‹ Catéchisme socialChapitre 90 sur 100 · VI · texte numérisé non relu

VI

« Si quelqu'un n'a pas soin des siens et de ceux de sa maison, il est pire qu'un infidèle, s (S. Paul aux Rom., V.)

« je ne souffrirai pas que mes serviteurs parlent le langage de l'impiété, de l'injustice et du libertinage. » (Psaumes.)

Les maîtres ont des devoirs tant positifs que négatifs.

Pour ce qui est de l'entretien des domestiques, des heures de travail et de récréation et des locaux d'habitation, ils doivent prendre les mesures nécessaires eu égard à la santé, à la moralité et à la religion des serviteurs. En cas de maladie, ils doivent leur fournir l'assistance et les soins médicaux nécessaires.

Ils doivent leur laisser le temps convenable pour s'acquitter de leurs devoirs envers Dieu, spécialement les jours consacrés à Dieu.

Ils leur doivent l'exemple de la vie chrétienne.

Ils manquent à leurs devoirs : s'ils les surchargent

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de travail clans un intérêt sordide; s'ils les accablent de réprimandes avec une humeur dure et chagrine; s'ils k-s traitent comme des esclaves et sans jamais compatir à leurs faiblesses et à leurs peines ; s'ils les rendent témoins de leurs dérèglements et les y font participer ; s'ils montrent envers eux une indulgence molle et une lâche tolérance qui les autorise dans leurs vices. (Couf. Bourdaloue.)

Les commerçants.

Le premier devoir du commerçant est la loyauté. Il peut sûrement louer sa marchandise et en dire largement tout le bien qu'elle mérite, mais il ne peut pas aller jusqu'à tromper sur la matière, sur la provenance, sur la quantité, sur le poids.

Il s'expose, en dissimulant des défauts importants dans l'objet vendu, à faire une vente qui sera nulle soit en équité, soit devant la justice.

Il n'a pas non plus toute latitude pour le prix. Jamais ni la théologie ni le bon sens vulgaire n'ont pensé qu'un commerçant ou un fabricant puissent vendre leurs marchandises ou leurs produits à tout prix. Tout acheteur qui a payé trop cher dira spontanément : 4 J'ai été volé. »

Il y a un juste prix, tous les moralistes en conviennent. Le juste prix est fixé par l'estimation commune, par la conscience publique. Dans les siècles de foi, sous le régime social chrétien, il était souvent fixé par l'Eglise ou par les corporations.

Le juste prix clans le commerce comprend le coût des marchandises, les frais, les risques, le gain modéré du commerçant. Dans l'industrie, il comprend la matière première, les salaires des ouvriers, l'amortissement de l'outillage, le salaire de l'industriel et même le profit modéré du capital.

Il y a un prix moyen déterminé par l'usage ; un prix minimum, au-dessous duquel le vendeur est frustré; un prix maximum, au-dessus duquel l'acheteur est volé.

Cette différence des prix est le champ clos du marchandage. C'est là qu'en viennent aux prises toutes les habiletés du commerce.

Ce terrain de lutte paraît s'être élargi avec le développement du commerce. Saint Liguori faisait varier de 95 à 105 le. prix d'une marchandise dont la valeur moyenne était cotée par le nombre 100. Le R. P. Lchmkuhl dit qu'aujourd'hui il faul élargir les limites entre 90 et iio. C'est une latitude de jo 7o-

Les accaparements opérés par de puissantes sociétés ou par quelques spéculateurs groupés en syn-

dicats ont pour but et pour effet de fausser les prix d'une marchandise déterminée pour exploiter tout à l'aise les consommateurs. Cela peut passer pour de l'habileté; en réalité, c'est le vol en grand.

Magistrats.

Eux aussi, qu'ils appartiennent à l'administration ou à la justice, ont des devoirs positifs et négatifs.

Ils doivent acquérir et entretenir la science compétente, Ilsdoivent donner aux affaires qu'ils traitent un soin suffisant et proportionné à leur importance.

Ils doivent exercer, s'il y a lieu, la justice dislributive, en tenant le compte nécessaire des droits et des mérites de chacun.

Ils ne doivent pas faire acception de personne, ni favoriser par conséquent, aux dépens du droit ou de l'équité, ceux pour qui ils auraient de plus grandes sympathies politiques ou religieuses, ou avec lesquels ils seraient unis par des liens de secte ou de société secrète.

Vendre les faveurs administratives ou les décisions judiciaires, c'est de la concussion.

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Officiers et soldats.

II y a pour eux le devoir professionnel et le devoir moral.

L'activité, l'obéissance, la discipline sont nécessaires. Le sentiment de l'honneur et du patriotisme ne le sont pas moins : non pas le patriotisme dur et sauvage des païens, mais le patriotisme chrétien, tempéré par la charité dans la paix, par la pitié pour le blessé et le vaincu dans la lutte.

Le devoir professionnel n'est pas tout, il y faut joindre le devoir moral et religieux.

Le soldat doit être chrétien. La patrie elle-même y a intérêt. Le soldat vraiment chrétien est plus discipliné, plus désintéressé, plus vaillant.

Le soldat doit être apôtre aussi, au moins par l'exemple.

L'officier et le sous-ofûcier ont des devoirs plus graves encore. Ils peuvent et ils doivent faire le bien par leur exemple et leur influence. Ils peuvent empêcher beaucoup de mal et ils le doivent. Que de blasphèmes, que de désordres une surveillance sérieuse peut supprimer! Et n'est-co pas aussi l'intérêt de la patrie qui a besoin de ^e ménager la protection divine ?

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Capitalistes et rentiers.

La morale chrétienne s'intéresse à la manière dont on acquiert ou dont on conserve le capital, et aussi à la façon dont on en dispose.

Jamais ou n'a le droit de mettre ses capitaux dans une affaire malhonnête sans autre souci que celui de l'intérêt ou du dividende.

L'emploi du numéraire peut servir la cause catholique ou profiter à nos ennemis; de là l'utilité de faire un choix judicieux des ouvriers et fournisseurs que l'on emploie ; de favoriser les magasins fermant le dimanche.

Le rentier doit se charger de toutes les tâches qui, bien qu'étant de première importance dans la société, ne sont pourtant pas rémunérées et sont, par conséquent, difficilement accessibles à ceux qui sont assujettis à la poursuite du pain quotidien.

Innombrables dans toutes les villes sont les œuvres d'assistance, de prévoyance, d'instruction, de récréation, pour lesquelles on réclame à grands cris des hommes et pour lesquelles on a tant de peine à en trouver. Les rentiers devraient être les membres-nés de tous les comités, et ce n'est pas en

se faisant prier qu'ils devraient y aller, mais en accomplissant humblement un devoir. Dieu leur a donné leur salaire d'avance, mais il ne les dispense pas de le gagner.

Rien que la politique, dans un pays de suffrage universel, serait une tâche assez vaste pour absorber l'activité des rentiers. Faudra-t-il leur rappeler, pour les stimuler, que la mauvaise politique menace chaque jour davantage leur situation, sinon leurs personnes elles mêmes?

Actionnaires.

Nous touchons des dividendes pour nos actions de chemins de fer, de mines, de sucreries, de distilleries, de fonderies ou d'autre chose, assurons-nous que cet argent est pur de tout alliage usuraire. Intervenons dans les réunions d'actionnaires, exigeons le respect des droits de Dieu et des droits sacrés de l'ouvrier, et, si nous ne pouvons pas l'obtenir, passons la main à d'autres et plaçons notre argent ailleurs.

Dans les sociétés anonymes, les actionnaires n'ont aucun pouvoir d'administration ni de direction, mais ils ont des pouvoirs en quelque sorte supérieurs à

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ceux-là. Ce sont en effet les actionnaires qui nomment les administrateurs ; c'est à eux aussi qu'il appartient d'approuver ou de désapprouver la gestion des mandataires qu'ils out nommés.

Le plus souvent des administrateurs et commissaires hostiles à la religion ont été nommés, parce que la plupart des actionnaires ne se donnent pas la peine d'assister aux assemblées générales dans lesquelles ont iieu les élections.

Evidemment, dans une affaire industrielle, il faut choisir les membres des conseils d'administration et de surveillance parmi les plus capables, les plus expérimentés en industrie, parmi ceux, en définitive, qui peuvent assurer la bonne marche de l'affaire. Mais est-il nécessaire pour cela de ne prendre que des gens qui useront de l'immense influence que leur donne leur situation dans l'affaire, pour faire une guerre acharnée à la religion, pour nommer un directeur et des employés irréligieux, lesquels à leur tour, s'inspirant de l'exemple et des idées de leurs maîtres, seront ouvertement hostiles au clergé, aux écoles catholiques, aux œuvres ouvrières ?

L'influence électorale des grandes sociétés est énorme. Lors des élections, cette influence peut être décisive dans un sens ou dans l'autre.

Ne sont-ce pas les directeurs et les employés libé-

raux des grandes sociétés industrielles qui, ayant détruit par leur exemple et leur influence tout sentiment religieux dans le cœur des ouvriers, en ont fait, inconsciemment sans doute, des socialistes et des révolutionnaires ? Ces ouvriers se sont montrés plus logiques que leurs maîtres, et puisqu'on leur enlevait à la fois les consolations de la religion et la protection de toutes les règles chrétiennes de justice et de charité, ils veulent maintenant s'assurer les jouissances de ce monde par n'importe quel moyen. On le voit, l'abstentionisme des actionnaires catholiques aux assemblées a des conséquences désastreuses, et, si ce n'est pas une véritable faute grave dans bien des cas, c'est tout au moins la perte inexcusable d'une occasion de faire un très grand bien et de servir en même temps les intérêts de la religion et de la société.

Les ingénieurs et chefs d'usine.

L'usine comme la société civile peut avoir une organisation plus ou moins démc^ratiquc. Quand le patron est propriétaire de l'usine, quand les coutumes du patronat traditionnel sont conservées, c'est une petite monarchie.

Le patronat s'est affaibli par ses propres défaillances d'abord, par l'ascension intellectuelle des ouvriers, puis [)ar Torganisation des sociétés anonymes. Dans quelques années peut-être, les coopératives et les sociétés de participation auront remplacé les sociétés anonymes. Le chef d'atelier sera un directeur choisi par ses collègues, primus inter pares. 11 n'y aura plus qu'un vestige du patronat. Nous serons sous le régime de la démocratie industrielle.

Entre ces deux extrêmes, il y a toute une échelle de nuances. Les devoirs du chef d'industrie varient suivant que le régime de l'atelier se rapproche plus ou moins de la monarchie sociale ou familiale. Ainsi s'expliquent bien des dissentiments entre moralistes, sociologues, patrons et ouvriers.

Quelques-uns ayant en vue l'atelier d'autrefois, dont on retrouve encore d'ailleurs quelques spécimens, attribuent au patron de grands droits et de grands devoirs. D'autres, ayant en vue le patronat diminué du régime démocratique, refusent ces droits aux patrons et les libèrent de ces devoirs.

Pour être juste, nous ne pouvons qu'indiquer les devoirs du patronat complet, en faisant remarquer qu'ils vont s'atténuant à mesure que l'atelier prend une forme plus démocratique et que l'ouvrier plus instruit, soutenu par l'association et groupé par un

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contrat de participation ou de coopération, est plus à même de se conduire et de se soutenir par luimême.

Le chef d'industrie a des devoirs généraux vis-àvis de sa famille ouvrière. Il a aussi des devoirs particuliers vis-à-vis de chacun de ses ouvriers.

Ces devoirs particuliers sont comme une dilution des devoirs d'un père de famille. Ils comprennent la bonté, le conseil, l'assistance, etc.

Les devoirs généraux sont plus définis. J'en emprunte rénumération à la lettre collective des évêques de Belgique du 8 septembre 1S95.

» Les chefs d'usine s'appliqueront à procurer à leurs ouvriers :

« 1° L'amélioration de leur conditioti morale, en leur ménageant une plus grande facilité d'accomplir les devoirs religieux ; en écartant les occasions qui mettraient leur foi ou leurs moeurs en danger; en observant une grande circonspection dans le choix des chefs intermédiaires et des surveillants ; eu encourageant et protégeant les oeuvres instituées pour la moralisation des ouvriers et de leurs familles, pour la préservation de la jeunesse, pour l'éducation chrétienne des enfants, etc. (et au besoin en fondant euxmêmes ces institutions).

« 2° L'aiiiélioralion de leur condition matérielle,

Cil recherchant, s'il y a lieu, les moyens de rendre le travail plus rémunérateur, moins pénible, moins dangereux pour la santé et pour la vie; en combattant la dissipation du salaire et en facilitant le placement des épargnes ; en créant des œuvres propres à assurer aux ouvriers un logement convenable, une nourriture saine, une assistance raisonnable en cas de maladie, d'accidents et de chômage; en un mot, un certain degré de sécurité et même d'aisance pour le présent, et, pour l'avenir, un secours qui contribuera à les abriter contre la misère, s

Tout cela, c'est le devoir strict là où le patronat s'exerce dans toute sa plénitude. Cela reste un idéal où le conseil se mêle au devoir, là où le patronat est diminué par les conditions du régime industriel.

Les écrivains catholiques.

Leur influence est grande, ils agissent puissamment sur l'opinion, par les livres, par les revues, par les journaux. Ils peuvent être les auxiliaires ou les ennemis de la doctrine sociale de l'Eglise.

Leur devoir, c'est d'être avec le Pape et de se faire les propagateurs et les défenseurs de toutes ses doctrines politiques et sociales.

Qu'ils ne disent pas : « Cela n'est pas de foi. i On le disait aussi autrefois et Pie IX a déjà condamné cette mauvaise excuse dans le Syllabus,

« L'obligation qui concerne les maîtres et les écrivains catholiques se borne aux choses qui ont été définies par le jugement infaillible de l'I^glise comme étant les dogmes de foi qui doivent être crus par tous. » (Prop. condamnée, § iv, art, 22.)

Pie IX expliquait sa pensée par une lettre à l'archevêque de Munich. Il n'y a pas que les vérités définies qui soient de foi, il y a encore celles qui sont transmises, comme divinement révélées par le corps enseignant de l'Eglise.

Et après ces vérités révélées et tenues pour dogmes de la foi, il y a bien des doctrines qu'on ne peut pas mettre en doute sans témérité, comme les décisions doctrinales des Congrégations romaines et les conclusions théologiques tenues pour certaines par le consentement commun et constant des théologiens.

Ainsi en est-il aussi des directions pontificales. Alors même que le Pape n'use pas des formules solennelles de la définition dogmatique, son enseignement a une autorité réelle qu'on peut braver sans être hérétique, mais non sans être désobéissant et téméraire.

Parfois, il donne à sa parole la forme d'un conseil.

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S'il s'agit réellement d'un simple conseil, ce ne sera [las déjà bien louable de le mépriser. Mais s'il résulte du contexte qu'il nous conseille de faire ce qui est pour nous un devoir résultant du droit naturel luimême et de la morale chrétienne, il est évident qu'on ne désobéit pas à un pareil conseil sans commettre une faute.

C'est le cas pour ce qu'on appelle communément les directions politiques et économiquesdeLéonXIII. C'est le devoir social, naturel et chrétien qu'il nous rappelle. Négliger ou mépriser ces directions, c'est manquer à un devoir.

Favoriser les journaux et revues qui combattent les directions du Saint-Siège, c'est se rendre complice de leur péché.

(Cf. Lettre de Léon XIII au cardinal Guibert : De débita obedie)itia erga po/itijïcein.)

La charité ; l'aumône.

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