‹ Catéchisme social, ou, Exposé succinct de la doctrine de la solidaritéChapitre 8 sur 17 · DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

DU GOUVERNEMENT

CONSTITUTION POLITIQNE ET ÉCONOMIOOE DE l’ÉTAT.

D. La République est-elle à un tel point préférable à la monarcbie, que ce soit la seule forme de gouvernement que vous croyiez susceptible de faire le bonheur de l’humanité ?

R, Oui, parce que ce système de gouvernement étant celui dans lequel l’égalité la plus parfaite règne entre les citoyens, il ne peut s’y introduire les éléments de corruption qui existent dans les monarchies.

Chaque citoyen exerçant dans l’Etat de véritables fonctions publiques, puisque rien ne peut se faire sans son consentement ; chacun étant charge de veiller à ce que nul ne porte atteinte au respect dû à la loi, et étant soumis lui-même au contrôle de ses concitoyens, il se trouve dans l’obligation de donner l’exemple des vertus publiques, puisque tous ont sur Ini ic droit de censure. Toutes les charges lui sont ouvertes, parce que le talent et la vertu, et non la richesse, sont les conditions exigées pour être investi de la confiance publique.

Le plus parfait équilibre doit régner dans un éiat démocratique, parce que tous les citoyens étant appelés à jouir d’une part dans le bonheur social, travaillent à leur propre bien-être en contribuant à la prospérité de la République.

L’amovibilité des fonctions publiques et leur courte durée ; l’élection qui permet à chacun d’éclairer la religion de ses concitoyens sur le mérite du candidat qui sollicite leurs suffrages ; l’équitable répartition des impôts qui pèsent sur celui qui peut les payer, et non sur le pauvre; la modeste rétribution des fonctionnaires ; l’absence de luxe parmi les plus glands dignitaires de l’Etat; le soin qu’on y apporte à veiller à ce que l’égalité règne parmi les citoyens de manière que nul ne souffre de l’oppression ; la garantie de bien-être que la société donne à tous les citoyens, sans qu’ils puissent être humiliés par une charité dédaigneuse ; le soin, dans les peines infligées aux coupables, de ne jamais les marquer au sceau de l’infamie; et pour contre-poids aux passions désordonnées, la réprobation qui frappe tous les actes nuisibles à l’Etat et à la morale privée, donnent à la République un avantage incontestable sur la monarcbie.

Celte dernière forme de gouvernement est vicieuse parce qu’elle repose sur l’aulorilé chimérique d’un seul, qui n’a pour commander aux hommes ni le plus de vertu, ni le plus de talent ; qu’elle consacre l’inégalité entre les citoyens, en reconnaissant une caste nobiliaire privilégiée, ou 1 influence dominatrice des richesses ; la suprématie de ce qui flatte la vanité sur la suprématie du bon et de l’utile; le luxe qui cause la dépravation du pauvre et l’esclavage du travailleur; la corruption des mœurs par les hommes de loisir; l’avilissement des citoyens qui servent, comme laquais, à flatter la vanité d’un maître ; la prééminence dans toutes les fonctions publiques des classes privilégiées; l’emploi permanent do la force et de la violence pour comprimer le peuple qui se débat contre une misère qu’on eberebe à perpétuer; la transmission par voie d’hérédité dos fonctions gouvernementales, qui confèrent trop souvent à un prince idiot, ambitieux ou corrompu, le droit de régler le sort d’une nation, qui lui est livrée comme un troupeau de bétail, et, par-dessus tout, l’absence do nécessité pour les citoyens d’avoir de la vertu, puisqu’ils ne sout rien dans l’Etat et n'ont qu’à obéir.

D. On discute beaucoup aujourd’hui sur la valeur du mot de Répu| blique, il y en a donc de plusieurs sortes ?

R. Hélas, oui, cependant pn devrait entendre par République l’Etat modèle dont je vous ai fait le tableau; mais on a tant abusé de ce mot, qu’aujourd’hui il a perdu toute signification. Beaucoup de gens ne voient dans une République qu’un gouvernement monarchique moins un roi, avec l’inégalité des conditions à tous les degrés de l’écRelle sociale. C’est le pire des gouvernements ; car le peuple n’y a qu’un semblant de liberté et les lois y spnt dufcs et impitoyables, partout la compression s’y fait sentir.

D, C’est sans doute pour distinguer cette fausse république de la vraie, que quelques hommes ont dit : République démocratique. Qu’entendezvous par ce mot ?

R, Celle dans laquelle le gouvernement est entre les mains du peuple , où l’élection est la base de la constitution et où le peuple intervient dans la epnfectioii des lois.

i) Mais pourquoi cette distinction, qui a divisé si profondément les partis? Qu’est-ce alors que la République démocratique et sociale^

R. République aurait certes dû suffire; car c’est le gouvernement par tous et pour tous ; mais en présence des mauvaises passions et des préj'ugés qui s’opposent aux réformes qui doivent améliorer le sort du peuple, mettre ut? ferme à l’exploitation qui le décime, à la misère qui le dévore et au privilège des castes qui possèdent, ou a cru devoir ajouter au mot République les deux épithètes : démocratique et sociale, pour sisnifici que la République n’est pas aristocratique, c’est-à-dire n’admet pas de privilégiés, qu’elle est fondée sur la souveraineté du peuple, et a potir but d’introduire dans la société agonisante les réformes qui, en faisant régner l’égalité, contribueront à répandre parmi tous les citoyens la somme de bonheur auquel chaque homme a le droit de prétendre en naissant, et n’a besoin pour cela, d’autre titre que celui d’appartenir à l’humanité.

De là la différence d’appellations qui partagent les citoyens eu Republiçains de la veille, nom par lequel on désigne ceux dont la foi républicaine remonte plus haut que la dernière révolution,en Républicains du lendemain, royalistes qui subissent la République eu soupirant apres la monarchie, CP Républicains démocrates , qui ne veulent que des réformes politiques et croient qiie les droits politiques concédés au peuple lui siifîisent, et en Républicains socialistes, qui ne voient dans la réfornie politique qu’un instrument, et qui travaillent à améliorer le sort de la société par des réformes qui égaliseront le bien-être et feront disparaître le despotisme des classes privilégiées.

D. La souveraineté du peuple est par conséquent la base de voire système?

R. Sans doute ; la domination des classes privilégiées, fondée sur l'exploitation'de l’homme par son semblable, et qui a créé, avec le prolétariat et la misère, les vices qui naissent de l’ignorance, doit faire place à la souveraineté du peuple, qui remet! entre les mains de tous les citoyens le pouvoir de nommer des mandataires à toutes les fonctions publiques, de les révoquer, de s’associer librement pour discuter sur les intérêts généraux, d’émettre leurs opinions par la parole et la presse, de contrôle;- les actes de leurs délégués, pour maintenir dans les limites de la justice, l’administration intérieure de l’Etat, l’activité et la moralité de leurs fondés de pouvoirs, afin que le peuple gouverne récllemeut par liiimêinc, cl que scs délégués administrent pour lui et dans son intérêt.

D. Le peuple cst-il assez éclairé pour être investi d’un pouvoir si

grand.’

R. Non, et il l’a prouvé plus d’une fois ; mais l’abus d’un principe bon en lui-même, n’en peut détruire la valeur; il s’agit seulement de faire pénétrer dans toutes |es classes les lumières nécessairer pour qu’elles sachent discerner le bien du mal, le bon du mauvais, l’iionnête du déshonnête.

Les abus de la souveraineté populaire se sont assez fatalement produits dans ces derniers temps, pour que ceux qui n’ont pas une foi sincère dans l’éducabilité du peuple , demandent le rétablissement du cens électoral ou l’élection à deux degrés, afin de n’admettre à exercer le droit électoral que les capacités ; mais ces capacités ne seraient-elles pas vénales, cupides, corrompues? ne tromperaient-elles pas leurs concitoyens? Si le peuple se trompe, il le fait par ignorance ou par surprise, et il ne lui faut que des guides loyaux et sûrs pour le remettre dans la bonne voie ; de bons comités électoraux, des réunions publiques où il apprendra à connaître ses droits et ses devoirs, l’empêcheront d’errer longtemps et d’être la dupe de sa confiance.

Aujourd’hui la lutte des castes fait du peuple le jouet des querelles de parti, chacun profite de son ignorance pour le tromper et s’en faire, contre la République même, un instrument docile; mais cette lutte perdra peu à peu de son intensité quand le peuple des campagnes et des villes connaîtra le programme qu’il doit imposer[àses mandataires, elles avantages qui doivent naître pour lui des réformes devenues nécessaires dans toutes les branches de l'administration publique; qu’il saura que, dans un gouvernement démocratique, les imi>ùts directs et indirects qui pèsent sur le pauvre doivent être abolis, afin que la vie lui soit facile, que le petit cultivateur ou le propriétaire d'une chaumière , ne doit payer aucune contribution , que l’Etat doit à tous le travail ou le pain, à tous téducation, à tous enfin, protection et bonheur. Quand ils sauront cela, ils n’enverront à l’Assemblée nationale aucun autre représentant que celui qui s’engagera à défendre les intérêts réels de la nation.

Avec une bonne éducation publique, tous les inconvénients de la souveraineté du nombre disparaîtront.

D. L’élection est donc invariablement le pivot de votre système de gouvernement?

R. Certainement : Assemblée nationale, garde nationale, tribunaux, armée, marine, conseils généraux, etc., seront vivifiés et régénérés par l’élection; mais pour éviter l’abus, l’élection avec faculté de révocation par les électeurs, l’élection avec la responsabilité des mandataires, l’élection sans réélection, si ce n’est au bout d’un certain nombre d’années, pour empêcher la faveur de s’introduire dans le gouvernement.

D. L’Assemblée nationale est-elle constituée d’une manière conforme au système des socialistes ?

R, Qui, seulement les élections se feraient chaque année, sans que les mêmes représentants pussent être réélus; et ils seraient, pour assurer leur indépendance, réellement inviolables pendant toute la durée de leur mandat.

D. L’élection aurait-elle pour base le suffrage universel ?

R. Oui, tous les citoyens doivent jouir de ce droit; car nul ne peut se dispenser de l’exercer sans faillir à ses devoirs. Je voudrais même que l’opinion publique se prononçât à cet égard avec une telle sévérité, que tout citoyen qui s’abstiendrait de voter lût réputé indigue de jouir de scs droits civils, et en fût privé pendant un certain temps.

D. Comment procéderez-vous à l’élection?

R. Par sciutiu de liste et au chef-lieu de canton. Un cercle électoral

plus large vaudrait mieux encore ; mais jusqu’à ce moment, on ne peut demander de plus. ^ '

D. Conserverez-vous le même système d’élection : tous les citoyens, sans exception, pourront-ils être élus?

R. Oui, tous les citoyens dignes par leurs talents, leur patriotisme et leur moralité de représenter le pays, peuvent être élus. Mais je voudrais qu’à côté de l’Assemblée nationale, il y eût plusieurs comités composés d’hommes spéciaux, dont les membres seraient élus comme les représentants, tels qu’agriculteurs, industriels, commerçants, artistes, militaires de terre et de mer, instituteurs, médecins, économistes, savants, etc., qui sauvegardassent les intérêts de la nation, et qu’ils fussent choisis dans des proportions numériques correspondant à l’importance de leurs fonctions.

D. Quel avantage trouvez-vous à ce système?

R. De faire assister l’.Assemblée nationale par des hommes compétents. On ne peut nier que l’Assemblée, étant en partie composée d’avocats, de littérateurs, de magistrats, de capitalistes, etc., il arrive le plus souvent qu’elle adopte ou rejette sans maturité des projets de loi d’intérêt général, comme cela s’est vu dans la question du reboisement ; de là ces votes ridicules, frappés de mort en naissant.

Ces divers comités élaboreraient les questions avec connaissance de cause, et les projets de loi présentés à l’Assemblée auraient été précédés d’études sérieuses, et consciencieusement discutés.

D. Comment organisez-vous le pouvoir exécutif ?

R. Nous sommes sur ce joint d’accord avec tous les démocrates ; nous comprenons que le pouvoir exécutif doit être subordonné à l’Assemblée qui est seule véritablement souveraine. Elle choisirait, soit dans son sein, soit en dehors, des ministres responsables, dont le président, ministre sans portefeuille, serait chef du pouvoir exécutif. Il se retirerait dès qu’il n’aurait plus la confiance de l’Assemblée, ce qui éviterait l’ineonvénient d'un président élu par le peuple, et constituant en face de l’Assemblée un pouvoir dominateur, fonctionnant en dépit de la désaffection et de la défiance qu’il aura pu mériter pendant la longue durée de son mandat, et ayant entre les mains un pouvoir dont il pourrait abuser. Dans notre système, plus d’ambitions, plus de vanités briguant ce titre éminent. C’est un rouage gouvernemental d’un fonctionnement commode et sans danger pour les libertés publiques.

D. Tous les fonctionnaires publics seront-ils rétribués?

R. Sans contredit; mais s’ils le sont sans parcimonie, ils le seront aussi sans largesse. Il est ridicule de dire qu’une grande nation doive donner à ceux qui la représentent des traitements onéreux pour le trésor. Comme l’argent qu’on leur donne si généreusement est l’argent du peuple, il faut procéder avec jilus d’économie. Les frais de représentation accordés aux fonctionnaires, bien qu’on les justifie par le besoin de donner de l’impulsion à l’industrie et au commerce, ne cachent rien autre chose que la vanité et la corruption.

D. Pourtant les chefs de l’Etat, les ambassadeurs, les hauts fonctionnaires, doivent tenir dans la nation une place distinguée, et l’importance de leur traitement, leur permet de soutenir leur rang.

R. Ceci est bon dans une monarchie; mais dans un Etat démocratique, les fonctionnaires publics ne doivent se distinguer que par leurs talents cl leurs vertus; ce sont les commis du peuple, qui les rétribue en raison des services qu’ils lui rendent ; mais il ne doit jamais en faire des agents de corruption en leur donnant des traitements exorbitants.

I Pour cilcr parmi les représentants du pays, ceux qui ont été rétriLucs ■: avec la générosité la plus imprévoyante , je choisirai pour exemple nos ‘I ambassadeurs, qui avaient à Londres et à Saint-Pétersbourg 300,oü0 f., à Vienne 200,000 fr., et à Home 30,000 fr., minimum du traitement,

•' et qui absorbaient entre 10, environ, 1,100,000 fr. Les 21 ministres plé- " nipotentiaircs avaient en maximum 100,000 fr.,et en minimum 25,000fr.

, N’est-ce pas réellement scandaleux? Tous ces traitements sont réduits, il ' est vrai, mais ils sont encore trop élevés. De simples chargés d’affaires, re-

■ présentant avec dignité les intérêts de la France, vivant avec la modestie qui convient tà de vrais démocrates, jouiront d’autant d’estime, quel que soit leur traitement, que s’ils étaient dix fois plus rétribués. L’argent est le plus puissant agent de corruption ; il doit donc être dispensé, par l’Etat, qui est l’économe du peuple , avec une sage réserve.

' Ce qui est vrai pour les ambassadeurs, l’est aussi pour les ministres, les préfets, les représentants et tous les fonctionnaires publics. Nous considérons l’économie comme la base de toute bonne administration. Notre gros budget ne s’est pas élevé au chiffre énorme d’un milliard et demi, par suite de dépenses que justifient les besoins réels du pays, mais par la dilapidation des deniers publics. On a corrompu , avec l’or arraché . au peuple, les hommes qui ont été les instruments les plus actifs de son

■ csclavage.Yous pensez que nous, qui prétendons être les régénérateurs de la société, ne pouvons approuver cette scandaleuse dilapidation du trésor.

D. Votre budget sera donc réduit à des proportions bien exiguës ?

R. Bien au contraire, il sera plus considérable ; mais comme les fonds

■ de l’Etat seront employés dans l’intérêt de la nation et pour subvention- ' ncr des institutions capables d’assurer le développement du bien-être général, il n’y aura pas de récriminations contre le chiffre élevé du budget.

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