D. Quand il serait vrai que certains
1)euples vivent saiis aucune connaissance de >ieu, que résullerait-il en favcurderAthéis-» me?
R. Aien du tout, ainsi que je l'ai déjà observé. Nous avisons-nous d'ergoter contre la croyance universelle d'un Dieu, parce qu'un Spinosa, un Vanini, un Helvétius et quelques autres forcenés se sont élevés contre ce aog-> me 7 et si, dans un siècle de lumière, où les sciences brillent de toutes parts, l'aveuglement de l'homme peut être porté à ce point, que sera-ce des sauvages ?... S'il y avait une nation tellement dégradée et abrutie par la stupidité qui suit les grands crimes etle règne absolu des passions sensuelles et grossières, qu'elle eût perdu toute idée de son Créateur et de son Maître, j'adorerais dans cet abandon la profondeur des jugements de Dieu, qui dans sa colère punit des générations entières d'un aveuglement si redoutable ; mais je ne me servirais pas de cet aveuglement pour combattre la lumière, ni d'une ignorance si étonnante et si incroyable pour obscurcir les^notions les plus certaines et les plus évidentes.
93. D. De l'unanimité des hommes dans la croyance d'un Dieu doit-on conclure que cette idée nous est innée 7
R. Puisquela raison suffit pour faire naître cette grande idée et que toutes les créatures s'efforcent de la produire en nous, rien n'oblige à croire qu'elle soit innée (1). Hais il ne faut point rejeter avec dédain l'opinion de quelques Philosophes qui, vu l'étendue et la force de certaines idées, ont cru que le Créateur en avait mis dans nos âmes une espèce de germe qui se développait avec une aisance
(I) 11 est certain que bien des affections , qu'on peut regarder comme des germes d*idées, se transmeuenl pr la générsiion , et naissent avec nous ; pourquoi serait-il absurde de croire que le Créateur ait mis dans les âmes quelques traces des idées les l>1tts importantes , telle que celle de son existence ? Si les BuHebranchistes dérendent cette opinion avec trop d^assurance , c*est un préjugé de système ; mais n*en est-ce pas un autre de rejeter comme un conte ridicule un sentiment auquel il ne manque peut-être que quelques degrés de plus dans la force de ses preuves » pour gagner le suffrage des sages ^ — Un auteurmoderne dit que l'homme est nnlurellement enclin et porté à la croyance et à Padoration de Dieu, parl'in^ ftuence immédiate de Dien dam son âme ; et regarde eeite influence comme un rapport inévitable entre lo f.réaiear et l'être spirituel qui est le souffe de sa iMiciie.
et une activité toute particulière (i)^
Vk. D. De ce qne certains sauvages insirutfs rar les missionnaires se pénétrent si difficilement de l'idée du vrai Dieu, de son culte, de ses lois, de sa présence, etc., tandis àue cela est si aisé aux enfants chrétiens» n'a-t-<>n pas eu raison de croire que l'aptitude à prendre ces impressions était l'effet de ce
Îrand nombre de générations ascendantes ans lesquelles les mêmes idées ont été empreintes ? D'où on a conclu nltérieuremeot quli n'était point naturel à Tbomme de s'oc-' cuper de ces objets.
R. Sans entreprendre Texamen dHioe observation si abstraite et si peu intelligible, il est aisé d'y répondre et de la tourner même contre ceux qui en abusent. Car en adoptant le principe, on en tirera une conséquence» beaucoup plus juste, en disant : < Puisquit est uaturelà l'homme de s'occuper d'objets si étroitement liés avee sa raison et son bon^ heur, et que d'ailleurs l'histoire noua ap-. prend que les premiers hommes s'en sont effectivement beaucoup occupés , il faut qu'une vie brutale et féroce durant une longue chaîne de générations ascendantes ait absolument anéanti ce germe des plus grandes et des plus consolantes idées, ou, si l'on veut, l'aptitude et la facilité de les produire et de le» goûter. » Voyez-ci-desstis. n. 89.
§ U. —95. D. Est-il bien vrai que les Juifs eux-mêmes n'avaient point une idée conve-' nable de Dieu, et qu'en particulier ils méconnaissaient sa spiritualité et son immen* site?
R. Les plus grandes idées , les sentiments les plus sublimes, les plus touchants de la Divinité, se trouvent dans les livres des Juifs ; c'est là que nos poètes et nos orateurs les vont chercher. Son existence remplit le ciel et la terre ; il est présent à tout, il est dans tout, et tout est dans lui (2;. L'Ecrittfré est remplie d'expressions semblables, et il faut s'étourdir étrangement pour ne pas voir dans ces expressions uii Être sans matière et sans étendue. Si Dieu a apparu aux Juifs sous quelque symbole corporel , jamais ce peuple n'a cru voir dand ce symbole la nature de son Dieu, qu'il savait être invisible et inaccessible à tous les sens ; car l'invisibilité est une suite nécessaire de l'immensité , si clairement exprimée par les auteurs Juifs. Jacob, en disant. Je ne savais pas que le Seigneur fût en ce lieu, était persuadé que le Seigneur ne se manifestait pas par une expression extraordinaire de sa puissance dans les lieux
(l)C*esiencesensque Tauteur de TEccIéiiastique regardait la crainie de Dieu comiite née avec les fidèles serviteurs de Dieu. Timor Domini eum fidelitHê in vuba eonereatui e$L Ecdi. i«
(î) Cœlum et terram ego impleo. Jerem. ?3. — F/* tf'r DomtiiKs.tit cujtu conspecîu ito, 5. Reg. 18. — Si aseendero in eeelnm , tu iUic ei : si descendero in in» fetfiûm^ ades. Si sumpsero .peunas meag dHueuh^ et habita»er4} in extremis maris , etemm iUuc manns ina deducet me, etc. Ps. 158. — Cœ/iim et cœU cœlormu u non eapnmt. 3. Par. 6. — In ipso emm tfitnmuê, ei moveifiur. et sumus, Act. 47.
JKIU.0S0PH1QU&
où 8o« aom attail paa conna; il est suipris'
2a*il lui apparaisse au milieu du pays de banaan» el il s'écrie : Le Seigneur est donc coQUU el adoré dans ce na js-ci» et je ne le savais pas fi}. On a mille fois répondu aux objections des incrédules sur cette matière ; et s* ils ont encore le courage de les répéter, nous n'arons pas celui de lès discuter plus an long.
{'m. — 96. D. Les chrétiens ne semblentib pas refuser i Dieu la prescience, en éta-* blissanl le dogme de la liberté? Car la çres-t cience suppose la certitude ; la certitude entraîne la nécessité.
B. Cette observation, que Bayle et Voltaire ont tant fait valoir, n*est dans lé fond qu*anecbicaiie (2).Laraîsonqu^i1s apportent est d^nne fausseté palpable. Il n'est pas vrai que la certiludo emporte la nécessité. Quand il n'y .aurait aucune prescience, celte propoftlUoA, Pierre sera juste, serait encore trèscertainement vraie ou fausse, parce qu'il serait encore très-certainement vrai que Pierre sera juste, ou que Pierre ne aéra pas juste. Or d'où vieDdrait,en ce cas, à Pierre la nécessité d*étre juste ou de ne Tétrepas ? La prescience envisagel'olijei futur ; mais elle n'y fait rien, elle n'y change rien ; la chose est supposée devoir arriver ou n'arriver pas avant que Dieu emploie la prescience pour la ^connnttre.' Toutes les clioses sont représentées dans son intelligence, comme les objets visibles le sont dans une glace. La glace présuppose l'existence de& objets ; rinteliigence divine présuppose ladétermination libre d*unc créature : des tors la liberté n'est plus en danger. Pierre ne sera pas juste parce que Dieu le prévoit; mais Dieu prévoit que Pierre sera juste, parce qu'il le sera en effet.
97. D. Ciomment Dieu peut-il prévoir une choae qui n'existe encore dans aucune caUse déterminée, et sur laquelle il n'y a rien d'arrêté?
R.l* Lorsque deux vérités, telles que celle-ci , La science de Dieu est infinie , V nomme est libre ^ sont également démontrées, quel autre parti devons-nous prendre que celui de les croire?!! n'y aque l'ignorance où nous sommes du moyen terme parïequel elles sont liées qui bit que notre esprit est effrayé de Topposilion qu'il croit apercevoir entre elles, a II faut alors, dit admirablement M. Bossuet, tenir fortement les deux bouts de la chaîne, quoiqu'on M voie pas le milieu par où l'enclialnement se continue i» (3). 2" Il est déraison*
(1) Ycre DonânusHt îh loco hto^ el ego ueuiebam, Oi-n. 28.^ — L*Ecritiire emploie' une expression sem- I»labi6 p<mr dire que Dieu ii*avail p.ns encore parlé à Saraael : Porro Samuel necdum tciebat Dowinum. 1Re^;S.
(2) Toutes leg objections contre la science et la prescience de Dieu , auxauelles les incrédules modernes attaclient le prix ae la nouveauté , sont trèsvieilJes et très- usées. Et dixerunt quomodo $eii Deus ! è^l M <il êdentia m excelto ? Psal. 72.
(3) Quand même les incrédules opposeraient à la n^ligimi des difficultés absolument insolubles , ces vériiés ooe fois démontrées le seraient toujours. Pour ictroire Terreur sous toutes les faces qu clic peut
nable de prétendre expliquer Tusafe et retendue d une science infinie qui embrasse tous les temps , pour laquelle le passé suIhi siste encore , et Tavenfr est déjà. Nous no concevons pas comment nous voyons nousmêmes le présent, comment nous nous souvenons du passé, comment notre âme s'élan^ ce vers Tavenir ; et nous entreprendrons d'esLpiiquer comment Dieu prévoit des chosea qui doivent arriver dans des âmes libres qu*il a créées et dont il connaît toutes les sir tuations passées , présentes , futures et possibles I Comment Dieu connalt-il les choses pas* çées 7 CSes choses n'existent pas plus aujourd'hui que celles qui arriveront dans cent mille ans; elles ne sont ni plus réelles , ni plus présentes, ni plus à portée d*étre observées que si elles étaient encore dans le secret do 1 avenir. Voltaire a lui-même approuvé la saj;esse de ces observations. <c La liberté une fois établie, dit-il, ce n'est pas ^ nous à déterminer comment Dieu prévoit ce que nous ferons librement. Nous ne savons pas de quelle manière Dieu voit ce qui; se passe. Nous ^n'avons aucune idée de sa façon de voir; pourquoi en aurions-nous de sa façon de prévoir? » (Mélaph., cA. 4) Ce que nous savons c*est que le Créateur agit sur le néant comme sur l'être ; il appelle ce qui n'est pas comme ce qui est : il peut donc se sister Tarer nir le plus libre comme le plus nécessaiie. Enfin les futurs libres forment une v&ilé qh^ jective , pour me servir des termes de Técoh^, et ne peuvent par conséquent être inconnus à Tessence divine, à cette essence nécessaire* ment représentative de tout ce qui est réel , de tout ce qui est une vérité (i). — Il est re-* marquable que. tandis que quelc|ues Philosophes contestent à Dieu la prescience des actions libres il s'en soit trouvé d'autres qui raient accordée aux hommes* Maupcrluis assure qu'il est aussi aisé de voir l'avenir que le passé ; que les prédictions spnt de mênie nature que la réminiscence; que tout le monde peut prophétiser; que cela ne dé^ pend que d'un de^ré d'activité de plus dans l'esprit , et qu'il n'y a qu'à exalter son âme. Voyez (es Lettres*
S IV. — 98. D. L'idée que toutes les nations ont des attributs de Dieu n'est-elle pas conitredite par les maux qui désolent la terre? L'impossibilité de concilier ces deux choses n'a-t-elle pas produit l'hérésie des deux principes?
R» Nous répondons à cela par les termes mêmes d'un grand partisan du Manichéisme, toujours acharné contre la religion , mais
5 oint toujours conséquent dans ses systèmes. i le système des deux principes se réalise
prendre , il faudrait une science en quelque sorte în unie ; mais il ne faut que le simple non sens poit snisir une vérité clairement prouvée. Le faux^ dît très bien J. J. .Rousseau , est êuseeptibte d'une infinM dt ccmbinaiiOHê; nune la virtUtCa qu^une mamère d'itté (1) Cette matière est traitée avec toute la clarté dont elle est susceptible , dans le savant ounage. de M. Yàbhé Para , Thdorie des êtres ifuensibiesp tomi' i, n* 1008.
CATËCmSilfi
quelque p^tt > c'est danjs ses onvrates. « Les Idées les pins sArcs et tes plas claires de l'ordre noos apprennent qn'nn être qui existe
Star Ini- même, qui est nécessaire t qnî est temei, doit être uniqae» infln! , tont-puissant et doué de toutes sortes de perfections ; dînsî , en consultant ces idées, on ne trouve rien de plus absurde que l4iypothëse des
deux principes Quand les Manichéens
toous allèguent que , puisqu^on YOit dans le monde plusieurs choses qui sont contraires les unes aux autres , il y a nécessairement deux principes } ils font pitié. L'opposition qui se trouve entre ces êtres , fortifiée tant qu*on voudra par ce qu'on appelle variations, désordres, irréçularitésdfe la nature , ne sauroit faire une demi-objection con-r tre Tunité dé Dieu. On donne raison de toutes ces choses , oii par les diverses facultés que Bleu a données aux corps, o.u par le concours des causes occasionnelles , intellfffentes , sur lesquelles il lui a plu de se régler » ( BiH.. kist. et crit, , article Manichéens, note d). Le copiste de Bayle , Voltaire , parle, comme son modèle, pour et contre le Manichéisme. « Le mot de bon, dit-il, de 6ien-^rr0. est équivoque: ce qui est mauvais par rapport à vous est boa dans rarrangemcnt^énéral. L'idée d'un être infini, tout-puissant, tout intelligent et présent partout, ne révolte point votre raisou, Nierez-vous un Dieu parce que vous aurez eu un accès de fièvre ? 11 ''ous devait le bienêtre, dites-vous ; quelle raison avez-vous de penser ainsi? Pourquoi vous devoit-il ce bien-être? Quel traité avait-il fait avec vous? Il ne vous manque donc que d'être toujours heureux dans la vie pour recionnattre uu Dieu? Vous qui ne pou ves être parfait en rien, pour^ quoi prélenoriez-vous être parfaitement heureux? Mais je suppose que, dans un bonheur continu de cent années , vous ayez un mal 4le tête, ce moment de peine vous fera-t-il nier un Créateur? Il n'y a pas d'apparence. Or si un quartnl'beure de souffrance ne vous arrête pas, pourquoi deux heures, pourquoi un jour, pourquoi une année de t4>urmeuts vous feroienl-ils rejeter l'idée d*u|i artisan suprême et universel? »
9d. D. L'origine du mal n'est-ellc pas une dès grandes difficultés dont se soient prévalus les Athées?
R. L'on ne peut disconvenirque ladilficuUé ne soit spécieuse; mais fdl-elle même absolument insoluble, que s'ensuivrait-il? Sur de si grands objets nous ne devons pas nous Hatter de tout résoudre ; et il suffit , comme nous l'avons déjà remarqué ( Ci - dessus \ n. 97 ) , qu'une vérité soit établie sur les preuves les plus convaincantes , pour ne
fias s'inquiéter de toutes les difficultés que 'on forme contre elle : sans cela, que de vérités géométriquement démontrées démeurepaient encore incertaines I Au reste , les oIhjections tirées de l'existence du mal , soit physique, soit moral, s'évanouissent d'ellesmêmes, lorsque, mettante part quelques préjugés» on fait les considérations suivantes t i* Dieu n'est pas oblîgéde faire tout le bien
qu^il peut ; H y a même tine absurdité à le supposer. Quôiqu'infiniment bon et puissant» il a pu, sans déroger à sa puissance et à sa honte., produire des êtres plus ou mohis parfaits, varier les degrés de leurs perfections; et éks qu'il peut y avoir du plus ou du moins , il y a nécessairement des imperfections et des défauts, du moins relatifs. Soutenir que Dieu n'a pu créer un être imparfa^it » c'est affirmer qu'il n'a rien pu produire de borné , qu'il a dû porter la perfection de ses Ouvrages à l'infini , qu'ils ne sont pas dignes de lui, s'ils ne sont ausst parfaits que luimême. Absurdité révoltante : ,tout être cré4 est essentiellenient borné, et tout être borné est imparfaite
2* Pour juger si le mal est un don digne de Dieu, il faut examiner si c'est un mal qui ne soit mêlé d'aucun bien. Dès qu'il est bon à certains égards , quand même il pourrait devenir un mal par notre faute, il s'ensuit seulement que c'est un bien borné , un bien qui ^urrait être plus grand ; mais il ne s'ensuit pas que ce soit un mal pur, un don tii.compatîble avec la bonté de Dieu , puisque ces dons sont nécessairement bornés.
9* Tout ce que les Philosophes Manlchéistes dissertentsur le mal moral se réduit à prétendre que les hommes doivent être deâ automates, par un entier dépouillement de ht liberté ; que Dieu doit récompenser des vertus forcées, dominer sur les nommes en maître aveugle, mou, faible, Imbécille ; que sa bonté doit absorber sa justioe, sa sagesse, sa puissance même et tous ses attributs. Dieu, selon eux, n'est pas juste, mais seuli^-. ment bon; et sa bonté est une vraie bona»". site, une indifférence inoxcusable dans uo. législateur, une mollesse indigne du maître
du monde (1).
100. D. La liberté n'est-elle pas un présent funeste, comparable à uni couteau qu'un père mettrait enUre les^ mains d'un enfant frénétique^
R. Nest-ce pas une espèce de frénésie que de comparer la liberté avec la fMnésie?On peut douter si Bayle et Voltaire jouissaient de leur plein sens quand ils raisonnaient de la sorte. 1* Le frénétique est-il maître de lui-même? La délibération et la réflexion peuvent-elles avoir lieu dans ce qu'il opère? Une volonté libre est éclairée par ira entendement sain , il ne tient qu'à elle de suivre ses lumières : la passion peut lui disputer l'empire sur elle-même , mais elle ne peut le lui enlever sans sa propre détermination, l^" L'épée dans la main a'un furieux ne peut produire aucun bien : la liberté est le principe des vertus , des récompenses méritées ^ d'un hommage digne de Dieu. S" Un père ne
(1) G*esl ainsi que de mauvais raisonnements parmi les clirétiens, sans avDÎr le môme degré de slupidiié que les idol&lres, onl dérogé , comme eux, aux attri buts et aux propriétés les plus essentielles de rim* muable Divinité ; el cela sous prétexte de modératini^ de douœur et de sagesse : Dieentet se eue safnentes, siutU facti timl, et mrriaverwif gtoriam incorrupiikiHl Dei» Ram. I.
pcul 6(re toajonrs avec son flis p<Tar diriger riisâge de ce glaive> ni lui donner partout un secours proportionné au danger qu'il court de la pari de l'instrument fotal : les iumiàres divines et l'assistance de la grâce ne sont jamais séparées de notre liberté. On ne flnirait Ks si on suivait cette comparaison dans tous ; points où elle se dément.
101. D.Un père qui ne Tcrait pas à ses en* faots tout le bien , ou qui n'en détournerait pas tout le mal qu'il pourrait , serait-il regardé comme un bon père ?
R. Toutes les comparaisons que l'on fait entré Dieu et un père, un tuteur , un médecin, un mattre , un souverain , etc., sont défectueuses. 1* Dieu veut un hommaffet libre,* tout autre est indigne de lui. 2" Un père n'est que père; Dieu est père, juge rémunérateur, mattre souverain, etc., tout à la fois ; il est la
PiilLOSOPlIIQDfi.
faire tout le bien qullpcut, puisqu'il ferait l'infini; nous l'avons oéjà remarqué. Bayle lui-même déclare « qu'il n'admet point pour règle de la bonté et de la sainteté de Dieu les id&'s 4iue nous avons de la bonté et de la sainteléen général.., que nos idées naturelles ne peuvent point être la mesure commune de la bonté et de la sainteté divine , et de la bonté et de la sainteté humaine; que n'y ajrant point de proportion entre le fini et l'infini , il. ne but point se promettre de mesurer à la même aune là conduite de Dieu et la conduite des hommes ; et qu'ainsi ce qui serait incompatible avec la bonté et la sainteté de Thom^me est compatible avec la bonté et la sainteté de Dieu , quoique nos laibles lumières ne puissent pas apercevoir cette compatibilité » {OEuwTBs de Bayle, t. 2. p. 097 et 998). 1(3. D. N'eût-ee pas été un grand bien pour Vhomme que d'être forcé à mériter le
ciel?
K Forc^Âm^ri^^r.estune absurdité. Quand
nos philosophes combinent ainsi les termes,
ils ne s'entendent pas eux-mêmes.
103. D. Si Dieu peut empêcher le. mal et qu'il ne le veuille pas , cominent est-il bon ? S il le veut et qu'il ne le puisse pas, comment est-il tout-puissant? Voltaire croit qu'on ne peut point répondre à ce dilemme.
R. Nous y avons déjà répondu dans toute l'étendue une la chose exige. Dieu peut empêcher le mal , mais il ne le veut pas pour des raisons dignes de sa sagesse et de sa justice , conformes à sa sainteté et à sa bonté.
IM. D. Comment peut-il se faire que la permission du pécl^é ne blesse pas les attributs de Dieu?
R.Quel attribut cçtte permission pourrait-
justice est de récompenser le bien et de punir le mal* « La providence , dit un philosophe , ne yeut point le mal que fait l'homme en abusant de la liberté qu elle lui donne; mais elle ne Fempéche pas de le faire. Elle Ta fait libre afin qu'il fit , non le mal , mgils le bien
par choii...... La justice de l'homme est de
rendre à chacun ce qui lui appartient, et la justice delDieu de demander compte i. chacun de ce qu'il lui a ordonné» {Emile, t. 8, p. 77), 3" Cette permission ne blesse pas la sagesse de Dieu, parce que la véritaue beauté du monde moral est que l'homme embrasse la vertu par préférence , par goût , par choiii cl librement : or cela ne pourrait avoir lieu sans la permission du péché. 3* Elle ne blesse
rint la bonté, laquelle consiste à vouloir et. faire du bien : or la permission du péché n'est point opposée à la bonne volonté do Dieu; elle n'arrête pas ses l>ienfaits,élle n'emt* pêche jamais l'homme d'en profiter. 4* Ello ne blesse point la sainteté , parce qu'il n'y a que la volonté ou l'action du péché qui la,, blesse en efiet ; et que le plus bel hommaffO' que l'on puisse rendre à sa sainteté , est de résister au pouvoir de pécher. D'ailleurs rie» ne fait mieux juger de la grandeur des attributs de Dieu que la nermission du péché : el qu'est-ce qui nous (ait mieux connaître sa sainteté infinie que la manière dont il a exigé que le péché fût réparé ; ou sa justice que les rigueurs dont il punit; ou sa magnificence et sa libéralité' que les récompenses dont il cou» ronne ceux qui ont triomphé de l'inclination au péché ? Donc , à considérer le péché relativement aux attributs divins, Dieu n'a point été obligé de l'empêcher.
105. D. Le crime heureux sur la terre, el la vertu dans l'oppression , n'est-ee pas une vraie confusion, un mal pur et sans mélange de bien ?
U. Oui, dans le système de l'Athée , qui ne prévoit pas le temps où tout sera remis en sa place.
106. D. Si Dieu réserve ses récompenses et ses châtiments pour l'avenir^ n'est-il pas au moins coupable d'une injustice passagère ?
R. U est absurde de soutenir que Dieu doit récompenser une bonne action sur-le-champ, et punir le crime dès <|u'il est commis. 1* Si Dieu récompensait le bien ou punissait le mal sur-le^hamp, il êterait aux pécheurs les , moyens de faire pénitence et aux justes le mérite de persévérer dans la vertu malgré ses épreuves. 2" S'il exerçait toujours sa iustice dans ce monde, il nous êterait un des plus dé? monstratifs arguments de l'immortalité de nos Ames ( Ci-desêous , n. 179 }. ^ L'homme deviendrait servilc et mercenaire; il éviterait le mal par la seule crainte d'un châtiment imminent; il serait vertueux par l'appAt d'un avantage temporel infaillible, k* La patience « rhumilité, la mortification, le pardon des in« jures , l'espérance en Dieu , le détachement des choses de la terre, et bien d'autres vertus germent, se nourrissent et croissent dans Tadversité. En faisant cesser toute injustice, tout genre de misère et d'oppression , DieuTious retrancherait les moyensles plus sûrs de sanctification et de salut. 5* Souvent une action qui parait louable est réellement digne de punition, parce qu'elle a été faite par un motil crimind; souvent un délit qui semble mériter les plus grands supplices est pardonnable i parce qu il a été commis par surprise ou pai
€ATÉCHI»IB
errettr. Pour éviter les tminn«re84 pour s a&- ■ajeltir aux idées Irompeuses des Jiomme&» Biea senil obligé de faire des injostices , ea récompensant une vertu qui n'est qu'appalentei et en punissant sévèrement nue surprise M«^nnaliie. 6* Si les souffrances des iustea sont souvent la suite d'un, fléau général, foo« 4ra-t-a que Dieu fasse continuellement des pirades pour leur procurer un sort différent de celui oes autres hommes (1) T
IflfT. D. Gomment laut-il s*y prendre pour donner un nouveau poids aux raisons que les chrétiens apportent pour concilier les attributs de Dieu avec Texistence du mal?
R. U suffit de découvrir l'absurdité des sys* tèmes contraire.