CHAPITRE XXVL
D. En quoi Aristote diffèrc-t-il de Platon touchant Torigine des connaissances humaines ?
R. Ce qui est arrivé à Platon et Aristote pour la définition de l'homme leur est arrivé en général pour toutes les connaissances humâmes. L un part d'en haut, l'autre d'en bas, mais ils finissent par se rencontrer dans un certain milieu,
D. Comment cela ?
R. Platon reporte l'origine et la certitude de nos connaissances jusqu'en Dieu dont rintelligence contient les types intelligibles, éternels , de tous les êtres ; types plus vrais et plus réels que les êtres eux-mêmes. Nos intelliffences ne participent à cette vérité essentieue des choses que par une irradiation de l'intelligence divine, lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Cette illumination commune et supérieure constitue la raison commune de l'humanité, le sens commun. C'est de là que Platon et Socrate prennent leurs arguments pour réfuter les sophistes , les pousser à Tabsurde, les mettre en contradiction avec eux-mêmes.
D. Et Aristote , que fait-il?
R. Aristote part de ce que nous avons de commun avec les animaux , des sens. Dans l'homme , ces sens en percevant les objets matériels en envoient des formes immatérielles à l'ame raisonnable qui se les assimile ; plusieurs de ces sensations spirituali- , sées produisent une expérience : plusieurs expériences produisent dans l'intelligence ; ou l'esprit des formules générales cii premiers principes que tout le monde croit et connaît. C'est de là que , pour réfu* ter les mêmes sophistes, Aristote tire la base et la règle du raisonnement^ la base et la règle de toutes les sciences. Partis des deux
extrémités opposée» , Platon et Aristote se rejoignent ainsi dans le sens commun pour combattre les mêmes ennemrs.
i), iq*y a-t-il pas quelque ressemblance entre les formes d'Aristote et les idées 'te Platon ?
R. Plutarque et Simplictus ont remarqué une grande ressemblance entre les formes d* Aristote et les idées de Platon. Aristote , dit le premier , conserve les notions untvefselUs ou les idées sur lesquelles ont été moUelés les outrages de la Divinité, avec cette différence seulement que, dans la réalité , il ne les a point séparées de la matière (1).
D. QuW-ce qu' Aristote appelle la matière et la forme?
R. La matière^ selon Aristote , est ce dont se compose quelque ouvrage , comme de l'airain on tire une statue; la /brm^ est un moule ; elle est la raison d'après laquelle cet ouvrage est exécuté ; elle en détermine le genre. La forme et Vidée ont au fond le même caractère, avec la différence que Platon la sépare de l'objet pour la placer dans rintelligence divine, tandis au'Aristote Timprime sur l'objet et ne l'en détache que par une opération de la pensée humaine (2).
D. Aristote n'a-l-il pas quelque passage assez précis là-dessus ?
R. Oui; il est tel endroit de ses écrits où Aristote parait entièrement d'accord sur ce point avec Platon.
Ce que cest que la science, on le voit manifestement , dit-il , par ceci. Tous , nous sommes persuadés fue ce que nous savons ne peut être différemment. La scknce comprend donc ce qui est nécessaire , par conséquent ce qui est éternel : car tout ce qui est absolument nécessaire est éternel, est par là même improduit et incorruptible (3). Tout cela ressemble trèsfort aux types intelligibles, éternels, dont la connaissance produit seule, suivant Platon , une science véritable.