‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 125 sur 235 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

D. Mais il est un père que l'on sera sans doute bien aise d'entendre sur cette importante question : c'est celui que saint Cyprien appelait le maître.

R, Vous voulez parler de TertuUien , qui dit : Le total du crime c'est de ne vouloir pas reconnaître celui qu'on ne peut ignorer ; ci en^

{Vingt.)

CATË<IIISME

eis

corc : 0 témoignage d'une ùme naturellement

chrétienne! ,

D. Tout le monde connaît ces paroles de gon apologétique. Mais n'a-t-il pas développé cette dernière pensée dans un traité à

part ?

11. Oui , dans son traité Du témoignage de Vame, après avoir dit que plusieurs cnréticns avaient prouvé la vérité de leur doctrine par le témoignage des poètes et des philosophes, il s'écrie : Moi f invoque un témoignage nouveau, plus connu qu'aucune littérature^ plus répandu qu'aucune doctrine... Tiens-toi là, d amèl non pas toi, formée dans les écoles, exercée dans les bibliothèques, repue dans les académies et les portiques d'Athènes, et traraillée d'une indigestion de sagesse. Cest toi , ame simple, rude, grossière, toi telle que t'ont ceux qui n'ont que toi : c'est toi que j'interpelle, ame tout entière de village, de cairefour, de louvroir,j'ai besoin de ton ignorance puisque personne ne croit à la science, si peu qu'il

y en ait.

D. A ce style on reconnaît Tcrtallien : maïs enOn que fait-il dire à cette ame du peuple, prise à témoin ?

H. Nous déplaisons, quand nous prêchons un Dieu unique par cet unique nom. Rends témoignage^ s'il en est ainsi. Ce qu'il ne nous est pas permis, nous t'entendons, et à la maison et dehors, prononcer de la sorte tout haut et avec toute liberté : • Ce que Dieu donnera, ce que Dieu voudra. » Par cette parole tu fais entendre qu'il en est un à qui tu confesses touU-puissance, à la volonté de qui tu vortes tes regards : en même temps tu nies que les autres soient dieux , en les désignant par leurs noms propres, Saturne, Jupiter, Mars, Minerve. Tu affirmes seul Dieu , celui que tu n'appelles que Dieu : en sorte que si tu nommes ceux-là dieux de temps à autre, tu parais le faire comme une chose d'emprunt.

b. Ces paroles sont remarquables pour reiistence et l'unité de. Dieu ; mais y en at-il de pareilles quant à sa nature ?

B. Quant à la nature de Dieu, continue Terenllien en s'adrcssan t toujoursà l'ame païenne, atuint à la nature de Dieu telle que nous la pré' chons, tu ne rignores pas non plus. « Dieu est bon. Dieu est bienfaisant, » c'est là ton exprès-^ sion.ti Mais Thomme est mauvais, » ajoutes-tu^ pour insinuer que l'homme est mauvais parce qu'il s'est éloigné de Dieu qui est bon.De même, « que Dieu vous bénisse, » tu le dis aussi facilement qu'il est nécessaire à un chrétien.—Ainsi donc, etàla maison etenpublie, sans quepersonne semoquede toi ni t'en empéche,tu t'écries du fond de ta conscience, « Dieu voit tout, je le recommande à Dieu, Dieu vous le rendra, » et, « Dieu jugera entre nous. » D'où te vient cela, à toi qui n'es pas chrétienne? à toile plus souvent encore couronnée des bandelettes de Cirés, ornée du manteau de Saturne, rêvé-tue des insignes d'Isis. Jusque dans Us temrples tu implores Dieu pour luge: ddfout sous une chapelle â^Esculape , àoroMt une Junon dCairain, chaussant uneMinerve, tun'en appelles à aucun des dieux présents. Dans ton for, tu eii appelles à un mtre juge. Dans tes tenir-

pies, tu souffru un autre Dieu. 0 témoignage de la vérité qui, près des démons mimes, te rend témoin des chrétiens !..

D. A quelle source première TertuUien faitil remonter ces témoijraages de l'amc?

R. Nous Ta vous déjà vu : car c'est dans ce petit traité qu'il dit ces paroles : Ces témoin gnages de l'ame sont dl' autant plus vrais qu'ils sont plus simples, d'autant plus simples qu'ils sont plus vulgaires ; d'autant plus vulgaires qu'ils sont plus communs ; d'autant plus communs qu'ils sont plus naturels ; d'autant plus naturels qu'ils sont plw divins. —L'ame a été enseignée par la nature, et la nature par Dieu.

D. Quelle conséquence TertuUien tirait-il de tout cela contre les adorateurs d'idoles?

R. Après avoir dit que les livres des Hébreux'-sont de beaucoup plus anciens que toute la littérature humaine , et que de ceuxlà vient originairement ce qu'il y a de boa dans celle-ci , il conclut qu'il importe peu de savoir si la conscience de l'ame a été formée

far Dieu même ou par les lettres divines, uis il termine par cette allocution au païen : Lors donc que tu as peur de devenir chrétien « consulte l'ame ; pourquoi nomme-t-dle Dieu „ tandis qu'elle adore un autre que lui? Pour^

?fuci, quand elle désigne les esprits maudits^ es appelle-t-elle démons f Pourquoi , dans ses protestations, reqarde-t-elle le ciel , et, dans ses exécrations , la terre? Pourquoi, servant ailleurs, invoque-t-elle ailleurs un juge? Pourquoi a-t-elle les paroles des chrétiens , eux qu'elle ne veut ni entendre ni voir? Pourquoi nous a-t-elle donné ces paroles , ou les a-t-elle reçues de nous? — C'est en vain que tu vou-^ drais attribuer les choses de cette sorte à cette langue seule ou à la grecque , à cause de leur parenté, pour nier l'universalité de la nature. Ce n'est pas aux Latins ni aux Grecs seuls qu'il tombe une ame du ciel. Vhomme est le mime chez toutes les nations , le nom est différent. L'ame est la mime, la voix est dif* férente. L'esprit est le même, le son est autre, A chaque peuple il est une langue propre , mais la matière du langage est commune. Partout Dieu, partout la bonté de Dieu; partout le démon, partout la malédiction du démon; partout l invocation du jugement divin ^ partout la mort, partout la conscience de la mort , partout le témoignage. Toute ame pro* clame par son droit ce qu il ne nous est pas mime permis de chuchotter. Toute ame est aone justement et coupable et témoin : coupabh d'erreur, tout autant qu'elle est témoin de lu vérité; et elle paraîtra au tribunal de Dieu ^ au jour du jugement sans avoir rien à dire. Tu préciais Dieu, et tu ne le recherchais pas; tu abhorrais les démons , et tu les adorais; tu en appelais au jugement de Dieu, et tu n'y croyais pas ; tu pressentais les supplices de l'enfer, et tu ne les prévenais pas ; tu respirais le nom de chrétienne , et tu persécutais le chrétien {Tert. de Testim. animœ).

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