Toutes les choses de ce monde sont vaines et passagères
Tout passe dans le monde.
Vous n'avez qu'à vous rappeler le roi Salomon. Parce
qu'il devait être la figure du Sauveur dans sa gloire, comme David l'avait été dans ses humiliations, Dieu lui accorda des richesses, de la félicité et des honneurs, plus qu'il n'en accorda jamais à aucun roi de la terre. Quarante années de. paix signalèrent son règne, et son autorité s'étendait sur tous les rois depuis l'Euphrate jusqu'aux frontières de l'Egypte. Chacun lui apportait annuellement des présents, des vases d'or et d'argent, des vêtements et des armes, des épées, dus chevaux et des mulets. Toute la vaisselle qui servait à table, tous les meubles qui ornaient son palais, étaient de l'or le plus fin. Rien n'était fait d'argent, car l'argent n'avait guère de valeur à l'époque où il vivait. Salomon croyait d'abord qu'il pourrait jouir de tous ces biens au gré de son cœur. « Je bâtissais des palais, dit-il lui-même, et je plantais des vignes, je faisais des jardins et des vergers, j'entassais l'argent et l'or, le revenu des rois et des provinces; j'avais des musiciens et des musiciennes, et tout ce que désiraient mes yeux, je le leur donnais et je ne défendais pas à mon cœur de goûter les voluptés et de se complaire dans tout ce que j'avais préparé. Qui donc, s'écrie-t-il, pourra jamais jouir, comme moi, d'autant de délices, et sentir son cœur déborder d'autant de joie? » Et néanmoins Salomon ne trouva point le vrai bonheur dans tout ce qu'il possédait et goûtait. « Oui, je me suis lassé de la vie, conlinue-t-il, car j'ai vu que tout est imparfait sous le soleil, que tout est vanité et affliction d'esprit. » (Eccles. II. 4-dT.)
Tout est vanité sur la terre.
Une jeune dame aussi distinguée par sa beauté que par ses talents se vit proche de sa fin, avant qu'elle ne le soupçonnât, comme il arrive souvent. Au début de sa maladie, on eut soin de lui cacher le danger qu'elle courait, ainsi qu'on a l'habitude de le faire dans un certain monde. Mais comme le mal empirait sans cesse, on dut se résoudre enfin à lui faire connaître sa si tuation et à lui conseiller de mettre sa conscience en ordre. Ce fut avec une vive émotion que la dame apprit
cette nouvelle et reçut cet avis; néanmoins la grâce ranima bientôt sa foi, elle offrit à Dieu le sacrifice de sa vie et exprima le désir de recevoir les derniers sacrements. Elle pria ensuite ses amies de venir la voir, et lorsqu'elles furent en sa présence, elle leur dit d'une voix mourante: « Mes amies! je vous ai priées de venir me voir, afin que vous reconnaissiez en moi la vanité de toutes les choses de ce monde. Il y a quelques jours, je brillais pleine de santé, j'étais couronnée de fleurs; demain peut-être je serais enveloppée dans un linceul. 0 mes amies! que ne vous est-il donné de voir les choses de ce monde avec les mêmes yeux que je les vois! Combien alors vous seriez détrompées sur les frivolités et l'aveuglement de cette vie terrestre, combien vous verriez clairement quil n'y a rien de solide, hormis servir Dieu! Mon heure est venue, la vôtre ne tardera guère; ne différez pas votre conversion ou votre préparation à la mort jusqu'à ce moment! C'est pour la dernière fois que je vous vois et vous parle en cette vie! Priez pour moi! Si Dieu, comme je l'espère, me fait miséricorde, je me souviendrai de vous devant lui. »
Quelque temps après, elle expira ; ses paroles demeurèrent profondément gravées dans le cœur de ses amies et ne restèrent pas sans produire des fruits. Puissent-elles nous exciter également à rentrer en nous-mêmes, il en est temps encore; si nous attendions davantage, qui sait s'il ne sera pas trop tard. (Philotée, 9e année, p. 167.)
Le monde passe avec ses plaisirs.
Que cette vérité devient sensible, quand on pense à ce prince de l'Orient, le calife Hescham, qui mourut à Raspha, l'année 742. Celui-ci laissa, après sa mort, sept cents coffres remplis de monnaie d'or. Dans ses écuries bâties avec la plus merveilleuse magnificence se trouvaient quatre mille chevaux. Ses garde-robes étaient tellement fournies de vêtements de luxe, d'étoffes de soie de la plus grande finesse, que pour les transporter, il fallut recourir à plus de six
cents chameaux. Et ces richesses inouïes que lui ont-elles rapporté? Pendant toute sa vie il n'épargna ni peines ni soucis pour les accumuler, il ne les posséda qu'avec de continuelles inquiétudes, et néanmoins avant sa mort il eut encore la douleur de voir que Valid, son neveu et successeur sur le trône, s'en empara, sans même lui laisser un aspre de cuivre. « Hélas, » soupirait-il en mourant, « c'est donc en vain que je me suis tourmenté pendant de si longues années; durant toute ma vie je n'ai donc été que le trésorier de Valid !» A peine eut-il fermé les yeux, que son palais fut pillé, et il ne resta pas même un bassin pour laver le corps inanimé, ni un linceul pour l'ensevelir. {Histoire de la religion par Stoiber g, tom. 24 p. 130.)
Le sage conseil.
Ce fut un conseil d'une haute sagesse que l'empereur Basile donna à son fils Léon, quand il lui dit: a Le palais que vous allez habiter, a été occupé par bien d'autres encore; mais malheureusement peu d'entre eux ont fait des efforts pour arriver à leur véritable demeure, au royaume du ciel. Quant à vous, mon bien-aimé fils ! ne cherchez pas seulement à gouverner ce royaume terrestre en toute justice, et à donner à votre peuple l'exemple des bonnes mœurs, mais efforcez-vous aussi par la pratique de toutes les autres vertus, à obtenir le royaume céleste comme un héritage! Aujourd'hui encore ce palais si vaste et si riche est votre propriété, demain peut-être il ne vous appartiendra plus, et aprèsdemain un autre peut en prendre possession, et ainsi successivement. Chaque habitation change si souvent de maître, que nul, en réalité, ne peut en être appelé le propriétaire ou le possesseur. C'est pourquoi cherchez par la pratique de toutes les vertus, à parvenir dans ce royaume, où il n'y a plus de changements, et où la mort n'a plus d'empire ; car en ce monde tout passe. » {Livre d'homélies de Brunner, 2 vol.)
h INTRODUCTION.
L'empereur Sévère. -
L'empereur Sévère, reconnaissant à l'heure de la mort, la vanité des grandeurs humaines, s'écria: t J'ai été tout ce qu'un homme peut être ; mais à quoi me servent en ce jour les plaisirs et les honneurs dont j'ai joui? » Tout occupé de ces idées, il ordonna d'apporter sous ses yeux l'urne qui devait renfermer ses cendres; et quand il la. vit, il la prit entre ses mains en disant: « Urne chétive, tu vas donc renfermer celui pour qui le monde était trop petit! » (Hist. Rom. de Laurent Echard, tom. VI.)
Char les -Quint.
Quand Charles-Quint, dégoûté des grandeurs mondaines, eut abdiqué le gouvernement de ses vastes Etats, pour se retirer au fond d'un cloître, il dit à Philippe II, en présence des grands de sa cour: « Mon fils! je te charge d'un fardeau bien pesant; je pose sur ta tête une couronne dont les fleurons sont entrelacés d'épines bien piquantes; l'éclat qu'elle produit est bien trompeur; en régnant, je n'ai pas goûté un seul moment de repos, et je n'ai eu aucun plaisir qui ne fut empoisonné. »
Le roi mourant.
Philippe II, roi d'Espagne, qui pouvait se vanter de ne pas voir le soleil se coucher sur ses Etats, lorsqu'il fut au lit de la mort, fit venir son fils, puis entr'ouvrant ses habits royaux, il lui montra sa poitrine dévoré par les vers, en lui disant: « Prince, voilà comment on meurt, et comment finissent les grandeurs de ce monde. »
Comparaisons.
« Ne mettez pas votre joie dans les richesses et les autres présents de la terre; car vous en serez dépouillé, pareil au
comédien qui, une fois descendu de la scène, dépose sa brillante parure. » [S. J. Chrysostôme.)
« Ne voyez-vous pas combien tout est puéril et ridicule, quand les jeunes garçons figurent dans leurs jeux une armée et se choisissent des généraux? Telles et plus ridicules encore sont les choses de ce monde qui existent aujourd'hui et demain ne sont plus. » (Ibidem.)
2. L'homme est créé pour Dieu et pour une éternité de bonheur.
Aveu de S. Augustin.
Certes, chaque homme doit sentir et sentira qu'il n'a pas été créé pour ce monde, ni pour les biens et les plaisirs passagers du monde, mais pour Dieu et pour une éternité de bonheur. C'est pourquoi S. Augustin fait ce magnifique aveu: « J'ai plongé mon esprit et mon cœur dans toutes les jouissances et les voluptés du monde, mais sans pouvoir m'y rassasier; je fus donc obligé de me tourner vers Dieu et quand je le possédai, je me suis écrié: Vous seul, Seigneur, êtes mon repos. » Une autre fois, il laissa échapper cette parole si connue et si saisissante: « C'est pour vous, ù mon Dieu! que vous nous avez faits, et c'est pourquoi notre cœur est agité, jusqu'à ce qu'il repose en vous. » (Confess. de S. Augustin.)
En Dieu seul se trouve le véritable repos et la vraie félicite.
Henri de Suzo se trouva un jour abandonné de tous les hommes, méprisé, dépouillé de tout ce que le monde estime. Malgré cela, il éprouvait une joie indicible au fond de son âme. Il se dit alors à lui-même: « Cœur bien-aimé! qu'est-ce donc qui vous remplit et vous pénètre d'une joie si sainte? » Et une voix intérieure lui répondit: « Le monde entier n'a rien qui puisse me réjouir. Non, ce ne sont pas des amis, ni des richesses, ni des honneurs, ni des plaisirs du monde qui me réjouissent ; mais l'unique cause de ma
joie,c'est que mon Dieu est si bon, c'est qu'il est mon seul ami, ma seule félicité. C'est en lui que je veux me réjouir avec humilité et crainte; à sa gloire je veux chanter des cantiques d'allégresse, quand même je serais rejeté du monde entier. » (Sermons au peuple tyrolien par Bède Weber, p. 241.)
S. Bernard.
S. Bernard disait fréquemment de lui-même: « Tout ce que le monde aime, tels que les plaisirs, les honneurs, les louanges et les richesses, sont des croix pour moi ; et tout ce que le monde envisage comme des croix, me plaît et me sourit. C'est avec des élans d'amour que j'embrasse ces croix. »
(Gr. Cat. 5e q.)
Les biens de ce monde nous ont été accordés surtout pour les employer à la connaissance et au service de Dieu.
De quelle manière nous devons user des biens et des richesses de ce
monde.
S. Clément d'Alexandrie s'exprime en différents endroits d'une façon remarquable sur les richesses et les biens de la terre, comme aussi sur l'usage qu'on doit en faire: « Les richesses, dit-il, sont des choses indifférentes en soi, ni bonnes ni mauvaises, comme la force et la beauté du corps. Cependant les biens temporels dont le superflu est proprement appelé richesse, sont un puissant moyen de faire une foule de bonnes œuvres recommandées par le divin Sauveur; tandis que la pauvreté, cet état où l'on est privé de tout bien, oppose souvent de grands obstacles à la vertu, occasionne de graves tentations et porte facilement à l'injustice, aux désordres, au découragement et même au désespoir; c'est pourquoi l'Ecriture sainte dit: « Ne me donnez ni les
DE LA FIN DE L'HOMME. li
richesses ni la pauvreté. » — Le Sauveur veut que nous renoncions aux biens de la terre en tant qu'ils s'opposent au service de Dieu.
Un homme riche qui fait un bon usage de sa fortune, et qui en outre ne montre ni orgueil, ni sensualité, ni ambition, qui, à l'exemple de Job, est disposé à perdre ses richesses sans murmurer, est par là même pauvre en esprit. — Souffrir la persécution, gémir et pleurer, cela seul ne nous rend pas saints, sinon quand c'est par amour de la justice. De même ils ne seront pas saints ceux qui s'appellent pauvres tout simplement, mais ceux qui le sont pour être justes.
Les richesses ressemblent à un serpent dont on peut s'emparer sans qu'on en souffre le moindre mal. Mais quand une main inexpérimentée veut le saisir, celui-ci l'entortille et la blesse; de même la richesse blesse celui qui ne connaît pas la véritable manière d'en user. Celui-là, au contraire, qui s'en empare et s'en sert dans une intention chrétienne, n'en souffrira aucun tort et restera intact. — Quel est donc celui qui doit être regardé comme un vrai riche? Certes, ce n'est pas celui qui est en possession des plus précieux trésors; car ce ne sont ni les diamants, ni l'or, ni les vêtements de luxe, ni la beauté du corps qui ont le plus de valeur, mais c'est uniquement la vertu. C'est pourquoi il est dit : « Préférez mes enseignements à l'argent, et la sagesse à Tor le plus pur; car la sagesse est meilleure que les perles, et toutes les pierres précieuses ne l'égalent pas. » [Prov. 8. 10-ld.) Ou bien, faudrait-il appeler riche celui qui a de l'argent en masse? En ce cas, il faudrait plutôt appeler riche, sa bourse sordide, puisqu'elle est la source de sa richesse. Non, le juste est riche, quand avec le peu qu'il a, il fait des aumônes ; on peut dire de lui avec l'Esprit-Saint : « Il a distribué ses biens, il les a donnés aux pauvres; sa justice subsistera dans tous les siècles. x> (Ps. CXI. 8.) — Par conséquent il ne s'appelle pas riche, celui qui possède beaucoup et garde tout pour lui, mais celui qui donne beaucoup. C'est l'aumône et non la possession des richesses qui rend saint. La demeure de la véri-
i2 INTRODUCTION.
table richesse n'est donc pas dans les coffres-forte, mais dans l 'âme de l'homme. Cette espèce de richesse ne s'acquiert pas par l'accumulation des trésors, mais c'est un don de Dieu. Celui auquel Dieu ne refuse rien, possède véritablement tout. Or Dieu ne refuse rien à l'âme juste et bienfaisante qui donne volontiers. » (5. Clément d'Alex.)
N'attachez pas votre cœur aux biens de ce monde.
Les écrivains de l'antiquité païenne, pour montrer combien on devait avoir de mépris pour les biens de la terre, racontent dans l'histoire d'Ulysse qui avait reçu de son amante Calypso, un vêtement du plus haut prix, qu'il s'empressa de le jeter loin de lui, quand il s'aperçut que ses mouvements pour nager en étaient embarrassés, et que le conserver s'était s'exposer à périr.
Un jour, nous raconte Théophraste, des philosophes se disputèrent pour savoir ce qu'il y avait au monde de plus grand, de plus désirable. L'un nommait le mont Olympe, un autre l'immense Océan, mais un troisième et qui était le plus sage, dit: « Ce qu'il y a de plus grand en cette vie, c'est une âme qui s'élève au-dessus des richesses et les méprise. » — Puisque Salomon, dans toute sa gloire et sa magnificence, dans ses ornements d'or et d'argent, ne pouvait se comparer en beauté à la fleur des champs, combien plus le cœur humain est-il incapable de pouvoir se rassasier aux plaisirs que donnent les biens éphémères de ce monde.
Lorsque S. Bernard apprit qu'on avait volé deux cents marcs d'argent destinés à rebâtir un de ses couvents, il se contenta de dire : «Dieu m'a débarrassé là d'un grand souci. » (Livre d'homélies de Brunner, //, p. 119.)
Un acte insensé.
Qu'il est donc insensé de sacrifier le ciel pour quelques biens terrestres. — Le roi Lysimaque, dévoré par la soif, se laissa faire prisonnier avec toute son armée, afin d'obtenir
un peu d'eau. A peine eut-il bu et sa soif fut-elle apaisée, qu'il se repentit de son acte inconsidéré et s'écria : « Qu'aije fait, pour une gorgée d'eau, j'ai vendu ma liberté et mon honneur, je suis devenu un misérable esclave ! » Voilà ce que diront un jour, au milieu d'affreux grincements de dents ceux qui, pour quelques vaines satisfactions terrestres, auront perdu le royaume de Dieu. {Ibidem.)
Comparaisons.
« Les biens de ce monde ressemblent à un couteau dont on peut se servir pour se suicider ou pour tuer les autres, mais qu'on peut employer aussi pour couper le pain qui doit nous sustenter. Le couteau en lui-même est bon ; tout dépend de la manière dont on s'en sert. » (Hunolt.)
a Les véritables serviteurs de Dieu doivent se conduire comme les oiseaux qui abaissent leur vol jusqu'à terre pour y prendre leur chétive nourriture, mais qui aussitôt après, s'élancent de nouveau dans les cieux. Ainsi les âmes saintes ne tournent leurs regards vers la terre que pour autant que les besoins de la vie matérielle l'exigent, mais aussitôt après, elles s'élèvent de nouveau en esprit vers le ciel, pour louer et bénir celui qui seul est grand et digne d'être aimé. » (S. Joseph de Cuperlin.)
« Il est des hommes d'une taille élevée, d'autres d'une taille très-petite. Or, parmi ceux-ci il s'en trouve qui veulent se faire plus grands en s'élevant à l'aide de leurs chaussures. Eh bien! de ces deux espèces d'hommes, quels sont ceux que .nous appelons grands? Sont-ce les premiers qui ont une grandeur naturelle ouïes seconds qui n'ont qu'une grandeur artificielle et empruntée? Il est évident que ce sont ceux à qui la nature a donné une taille élevée. Voilà cependant ce qui se passe fréquemment dans le monde; on y rencontre des personnes fières de leur argent et qui s'en font' un piédestal pour paraître grandes; mais ce n'est point là une véritable grandeur, puisqu'elle ne se trouve pas en eux. Celui-là seul est grand qui n'a pas besoin de richesses, qui
ii INTRODUCTION.
sait les mépriser; car il porte sa grandeur en lui-même. » (S. J. Chrysostôme.)
a Les voyageurs qui passent la mer, n'y vont pas puiser l'eau pour boire, ils ne lui demandent pas leur nourriture ou leurs vêtements, mais ils portent tout avec eux dans le navire; de même les chrétiens ne demandent pas leur nourriture et leurs vêtements spirituels à ce monde, mais au ciel. C'est de là qu'ils reçoivent la vie, et emportés sur le vaisseau de l'esprit de justice et de grâce, ils se rient des efforts conjurés de l'iniquité et de l'esprit de ténèbres. » {Philotêe.)
« Quand quelqu'un s'arrête pendant quelques jours dans une ville étrangère, il n'y achètera ni maison, ni jardin, ni autres propriétés, mais, s'il arrive dans une cité où il a droit de bourgeoisie, où il peut s'établir, il fera l'acquisition de ces biens. Voilà de quelle manière doit agir le chrétien relativement aux biens de ce monde ; non, il n'a point ici-bas de cité permanente, mais elle est dans l'éternité. Celle-là demande toute sa sollicitude; vers celle-là doivent tendre toutes ses pensées et tous ses efforts; car c'est là qu'il trouvera et pourra seulement trouver le bonheur. » [M, Faber.)
(Gr. Cal. 6-7e q.)
Ce n'est pas sans motif que Dieu nous prescrit de le connaître, de l'aimer et de le servir; il veut que nous le connaissions parce qu'il est l'étemelle vérité, que nous l'aimions parce qu'il est le souverain bien, le plus digne d'être aimé, et que nous le servions parce qu'il est le maître suprême. C'est pourquoi il rejettera loin de lui, pour toute l'éternité, ceux qui auront refusé de le connaître, de l'aimer et de le servir.
La montagne près de Naples.
L'histoire suivante nous fera comprendre le sort réservé à ceux qui servent le monde et refusent de servir Dieu. En
Italie, non loin de Naples, se trouve une montagne renommée par sa fertilité ; mais quand on questionne les habitants à son sujet, ils répondent aussitôt: « Ne vous y risquez pas, car vous pourriez y périr sans le soupçonner! » Le pied de la montagne est entouré de charmantes collines où règne un printemps continuel, où ne soufflent que des vents tièdes, de manière qu'à l'époque de Noël, lorsqu'ici nous sommes enfoncés dans la neige, là les vignes bourgeonnent et les amandiers fleurissent. Au-dessus de ces fertiles collines s'étalent de verdoyantes prairies où de nombreux troupeaux trouvent de riches pâturages, sans avoir à redouter les rigueurs de l'hiver. Mais si l'on interroge quelque pâtre sur ce phénomène, il se hâte de répondre : « Ne vous y risquez pas, car vous pourriez y périr sans le soupçonner! » Des personnes imprudentes, attirées par l'aspect fertile de cette délicieuse montagne, séduites par les vins exquis qui y croissent, bâtissent d'abord avec une certaine assurance, puis avec une hardiesse toujours croissante, leurs cabanes sur ses flancs. Ils commencent par labourer la terre, y jettent la semence dans les sillons et arrosent le germe des jeunes plantes. Fertilisée par la rosée du ciel, cultivée par la main industrielle de l'homme et favorisée par un printemps continuel, cette montagne se transforme en admirable jardin, où, durant toute l'année, on peut trouver en même temps et des arbres qui fleurissent et d'autres qui portent des fruits. Les personnes qui y demeurent, s'habituent peu à peu au danger et y vivent sans crainte; ils se nourrissent paisiblement des productions de leur sol et s'endorment sans le moindre souci à l'ombre de leur prospérité. Mais tout-àcoup, pendant que tous les habitants sont ensevelis dans un profond sommeil, la montagne entr'ouvre son cratère frémissant, vomit une pluie de feu, de souffre et délave incandescente qui retombent avec un bruit formidable sur toute la contrée qu'ils couvrent et où se perd en quelques moments le fruit de dix années de travaux et de peines. — Cette montagne est l'image du monde perfide qui ne cesse de nous flatter, et nous abandonne honteusement à l'heure où nous
iß INTRODUCTION.
le soupçonnons le moins. Il nous tend la coupe du plaisir et nous chante d'une voix pleine de séduction : « Bâtissez vos demeures sur mes lianes, et je vous rafraîchirai par les douceurs d'une vie heureuse; à mon ombre, plantez la tente de vos espérances, et je verserai l'abondance dans vos greniers et je remplirai vos vases de lait; laissez vos membres se rafraîchir au souille de mon zéphyr, et nulle maladie ne vous touchera, et l'âge de la décrépitude ne vous atteindra pas, et nul éclair livide ne s'approchera de votre toit. » Et vous prêtez l'oreille à la voix de cette syrène et vous avalez ce breuvage empoisonné et assoupissant qu'elle vous présente : vous vous endormez doucement, et pendant que vous dormez, vous échappe la couronne de l'immortalité! (Sermons de Bède Weber, p. 260.)
Le jeune homme revèche. (Parabole.)
Un homme riche possédait un jardin aussi vaste que beau. Partout s'élançaient des arbres au feuillage ombreux et serpentaient des ruisseaux limpides. Çà et là on voyait des coteaux plantés de vignes, partout s'offraient des fruits et des fleurs en abondance. Le père permit à son fils de demeurer dans ce charmant séjour, véritable paradis terrestre, jusqu'à la fin du printemps. Celui-ci passa bientôt, les fleurs disparurent, le soleil darda ses rayons brûlants, en un mot, l'été commença. « Viens, » dit le père, « viens, mon fils, dans la maison il fait plus frais, ici on étouffe au milieu d'une chaleur accablante. » « Mon père! répondit le fils, n'est-ce pas ici qu'il convient de passer la plus belle partie de l'année? Voyez, les grappes de raisins commencent à se colorer et à mûrir; je vous en prie laissez-moi ici jusqu'à ce que j'en ai fait la récolte, puis je retournerai joyeux à la maison paternelle. » Le père revient pour la troisième fois, et ne retourne chez lui que lorsque la neige et la glace de l'hiver ont couvert les campagnes. « Viens, mon fils! dit-il avant de partir, viens, il en est plus que temps, sans cela tu seras la victime du froid. » Mais celui-ci répond : « Je ne
redoute pas les inconvénients de l'hiver et si quelque danger me menace, je trouverai bien seul le chemin de la maison. » Le père s'en retourne tristement et s'attend à voir revenir son fils, mais c'est en vain. Le froid l'avait tué, il était mort victime de son entêtement.
0 hommes inconsidérés! ce fils c'est votre propre image, ce père c'est Dieu, ce jardin c'est votre vie, c'est le monde. Vous n'êtes que pour un peu de temps sur la terre afin d'y servir Dieu. Et cependant que faites-vous? Vous vous attachez à cette croûte terrestre, et vous refusez de la quitter quand Dieu vous appelle dans sa demeure paternelle pour l'y servir. Au temps de l'enfance, vous voulez vous amuser avec des fleurs; devenus jeunes hommes vous vous livrez aux rêves trompeurs de l'imagination; arrivés à l'âge viril vous vous abandonnez aux désirs violents de l'ambition; oui, devenus vieux, quand l'âge a glacé votre sang, vous ne voulez pas encore quitter la terre, vous vous nourrissez encore des souvenirs du passé et vous préférez mourir dans la froideur, dans l'éloignement de Dieu, plutôt que de servir ce grand Maître et de mourir heureux dans la paix du Seigneur. Hélas! combien d'entre nous éprouvent le sort du jeune homme dont il est parlé dans cette parabole, parce qu'ils méprisent la voix de leur Père céleste et préfèrent se damner éternellement en servant le monde, que se sauver en servant Dieu. {Eggert. La sainte Messe, p. 49-50.)
Comparaisons.
« Le poisson qui dévore la proie attachée à l'hameçon, y ronge avec joie, aussi longtemps qu'il n'a pas remarqué le fer acéré. Mais dès que le pêcheur tire l'hameçon à lui, le poisson se sent pris et montre par ses mouvements désespérés que toute la joie qu'il ressentait naguères, a disparu. Il en est de même de l'homme par rapport à ce monde où nous vivons; il jouit des biens qu'il y rencontre et se sent heureux en les goûtant ; mais ce bonheur est de bien courte durée; bientôt il n'éprouve plus que déchirements et dou-
leurs au sujet des choses dont i! avait joui et auxquelles il est resté attaché. » [S. Augustin.)
« Ceux qui chérissent les biens de la terre, s'attachent au monde et abandonnent Dieu; ils ressemblent au corbeau qui ayant trouvé des cadavres pour s'y rassasier, ne pensa plus à l'arche. » [Le card. Hugo. Explic. du Ps. 40.)
« Durant la tempête, le nautonnier jette par-dessus bord les marchandises les plus pesantes : et croyez-vous pouvoir entrer au port de la céleste patrie, tout chargé d'or et de biens? » (Angélus Silesius.)
« Le monde vit dans les scandales et sa gloire n'est pas de la gloire, mais un feu dévorant : Gardez-vous donc bien de vous élancer vers ce feu sinistre comme le phalène imprudent. Car si le monde vous attire tout d'abord par l'éclat de sa flamme, il vous dévorera aussitôt après, par l'ardeur de son feu. » (S. Anselme de Cantorbery.)
« Comme le navire dépourvu de son gouvernail, est jeté de coté et d'autre par le vent et les vagues, sans pouvoir se diriger, ainsi l'homme, une fois qu'il a perdu son Dieu, est entraîné quoi qu'il fasse, par le péché à sa perte. » (S. /. Chrysostôme.)
«L'âme qui a été enchaînée par un amour terrestre, a de la glu dans les ailes, ce qui l'empêche de voler; elle peut bien tomber dans l'abîme, mais nepeut s'élever au c\e\.y> (Hunolt.)
a Quiconque n'aime et ne sert que le monde, ne peut trouver de joie en Dieu, et comment alors arriver jusqu'à lui et parvenir au ciel! « Quand vous montrez à un lion des herbes verdoyantes ou des fleurs aux vives couleurs, vous ne réveillerez pas en lui le désir de manger, car de sa nature, il n'est pas porté à se nourrir d'herbes ou de fleurs. D'un autre côté si vous présentez à un bœuf un morceau de chair, il n'y touchera pas, car il n'est pas dans la nature du bœuf de manger de la chair. Il en est de même chez les hommes qui ne vivent que pour le monde; car parlez-leur des choses du ciel, non-seulement ils n'éprouveront aucun désir de les posséder, mais ils voudraient encore que vous n'en disiez mot. » [S. J. Chrysostôme.)
DE Là FIN DE ^ HO MME. 19
{Gr. Cat. 8e q.)
Par conséquent, la chose la plus nécessaire pour nous ici-bas, c'est de connaître Dieu, de l'aimer, de le servir et de sauver par là notre âme.
Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, ou bien : Que Dieu soit le but de toutes vos actions.
Cette importante vérité fut reconnue par tous les saints; ils cherchèrent avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Quand on chargeait S. Louis de Gonzague de quelque fonction, il se demandait aussitôt : quel rapport cette chose a-t-elle avec ma destinée sur la terre qui est de connaître, d'aimer, de servir Dieu et de sauver ainsi mon âme? Si elle n'en a pas, je n'ai point à m'occuper de cette affaire. Est-elle utile à mon salut, en ce cas je m'y dévouerai de tout cœur quand même elle serait pour moi une source de fatigues, de peines et d'humiliations; si elle est au contraire facile, agréable, attrayante, mais pleine de périls pour mon avancement spirituel, en ce cas je l'abhorre et la méprise. {Dans sa vie.)
De quelle utilité sera pour vous ce qui est sans utilité pour le ciel!
S. Térèse avait appris à connaître le prix de son âme et l'importance de son salut; sans cesse elle soupirait après la béatitude céleste; plusieurs fois dans le jour, elle se rappelait la gloire de son immortelle patrie ; aussi dans toutes ses démarches et ses entreprises elle se posait cette question : De quelle utilité sera-ce pour le ciel! Afin de se rappeler encore plus vivement cette pensée, elle avait un petit tableau qui représentait la Samaritaine conjurant le Sauveur de lui donner de cette eau qui jaillit jusque dans la vie éternelle; elle y avait fait tracer ces mots: « Seigneur, donnez-moi de cette eau ! » (S. Jean. 4. 13.) Dans tout ce qu'elle faisait, elle réfléchissait au sens renfermé dans ces quelques paroles et di-
sait : « Oui, Seigneur! donnez-moi un grand désir de cette eau, de cette grâce que vous ne refusez à personne ! » Cette pensée adoucissait toutes ses peines et la portait à considérer tout d'un point de vue surnaturel ; elle envisageait la croix comme une récompense, et avait pris pour règle de vie cette devise : « Ou souffrir ou mourir! » {Dans sa vie.)
{Gr. Cat. 9-10e g.)
Or, si nous voulons connaître Dieu, l'aimer, le servir et parvenir au ciel, nous devons 1° croire tout ce que Dieu a révélé, car c'est seulement par la foi que nous apprenons a bien connaître Dieu, 2° observer tous les commandements que Dieu nous a prescrit d'observer, et 3° employer les moyens de salut que Dieu a établis pour notre sanctification, puisque c'est par eux que nous obtenons les secours de la grâce nécessaires à notre salut.
Quel est le moyen le plus assuré de plaire à Dieu.
Nous lisons dans les instructions des Frères Prêcheurs de quellemanière un religieux, renommé pour son esprit et son éloquence, nourrissait chaque jour en lui le désir de bien servir Dieu ; il conjurait donc avec larmes la Majesté divine de lui révéler comment et de quelle manière il pourrait le mieux lui plaire, et voulait y parvenir, disait-il, dût-il lui en coûter la vie. Ce désir fut agréable à Dieu et il exauça la prière de son serviteur, car, un jour que celui-ci était absorbé dans la prière, il reçut cette réponse : « Crois, accomplis, emploie! » En entendant ces mots, le religieux resta interdit parce que, nonobstant tous les efforts de son esprit, il se trouva incapable d'en saisir le sens et de savoir ce qu'il avait à faire pour mettre en exécution ces ordres. La voix du ciel se fit donc encore une fois entendre et lui expliqua le sens mystérieux des trois mots de la manière suivante : « Crois tout ce que Dieu a révélé ; accomplis tous les commandements
que Dieu t'a prescrit d'observer, et emploie les moyens de sanctification que Dieu a établis pour ton salut. » Cette explication, il la comprit si bien, et la mit si bien à profit qu'il ne cessa de croître en grâce devant Dieu, d'attirer sur lui les complaisances célestes, jusqu'à ce qu'il reçut la récompense due à ses mérites et à ses vertus. Allez de même à cette école où Dieu donna des leçons si belles et si faciles à son fidèle serviteur; réglez sur elle votre conduite, c'est ainsi qu'à votre tour vous plairez à la Majesté divine et que vous parviendrez au ciel.
// faut que l'homme ait de la religion.
Le célèbre écossais Buchanan avait passé toute sa jeunesse dans une complète indifférence pour son salut. Les premières impressions salutaires qu'il éprouva, il les dut à sa conversation avec un montagnard de l'Ecosse. Celui-ci lui avait demandé: « Mon ami! quelles sont vos convictions religieuses? » — « Je n'en ai pas, » répondit Buchanan avec la légèreté naturelle à la jeunesse, « je suis sous ce rapport comme une feuille de papier blanc. » Le paysan le regarda d'un air sérieux et lui dit: « En ce cas, mon ami! prenez-y bien garde, car le diable pourrait y inscrire son nom. » Ces quelques paroles firent réfléchir Buchanan, qui dès ce moment n'eut plus de repos jusqu'à ce qu'il eût trouvé la vérité et fut devenu par la grâce de Dieu un véritable chrétien, un dévoué serviteur de D\eu.(Philotée.) — Cela prouve que nous devons avoir de la religion si nous voulons nous sauver; car la religion qu'est-ce? sinon le lien vivant qui unit l'homme à Dieu, qui a son origine dans la foi, la charité et la grâce, et qui se conserve par la fidèle observation des commandements divins.
{Gr. Cat. H-45eg.)
Les vérités que nous devons croire, les commandements que nous devons observer et les moyens de salut que nous devons employer, nous apprenons à les connaître
convenablement au moyen de la doctrine chrétienne et surtout par le catéchisme qui contient en abrégé la doctrine chrétienne par demandes et par réponses et qui se divise en trois parties, dont
la première traite de la foi,
la deuxième des commandements,
et la troisième des moyens de salut, c'est-à-dire des sacrements et de la prière.
Le catéchisme doit être pour vous un livre de la plus grande valeur.
Un célèbre professeur de l'Université de Paris, connu par ses doctrines rationalistes, écrivait, il y a quelques années, les mots suivants: « Il y a un petit livre que les enfants apprennent par cœur et sur lequel on les interroge à l'église; lisez-le, c'est le catéchisme. Vous y trouverez la solution complète de toutes les grandes questions vitales que j'ai posées. » (Voyez le dernier ouvrage de Th. Jouffroy.)
Le paysan breton ou le respect pour le catéchisme.
Pendant la première révolution, dit Trevaux dans son histoire de la Bretagne, des hordes de républicains pourchassaient les prêtres non assermentés et exerçaient contre eux dans toutes les parties de cette province les plus affreuses cruautés; mais cette persécution ne fit que raffermir les esprits et fournit à toutes les classes de la société l'occasion de montrer la fermeté dans la foi de leurs pères. On avait trouvé au village du Chêne, chez un fermier appelé Chantebel, un petit catéchisme qui contenait des doctrines de controverse à l'usage des fidèles et montrait en même temps comment il fallait se préserver du schisme et de l'apostasie. Le possesseur du petit livre fut donc conduit en prison et une sorte de comité décida que Chantebel devait brûler lui-même son catéchisme en public. « Mon catéchisme est bon, » répondit-il, « si l'on veut qu'on commence par me brûler moi-
même, car jamais je ne consentirai à brûler un livre qui contient les principes delà vraie foi. » Il fut conduit au milieu des huées par les rues de Martigné, mais rien n'ébranla son courage, et au milieu de la populace qui le poursuivait de ses brocards, son épouse lui criait: « Tiens bon, c'est pour le bon Dieu, il t'en récompensera. »
Suer a le et le jeune homme franc.
Ce sage illustre que les Grecs regardaient comme le plus grand de leurs philosophes et qu'ils vouèrent néanmoins à la mort parce qu'il condamnait leurs superstitions, Socrate vit un jouf arriver dans la portique d'Athènes un jeune homme dont la physionomie spirituelle et pleine de franchise attira son attention. En même temps il l'arrêta avec son bâton, afin d'engager avec lui un de ces dialogues dont la forme et la méthode portent encore aujourd'hui son nom. Il le questionna d'abord sur des choses banales, sur les contrées où l'on pouvait se procurer du pain et d'autres denrées alimentaires, sur les ateliers et les magasins où l'on avait fabriqué tels objets d'art et de commerce. Le jeune homme répondit convenablement à toutes ces questions, et quand il eut fini, Socrate changeant de ton, lui demanda alors où l'on trouvait des braves gens, où l'on achetait la sagesse et les mœurs pures, où l'on formait les hommes prudents et vertueux? Le jeune homme lui assura qu'il n'en savait rien. « En ce cas, mon ami, suis-moi, dit Socrate, et tu le sauras. » Dès ce moment, le jeune homme devint un des disciples du grand philosophe et pour montrer combien il fût digne du maître qui, le premier parmi les sages de la Grèce, apprécia l'homme à sa valeur morale, il suffit de citer le nom du célèbre Xénophon. (Veilh.)
Parmi ceux qui sont chrétiens de nom, il s'en trouve beaucoup qui ressemblent à ce jeune homme. Ils possèdent une foule de connaissances dans les sciences humaines, les fabrications, les arts, etc., mais quand il s'agit de la science religieuse, ils sont complètement ignorants; à peine s'ils sa-
•2'l INTRODUCTION.
vent encore répondre à l'une ou l'autre demande du Catéchisme. Puissent-ils, à l'exemple de ce jeune homme, montrer les mêmes dispositions et le même zèle pour chercher la véritable sagesse, l'apprendre et la pratiquer.
Rien de plus fâcheux que l'ignorance en fait de religion; de là vient qu'on se permet si souvent de la mépriser et de la ridiculiser.
Ignorance en matière de religion.
Un religieux se trouvait un jour en voiture avec deux jeunes officiers. Ceux-ci commencèrent aussitôt à parler de la religion d'une façon injurieuse. Ils semblaient s'en amuser beaucoup, y mêlaient des railleries piquantes et avançaient tout ce qu'ils savaient et ne savaient pas. Le religieux qui avait lout écouté, sans dire mot, rompit le silence et amena peu à peu la conversation sur le terrain de l'art militaire, mais il en parla d'une manière si saugrenue, que les officiers ne purent s'empêcher d'en rire. « Messieurs, leur dit-il, voilà ce que valent vos raisonnements sur la religion. Je prétendais seulement vous montrer qu'on ne se rend jamais plus ridicule que lorsqu'on parle de choses dont on n'a aucune connaissance ou que des connaissances superficielles.» Les officiers tout confus ne surent que dire pour s'excuser et furent un peu plus réservés dans leurs paroles pendant le reste du voyage. C'est ainsi que nous entendons journalièrement une foule de gens se moquer de la religion et d'autres objets sérieux, sans qu'ils en connaissent goutte ou y comprennent quelque chose.
Comparaisons.
« II ne mérite pas le nom de docteur celui qui n'est pas instruit dans les sciences; il est incapable de conduire une armée celui qui n'entend rien au maniement des armes; il ne doit pas être appelé artiste celui qui ignore son art; à plus forte raison ne peut-on nommer chrétien celui qui ne
connaît rien de Jésus-Christ ni du christianisme. » (Le card. Bona.)
Pratique, a) Pensez souvent à votre fin dernière. b) Servez Dieu en tout temps, conséquemment aussi pendant les années de votre jeunesse, c) Ecoutez avec zèle et attention les instructions chrétiennes et apprenez avec autant de plaisir que d'amour votre catéchisme!
Pensez souvent à votre destinée et à votre fin.
Rien ne nous est plus salutaire que de penser souvent à notre destinée. La sœur Marie Bonaventura, religieuse dans le célèbre monastère de Torre de Specchi, avait reçu de Dieu toutes les qualités qui peuvent illustrer une personne, je dirais une grande dame qu'elle était, plutôt qu'une excellente religieuse telle qu'on l'a connue. Car à la noblesse de son origine, à sa grande beauté, à la vivacité de son esprit, à l'affabilité de ses manières et à la sublimité de son génie, elle unissait la science qu'elle avait acquise en se livrant à l'étude des belles-lettres. Mais en ne joignant pas à des dons si précieux ce qui appartient plus proprement à une religieuse cloîtrée, la retraite, la dévotion, l'amour de la prière, l'exactitude des observances monastiques, tous les autres avantages dont nous avons parlé n'avaient aucun prix, comme des joyaux qui ne seraient pas accompagnés de l'émail qu'on y ajuste. Cependant ses compagnes du monastère ayant voulu se mettre en retraite pendant quelques jours pour méditer sur les vérités de la foi, en suivant les exercices spirituels de S. Ignace, la sœur Bonaventure qui ne goûtait pas du tout de tels exercices spirituels, se mit à les railler en leur tenant ces propos frivoles : « Retirez-vous dans la solitude, partez pour le désert. Quant à moi, je me contente d'être religieuse, et ne suis pas d'avis de me faire anachorète. Faites-vous toutes des saintes; allez-vous mettre en extase, vous qui êtes toutes d'une nature spirituelle ; pour moi qui suis d'une nature corporelle, je veux rester sur la
CATÉC.» PRATIQUE. T. I. 2
terre exclusivement livrée à mes occupations habituelles. » Malgré toutes ces plaisanteries, elle alla pourtant, par une inspiration de Dieu, a la première méditation de cette retraite. On y méditait sur la fin pour laquelle l'homme a été créé de Dieu. La sœur Marie Bonavenlure appliquait toute l'attention de son esprit pénétrant à la considération de de cette grande maxime. L'impression qu'elle en reçut fut si profonde qu'aussitôt, allant se prosterner aux pieds de son directeur, elle lui adressa ces quelques paroles pleines d'un grand sens qui compense leur brièveté: « Mon père, il ne m'appartient plus de traiter familièrement avec Dieu, je viens de découvrir ce que Dieu déteste en moi et ce qu'il veut de moi. Je veux me rendre sainte. Je n'ai pas dit assez; je veux devenir une grande sainte et je veux que cela se tasse promptement. » Elle allait ajouter d'autres paroles, mais elle fut obligée de donner un libre cours à ses larmes. Sa langue cessa donc de parler, mais ses actions furent désormais toute son éloquence, et s'étant retirée dans sa cellule, elle écrivit et déposa au pied de son crucifix une dotation totale de son être sans exception. Puis elle se dépouilla de tout ce dont elle s'était parée pour satisfaire sa vanité, elle enleva de sa cellule tout ce qui lui semblait superflu, et elle se livra à un genre de vie toute retirée, pieuse et mortifiée: elle y persévéra jusqu'à sa dernière heure. — Vous voyez par là combien il est utile et nécessaire de penser sérieusement à votre destinée, à votre fin. (ScaramcHi.)
Servez Dieu durant votre jeu?iesse.
Les anciens racontent d'un voyageur qu'il avait promis d'offrir à Mercure la moitié de tout ce qu'il trouverait, comme à l'auteur de ces profits inattendus. Un jour il trouva sur sa route un sac rempli de magnifiques noix. Il les croqua, les mangea et s'en alla déposer les écailles sur l'autel du dieu Mercure. Ne font-ils pas de même, ces chrétiens qui sacrifient le temps de leur jeunesse au service du monde, à la volupté, aux plaisirs et réservent les jours si tristes et si incertains de la vieillesse, au service de Dieu?
Ainsi n'agit pas S. François Régis. Ce vertueux jeune homme s'était habitué dès sa jeunesse à se lever pendant la nuit et à se rendre, à la dérobée, à la chapelle domestique pour y prier. Un de ses compagnons l'ayant remarqué, le dénonça au directeur. Mais celui-ci répondit : « Je vous en prie, ne troublez pas les entretiens de cet ange avec son Dieu! Ce jeune homme est un saint et je me trompe fort si un jour on ne célèbre pas sa fête dans toute l'Eglise. »
Le supérieur ne se trompa point ; ce qu'il avait prédit, arriva; car, en règle générale, les hommes montrent dans leur jeunesse ce qu'ils seront dans un âge plus avancé, selon ce proverbe: « L'arbuste montre de bonne heure quel arbre il sera plus tard. » Qu'avons-nous à attendre d'une jeunessequi aime mieux s'occuper du monde que de Dieu, et qui, grâce à des maximes perverses, est généralement détournée du service de Dieu? Puissent les parents et les enfants, les vieillards et les jeunes gens se prononcer pour Dieu et ne plus s'attacher avec autant d'acharnement à la terre, à ses biens, àses plaisirs! Après tout, le choix et le sacrifice que Dieu vous demande, sont-ils si difficiles?Ecoutez lesparolesénergiquesde S. Bernard : « Le monde nous crie : « je marche à la destruction;» la chair nous crie: a je vous souille;» le démon nous crie : « je vous trompe; » et Dieu nous crie : ce je vous rends heureux;» — le choix est-il difficile?? !
Apprenez et écoutez avec autant de zèle que d'attention les instructions chrétiennes.
Convaincues qu'elles étaient de l'importance, de l'utilité du catéchisme comme de son enseignement, les âmes pieuses, animées du désir de leur salut, ont toujours assisté avec joie, oui je dirai avec un saint empressement à l'enseignement de la doctrine du salut. Nicodème, un disciple secret de Jésus, et qui s'était adressé à mainte doctrine des sages du monde, rencontra dans celle du Sauveur, une telle satisfaction intérieure, qu'il alla le trouver pendant la nuit pour se faire instruire des vérités éternelles. — S. Martin, lorsqu'il n'avait encore que dix ans, se glissa, malgré la défense de son père idolâtre, chaque fois qu'il le pouvait, dans les lieux où
se donnait l'instruction chrétienne. Quel grand et saint évêque ne devint-il pas dans l'Eglise de Dieu?— S. Ignace de Loyola était le fils d'une famille distinguée et occupait un poste d'honneur dans l'armée espagnole; cependant il ne rougissait pas, quoiqu'il eût déjà trente ans, d'assister à Barcelone au catéchisme. 11 trouvait que la doctrine chrétienne était belle et utile.
fjlrtmürt partie*