CHAPITRE. XXXIX
D. De tous les systèmes philosophiques sur la scrtitude, le quel adoptez-vous finalement?
R. Finalement, pas un, mais tous.
D. Expliquez- vous un peu davantage.
R. L'homme, intcliipnce incarnée, est à la fois esprit et corps : il n'est pas corps seul, ni esprit seul, mais l'un et l'autre :il ne l'est point isolément , mais avec ses semblables. Pour donc bien connaître la raison humaine, il faut considérer l'homme total et complet : non dans son corps seul, non dans son esprit seul, non dans son individu seul, non dans la société seule, mais dans le tout ensemble : car l'homme est à la fois tout cela. Si de plus il est chrétien, si par la foi divine son esprit et son cœur sont élevés à un ordre de choses au-dessus de la nature ; il ne faut pas confondre rhomme et le chrétien ; il ne faut pas méconnaître l'homme pour le chrétien, ni le chrétien pour l'homme.
D. Mais les systèmes de philosophie les plus connus de nos jours ne prennent-ils pas garde à tout cela?
R. Les systèmes de philosophie les plus connus de nos jours pèchent tous contre ce que nous venons de dire. Le sensualisme ne
le rationalisme n'y voit que la raison de l'individu, sans relation avec celle de ses semblables : le système exclusif de la raison générale, ne voit que la société et méconnaît l'individu : le système exclusif de la foi divine, ne voit que le chrétien et méconnaît l'homme. Chaque système est faux en ce qu'il exclut les autres : tous sont vrais dès qu'ils viennent à s'embrasser et à s'unir.
D. Ces systèmes s'embrassent - ils , s'unissent-ils quelque part?
R. Ces systèmes s embrassent et s'unissent dans la personne du Christ.
D. De quelle manière?
R. Comme Dieu, le Christ a créé tout l'homme, non pas son cdrps seul, non pas son ame seule, mais l'un et l'autre. Il ne l'a pas fait pour demeurer seul, mais pour être en société. Il l'a fait à son image, a l'image de Dieu. Or Dieu, quoique unetunique, n'est pas seul : il est une société de trois personnes , dont la seconde, par une inelrable tradition, procède de la première et la troisième de la première et de .la seconde. Le Christ est cette sagesse éternelle qui se joue dans l'univers, et urit ses délices a'étre avec les enfants des hommes {Prov. 8, 31); qui va cherchant ceux qui sont dignes d'elle, qui se montre à eux avec hilarité au milieu des chemins et dans toutes sortes de rencontres {Prov. 6, 17) ; qui parmi les nations se communique aux âmes saintes et y établit des amis de Dieu et des prophètes (Prov. 7, 27). Il est celte lumière véritable qui éclaire tout
CATËCIDSME
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homme venant en ce monde (Joan. i« 9). Et cette lumidre,^l celte sagesse, et ce Verbe- Dieu s'est fait homme : il a pris on corps et nne ame» non pas un corps illusoire, mais an corps réel ; non pas une ame difFércnte de la nAtre, mais nne pareille. 11 unit à jamais, dans Tunité de sa personne divine, et l'humanité et la divinité, et le corps et Tame» sans que jamais cependant Tame se confonde avec le corps, ni la divinité avec Thumanité. Et avec cela, il dit, en parlant de Tordre surnaturel de la grâce et de la gloire : Personne ne peut venir à moi, si mon Père ne Tattire (Ibid. 6, kk).
D. Que concluez-vous de là ?
R. Lors donc que la philosophie des sens nous dit que les sens du corps nous donnent la certitude, elle a raison. Car celui qui est la vérité même nous a donné les sens cor-
Eorels, il les a pris lui-même en se faisant omme, et nous a dit : Palpez et voyez {Luc. 2]^, 39). Et lorsque la philosophie de l'esprit et des idées nous dit que les idées de rinteUigence nous donnent la certitude, elle araison; car c'est la vérité même {Joan. H, 6) qui nous a donné une ame intelligente et qui l'a prise elle-même. Cependant, comme notre ame n'est pas Dieu, mais seulement faite à son image, nous ne voyons pas, comme Dieu, la vérité en elle-même, la vérité absolue; nous en voyons seulement une image, mais nne image vraie puisqu'elle vient de Dieu. Et lorsque la philosophie de la raison individuelle nous dit que l'individu complet et développé peut avoir la certitude, elle a raison; car la lumière véritable éclaire tout homme venant en ce monde (Ibid. 1 , 9). Et lorsque la philosophie de la raison générale nous dit que la vérité, que la certitude se trouve dans la raison commune de l'humanilé, elle a raison ; car la lumière véritable éclaire non pas seulement tel ou tel humme, mais tout homme venant en ce monde; et il est plus facile de distinguer en tous que dnns un seul ce qui vient de cette irradiation divine et commune, d'avec ce qui vient d'ailleurs. Et lorsque la philosophie de la foi nous dit que la vérité, la certitude se trouve dans les Ecritures des prophètes et des apêtres, elle a raison ; car c est la sa-
gcsse éternelle qui a inspiré ces amis de îeu. Et quand celte même philosophie nous dit que la certitude ne se trouve que dans la foi chrétienne, elle a raison pour l'ordre surnaturel de la grâce et de la gloire. Mais comme dans le Christ, la divinité ne détruit point rhnmanité, pas même les cicatrices uu corps : ainsi, dans le chrétien, la foi divine ne détruit point la raison humaine, pas même dans ses moindres lueurs; mais au contraire, elle l'élève, la perfectionne, et lui communique quelque chose de son caractère divin.