D. Quels sont-ils
R. Le Manichéisme eUe FaUlîsme. Le Ma- Qicbéîsme est dès. Ui première vue un tissu de contradictions, et de contes ridicules. 1* C'est Pidée d*un principe maifaisant, lequel est coéternel à Dieu, indépendant de Dieu, capable d'arrêter la toute-puissance, la bienfaisance et tous les desseins de la sagesse de Dieu. Cet être malfaisant existe par luîr-méme , et il est d'abord en cela égal a Dieu. Mais com-» ment ayant cette souveraine perfection, n'atr4l avec cela que des attributs funestes et détestables? Comment existant nécessairoment et par lui-même , ainsi que Dieu, est^l d'une nature totalement opposée à celle de Meu?
S* Comment ce monde où nous voyons ré^
{(uer l'ordre le plus admirable, et rKarmonîo a plus merveilleuse, où tout est si bien lié, oè brillent de toutes parts les caractères d'une sagesse' infinie; comment ce monde ne serait-il que l'effet dc| conflit et de Toppositiou de deux principes ennemis, dont l'un ne peut lamais s accorder avec l'autre , dont l'un ne cherche qu'à détruire ce que l'autre fait, et qui sont également pujssants, l'un pour établir l'ordre partout , et l'autre pour porter partout le desordre? Comment cet ordre, cette harmonie , tous ces brillants traits de sagesse ne seraient-ils que le résultat des combats et de l'opposition de ces deux prin-^ cipes?
3'Surquelfondements'avise-t-ondedireqtte la matière est mauvaise par sa nature, qu'une substance étendue et composée de parties est un principe de mal?£n voyant les services et les agréments multipliés que la matière procure, desquels l'homme peut abuser quelquefois, il est vrai, mais dont il peut faire aussi un usage innocent , et qu'il peut sanctifier par la reconnaissance envers le Créateur, la raison ne nous fcra-t-elle pas regarder comme une extravagance Tidée manichéenne, «lui ne nous présente la matière que comme .1 ennemie née de la sagesse et de la vertu?
V Si j'examine les êtres sensibles qui sont sur la terre, je vois que, depuis l'insecte jusqu'à l'éléphant, tout est fait avec dessein , et
( 1 ) NoHS avons fait plusieurs réflexions sur ce sujet dans U dissertation publiée sur tet Trembiemenu de ten*^ Ui Peste, Ut Orages, etc., k Paris, chez Derton, 1778; nor.s y renvoyons.
m'anfienc^ uue^ sagesse infinie ; que tout à son utilité, et montre la bonté la plus attentive; que toqt m'instruit de la fécondité inépuisable de la toute-puissance divine, et me i^mplitd'admiration. Si quelquefois ces êtres sensibles sont la cause de (juelqpe mal physique , la raison* et rintcUigence données à l'homme lui fournissentassez de moyens pour l'éviterim pour le réparer : et d'ailleurs ces maux physiques, aue sont«iIs en comparaison^, des avantages qu on en reUre, des services, a u'ils rendent, ou des vertus auxquelles ilsdonnent occasion?'
5"* Si rhommo suit l'impulsion de deux principes opposés et ennemis , il n'est pas. plus louable en faisant bien, ni plus condamuable en faisant mal , qu'une pierre n'est louable ou condanmabte, lorsau'abandonnée à sa propre pesanteur elle tombe cl tend vers le centre de la terre : car ee qu'il y a en lui, du mauvais principe doit nécessairement
3)ércr le mal; ce qu*il y a en lui du bon prin- {>e doit nécessairement opérer le bien. U doit donc être nécessairement passif sous ces deux puissances. Cependant l'homme est su- * jet au repentir; il sent qu'il fait mal, parce-
Su'iile veut, et parce au'il abuse librement e ses facultés. Si l'habitude est violeotc et comme insurmontable, il comprend bien quo^ c'est là Teifet des abus réitérés qu'il a faitSw de sa liberté. Il est donc faux que l'hômmo* soit mu et conduit par deux principes oppo-ses. Il n'est donc pas l'ouvrage de aeux principes ; et sa propre expérience loi démontre que l'hypothèse manichéenne est la plus cx-^ travagante absurdités
On aura une juste idée de Bayle, lorsqu'on, réfléchira que c'est en faveur de cette belle hypothèse qu'il a déployé tout son génie (1). Opposons i ses sopbismes le raisonnement d'un Philosophe païen, a Le dessein de la nature , dit Chrysippo , dans son Traité de la Providence, n'a pas été de rendre les hommes . sujets aux maladies , ce qui ne conviendrait pas à la cause de tous les biens; mais si du plan général du monde, qui est très-bien ordonne et très-utile, il en résulte quelques inconvénients, c'est qu'ils se sont rencontrés à la suite de l'ouvrage , sans qu'ils aient é^édans le dessein pi:imitif, et dans le but de la Providence. Par exemple, quaud la nature a formé le corps humain , l'excellence et Tuti- Utc de l'ouvrage demandaient que la tête fût composée d'un tissu d*ossemenls minces et déliés; mais par là il en résultait l'incommodité de ne pouvoir résister aux coups. Il en
(1) Pour connaître ce fameux sceplique, qu\)n peui regarder comme le Généralissime des IncréJules, voyez les dilTérents portraits qu'en ont fait Ramsay , Crusaz, le Clerc , Pauieor d*un beau Discours sur le danger des grands talents, quand ils ne sont pas eonduiis par la êogesse ; rautcttr des Lettres sur les Anglais il sur les Frm^çms ; celui des Essais sur les PiùlosO' phes; Saurin, Sermotu, 5* voL; Porée, Oral, de CreduL in doct. ; le P. de Neuville, Sermons sur le scctt'dale, etc. — V<^ez encore une Lettre critique sur Dityle i b Haye, 1753. — Examen eti tique des ouvrages de BayU, 1747. — La Religion vengée, par une sociélé df gfns de Lettrrs, s\x premiers tomes.
IMIILOSOPIIIOUE.
est de même de la veHu ; l'aciioa directe de la nature y tend et la faut naître; mais , par une espèce de concomilance » elle a produit par contre-coup la source des vices. » Un paYen ne pouvait rien dire de plus raisonnable . surtout dans Tignorance où il était de la chute du premier homme, le P. Mallebranrhe a éclairci et développé ce principe de Clirysippc. On trouvera d*exccllentcs rc- Oexions contre les sophismes de Bayle dans un ouvrage anglais de M. Uutchesoç , qui a para traduit en français en 1T70 : Système de Philosophie morale, t. 1 , p. 314, 320 et suivantes.
109. D. Le Fatalisme est-il plus raisonnable que le Manichéisme ?
T\. Le Fatalisme n'est qu'nne conséquence évidente de l'Athéisme , aussi déraisonnable que lui. Voici la remarque d'un homme qui a précomsé toutes les erreurs, et celle-ci par
Prédilection : t Vous ne trouverez pas que ieu soit bon, parce qu'il j a du mal sur la terre; mais la nécessité qui tiendrait lieu d*un Etre suprême , serait-elle quelque chose de meilleur? Bans le système qui admet un Dieu, on n'a que des difficultés à surmonter, et dans tous les Autres systèmes on a des absurdités à dévorer * {Voltaire. Pens. p. 9, édit. 1765). li n'y a donc pour nous que des difficultés; pour les Athées Wyades absurdités, de l'aveu de Voltaire : il y en a à peu près4iulant pour les Manichéens , en faveur desquels il s'est allié avec Bayle. Mais une observation à faire , 1* c'est que nous avons de bonnes réponses à opposer à ces difflcultés, tandis que nos adversaires dévorent leurs absurdités en silence , ou ne répondent que par d'autres absurdités. 2 Nous avons de fortes raisons pour ne pas nous en laisser imposer par ces difficultés ; parce qtte nos principes étant démontrés et incontestables, les difficultés doivent s'ajuster aux principes, cl ces principes ne doivent point, se plier aux difficultés. 3* Nous parlons d'après les leçons de la foi et les dogmes d'une religion divine, démontrée telle par les arguments invincibles : les Fatalistes et les Manichéens n'ont d'autres garants que leurîmaginalion et le délire philosophique, fc* Si après tout ce que nous répondons aux objections sur l'existence du mal, il reste encore quelques ténèbres à dissiper; si la force des passions nous étonne; si le mal moral et le mal physique paraissent avoir trop d'étendue, le dogme du péché origindet d'une altération générale opérée dans toute la nature explique cette énigme. Ce dogme est un mystère sans doute , mais ce mystère est prouvé, comme nous le ferons voir; et ce mystère, une fois prouvé en explique beaucoup d'aulrcs qui sans lui sont inexplicaJ[)les.
I V. — 110. B. Be ces réflexions sur la providence et les attributs de Bien peut-on conclure que tout est bien , et adopter le système de r.Optimi8nie?
U. !• L'on ne peut nier que, par rapport a Dieu, tout soit bien, parce que Bieu ne saurait rien foire qui soit mal, quoiqu'il puisse
augmenter le bien et le perfectionner à l'infini.
2* Par rapport à l'homme, considéré dans cette vie précisément et sans l'espérance de l'avenir, il est certain que tout n'est pas bieu; et c'est insulter à ses maux que cToser lui dire le contraire.
3^ Le système de l'Optimisme, qui, pris dans le sens de ses partisans^ n*cst qu'un raffinement métaphysique, né dans une imagination plus riante âue vraie , se vérifie en quelque sorte dans la personne de Tbomme juste, dont les vertus s'accroissent dans Ip malheur, et chez qui l'attente du l)fen à ve^ nir est toujours un. soulagement aux maux présents. Bans Tune et dans l'autre forluiici, il jouit en paix de son Bieu, comme il jouft de lui-même ; U jouit avec transport de toute la nature; il jouit sans crainte et sans envie de tout oe qu'il y a de bon dans les autres ; il supporte sans aigreur, sans amertume, le mal qui s'y rencontre • et qu'il ne peut y corriger ;. il prête à tout ce qu'il voit le jour le plus favorable ; il embellit tout ce qu'il touche. 11 sait que Bieu a placé dans les souffrances même le germe de la félicité de ses enfants. Les sentiments de patience, de paix, de consolation , d'espérance , qui accompa^ gnent celte connaissance, font de celte vie même une Vie heureuse* La paille est séparée du grain sous la n^ain du batteur. L'huile coule épurée après avoir passe sous la meule qui a brisé l'amande et ses enveloppes. La même main qui s'appesantit sur le juste réprouve et le purifie, tandis que le pécheur se (lésespère et se damne (1).