D. - LA PÉRIODE FÉODALE : L'APOGÉE
Après ces luttes gigantesques, l'Église allait s'élever à un nouvel apogée de la civilisation, par la vie communale, l'organisation corporative, l'affranchissement de ladiberté civile, le développement du droit chrétien et l'épanouissement des sciences et des arts.
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Les communes.
Les associations pour la paix et la trêve de Dieu , sous le patronage des évêques, furent, en France, l'origine des communes ou du moins contribuèrent à leur développement rapide, comme le Tiers-Ordre en Italie.
Les villes étaient les centres des Confréries de la paix. Derrière leurs épaisses murailles, les bourgeois étaient plus en mesure que les vilains de résister aux entreprises des barons. Les bourgeois ne s'en tinrent pas là. Appuyés sur le sentiment de la force que donne l'association, ils ne se contentèrent pas de la paix, ils voulurent l'indépendance et l'autonomie. Le serment de la paix devint le serment communal. Alors parurent ces chartes tantôt arrachées aux seigneurs, tantôt accordées de bonne grâce par l'évêque ou l'abbaye, et qui, de concert avec la royauté, assurèrent la vie et l'indépendance de la commune.
C'est l'affranchissement communal qui a amené la destruction du pouvoir féodal.
La commune avait son autonomie, elle était gouvernée par un délégué nommé par les habitants, sous le titre de syndic, échevin ou maire, suivant les localités.
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Ce délégué est nommé d'ordinaire pour un temps déterminé ; et il est révocable, s'il n'accomplit pas son mandat à la satisfaction des habitants. Parfois il est désigné par le seigneur, mais alors il ne peut représenter la commune que si son choix est ratifié par l'élection.
L'usage du serment des associations de la paix se continue. Les syndics, échevins et prévôts prêtent pieusement le serment d'administrer et de juger selon les lois de l'Evangile. C'est le Christ qui règne dans la commune.
L'art nous a conservé le tableau de ces scènes chrétiennes. Un chef-d'œuvre de Philippe de Champaigne au Louvre nous met sous les yeux le prévôt et les échevins de Paris prêtant pieusement le serment. Cela vaut bien les scènes des mairies d'aujourd'hui.
Toutes les décisions graves se prennent en conseil. Certains dimanches de l'année, l'assemblée de la communauté se tient devant la porte de l'église après la messe. Non seulement les hommes y prennent part, mais aussi les veuves et les filles qui ont un foyer indépendant.
C'est bien là le gouvernement du peuple par luimême, le véritable gouvernement démocratique. Tout ce qui touche à la vie communale, aux intérêts soit religieux, soit matériels des habitants, se dé-
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cide et se tranche par les intéressés eux-mêmes. La construction des églises, ponts, routes, marchés, écoles, hospices ou bains; leur entretien; les procès à soutenir contre les communes voisines, les particuliers ou les seigneurs du lieu ; le vote et la répartition des impôts; le vote des dépenses communales et l'entretien de la milice; tout cela est réservé aux soins comme à la garde des habitants.
L'une des mesures les plus vexatoires, par où se manifeste la puissance de nos gouvernements actuels, est sans contredit l'impôt. Un Etat besogneux et sans scrupules taxe les habitants sans s'assurer des sacrifices qu'ils peuvent consentir. C'était un des privilèges de l'ancienne commune d'avoir à voter et à répartir l'impôt. Les impôts étaient de deux sortes, ceux du royaume et ceux de la commune. Les premiers étaient fixés par l'intendant royal, et les assesseurs des communes en faisaient la répartition par familles et suivant la fortune territoriale. Les impôts communaux étaient fixés par les habitants.
Pour la justice aussi, c'était une loi au moyen âge (jue tout homme doit être jugé [lav ses pairs. Los bourgeois des villes siègent auprès du bailli ou du vicomte pour juger leurs pairs; les habitants des campagnes jugent leurs affaires privées sous la présidence du prévôt.
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A Paris, c'est dans le parloir aux bourgeois que le prévôt entend les plaideurs et tranche les litiges. Il est assisté des notables les plus compétents.
Nos tribunaux de commerce, l'institution du jury, les conseils de prud'hommes sont autant de retours aux coutumes et aux pratiques de cette époque si décriée.
Que nous sommes loin de ces vieilles libertés aU' jourd'hui avec la tutelle préfectorale et l'ingérence tyrannique de l'Etat!
M. Guizot a bien marqué le contraste. Il suppose un bourgeois du moyen âge visitant nos villes actuelles. « 11 s'enquiert de ce qui s'y passe, de la manière dont la ville est gouvernée, du sort des habitants. On lui dit qu'il y a hors des murs un pouvoir qui les taxe comme il lui plaît, sans leur consentement; qui convoque leur milice et l'envoie à la guerre aussi sans leur aveu. On lui parle des magistrats, du maire et il apprend avec étonnement qu'ils ne sont pas nommés par les bourgeois de la ville... On lui dit que les habitants n'ont pas le droit de s'assembler, de délibérer en commun sur tout ce qui les touche. Le bourgeois du xii*^ siècle, habitué à toutes ses franchichises, reste confondu... i [Ris foire de France^
Parlant des libertés communales d'autrefois. Le Play dit aussi : « Ces tableaux fidèles du passé
nous montrent des paysans jugeant eux-mêmes leurs affaires civiles et criminelles, payant de faibles impôts et établissant les taxes relatives aux affaires locales; ayant enfin, devant leurs seigneurs, des allures indépendantes qu'aucune classe des sociétés du continent n'oserait prendre, aujourd'hui, devant la bureaucratie européenne... Aussi dès l'origine du moyen âge, les communes jouissaient d'un complet état d'autonomie et d'une prospérité qui n'ont été dépassés dans aucune région. Elles offraient dans leurs petits gouvernements une prudence et une- habileté que les gouvernants de la province ou de l'Etat auraient dû souvent prendre pour modèles. Ces qualités assuraient le bien-être des populations dans les communes à foyers épais, comme dans celles où les foyers étaient agglomérés au centre d'une banliiHir. » [^Réforme sociale, ch. vi, ch. Lxv.)
A consulter :
Babeau : Le village sous l'ancien régime ;
Augustin Thierry : Essai sur l'his/oire du Tiers- Etat;
Demolins : Le mouvement communal au moyen âge;
Guizot : Essais ;
Ribot : Rôle social des idées chrétiennes ;
Le Play : La réforme sociale; Defourny : Etude sur la loi de Beaumont .
La propriété communale.
Les communes anciennes étaient généralement propriétaires de biens considérables, qui consistaient surtout en pâturages, bois ou forêts. Elles trouvaient là des ressources pour assurer le service des dépenses communales et la subsistance des habitants pauvres. Elles en jouissaient au même titre que les particuliers. Elles en avaient été dotées soit à la constitution même de la commune par le seigneur, l'évêque ou l'abbaye, soit dans le cours des années par les legs des particuliers. Les habitants y menaient paître leur bétail. Les pâturages servaient à l'élevage des animaux dont se composait le cheptel des petites gens; ces biens formaient le patrimoine commun destiné à empêcher les pauvres de tomber dans la misère. Les forêts assuraient le chauffage et les bois de construction.
Les syndics accompagnés de deux ou plusieurs notables réglaient le partage des bois de chauffage ou de construction.
Une partie des biens communaux était souvent
louée. Les revenus, qu'on en tirait, servaient à parer aux dépenses communes et aux frais d'administration.
Les guerres de religion furent la cause principale de la décadence des propriétés communales; les armées protestantes mettaient en coupe réglée les villes et les villages assiégés, les accablaient de redevances et les rançonnaient sans merci.
Pour acquitter les contributions de guerre, beaucoup de villes furent obligées de sacrifier leur patrimoine. D'autres aussi manquèrent de prévoyance et aliénèrent leurs biens.
La Révolution a achevé de détruire presque partout ce domaine communal qui était si avantageux j)our la classe la moins aisée.
Les corporations.
Les Romains avaient des collèges d'arlisaus et dos sodalités industrielles, mais l'esclavage empêchait le développement de ces associations.
Les Germains avaient leurs Ghildes ou confréries sous la protection d'un dieu ou d'un héros.
Il restait peu de chose des corporations romaines et les Cjhildes des Germains étaieiU bien iuturmes,
quand les évoques commencèrent à organiser les confréries ouvrières et marchandes. Charlemagne les favorisa dans ses capitulaires. Mais c'est surtout au xi'= siècle que leur développement prit un essor général.
Alors, sous l'impulsion de l'Eglise, tous les travailleurs s'organisent pour défendre ensemble leur liberté.
Le but des corporations est :
1° D'assurer la loyauté de l'industrie;
2° D'en défendre les intérêts ;
3° De veiller à la moralité du maître et de l'ouvrier ;
4" D'organiser une solide éducation professionnelle ;
5° De secourir le travailleur tombé dans le besoin.
La corporation professionnelle a ses grades : l'apprentissage, le compagnonnage, la maîtrise.
C'est une famille professionnelle et une petite république avec sa législation, ses magistrats, son territoire.
La confrérie, qui en est l'âme, y fait régner l'esprit de l'Evangile.
Au XIII* siècle, la prospérité des corporations porte l'art chrétien à cette hauteur qu'aucune époque n'a dépassée. Elles arrivent au gouvernement des
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villes et forment le Tiers-État qui élève les travailleurs si haut en comparaison de l'esclavaue ancien.
A consulter :
Mazaroz : Histoire des corporations françaises d 'arts et métiers;