‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 116 sur 235 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

D. A qaoî tient Fabus que Descartes autorise ?

R. Cet abus tient à deux points.

D. Quels sont-ils ?

R. A ce que Descartes veut l'universalité du doute y et qu'il ne donne à chacun d*autre règle pour en sortir que sa propre raison , son évidence individuelle.

D. Aristote a-t-il évité ces deux inconvénients?

R. 11 a évité le premier, comme nous l'avons vu ; et il combat le second

D. Et de quelle manière?

R. D'après Descartes , ce qui parait à chacun est certain. Aristote , au deuxième livre de sa métaphysique, a un chapitre, c'est le sixième , qui a pour inscription : Ce qui parait à chacun n'est pas certain pour cela.

D. Citez-nous ses paroles s'il vous plait.

R. Ce que soutient Protagoras, dit-il, à savoir que rhomme est la mesure de toutes choses, revient à ce que disent d'autres sa-vhisles , que la même chose peut à la fois être st n'être pas.

D. Voilà qui est fort; mais Aristote le prouve-t-il?

R. Voici comme il le prouve. En effet c'est dire, ce qui paraît à chacun est certain. Cela étant , il arrivera que la même chose est , et en même temps n'est pas , qu'elle est en mime temps mauvaise et bonne, et ainsi de beaucoup d'autres contradictions : attendu que telle chose

Îmraîtra bonne à ceux-ci et mauvaise à ceux-^ à » et que la mesure pour chacun sera ce qui lui parait,

D. Que dit Aristote après cela?

R. Vouloir donner lamême créance aux opi^ nions et aux imaginations de gens qui se conr tredisent , c'est le fait d*un sot. Cela est manifeste d'après ce qui arrive dans les sensations. Jamais la même chose ne parait donc aux uns et le contraire aux autres lorsque les sens et le discernement de ceux-ci ou de ceux^à ne sont pas corrompus ni dérangés. D'où il faut tirer la conséqtsence, queles uns sont lamesure, et que les autres ne la sont pas. Ten dis autant du bien et du mal, de Vhonnête et du déshonrnête, et autres objets semblables [Metaph. 1. 10 , c. 6).

D. Comment pouftait-on résumer tout ceci?

R. Aristote lui-même rcsttme ailleurs le tout en deux mois : Ce qui parait à tous, nous disons que cela est. Qui ôterait cette croyance^ ne dirait rien de plus croyable (1) . C'est-àdire, si l'on ne croit point au sens commun, on ne peut plus rien cruire : il n'y a plus de certitude, plus de vérité pour l'homme : c'est le duuie universel» et la morlderintelli-' gcncc.

D. Quelle rèsle Aristote donnc^t-îl pour renseignement?

K. Dans un chapitre intitulé De la Méthode

(1) De morib. ad Nicom. 1. 10, c. S

d'enseigner . il donne cette règle générale t Pour établir la foi de ce ou' on avance » il faut emporter des raisons , des témoignages . avec des exemples analogues. Car la plus forte

Sreuve c'est qu'il soit constant que tow les ommes confessent ce que Von dtt. Si l'on ne peut pas réussir jusque là , il faut au moins s'appuyer de quelque vraisemblance : Car chacun a quelque chose de vrai, que l'on peut tirer en preuve. Ce qui se dit avec vérité, mais obscurément, deviendra clair si l'on siAbstitue des expressions mieux connues à celles qui sont confuses ( Eudem. L 1 , c. 6).

D. Finalement, que concluez-vous sur Aristote ?

R. Finalement , Aristote part du sens commun comme base , il y revient comme règle» et dans sa logique ou l'art de raisonner , et dans sa dialectique ou l'art de discuter , et dans sa métaphysique ou la science des idées universelles. Ce n'est pas qu'il ne se trompe quelquefois en route ; mais il enseigne luimême comment le redresser.

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