Quelles sont les réformes à demander
— Un régime successoral, conforme au bien commun de la société, évitera les inconvénients du partage forcé et ceux de la liberté illimitée.
Il réservera aux enfants une part obligatoire. Cette part ne doit pas être trop élevée, pour ne point entamer dans une trop large proportion la liberté de tester : par exemple, la moitié de la fortune serait laissée à la libre disposition du père de famille. De cette manière, le père pourrait transmettre à un seul enfant la plus grande partie de sa fortune, en tout cas l'industrie ou le patrimoine foncier, sans obliger l'héritier à de trop fortes indemnités.
En dehors de la réserve obligatoire, le père pourrait partager sa fortune entre ses enfants comme il l'entendrait, afin d'éviter le morcellement exagéré des propriétés. Il pourrait statuer que la réserve serait payée en argent.
Les droits de succession devraient être fixés de manière à exempter le foyer familial, dont la conservation par la famille a pour l'Etat lui-même un inté-
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rêt si grand par la perpétuité des traditions, des mœurs et l'intés^rité de la race.
Coopération et participation.
I. Que penser de ces formes nouvelles de l'organisalion du travail?
— Ce sont là des formes démocratiques de l'organisation du travail. On ne peut pas soutenir qu'elles sont nécessaires et qu'elles sont les seules bonnes, pas plus qu'on ne peut donner la république comme la seule forme légitime de gouvernement politique. Mais nous pensons que ces organisations nouvelles du travail ont pour elles l'avenir.
Le salariat est légitime en soi. Il a toujours existé, il existera toujours pour certaines professions. Dans l'industrie, on regarde le salariat comme un forfait, comme une sorte d'assurance. Le travailleur reçoit une rétribution fixe. Il n'a point de part aux bénéfices de l'entreprise, mais il est exempt des risques en cas de perte.
Le salariat a succédé au servage. C'est un régime plus libéral. Les travailleurs s'en seraient accommodés longtemps encore, s'ils n'avaient rencontré que des patrons équitables et chrétiens.
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Deux choses surtout irritent les salariés : le luxe des patrons parvenus à la richesse et la rigueur avec laquelle ils exécutent le contrat de travail.
Les patrons chrétiens gardent une vie plus simple et n'offusquent pas les travailleurs par un luxe de décadence. Ils savent bien aussi que dans les années de prospérité, l'équité demande des adoucissements au contrat de salaire. Ils ne se refusent pas à élever le salaire quand ils le peuvent, et ils fondent des institutions diverses qui viennent suppléer à la faiblesse de la rétribution du travail, par exemple les maisons d'oiivriers, les caisses de secours, les assurances diverses, etc.
Avec ces adoucissements dus à l'esprit chrétien, le patronat se fait aimer. C'est le régime monarchique dans l'usine. Il y pourrait régner longtemps encore, quoique le développement de la civilisation chrétienne tende à établir peu à peu le régime démocratique dans la vie économique comme dans la vie politique. C'est du moins notre humble avis, et nous pensons que Léon XIII avait en vue cette évolution nécessaire quand il signalait dans son Encyclique « l'opinion toujours plus grande que les ouvriers conçoivent d'eux-mêmes », à la suite sans doute de la diffusion de l'enseignement, et comme conséquence des sentiments d'humanité et d'égalité
qui naissent de la civilisation et de l'Évangile luimême.
Mais plusieurs circonstances accidentelles sont venues soulever l'antipathie des travailleurs pour le salariat.
Léon XIII signale les abus du patronat et le règne du capitalisme « qui fait affluer les richesses dans les mains du petit nombre, à côté de l'indigence de la multitude ». Il faut y ajouter la réaction contre l'individualisme qui écrase les travailleurs depuis un siècle surtout, et le développement del'anonymat, qui a supprimé le véritable patronat.
Il y a donc une tendance chaque jour croissante au développement de l'association dans l'industrie et le travail; et l'association prend souvent la forme de coopération ou de contrat de participation aux bénéfices. Ce régime du travail a des partisans ardents. Ils ont une propagande puissante, des revues, des congrès, des almanachs populaires.
Les travailleurs peuvent s'entr'aider par la coopération et tenir tète au capitalisme. Un intéressant exemple de coopération etdeiiarticipation aux bénéfices est celui du Familistère de Guise. Il a toutefois des côtés très défectueux : ses logements en caravansérail favorisent l'immoralité ; et l'élément religieux y faisant absolument défaut, lepersonncl des travailleurs
manquerait complètement du ressort des vertus chrétiennes, si des mauvais jours venaient pour l'industrie de la fonte qu'on exploite à Guise.
Nous parlons, bien entendu, dans ce paragraphe des coopératives de production. Quant aux coopératives de consommation, elles ne sont pas un mode particulier d'organisation du travail, mais seulement, pour les travailleurs, un moyen de se procurer à meilleur compte les objets de consommation quotidienne.
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