DIXIÈME ARTICLE DU SYMBOLE
« La rémission des pèches. »
(Gr. Cat. Ie q.) Puisqu'on ne peut, comme pécheur, faire partie de la communion des Saints, ni en demeurer le membre vivant, on doit chercher avant tout à obtenir la rémission des péchés que l'on a commis. C'est pourquoi, immédiatement après la doctrine de la communion des Saints suit le dixième article du Symbole, exprimé par ces mots: « la rémission des péchés. » Cet article nous enseigne que dans l'Eglise catholique, en vertu des mérites de Jésus-Christ, on peut obtenir la rémission des péchés et des peines qui leur sont dues, d'après ces paroles de S. Paul : a Béni soit Dieu, le Père de Jésus-Christ Notre-Seigneur, dans lequel nous trouvons la rédemption par son sang, et la rémission de nos péchés selon les richesses de sa grâce. » (Epît. aux Eph. 1, 3-7.) Quelle pensée consolante:« Dans l'Eglise nous pouvons obtenir la rémission de nos péchés! » Ce pouvoir merveilleux et divin, est-il dit dans le catéchisme romain, n'avait été accordé à personne, avant que Dieu se fût incarné. Le premier entre tous, notre Sauveur Jésus-Christ, comme homme, l'a reçu de Dieu son Père. « Afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, il dit au paralytique: levez-vous; prenez votre lit, et allez dans votre maison. » (S. Matth. 9, 6. et S. Marc. 2, 9.) Il s'était fait homme, pour accorder aux hommes le pardon de leurs péchés; et, avant de monter au ciel pour s'y asseoir à jamais à la droite de son Père, il confia aux évoques et aux prêtres le pouvoir de les remettre. Mais ceux-ci n'exercent ce pouvoir que comme ministres de Jésus-Christ, pendant que le Sauveur l'exerce de sa propre autorité. Si donc les choses
qui viennent d'une puissance infinie, doivent généralement exciter en nous des sentiments d'admiration et de respect, comment pourrions-nous ne pas sentir tout le prix du bienfait inestimable, que Jésus-Christ a accordé à l'Eglise dans sa bonté? [Cat. Rom. T. 1.) S. Fulgence écrit dans le même sens : Dans l'Eglise catholique seule se fait la rémission des péchés, et on ne la reçoit que chez elle; l'époux lui-même dit en parlait oille, qu'elle est son unique colombe, la seule qu'il a élue, qu'il a bâtie sur le rocher, à qui il a donné les clés du royaume des cieux et accordé le pouvoir de lier et de délier. »
L'Église a le pouvoir de remettre les péchés.
D'après ce que racontent d'anciennes légendes, saint. Colomban ayant visité dans leur cachot un grand nombre de prisonniers, leur avait fait sentir de la manière la plus pathétique combien leur vie avait été coupable. Heureux de voir la vive émotion et le sincère repentir que sa parole avait produite dans leurs cœurs, il s'empressa de leur dire que Dieu leur avait rendu la liberté. Au même moment les chaînes tombèrent de leurs mains et de leurs pieds; les portes de fer s'ouvrirent et les laissèrent sortir librement. Cependant leur fuite ne pouvait rester longtemps cachée, et bientôt en effet les geôliers et les ministres de la justice se mirent à leur poursuite; mais voilà que tout à coup les portes d'une église voisine s'ouvrirent devant les fugitifs et se refermèrent derrière eux, de sorte qu'ils se trouvaient à l'abri des poursuites de la justice. — Je ne prétends pas que cette histoire soit entièrement vraie, mais il ne s'agit pas tant ici de la vérité historique que de sa signification symbolique, car elle nous fait toucher du doigt le pouvoir que le divin Sauveur Jésus-Christ a transmis à l'Eglise en lui disant de lier et de délier, c'est-à-dire de remettre les péchés. Le pouvoir judiciaire de l'Eglise est un pouvoir spirituel qui a pour domaine la conscience ; elle ne peut suspendre les
châtiments dont le bras du pouvoir civil frappe le crime, ni rendre la liberté extérieure, ni empiéter sur les droits réels de l'état; mais elle brise les chaînes qui enlacent l'âme de l'homme, mais elle ouvre les portes de la prison où la peine due au péché le retient captif, mais elle lui rend la liberté et les droits qui sont accordés aux enfants de Dieu, en un xnoïl Eglise possède le pouvoir si consolant pour nous i\c pardonner les péchés. (Veith. Mater dolorosa.)
(Gr. Cat. 2-4c q.) Ainsi tous les péchés sont pardonnes dans FEglise, tous les péchés sans exception, pourvu seulement 1) que nous fassions une véritable pénitence; car Jésus-Christ a dit: « si vous ne faites pénitence, vous périrez tous » , (S. Luc. 13, 3.) et 2) pourvu que nous recevions dignement les sacrements debaptême et de pénitence, institués par Jésus-Christ pour la rémission des péchés.
A tout péché miséricorde.
Une femme de mauvaise vie, traversant un jour une église pour abréger son chemin, vit un grand nombre de personnes qui entraient avec empressement et qui paraissaient être dans l'attente de quelque chose d'extraordinaire: curieuse de savoir ce qui allait se passer, elle prend place comme les autres; et la foule augmentant, elle se trouva bientôt tellement environnée, qu'il lui fut impossible de penser à se retirer. Quelque temps après, un missionnaire monta en chaire, et prêcha sur la bonté de Dieu à l'égard des pécheurs. Il répéta plusieurs fois ces mots: « à tout péché miséricorde, pourvu qu'on se repente. » Cette femme qui avait tout écouté avec attention, s'attacha surtout à ces paroles qui l'avaient frappée. Aussitôt que le discours fut achevé, elle fendit la foule, Rapprochant du prédicateur, au moment où il descendait de la chaire? «Est-il bien vrai, mon père, lui ditelle avec empressement qu'à tout péché il y a miséricorde?» — « Rien n'est plus certain, lui répondit-il, Dieu pardonne à tous les pécheurs, pourvu qu'ils se repentent. » — « Mais,
reprit cette femme, il y a toutes sortes de pécheurs; Dieu pardonne-t-il à tous indistinctement? » — « Oui, dit le prédicateur, pourvu qu'ils détestent leurs péchés; Dieu leur pardonne à tous indistinctement. » — « Me pardonnerait-il à moi, répondit-elle; voilà quinze ans que je commets les plus grands péchés. » — « Sans doute, ajouta le missionnaire, il vous pardonnerasi vous vous en repentez, etsi vous cessez de les commettre. » — «S'il en est ainsi, continua-tclle, je vous prie de vouloir bien m'entendre en confession, et de me donner votre heure. » — « Je puis vous entendre aujourd'hui, lui dit-il: tenez vous prête, je suis à vous dans un moment. » — Le missionnaire lui indique son confessional et revient quelque temps après pour l'entendre. Elle ne finit qu'à la nuit sa confession qui dura plusieurs heures. Avant de se retirer, elle dit à son confesseur: « Mon père, je ne puis retourner dans ma maison, surtout à l'heure qu'il est, sans m'exposer à retomber dans mes péchés ; ne pourriez-vous pas me procurer un asile pour la nuit? » Le missionnaire lui ayant témoigné qu'il ne le pourrait que difficilement, cette femme prit la résolution de rester dans l'église jusqu'au jour. Le lendemain matin on la trouva sans vie dans une chapelle dédiée à la sainte Vierge; elle était à genoux, la face prosternée contre terre, et on vit le pavé inondé des larmes qu'elle avait répandues; elle avait pleuré si amèrement ses péchés qu'elle était morte de douleur. Le missionnaire ayant été appelé, la reconnut par celle qu'il avait confessée la veille, et il admira la grandeur de la miséricorde de Dieu, reconnaissant dans ce touchant exemple qu'à tout péché il y a miséricorde. {Les trésors de la grâce.)
Dans V Eglise tous les péchés, même les plus graves, sont pardonnes.
Sophroniusnousen raconte un exemple admirable: «Dans la Thébaïde {en Egypte) vivait un chef de brigands, appelé David ; il avait commis les plus affreux forfaits et ses brigandages étaient tellement connus, que son nom seul faisait
trembler tout le monde. Un jour, effrayé de la justice divine
si.
ï!)0 DE LA TOI.
qui l'attendait, il vint trouver le père abbé d'un monastère, se jeta à ses pieds, en le conjurant de l'admettre parmi ses religieux. Comme David était déjà âgé, le supérieur ne voulut point le recevoir, et lui dit que d'ailleurs il ne pourrait plus se soumettre aux rudes pénitences en usage dans le monastère. 3Jais David se déclara prêt à tout, disant que rien ne lui paraîtrait trop difficile, parce qu'il voulait faire pénitence. Voyant que malgré toutes ses observations, on ne voulait pas l'admettre, il dit aux religieux: « Vous ne savez pas qui vous avez dans les murs de votre couvent; eh bien! je suis ce trop fameux chef de brigands qui a commis tant d'assassinats dans le désert ; j'étais venu ici pour pleurer mes crimes; si vous refusez de m'accueillir je retourne à l'instant à mon premier métier, et je ramène ici mes compagnons pour vous massacrer tous jusqu'au dernier, et mettre le feu au couvent. » — Il fut donc admis et reçut l'habit de l'ordre. Il est vrai, sa présence inspirait la terreur, mais il s'adonnait aux plus rudes pénitences, implorait sans cesse la miséricorde de Dieu, dormait peu, et se confessait en répandant toujours un torrent de larmes, de sorte que plus d'une fois on craignit qu'il ne mourût. Après avoir vécu ainsi durant plusieurs années, un ange lui apparut et lui dit: « David! Vos péchés vous sont remis! » — « Seigneur, répondit-il, comment est-ce possible? car j'ai commis des péchés si énormes et si nombreux! » Mais il lui fut répondu: « Afin que vous en soyez convaincu, vous resterez muet jusqu'à votre mort et Dieu ne vous donnera l'usage de la langue qu'aux jours de fête pour célébrer ses louanges. » C'est ce qui arriva exactement. David devint un grand saint. — Quelle pensée consolante pour nous! Lorsque nous arrivons à ces paroles : « Je crois la rémission des péchés, » rappelonsnous l'infinie miséricorde de Dieu, reconnaissons combien il est bon, lui qui pour nous sauver, ne refuse jamais le pardon au cœur repentant; car il a pardonné aussi à la Madeleine ; il a exaucé la prière du larron sur la croix et à nous il a donné l'espérance du pardon.
(Gr. Cat. oe q.)
Le pouvoir de remettre les péchés dans le sacrement de pénitence a été donné aux évêques et aux prêtres de l'Eglise catholique, qui ont reçu juridiction ; car c'est à ceux-là seulement qu'il a été dit: « Les péchés seront remis à qui vous les remettrez. » (S. Jean, 20, 23.) — o Si vos liens ne sont pas encore rompus, dit saint Athanase, allez trouver les disciples de Jésus-Christ, qui peuvent les rompre, en vertu du pouvoir qu'ils ont reçu du Sauveur par ces paroles: « tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié au ciel. »
Pratique. Dans l'Eglise nous pouvons obtenir le pardon et la rémission de nos péchés: quel bonheur, quelle consolation pour nous tous! C'est pourquoi remerciez Dieu de tout votre cœur, de ce qu'il vous a accordé une si grande grâce par son Eglise; mais aussi ne négligez pas d'employer fidèlement les moyens requis et de remplir consciencieusement les conditions prescrites! Aimez à vous confesser souvent, et faites-le toujours avec une préparation convenable, afin qu'il vous soit dit aussi: « Soyez consolé, mon fils, vos péchés vous sont remis. »
Comparaisons
Dans les Indes il y a une herbe, appelée Cha qui fortifie et nourrit tout le corps, en purifiant l'estomac. — La confession est pareille à cette herbe salutaire, puisqu'elle purifie le cœur du pécheur et rend à son âme la première beauté et une vigueur nouvelle. Les Indiens cueillent le Cha avec le plus grand soin, et s'en servent tous les jours; et que font les chrétiens?
« La fréquente confession est une mine précieuse qui recèle les plus grands trésors pour l'âme ; c'est là qu'elle se purifie, qu'elle se guérit, se fortifie dans le service de Dieu, et c'est pourquoi vous ne devez pas omettre de vous confesser, une fois que le temps fixé est venu, quel que soit l'empêchement qui se présente. Confessez-vous d'abord, puis
allez à votre besogne qui ne s'en fera que mieux. » [S, Philippe de Néry.)
a Quiconque a pris du poison, est perdu, s'il n'a hâte de s'en débarrasser par un vomitif. C'est pourquoi ne balancez pas longtemps, si vous avez eu le malheur d'avaler du poison soit par votre propre faute soit par la malice des autres. Empressez-vous de le rejeter et de vous délivrer de cet ennemi mortel que vous portez dans le sein. Le péché est le poison le plus dangereux, rejetez-le de votre âme par la confession. » (S. Anastase.)
« Le cerf que la flèche a blessé, connaît l'herbe qu'il doit appliquer sur sa blessure pour la guérir et en faire tomber le trait. L'hirondelle connaît la plante qui doit rendre la vue à ses petits, quand ils sont devenus aveugles dans le nid. Et vous pécheur, vous savez que la confession guérit et vous refusez d'en faire usage. » (Ter t. lib. de Vir g.)