I . Qui donc a la missio)i d'enseigner
— L'Eglise a reçu de son divin Fondateur la mission d'enseigner les vérités surnaturelles. Elle a le devoir d'apprendre aux hommes ce qu'ils doivent croire et ce qu'ils doivent pratiquer pour atteindre leur fin. Elle n'a pas de mission directe pour répandre les connaissances humaines, pour faire avancer les peuples dans les arts et les sciences. Mais sa grande mission de charité l'y porte indirectement dans l'intérêt des populations auxquelles ces sciences seraient souvent parcimonieusement enseignées par l'action des familles, des corporations et de l'Etat.
La mission d'enseigner incombe aussi manifeste-
ment aux parents. Elle ne fait qu'un avec le devoir qu'ils ont de former et d'élever leurs enfants. La divine Providence a constitué la famille afin que les parents développent tous les germes de formation qu'ils trouvent dans la nature de l'enfant.
L'État a-t-il aussi la mission d'enseigner? Il importe ici de distinguer. L'État a une mission directe pour les fonctions qui sont essentielles à sa charge, pour maintenir la paix entre les citoyens, pour assurer l'ordre public, pour défendre la société contre les attaques du dehors. Pour le reste, pour le développement intellectuel et temporel des peuples, il a une mission complétive, une mission pour les causes majeures, quand l'initiative des particuliers et des corporations est insuffisante. L'État n'est pas seulement le défenseur de l'ordre et de la paix, c'est aussi la plus vaste et la plus universelle des corporations. C'est une corporation d'ordre supérieur, qui ne doit pas tout entreprendre, parce qu'elle le ferait mal, mais qui doit suppléer à l'insuffisance de l'action communale, provinciale et corporative. S'agit-il, par exemple, de fonder des universités ou des écoles, des hôpitaux, des routes ou des canaux, l'initiative des communes, des provinces, des associations y suffira en partie et l'iùat n'aura qu'à les encourager. Mais si le besoin est urgent et l'initiative lente ou in-
suiTisanle, l'Etat pourra agir. L'État, la province, la commune sont tout indiqués pour suppléer à l'action des familles et lui venir en aide quand cette action demande une mise en œuvre de moyens assez complexes. L'État et la commune ont aussi un intérêt propre à la bonne organisation de l'enseignement et à la diffusion des connaissances utiles. Et cet intérêt justifie amplement leur action complétive de celle des familles.