CHAPITRE XXVII
D. Que faisaient donc les Sophistes ?
R. Comme les Sophistes ambitionnaient de paraître sages plutôt que de Tétre véritablement, ils ne cherchaient point la vérité, mais l'apparence ; ne s'appliquaient point à raisonner juste , mais subtilement.
D. Comment s'y prenaient-ils pour cela?
R. Ils s'y prenaient pour cela de plus d'une façon. Les uns taisaient apprendre à leurs disciples un grand nombre de discours composés d'avance sur toutes sortes de matières. Interrogés , ils surprenaient par une averse de paroles élégantes et de raisonnements plausibles. D'autres , c'étaient principalement ceux d'Ionic , au lieu de répondre à ce qu'on leur demandait, décochaient à leurs interrogateurs quelques petits mots énigmatiques. Voulait-on savoir pourquoi ? on était sur-le-champ frappé d'un autre mot
(!) Plut., de pbcil. Pbîl. I. 1, c 10.
(«)Ansi., Pbysic- l. 2,c. 1, 5; Dcgerancio ,
. (5)Pcmorib.l. C, c.3.
équivoque; impossible de rien conclure avec eux. D'autres enBn se gloriBaient d'argumenter pour et contre sur quoi que ce lut, et inventaient , à cet effet , les subtilités les plus étranges (1).
D. Platon combattait-il ces Sophistes ?
R. Platon les combat les uns et les autres dans plusieurs de ses dialogues , les derniers principalement, dans son Euthydéme, On y voit combien les sophistes de toute espèce étaient peu à craindre pour un Platon et un Socrate. Mais on n'y trouve pas mis à la portée de tout le monde l'art de constater la vérité et de démasquer l'erreur, l'art de raisonner juste et de découvrir les vices d'un raisonnement faux.
D. Ce qui n'existait point jusque alorsy qui est-ce qui l'a fait?
R. Ce qui n'existait point jusque alors , Aristote Va fait ; et il l'a fait de telle sorte , que vingt-deux siècles ne trouvent rien à reprendre pour la justesse dans ses règles du raisonnement et de la discussion , autre* ment dans sa logique et sa dialectique : il le fait de telle sorte que les mauvais raisonnements qui se rencontrent dans ses propres ouvrages pèchent toujours contre quel* qu'une des règles qu'il a constatées, et tombent toujours dans quelqu'un desdéfauts qu'il a signalés dans sa Réfutation des Sophistesm