CHAPITRE XXX
D. Mais, suivant Aristote, sur quoi reposent les propositions fondamentales du raisonnement?
R. Suivant Aristote, les propositions fondamentales desquelles émane la conclusion reposent uniquement sur la foi.
D. Quelles sont ses propres paroles?
R. i/ y a démonstration , dit-Il , lorsque le syllogisme procède de propositions vraies et premières, ou bien de propositions émanées de celles-ci.
D Qu'est-ce qu'il appelle propositions Traies et premières?
R. Voici ses paroles : Sont vraies et premières, celles qui obtiennent créance, qui persuadent par elles-mêmes et non par d'autres.
D. En donne-t-il quelque raison?
R. Voici la raison qu'il en donne : Car dans les principes scieniifixjaes , il ne faut pas chercher le pourquoi ; mais chacun des principes doit être cru , doit être de foi par luimême (Top. M , c. 1).
D. Quelle conséquence tire-t-il de là?
R. Il tire de là cette conséquence, que c'est une nécessité de croire aux principes et aux prémisses plus qu'à la conclusion (1).
(I) Analys. post. 1. 1, c. % sub fin^
D. Qu'est-ce qu'il dit encore sur les principes démonstratifs?
R. J'appelle principes démons tratifs, ditil encore , les opinions communes par lesquelles tous les hommes démontrent : par exemple » qu'il n'y a pas de milieu entre le oui et le non , au*il est impossible qu'une chose soit tout à la fois et ne soit pas , et autres propositions semblables (1).
D. Que concluez-vous de tout ceci ?
R. Ainsi donc Aristote fonde les premiers
(principes , non sur l'évidence , comme on le ui fait dire dans bien des livres , mais sur la foi, la persuasion conunune, mais sur le sens commun.
D. Que concluez-TOBs encore?
R. La science n'exclut donc pas la fol, mais la présuppose au contraire. Cela est tellement vrai qu'Aristote dit dans un passage : Quiconque croit et connaît les premters principes , celui-là sait (2). Et ailleurs il approuve qui déflnirait la science. Une conception tris-digne de foi (Top. /. S, c. S).
D. De quelle foi parle ici Aristote.
R. Quand Aristote parle de foi aux premiers principes , de croire aux vérités premières, il parle de cette foi humaine et naturelle qui est dans l'individu comme la base de la raison humaine; il parle de vérités de Tordre naturel révélées par le langage humain , et qui ne supposent dans Tindividu que le développement naturel de son intelligence native.