‹ Catéchisme social, ou, Exposé succinct de la doctrine de la solidaritéChapitre 3 sur 17 · DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DU TRAVAIL

D. Qii’enlcnilcz-vous par le droit au travail ?

K. Le droit que cliaquc homme apporte en naissant de vivre, en mèltant au service de la socie'té ses forces, son activité, son intelligence.

D., Mais si la société n’a pas Lesoin de ses services?

R. Quand la société ii’a pas Lesoin des services d’un citoyen, elle lui doit le pain, le vêtement et l’ahri.

D. C’est une prime accordée à l’oisiveté.

B.. Nullement : car il ne tient qu’à la société d’utiliser les forces qui lui sont offertes; et soutenir qu’elle ne peut procurer de travail à tous les bras, c’est en revenir à celte opinion erronnée, qu’elle produit ce qui est nécessaire aux besoins de tous.

Cette assertion est fausse : N’avons-nous pas des populations tout entières qui ne sont ni vêtues, ni logées, ni nourries comme il convient à des hommes civilisés ? N’avons-nous pas des terres incultes à défricher, des marais à dessécher, des montagnes à reboiser, des fleuves à endiguer, des canaux à creuser, des routes à percer pour établir des communications plus faciles, des mines et des carrières à e-xploiter, des dunes à arrêter dans leur marche? Sans compter qu’en appliquant le double de bras à la production des choses nécessaires à la vie, on triplerait la production, et l’on pourrait diminuer sans préjudice la durée du travail, en consacrant les heures de loisir à l’instruction générale du peuple.

D. Ainsi, votre droit au travail, emportant le droit à la vie, est synonyme de réforme sociale ; car il nécessite l’intervention de l’Etat dans les travaux privés aussi bien que dans les travaux publics.

R. Cela va sans dire.

,D. Votre droit au travail emporte-t-il le devoir du travail ?

R. Sans doute : car nous ne pouvons admettre qu’aucun citoyen puisse vivre dans l’oisiveté, et sans rendre à la société des services effectifs en échange de la protection qu’il en reçoit.

D. Comment conciliez-vous le droit au travail avec l’impuissance de travailler?

R. Rien de plus simple : les enfants, les infirmes, les malades, les vieillards, e'tant dans l’état d’invalidité, on ne peut exiger d’eux'un travail qu’ils ne peuvent faire. La société doit à l’enfant les soins matériels et l’éducation élémentaire et professionnelle, jusqu’à ce qu’il puisse l’en récompenser par le concours cpi’il apportera au bonheur généial ; le malade a droit à des soins jusqu’à ce qu’il ait recouvré la santé; les infirmes ont droit à l’assistance puisque des accidents irréparables ou leur constitution physique les mettent hors d’état de subvenir à leurs besoins, et les vieillards trouvent dans ces mêmes soins la récompense des services qu’ils ont rendus à la société dans leur jeunesse.

D. Expliquez-moi comment vous traitez les vieillards et les infirmes, et comment vous garantissezleur existence?

R. Par la création d’invalides civils.

D.Yous rompez donc avec le système de charité qui est la pierre angulaire de la société chrétienne ?

B. Nous considérons la charité et l’aumône comme une injure faite à l’humanité. Le rapport de celui qui donnejà celui qui reçoit, établit en faveur du premier une suprématie odieuse, tandis que suiis un régime qui tend à établir l’égalité parmi les citoyens, cette distinction ne peut exister, La fraternité chrétienne c.xige que celui qui a le superflu partage

avec celui qui n’a pas le necessaire ; mais la fralernitc démocratique veut au contraire, qu’au nom de l’Egalité, l’Etat, qui doit être le régulateur de la production et de la consommation, veille à ce que nul d’entre les citoyens ne souffre de dénuement; c’est pourquoi il doit, en favorisant les associations des travailleurs, être le créateur de grands centres où tons les citoyens qui sont arrives à cette époque de la vie où le repos est devenu necessaire, ou qui sont hors d’état de travailler, puissent trouver un refuge assuré pour y passer paisiblement leur vie ou leurs dernières années. Ees caisses cciilralcs^ctablics par les associations viendront compléter l’œuvre du gouvernement, et les citoyens auront dans l’avenir une confiance qui n’existe pas aujourd’hui.

Rien de plus praticable que cette pensée généreuse, qui a trouvé dans la population un écho répondant à un besoin ; il lui reste maintenant à obtenir l’appui du gouvernement.

D. Ce que vous venez de me dire sur le travail est bon en théorie, mais en pratique, comment ferez-vous ?

R. En attendant que les progrès des associations ouvrières garantissent la vie des travailleurs, et pour Jeter le fondement des grandes créations qui concentreront plus tard les travaux dans ses mains, car nous voulons qu’il soit le commanditaire universel, l’Etat établira de vastes ateliers où se fabriqueront tous les objets à son usage, tels que draps, toiles, cuirs, fers, papier, armes, vêlements pour la troupe et les fonctionnaires publics, fourgons, affûts, voilures de transport, Êâtiments publics, etc. Les ouvriers dont l’association no pourrait subvenir à tous les besoins ou occuper tous les bras, ceux dont l’industrie subirait des modifications ruineuses, par suite d’inventions nouvelles ou de cessation des débouehes étrangers, y seront reçus temporairement ou d’une manière définitive. Il y aura en outre des fermes nationales, des forêts, des haras, des bergeries où des milliers de bras pourront être utilisés. Il fera établir des routes, des voies de fer, creuser des ctinaux, défricher des terres incultes qu’il colonisera plus tard, et ces grands travaux seront consacrés à l’utilisation des bras inoccupés, et il y a certes là de quoi entretenir l’activité de millions de travadleurs. Sans compter que l’Etat préludera ainsi à ses fonctions régulatrices et organisatrices, et fera son apprentissage d’administrateur économe. La plupart de ces travaux seront [uoductifs; et loin d’être à la charge du trésor, ils contribueront à augmenter les ressources du budget.

D. Vous inqmsez à l’Etat bien des charges nouvelles; cependant je ne vois de travail que pour les hommes de métier ; quels travaux donnerezvous aux hommes qui n’ont d’autre moyeu de vivre que leur intelligence et leur éducation?

R. On attachera aux entreprises temporaires, des surveillants, des directeurs, des comptables. De plus, vous verrez, quand nous parlerons de l’industrie, du commerce, de l’agriculture, des revenus publics qu’il y aura place pour tous. N’oubliez pas que les associations des différentes corporations , industries et professions, viendront en aide à l’Etat par leurs caisses de secours fraternels, ce dont nous parlerons plus tard.

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