‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 120 sur 235 · CHAPITRE XXXVffl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVffl

D. Mais avec le sens commun, tel que Tentendent Rossuet, Fénélon, Tertullien, Aristote , Platon , Heraclite , chaque individu peut-il avoir la certitude ?

R. Sans aucun doute qu'avec le sens com* mun ainsi entendu, chaque individu peut avoir la certitude.

D. A quelles conditions ?

R. A unc^eule.

D. Laquelle?

R. A la seule condition qu'il ait le sens commun, qu'il l'écoute et qu'il le suive dans les applications qui se présentent à faire.

D. Combien d'espèces de certitude distin«guez-vous ?

R. On distingue ordinairement trois espèces de certitude : la certitude physique, la certitude métaphysique , la certitude mo« raie.

D. Mais les traités de logique ne pres^ crivent-iis pas pour chaque espèce de certitude des règles particulières que rindivida est obligé de suivre?

R. Cela est vrai ; mais ces règles ne sont

3ue les lois du sens commun, du bon sens, e l'expérience générale : en les suivant, l'individu ne fait que suivre le sens coohmun.

D. Faites le voir pour la certitude métaphysique.

R. La certitude métaphysique est celle qui résulte de l'évidence, de la vueclaire et nette d'une chose, vue si claire et si nette, qu'il faudrait renoncer au bon sens pour ne pas y croire. Pour que l'individu acquiert cette certitude, il faut avant tout qu'il jouisse de son bon sens, et qu'il n'ait pas l esprit dérangé par le délire ou la folie : autrement, il faut avant tout qu'il ait le sens comman. Ensuite il ne faut pas qu'il prenne une évi* dence apparente pour une évidence réelle.

D. Qu'entendez-vous par évidence apparente et par évidence réelle?

R. Je pense que tout le monde entend par évidence simplement apparente , une évidence qui n'en parait une que pour celui oui n'y regarde pas bien, et par évidence réelle celle qui parait telle à tous ceux qui savent y regarder.

D. En est-il de même pour la certitude physique?

R. La certitude physique est celle qui résulte de la relation des sens, savoir : de la vue, de l'ouïe, du tact, du goût, de l'oderat. Pour aue l'individu puisse acquérir la certitude pnysique , il faut d'abord qu'il ait les sens bien conditionnés, et ensuite qu'il en use bien : par exemple, pour bien voir, il faut avoir de bons yeux et ensuite bien re^ garder.

D. Est-ce tout ?

R. Non : car pour la certitude physique, les règles de la logique demandent encore que la relation des. sens soit constante, uniforme, et de plus conforme à la raison ou à TexpérienLU

D. Maib comment saurai -je d'une ma-

DU SENS COMMUN

niëre sûre que j'ai bien observé ou non ces règles?

R. Hien de plus facile. Craignez-yons, par exemple, que vos yeux yous aient trompes ? taiites comme tout le monde, prenez de bonnes lunettes. M*étre-yous point encore rassurés ?

[iriez yos amis et yos yoisinsd'y regarder à eur tour : appelez-y tous les hommes si yous roulez; ce sera toujours mieux. De même ayez-vous des doutes, si une proposition qui yous parait éyidente, un raisonnement qui yous parait juste, Test en eSet? faites comme nous faisons, dans nos collèges, nos séminaires, nos académies ; yoyez ce qu'en pen- seront vos condisciples et surtout vos professeurs. M'en étes-yons pas encore content ? examinez ce qu'en ont dit les grands hommes, les bons auteurs de tous les pays et de tous les sdèles. Leur accord, voilà le nec plu$ «lUra de la certitude humaine. Est-une question qui touche aux vérités religieuses et qui vaut la peine, interrogez la partie inteUigente de Thumanité, l^glise catholique , et ayec la certitude humaine vous avez encore la certitude divine.

D. Direz*yous autant de la certitude morale que des deux autres ?

R. A plus forte raison : car la certitude

morale n'est que la certitude qui résulte di-

jectement de l'accord des sentiments et des

témoignages parmi les hommes.

D. Que remarquez-vous encore sur tout

cela?

R. Je remarque qu'au milieu de tout cela nous faisons continuellemeùt des actes de foi naturelle et nécessaire.

D. Comment cela ?

R. Vous me demandez, je vous réponds : nous croyons donc, vous que j'existe , moi que vous existez : nous croyons donc que nos idées se transmettent de l'un à l'autre par la parole : nous croyons que les mots que notre bouche prononce iront par l'oreille de celui qui écoute produire ou réveiller dans son ame, les mêmes pensées et les mêmes, sentiments que nous avons dans la nôtre. Toute conversation,, tout lansage parmi les hommes repose sur cette foi à la médiation de la parole.

D. Pour conclure, qu'est-ce que Rergier, auteur judicieux de ces derniers temps, pense sur la question de la certitude ?

R. Rergier parle du sens commun, qu'il appelle la raison par excellence, d'une manière beaucoup plus développée que Rossuet €t Fénèlon, et ill'établit comme l'unique fondement de toute certitude. Dans son Traité de la Religion, 1. 10, p. 461, il dit que la règle de la foi catholique est la même que la règle de la certitude morale ; et t, k^ il montre que la certitude morale, aussi bien que la certitude physique et la certitud'$ métaphysique, repose sur le sens commun. Voici entre antres comme il s'exprime p. k62 : A qi^lle épreuve faut-il donc mettre ces démonstratiom prétendues (il s'agit de démonstrations géométriques) ? C'est de voir si elles font la même impression sur tous les hommes capables de lesi comprendre; alors il est impossible qu'elles

soient fausses. Ainsi en dernière analyse, la certitu de métaphysique se réduit aussi bien que les autres, au dictamen du sens commun.

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