DOUANES
B. Lés Socialistes sont sans doute partisans de la liberté illimitée dès échangés èniré les peuples ?
fi. fies douanes, qui sont une des plus iniques entraves apportées aux rêlafions deè peuples, ont eu pour origine la cupidité du fisc, l’égoïsinc nâliorial et l’ignorance des véritables principes d’économie sociale, puisqu’elles obligent à acheter à un prix élevé, dans l’interet d’un petit nombre de privilégiés, les objets naturels ou manufacturés qu’on pourrait obtenir à bas prix en les achetant dans les localités où les productéiii-s les créent à meilleur marché. Ainsi, l’intérêt du fisc et celui de quelques monopoleurs, mais non pas celui de l’industrie, voilà tout le secret de nos douanes.
D. Nous serions donc alors les tributaires de l’etranger?
R. De inêmè que l’étranger est notre tributaire pour les produits de notre sol èt de notre industrie.
D. Eu cas de rupture avec les nations étrangères, nous serions privés dés produits dont nous ne pouvons nous passer, et nous soulfririons faute d’avoir su protéger notre industrie nationale?
R. Puisque vous prenez la défense des consommateurs et que vous prévoyez l’influence désastreuse d’une guerre étrangère, dites-moi ptmrquoi on a favorisé nos colonies, au détriment des producteurs de sucre indigène, quand une guerre peut nous priver de celte ressource ?
Ne sêroiis-nous pas aussi, dans l’ordre naturel, tril)utaires des pays tropicaux pour les cotons, l’ivoire, les bois exotiques, les médicaments , les parfums, etc., de même que les peuplés du Nord et ceux du Midi seront les nôtres pour nos vins, nos tuiles, nos soies, nos articles de mode et tous ceux que nous fabriquons avec une rare perfection F
Eh bonne économie sociale, le commerce extérieur doit être, pour les produits naturels, l'échange de l’excédant de la consommation intérieure. Si nous frappons d’un droit exorbitant les produits naturels étrangers, les nôtres seront frappés par représailles, et les prix avilis de nos denrées, condamneront à la misère nos producteurs nationaux.
Pour les produits ouvrés, nous pouvons acheter à l’étranger des matières premières, si nous avons avantage à les exporter quand elles auront été métamorphosées par l’industrie; mais à la condition que nous ne serons pas obligés, pour soutenir la concurrence, d’abrutir nos populations industrielles par un travail excessif, de leur imposer la misère, la dépravation et une mort prématurée ; car un homme vaut mieux qu’un cachemire ou un écu.
D. Mais les douanes existent partout ; et si cette institution était mauvaise, elle eût été repoussée par les gouvernements?
R. Le même préjugé et les mêmes vices existent aussi partout, le fisc est partout cupide, partout les privilégiés sont avides et les monopoleurs insatiables ; cependant Venise, Gênes et la Hollande, qui avaient consacré la liberté du commerce, lui ont dû la plus grande prospérité.
Jetons maintenant les yeux sur quarante mille douaniers improductifs, nuisibles, grossiers, insolents, et sur le double de contrebandiers qui se démoralisent dans cette lutte contre le fisc, et deviennent par cela même improductifs et dangereux.
Sous le rapport économique, les douanes qui nous rapportent 70 millions , nous en coûtent plus de 26, et la différence pourrait être compensée par les sources de revenus que nous concédons à l’Etat.
Tout notre système se résume en ce peu de mots : toute industrie ne pouvant soutenir la concurrence étrangère, est établie sur une base fausse, et le gouvernement ne doit pas la soutenir. Il doit favoriser, au contraire, toutes celles qui sont inhérentes au climat et à l’industrie locale, et dont les produits peuvent être facilement exportés ou échangés contre les produits qui nous manquent ; mais un gouvernement soigneux de l’intérêt de tous les citoyens, ne doit tolérer le commerce d’c.xportation que quand la répartition des produits a répondu aux besoins de tous.
D. D’apres ce système, si la guerre interrompt nos relations avec la Suède, nous sommes privés de fers, et nos usines éteintes ne pourront se rallumer à temps pour nous en procurer?
R. Rien n’empêche que l’Etat n’ait ses usines, afin de ne jamais manquer de fer, et qu’il s’affranchisse de l’étranger pour tout ce qui est nécessaire à la défense nationale; mais ne perdez pas de vue que le but que nous nous proposons est de créer une nation indépendante et heureuse plutôt que riche. Que la richesse la plus précieuse est la production et la juste répartition de tout ce qui est nécessaire à la vie et au bonheur des citoyens, et le meilleur système d’échange, celui qui contribue à la fraternité des relations avec les Etats voisins.
D. Les peuples d’origine différente seront toujours ennemis?
R. Ceci est faux : les préjugés qui séparent les peuples ne viennent que des gouvernements, et la plupart de nos guerres ont été camées par l’orgueil et l’ambition des rois. 11 est temps que les peuples, unis dans une
sainte fralcrnilé, ne luttent plus entre eux que pour améliorer leurs institutions et arriver au jiliis haut degré de civilisation, de développement intellectuel et de sc'eurité sociale.
D. Vous de'truisezla patrie?
R. Nous avons de la patrie une autre idée que les politiques modernes : nous regardons tous les hommes comme des frères ; nous sommes prêts ù leur tendre une main amie , sans acception d’origine, de langue ou de religion, et nous ne croyons à la nécessité de la guerre que si des agresseurs injustes viennent envahir notre territoire. Patrie a été jusqu’à ce jour synonyme d’c'goïsme national, et cet ' égoïsme a été entretenu par les rois. Que les barrières qui séparent les peuples tombent, que les chefs qui les ont poussés les uns contre les autres disparaissent, et la guerre n’attristera plus nos yeux, nous aimerons toujours le sol où nous avons pris naissance; mais nous ne haïrons pas pour cela les nations voisines, avec lesquelles nous chercherons, au contraire, à entretenir des relations cordiales et fraternelles.