CHAPITRE XXIX
D. Avez-vous encore quelque chose à dire sur Aristote?
R. Oui : et même plus d'une chose.
D. Quelle est la première?
R. £n considérant le langage commun des hommes avec son attention réfléchie, Aristote fit une découverte, qui, petite en appa-^ rence , a eu d'immenses résultats ,. en donnant à l'intelligence et à la parole humaine, quelque chose de plus suivi , de plus nerveux et de plus ferme qu'elle n'avait auparavant.
D. Quelle est donc cette découverte à la fois si petite et si grande?
R. Le premier, Aristote remarque la forme naturelle et complète du raisonnement , le syllogisme, en constate les règles et lesabus.
D. Qu'est-ce que vous trouvez vous-même de plus remarquable dans le syllogisme ?
R. Chose étonnante! Cicéron et saint Augustin ont trouvé dans la philosophie d'Aristote et de Platon une espèce de trinité scientifique, l'être, la vérité, le bien. Une trinité analogue se révèle dans le raisonne-* ment complet.
D. Comment cela?
R. Le voici : Dans le raisonnement complA ou le syllogisme , on distingue trois pro« positions , la majeure, la mineure et la con«
(I) Arist., Mouph. l.|, c. I et 2.
GATÉGIIISUE
clusion ; ei trois idées principales ou (rois termes, les deax extrêmes, et le moyen terme ou le médiateur.
D. Je vois bien le nombre (rois et dans les propositions et dans les termes. Mais n'y a-lriique cela?
R. Il y a plus. Le syllogisme est parfait lorsque la première proposition subsistant par elle-même la seconde procède de la première, et que la troisième procède de la première et de la seconde : comme dans la trinité divine, le Père subsiste par lui-même , le Fils procède du Père, et Je Saint-Esprit procède du Père et du Fils.
D. Cette analogie est sans doute remarquable : il y aurait quelque cbose de semblable pour les trois termes?
R. Oui : Car le syllogisme est encore pariait lorsque le moyen terme ou le médiateur, quoique personnellement distinct des deux extrêmes , est cependant de même nature que Tun etrautre : comme dans le mystère de rincarnation , le médiateur ou le Christ, quoique personnellement distinct de Dieu le Père et de Thoramc, les deux extrêmes qu1i s'agit de réconcilier, est cependant de la nature de l'un et de l'autre.
D. Ces deux règles du syllogisme me paraissent à la fois bien neuves et bien anciennes. Ne pourraient-elles pas remplacer les autres ?
K. Elles le pourraient; car, au fond toutes les règles anciennes et modernes du syllogisme reviennent à cette unité dans la Irinité 9 et à cette trinité dans l'unité ; et reviennent à cette ressemblance avec les deux principaux mystères de la foi chrétienne.