CHAPITRE XXXVII
D. Vous avez montré que pour le*fond de la doctrine Platon et Aristote sont d'accoM : en direz-vous autapt de Zenon , le fondateur du stoïcisme?
R. Ce uni , suivant CIcéron et Plutarque , distingue Zenon et les stoïciens , c'est que, pour le fond des doctrines, ils pensaient comme Platon et Aristote, mais ils laissèrent les mots usités pour en inventer de nouveaux
Quant à leurs opinions particulières , elles contredisent non seulement la doctrine d*Aristote et de Paton , mais le sens commun de tout le monde.
D. Montrez-le seulement pour la morale , le fort des stoïciens.
R. Platon, Aristote et leurs premiers distiples appelaient biens et maux ce que tout le monde appelle biens et maux. Le principal bien est celui de Tame , la vertu : le plus grand mal est celui de Tame , le vice. Mais , après le bien de Tame , il y a les biens du corps , comme la santé , et les biens extérieurs, comme le vêtement, la nourriture, le logement , des parents , des amis. Ces biens ne sont point à comparer avec la vertu : cependant ce sont encore des biens. De même, après le mal de Famé, viennent les maux du corps et les maux extérieurs : ces maux ne sont point à comparer au vice , cependant ce sont encore des maux. Sans la vertu, on ne saurait être heureux ; avec la vertu , on I*est toujours : cependant le bonheur ne sera point complet, si le corps souffre ou que Ton manque des choses nécessaires. Telle est la pensée commune de tout le monde : le christianisme y. a mis le sceau divin ; car il nous apprend que le bonheur même des saints dans le ciel ne sera complet que quand le corps ressuscité participera à la gloire de
Tame.
D. Que disaient là-dessus les stoïciens ?
R. Les sloïcicas soutenaient qu'il n'y avail de bien que la vertu, de mal que le vice. Les biens du corps et les biens extérieurs ne sont pas des biens , mais seulement des choses avantageuses, convenables à la nature, préférables en cas de choix. La douleur du corps, la pauvreté, le délaissement, ne sont pas des maux , parce qu'il n'y a rien |à de uéshonnête :ce sont seulement des choses fâcheuses, âpres , que la nature évite quand elle peut, qui ne voit combien ce mot de Cicéron est juste : Zenon parlait autrement aue tous, et il pensait comme les autres {De Ftmo., /. k, n. 20).
D. Que dir«z-vous des opinions particulières de Zenon et de son école?
R. Quant aux maximes particulières des stoïciens, telles que celles-ci : Tous ceux qui ne sont pas sages sont également misérables : tous les sages sont souverainement heureux : toutes les bonnes actions sont égales : tous les péchés sont égaux, Cicéron dit que le sens commun et la nature y répugnent, et que la vérité réclame contre {ihid, n. 19). Plutarque a fait un ouvrage tout entier sous ce titre : Des notions communes, ou du sens commun, contre les stoïciens. Les raisonnements de Cicéron et de Plutarque sont d'autant plus justes que les stoïciens reconnaissaient formellement, comme on le voit parEpictète, que les notions communes sont la régie , que toutie monde est d'accord là-dessus , mais qu'on peut se tromper dans l'application et qu'on ne peut se tromper que la (1).
(1) Epictet. Ariian. I. i c. 23, 1. 5, c. 26.