‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 11 sur 235 · CHAPITRE IV. Malheur de l'Athée · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. Malheur de l'Athée

§ I. ^ ifl. B. L'Athéisme ne peut tenir contre les lumières de la. raison ; mais ne trouve-t-ii pas son compte dans les affections dn cœur?

R. Si l'hbmme pouvait ne chercher qpe l'impunité du crime, et placer sa béatitude dans la jouissance de quelques plaisirs fugitifs , se contentant de la portion de bonheur distribuée aux animaux, il pourrait envisager l'Athéisme sans horreur. Mais une flme qui sait étendre ses désirs, ennoblir ses prétentions , estimer une félicité durable , prendre son essor vers réternilé, animer la nature par ses regards , et y découvrir la main d*nn ouvrier tout-puissant, ne voit dans l'opinion de l'Athée que désolation et que désespoir. Sous ce coup-d'œil , tout est pour elle dans le désordre et dans l'attente du néant. Non seulement elle se réplie avec mépris et avec douleur sur elle-même , comme un atome de poussière agité par une impulsion fortuite et aveugle; mais l'univers entier n'est qu'un chaos hideux , où il n'y a ni lien , ni ressort, ni dessein, ni intérêt (2).

(1) Crealura inim tibi (acteri detemens^ exardiscH in tormentum advenus injusîos, et lenior fit ûd benefaâendum his qui in U eonfidunl. Sap. iG.— Dî/f>«nft6vf Deum onmia cooperantur in boiium, Roni. 8. — l^na eàdemque m muens bonos jn'obat fmtificat^ ellquài ; matos vasiat^ damnai^ exterminât, Aug.

(1) Toutes les pensées sublimes , les grands senti-

CATfiGHISME

113. D. Comment celln vérité, qui est si sensible et si indépendante de tout raisonnetnetal a-t-clle pu échapper à quelques Philosophes ?

R. £Uc ne leur a point échappé; mais ils se sont étourdis pour ne pas se rendre à son impression, qu'ils ont regardée comme une doiice erreur, un charme illusoire, et ont cru devoir lui substituer le triste tableau du hasard et du néant a Le spectacle de la nature, dit J. J. Rousseau, si vivant, si animé pour ceux qui reconnaissent un Dieu , est mort aux yeux de TÂthéé; et, dans cette grande harmonie des êtres, où tout parle de Dieu d'une voix si docile, il n*aperçoit qu'un silence éternel (1). 9 C'est le cas dé dire avec un ancien poète :

Mm nntbrœ àUorum fiemontm, twn moliia poiatnl pralanunereaninwm^narniiiiperinxavolntM *

puriir eleclrà câmpum petit amiHs

(3 Gcorg )

C'est Vidée de Dieu qui embellit le monde entier, et donne de Tintérét à tout ce qu'il renferme : c'est elle qui donne la pâ^role aux êtres insensibles^ qiii interrompt le silence des forêts , qui donne de l'harmonie au murmure des ruisseaux , qui extasie a la vue d'une fleur , qui exalte aux sons de la musi* que, qui charme au champêtre concert des oiseaux. — « De combien de douceurs n'e$t pas privé celui à qui la religion manque (dit encore le Philosophe de Genève)? Quel sentiment peut le consoler dans ses peines? Quel spectateur anime les bonnes actions qu'il fait en secret? Quelle voix peut parler au fond de son Ame ? Quel prix peut-il attendre de la vertu 7 Comment doit-il envisager la mort? » — Un auteur moderne, judicieux et modéré , n'a pas cm exagérer , ni écrire un paradoxe , en tirant l'Athée de la classe des êtres pensants et raisonnables , pour le placer parmi ceux que la nature n'a doués que de la sensation (2). Les Athées avouent

irents. naissent de Tidéc d^un Dieu, de la Providence, de riinmorUililé. Les livres des AUiées sonl froids et lugubres : quelque ion que la Philosophie leur donne, ils ne s'élèvent que lorsqu'ils empruntent un laugnge qui combat leurs erreurs. Firmamentum virtutU, exaltant anîmam. Eccle. 54.

(1) Deleelaiti lue, Dotmti^, m factura îna : et In operibus maiiuum tuarum exaUabo. Vir huipiens non cognoicet, et êluitut non inielliget hœe, P^al. 91.

(S) f On a osé , tlii il , nous présenter TÂthée comme un snge, dans qui îa raison est devenue toute-

Suhaante àprèt avoir perdu la foi (Nouv. Pens. phil. ). le ferait- on pas mieux de le définir rhonni)e sur lequel la raison et la foi ont peitlu lout empire t Ne serace pas même lui trop accorder que de souffrir qu'il soit classé parmi les hommes? Comme nous, sans doute, il porte ses regards élevés vers les deux : mais, comme ranimai , dont les yeux sont courl>és vers lu terre, 11 ne peut en saisir les rapports avec TEire suprèine« Le ciel lui a donné ce front sublime qui annonce rintelligence ; peui-éire était 11 fait pour la fiosséder comme Tbomme , à certain degrë : mais , comine l'animal , il ne peut en distinguer les traces nulle part Avec' la faculté de penser, il sembla recevoir, en naissant, des titrés supérieurs à riusiinct ; mais les sens de Panimal ne sont-ils pas les seuls goides quHl adopte 7 Ainsi que riiomnie enfin il jouit du don de la ^Kirole : mais, connue Panimal, ou jamais

que leur système est désolant , qu'il ne peut plaire qu'aux hommes fui ont un grand ronds de mauvaise Irameur, un tempérament mélancolique , une âme aigrie par des malheurs ou des infirmités (i). On a remarqué que le hérissé Spinosa était un génie triste, noir, rêveur, misanthropeau prodige. Toutes les ténèbres du vice et les traits du désespoir étaient empreints sur le visage du fameux athée Dolet(2).yanini n*aTait pcis la physionomie plus heureuse. ^ Un homme, aussi ingénieux que chrétien ^ disait que ce système ne pouvait plaire qu'aux amateurs de la mort, et appliquait aux adversaires de l;i Divinité ces paroles de Salomon : Omnei qui me oderunt ditiguni mortem ( Prot* 2 ) • Ba}' le, d'Alembert, Hume, etc., observent que les Athées sages ( s*il peut y en avoir de cette sorte) n'ont garde- de .publier leurs sentiments : a Par charité et par générosité, dit Bayle (i)ic t. hist> et crit., âr^ Desbarreaux), ils fortifieront plutôt les jeunes gens dans des doctrines qui peuvent les préserver des débauches , en leur donnant des consolations dans leurs misères, par Tespérance d*une éternité bienheureuse » (3). Pour bien des

ÎfefH (dit le Système de la Nature), leur ôier es idées de Dieu, ce serait leur arracher une portion d'eux-mêmes, les priver d'un aliment nabituel , les plonger dans le vide , et forcer leur esprit inquiet à périr faute d* exercice [k).

i) n*interrogca Tunivers, ou la natufi est muette pour lui. — Que le soleil, du couchant à Faurore, promène SCS feux resplendissants ; à tout' Téclat du jaun que mille asires radieux fassent succéder la majesté des nuits, et célèbrent 1<^ Dieu qui les créa ; PAthée nVn* tend point le cantique de louanges dent retentit leur marche triomphante. Que mille êtres vivants peuplent nos champs et nos forêts , qu'ils s*élèvent dans i*empire de Tair , qu'ils respirent dans les abîmes de PO» céan, et que leur génération se perpétue de siècle eu siècle , ils n'élèveront point son esprit h TAuieur de la vie. Que le retour constant et régulier des frimas et du printemps, de Télé et de raniomne, annonce \e Dieu de la sagesse et de la providence , Tordre ne lui dit rien de plus que la confusion ci le chaos. Que b terre s^embellisso et se couvre de toutes ses richesses , Il cueillera ses fruits comme ceux du hasar'J. Insensible au milieu du s^taclc imposant de Twii* vers , il n'entendra j;imais cette voix distincte ot puissante : Ce$t Dieu qui nous a faits ;t Ipte fecit nos, et non ipsi nos 1 [Ps, 99). Son cœur même ne fe Ini dira pas. Est-ce donc \k cet être destiné à la contemplation de la nature? Le itEur environné déglace, et son esprit frajipé de toute lapathie de la stupidité, est-il donc fait pour apprécier l'ordre , la variété, les richesses qu'elle étale a nos veux, pour s'élever à la nuissance , à la sagesse de l'auteur , par la beauté , rensemble, et la magnificence de l'ouvrage? 1

(1) Système de la nature, t. 2, p. 213. — Shastes* bnrv, Lettre sur VEnlhous,, sect. 3.

(z) c Seulement à le voir, dit un de ses contemporains ( lean Angeodonu<% ) , on dentelait un tnsi'UÂé, un furicnx, un enragé. Ni le bronze, ni ta toile, n'eussent jamais pu être, comme son visage, l'image d'un mtmstre. 1

(3j Bavle a-til pratiqué luNmémc cette pompeuse maxime? Ou serait curieux de savoir quels sont ces incrédules si charitables el siaénércux. On dirait que ces messieurs sacrifient les réflexions les plus profondes et les plus riches découverfcs k la simplicité des croyants. On sait) quoi s'en tenir.

(4) Faut-il s*etonner du vide et dn Pcimni uue

113. D. Les Athées ne Iroureiil-ils pas un grand av^mlage i être délivrés de la craiole de la mort et de ses suites (1).

R. 1* S1ls n'ont pas les agitations de la crainte, ils n*ont pas les douceurs de Fespérance, qui » dans Vhomme juste, a toujours le dessus et le fait anticiper sur le bonheur à Tenir.

â* La Ttie de Tanéantisseinent n*a*t-elle pas de quoi les faire frissonner d'horreur ? Ecoutons les P|iilosophes (2) : « L'instinct qui fait^ frissonner rhomme à la mort Lp laisserak-il tranquille aux approches de sa destruction totale ? On est accoutumé à yi^ Tre, à sentir, à être quelque chose. Ce n'est pas sans peine que l'on s'arrache à soi-même, et que l'on se dit : Tu mourras tout entier. » — « Ces doutes sont tristes. Il est dur d'être

anéanti. Espérez de vivre pourriez-rrons-

rejeter un système si beau et si nécessaire au genre humain? » Celui qui croit son âme immortelle trouve dans cette persuasion un remède assuri contré tous les maux de la vie et l'assaisonnement de tous les plaisirs raisonnables : tous les regrets et tous les désirs s'évanouissent dans cette grande idée, qui seule renferme toutes les louanges de l'Eternel et tous les motifs de l'aimer (3). L'auteur du Système de la Nature nous dit que c'est l'idée des enthousiastes ; mais il ajoute que ces enthousiastes sont heureux.

llfc. IX. La crainte d'un Dieu ennemi du crime et terrible dans ses vengeances né doit-Hclle pas troubler la paix de l'homme, et le désoler par de tristes inquiétudes sur l'avenir?

R. Elle ne peut troubler que le méchant;

rhiHnme éprouve dès qu*il perd la grande et agissante idée de Dieu, de cet être qoM se représeniail comme pféicnt en tout lieu et en tout temps, comme lérooin et ju(,'e de ses actions et de ses pensées le$ plus secrètes, comme Tami du cœur, connne Tniiteur et le garant de sa félicité présente et éternelle? De là les dissipations que le dégoût ii^ventQ avec une succession "' rapide , et parmi fesfjuelles II n*en trouve aucune

rniLosopinuDic.

et cette crainte, déjà si utile à la société et à la sécurité publique , est bien propre à hi corriger lui-même et à le sauver. La crainte de Dieu iiest, dans l'homme vertueux qu une crainte paisible . placée entre l'cspé-'

««"^ «« ^T"*"' ^"^ ^*'*'"*^ ^»* raffermît, qui fortifle.mieuxque toutes les espérances de ce monde, qui abolit toutes les autres craln- Je« (1) , qui élève rhomme au-dessus do tous les dangers . qui le met à l'abri de toutb séduction, qui le rend plus grand que toui CQ que les hommes exaltent et admirent (2Î-

tJ "tJ^^- ®- QV® P^"®®** <>«» suicides si fréquents dans ce siècle? Peut-on les regarder comme |ane suite de Tincrédulilé et de la désolation qu'elle envoie dans les ftmes ?

R. Il n'y a.pàs lieu d'en douter. Dans le système de l'Athée , il n'y a que la mort quf puisse flnir ses maux (3). Le chrétien ne manque jamais de ressources , ses malheurs même augmentent ses espérances , et la loi de son Dieu est pour lui un principe assuré de consolation et de vie (k) ; mafs I impie se désespère dès qu'il se voft immolé a la fatalité et aux caprices d'une matière aveufflç. ,»

lie. D. Les plaisirs des sens ne suffisent;lis pas pour attacher l'homme à la vie, et lui Ôtcr le désir de sa destruction (5) ?

qu'elfe désespi ^. ^

pourrait remplacer Tidée de Dieu ? idée déjà si vasie

attachés h tontes ces idées, dé la voix de la conscience, de rétude de la loi de Dieu, delà connaissance détaillée etraisonnée de ses commandements, des préceptes de rEclise, des obligations multipliées d*un bon curé tien, des pieuses pratiques, qui occupent r&me et en adoucissent toutes les situations par une onction înef-

ootis-méiiies, î proportion que nous devenons irreligieux ?

(1) Le dogme de rîmmortalllé de Pâme est inséparable de celui de j'existeiice de Dieu, comme on le verra m livre suivant, chap. II.

(i) Héirîan., Hîst. de lacad. de Prusse, t. 19. VolUy dicl- pb., art. Chine. Cathécliisme chinois, y Euir.

(7*) Immortaliiatîê putchrum est medkavMntnm, fsucker k^mnus Dd homo immortalis. Cl Alcxuu.

(4) Puisqne Dieu est le maître et le souverain ar- * bitre de tout ce qne les hommes peuvent craindre les autres crahites s'évanouissent nécessairement do* vaut la crainte de Dieu : Qui limet Dominum, nUtil Ireptdalnt, el non pavelrit, quoniam ipse et tpe$ ejus. EccU. 34. — Auferendique nunt melm, sed ita ui u iolut relmquatnr , ijui quoniam legiimm ne verus ezt soln$ efieit ut posstM cmtera ùmua non tiwerl. Latt ' 1. 6, De tera cuti», h. 17. — Un poêle moderne a Bien exprimé ce précieux avantage de la craiule da Dieu.

Je crains Dieù^ cher Abner^ el n*td powi d'autre craUUe.

/av u . j (''^^•» ^ihaHe,)

(2) Magnui^ et judex, et poiem est in honore : ci

non est major Uio qui timet Deum. Ecclî. 10* Facuitates el virtutes exattant eor^ et super hœc limer Domini Ëccli. 40.

^3) Sœcuii autem Irislilia niortem operatwr, ï. Cor. t,

(4) In œternum non obliviscar justificationes tuas, qnia in ipsis vivificasti me, Psal. 118.

(5) L*uuteur des Saisons et des trois Poèmes nous dit gravement que les suicides sont pins multipliés au coiomencemeiit de Tiiiver, parre que les plaisirs sont

1)lns rares.; qu'il faut tes renforciT pur les danses , es spectacles , les repas , etc. On peut juger par là des nobles ressources de la Philosophie : elle prétend délruire les préjugés réformer fa nllgîon, ^ire la félicité des peupl s ; et eile ne saurait tenir contre rhiver I — Est-il possible que M. de 6. Lambert ne connaisse pas le peu d'impression que font sur une àine troublée, dégoûléc, désespérée, ces dissipations bruyantes? Croit- il que rassaisonnenient des mets les plus rares, que la plus délicieuse musique puisse ramener la paix dans un cœur flétri par la débauche et le crime ? Un poète païen raisonnait tout autre'ment :

Uislriclus ensis ad super» impia

cervice pendilf non stcutœ dupes

Duicem el(û)orabuni saporcm,

xon avitûn ciUuirœque canlus

somnum reduceM:»,,*:

(ffsraf.)

Un autre païen nous apprend la même chose, pA; une flction qui exprime une très- grande véiité : -

R. 1- Ces plaisirs tac sfont pas assci généraux peur attacher tous les tempéraments , loua les étals, toutes les conditions, tous les âires. Les hommes courbés sous le travail , l'infortune, Vindigence, les ignorent presaue absolument; et ce sont eux qui ont le plus besoin d'être ramenés àl'amour de la vie...» Les douceurs de la religion et des espérances chrétiennes appartiennent à tout le nionde.

â- Ce sont ces plaisirs mêmes qui , par icùr continailé et leur excès , dégoûtent de la vie. A force de se divertir l oh ne se divertit plus. Plus la Jouissance est longue et plelneT plus elle est propre à convaincre du Héant de toutes les satisfactions passagères (1). Aussi sont-ce Us enfants du plaisir et de la débauche qui sont les plus sujets au dégoût de la vie ; preuve certaine quç la terre n'a pas de quoi satisfaire le cœur de rhomme , quil tend naturellement à 1 immortalité , et que c'est le rendre o^dieux à lui-même que de le déopuiUer de cette grande prétention (2). L^ecole dIE meure . selon la remarque du cardinal de Polignac, forme plus de suicides que toutes les autres (3). Lucrèce se tua a 4-2 ans; Creech, son traducteur anglais, à W; Blount , à 39; le matérUliste Acosta se 6t sauter la iêle d'un coup de pistolet, etc. Montagne etHclvéUus , «élés partisans d'Epicurc , sont les

Kpulœqve ante oraipmaUB ^

Rtaideo iuxu, : Furiarvm maxtma juxta "SiSSi, et wiamkuB pr^^ei xmtwremmuê, Bxmffitque (kcem aitoUen», «'^/^^/^*,;j

Il serait peni être dangereux d'en dire dayantage sttr cet ouvrtge : l'âuleur. qui est un imWaipe booillam. ne connaît d'aolrc réponse aoi crilique» que odle du lyran Denis ; il fait iraincr en prison ceux mi» n*apiîlaudîsseai pas i son travail.

^i) Le seul moyen de trouver toujours de nouveaux plaiHiii. de les goûter, d'en f»»re le «lasje^^^^^ la réfecilon d'uue àme raisonnable . c est d en jouir

£lon Kes de Dieu, selon ^.^^^^^Xl^^l et de la modération que pfcscrit la loi de Dieu : un poète a bien rendu cette ot>servation :

Les plaisirs sont les tteurs qiie notre divin m^lre, naos les ronces du monde, autour de nous fait naître; Chacune a sa saison, et par des soins vrudânts on peut en conserver dans Vlnver de nos ans : Mate sni fiiut les cueillir, c*est d*une main légère : on flétrit aisément leur beauté passagère. U travail e^t souvent le père du plaisir ; J6 dU^ llKMBme accablé du poids de son loisir. LB bonheur est un bien que nous vend la nature; n n'est pdnt ici-bas de moisson sans culture.

«) t Avec le sentiinent de la Divinlié { dît Fauteur des Etfidet de ta nature), tout est grand, noble, beau, invincible ; dans la vie la plus étroite, sans lui. lom ea faible, déplaisant et amer, au sein même des gwnK...rthonime a beau s'environner des biens Se irfortine , dès qœ ee aentimeni dUparatt de son Swr/ remml s'en empare. Si son absence se prolonge, il tombe dans la tristesse, ensuite dm »"« iioife mélancolie, et enfin dans le désespoir & cet eut d'anxiété est eonslaiit, il se donne la mort. l^liomM est le seul être insensible qin se <«^™f Itti-ffitoe dans un étal de liberté. U vie humaine, âw^STpcmpes et ses délices , cesse de ui parai re «•iT^, quaiî^^ cesse de lui paraître immortelle «I divine, i

(5) rukkra tolupta^» ume tolutkt raptœ

GATÉCHI8HE IW)

Srands panégyristes dos suicides. Le Sgsiime e ta nature (chap. i9,pa'g. 805, 806) enseigne expressément qne « la honte ou rîndfgence ^ la perfidie de ses amis , Tinfidélité de sa femme, Tingratitude de ses enfants, une pa^?* sion irapossibleàsatisfairc, le chagrin, la mélancolie, le désespoir, tout deyient un motit légitime de renoncer à la vie. Un fer est le seul ami , lé seul consolateur qui resté aux malheureux : lorsque rien ne soutient plus Vamour de son être , vivre est le plus grand des maux , et mourir est un devoir pWr ifni veut sV soustraire. »

U7. D. De là ne résult«-t-U pas que te prétendu courage des suicides n'est réellement qu'une faiblesse extrême qui ne peut trottibattre le sentiment du mal ou dé Tennul ?

R. C'est l'aveu qu'en fait un philosophe Tort ami d'Epicure, en tradilisantun passage de Virgile sur ces héros si vantés d'une mort volontaire (1).

u sont ces insensés quî, d*un bras téméraire, ont cherché dans te mort un secours volontaire; Qui n'ont.(.u SHtiporter, foibles et furieux, te tàrdeau de la vie imposé par les dieux. . Hélàs ! ils voudraient tous se rendre li la luipière. Recommencer cent fois leur pénible carrière. Us regrettent la vie ; Us pleurent, et le sort, is sort, pour les punlr^ les. relient danaia mort. L'abîme du Cocyte, et rAcbéron terrible. Met enir'eux et la vie un obstacle Invincible. '

Tous les païens sensés ont parlé comme Voltaire. L'homme, dit Sénèaue, ne fait

Eoint paraître la force de son âme dans la aine de la vie , mais bien dans les combats contre le malheur et dans la résolution de ne céder jamais à ses efforts (S!).

Le poète Martial dit la ménie chose en des termes presque semblables (3). Cicéron s'exprime encore avec pli|s d'énergie, et avec un respect extrême pour l'auteur de la vie (h) £nnn les comédiens mêmes oift répandu le ridicule sur ce prétendu courage de se défaire

Aller en Taulre monde est trè&-ffrande soUise, Tandis ou'en ceUii-cl Ton peut cire de mise.

{mohère,)

Toutes le lois civiles de TEurope, dejui» qu'elle est devenue la partie la plus éclairée

rrœeiarum auaâlium, dolor addUm ipse dotenH /

Sic ndser JMjriûnt remutor sardanapalus,

post epuUtt, venerem,levium et g^enu» omne 9(monun,

jjmguittHitimimpaiieMacmiumiqua, , .

struxitinwberoaumtsequeetsmiradtautgnt:

en Méaarem difflusàma meta paleUrœ,

{!) proxima deinde tenent mœtU Um, gui «W teVtum msanie$pepereremamt,lueeinquever0d Prcieeere ammas Quant veUentœtherem Mo Nunc et paaperiem et dwo» perferretabore» ! Fata obsima, tvisHque paiu$ f wmrnwH* tmda AlUgat, el nmfU$ styx vOerfasa ^^^^ ^^ .

(SA Kmeammêëmtre rimni; «4 «fliw lisreneièw oUr.,«e.Krerler.,acr.iro*^^^

iSï ActMB in angastis f^le est ooptemnere viiam ; Fortius ule Mt qui miser esse potest.

(4) Mai Deut U . cujus temptum e$tid omne qmd (oMpiciM, Mt te corporis cuModns ttheravent, kue tibi patere adiluê nùn poteêt... Pm ommbus reltnendut est animM in custadiû corporii , née injuuu gui « que UU datu» ««, ex homimm vUa migrandum at, Somii.

PUILOSOPUIQUE.

de (\itiivM9 , réprouvent et flétrissent le suicille comme le fruit d'nn lâche désespoir ; et jusqu^à répoque de notre beaa siècle philosophique, il ne s'était troaré qa'un petit nombre d'enthousiastes furieux qui en eussent entrepris l'apologie. Les lois d'Athènes punissaient le destructeur de soi-même, en ordonnant que la main du cadavre fût brûlée séparânent du reste. A Thèbes, le corps d'un suicide était brûlé avec infamie. Monlesquieo s^est trompé en disant que les It^is romaines ne condamnaient pas les suicides : elles décernent que les suicides seront privés de la sépulture sacrée et religieuse. Chez quel peuple eût-on pu considérer le suicide avoe indifTécenee» et le laisser impuni ? N'estil pas de toute évidence que les malheureux épris de cette manie sont les plus redoutables des hommes ? De quoi n'est pas capable celui . qui a résolu sa propre destruction? Quel crime peut lui donner de la crainte ou de lïionrenr, s'il a quelqulntéréi ou quelque plaisir à iîe consonuner avant de se dérober absolmneiit et îvrévocablement aux regards el au potivoir de ses semblables ?

118. D. Pour se justifier^ ces messieurs disent que. la vie est un mal, que Vexistence csi INI liisto présent de Dieu : que faut-il penser 4e cette apologie?

R. I* La vie, fut-elle un niai, un peu plus de force nous apprendrait à la supporter ; un peu fias ée religion en ailutteiraU le poids ; un peu plu» de crainte de Dieu nous y tiendrait attachés jusqu'à ce ou'il nous fût permis de faL quîiler. Ah I ai le zèle des ministres de révai^ile, fortement et efficacement secondé par I» puissance du gouvernement, pouvait rétablir Io& mœurs, abolir les sensations bro« Ule9 qui avilissent les âmes , les dégradent et le» détachent d'elles-mêmes , rendre i la religion son lustre et ses droits; si la fernie espérance d'une brillante immortalité rempla^i le somhre et désolant aspect du néant, les nommes ne songeraient plus à entreprendre sor leurs jours. Un courage animé et Boatena par toutes les ressources d'une foi divine les élèverail au-dessus des ravages de Tadversité et des douleurs des infirmités humaines; ils n'auraient garde d'envoyer dans on prétendu néant une ème qu'ils sauraient réservée au ressentiment redoutable de rajoieur de la vie , outragé dans sa bienfaisance et dans son souverain domaine; ils sauraient» d'après la doctrine de l'apûtre, qu'ils appartiennent dans la vie et dans la mort an grand roi de tous les êtres , et quo ces deux époques de notre existence doivent être enregistrées dans le gr^nd livre du Maître des temps (1).

2» Tumrquol la vie seratt-elle un mal? Il n j a ^ue. ingratitude et la révolte contre

ScIp. €à^ 3* n y a qoelqoe chn$e de bien philosojibîjme el de bien vrai dans Péloge que TEglise fait «le

»€C viffétê reeiumfi !

(1) Si^ enim rtsImiM, Donànt» tMmui : 9Î9t mari" «Birr, AMm moriijénr. ShttrgowHnmni, the mormuff Dcmitti $9iaati. Kom, M,

CatAcu. Puaos. L

Dieu qui puissent engendrer une idée réfutée

Jar 1 attachement que tous les hommes oni la Tîe et par la crainte qu'ils ont de la mort. Dans le sysièmede l'Athée, oùriMMumo est sans ressource y sans espérance, aan» destinée^ je puis croire que ce serait un mal d'exister ; mais hors du cas de cette rnon-^ slrueuse supposition la création est sans doute le premier des bienfaits de -Dieu el le fondement de tons les autres. La satisfaclîon seule d'exister et de penser est un bienfait.: la joie pure que nous inspire une bonne ac^ tion ou un sentiment yertueux , l'attendrissement que nous cause un trffit'd'humanitd dont nous sommes les auteurs ou les témoins , les doucenrs de l'amitié, le lien des affections sociales, le pouvoir de contribuer quelquefois au honneur de nos semblables » font chérir la vie à un cœur bien fait : il se sent sous la main d*une providence attentive et prodigue de ses dons : un moment de retour vers 1 Être suprême répand en lui une douce émotion, lui (ait oublier lès maux inséparables de sa nature. « Puis-je me voir ainsi distingué, conclut le Philosophe de Genève^* sans me féliciter de remplir ce poste honorable, et sans bénir la main qui m'y a placé? De mon premier retour sur moi naît dans mon cœur un sentiment de reconnaissance et de bénédiction pour l'auteur de mon espècoi et de ce sentiment mon^ premier hommage à la difvinité bienfaisante {Emile, t, 3, p. oftj.

3* Tandis (lue quelques Philosophes regardent la création comme un mal et la vie comme un fardeau, d'autres prétendent que l'aveugle nature est sans reproche , qu'il n'y a aucun lieu de s'en plaindre, et qu'on trouve plus de consolation dans la fatalité de ses lois nécessaires que dans la providence d'un Dieu libéral et bienfaisant.

119. D. Cet absurde parallèle, suivi d'une préférence insensée, a-t-il pu naître dans l'eisprit d'un homme ?

R. C'est la doctrine de ceux qui se con tentent de ce une Platon appelle le Bouverain bonheur des chevaux el des taureaux. L'auteur du Sysièmede la nature {T. 2, o. 401) l'établit dans une harangue emphatique la Nature en personne déclame à la fin de ce rare ouvrage, et met le comble aux extravagances qu'il renferme ( 1 ). Voici les réflexions qu'un auteur connu a- faites sur cette déclamation insensée : il y a tant de térité et de sentiment dSans ce passage

(1) Après reseelleme rérmaiioii' qu^ea a folle M. Bergier, il en » paru Hasieott aïKros, emm^ les^

Suelles on dîMifigite les Oèservatkni 4q M. GnatHloiy; e la société royale de Londres; les RéllêaâçMfki* losbpkiqws de II. HoikiDd ; «n traité intiCulë, B^M reUghn, par un homme du mende, 9 vol., à Paris, chex Moutard, 1778. \olci comme Voltaire parle 4la ce cbef-d*œav/e de matérialisme : // eil déckmatmtr^ it se eêntredk^ il e/lrme eeqniitien fMfftotiv ei sw^ roiir H /M feméé sur 4e prétemkus mpéritÊieeÊ âmtê tafausseUei le riéàeuk unn m»ieùritMfeemimê es nmés de leut le menée. Nouv. Mél. philos. Idil. eril^ ir part., p. 9ii, édit. de 1772.

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(ExauuH du Mai., /. 2, p. Ma)« qu'on nous pcrmcUra do le citer ici.

« O vont gui » d'après VimDuUion que Je vous donne» tendez vers le bonheur dans, chaque instant de votre durée • ne résistez point a ma loi souveraine! » Et comment y résisterions-noas, puisque nous ne sommes pas libres, et que tout est nécessaire? Un pareil début no nous promet point une harangue raisonnable.

« Cest dans mon empire que règne la /iberté. » La liberté avec la nécessité, yoilà un mystère qui passe notre intelligence.

« La vérité éclaire mes sujets. » Cela est heureux. Ils en ont très-grand besoin pour comprendre les absurdités que vous leur annoncez.

« Cessez de contempler Vavenir. » Et si vous me forcez de le contempler par la manière dont TOUS m^ayez formé, est-ce à moi que TOUS devez vous en prendre ? Je suis votre ouvrage, c*6tait à vous de me former autrement.

« Sois heureux. » Très-yolonliers ; mais puis-je rétre avec la goutte ou la gravelle, quand il vous plaira de me les envoyer? Puis-je rétre si vous m'avez donné un caractère chagrin, bizarre, mécontent des autres et de moi-mômc? Rendez-moi heureux, si vous Voulez que je le sois.

< Vis pour tes semblables* » Mais il serait beaucoup plus avantageux à mon bonheur qu'ils vécussent pour moi; puis-je élre heureux en leur sacriOant sans cesse mon btenétre et mes intérêts?

« Sois juste et bon. » J*y consens, pourvu que les autres soient tels a mon égara ; mais s*ils sont injustes et méchants, pourquoi no me seràit-il pas permis de m*en yeneer, et d'user de leprésailles ? Accordez vos préceptes avec mon bonheur, ou ne m^en parlez pas.

« Sois fidèle à la tendresse de ton épouse, et qu'elle soît fidèle à la tienne. » Uavis est excellent; ma» si elle manquait de fidélité en succombant à un penchant nécessaire, si je venais à y succomber moi-même» aurionsnous, droit de nous accuser?

« £lè\ie tes^enfants. » Je pourrai m^y résoudre*., si je puis espérer ile les voir heureux; mais si je n'ai d'autre héritage à leur laisser que des maux et des larmes, le plus grand service que je puisse leur rendre, c'est de les étouffer a leur naissance.

< Si mon ' injuste patrie me refuse le bonheur, je dois m* en éloigner en silence. » Et si je ne puis la quitter sans me rendre plus malheoi^eux encore, par quelle loi m'est-il défendu de me yenger de ses injustices? Le bonheur est la loi suprême : j'ai droit de me le procurer A tout prix.

« Malgré Finjusticë des hommes, je jouirai du contentement intérieur. » Belle ressource contre les traits delà fortanel Au contraire, j'aurai i me reprocher d*avoir renoncé à mon bonheur pour des êtres qui ne méritent que ma haine.

< Je vivreA Uhtjours dane Y esprit de mes 0mis. » Cela n'est pas sAT': un malheureux n*a olus d'amis; les morts sont bientM ou-*

bliés : et de quoi me servira le soutenir des hommes quand Je ne serai plus?

« Garde-toi de. te plaindre de ton sort. » Quoi I en me rendant mialheureux, vous me refuserez encore la triste consolation de me plaindre? c'est tout ce que pourrait faire le plus cruel des tyrans.

« Je punis, dites-vous, plus sûrement que les dieux, tom les crimes de la terre. * i" Cela est faux : dès qu'un scélérat peut braver la honte et les remords, vous ne pouvez rien contre lui ; 2* vous punissez donc vos propres crimes sur les matneureux que vous cnftratnez au mal par un penchant invincible.

Ne me parlez ni de remords, ni de ia honte, ni de la crainte oui tourmentent Tême des méchants ; c'est qu ils ne savent pas raisonner : doii-on avoir des remords ou de la honte des actions que nous n'avons pu éviter? C'est A yous, nature marâtre, de roifgir des vices que vous nous avez donnés; ou plutôt, ce qui vient de nécessite, peut-il être un vice ou un crime? Pottvohs-nous oublier qu'il n'y a dans la nature ni ordre, ni désordre, ni bien, ni mal, n» yice, ni vertu?

« Les motifs de la morale de la naiure sont Vinlérét évident de chaque homme, de chaqm société. TÊ Cela serait fort bien, si l'intérêt de chaque homme et celui de chaque sodélé étaient toujours d'accord; mais quand ils sont opposés, lequel doit avoir la preléreiicer Voilà sur quoi nous ne sommes pas encore instruits.

Serotts-nous assez insensés pour demander à une nature sourde d'écarter l'imposture qu'elle-même a fait naître; de dissiper des erreurs où elle nous a fait tomber, et qui sont un effet do l'organisation ; de soumettre nos cœurs, si elle les a rendus incapables de soumission ? Conclurons-nous, avec les ma* térialistes, qu'il faut nous soumettre à la nécessité d'être méchants, s'il plaît ainsi à la nature ?

Disciples prétendus de la nature 1 c'est déraisonner trop longtemps ; puisque la rdi*^ giod nous adresse un langage plus sensé, n/ms ne pouvons plus refuser de Ten^ tendre.

« O homme I être pensant et libre, qu'une Philosophie insultante et chaarine ose traiter dinsecte éphémère, tu es indigné de cet outrage. Ce front majestueux que tu portes vers les cieux, la variété de tes pensées, la rapidité de tes désirs, l'étendue oe tes projets, rimmonsité de tes espérances, attestent la dignité de ton être, la noblesse de toir origine, la grandeur de ta destinée. L'empire que tu exerces sur la matière, le mouvement que tu lui imprimes, les formes que tu lui donnes, les qualités que. tu y découvres et dont tu sais faire usage , la docilité avec laquelle elle se prête à tes volontés, te font assez sentir que tu lui es supérieur, et qu'elle est faite pour l'obéir. Dans la yaste étendue des cieux où elle semble hors de ta portée, tu suis encore la marche que lui a prescrite le Créateur; tu en calcules les instants, tu^en prévois les rérolulionsi In en combines les

lois : tous les yeux du maître qui en est Tnuleur et Tarbitre, tu en es le témoin et ladmirateur. Vois dans quelles archives tu dois chcrcber les tiires, dans celles de la ubiloso* phie pu daVis celles de la religion : Vune te déclare que lu es ràVorloilk de la nattirej desliné i élre étouffé presqu'au tooioient , de ta naissance ; Fautre i apprend que lu es l^ekifililit du Créateur, Théntier du clèl, le citoyen de rétemité. A ces deux langages, reconnais ta Téritable mère, sois homme, crois un Dieu, et ttt auras un père » {Examen du mater., M, p. 152).

CHAntRE y.VAihéitme eonsid&é par rapport à ta société.

§ I.-* ISK). D. Une société d*faomtMS peutelle subsister, sans la croyaAce d'un Dieu?

ftv Uo ancien philosophe (Plutar. ad-ipers. Colof.) assure qu'il serait plus aisé dé bàîir une maison eft Pair que de fonder une rtoublifue sans religion. Un autre disait que f^nôrance était pour tous les états un nral plte nedoutablequô la peste (1); qu'ai* laquer la religion , c était attaauer les fondéments et la sotiété humaine (i). Ils Paient d'aceord en ce point avec tous les sages de I^nCiqQiCé. Hais peut-être l'autorité du plus fâtatmxim nos incrédules est-elle plus propre anjoiml'hui à prouver cette-thèse. «Telle est, dit^il , la laiblesse du genre humain , et telle est ta penrersité , qu'il vaut mieux sans doute pour lui d*étre subjugué par toutes les iUferstHtons possibles , pourvu qu'elles ne soient point meurtrières , que do vivre sans religion. L'homme a toujours eu besùîn d'un frein ; et quoiqu'il fut ridicule de saeriier aux Faunes , aux Sylvains , aux Naïades , il était bieir plus utile d'adorer ces tma^s fantastiques de la Divinité que de se livrer à l'Athéisme. Un Athée qui serait raisomieur, violent et puissant, serait un fléau aussi funeste qu'un superstitieux san-

l^oJnatre Partout où il y a une société

éUibUe , une religion est nécessaire^ Les lois veillent sur les crimes publics , et la reliffion sur les crimes secrets » {Volt., Traité w la Tolér., ch. 20). Supposez dans une société d'AtMes des prétentions exclusives , comme U ne manquera pas d'y en avoir, et qu'il soit dé leur Intérêt de s'entre égorger ; il n'en res* lera qu'un seul , savoir, le plus fort , et ce sera le dernier.

ISA. D. Cet autorités ne sont-elles pas centredflea par cdles d'un célèbre critique , qui 9 bar des raisonnements à perte de vue , a prétendu trouver des vertus réelles chez lesAtbées?

R. Cet auteur s'est réfuté lui-même dans plus d'uu endroit , et a reconnu Fillusion de set aopMsmet , pour se ranger au sentiment

Îéséral. « Sloignez , dit-il , l'idée de Dieu et e ta providence, et après cela prenez un

(I j. Dé iyncratio ni wmmn omirmiti tir^m publitmrmm peiâê. flato, Irli. 10, de Leg.

{t) QPÊtàê lamumm iockMiê (undamentum convet' Ici, qui retipanem conttltU, Plaio.i ibîd.

PHlLOSOfniQlt. i6i

peu celle de la vertu, vous ne savez plus en que c*est , elle s*évanoiiit..... Si Ton ne joignait pas à l'exercice des vertus ces l^iens à venir que l'Ecriture promet aux fidèles , on pourrait mettre la vertu et Tinnocenco au nombre des choses sur lesquelles Salomon a prononcé son arrêt définilii : Vanité des ronités, et tout est vanité n {Dict. cn7.,/ir/. firatus}. » Généralement parlant, dit-il encore, la vérité et la principale force de la religion, par rapport à la vef tu, consistent à être persuadé de l'éternité des peines et des récom-

Ï»enses ; et ainsi , en ruinant le dogme de 'immorlalilé de l^âme , on casse les meilleurs ressorts de la religion » (/6id., or/. Saddu-, céens)..i. «Si Ton regarde les Athées dans la disposition de leur cœur, on trouve que, n'étant retenus par la crainte d'aucun châti* ment divin , ni animés par Tespérance d'aucune bénédiction céleste, ils doivent nécessairement s'abandonner à toutes les passions » [Pensées sur la comète). Du re$te , B<iyleneserât-ilpas réfuté luinnême, il l'eât éle victoncuirement par l'auteur de VÈmiU, par celui de Y Esprit des. /ou, par l'^mt des hommes , par Bolyngbroke, par Hume , etc., et , comme nous venons de le voir, par Voltaire, son admirateur et son copiste (i),

122. D. Pourquoi* jugez-vous qu'un Alliée ne puisse être vertueux 7

R. Parce que, dans le système de l'Aihée , la vertu n'a plus de motif : elle élbfgho l'homme de sa félicité , en lui interdisant la jouissance des seuls plaisirs auxquels il peut . alnirer, et blesse la raison , principe essentiel de toutes les vertus,

(i) Voyez loiites ces aulorîtés rsssoitiblëcs dans TApulogie de la religion, par M; Bergier, i. i. Hf*.- . flexions «ur la préf., I. 3, cliap. 16,eic. 11. de Pompi-

Snan, dans la 3', 4* ei 5* quesllon sur rincrêdiilité, émontre celle vérilé psr les raisonnemenis les plus invincibles, qui résullem de la naiure même do IMiomme et de (oaiesles eonuaissances que noes en avons. Le P. Bourdaloac a traiié la mêmechcfse dans un excellenl Sermon pour le jeudi de h iroisièmb semaine de carême : Point de probité sans religion . point de religion sans probité. Jen^entends pas, dit J. J. Rousseau/ Ttt'on puisse être wertueux sans religion : feus tong-temps celle opinion trompeuse, dont je «u/i irUdésttbusé ( Lettres sur les spectacles). — On écrivain déclaré contra loote moraïe rcHgieusq C(ict« vient que celle des PhiloMipbes est absoluiaeni value, c Quelques Philosophes onli5ru nous donner des principes pins sûrs et plus propres à fixer nos . idées sur la morale. Ils doniyenl pour base li la science des mœurs un prétendu sens ntoral, un btsdnet incipticable, une btenmllanee Innée, un amour parTaile* m'eut désintéressé de la vertu. Si nous examinons eeii idé($, nous les trouverons absolomcnt elibnériqaes »^ ( tiystème soc. , 1. 1 , eh. 5 ). A tous ees lëoioignMes ajoutons celui de rEncydopédie. i C*eH un pnn* cipe certain que ce nVst que dans l«i religion qa*pn peut trouver une justice eiacie, une prubiié ooiir stante, une sincérité parfaite, wie applidilioii utile» un désintéressement généreux , une amitié fidèle . une inclinntion bienfaisante, un commerce agréshte/ en ufi mol, tous les charmes et les agrémeuis de la^ société > ( Uiei. eue, art. Probité ). — ^ On peiK voir encore une exceUeate dissemtkw de GeorfiM Priu : Di Atkeismo et in i« faedo et kumato gineri nw xia;vol.iri 4*. ' •

cvTaecHisMe

123. D. Par li même, lei ferlus des Athées ne soni-ettcs pas plus précieases et plus es* ttmablcs, étant pratiquées sans intérêt, et en rue d'elles-mêmes ?

K. Ce raisonnement de Cardan ^ de Bayle , de Lamethrie , etc., renferme contradiction dans les termes : c'est étaUir une chimère , et prétendre qn'elle est prérérable à un bien réel. H n*y a plus de vertu dès que vous ôtez Vidée du juste et de Tinjuste d*un législateur sourerain ; dès lors la pente inrincible de rbomme rers le bonheur ne $*arrête que dans la satisfaction de ses désirs actuels. Ce n*est pas que Tespoir de la récompense entre essentiellement aans la nature de la rertu : on peut la pratiquer sans doute par d'autres motifs plus .ou moins sublimes : mais s'il n'existait aucun châtiment du crime , aucun prix de la rertu , aucun garant des lois naturelles, divines et humâmes, aucune providence 9 aucun but ni cause finale des êtres doués de rintelligence , aucune distinction de rhomme et de la brute ; dès lors toutes les notions seraient confondues , et les idées dont résultent Thonneur de la rertu et Topprobre du vice seraient anéanties. Il nV aurait plus d'amour de l'ordre , parce qu'il n'y aurait plus d'ordre; tout serait hasard, fatcilité 9 nécessité. — L'on ne sert point un bon prince par intérêt ; mais l'attachement à sa personne , à sc3 lofs , à la gloire de son règne , est une suite de la sagesse , de .la justice y de la bienfaisance qui préside à son gouvernement. L'idée fféT\érale de la vertu résulte de Fidée d'ua Bien vendeur et rér munérateur , sans que la considération de l'intérêt y concoure (1). — Les sentiments généreux qui produisent les vertus s'évanouissent dans le système du néant. L'âme se précipite 9 s'arilH , se concentre dans la rechcrciie des plaisirs fugitifs qui constituent s0n bonheur. Découvrant en elle la même origjne et la même destinée que dans les lu'utes, elle propose à ses désirs les mêmes objets , et les renferme dans le même espace (2).

S U. '— 12i. D. D^où vient qu*Ëpicure , ce grand adversaire de Dieu, prêcha si constamment la vertu?

K. i* Quand il serait vrai q[u'£picure eût prêché la vertu, il s'ensuivrait précisément qu'il n'a pas été ferme dans ses priqcipes ; qu'il variait, qu'il se contredisait, qu'il se réltatait lui-même , comme les phihêophes d'aujourd'hui.

^ Dans le langtee d'Epicurc il y a une équivoque qui a dérouté plusieurs lecteurs superficiels et accoutumés à s'en tenir à l'écorce dés choses. La vertu, selon Epicure» c'^st la volupté ; et en cela il est tres*raisomuJde el très-couséquanl dans se» pria-

il) c Rien n'eiiste que par celui qui est. C*esl lut q^i doBQe u» bm à la jusiice, uoe base à la vertu « un prli àceUe ciwrte vie eaiployi^lt lui plaire. C*esl lui qni ne cesse de crier «us coupables que leurs crimes ftecreis oui été vus« e( qui laii dire au juste oublié : Tes veriQi oni on téniolQ. > E$p. «ojb. et prine^ de J.J, K^wMsa»» cli.i.

i%) Oh trovvern çqma maUér^ traU4e avec plus d'eietidue, Uv. 2, ch. S.

cîpes. Tout ce qui fait la matière d*unc jouissance agréable , est matière de vertu dans le système de Tathée ; ta raison en persuade et en autorise l'acquisition ; ce serait folie , indifférence stupide, haine insensée de soimême , de s'y refuser. Le cardinal de Polignac a mis au grand jour la nature de la vertu épicurienne (1); il est surprenant qu'or\ y revienae encore sans répondre à ses raf* sonsi. Citera-t-Qn toujours ce passage do Cicérou : Nejiat Epicurus jucunde pow< vivi. nisi cum virtute vivatur; et n*ajuulcra-t-^n jamais le reste ; Ncc cum virtule nmiacunde? Gicéron donne à toute la terre le déri de pouvoir ne pas entendre par la volupté épicurienne la volupté des sen^ ( De finib., L 3, n. 46). Ceux qui entendent les plaisirs de r&me n'ont pas lu les premiers vers de Ltr^* crèce, disciple et interprète d'Epiéure :

JEneadtmi getdtrix, diwtnque konéwnuine volupiat.

Est-ce que Vénus présidait aux plaisirs de l'esprit? « Quoi , disait Cicéron (S), je ne saîi point ce que c'est qu'^oM en grec, et voluptas en latin t Quiconque veut être épicurien l'ost en deux jours ; et je serai le seul qiitjl na pourrai y rien comprendre? Vous dites yousmême au il ne iaut point de lettrea pour devenir pnilosopbe (il parle à un épicurien) ; en vérité , quoique je sois naturellement assez modéré dans la dispute, je Tavoue , j'ai peine à me contenir. » En effet , pourquoi Cicérou n'aurait*il pas compris ce que les épicuriens, la plupart fort bornés et incapables d'entrer dans des discussions fines (3) , comprenaient dès le premier mol ? Epicure parie d'une volupté dont tout animal en naissant a la con->

naissance par le sentiment seul Epicure

avait une excellente maxime : c'était de ne point employer un mot qui eût besoin d'être expliqué par un autrOv La seule qualité qu'il demandait dans lorateur^ et à plus forte raison dans le philosophe, c'est la clarié; il là pratiauait iui-même : Compleclitur verbis

Îuod viut, et dicit plane quoa intelUgam (De 'inib^ 1). Ses disciples la pratiquaient comme lui, si nien que Cicéron, qui avait suivi avec Atticus les leçons de Phèdre et de Zenon i successeurs d^Epicurc, déclare qu'ayant eu souvent des discussions sur ces matières avec son ami , jamais il ne s'était agi du sens des termes , mais toujours du fond même de

(I) nicipe mnc tandem, mendax E^^ettre, nderi

QmtU esy et tandem motft/ot ente mUtut

' KcqM enim pcHdantem ûfâdmntfite morabiuir uêra^ si mùdù eotttpêetm kçtmum fkgiue IkebU ! Qmn UHprel^ rafiatJugHkt, peiynal^iip vaienc^ Dumjutei htgemUu twar et reqma voluptat !

{Anii'tJ^rA,)

(2) Uoe fréquenter d'ieisoletaitobittnoninteUipno no$ qitam dkat Epkvruê voinptùtem. Quod qutdem mihi ttquando dicium ent , ett antem àietnm ntm parum eœpe : etti uuk cAern^ns tiim m Stpmêam" do , tamen interdum ioleê adrirmei, M§o nm ni* teiiigo qukd eit l^hti gnsM, Mne iMluptatt etf. IH Fiii.i,*.

^5) Ve$iri optime dhpuitml nUûl opm eue i mm qut philosophui futurvi sfl, uire Utterot,,,. de piuffit cuuirtfrni coUigitiê bono$ quidem wroê , $$d eerte non piiferudiiot. De Fin. i, 4.

PHfLOSOI'BFQCE.

la Aoctrine : Nequ€ trat umuarn controversia

{rind tntHligtrem , itd quia probarem {Tusc. II, 18). ir Pourquoi tergiverser, dît encore Ckéron » en s'adressant A Epicure ? 8oiit'>Ge Tos paroles ou non ? Voiei te que yons dites dans le livre qui eontîent voire doctrine sur celle malière : Je déclare que je ne teconnais aucun autre bien que celui que Von goûte par les saveurs et par les sons agréables , jptff ta beauté des objets sur lesquels tombent nos regards» et par les autres impressions sensibles que rhomme reçoit dans toute sa personne; et, o/i» ftt'on ne dise pas que c'est la joie dfi Vàtne qui constitue ce bonheur, je déclaré que je ne conçois de joie dans Vdme que quand elle voit arriver ces bi^ns dont je lAens déparier, été. Est-ce que je ments? Est-ce que j'inVente ? Qu'on me fërute ; je ne demande » je ne chefche en tout qoe la vérité. » Et , SLpriÈ tout , si les è^cnriens entendaient par le mot de voloplé autre chose que ee qu'on ètttend ordioairement , ils n'étaient guère haMles d^al- 1er employer, dans un pays où ils avaient tant de rivaux et d'ennemis, une expression dont le sens, an moins éijuivoqtte, pouvait dconer prise A la calomnie. «Qui les obligeait» s'ils avaient des idées pures etexcmnfesdelùut reproche, de présenter la vertu sous l'habit d une courtisane décriée?» Qnid enim necesse tanquam tnerttrican m matronarum cœhttH . sic voluptattm in virtutum concUiusn abduceref Invidiosumnùfnen est et infamus snibjectum [tbid.).

195. D. Les raisonnements peuvent-ils conclure contre des faits? S'il est certain qu'Epicure fut. un modèle de vertu, comme nos philosopha l'assurent , ne doit-on pas inférer que sa détlrine sur cet Article fut saittet

R. 1* En àccotdant qu'Ëpicure a été verlueuxt on n^aceolhderaît rivn dont les Athées pusieni se prévaloir ; l"* parce qu*ùn homme \ertueux \i) sans religion au milieu de ceut qui ont une Migion ne prouve rienen faveur de la possibilité d'une républiQUe d'Athées. La erafnie, l'honneur, ramitie, le respect humain , eh:. , sont des chaînes qui ne subsisten^ntpiuSySi son système devenait général. 8* Parce qu'Ëpicure avait été élevé dans la crainte des dieux et parmi des leçons de sagesse; or il est difficile nue les premières impressions n'influent sur la conduite, lors même qu'on a secoué le joug. C'est ainsi que nos incréchdes modernes attribuent à la philosophie les restes de probité qu'ils ont conservés» et qui ne sont réellement que les débris de leur foi et d'une institution chrétienne (2). 9* De ce qu'un Athée, occupe de

' (i) Celle vertu même neseraîi qu'apparente, ei se Iwriierail à la couduiie eilérieure.

(^ Dans un ouvrace récent, dont l'aoteur ne Nwe pas plus à la religion qu'il ne fanl, on lit le passage suivant : c Le président a voulu raisonner : Il dit, eonnne tant d'autres, qoe sans la religion nous n'aaiiaas pas «loins de OHinile» et citu quelques 4tbéishoBoétesgeQS. Répondes-lui qoe, pour en iagefv illaudpit trois ou quatre générations et un iwupie entier d'Atliées; ear sij!ai eu un père, une ciére, des maîtres chrétiens ou déistes , j'aurai con-

ses plaisirs ou de sa philosophie, est un homme paisible et im citoyen utile à certains égards, doit-on conclure qu'il sera le même lorsque de grandes passions s^allumeront dans son flme, et que l'attrait du vice se fortifiera p«ir de grands intérêts ? <r Je ne voudrais pas, dit prudemment Voltaire (Dict. phii., art. Athéis.), avoir affaire à un prince alhée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier ; je suis bien sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas , si j'étais souverain, avoir alTairc à des courtisans

atbéc8,dontrintérêtseraitdem'empo{sonner; il me faudrait prendre au hasard du tontrcpoison tous les jours. H est donc absolument nécessaire pour les princes et pour les peuples que l'idée d'un Etre suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soU profondément gravée dans les esprits. » — «L'Athée, dit ailleurs le mémo philosophe IHoméKtsur V Athéisme), fourbe, ingrat, calomniateur, brigand, sanguinaire, raisonno et agit cohséqucrament, s'il est sûr del'impunité de la part des hommes. Car s'il n'y a point de Dieu, ce monstre est son Dieu lui-même, il immole à tout ce qu'il désire, ou tout ce qui lui fait obstacle; les prières les plus tendres, les meilleurs raisonnemento, ne peuvent pas sur lui plus que sur un loup affamé de carnage.... Il est démontré que l'Athéisme peut, tout au plus, laisser subsister les vertus sociales dans la tranquille apathie de la vie privée, mais qu'il doit porter à tous les crimes dans les orages de la vie publique. Une société particulière d'Athées, qui ne se dis-* patent rien^ et qui perdent follement Icutii jours dans les amusements de la volupté, peut durer queluue temps sans troubles; mais si le u.onde etaitgouverné par des Athées. Il vaudrait autant être sous Tcmpire immédiat de ces êtres infernaux qu'on nous peint acharnés contreJeurs victimes. » Rousseau, Ilume, d*Atemberl, Montesquieu, etc., ont parlé comme Voltaire.... Je crains Dieu, disait quelqu^un de bien sensé, et après lui je

ne. crains que celui qui ne le craint pas (i)

Ceut qui donnent le plus d'étendue à la tolérance en exceptent les Athées, et les jugent dignes de mort. Décision fondée sur ralternative inévitable, ou de laisser périr la république, ou delà délivrerde ses plus mortels ennemis. {Voyez le Dictionnaire encyd., art. Athéisme. )

2^ Quoiqu'il ne soit pas fort important d'être instruit de la vie d'Epicure , l'entêtement avec lequel on continue de faire l'éloge de ce philosophe nous oblige i prouver quo ses m<eui% étaietit parfaitement conformes h

tracté des habitudes ée penser qui ne se perAroirt pas le reste de ma vie, quelque SYStène que j*adoplff, et qui Influeront sur mes enninis sans que je le veuille ou que Je le sache : de sorte que Diderot , s'il était honnôle homme , fe devait à une religiou que « par Ingratitude , il sonienait être Tausse. t ( Leltret éeritet de Laus. par une ptotatmie, Ge* nèoe^ 1787, Let. 15 ).

(i) ta même peu^ée se trouve forlement exprimer? dans un passage du psaume 16: A resisteîftibus dextercB luœ cuiuodi me, ut l'upUlam oculi, i

CATEC(HS)|C

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r^a doctrine, «( iiii'il « ¥éeo 01^ dtgnt cheC de , elle classe d'hommes qu^Horace appelle Epicuri de grege porcos. voltaire éi ks encyclopédistes Tculent absolament qa^Epicore ait éle un homme de bien. CeuT-*ci disent c an*il reçnt dans scr jardins plusieurs femmes célèbres : Léontium, maîtresse de Métrodore; Philénide, une des nias honnêtes femmes d*Athèneis; Nécidic, Hérolic, Hédîe, Marmarie* BoYdie, Phédrie. » Or toutes ces femmes eétebres et honnête» étaient des femmes perdues de réputation, suiyant piogènc Laërce et les anciens écrivains. Il faut compter extrêmement sur rignorance de ses lecteurs, pour leur présenter Philénîde ou Philénis po^ur une des plus honnêtes femmes d'Athèpos. Il ne reste plus au*à leur faire croire que Messallne était une aes plus honnêtes femmes de Rome.

Philénis était plus coupable que Messaline : non contente d*avair corrompe la jeunesse de son temps, elle voulut encore corrompre la jeunesse des riècles futurs par un livre abominable qu^clle composa. rVovcz les Adages de Junius sur ces mots, Philanidis cornmentarii, et la remarque p. do Fart. Hélène dans le Dirt^ de Bajlc,; On ne peut lire saint Clément d*Alexàn4rie , Lucien , Martial , Athénée t Suidas» Giraldi, etc., sans avoir le nom de PbQénis en exécration. Si messieurs les encyclopédistes avaient seulement ouvert le» dipUonnaires de Gouldmân, d'Etienne, d*Houman , etc., ils auraient trouvé le nom jie Philénis suivi d*une épithèle infâme; Dio- (ène Laërce donne la ménoie épitbèté à Nécidie , k Hénotie, et aux autres compagnes fie Philénis* E^picvre était aussi débaucné que les femmes qu1l fréquentait^ « ' Quand je le ? andrais, dit Plutiairque, il me serait impos- •ibleL de passer par-dessus Timpadence et rkupertinence de cet homme.,., dont les appétits voluptueux requéraient des viandes exquises, des vins délicieux, des senteurs dé- Ucales^ e|, par*dessus tout cela eucore, des

Kunes femmes, comme une Léontium, une >YdIon, une Hédia, une Nicédion, qu'il en- Irelanail et nourrissait. » Je n'ose rapporter ce qu'ajoute ensuite Plutarque des affreux débonlements d'^icure avec son familie^r Po- .1 venus et une courtisane native de la ville de i^fjrsiqoe. (Voyez Plutarque dans le traité, Qu*9t^ ne tffiût viwre joyeusement selon Epirùre.traduitpar Amyot,et l'art. Xepnitumdu Piction. de Bayle.)

136. Di En convenant que la volupté d*Epic»re était la volmpté des sens , p'est-on pas ra droit de croire qu'il a eu d'autres vertus qui en ont fait un Philosophe estimable?

R. l*Siv comme nous l'avons démontré, le syslèode d'fpieure détruit le fondement et le r^ettl motif rai^nnaUe de vertu, avec quel ,«troit supposerait-on que, par une inconséquence ridicule, Epicure a été vertueux?

i* Rien n'est plus propre à énerver toutes les Tcrtns que la volupté; toiitc la vigueur €<e TAmo s anéantit dans la jouissance des plaisirs sensuels.' La force,. la fermeté, le I oprMe f le lèle, l'activité , l'amour du travaiU le goût des choses grandes el sublimes, tout s'ablmc dans le gouffre profond de la

mollesse et de la débauche. Mais ce ani ^t remarquable « ce sont les efléte terribles de ce vice relativement à la société. Rien de plus voisin de la cruauté que la volupté, dit un des plus Judicieux écrivains de ce siècle : rhomme , dégradé par ces sensations grossières , tombe dans l'égoYsmc le plus brutal , ne regarde ses semblables que comme les instruments de son plaisir, le jouet de ses

tassions, les victimes de sa haine , de son umeur et de ses capricea^.... observation confirmée par rhi&toire de Néron, d'Attila, de Mahomet II, de tous les tyrans qui ont désolé la race humaine.

127. D. N'y a-t-il pas eu des Savants qui ont fait l'apologie d*£picurc?

R. Il y en a eu , comme je viens de l'observer; mais Epicure n'en vaut pas mieux pojur cela ^ et ces Savants ont bien msi employé leur temps. J'en croirai les saints Pères , et Cicéron , Plutarque, Cumberland , Fabricius, le cardinal de Polignac, etc^,ataQt les apologistçis d'Epicure. Un ancien poète a fait 1 apologie de Philénis, unancien orateur celle de Rusivis; Cardan à composé Téloge de Néron , etc. Mais ce qui n*était qu'un ien d'esprit de la part de ces écrivains est 3e<^ irenu l'étiqurtlc de la nouvelle Philosophie, une entreprise sérieuse de la part des nouveaux Philosophes. Ils prodiguent leur eneens àJulien l'apostat; ils prétendent justifier les persécutions de Néron , de Domitien «dcDèce, de Dioctétien, de Haxeaceietc.(l).Mais ils déchirent Samuel,David, Constantin, Charicmagne, S. Louis, etc. — Pour donner le tan et la loi au jugement du peuple lecteur, ces Messieurs méprisent tout ce qui est en possession d'être estimé, et estiment ce que le bon sens a toujours méprisé.' C'est là \' disait S. JérAme, travailler à faire rentrer les hommes en enf|ince (2|, en effaçant toutes les idées reçues, toutes les connaissances acquises. -^ Ne pourraiti-on pas jùaer de la vie d'Epicure par celle des Philosophes modernes ? Qeux dont la réputation était la mieux établie, et qu'on regardait comme des modèles achevés de toutes les vertus , ont bien étonné ceux cjni les ont examinés de près (3). a Je regardais, » ditRojisseai|(Oi?uvre«(^tWrs., tA,p. 152}, » tous ces graves écrivains comme des 9 hommes, modestes , sages , vertueux , irré- » procbables. )e me formais de leur com-> » merce des vlées an^éliques ; et je n'aurais » approché de ^a maison 4e Tun d'eux que » comme d'un sanctuaire. Enfin je les ai » vus; ce préjugé puérile s'est dissipé, et 9 c'est la seule erreur dont ils m'aient

(1) Qtioiiimn êaudûtvr peceatar in deMeriis uuimm «Mf, el iu^HUê benedkkur, Ps. 10.

(2) Seiùs imguàm muUo'e : et caueuentem jam tuiiiH éum ad infaMiam rtîrahere patwhruw,

(5) Voyex Tariicle Ct^uMCM^ tlaiis te DiciioniMtre aini-pbîl..C*e8t un iable:«tt all<^«irimie dii caracière et des mœurs de lies Pliilosopites; Métumm nùuveausc pour servir à fhistwre des ÇÔeoMCS, par M. Morew , 1757. Caléekisàm au dédsiens de cas de consàenee par Cakhé deSiCyr, 1758. ÈÊémaires philosophiques da bmrott de **\ par F abbé deCriUan « <777. ConfUtenee pkilMophiqne, par un ministre de 6*i*j»>r^, 1777. Fa^naiiime des Vhitctifpfftif par Unquct.

fftS

PWUMOPHIQIII.

>goéri (t). » Pm9eiit4b qa^on Inore tes aoecdoles de leor vie, et qu'on se laisse génèralemeiil éblouir par le pompeux éloge quils font de la Tertii (S) ?

ISB. D. D*où Tient donc cette mnltitade d-^ges i>onipenx , dont les chefs dn parti pUlosophiqne sont décorés dans presque Ions les ouvrages modernes ?

R. Les louanges qu'ils se donnent mutuel* lement, et qu'ils reçoiTent de ce peuple dlnrrédules à ressorts, que le mécanisme d'une froitation stupide a rendus les échos des chefii de l'irrâigion » no ^surprennent pas les personnes instruites. Les ennemis de la foi se sont servis en tout temps de ce moyen , pour propager leurs erreurs, c JBtre leur adhérent , c'est le jouvcrain mérite; n'en être pas » c'est le souverain décri. Si tous êtes dévoué à leur i^arti/ne vous embarrassez pas d'acquérir de la capacité » de la orobité. Votre dévouement vous tiendra

a etever jusqu au citsi ses lauicui^ v% se» sectaires, et d'abaisser jusqu'au néant ceux qui osaient l'attaquer et la combattre. La manière des hérétiques était de s*ériger eux-mêmes premièrement, et puis leurs partisans et leurs associés, en hommes rares et extraordinaires. Tout ce qui s'attadiait à eux devenait grand , et le seul titre d'être dans leurs intérêts, était un éloge acheré. Il n'y avait parmi eux , à les entendre , que des génies sublimes , que des prodiges de science et de vertu , etc.» (ffourd.. Senti, tur Vaveugle^é). — N'oublies pas (dit M. L.) que tous les gens de parti se canonisent tour A tour ; c'est le cas de dire » avec Uaîie, Beatifeani et 6ea- . If/teonfur » (liai. 91. Un célèbre orateur latin s'exprime assez joliment sur ce sujet. Extrcmi mon quœdam manopolia famœ et fodetolet lauâum. Laudant mutuo ut laudeniwr. FoMre gloriam étant et accipiunt ; emiefii omnibus eotrectant {Cammi., Orat. de art. parandœ famœ). Un poète ingénieux a donne A un prince, qui paraissait n aimer pas leÉ Philosophes, l'avis suivant :

(I) Hume n'est pas plus conieiU de Rousseau, que Rousseau ne Test des autres Philosophes ; il Papiiellft «u êerpmt téchauffé dam U $^n de Famitié. il est imporlani de bien étudier les adversaires de la religion. La counaissaiioe de leur caracière, de leurs nMBurs, de leur eonduiie, de la trempe de leur estirit et de hmr ceaur, e$t pettt-èu« le moien le t;lus simple et le plus 8«r de se nraiitir de la eéductioii Oeleiirs éerits. On se dira a soi même : Sonirce la les guides quni faut suivre, les modèles quil faut iiniier, les Idoles qu'il faut eneenser?

(i) On n*a peut-être Jamais tant parlé de vertu , tant admiré^ tant exalté eeue aimable modification de Pâme intelligente, que dans ee siècle. 11 semble que par le fréquent usage de ee nom respectable on Teullle se consoler enqnelque' sorte de la perte de la fMse. ou bien témoigner ses regrets à dos diannes fwMh que rirréHgiou a bannie de la terre, et pmiruivre dNm dernier rcgnrd le dépérissement d'un liieii dent la privation fait sentir le vrai prix :

HrMêtn wéêiHia, cwlabescanique r^H^ia !

.... ÛDuiaieat. ne ctalcoee^vans ] as

g ne de la nouvelle nuUoe 6à6raux, ofliciers, soldats.

Et jusque bras le plus novice guxm voit s*esorlaier sur leurs pas, Ilu mérite et de rbéroiime Juges, arbitres souverains.

Ne vengent le Philosophisme De la fierté de vos dédains ?

Seuls dispensateurs de la doire.

Gardiens du temple de mémoire Qui s^ouvre et se Ferme k leur gré.

Leur voix de ce s^our sacré Eloigne le monarque même, * *-

Dont léi vertus au diadème Prêtent une auguste siilendeur, S*U ne JoiDt pas S ce niérile Celui (Têtre leur prosélUc, ou du moias leur admirateur.

Oui, pour atlehidre a leur esUme, Pût-on le plus grand des héros, lé prince le plus magnanime.

Il faut marcher sous leurs draiieaux :

Du Jour plus pur qui les éditro Il iautt empruntant le flambeau, ' De rûlusion populaire

Fouler k ses pieds le bandeau :

Cest sur cette règle iafaillible

One leur suiSrage incorruptible

rixe les honneurs et les rangs ;

D^m Julien dit rapotbéesè.

Et met au nombre des tvrana

tjn Constantin, un Hiéoocse.

De vos vertus, de vos biealbits,

Ah, qu'ils n'entreprennent jamais

D^éoire la brUlaote biiOoIre t

inrince, fiissie&-vous audeasos

De Charlemagae, de iltus.

Je craindrais pour votre mémoire.

(BpUre àu.bc. de FtAkamem^ à TMw., i778.>

§ JII. -- 12d. D. N'^ a-l-il pas des hommes pour lesquels la religion est inutile, et qu^elIe ne corrige pas plus que T Athéisme 7 Bavle croit cette observation très-favorable k lin* crédulité.

R. 1* Pour savoir si la foi d*nn Dieu n*a point reèdu ces hommes meilleurSy il faudrait savoir ce que ces hommes eussent été s'ils avaient professé r Athéisme. Tel que la religion n*a pas empêché de voler aurait incendié, ravagé, massacré, s*il n'avait eu aucune religion. U y a toujours une très-gtande différence eptre le plus mauyals Cbrétten et un Incrédule. Quelque inexcusable que soit le vice dans un homme qui a conservé la foi, on doit moins se défier de sa probité que de celle d'un Incrédule sujet aux mêmes

Bssions. Dans le premier, le vice est une blesse contre laquelle sa foi réclaine. La persuasion on il est que sa conduite est criminelle et dangereuse pour lui est un motif d*espérer, ou qu'il la réformera quelque jour, ou du moins qu4l évitera d'aulreS crimes que sa religion condamne avec plus de sévérité : il a toujours une rèffle sâre qui le guide dans les jugements qu il porte sur ce qui est bon et sur ce qui est mauvais ; et si la force des passions rempéche de suf;vre cette règle en certains points,. on ne doit

Sas présumer qu'il s'en éloignera de même ans tous les autres. L'Incrédule, au contraire, n'aperçoit dans le vice qu'il aime au'une suite de sa doctrine. Les passions ont donné naissance' à l'incrédulité, et l'incrédulité à son tour autorise et enflamme les passions. Libres dans leur cours, on ne peut

prévoir jusqu*où oBc» iratdf et tojii ce qu*on sait avec ccrlilude» e*est qa*il n'est point d'excès où dlc8 ne doivent entrafncr un Incrédule, si toutes SCS démarches sont exactement mesurées sur ses principes. Sa droiture et sa bonté naturelle sont l'unique appui de sa probité ; mais ces sentiments, on ne peut trop le répéter, ont euxHoaémes besoin d être appuyés sur les maximes de la religion. Sans ce fondement, Tédiflce n'a aucune solidité, et le moindre soudle des passions est capable de le renverser. Toi est le précieux avantage de la foi. Elle élève ceux qui loi obéissent à une haute sainteté. Elle peut au moins sauver la probité du naufrage des mœurs. Il est réservé à riocrédulilé de ne laisser aucune ressource aux vertus morales après la perte des vertus chrétiennes.

2* Si la religion ne corrige pas Ions les hommes, elle en corrige un très-grand nombre. Un remède est-H inutile, parce qu'il ne guérit pas tous les malades ?

3* « Il se commet des crimes malgré la religion, il s'en commet mal^i'é les lois civiles, mal^é la voix de laVaison, nuùfvéla Philosophie; donc la religion, les lois, la raison, la Philosophie sont des sources de maux pour la société, aussi bien que l'Athéisme. Sophisme ridicule I on devrait avoir bonté de le proposer. » C'est ki réponse de Tauteur de YEsprii des lois.

190. D. Les lois civiles, l'honneur, l'éducation, etc», ne sont-ils pas un frein plus puissant pour arrêter les passions dos hommes, lin fondement plus solide de la vertu, que les sentimeats de religion ?

R. 1* Les lois civiles ne -?t illout que sur les intérêts de la société, et n^arrélent que le dehors du vice. La religion forme l'esprit et le cœur de rbomme, proscrit les crimes secrets cQinme les crimes publics, condamne la TQlonté comme le fait ; Pimpunité. si ordiV Mire au tribunal d^s loist est bannie du tribunal de.fai religion (1). Les lois civiles peuvent être injustes, imprudentes, déraisonnableS( elles sont souvent contradictoires ; elles variant selon les climats, les gouvernements, le génie des législateurs, etc. Yosli un fondement bien ferme et bien uniforme de fa vertu 1 —Les Incrédules, toujours en contradiction avec eux-mêmes, toujours inconséquents dans toutes les parties de leurs syslèmes, assurent une la religion est une invei^ Uon des législateurs, nécessaire au maintien

« (I) Lucrèce appelle an secours des leis le sommeil ei b flèvrc. M csl possible, dit-il, que» durant le dolire ou le rêve, un scéléraii dêoouvro soi forfoiis, ei que sa néchsncelê cesse d*éu« incoanue. Un Philosophe gui lubsUiuo de pareils ressources à la fui d'un Dieu, est lui-même en rêve ou eu dîyire. Il faut entendre Lucrèce êublir ceUe sublime doctrioe, qui peut donner nue idée de Pcmbtirrns dos Athées.

ffêc fladêe ea pkciotm oc pnTMtwn denerê tUam^ (fjsvMm fkeik cmmmmUt fMeHi paeiê ; Fm IMt emmDwmnifemu kuuuàmm^He, i^rpeim tamm id fUn cUtm âàfidere deèei . i^pps M « ffiai/ii p^r muimm mpe tooiema 4Ht ÙÊOrbo deHranta prstraxe ftrmdwr, a ccinla din in meditmi fteccnm deditse,

iL, 5, de .\at, rerum,)

CkTÈmSIÊEt

de leor^uiorilé, à la rigueur dos luis, com- . ment prétendeni-ils donc que ces lois sont suflGsantes par elles-mêmes, et indépendantes de tout appui?

S* L'honneur de l'Athée, de concert sans doute avec sa raison, exi^e qu1l Jouisse tant qu'il peut jouir, et que rien ne s oppose impunément à ses intérêts. Le véritable honneur est une chimère dans ce système, de u:ême que la vertu.

3' L'éducation n*cst autre chose que renseignement des principes qui doivent former la conduite d*un enfant. Un Athée dira k son 61s : a Tu n'as rien i craindre ni à. espérer de Dieu, tu peux te cacher aux yeux des hommes; tu n'auras de bonheur qu'autant que tu sauras t'en procurer, les passions te serviront de guides pour y arriver. » Ce 61s sans doute deviendra un modèle de vertu. « Sortez de là (de l'idée d'un Dieu juste qui

8 unit et qui récompense), je ne vois plus, dit ousseau, «{u'iniustice, hypocrisie et mensonge parmi les hommes : l'intérêt parliculier qui, dans la concurrence, l'emporte nécessairement sur toutes choses, apprend à chacun d'eux i parer le vice du masque de la vertu. Que tous les hommes fassent mon èoiiheur aux dépens du leur, que tout se rapporte à moi seul, aue le genre humain meure^ s'tV le [aut. dans la peine et dans la niisire, pour m*épargner un moment, de douleur ou de faim. Tel est le langage intérieur de tout incrédule qui raisonne. Oui, je le soutiendrai toute ma vie : quiconque a dit dans son cœur, il n'y a jpoint de Dieu, et parle autrement, n'est qu un menteur ou un msensé. »

131. D. Le superstitieux, qui se fait de fausses idées de Dieu, n'est-il pas plus coupable que l'Athée» qui nie simplement son existence ? C^est au moins le sentiment de Plutarque et de Bayle.

R. L'Athée, i' est plus coupable i Tégard de Dieu, dont il nie 1 aUribut le plus, essentiel, qui est Texistence, et attaque par là , do la manière la plus directe, la nature de TEtre nécessaire.

3* II est plus coupable à l'égard de la so« ciété, dont il renverse le fondement, et dis-» sont tous les liens... Plutarque aime mieux qu'on dise qu'il n'y a pas do Piutarqus que de dire que Plutarque est malhonnête homme. Mais, 1* il n'est pas essentid que Plutarque existe. 2* L*exislence de Plutarque ne fait rien à la société des hommes. 3" Le superstitieux, en se faisant de fausses idées de la Dl- ^ vinité, neprétend pas injurier l'Elre suprême, mais lui attribuer des qualités qua croit compatibles avec ses perfections in6nieB. Nous pouvons ici réhiter Bayle par les paro* les de son copiste. « Quand les hommes, dit-il, n'ont pas de notions saines de la Divinité, des idées fausses y suppléent; comme dans les temps malheureux on tra6quc avec de la mauvaise monnaie, çiuand on nVu a pas de bonqe. Le païen craignait de commettre an crime, de peur d'être puni par ses (aux dieux. Le Malabaro craint d'être puni par sa pagode » (Volt., Traité de la Toi., ch. 20).

I IV. — 132 D. Les dégâts que causerait

1 17 rUKLOSOPRIQUR.

TAUiélsBie dan» la ftoctélé, pcuvcnl-ils con^ Ircbalancer ceux qae le Fanalismc y a

faiU?

R. Le Fanatisme* qui est an 2èle areng^le et outré pour des objets rcligieax ou considérés comme tels, est un mal sans doute; mais ce mal« qui est toujours fortement combattu par la religion mémo (1) est incomparablement mômdre que rAthéismc, ■ Le Fanatisme , quoique sanguinaire et cruel, ditJ.J. Rousseau (Emile, t. 3, p. 108), est pourtant une passion granchî et forte, qui élère le cœur de Thomme ; au Heu que Tirréligion, et en général l'esprit raisonneur et philosophique, attache à la vie, efTéminc, avilit les âmes, concentre tou(cs les passions dans la bassesse de Tintérét... Si l'Athéisme ne fait pas verser le sang humain, c*cst moins par amour pour la paix, que par indifférence pour le bien. Comme que tout aille, peu importe au prétendu sage, pourvu ijQ'il reste en repos aaos son cabinet. Ses principes ne font pas tuer les hommes, mais ils les empêchent de naître en détruisant les mœurs. » Il dit à peu près comme ce berger désespéré dont parle un ancien poêle ( Virg,, EgU 8) : Omwia vel médium fiant mare. Que m'importe le bien dé l'état, la gloire et le bonheur de mes semblables? Mon âme, dépouillée de ses espérances, détrompée de son immortalité, détachée du cuite qui établissait sa communication avec le ciel, avec les hommes, avec toutes les parties de la création, s'isole et se rqlféeit ; réduite à la nature et au sort de la brute, elle donne k ses prétentions et i ses /ues les mêmes bornes et le même intérêt. — Le Fanatisme, déchaîné ^contre l'objet qu'il poursuit, est arrêté dans tout le reste par la voix de la religion : l'Athéisme permet tout ?i ne met point de bornes à ses dégâts. -- Parce qu'un prisonnier furieux se sert de ses chaînes pour assommer son camarade, dira- C-09 qu'il eût été moins redoutable s'il n'eât point été enchaîné?-— Le Fanatisme n'est qu'un mal passager, une fièvre qui quitte le malcide avec la fermentation du sang. L'Athéisme est un mal habituel qui ronge et qui désole sans relâche. S'il n'est pas touiours ' furieux, son silence même, dit un Phiioso-

[)he, fait des favases horribles ; c'est le sience de la mort. On a fait des histoires ridiculement exagérées des malheurs produits par le Fanatisme : si l'Athéisme avait jamais dominé sur la terre, il n'v aurait point d'hislorien poifr écrire ses dégâts ; le genre humain s'anéantirait, comme il eût été anéanti sous Galigula, s'il n'avait eu qu'une tête (2).

<l)Daiis les prineipcs des chrétiens, des caiholiqnc surtout, realhoQslasme et le fânalismene peuvent guère tronver accès dans des tètes sensées ; parce que I bel les catholiques la règle de la croyance et de la fdmkiile est tracée et fixée par un dépôt public et commun de doctrine, émané de la raison et de la ré* vékiiiin. Tout ce qui est contraire à cette règle, es»t reeiMitt» pmr une illusion et pour une imagination oiiidamosble»

(Ij Ce tyran souhaitait que rospèce hinnaine n'eût

lia

L'Athéisme a auis! UB fanatiques, témoins

in J^f £?''7 .^"^ P'^« **« "«^«-c hideuse époque révolutionnaire. Lucrèce nous apprend que le mépris des Dieux ai^italt fortel mejit tous les ressorts de l'âme d'Ëpicure (i). Le Système de la nature décide qoSl est iinppssible de ne point s'échauffer en faveur d une chose qu'on croit fart importante : or fulil jamais auteur qui crût son système plus important? Les éditeurs ne cessent de appeler important et três-^important. Qu'est-ce que celle fureur Inquiète de faire des prosélytes que J. J. Rousseau reproche si justement aux Athées, sinon un vrai Fanatisme? Les menées et les intriyucs du parti philosophique, qui domine dans ce siècle, les excès ridicules où il s'est porté en 1778, à la mort de son vieux chef, ses fureurs atroces contre quiconque combat ses progrès; celle sullflsance, celte morgue de Tignorance unie à I iinpiclc; qu'est-ce autre chose que du fanatisme trèa-pur (2)? Or si tout fanatisme est exécrable, quel nom donner à celui-ci ? El si le Fanatisme seul peut disputer à l'Athéisme la première place dans la classe des fléaux.

Sue sera-ce de ces deux monstres réunis? oncluons cette matière, en disant, avec lo Philosophe que nous avons déjà plus d'une fois opposé aux Athées, que l'existence de Dieu •

' Est le sacré lieo do !a sodéiè, I^ premier fondement de U saisie équité. Le irein du scélérat, l^csnérauce du Juste. Sltei deux, dépouillés de leur einpreiule aùgusli» roQToieot cesser jannis de te manirèsler. Si Dieu n'exisiâfi pas, il ftiudraii riareuter.

liguent

Mon Teogour est au eiei Rapprenez îitrMÎblèf(8y. ( rou., Epit, a i'oHi. 4u Hv. Ue$ TroLt imposteuim.)

qu'une léte, pour pouvoir la déU*uire d*uQ seul coiip^

(f ) Çftem nec eura tHum^ nec ftMm, nee^nMumti tiurtnurè coÊnprettit calmn, ged eomagk wrem ytrtutem trrUant ammL

(L. L ite Nat. remm,)

(3) Vorgutll^ ia préMmction^ yneimaginaHtmMmif' [ie^ tignoranei^ ^etfrit dinéépendance ; voilè^ ék un PhllosopheJ Hume, Esstis mor., W eam), ieê vrma êourcei du Fami/i>me. Je laisse à juger si oes qualités se trouvent du côté des adorateur:» d'un Dieu»'piit« tôt que du céié des ennemis de son exisience et de son culte. Voyez le Fanatiême de$ Phitoiophes, par Linguet, qui par fois à le sien.

(3) LMmpossibiliié de conserver la sociëlë bumnine, de procurer la téreté et le bonheur de ses indi- TlduB» sans Tidée d'un Dieu, doit être rc^rdée côm« me une démonstraiion de son existeuee. Son nom » sans dotite, est écrit sur toutes les (Kirties de Tunî vers ; la grandeur et la beauté de Touvrage publient d'une manière bien éloquente la puissance et la sa* gesse de l'ouvrier ; mais nous ayant fuit de façon que nous ne pouvons nous passer de lui , nese montre-til pas par \k plus clairement à nos yeax ? Ce témoin, ce juge de nos actions et de tomes nos pensées, qiii est indispensablement nécessaire à sitr^ félieié, est une des preuves les plus eonvaincamaa qti'it y a un Dieu : elle est à la foi» écrite et donrnoirc es* . j^rli cl diiDs notre cœur.

CATÉCinsHG

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