaient et disparaissaient tour à tour, l'Eglise catholique demeura ferme et inébranlable comme un roc au milieu de la mer; ses ennemis périrent, elle resta invincible; jamais elle ne fut vaincue et jamais elle ne pourra l'être; Jésus-Christ d'ailleurs le lui a promis par ces paroles: « Les puissances de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » Voilà dix-huit siècles qu'elle est debout et toujours elle a vérifié la prédiction du Seigneur.

Napoléon à Sainte-Hélène.

Un jour, Napoléon, du haut de son rocher de Sainte-Hélène, contempla le ciel, la terre et les mers; il considéra les empires, les institutions, les grands hommes et leurs créations; puis, s'étant profondément recueilli, il s'est écrié d'une voix qui a ému l'univers: Les peuples passent! Les trônes s'écroulent! L'Eglise demeure. [Guerre à VEglise du village.)

DE L ÉGLISE. 4 iO

L'Eglise ne peut être vaincue.

C'est ce que S. Chrysostôme expose par ces belles paroles: « Le Sainl-Esprit, dit-il, gouverne l'Eglise par sa grâce; c'est pourquoi elle ne vieillit pas, elle ne succombe pas. Des apôtres la propagèrent, et personne ne Ta vaincue; elle a pris le monde entier dans ses filets, et vous croyez qu'on pourra la détruire maintenant? Mais Jésus-Christ n'a-t-il pas dit que les portes de l'enfer ne prévaudraient point contre elle? C'est pourquoi le ciel et la terre passeront plutôt que l'Eglise. On peut l'attaquer, mais non la vaincre. Des tempêtes s'élèvent, mais elle ne sombre pas, car les flots irrités ne peuvent l'engloutir. Des traits sont décochés de toutes parts contre elle, mais ils ne peuvent la percer ; des machines formidables se dressent contre elle, mais sa tour puissante ne croule point. Le démon épuisera son carquois, sans que l'Eglise puisse être blessée. Tant d'ennemis puissants l'ont attaquée et personne ne l'a vaincue. Après la tempête, elle est comme le soleil qui rayonne plus majestueux dans l'azur. » (Serm. de Pentec.)

Comparaison.

« La barque de l'Eglise peut être couverte par les vagues, mais puisque Jésus-Christ est avec elle, elle ne peut périr. » (S. Anselme.)

La triste fin des persécuteurs de l'Eglise.

C'est ce que David a prédit dans le 58 psaume, lorsque, parlant au nom de Jésus-Christ, il dit : « Dieu m'a montré le sort de mes ennemis. Seigneur, ne les exterminez pas de peur que mon peuple n'en perde le souvenir; mais dispersez-les par un miracle de votre puissance ; déposez-les, ô Dieu, mon protecteur! » (Ps. 58, 10-11.) Et ce que le Seigneur a désiré, est arrivé ; en effet pareil aux restes d'un vase brisé, le peuple juif a été dispersé partout, comme un témoignage errant de la vérité de Jésus-Christ. Les gentils qui le persécutèrent dans son Eglise lui ont été soumis et sont devenus son marche-pied. — Un grand ennemi du royaume de Jésus-Christ

sur la terre fut l'empereur Valerien, tellement que Denis d'Alexandrie croyait arrivée la persécution de l'antéchrist, prédite dans l'Apocalypse. Mais après quelques années, il fut renversé du trône, fait captif par le roi des Perses, et cet affreux tyran demeura en prison jusqu'à l'âge de soixante-dix ans; son vainqueur refusa de le relâcher, etGalien, son propre fils, ne voulait pointdonner de rançon pour sa délivrance. — Un autre ennemi juré de l'Eglise, était Séjan, consul romain sous le règne de l'empereur Tibère; arrivé à l'apogée de sa grandeur, on le conduisit un jour, durant l'absence de l'empereur, dans un char doré au spectacle, quand une lettre de Tibère arriva à l'improviste et accusa Séjan du crime de haute trahison; à l'instant on le chargea de chaînes, et après qu'il eut été livré pendant trois jours aux insultes et aux avanies de la populace de Rome, on lui trancha la tête. Le même sort atteignit tous les ennemis de l'Eglise; ilséprouvèrent avec leurs partisans une fin aussi triste que misérable. {Brunner.)

Nous ne devons pas nous étonner de l'apparition de tant de sectes; Jésus-Christ et les apôtres l'ont prédit clairement à différentes reprises. Ainsi dans S. Matthieu il est dit: «Des faux prophètes s'élèveront et en séduiront plusieurs. » ( 24, 11. ) S. Paul écrit à Timothée: « Un jour viendra que les hommes ne supporteront plus la saine doctrine et qu'ils multiplieront, au gré de leurs désirs, les maîtres qui flatteront leur orgueil ; et ils fermeront Toreille à la vérité et l'ouvriront pour des fables.» (2 Epît. 4, 3.) {Voyez aussi la 2 Epît. de S. Pierre, 3, 3, et l'Epi t de S. Jude. 18.) Oui, Dieu lui-même permet qu'il y ait des sectes: 1) afin que par l'apostasie que Dieu a coutume de réparer amplement au moyen de la conversion de peuples idolâtres, l'Eglise soit purifiée de ses membres corrompus et dangereux; et 2) afin que la doctrine de l'Eglise soit de nouveau confirmée et connue plus clairement. — « Pourquoi, se demandes. Chrysos-

tome, le Seigneur n'empêche-t-il pas les attaques contre son Eglise? C'est afin de montrer sa force. Si personne ne l'attaquait, on pourrait dire: Elle serait vaincue, si on l'attaquait... Jésus-Christ n'a pas dit: « les puissances de l'enfer ne l'assailliront pas » mais il a dit: « elles ne prévaudront pas contre elle. »

Comparaison.

De même que les vents et les orages purifient la nature en chassant l'air corrompu et nuisible, qu'ils rafraîchissent les campagnes, les prairies et les jardins, qu'ils leur donnentune nouvelle vigueur et une nouvelle vie, de même l'erreur purifie l'Eglise, en faisant disparaître les éléments corrompus et infects, elle fortifie et ranime le courage de ses membres fidèles.

Pratique. Demeurez toujours fidèlement attaché à l'Eglise et fuyez avec soin tous les discours et les écrits contraires à la foi ; remerciez sincèrement Dieu de ce que vous soyez un enfant de l'Eglise catholique, sur laquelle repose si visiblement la main de Dieu; mais vivez aussi comme il convient à un catholique, sans quoi il ne vous servirait de rien d'en porter simplement le nom, c'est-à-dire d'appartenir à l'Eglise catholique.

Vivez comme catholique.

Un jour Alexandre-le-Grand apprit qu'un de ses soldats portait le même nom que lui, mais que sa conduite était loin d'être celle d'un Alexandre. Il le fit comparaître en sa présence et d'un ton sévère il dit à ce lâche : « Dépose ce nom ou conduis-toi d'une manière digne d'un Alexandre! » Voilà ce que nous dit aussi notre mère, la sainte Eglise catholique: « ou déposez le nom de catholique, ou vivez comme catholique. »

Une enfant fidèle et reconnaissante de l'Eglise catholique.

Que les saints se sentaient heureux dans le sein de l'Eglise

; TG r>E la foi.

catholique! — S. Térèse au moment de mourir n'avait pas de plus douce consolation, de plus ferme espoir que ces paroles : « Je meurs enfant de l'Eglise catholique, » de cette Eglise qu'elle avait tellement aimée, comme elle l'écrivait, qu'elle était prête à donner son sang et sa vie pour la moindre cérémonie de cette épouse de Jésus-Christ.

[Gr. Cat. 66- 69e q.) A la doctrine de Eglise catholique se rattache la doctrine de la communion des Saints. Non-seulement les fidèles sont unis entre eux sur la terre, dans une seule Eglise, mais il existe encore une union spirituelle entre eux et les âmes qui sont au ciel et celles qui sont au purgatoire. Cette union spirituelle consiste en ce que tous sont membres d'un seul corps dont Jésus-Christ est la tête ou le chef, et que conséquemment les uns ont part aux biens spirituels des autres, comme le dit l'Apôtre: « II y a plusieurs membres, mais tous ces membres ne font qu'un même corps. Vous êtes le corps de Jésus- Christ et membres d'un membre, » (1 Epît. aux Cor. 12, 20-27.) et dans son épître aux Romains: « Comme dans un seul corps nous avons plusieurs membres, nous ne sommes tous qu'un seul corps en Jésus-Christ et les membres les uns des autres. »(12,4-5.) Cette liaison spirituelle nous l'appelons « communion des saints » parce que tous ces membres sont appelés à la sainteté (1 Epît. aux Tkess. 4, 3.), sanctifiés par le baptême et que plusieurs d'entre eux sont déjà parvenus à une sainteté accomplie. Un écrivain sacré écrit au sujet de cette communion des saints: « La communion des saints n'a pas lieu seulement parmi les enfants de Dieu, exilés encore sur la terre, mais elle s'étend aussi loin que fléchissent les genoux au nom de Jésus, elle s'étend à

l'Eglise des parfaits dans le ciel et sous la terre. Les saints et ceux qui aspirent à la sainteté, se prêtent mutuellement secours et le reçoivent. Chacun en particulier contribue par ce qu'il est et ce qu'il a, au bien de tous, et tous font de même pour chaque membre en particulier. Il n'y a ici qu'une seule famille, dont un grand nombre de membres sont déjà en sûreté, tandis que d'autres luttent et souffrent encore pour leur salut. » — « Considérée sous ces différents rapports, YEglise s'appelle ou triomphante, ou militante, ou souffrante, jusqu'à ce qu'elle soit changée à la fin des temps en une seule Eglise parfaitement sainte et éternellement heureuse. »

Une parabole sur la communion des Saints.

Un père a plusieurs enfants dont quelques-uns sont à l'étranger où ils ont à lutter contre de nombreux et puissants ennemis, où ils doivent endurer bien des épreuves; d'autres demeurent chez lui dans la maison paternelle où ils n'éprouvent plus le moindre besoin. Mais ce père les aime tous, et ceux qui sont présents et ceux qui sont absents. Tous ont part aux biens communs, "et les absents reviendront bientôt sous le toit domestique. La famille est-elle favorisée par un coup de la fortune, augmente-t-elle par son travail et son économie l'héritage paternel, tous y ont une part égale, les absents comme les présents. Ceux qui sont près de leur père aiment les frères demeurant à l'étranger, et n'ont pas seulement soin de leur propre bonheur mais aussi de celui des autres enfants de la maison. Quant aux enfants dénaturés et incorrigibles, le père les déshérite et les exclut pour toujours du droit d'être ses enfants. — Voilà une faible image de la communion des saints. Ceux qui habitent la maison paternelle, ce sont les saints et les bienheureux dans le ciel; ceux qui ont à combattre avec des ennemis ce sont les membres de l'Eglise qui vivent encore sur la terre; et ceux qui gémissent dans les souffrances, ce sont les âmes qui

i78 DE LA FOI.

souffrent dans le purgatoire; enfin les enfants dénaturés et déshérités, ce sont les damnés, que Dieu ne reconnaît plus pour les siens: aussi n'appartiennent-ils plus à notre communion et nous ne prions plus pour eux; ce ne sont plus des membres malades mais complètement séparés du corps de l'Eglise, à laquelle ils ne seront plus unis. — Les premiers chrétiens offraient le modèle de cette sainte communion, car non-seulement ils priaient les uns pour les autres, s'excitaient mutuellement au bien par leurs paroles et leurs exemples, mais ils vénéraient encoreles reliques et les tombeaux des Saints, et offraient des prières et des bonnes œuvres pour soulager les âmes du purgatoire. Les biens temporels étaient même communs entre eux, et c'était vraiment la communion des Saints.

Comparaison au sujet de la communion des Saints.

Le Dieu tout-puissant opère dans le cœur des hommes ce qu'il fait dans différents pays. Il eût pu donner à chaque pays tous les fruits ; mais si l'une contrée avait pu se passer des fruits de l'autre, elle n'aurait pas eu de communications avec elle. C'est pourquoi Dieu donne à tel pays du vin en abondance, à tel autre de l'huile; à celui-ci des troupeaux nombreux, à celui-là des riches moissons de grains. Or pendant que ces divers pays procurent aux autres ce qui leur manque, les différents peuples s'unissent par une communication mutuelle des dons de Dieu. Eh bien! ce que sont sous ce rapport tous les pays de la terre, les cœurs des saints le sont aussi; car de même que ceux-ci se partagent ce qu'ils ont reçu, de même les différents pays transportent leurs productions autre part, afin qu'ils soient unis par un lien d'amour. » (S. Greg, in Ezech. Lib. 4. Hom. 10.)

Dans le corps humain il y a plusieurs membres, et néanmoins ils ne forment qu'un seul corps. Ils n'ont pas tous la même fonction, chacun a la sienne; le pied marche, l'œil voit, l'oreille entend. Chaque fonction ne se rapporte pas directement au bien du membre qui l'exerce, mais au bien général du corps et de tous les autres membres. Ainsi c'est

pour tout le corps que le pied marche, que l'œil voit, que l'oreille entend; de même dans l'Eglise. De plus, les membres du corps sont tellement unis, que du moment où l'un d'eux, même le plus faible, vient à éprouver quelque sensation de douleur ou de plaisir, aussitôt tous les autres membres ressentent les effets de cette douleur ou de ce plaisir, à cause de l'union et de la sympathie que la nature a mise entre eux. Il en doit être de même dans l'Eglise. Comme nous profitons des biens accordés à chacun de nos frères, ainsi nous devons ressentir la douleur qui les afflige, nous réjouir avec ceux qui sont dans la joie, pleurer avec ceux qui pleurent. Voilà l'image de l'Eglise. C'est un corps spirituel dont Jésus-Christ est le chef; tous les Saints de la terre, du purgatoire et du ciel en sont les membres, et l'Esprit-Saint en est l'âme qui, se répandant par la charité dans toutes les parties de ce corps admirable, y porte le mouvement, la beauté, la force et la vie. (Gaume Tom. 4. pag. 494.)

{Gr. Cut. 70-74c q.)

De ce que nous venons de dire suit, que la communion des saints procure aux membres de l'Eglise beaucoup de biens spirituels. Ainsi quand même quelqu'un ne possède pas de biens temporels, il peut cependant, dans la communion des saints, obtenir d'innombrables biens spirituels. Quelque pauvre qu'il soit, un vrai chrétien peut avoir part à tous les trésors célestes. Tous prient, souffrent, combattent, se réjouissent pour lui, et il prie, souffre, combat, et se réjouit pour tous.

Mais considérons plus particulièrement ces biens spirituels:

I. La communion avec les saints dans le ciel consiste en ce que les mérites que les saints ont acquis ici-bas et leur intercession auprès de Dieu aident les membres de l'Eglise militante sur la terre. C'est pourquoi S. Bonaventure écrit: « Les saints dans le ciel et nous chrétiens

sur la terre, nous sommes les membres d'un seul corps, et quand un membre du corps souffre, tous les autres souffrent en même temps, et Fun membre soulage l'autre. C'est ainsi que les saints dans le ciel nous soulagent et nous soutiennent, nous qui sommes les membres militants sur la terre (1). »

II. La communion avec les âmes du purgatoire consiste en ce que nous assistons ces âmes qui sont nos frères souffrants, par la prière, l'aumône et d'autres bonnes œuvres, mais surtout par le saint sacrifice de la Messe et l'application des indulgences, afinqueleurs souffrances soient adoucies et abrégées. — Déjà dans l'ancienne loi, on offrait des prières et des sacrifices pour les défunts, comme on peut le voir dans ce passage si connu du livre des Machabées, où il est dit: « Judas envoya à Jérusalem douze mille drachmes d'argent, afin d'offrir tin sacrifice pour le péché des morts.... C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les défunts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés. » (2 Mach. 12, 4346.) Que dans l'Eglise catholique on ait toujours prié pour les morts, c'est ce que nous avons montré suffisamment par des extraits des saints Pères et d'autres écrivains sacrés. Aussi l'Eglise a établi un jour spécial destiné au souvenir et au soulagement des pauvres âmes, jour que nous appelons: la commémoration des fidèles trépassés ou simplement le jour des âmes (2).

(1) Ce point sera traité avec plus de développement quand il s'agira du culte des saints, dans le le commandement.

(2) Voici comment Pierre Damien rapporte l'origine de l'institution de la commémoration des morts. « L'an 1008, un religieux français revenant de Jérusalem fut jeté par une tempête dans une île, où il trouva un saint ermite qui loi dit qu'il y avait proche de là un endroit d'où l'on voyait sortir de grandes flammes dans lesquelles les âmes des morts étaient tourmentées, et que souvent il entendait les démons se plaindre de ce que les fidèles, et surtout l'abbé Odilon et ses religieux, par leurs prières et par leurs aumônes, soulageaient ces âmes et le&

DE LA COMMUNION DES SAINTS. 48 î

Comment pouvons et devons-nous soulager les âmes du purgatoire?

Un vénérable évêque, Thomas de Cantimpré, raconte de sa propre aïeule qui ne cessait de pleurer dans sa douleur inconsolable la mort de son fils aîné, qu'un jour dans une espèce de songe, une troupe de jeunes gens lui apparut ; tous brillaient d'une ineffable beauté et s'avançaient, animés d'une sainte allégresse; bien loin derrière eux, elle aperçut son fils qui arrivait d'un pas chancelantetpénible. « Qu'as-tu* mon fils, lui demanda-t-elle, pour marcher ainsi seul et te traîner en arrière des autres? » Mais celui-ci lui montrant aussitôt un pesant fardeau qu'il portait dans les plis de son vêtement, lui dit: «Ma mère! voici toutes les larmes que vous avez inutilement versées pour moi et dont le poids m'empêche d'avancer. Adressez plutôt vos larmes à Dieu, présentez-lui un cœur résigné, offrez-lui le saint sacrifice des autels, ainsi que les remercîments des malheureux auxquels vous distribuerez des aumônes, et alors je serai débarrassé de tout ce qui pèse encore sur moi ! » Vraiment, ce songe peut réveiller ceux qui se livrant à une excessive tristesse, à cause de la mort d'une personne très-aimée, se conduisent, non comme des chrétiens, mais « comme ceux qui n'ont aucune espérance. » (1 Epît. aux Thess. 4.) 0 non ! ce ne sont pas nos larmes, nos sanglots, mais ce qui plaît à Dieu, ce qui est salutaire, ce qui se fait en union avec Jésus-Christ, ce qui procède d'un esprit de charité et de vérité, ce qui exige des peines et des sacrifices, et enfin ce qui forme une offrande d'une valeur céleste, qui soit capable d'assister les âmes du purgatoire. Or à cette offrande appartient la prière dont parle le livre des Machabées quand il dit que « c'est une

délivraient de leurs maux. Ce religieux de retour eu France, alla trouver saint Odilon, qui ne lui était pas inconnu, et lui raconta ce qui était arrivé; c'est pourquoi ce saint abbé ordonna que dans tous ses monastères, on fit tous les ans, le deuxième jour de Novembre, des prières particulières pour le soulagement des âmes du purgatoire: ce que le pape Jean XIX établit ensuite, par le conseil de saint Odilon, dans toute l'Eglise.

{Le nouveau Pensez-y bien.)

CATÉC. PRATIQUE. T. I. 31

sainte et salutaire pensée de prier pour les morts. » De cette offrande font partie les œuvres de miséricorde et de charité et tout ce qui a rapport à la gloire de Dieu et au bien du prochain, et se fait en vue du soulagement des trépassés. Mais par-dessus toutes les offrandes et tous les sacrifices, nous croyons, pour nous servir des expressions de S. Cyrille d'Alexandrie, qu'il en est un éminemment propre à soulager les âmes des défunts, c'est le sacrifice qu'on offre avec un saint respect pour elles sur nos autels. [Veîth.)

La dernière prière de sainte Monique à son fils S.Augustin.

Sainte Monique étant au lit de la mort, dit à saint Augustin : « Mon fiis, bientôt vous n'aurez plus de mère; quand je ne serai plus, priez pour mon âme; n'oubliez point celle qui vous a tant aimé, surtout, pensez à moi quand vous monterez à l'autel pour y offrir le sacrifice de la nouvelle alliance. » Saint Augustin n'oublia point les paroles de sa mère, il pleura amèrement sa mort. « Dieu de miséricorde, s'écriaitil dans sa douleur, pardonnez à ma mère les péchés qu'elle a commis; n'entrez point en jugement avec elle, détournez vos yeux de ses iniquités. Souvenez-vous qu'étant près de sa fin, elle ne pensa point à son corps, ni aux derniers devoirs qu'on devait lui rendre; tout ce qu'elle demanda fut qu'on fît mention d'elle à vos autels, pour effacer les restes des péchés qu'elle n'aurait pu expier pendant sa vie. » {Confessions de S. Augustin.)

Une fondation de l'archiduchesse Sophie.

Dans les derniers temps, l'archiduchesse Sophie, mère|de l'empereur actuel d'Autriche, a donné un bel et sublime exemple de charité chrétienne. Lorsqu'on annonça à cette princesse l'exécution à mort de Lebenyi qui, comme on sait, avait attenté à la vie du jeune et chevaleresque empereur François-Joseph et l'avait grièvement blessé, elle dit: « dans ce vaste empire quelqu'un pensera-t-il à prier pour l'âme de ce malheureux? Eh bien ! je veux prendre sur moi ce devoir que prescrit notre sainte religion; j'oublie qu'il m'a

causé la plus grande douleur qui puisse atteindre le cœur d'une mère inquiète pour la vie de son fils; et, comme chrétienne, j'ai résolu de faire célébrer à dater d'aujourd'hui des messes anniversaires pour l'âme de ce malheureux. » (Journal du peuple.)

Chez les idolâtres eux-mêmes nous rencontrons plusieurs cérémonies et des offrandes instituées pour le soulagement des morts.

Les femmes égyptiennes.

En Egypte toutes les femmes riches sortent, les jeudis, avec leurs esclaves chargées de rafraîchissements. Des pleureuses à gage les suivent: c'est qu'un devoir sacré les appelle au cimetière public. Là elles font entonner des hymnes funèbres ; à ces lamentations mercenaires elles mêlent leurs accents plaintifs; elles versent des larmes et des fleurs sur les tombeaux de leurs parents, qu'elles couvrent ensuite des mets apportés par leurs suivantes; et la foule, après avoir convié les âmes des morts, prend un repas religieux, dans la persuasion que ces ombres chéries savourent les mêmes aliments et qu'elles s'associent au sympathique banquet. N'y a-t-il pas dans cette superstition une tradition défigurée du dogme qui nous ordonne de ne pas oublier les âmes de nos frères de la tombe? (Annales de la propagation de la foi. Tome XVII.)

Comparaison.

« Comme ceux qui ont faim se réjouissent de la nourriture qu'on leur donne, ceux qui ont soif de la boisson qu'on leur présente, ceux qui sont nus des habits dont on les couvre et ceux qui sont malades du lit où on les couche; ainsi les âmes du purgatoire se réjouissent des bonnes œuvres, que nous pratiquons à leur intention; en effet elles participent au bien qui se fait pour elles sur la terre. » (Munch.)

III. Enfin V union que les fidèles de la terre ont entre eux9fa\t que nous participons à ces saints sacrifices, aux

prières et aux bonnes œuvres qui se pratiquent dans l'Eglise catholique et à tous les biens spirituels dont celle-ci dispose. C'est pourquoi S1 Paul écrit: « Dieu a mis un tel ordre dans tout le corps, que tous les membres conspirent également au bien les uns des autres. » (1 Ep. aux. Cor. 12, U.)

Dans l 'Eglise un membre a soin de l'autre.

S. Macaire l'anachorète avait coutume de dire à ses disciples, quand il voulait les exciler au travail ou à la prière : « Mes bien-aimés frères! parmi vous, les uns doivent prier, les autres travailler. Ceux qui prient, le font en même temps pour ceux qui travaillent et ceux-ci travaillent pour leurs frères qui prient; car aux trésors qu'un de mes frèresamasse, j'ai aussi ma pari. » Pourquoi ce vénérable père du désert parlait-il de la sorte? Parce qu'il savait ce que c'est que la communion des Saints; il savait que nous sommes tous unis à Jésus-Christ par la charité; conséquemment nous sommes tous et dans tous les cœurs qui aiment Dieu, et dans toutes les langues qui le louent, et dans toutes les mains qui s'élèvent vers lui. Nous sommes tous membres d'un seul chef qui est Jésus-Christ.

Pratique. Qu'elle est donc consolante et riche en bienfaits la liaison qui se trouve dans l'Eglise catholique par la communion des Saints! C'est pourquoi, chaque jour d) prions les uns pour les autres, recommandons-nous dans nos prières du matin et du soir à la protection des Saints, afin qu'ils soient nos intercesseurs auprès de Dieu et n'oublions jamais les âmes qui souffrent dans le purgatoire.

Une lettre datée de la prison.

Etienne de S1 Paul raconte qu'un homme fut mis en prison pour dettes. Tous ses amis s'empressèrent de le consoler en lui promettant de venir à son secours. Mais les jours se succédaient et les secours promis n'arrivaient point. L'infor-

tuné prisonnier végétait dans son cachot et ses ongles croissaient comme autrefois ceux de Nabuchodonosor. — Que fit-il? Il tailla un de ses ongles comme une plume, broya des charbons, les délaya avec ses larmes, et après en avoir fait ainsi une espèce d'encre, il écrivit à ses amis ingrats. — Hélas! si les pauvres âmes du purgatoire pouvaient faire de même, combien parmi nous recevraient des lettres pareilles?

2) Mais avant tout nous devons nous efforcer, par une vie sainte, de faire partie « de la cité des Saints et delà maison de Dieu. » (Epit. aux Ephés. 2, 19.)

Quelle est pour nous tous l'affaire capitale?

Un prédicateur fort suivi pendant une neuvaine de la confrérie des trépassés, adressa à un nombreux auditoire un sermon qui fit une profonde impression. « Quelle est pour nous tous l'affaire capitale, dans cette solennité? » telle fut la question qu'il posa en commençant, « Est-ce peut-être la prière pour les âmes des fidèles défunts, dit-il en continuant, est-ce le saint sacrifice de la Messe, ou la communion, ou l'indulgence que nous appliquons en ce jour à ces pauvres âmes? — Oh non ! répondit-il, ce n'est pas tout cela ; sans doute tout ceci est beau, tout ceci est excellent, mais ce n'est pas l'affaire capitale. — Et quelle est donc l'affaire qui domine toutes les autres? » se prit-il à demander de nouveau. L'auditoire plongé dans un profond silence attendait avec une impatiente curiosité la solution définitive de cette question importante; alors le ministre de la parole de Dieu, élevant la voix avec force, s'écria:« Mes frères, l'affaire capitale, celle qui domine toutes les autres, cest que nous menions une vie pieuse et sainte afin que, en priant pour les pauvres âmes, en cherchant à les délivrer du purgatoire, nous ne soyons pas condamnés à y souffrir. » Ne l'oubliez pas, chrétiens! Vivez saintement, et après avoir vécu ici-bas dans la communion des Saints, vous vivrez alors éternellement dans leur compagnie au ciel.

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