CHAPITRE XLIV
D. Saint Cypneu pcnse-l-U de même sur celte question ?
R. Après Tcrlullîen , Il n'y^i pas de doute
DE SENS COMMUN
qae saint Cyprien , qui l'appelait son maitrcy tienne le même langage. Aussi, dans son traité De la Vanité des Idolee , répète-t~il les mêmes raisonnements , et presque toujours les mêmes expressions concluantes comme Tertullien : le total du crime , c'est de ne vouloir reconnaître celui que tu ne peux igno- , rer. De plus , dans un concile de Cartnage 'tenu sous le pontiQcat du saint martyr, le confesseur Saturnin dit : Les Gentils, bien qu'ils adorent les idoles , connaissent cepen^ dont le Dieu souverain, pire et créateur, et ils le confessent ; Marcion au contraire le blasphème ILabb., 1. 1, Concï/.)*
D. N y aH-il pas dans ces premiers siècles un précepteur du fils aine de Constantin , Lactancc, surnommé le Cicéron chrétien?
est-il du même avis que les pères que nous yenons de voir ?
R. Lactance qui, avant d'embrasser le christianisme, avait été païen , de même que saint Cyprien, TertuUieu, Minucius Félix , qui par conséquent devait bien savoir ce que les païens croyaient ou ne croyaient pas , Lactance raisonne comme les pères que nous avons déjà vus. Ceux qui dans leur culte, dit-il, pré firent au Dieu vivant et véritable créateur au ciel et de la terre des hommes morts et enterrés , seraient encore pardonnables si cette erreur ne venait que de leur ignorance ; mais comme nous voyons sothveni les adorateurs mêmes des dieux confesser, proclamer le Dieu souverain; quel pardon peuvent-ils espérer s'ils n'adorent pas celui qu'ils ne peuvent ignorer tout à fait ? Car qu'ils fassent un serment, qu'ils forment des souhaits ou qu'ils rendent grâce à quelqu'un , ce n'est point Jupiter ni plusieurs dieux qu'ils attestent, mais Dieu seul; tant il est vrai que la nature fait jaillir la vérité du fond des ecBurs, malgré qu'on en ait. Du reste, s'ils en agissent de la sorte , ce n'est pas quand ils sont dahs la prospérité ; car jamais ils n'oublient Dieu plus complitement que lorsque , . comblés de ses bienfaits , ils devraient bénir davantage sa miséricorde; mais sont-ils frappés de quelque grand malheur, aussitôt ils se souviennent de Dieu; mais la guerre, mais la peste, mais une longue sécheresse, mais une horrible tempête , mais la grile , les jettentt—^lles dans l épouvante, aussitôt ils recourent à Dieu , ils implorent le secours de Dieu , ils conjurent Dieu de venir à leur aide. Est-on exposé à faire-naufrage ou à quelque danger semblable , c'est lui qu'on invoque , c^est lui qu'on réclame : quelqu'un tombé dans la derïïîiire misire est-il réduit à mendier son pain , c'est pour l'amour de Dieu et de Dieu seul qu'il demande l'aumône : c'est par son nom divin et unique qu'il implore fa compassion des hommes. Ils ne se souviennent donc jamais de Dieu que quand ils sont dans la peine ; dis qu'ils n'ont plus rien à craindre , dis qu'ils sont hors de danger, ils courent toutjoyetitX aux temples de leurs dieux : c'est à ceux-là qu'ils offrent des libations , des sacrifices et des couronnes. Qtàant à Dieu , qu'ils avaient imploré dans leur malheur, ils ne lui adressent pas seulement une parole de reconnaissance;
tant il est vrai que la prospérité engtriÂre la dissolution, et ta dissolution l'impiété envers Dieu, awsi bien que les autres crimes (Lactant» Div. inst. /. 2.) *
D. Parmi les premiers pères latins, n'avezvous point encore à citer Arnobe?
R. JFsM/ quelqu'un parmi les hommes^ s'écrie Arnobe, qui ne soit pas venu au monde aveclanotion du Dieu souverain? A qui n'est-il pas inné et imprimé presque dans le scinde samère, quil est un Rot et un Seigneur, gouvernant tout ce^ui est? On sait, ajaute-t- %l, on sait que le Dieu tout-puissant na été ni engendré, ni mis au monde, ni n'a commencé en un certain temps : on le sait par l'unanimité et Je commun assentiment de tous les mortels {Àrnob., n. 10 et 11).