‹ Catéchisme social, ou, Exposé succinct de la doctrine de la solidaritéChapitre 14 sur 17 · DE L’ARMÉE · texte numérisé non relu

DE L’ARMÉE

D. Les armées permanentes, si nécessaires à une grande nation, sont, cerne semble, organisées de manière à satisfaire à toutes les exigences de la démocratie?

R. Elles sent encore entachées du vice propre aux armées monarchiques ; car les privilèges de caste y dominent, et les sommités de l’armée forment une véritable aristocratie; aussi voit-on partout les officiers dévoués aux intérêts des princes qui les paient et qui en font les instruments les plus dociles de l’oppression des peuples. Ce qui se passe en France, en Autriche, en Italie, en Hongrie, en Prusse, le prouve outre mesure. Pour que l’armée soit organisée démocratiquement, il faut d’abord que le service soit personnel et que nul ne puisse, à moins d’invalidité, se soustraire a l’obligation de passer sous les drapeaux. Le remplacement doit donc être aboli comme une plaie honteuse qui n’est onéreuse que pour le prolétaire; l’impôt du sang, qui pèse sur lui, est un des plus iniques ; c’est pourquoi il doit disparaître.

La trop longue durée du service use inutilement l’activité des soldats; c’est pourquoi nous ne pouvons trop imiter les institutions des peuples germaniques, en on abrégeant la durée. Deux ou trois années de service mi-

litaire sont bien suffisantes pour donner k ions les citoyens l’habitude de la discipline et leur faire acquérir la connaissance du maniement des armes; les corps spéciaux seuls pourraient se former par voie de recrutement. C’est dans une organisation militaire de la nation que nous pouvons trouver un remède certain k l’inconvénient de créer une caste étrangère à ses babiludes, ayant des besoins qui ne sont pas ceux de la majorité du peuple. L’organisation d’une force armée composée de tous les citoyens, depuis 20 ans jusqu’k So, ayant passé deux ou trois ans sous les drapeaux et rentrant dans des corps mobilisables et sédentaires, exercés tous les ans pendant un certain nombre de semaines, pour ne pas perdre l’habitude des manœuvres, créerait une des forces militaires les plus imposantes que nation civilisée ait jamais possédée. Mais pour que l’armée, qui absorbe une si grande partie du budget, ne soit pas improductive, elle serait employée aux travaux publics, de telle sorte qu’elle formerait des légions industrielles au lieu d’armees inactives, ce qui compenserait la dépense qu’occasionnerait cette grande réunion d’hommes. Quand l’éducation militaire se serait étendue k toute la nation, on réduirait le chiffre des bataillons et les cadres seuls seraient maintenus.

La discipline ne peut également conserver son caractère inintelligent et brutal; en vraie démocratie, l’officier ne peut exercer sur son inférieur une autorité despotique, aussi vous répéterai-je que tous les délits devraient être, excepté en temps de guerre, portés devant les tribunaux civils. Quant aux peines disciplinaires, elles seraient jugées par un jury militaire dont les soldats feraient partie.

L’élection dans l’armée est encore un des droits qui découlent de l'organisation démocratique de la nation, seulement elle serait k plusieurs degrés jusqu’k ce qu’on puisse sans inconvénient en élargir le cercle.

Nous voulons, en un mot, que l’armée ne soit plus un instrument passif d’oppression, mais le corps des citoyens armés pour la défense du territoire ; c’est pourquoi nous protestons contre l’esprit d’isolement qui fait, pendant sept années, disparaître les soldats du cadre des citoyens et les réduit k l’automatisme.

D. Tout cela est bien, mais vous tombez dans le défaut des armées allemandes, plus propres k résister k une invasion qu’à faire une guerre d’agression?

R. Cela est vrai, aussi notre Init n’est-il pas de faire des guerres de conquête. Nous voulons que la nation, maîtresse chez elle, ne porte pas la guerre chez ses voisins, mais soit toujours prête k défendre son territoire. Quand même, ces réformes seront graduelles et toujours proportionnelles au progrès du temps. Vous comprendrez qu’il est irrationnel qu’une nation entretienne, en dépensant 400 millions, une armée qui, loin d’être la protectrice des libertés publiques, sert à maintenir l’abaissement des classes laborieuses, et s’associe à toutes les mesures de coercition exercées contre le peuple pour empêcher son affranchissement.

DU LA MADÎJJIÎ.

D. Notre marine est sans doute soumise k la même réforme que l’année de terre ?

R. En effet, la marine de l’Etal a, comme rarméc de terre, des vices organiques qui cxigcul des rélormes radicales ; elle est en coutradiclion avec la liberté du citoyen, qui doit jouir de la plénitude de ses droits , pourtant est-il un esclave plus dùrcmcnt traité que le marin ? De plus.

cUë Ëbt en contradiction avec l’économie se'vèce qu’exigent les finances de rÉtat,

D. Il nous faut cependant une marine?

R. Oui, mais elle ne doit pas être onéreuse sans profit, or, les armements maritimes de la France répondent-ils à un but d’utilité réel?

D. Ils servent à protéger nos colonies ?

R. Colonies encreuses, envahies à la première guerre par les marines européennes, et qui ne se rattachent à la me'tropolc que par le lien de l’intérêt, mais sans profit pour elles-mêmes et pour le reste delà nation.

La question des colonies est délicate, aussi a-t-on apporté pour les combattre et pour les défendre des raisons qui ont une égale valeur. Il est cependant évident pour tous que nus colonies sont improductives, et que, pour remédier à ce mal, il faudrait que leurs rapports avec la métropole fussent libres et sur le pied de la plus parfaite égalité de droits et de devoirs. Or, nous recevons par leur entremise des produits que nous aurions moins chèrement ailleurs, et nous leur imposons en revanche nos denrées et nos articles d’ISurope, ce qui rend pour elles et pour nous le contrat également onéreux. Avec un système de colonisation sur un pied si peu en rapport avec les besoins du pays, on pourrait, sans rien perdre, leur rendre la liberté du commerce, et clics ne demanderaient pas mieux ; mais un taux point d’honneur national nous fait tenir à leur conservation, et nous dépensons chaque année pour ces possessions de luxe, des radiions que nous pourrions appliquer à l’intérieur, d’une manière plus profitable.

Jetons un coup-d’œil sur le budget de la marine , et nous verrons que sur les ISO millions qu’il absorbe, 23 sont appliqués au service colonial seulement, le reste est employé pour entretenir des navires qui pourrissent sans usage; car, si nous en exceptons Navarin et Saint-Jean d’ülloa, notre marine est vierge d’expéditions depuis de longues années; en revanche, nous avons perdu plus d’un navire de haut-bord jeté à la côte ou englouti corps et biens par les flots, et c’est pour arriver à ce résultat que nous dépensons 150 millions. Ajoutons cette somme au budget de la guerre, et nous verrons que le tiers de notre gros budget est employé k ces superfluités nationales.

D. Alors que feriez-vous de notre marine?

R. Nous en ferions une vaste marine militaire et commerciale, ayant le monopole des transports du commerce, formant des matelots habiles, et qui produirait au lieu d’être improductive. Les études de nos marins seraient aussi fortes; on introduirait chez eux comme dans l’armée le système dé l’élection, ce qui soumettrait au principe de l’égalité une institution qui a toujours été soumise a une hiérarchie brutale et impérieuse, nous exploiterions dans l’intérêt de tous, ces immenses machines qui dévorent une si gi’osse part du budget sans produire le moindre avantage, pas même un peu de gloire. Je n’ignore pas que cette réforme présente des difficultés, mais elles ne sont pas insolubles.

DE LA COSOfüNE.

D. Votre respect pour l’unité doit vous faire approuver la centralisation des pouvoirs administratifs et politiques?

R. Dans l’intérêt del’unité nationale, qui est pour nous une religion véritable, nous voulons conserver la centralisation politique comme le seul moyen d’imprimer un caractère d’ensemble k tous les actes de l’autorité supérieure; mais nous cherchons k concilier la liberté avec la centralisaliou du pouvoir ; c’est pourquoi nous voulons des autorités municipales indé-

peudautes dans toute la sphère d’activité des intérêts communaux. I^ous ne voulons pas de cette centralisation mesquine qui entrave à chaque pas la liberté des citoyens, et nous reconnaissons ans communes le droit de s’administrer librement dans tous les cas où leurs délibérations seront du ressort purement municipal; car la lenteur de l’administration, écrasée sous le poids de détails infimes, la puérilité de l’intervention de l’autorité supérieure dans la vie intérieure de la commune, sont des entraves apportées à la liberté.

Un ministre intervenant dans une réparation de pavage, de fontaine, de chemins vicinaux, dans un emprunt local fait pour améliorer telle ou telle partie d’une commune, pour un achat de céréales, etc., c’est le comble de l’absurde, lljaut gouverner, il est vrai, pour maintenir l’unité du corps politique; mais il ne faut pas trop gouverner, comme disait d’Atgenson, car il y a déjà assez à faire de s’occuper des intérêts généraux, sans régenter les intérêts locaux et particuliers, surtout quand on entrave toute l’administration. Nous voulons, en un mot, l’indépendance des communes; dans tout ce qui touche à l’inlérctde localité.

Notis regardons la bonne organisation de la commune comme la base de tout le système économique de l’Etat ; car de la collection de ces individualités communales, naît une bonne et sage organisation générale, c’est pourquoi nous attachons une grande importance à ce que la commune, organisée et administrée démocratiquement, soit l’image en petit du grand corps social et politique qui forme l’Etat.

Nous allons plus loin: comme nous l’avons déjà dit, nous voulons que la municipalité remplace les notaires pour la confection et l’enregistrement des actes, nous voulons qu’elle perçoive sans frais les impôts au moyen d’un collecteur et qu’il n’y ait dans nos communes d’autres autorités importantes que le maire, élu chaque année par ses concitoyens, et l’instituteur.

Il est temps d’émanciper nos communes et de ne plus en faire des mineures dont les intérêts sont administrés par des agents du pouvoir qui n’en ont nul souci, et, la plupart du temps, sont étrangers aux besoins des localités dont ils ont la tutelle.

Puisque nous parlons de la commune et que nous n’avons pas à examiner un à un tous les rouages de l’adniinistration , je vous dirai que nous attaquons avec le même esprit d’impartialité et de justice nos conseils de prélecture et toute cette armée administrative qui grève inutilement le budget. Nous les remplacerions par les chefs des différents services qui résident au chef-lieu, et qui joindraient à l’avantage de ne rien coûter , celui d’être aptes à juger les questions litigieuses.

Nous voudrions qu’au-dessousdn préfet, dont la position est si instable, il fût placé un fonctionnaire qui conservât la tradition de la marche de l’administration, afin que le nouveau préfet ne fît pas son apprentissage au détriment des intérêts du département.

D. Voilà tout votre système?

R. Dans ses généralités; car je vous .ai seulement ébauché le plan général des réformes que nous croyons devoir être successivement introduites dans la société. Chacune des institutions que nous avons examinées demande, pour être traitée avec les développements convenables, une série d’études qui sont de la plus haute importance.

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