‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 13 sur 235 · D, Ce fondement est-il bien solide · texte numérisé non relu

D, Ce fondement est-il bien solide

R. C'est comme si j'attribuais i tous les êtres oue nous ne connaissons pas parfaitement des qualités opposées aux qualité que nous en connaissons. i( Je ne connais pas, a dit à ce sujet un homme d'esprit, tout ce qui est dans l'esprit de Locke et de Voltaire; mais je n'en serais pas moins ridicule de croire que c'est un assemblage de petites

Eierres taillées en carré, ou bien en rhomoYdos. » Il faut rendre justice à Locke; malgré les doutes quMI a tâché de faire naître snr ce sujet, il a rendu hommage à la vérité, et il démontre lui-même rtncompatibiiité de la matière et delà pensée. « Il parait, dit-il (L. ^, c. 23], avec la dernière évidence, que puisque nous n'avons aucune autre idée de la matière

que comme de quelauechosedansquoisubslstent plusieurs qualités sensibles qui frappent nos sens ; de même nous n'avons pas plutôt supposé un sujet dans lequel existent la pensée, la connaissance, le doute, etc., que nous avons une idée aussi claire de la sâbstance de l'esprit que de celle du corps. » Il ajoute (L. 4, e. 10} : « il est impossible de conce* voir que la matière puisse tirer de son sein le sentiment, la perception, la connaissance, car divisez-la en autant de parties qu'il vous plaira, donnez-lur tous les mouvements et toutes les figures que vous roudrez, ces parties infiniment petites n'agiront pas d^ne autre manière sur des corps d'une grosseur qui leur soit proportionnée, que sur des corps d'un ponce on d'un pied de diamèti^. Les parties d'un pouce ou d'un pied de dia* mètre se poussent Tune Fantre; c'est tout ce qu'elles peuvent faire; les petites n'ont oas plus de pouvoir.... Enfin le mourement, dit^' il encore, ne peut jamais faire naître la pmsée, et i! sera toujours autant au-dessus des forces du mouvement et de la matière de produire la connaissance, qu'il estant-dessus oes forces du néant de produire la matière. >»

Voltaire, dans un Dialogue entre Lucrèce et Possidonius, revient, comme Locke, au sens commun, avec lequel il se réconcilie à. peu près aussi souvent x\u*tï se bronille.

POSSIDONIUS. « Tous conviendrez gisement qu'il n*y a pas d'apparence qu'un rocher puisse composer l'Iliade. Un rayon de soleil en serait-il plus capable? imaginez ce rayon cent mille fois plus subtil et plus rapide, cette clarté, cette ténuité, seront-elles des sentiments et des pensées ? » '

LUGRÊcJB. a Peut-être en seront-elles, qua^d elles seront dans des organes ^préparés. •

possiDOMus. « Vous voilà réduit à des peut» être. Du feu ne peut penser par lui-même, pasphisque de laglarc.Quand jesn*>poserais

m piVLosoniiQiîE.

ijite c'est 00 fea qui pense en voust qui sent» Voici nn-passage de Bernier aul i q ui a nnc volonté» tous seriez donc forcé d*ar •- - ^ ^ ^ » n^ j

%ottcr ane ce. n'est pas par lui-même qa*il a une volonté, dusenliment, et des pensées?»

LvcaftcB. c Non, ce ne sera pas par luimême; ce sera par l'assemblage de ce Teu et de mes organes. »

FOssiDONiçs. « Comment pouvez-vous vous Imaginer que de deux corps qui ne pensent point çbacpn séparément il resuKe la pensée quand ils sont unis ensemble?

LOGEicB. « Comme un arbre et de la terre

/alternent ces <H>servations. « Èh f mon cberécrivait-îl A son ami Chapelle, ne sommesnous pas cent et cent fois tombés d'accord entre voua et moi que, quciqu'effort que nous puissions faire sur notre esprit, nous ne saurions jamais concevoir comme quoi des corpuscules insensibles ( dénués de sensibilité) il en puisse Jamais rien résulter de sensible ( doué de sensibilité), et qu'avec tous leurs atomes, quelque petits et quelque . . - . é . ' é A , '. . wïobilcs qu'ils les fassent, quelque mouvc-

pris séparément ne portent point de fruit, et ment et quelque flgure qu'ils leur donnent '

qu ils en portent quand on a mis l'arbre dans en quelque ordre, mélange et disposilioiî

la terre. » . . „ ^"''^ ^^^^ ^^^ puissent faire voir, et même

POSSiDONius. « La comparaison n est qu é- quelque industrieuse main qui les conduise'

bloaissatote : cet arbre a en soi le germe des ils ne sadraienl Jamais nous faire imairinpr

fruits ; on le voit à l'œil dans ses boulons ;

et le suc de la terre développe la substance

de ces fruits : il faudrait donc une Je feu eût

déjà en soi le germe de la pensée, et que les

oiyanes du corps développassent ce germe. » l.ucBftcB. « Que Irouverez-vous en cela

d'impossible ?»

FossiDOHius. « Je trouve que ce feu, cette matière quintessenciée, n'a pas en elle plus de droit a la pensée que la pierre ; la production d'un, être, doit avoir quelque cnose de semblable'à ce qui Ta produit: or une pensée, une volonté, lin sentiment, n'ont rien de semblable à la matière isnée. »

199. D. Puisque, le domaine de la matière s*accrcitt Ions les jours par ,les phénomènes que présentent l'électriçUé et le magnétisme, ne peut-on pas espérer que t6toutard on découvrira dans la matière des qualités inr connues jusqu'ici, qui rapprocherl>nt de la pensée?

R. Les qualités connues de la matière ne seront sans doute pas détruites par les inconnues, les anciennes par les nouvelles; par conséquent on peut hardiment prononcer sur ce que là matière ne sera jamais, quoiqa*on ne puisse pas savoir tout ce qu'elle Bera^ Là matière sera toujours étendue, elle aura toujours des parties, etc.^ la simplicité et ractlvité de la pcuisée ne lui conviendront donc jamids.— 11 est vrai que les effets de l'éiectrieilé , dn magnétisme et autres mer* veilles de la: qatiire, confondent notre intelligence , mais . on ..n'aperçpit dans tous ces phénomènes qn'oiii principe aveugle , passif, pureihent mécanique, qui ne saurait entrer dans ancnne sorte de comparaison avec un priodpe.qui connaît, délibère et agit librement. Dtra-^t-on que le feu électrique raisoane et que rattraction réfléchît, que l'un et Fantre ont une motion spontanée?... D'ailleurs, tout mouvement se divise, ce qui ne peot élre appliqué à la faculté de penser, i ihipins qàe 1 on ne veuille faire voir une moj- "^ -« ^- dnqnièmed'entendementhumain (1}.

(I) A ees coniîdéraiiolié aëiiérales el décisives sur réledricii^, sj<>iiU>ns les réflexions les plus simples lirto de ses prbpriéi(é$ connues. ConimehC le fluide élMiriqne p6tirrait-iî éiré ténu eu résenrc dans les Mièrei do c«^rveau et des nerfs? coniinenl se fixerAiiil Tcsnace d*uii siècle dans un crâttc, Lundis mic Ic^

jamais nous faire imaginer comment il en puisse résulter un composé,

i'e ne dis pas qui soit raisonnant comme 'homme, mais qui soit seulement sensilit comme le pourrait élre le plus vil et le plus imparfait vermisseau de terre qui se trouve. » 140. D. N'est-il pas aussi difficile de con« cevoîr l'action de rèsprit sur la matière , et de la matière sur l'esprit , que de concevoir une matière intelligente ?

R. Un célèbre Epicurien Ta assuré , et ses disciples ne cesscut de nous le dire (i). C'est prétendre que les mots difficuliés et a&5ttrditéa sont synonymes, et qu'autant vaut admettre une contradiction que d'avbùer un fait réel , certain , incontestable, dont on ne pent rendre raison. Je sens,, par une conviction intime , que mon âme agit sur mon corps , et

caiTS 'S les plus légères ragilenl et le dél «rneiii de sa rouie» lui donneui les intiuvemeHis les plus rapides el les plus lûznrres? — (jnctie feruieniaiion n*y auraiHl pas dans luules les lôles buinalixcs durnnl des temps d*orage, et suriotii lorsque la matière rtifnii* nanie quille lé séjour des nuées poar se prtimener sor la terre! Sans doute que ces portions détachées el Isolées fersîent tous les eUbru possibles, pour te réunir su fluide dont elles ont fjit partie. — De son celé cette subsiance, homogèao aux in^ei humaines* s*aUacherait à les rejoindre préTérableménl à M>ulea les matières inanimées. Ainsi voilà les hommes fou* , droyés, tandis que le Ter, le plomb, et toutes les plus étectrisables matières, mais après tout siilistauliollement dlflérenies du fluide électrique, n^éprouveraienl de sa part que de faibles influences. — Nuire vie ne pourrait sans prodige se cotiserver Fespaoe de deux jours, la moindre portion de métal la ferait évanouir; il ne faudrait que mettre un petit conducteur , un canif, par exemple, sous le nez d'un homme, pour soutirer son ikmc et le fairO' mourir subitement. — Que dire du déplacemenl'cotiliiiuel de Pâme, el de son remplacement par une autre ? Cal*, si elle n*est que fluide électrique, il est nécessaire «pie toutes les fois que le corps est duenient électrisé, elle se retire et s^échappe; coinroe Teau d*nn Imasin qui en reçoit de la nouvelle, comme Tair d'une clianibre où Ton introduit un courant, etc. Or.éetie ftme congédiée et remplacée, sans s*en apercevoir et s:insqu*iT y aitJd moindre altération, .la moindre su pension dans le Kenliuient inefl;iblé du mot ; et la nouvelle ikme, qui' dans un jnstant est au falide lotîtes lessflliires dd Fanciennê/ et qui se croit être celle-là même, et cela avec la eonviotion ta plor intime, la plus ir* féststible : voilà des merveilles dignes de ee siède !

(t) Tnigere amn et Un^fi rtfjtf ewfm nu/te pùiesi us

' Outra,)

IfS

quo mon corps «gii sur mon Ame; jo ne conçois pas ootnmelil tela 8C lait : il faudra donc croire t|ue nion Amt n'agit pas^ et que rien n*affil sur elle; ou bien qu'une chose essen* tielTenient incapable de penser pense néanmoins eifectivemeuL Le beau moyen d'ériter une difficulté i U faudra dire que le soleil n*éclaire pas , parce qu'il est impossible de conceroir comment de moment en moment il porte à des cinquante , k des cent millions de lieues, une action, une chaleur et des couleurs toujours nouvelles. 11 faudra croire encore que nous sommes aveugles, et que , c'est une absurdité de reconnaître la réalité de la vue ; car <|Ut jamais expliquera com^ ment la lumièfo rassemble, dans un œil d'un demi-pouce , la mesure et* la vue du monde entier? A la vérité une action de la matière sur Tesprit, semblable à celle au'elle a sur une autre matière , serait absnrae; mais U y a une infinité de manières d'agir , nous n'en connaissons que très-peu, encore les connaissons-nous que très-imparfaitement.

En combien de manières un corps n'agit-il pas sur un autre corps? Pouvons-nous nous naïter de concevoir toutes ces manières? Lé père Boftcowich et beaucoup de Newioniens soutiennent que, dans l'action même . d'un corps sur un autre, non dttur eontatlus tmmediatuê, c'ést-i-dire, que les corp&ne se touchent pas , lors même qu'ils se poussent et se frappent réciproquement /!). di cela est, la diIncuUé de concevoir Vaclion du corps sur un autre corps sera pour le moins aussi grande que d'expliquer l'action du corps sur l'espril»

S U. — IM. D. Quelle ^ue soit la force des arguments qui établissent la spiritualité de rame, n'jra-t-il pas un moyen plus simple de s'en convaincre Infailliblement?

R. Il ne faut pour cela qu'une simple réflexion sur soi-même. Que le Philosophe demande à son âme si elle est matière , elle lui répondra avec plus de précision que tous le» sages de la terre (fi). Un être qui se connaît,

(Il 11 est convenu parmi les physiciens que les nrolecolos des corps ne se touchent pas; ce qui n'empêche pas ces corps d'être solides ; de telle sorte qtte lorsqn'on ponsse une molécule d^un corps dans cet eut, les autres suivent, tout comme s*il y avait nn vénuMe conuct. jQoant ft railraction niutuHlo des particules des corps, elle s*eierceessentiellenient à disunee; dans le cas du contact absolu, Tacilon serait inÛuie, et les atomes inséparables.

(2) Un homme de aéole la fuit parler de la ^rte : I Cesse^ de t'avilir, de te flétrir en croyant te trouver tout' entier dans cet assemblage muet de parties d'atomes, de corpuscules, et de boue et do fange. Cest dans moi que réside ta grandeur et ton iiitolligence ; si j*ai pu éirc unie k la vile matière, ce fut pour lui donner la vie, non pour la recevoir. Ton corps est devenu ma chaîne ; mais il me fut donné de la mouvoir» et de la diriger, tie me demande point à tes veux ; ils ne me verront pas : ne me demande pas a la droite; elle n*est point faite pour me Misir. Mon -essence est comme ma voix ; tu Penteiids, et elle n*a point frappé ton oreille. Je suis tomme le Dieu que tu adores ; tu éprouves sa puis-

qui se juge soi-même, qui se replie sur ses pensées, qui réfléchit sur son existence, et

Î|ui la connaît par un sentiment intime , inef- [ able, indivisible, est évidemment spiritficl.| L*idée générale de la substance nous la tt^ rons de notre être pensant ou de notre moi, rien n*étant mieux conçu exister à part, sè-

Barément de toute autre chose, que le mot. lais autant qo*il est clair que Fétre pensant est une substance, autant Testril que celle substance est indivisible, qu'elle est simple , que cVst une véritable unité ;c*est le moiqul a différentes sensations , ou différentes idées, et qui les compare entr*elles ; le mot qui se piait à contempler l'émail de cette prairie, et que flatte le son de celte musette, c'est le mot qui jouit de tout t:ela, et qui se irend compte à lui-même de sa jouissance. Quand on s y applique avec alUpntion , surtout durant le silence de la nuit et le repos de toutes jes choses extérieures , il est impossible do ne pas sentir combien ce mot est différent de la partie corporelle, combien il est indépendant de toute image, de toute illusion des sens (1). « Quand je me suis étudié moimême, dit un Philosophe célèbre, je n*ai pu me rendre raison de la simplicité de moimême, dand la supposition que Tâme est matérielle. J*ai cru voir distinctement que ce moi est toujours un, toujours simple, ton-* jours indivisible; qu*il ne pouvait être une modification de la substance étendue , ni ua résultat de quelque mouvement nue ce soii. J'ai donc admis rcxistence d'une ame irnma^ térielie , . pour satisfaire à des phénomènes que Je ne pouvais expliquer sans elle »

de l'entendement humain que cette faculté qu'il a de se replier sur lui-même pour connaître ses idées , et juger de ses propres opé« rations ; 11 n'y a qu'un esprit qui soit capable de si grandes dioses : en effet l^onV ne voit M# qu^il eat'f , el r oreille n'entend pas qu'wé entend : mais Fâme humaine juge ses jugenuntê mêmes.

sance, et tu ne le vois pas. Je suis toi ; mais ilnstaul oà tu ne seras plus que moi sera celui de toute la grandeur. >

(1) Sine nUa pkantamanim vet pkaniaimaium hmt* ginationê ludiftcaloriM , mihi eue me^ iâffue no$$e et amaren certisiimum e$l. Aug. L. XI. I)c Civit. Oei. — Un poète du 16* siècle a rendu celle intime et ineffable piiisinace du moi, dans le silence Mtsolu.dcs sens et de toute U naturo, avec une énergie et une élégance dignes d*une vérité si évidemment et si profondément sentie, et qui contrastent d'une manière saillante avec la froideur et la rudesse de répicuriea Lucrèce :

Nonne siies, quotie$ no» àTcumfundUwMdra hmmM lèr^a ocetaA^ tenamque pvlmnque, cum rerum 'obdtak tpeeie$ otnutbiUu aer, Nec fraqar impftUn oui vox aUatittur aiare$, vi nuUo intmtu meue Jam defixa^ recedU /» sese, et wre inlra te colh^ onrnes f ut magnô hospmo potUwr, ieque escipk ipia

TotfttttÙUUt!

~ VI gaudeî «M ;tii>cla, Mfftie mtendtlnr ipsa, ipsa tiH ttlafnaanbeni^ Mrnntpte penrram, immensa, immemam spîatio, tongi^te patêniem ^ (&an. uem$. L. t, i)o côuti'mpiu morus.)

PHILOSOrUIQUE.

tStt

143. D. Celte ilmplicilé do moi. connue ef Memnicnt par elle-même et par le sentiment qni la constitue, ne peut-^Ue pas àtre rendue sensltde par quelque raisonne-i ment?

R. En roici un qni par sa clarté semble préférable aux autres, qu'il est inutile da multiplier dans une matière si souvent discutée. )c suppose pour un moment que mon' ftmé a deux parties. J*entends un homme qui me parle , et en même temps ]e vois sa flgaro et ses traits. Chaque partie de mon Ame éprouvera quelque sensation; mais Ttinc n éprouvera pas celle de Vautre, parce que Tane n*cst pas Tautre. La partie À ne pourra comparer sa sensation aveci celle qu'elle n*a pas : la partie B sera dans le même cas j elle Ignorera même si sa compagne a ressenti auelque chose. Or je compare aisément les dillèrenles impressions que mes sens me iransmetlent à la fois ; donc le principe qui reçoit et qui compare ces deux idées doit être parfaitement simple et parfailemcut

uo (I)- *

143. D. Le mot , au rapport de M. de Buf- Ton y n'existe-C*il point aussi chez les brutes quoiqu'avec moins d'étendue?

R. Le savant naturaliste est tombé dans celte erreur, parce qu'il a supposé que le net n^éfatt composé précisément que de seu"

(f) Violeur des Lettrée Muimneê présente cette obsmatiea sons dillërents poiiiif de vue ^t» en reivfiifeaiit rinpressiaa ei en rendent la vénié sensible aox esyritt lés phu grossien. i Si la nibstunce îiilel-> licenw est msHére , la partie de mon Urne qui volt le frite de ce chêne n'est pios celle qei voit ses rameau ; et eelle^el n*est potn| relie qui voit le tronc uni 1^ supporte. Autanl )e distingue de fbuilies sur cet arbre^ autant il est en inoi d^ètres pensants : il cii e»t des mllUnns, puisque la partie qui pense à droiie, ii*cst point celle qui pense à puche; puisque ceUe qu^afliêcAe la voe et la pensée des feuilles supérieures, rresi point celle* qu^aiïecto la vue et la pensée ie% rontUes inffirieDres ; puisque la vue et la pensée de cliJHiae fOÊBï d*one même feoUie . affecte autant de pojtti9 divers dont chacun est pensant : première abiunfilë. — *' Chacun de ces êtres, chacune de ces parties pensantes ne voit qu'une partie infiniment petite «le ce chêne; chacun de ces êtres pensants ignore la pensée de Celui qui le touche, ou f|ur le suit ; cha* rfnti de ces èUea croît cependaut ki voir de son fiitie jusqu^iÉ ses racines , et penser k loiiie sa hauteur, quoiqu'il ne penie qu'à itfie très petite paKie : se- OHiidè absurdité. — Aucun de ces êtres iiensauis ne reîi à In fsîs ce diéne et Tarbrisseau qui rampe au* près de Ini* sneun ne peni penser à h ft^ls à tons les deoi, eleependattt ums è la foiscemporent le clièno ci rarbrisseon; tous jugent à la f lis les dilléreueei» do f un ei de l'autre : iroibiènjo absurdité. — * Le laui sase nous répond*il que b pensée de l^arbrisseau et ceUc dtt chêne subsistent de même dans, chaque partie de rêlre pensant maiéricl ? hx même pensée sera :ihirs dans moi , autant de fois ^uc riiiteiligcntc tnniière conlienl de parties; j'aurai dix Ails, cent fois en niênie leatps la même pensée, et er«)irai no Taroir qu*iiiie seule fois : quatrième absnrdité. — Veut-il que u:a pensée ou (es parties de ma pensée varient ' suivant les diflërvnies parties de rintcîligence matérielle ? Ma pensée ne s«ra point au centre ce qu*eiie ea à b eirconréfeiice • à droite ce airelle est à gaiiebe, en dessns ee qii^eUe est en dessous : cinsnièiue absurdité. 9

iiUion $t de êoutenir (T. %, p. 52); mais ' couniie le mot est purement intelleclnel et réfléchi, qu il est le fruit et la jouissaBce do la pensée , il est évident qu'il ne peut exister daus les brutes, selon Jes principes que le naturaliste a lubuiénie établis sui^ la nature de rbomme et des unimaux.

144. D. SI le sentiment du moi est si inti« me^ si exclusivement propre à l'Ame spiri*^ taelle, d*où vient qu'il se perd dans un éva** nouissevaenty danaunc syncope, et même dans le sommeil?

R. Sans avoir recours au sentiment des Philosophes qui prétendent qtio Cdme pense toujours , quoiqu'elle no conserve pas le sou* ■ venirde ses pensées,nous observerons, 1* que le sentiment du mot existe quand rame s'en occupe et réfléchit sur elle-ipétne^mais rien ne prouve qu'elle doive s'en occuper tou- * jours, et s'avertir sans cesse de son existence. 2° Si f suivant les règles inviolat>teBient établies par le Créateur , les organes corporels concourent à toutes les opérations de Tâme, c'est une conséquence naturelle el nécessaire , que leur dérangement on leur parfait si» lence tiennent ïAtxie dans l-inactioii^ 3* Si l'âme ne pouvait cesser de raisonner et de penser , le sonameil ee réparerait pas les for* ces du corps» les organes n'ayant jamais do repos, et secondant sans reldchè la vivacité dû principe qui les anime. 4" I>ans l'état oA sont les enoses homaiiies , il est avantageux que l'âme puisse eu quelque sorte se sous^* traire à elle-même» fermer les yeux de l'esprit comme ceux du corps à des objets do tristesse, d'inquiétude ou d'une excessive application» cesser de souffrir et d'agir. C'est une interruption salutaire , unoesMco de délivrance passagère» qui affaibHf ta^doir* leur, adoucit le travail, et renouvelle pour ainsi dire rexisCcnce. 5* SI Tâine était pré-» sente à elle-même durant le silence des orgn^ nés, privée d'un secours Indispensahie à ses opérations , réduite â une inaction forcée » cet être actif éprouverait un ennui malbeu* reux , et le repos du corps serait le supplice de l'âme. « Si cette vive et agissante substance, dit tm Philosophe , ne cessait d'être présente â cllc-méine quand les instruments de ses opérallons lui échappent, et que par. là elle perd ses rapports avec tout ce qui existe» elle se trouverait au milieu de cette multitude d*étres dans une solittute effrayan** te, comme cette reine infortupée qui ne voyait qu'un désert dans une villcmagnifique et populeuse : »

semneiqttê relbu/m

Sotë tibif tetuper lonwim incomitata tideiëf Ire mut, el njrioe déserta qnœrere Urra,

(4 yK«.) .

§ iU. — 145. D. Les opérations de l'ilmc déposent-elles en faveur de la spiritualUé aussi clairement que le sentiment d'elle»* même?

U. U n'est pas possible d'imaeiner qu'une substance nui proiluit cette miHtiplicité instantanée d'actes divers , qui s'élance dans lès esparps illimnés» qui mesure et pose en

1^7 CAittunui!

quoique façi^n l6 9ok*il et les c5r|M eélcslcs » qnl fait de lout Tiinlvert le vaftle champ de ses opération», qui $'élèvc jusqu'à Tînmible

d^imafiner qo natar^ terrestre et périssable. Les Philosophes^ anciens et modernes ont donné à cette réflexion tonte la (orce dont elle est snscepti^

ble (2).

146. D. Est-il bien certain que ces vastes et magniflqnes opérations de TAme soient spirituelles et immatérielles? Ne lisonsnous pas dans plus d*un ouvrage moderne que nmeltigencen'eii çu'unloucher abstrait t R. Cette plaisante déflnilion de riotelli^ gence n*est qu'une combinaison de termes contradictoires. Le toucher peut41 être abstrait? N'est-ce pas le contact d*on objet Î résent, sensible* matériel? « L'Ame, dit [. de Buffon ( Hist. nat., t. % in 7, p. 435 ), s'unit intimement à tel objet qu*il lui plall ; la distance, la grandeur , la Ogure, rien ne peut nuire à celte union ; lorsque l'âme la

est lui-même Texpressiotl et la preuve d< son iinmalérialité.

147. D. Si dans quelques hommes l'âmr parait dans un éclat digne d*une origine celeste , dans d'autres ne paratt«lle pas se rapprochet* dte là terre , et se mettre )[>j^eSquc a cétédelabHHe?

. R. i* Il est aisé d*expIiqoer eétle différence. Avec un instrument défectueux le pjus grahd artiste ne produira rien digne de son .art. Nous trouvons la raison de la stupidité apparente d'un être spirituel dans les organes peu assortis à ses opérations; mais ijuand est*ce que les matérialiste^ nous expliqueront les merveilles d'une matière pensante ?

2* Ce n'est pas dans son humiliation , mais dans sa grandeur qu'il faut considérer l'âme humaine j dès qn*elle est capable de s'élever si haut, quelles que soient tes entraves qui arrêtent son essor , elle ne peut être mise a eété de la brute. Dans le corps le mieux organisé, le bœuf est toujours bœuf, une Srairie est son monde , et tout l'essoi^de son me se borne à manger l'herbe qui y croit.

veut, elle se fait, et se fait en un instant Le singe est toujours singe, et ses luus su-

La contemplation serait-elle un «impie attDochemeni? Comment cet attouchement pourralt-U se faire sur un objet éloigné , sur ' uni sujet abatraitf'eiCt etc. n Mais enOn rotfcfteroftWrot/ tant que l'on voudra, qui est-ce qui touche? quel est le principe qui opère cet attouchement? Nous voila encore à l'Ame , à ce principe intime et indivisible, à ce «10 j qui, comme nous venons de le dire»

(1) Coimsissance de Dieu; idée du grand mMtre du mendc. du principe et de la fin de toutes clioses ; don naUirel et ciclusif de i^inteUtgence liuniaine, an* quel rinstînet le plus sabiil des animaux les pins in«génieux et les plun dociles ne |ieut atteindre de quel- . que manière que ce soi l; idée qui est souvent si vive, SI pleine d*;iff(*ctinii et de sentiment dans les homaies k» moins cutiivés, dans des chrétiens simples et idiots : voilà la grande dignité de Thomnie , le titre de sa gloire, le sceau de son oricine céleste : Q»îd e$t kamo, qmê Innefaitrl a f Ps, 145.

(i) Sic «mfio, emm lan/a cfteritM ^$dmormn ill, fon/c wirmarte prirtcrtlemm, fkturêrêm^ue prudentm, Mar* les, laiif««i|»i#Nli#, tût inttula^ nou po$9ê etm naimram, ^um m nu cùiuiHêat , me mortslem, Cic. de Senecluie, cap SI. — Voyex tes Noils d*Young, IX* Nuit. Aatt Luc. Liv. 5. v. i 16. — - c Qu*on tne montre , dit J. J. Itonsseau (EmiVe, I. 5, p. 65), un antre animal huir h terre qoi seiche faire us:tge «lu feu, et qui sache admirer le soleil! Quoi ! je puîs obserYor , connaître les êtres et leurs nippons; Je pbis s(*nttr ce que e*est qtt*oitlre, vertu; je puis contempler Tunivers , m^élever à la main qal lé gouverne; je puis aimer le bien, le faire; ei je me cnmparerais aux bétes! Ame ab«

Secte, c*est la tri«te philosophie qui te rond semblable I elles ! ou pluidt tu veux eii vain t*avilir. » — Au seul mot de rallie (dit un auteur moins cëlébrei mais pln«

Î[énéralement sage ), on éprouve en soi-même une afection sublime qui nous attaclie à l'Etre éternel , on entrevoit un rayon de la Divinité qui se répand sur nos désirs ei sur nos pensées, on s'élève jusqn^âi la amirce de toutes les créatiutîs, et Ton roconiiatt qu*on> . nV»t,pas né pour ensevelir son existence tout entière dans les entrailles de la terre. Bien né réveille rbomme de t»on assoupissement comme Tidée de rame, dit S. Augustin, ilê souvenir loi donne des Kcoosses qui rctcnlisscat Jusque dans rdteroitë. i

bltmes opérations sont les singeries (1)... Une chose ne peut pas agir sans être , mais elle peut être sans agir toujours. Je suis capable de la pf'nsée des que je la produis ; je ne cesse pas d'en être capable si je ne la produis pas toujours. Le feu cesse-t-il d*être ardent parce que vous arrêtez son activité ?. . . Nous ne jugeons pas des facultés da corps humain par tes muets, les sourds, les aveugles, les boiteux; et Ton veut juger de Pàme^ par des gens grossiers , stupides , idiots I Une telle manière de raisonner, disait Porphyre , est une insulte faite ^ la nature humaine (2). tu. D. Ne voyons-nous pas des nations entières abruties au pointde n'avoir presque rien de raisonnable ? Comment se persuàiSler

Sue les Nègres, les Albinos, les Hurons, les [ottentots , aient des âmes spirituelles ? Que dire d'un certain peuple qui , au rapport de Dampier, n'a pas même un langage articulé? R. Il n'y a pas de nation où la raison ne se soit donné l'essor jusqu'à un certain degré ; point de nation où elle ne se dévelopr* perait si on la cultivait. Les Nègres, qui passent pour les plus stupides des hommes , ne le sont pas i beaucoup près autant qu'on le pense communément. S'ils ont peu d esprit , lis ont beaiicoup de sentiment. Ils sont na^ turellement compatissants, comme Tobservo M. de Buffon, tendres pour leurs entants,

1>our leurs amis, pourlcurs compatriotes;. Is partagent volontiers le peu qu'ils ont avec ceux qui sont dans le besoin , san« même les connaître autrement que par leur indigence : ils ont donc le cœur excellent, ils ont le germe de toutes les vertus. Le P. Labat» qui les avait bien étudiés , et qui les connaissait i fond t leur rend le même témoignage Il ajoute que leur fidélité et leur attache-

(1) De là le proverbe : Simia umper kinùa.

(2; Ex gentibuê iUiê tam inhumanit non oportet, ai œqunjfidieibui conmium fieri natur» Immana, Pm])ii. 1. 1, de Abstin.

rriiLosoniiQVE.

fM>

inenlà Itùrs maîtres^ jqtuiiid ils âont bien Iraîtés y sont à Tabri de toute éprenve; Tout ee<|v'U eu raconte, dans les difTcrcnts endroits de son voyage ^.montre qu*ils sont bien an-dessus du degré de stupidité qu'on leur prête. Les Nègres n*ont pas le caractère atroce. Ils n^ont presque jamais porté sur leurs maîtres une main homicide. Us sont fins courageux au'il n'appartient à des hommes soumis à resclavaèe. — Ni la peau lépreuse des Albinos , ni la faiblesse de leurs yeux, ni la grossièreté de leurs organes intellectuels, ne peuvent conclure contre la dienité de leurs Ames : le degré de leur stumdité est à peu près le même que celui des Nègres. On Toit leur raison se développer i mesure qu^on la cuUive par rinstrudion , et se donner un essor sufOsant pour manifester l'existence du principe spirituelqui les anime. - Les Hurons .et d'autres peuples américains ne sont stupides que pour ceux qui ne les connaissent pjis : c'est le jugement quço porte le marquis de Denonville , qui a longtemps gpuvernié le Canada. On a vu parmi eux les plus |[randes vertus de Thumanilé et de la religion. On les a trouvés en bien des occasions plus justes et plus généreux que les Européens leurs maîtres. Leurs langues ont leurs beautés, leur éloquence, etc. (i). —M. deBuffon (7om. 14, {h 32) observe que « Tintervalle qui sépare esHottentots du singe est immense^ puisqu*à rintérieur il est rempli de la pensée , et au dehors doué de la parole. » M. Kolb ( Relai. du Ca§ de Bonne Ésp.J atteste que ce peuple a une religion. — Si Dampier a pris des singes pour des hommes , et si Helvétius a adopté son erreur dans le livre de VE éprit , qu'il aurait dû intituler de la Matière, c'est une bévue dont nous ne sommes pas obligés de rendre compte : et si cette nation n'a pas été vue 'depuis Dàmpier , c'est qu'on a su distinguer les espèces , et qu'on a vu que les singes n'ètaieot pas des hommes (2)... Mais

(f) LeClres édif., 1. 1 , Recueil % p. 187 : t. 23, p. tl% 295 ; et pauim. — llîst. de la Nout. France, I. «, p. 2S2, 51(1. — Disserlde D. Periieiy conirc l«s Èieckercket pMl.^ p^ 77 , etc. — Histoire de Koiitttcky , lUMiveUe colonie à Toiiest de la Virginie, Paris, 1785, p. 187 et suîv., elc.

(2) lin œrUtii Burnet, lord d'Ecosse, dans on Ei$ai nr fonmtii et ttê prcgrèi du langage^ va bien pins loin qN*ile]vétins, et prétend que louftles babilanls de b terre ont éié dans le cas des singes de. Dampirr. Toutes les nations, dit- il, ont éié d^abord gloussantes, ensuite balbutiâmes , enfin, par des progrès lents, najji h^nretis, elles sont derenues parlantes. On sent tome rcstiiiM qull Taui faire d*une pareille Pliilosopbie; ellea trouvé plus d*un J«»urnaliste admirateur, mais BOUS n*avon8 pas assez d'inlellgence ponrcniiiprendre toutes les ressources d*ane si rare métn physique Le Uiignge de ce lord lient à beaucoup d'éganls â celui des nations glouuanteê et balbutienteê : dans quelque autre ouvrage, peut élreaura-t-il la langiie di*s nailons parlantes. — Ces dissertai leurs sur forî-

Îîoe des langnes Teraîent mteui de convenir, avec ■ 'J. Rousseau {Diu. twr rinégaL des homme») ^ quM est impossible de concevoir comuienl d*euxmêmes «es liounnes aient pu se fonncr un langage, et de reconnaître en cuusé<|uence avec lluise une langue

quand même ces singes cassent été des boni* mes , ce que dit Dampier de leur langage, ainrès les avoir enicndnsnne minute on deux', n'est pas plus recevable que le rapport de quelques Knsses , <{ni, entendant parier les Français, sontenaieni que leur langue^ n'était pas articulée , margré qu'on leur Ht remarquer que toute langue inconnue et ra» pide paraissait telle... Enfln quand il y. aurait une nation sans langage articulé, U resterait à prouver que le principe de la raison périt essentiellement avec la signifia cation des mots arbitraires (11.

i%9. D. Tous les hommes n ont-^ils pas é(é d'abord sauvages , et n'oiit-iks pas vécu dans , les forêts comme des brutes ? ^

. R. Quelques philosophes modernes l'ont en* seigné, contre toutes les lumières de la relif*

Sion,de la raison et derhistoire. M. deBuffon émontre la fausseté de cette idée, par la na* ture même de la constitution de rhoaune : c L'homme , dit-il , en tout état i et dans toutes les situations, et sous lousr les climats •

f primitive que Dieu lui-même leur- a domiêe , et que eis éTénenieiits ont modittée et altérée en mille nia< nières différentes* EOectivemenI, dire que les iiommes se sont ftiit un langage, c'est dire qu^ils se sont parlé avant d*avoir un langage : car il a fallu parler pour convenir que termotsiguifierail tellecliose. Jaiiii|is des . gesticulations mimiques ne*ussent pu rassembler , moins encore faire recevoir un corps de grammaire, f PenuT et parler (dit Un homme qui a porié au plus haut |M)tnt l'art d'analyser les langues) sont liés inséparablement. I*ar/ér c^est, pour ainsi dire, pten* ser exlérieuremcut , et |>eiiser c*est parler iniérietiremeiit : le Créateur, en formant les bonuues raisonnables, leur donna ensemble les deuv Instruaieuts de la raison , penser et fiarler ; et si, ajoiiitt-ii , Fon sépare ce que le Créateur a uiii si étroitement, on ris-

Îiie de teinbcr dans des erreurs, i ((iVanuN. génir. de \.Beuu%ée.ui, p.253.)

(1) Il nous parait que raulenr a tort de prendre au bcrieux la question à laquelle il se donne la peine de rép<»ndre. Nous concevons jusqu'à un.certain point qu'on ait prétendu que les n^pres avaient uneori-"' gine diflerènte de celle des blanes ; maïs persouna n'a jamais mis en aucstion qu'ils «uSMcnt une àmi» , en tant que nègres. L'Iimnaniié et tous ses attributs existent dans respèce noire, comme dans la blanche. Cl si les (acuités sont pbis développées dans l'une que dans l'autre, cela ne fait rien à leur nature propre. Jamais personne n'a prétendu en voyant parmi nous, tant de gens d'une uitelli|[ence au-dessous du nié* diocre, que ces gens là n'avaient pasd'àmespiritueile.'. Or beaoeoup de ces individus ne sont pas au dessus du nègre quant à l'intelligence. Encore une ibis , la question ne saurait être posée sérieusement.

Mais c'est ici Toccasion de faire remarquer que la race nègre, 'placée dans des conditions propres à. favoriser le développement de ses facultés, ousinipleineni soustraite a rinfluenée de celles qui la dégntdent, manifeste un degré d'inieirgeticequi la met de niveau avec plus d'une nation appartotiHiU au type blanc. Il sulTit pour cela de citer la république liaitienne , qui fonctione aussi bien pour le moins qiio la plupart des républiques esiiagiioles du nouveau continent , et peut-être mieux !i\^f& cerUinci natioui d'origine sémitique. Les Hottentotseux-méme^ cou* sidérés jusqu'à ce jour coutnie le type de Tabrutissenient, sont cependant susceptibles de clvilisiition , comme le prouve réta)»lisscment hollandais de Ktaar Waier. (*-. U).

rsi

CikTtCRISSIË

^end égatement à la snciéti. C est un cBcl constant d*une cause nécessaire, puisqu'il tient à Tesseoce même de Tespècc, c'est-à-** dire à sa pr^agation » ( Tom. 7, p. 3i ). « LVspèce bumaine n'a jamais existé sans former des familles, puisque les enfants périraient s'ils n*étaient secourus et soignés pendant plusieurs années» (/frtd.. p. 26,27). « Parmi tant de nations, dit Voltaire, si différentes de nous, et si différentes entre elles, on n'a Jamais trouré d'hommes Isolés, solitaires, errants i Taventurc , à la manière des animaux. II faut que la nature humaine ne comporte pas cet état , et que partout Tin- Slinct de l'espèce l'entraîne à la société » (Pea- $ét$ de Volt., pag. 28 , édit. de 1765 ). « Je me garderai bien, dit un autre Philosophe, de supposer un état de nature antérieur à la société et semblable à celui des sauvages , commç quelques sophistes misanthropes ront assuré de nos jours. Il n'est pas permis de méconnaître assez la nature et les caractères distinctifs de Kespèce humaine , pour croire que l'homme ait été destiné à errer dans les bois, ou que l'état de société soit pour loi un étal de violence. Loin d'adopter une opinion si erronnée , j'ose dire que 1 auteur de la na« ttire aurait contrarié l'objet de ses opérations, é\ l'homme , le plus parfait et le plus auguste de ses ouvrages , n'e&t pas été destiné par lui à rétat de société. Et en effet, pourquoi l'anrait-it doué d'une raison qu'il ne peut déve* ïoppcr que par sa communication avec les autres hommes? Pourauoi à ce cri du sentiment qui forme tout le langaffe des animaux, nnrait*il ajouté le don exclusif delà parole, et lui aurait-il accordé cet avantage inestimable d^attacher l'ordre de toutes ses idéos possibles A des signes de convention nécessaires pour les'lrrïnsmctlre aux autres f Pourquoi , en le privant de cdt instinct qui dirige et rassure toutes les actions des animaux, aurait-il donné à l'hoidme le pouvoir de se déterminer par UQ acte libre de sa volonté, laquelle, pourlegttiâcr dans le choix des moyens, suppose des lumières qu'on ne peut acquérir hors du commerce des hommes ? Pourquoi lui aurait-il rendu la société nécessmre par les maux et la durée de son enfancef Pourquoi n'aurait-il pas donné à tous les hommes les mêmes degrés de force, d'adresse, de talents, et les aurait-il remkis propres à des

Senres d'occupation si variés? Pourquoi tant e désirs, de iMssoins et de sentiments? Poqr« Ïuoi faire de l'homme un être susceptible 'une multitude de passions mutiles à un animal solitaire, faire naftredans son cœur le sentiment de la pitié , de la bienfaisance , de l'amitié, en un mot, de toutes les passions qui découlent du sens morard'une âme honnête et pare , et qui lui font sentir à chaque inslaal la besoin de répandre sur les autres une- partie de son existence ? EnGn pourquoi ne pas resserrer tous ses désirs daas la sphère étroite ou sont renfermés ceux de tous les êtres qui habitent la surbce du globe, c'est-à-dire , dans la faculté de satisfaire les bcifoins physiques ; faculté qui , ne pouvant être exercée que par intervalles ,

laisse au-dedans de Mus an sentunent secret qui nous avertit de leur impuissanoè à composer notre bonheur, nous annonce que l'Ame a ses liesoins comme le corps , et que l'homme ne peut satisfaire ces besoins f u'en s environnant de toutes tes affiectlonssociales* Ces réflexions suffisent , ce me semble , pour démontrer que l'état de société est lié, dans l'ordre des temps , à l'existeiice même de l'homme; que le sauvage errant dans les forêts n'est pas l'homme delà nature^ mais un homme dégénéré , dont la tisanière de vivre est contraire au but qu'elle lui a prescrit , et que cet état est plulét l'image de la dégradation de l'espèce tiumaf ne , oue le tableau de son enfanc4$ • [Science die la Légiê-^ lation, t, 1, p. 51 )•

150. D. 11 est donc faux que le beèoin ait rassemblé les premiers hommes?

R. Absolument faux. Les premiers liabl*^ tants de la terre ont été réunis s^us les yeux du premier homme. C'était une grande Ca^ mille que IMea lui-ttême ai^it assemblée. — Ne voyons-nous pas parmi nous les hommes issus du même. sang, liés entro eux d^ne manière particulière, sans que la raison d'aucun besoin autorise cette union étroite?

151 . D. D'où viennent donc les hommes ci*i viOsés par Amphion, par Orphée, etc., ceux dont parle Gicéron (£. i . de Int.. c.2), la Gllo de Chatons, l'hoaime sauvage de Hanovre ^ un autre que nous avons vu manger de^ cailloux kMigtemps aptes avoiv été piâs par les HoHandais dans une tle déserta?

R. Apre» la dispersion des oationsi» quel-^ qu9S unes ont pu deTenirer«an4esetftroces> comme les Tartares; anthropophagcs^rcoinmo les Brésil iens ;exereerleb«iganda9e, comme les Arabes (1), et être clviiiaés par ifuclque ami de l'humanité qui » réveillant dans leurs âmes les notions morales et reltgieuses4 les a ramenés à une vie plus honnête et plus heureuse (S) .Mais ces hommes n'ont jamoisété sans raison, sanssociété, nimémesans lois. — Lea hommes sauvages qu'bn a trouvés quelq^ieisi» dans des provinces cultivées , ont été abandonnés dans un âge tendre , loin de Icnr h.ibltation (3} ; leur raison est devenue setn* biable à une semence jetée dans une terre inculte. Us ont montré de nntelligence dès que Iciir âme a pu se développer : or rien ne se montre où il n'y a rien. — «Si l'on

(1) Cette dëgrsdAtioir de Tétai primilflf i»*a rien d^ëtonnaiit. Une vie affranchie de conirainw. dfc Wsn^ séance, d'une morale austère et gèsast», a<e aisément le gf>at de rbomine vieicui c* osirsaipo. Htl» les impressions de sagesse cl de werf. «nefotedRicées, ne se rétablisseDt que bien diflioUmeat.

siec verê wtus cwn eemel extkUl cwPOLrefmk {Bor.

^î) C'^ ce que marquent les vers d*lk>i^ctf :

$^imtreê kimmieê iocer mierpm^itt Deoftm CeMmi et fBktm (kdo deterruU onéeu^ A.r.

f 5) €e n*bst point ici imo aasertion nm: preiivs; on Ta vérifiée encore en IT74, h regard de trois Anglais de Ui Virginie et d'nit Savoyard*

rencontre, dit on Philosophe » une abeille errante , deTra-tHm condare quecette abeille est dans l'état de pare natore, et qde celles qui travaillent dans la rache ont dégénéré ? »

ISS. D. L'état des nations américaines ^*on appelle »auvagei n'est-il pas i'étaC primitif des sociétés humaines, et, comme parlent quelques Philosophes, l'état de nature ?

R. Ceux qui ont osé prétendre que l'état de ces nations était l'état de nature, ont dégradé rexcellence de leur être, et n'ont enfisagé l'homme qnedans la moindre partie de lui-même, dans la constitution physique ; comptant pour rien Tétre moral et ce développement des facultés de l'âme pour lequel l'homme a été fait. — Si cet état est si natu^ tel à l'homme , d'où vient ({ue presque tous les hommes se sont civilisés ? — L'état de nature ne saurait être un état aussi malheureux que celui des sauvages ; car qu'est-ce 3o*un sauvage, tel que ceux de l'Amérique, ont des écrivains insensés ont osé vanler la Klicité T ff C'est un enfant yigoureux, privé de ressources, d'expérience, de nsison, d'industrie, qui souffre continuellement la faim et la misère, qui se voit à chaque instant Ibrcéde lutter contre les bétes, qui d'ailleurs ne connaît d'autre loi que son caprice, d'autres règles que les passions du moment , d'autre droit que la force, d'autre vertu que la témérité ; c'est un être fougueux, inconstdéffé» cruel, YÎndicatîf, injuste, qui ne veut point dé frein, qui ne prévoit pas te lendemain, qui est à tout moment exposé à devenir la victime ou de sa propre folie, ou de la férocité des stupides qui lui ressemblent. La vie

du sauvage à laquelle des spéculateurs cba-

K'tts ont Toulu ramener les hommes, l'éae r si Tante parles poètes; ne sont, dans le Trai, que des états de misère, d'imbécillité, de démison. » Nous copions ici un Philosophe qui dit ordinairement des choses fort mauraises , et quelquefois des choses trèstraies (i). « Rien de plus commun parmi BOUS [dit un autre, dont le témoignage n'est pas plus suspect) que de dire que les Sauvages sont dans 1 état de nature. Celte façon de parler est fausse • ou du moins demande d'être expliquée. L'élat de nature animale est un état sans réflexion, soumis au hasard et an caprice, qui rapproche l'homme de la brnte. L'éiat de nature convenable à uA homme est un état de raison et de réflexion, puisqu'il est de 'l'essence de son Ame de penser et de réfléchir. C'est donc par cet état seul qu'il a pu commencer; l'homme n'est tombé dans la vie sauvage, qui n'est qu'un état de nature animale , que lorsqu'il a cessé de raisonner sur les' mœurs et sur les usaces qu'il tenait de ses ancêtres, ou lorsqu'il a continué à les suivre sans en connaître l'esprit. 9{AfUiq. dévoilée, l. 6, cA.2). Si le paradoxe qui arance le contraire pouvait prévaloir contre la dignité et la véritable destinée de l'homine, il faudrait conclure avec M. de Buflbn: c Si cela est, disons en même temps qu'il est plus doux de végéter

(1) .Sjtiènie social, t. I, ch. 16, p. 202. CATicn. PniLos. L

que de vivre , de ne rien désirer que de satisfaire son appétit, de dormir d'un sommeil apathique ^ue d'ouvrir les veux pour voir et pour sentir ; consentons à laisser notre Ame ' dans l'engourdissementy'nolre esprit dans les ténèbres, à ne nous jamais servir de l'une ni de l'autre, à nous mettre au-dessous des ani-^ maux, A n'être enGn que des masses de matière brute attachée A la terre. »

S IV. — 153. D. Comment répondez-vous au fameux argument de Lucrèce, que l'Ame semble crollre et s'affaiblir avec le corps, et dépendre de Ini dans ses opérations ; qu'elle doit périr avec lui , puisqu'elle naît avec Ini(l)?

R. C'est parler très-imprdprement que de dire de l'esprit humain qu'il se forme, se développe, se fortilie; qu'en exerçant ses facuites il les augmente, etc. Quand je considère attentivement un enfant, je remarque en lui une curiosité que je ne retrouve pas dans un homme ; il observe beaucoup plus, il me parait surpasser en réflexions le vieillard le plus méditatif. II juge et juge aussi bien qu'il voit ; il se souvient, compare le passé avec le présent, et en tire des conséquences pour l'avenir. Que fait de plus Thomme le plus consommé? Il est enfant, parce que son corps est faible, parce qu'il est ignorant et sans expérience, pakxe qu'il n'entend pas la langue qu*on lui parle, parce uu'il n'attache pas aux mots des idées bien distinctes. Melteié un homme fait dans les mêmes circonstances : montrei-lui, par exemple, une machine dont il n'ait aucune idée, et qui soit destinée A un usage qu'il ignore ; expliquez-lui tout cela en termes de l'art, ou dans une langue qu*il ne sache pas , il écoutera et regardera comme un enfant.— Le corps humain est l'instrument deTAme; sans lui elle ne saurait déplojer ses facultés, mais elle les possède sans lui. Ainsi le musicien ne déploiera jamais la supériorité de son art, si son instrument est défectueux ; ainsi un écrivain peindra bien ou mal, sui-^ vant que sa plume sera bonne ou mauvaise : donnez un œil de vingt-cinq ans A un vieillard de quatre-vingt-dix, il verra aussi clai-r rement que le jeune homme. — De ce que l'Ame commence d'exister avec le corps il ne s'ensuit point du tout qu'elle doive périr avec • lui. Lucrèce répète deux fois cet argument dans l'espace de quatorze lignes, etle regarde comme une démonstration, quoiqu'on en sente la fausseté du premier abord. Combien d'êtres, dans la nature, nés ensemble survie vent l'un A l'autre ? Dire que l'Ame n'exiçfo

(1) Prœterea gigni pariier cum corpore et tma creicere senUmus^ parilerQue senewere memem, Ntùn velut infirmo piteri Umroqne vaganlur. corpore, ùe anhni iequitw sententia loims. inaef ubi robuiUs adolevU viribu» œiat^ ConsHium quoque mqjus^ et auctior ett anhni v!$ ; POU ttbi fani vaHdii qiimsatum est viribiu œâ corpus^ et obtusk ceàderutU viribui artut; cUàuHeat tiiaettiiim, (kliral Ihigmqme mauque^ Oimtia deficttaU otw uso tempore dewni : Brqo ditaoM quoqûe eoncenil onmemmiimci xaturanh ceu fumiu in altos mtluriM flitras, Qitmdaifiitéem giam pariurt pariterque videmus . creMeere^ et (m docm) ekmd œvo feua faiw.k, i

, ' [tMcret, I 50

tCmq.)

CATÉCniSMK

pa» après le corps » parce qu^eile n*cxis4ait pas afant lui , c est comme sî je disais : Cet enfant n*était pas hier, donc il demain.

ne sera plus

15^. D. Si les opérations de Tâme nnie au torps dépendent de la matière; sî Fesprit, le ^énie, rimaginalion, la mémoire sont le ré- ^nitat des organes plus ou moins bien orflonnés (i), comment en peut-on conclure l'excellence de l'âme? N'en faudrait-il pas plutôt faire honneur au corps?

R. Tout cela dépend de la matière, comme la musique dépend des instrunacnts.Ce n'est pas aux instruments, mais aux musiciens qu'on attribue l'honneur d'un beau concert. &*il n'y av^ait pas dans l'homme un principe capabfe de perception, les organes n'agiraient sur rien et ne serviraieqt de rien (2) ; or un principe qui, par le secours d'une matière tirçanisée, mais toujours inerte et passive, s'élève aussi haut que Vàme humaine, ne peut appartenir à la terre, et doit nécessairement ^ être spirituel.

155. D. Cette dépendance d'un être spirituel des organes matériels, est-ce une chose fort intelligible?

R. Supposé l'union du corps et de l'âme , elle en est une suite évidente. Celle union n'est sans doute pas sans quelque <>bscurité (3) ; mais cette obscurité disparaît en

(1) Plilsîcars Métaphysiciens reconoaissenldes dilTérciices dans les Ames mêmes, c^ ne croient pAS qu'elles aient toutes la même excellence. Leur seniimcni paraît ^tre favorisé par un passage de Sainmon (Sap. S, 19.^); le P. Tournemine a Tait de grands effori s pour rétablir, le ne prendrai là^dessns aucun parti : tout ce qui est systématique est étrangère mon objet.

(%) M. IcGat, riiomme dti mnnde qui a fait de .. rorgaiiisaiion animale Télude la plus profonde et la plus sûre , ei^t aussi le plus ^élë adversaire de ceux qui voudraient la confondre avec son âme. On peut consulter son Trmié des tens , où il reconnafl que rhomme est une machine qui rassemble tout ce que la mécanique, tout ce que Thydraulique , tout ce que les diverses parties de la physique ont de plus beau et de pins iniéressaut ; mais qui les surpasse inlinimqnt par Taccord de ce mécanisme avec un principe moteur , doué de sentiment et capable d*une actimi sponiance. Il déclare que ses longues méditations 2;ur les dispositions merveilleiises de tant d*org.nncs ont éié pour lui une déinonstralion cx)nvaincanle qu*ils ne sont que la moindre partie de Thomme , et que si ce corps, qui fait en soi un chcr-d*(euvre de mécanique, atteste Texisience du suprême architecte de tout ce qui existe, la substance qui anime ce chefKl^œitvre prouve, encore mieux qu'elle ne peut avoir d'autre ^ source que rétrc souveraiuement parfait, le créateur clFle moteur de toutes choses.

(5) (elle inciïnblc union parafL consister dans deux rh(»ses ; savoir, dans la comprésence de Pâme spiritiiclie et du corps organisé, et dans une mniuelle dé- ;)ondance de ces deux substances d:ins leurs fonctions respectives ; (kSpondance décernée et établie par une > olonlé libre ei efficace du suprême arbitre de la nature; dépendance en vertu de laquelle la substance ' iiuelligcnle ne peut avoir des sensations , dos idées , .' s affections, des jugements, des raisomicnicnts, des KMninisccnces. que par le moyen ou par le concours d.i jeu nniurci et régulier des organei maléricis ; et en vertu de laquelle la substmce orgni)i<^ée ne peut subsister et se conserver, ne peut avoir Texercice et le jeu régulier de ses organes , ne peut exercer les

comparaison des ténèbres où se prédpUeiil ceux qui rerusent de reconnaître cette iinioo, comme nous l'avons fait voir ci-dessus. Que d]au(res yérités constantes, sensibles, expéilmentales, dont II est impossible de donner line explication exacte et parEaitement satisfaisante I c( Vainement le faux sage (dit un auteur modeste et circonspect) . exigera .do moi que je lui développe cette union mysté-* rieuse ; il fut donné à 1 homme de sentir et do montrer son existence, et non d'en concevoir tous les rapports, ou d'^ développer tous les liens. Le nœud existe, il m*est sensible; je ne porterai pas la folie jusqu^à ni^rson existence, parce aue jehe puis le résoudre. La vérité que je n explique point ne me fera pas rejeter celle que je sens, que je vois, que je démontre. Je ne suppléerai pas au mystère par les contradictions les plus multipliées et les plus évidentes. »

156. D, Ne scmb!e-t-il pas qu'un être spirituel ne peut être cmpécné dans ses opérations par un dérangement d'organes?

11. Oui , si Ton ne présuppose Tâme un^o avec le corps. Liée aux sens par le seul yculoir de TEtre suprême, Tâme semble en quelque sorte se fortifier ou s'affaiblir avec le corps; mais, loin de s'éteindre quand il se détruit , elle ne fait que briser sa chaîne et. rompre ses liens. C'est ainsi que mon œil , couvcri d*une taie légère, et forcé de ne voir qu'à travers ce nuage, sent sa vue s'augmenter ou s'affaiblir suivant l'état actuel de la taie Si l'enveloppe s'épaissit trop, mon œil ne voit plus rien, et n'a pas perdu la (acuité de voir. Se déchire*t-elle au contraire, mon œil, toujours le même, reprend lontesa force, et voit en liberté.... C'est encore ainsi qu'un, homme qui fait voyage en yoiture a la jouissance démarcher; néanmoins si la voilure vient à se casser, il n'avancera d'un pas s'il ne la quitte, et s'il n'est délivré de Tobstacle qu'elle oppose à sa course.

157.. D. Malgré l'importance des organes dans les fonctions de L'âme, ne déc6uvre-t-on pas dans l'état môme de son union avee le corps des marques de soti indépendance et de sa supériorité sur la partie corporelle?

K. Un peu de réflexion en ^découvre un grand nombre. C'est ainsi que les sens agis* sent en vain, si Tâmc n'y prête attention; la lumièreabeau frapper mon œil, le son mon oreille : si mon âme, fortement occupée de quelqu'autre objet, se refuse à leur action, je ne vois rien, je n'entends rien.... C'est ainsi que durant le sommeil l'Ame est affectée cxar* tement comme si elle voyait, sentait, entendait, etc.« quoique ses organes soient dans un repos parfait. C'est la. réflexion de S. Augustin (l),,que M. de Buffon a justifiée contre

dilTérenlcs fonctions auxquelles elle est desliiiëe, san$ la présence, et sans riiiûiiciicc de la substauce spiri* lueiie oui Tanime et h fcouvenie.

(1) In soumis eniin libi velui corporeus apparebiê^ pec id corpus luum, roA anima tua; jacehit Cur-pun^ o^itulaifU ipsa ; sHebiî iingua , loqueiur illa ; elausi êrw^t pculi /tif, vîdebit i7/a. — . TertuUien, U I de Animai lait la même réûexiou*

rHiLosoniiQtic.

fS8

les erftfqoes de ce saint docteur (!}• G*est ainsi qae dans te silence de la nuit , dan» le calme parbit des sens» dans l'aifranchissemeiit 4^ tonte impression extérieure , VAme prend nn nouvel essor, son activité redouble, sa pensée se renforce ; elle se possède, se connaît mieux, jouit d'une manière plus intime et plus parfaite du sentiment de son existence et de ses inexplicables facultés (2)... . G*est ainsi que souvent, dans des corps détruits par rage ou les maladies, l'âme, quoique placée au milieu des ruines, gariie toute ,

(I) c S Ton fait aUention que noire Àmc est souvent, pendant le sommeil et eu Tabsencc des objets, affectée de sensations, et que ces mêmes sensations sont quelquefois bien différentes de celles qu*elle a éprourées par la présence de (;es mêmes objets, en faisant usage des sens, ne vicndra-t-on pas à penser que cette présence des objeis n*esi pas nécessaire il Ve\îsieoce de ces sensations, et que pnr conséquent noire âme et nous pouvons exister tout seuls et indépendamment de ces objets. > Ilisl. nat., rom. ^ p. 453. — En vain dira-t-on que les brut(!S réTent. aussi. Car 1.* quelle que soit la nature des brutes, que nous démontrerons éire très différenie de eeHe de Phomnie, quelnnes facultés qu'elles puisseni avoir communes avec 1 homme, il résulte toujours de rabservation que nous venons de faire que noire Ame n'est point essenliellemcnl assujettie aui organes pour voir, entendre, sentir, etc. — i.^-Les signes do Fève que nous voyons dans les animaux, tels <|ue Taboi do cbien, etc., ne sufflsent pas pour nous assurer de ce qui se passe dans leur cerveau. M. Fabre, dans son Euai «ter /et facuUéê de Càxney refuse absolument aux brutes la faculté de se représenter des choses absentes. Le corps à souvent des mouvements analogues à certaines sensations, sans que TÀme soit fra{)« pée d*aQ€une image. H est déraisonnable déjuger des elioses que nous ne pouvons que soupçonner sur des sigues équivoques par celles que nous connaissons par une expérience intime. — 3.** Les rêves des brutes, s*ils sont réel!«, ne sont formés oue par des images récemment et fortement imprimées, par exemple, d*Qn lièvre en course. Ceux de Thomme, suivant la remarque de M. de Buifon, que nous venons de rapporter, fioiii tfés-dilléreuts. Tout ce que Ton pourrait inférer des rêves des brutes, c*e8t qu'ils sont un reste de l'action des organes sur les principes de Panimalité ; mais les rêves de Thomme sont souvent si spirituels, si suivis, et $i sagement combinés, qu*i*: supposent au contraire le détachement des orcanes, et UD essTir tel que Tâme n*a jamais pu se dfontier tandis que ses facultés étaient asservies aux sens. L'bomine leot à parler fait alors des harangues non ptéméditées , Thomme grave se répand en plaisanteries fines, etc.

(2ï c (Test avec la miîl, dit nn poêle nhilosophe , que U pensée se réveille ; c*est au milieu ues ténèbres 9[%i^ rSme reçoit ses plus vives illuminations, et que u vue devient plus )ierçnntc. Dans le jour, excédée dn mouvement de la vie; étourdie du bruit , coudoyée , pour ainsi dire, et balloiée par la foule , elle Hotte dans rivn*sse des sens, et s*égare loin do la raison. L*àme ulors est toute passive, lés objets extérieurs lui imposent ses pensées. Mais avec la nuit, l^me retrouve sa liberté et se possède tout entière ; elle ne reçoit plus en esclave, elle se donne à son choix des idées inilé]iendanies, et les ordonne ^ son gré dans le plan qu'elle préfère. L^étenduc du monde ne peut borner son acliviié ; elle voyage dans rmimensiie des deux, et revient ensuite s*abatire SUT la terre. Ainsi les matelots fatigués d'uiiç course tinmense jettent Tancre au fond des mers et se re.* posent.»

sa forcé cl (outosâ gnindoor C'cit ainsi

qae, lorsqu'on coupe au doigt ou quelque «utre membre à un homme , et qu'il sent la douleur dans le doigt ou dans l'espace qu'il occupait, la nalure nous déclare que c'est un accidenl qui n'altère en rien l'excellence de celui qu'ifafflige. Quel que soil l'éUtdu corps, nous serons toujours estimés par nos connaissances, notre probité, notre intégrilé, notre désintéressement, notre amour pour la

f)alrie. Nous sentons que ce sont là des quaités qui nous appartiennent, et qui nous rendent estimables , de même que leurs contraires nous rendent méprisables. Nous connaissons ces qualités, comme nous connaissons les qualités sensibles : nous savons qu'elles n'ont rien de commun avec le corps, non plus qu'avec ses parties, ses dimensions,

sa figure, et l'espace qu'il occupe (1)

C'est ainsi que quand je suis occupé ae la religion sainte qu'a apportée Jésus-Clirist sur Ja terre, mon âme est dans la joie, tandis

3ue mon corps est mal alTcclé, et semble se issoudre: au contraire, elle s'afÔigo s'il arrive qu'il se fasse sur le corps certaines impressions qui flattent les sens au-delà do

ce que la loi permet (2); elle y résiste

C'est ainsi que je puis bien concevoir uo homme sans mains, sans pieds, et que jo le concevrais même sans télé, si Texpérience ne m'apprenait pas que c'est là le siège de la pensée ; quoiqu'il soit impossible de concevoir un cheval sans les parties constituantes du corps de cet animal, etc.

158. D. N'eût-il pas été plus convenable de'rendre l'âme indépendante des organes, on de donner aux organes la même force » la même activité , dans tous les hommes et dans tous les âges ?

R. Dans le premier cas , l'homme ne serait point un composé d'âme et de corps, ce sérail un pur esprit. Autant vaudrait' demander 8*11 n'eût pas été expédient qu'une chose fût sans élre ce qu'elle est. — On ne raisonne pas mieux en prétendant que les organes auraient dû partout et toujours être les mêmes. L'homme en ce cas ne vieillirait point, il no serait çoint exposé aux altérations de la ma^ tière, il ne serait pas composé d'un corps assorti à l'état actuel de la nature. Il est ri-dicule d'isoler ainsi les choses , et de ne les pas considérer dans la place qu'elles tiennent dans l'univers , dans leur dépendance des lois générales, et scion l'importance do leur situation respective dans la chaîne des êtres. "*

Au lieu de raisonner à perte de vue sur tout ce qui excite la censure philosophique, il faudrait s'appliquer un moment à conce voiries inconvénients qui résulteraient d'une hypothèse si singulièrement imaginée. Si nos organes agissaient toujours avec la même activité où en serions-nous? Si rim~ pression causée par le souvenir d*une injure

. (I) Platon emploie souvent ce raisonnement dans son premier Alciniaile.

(2) Quasi mortenlez^ et ecce vnimuê. Quasi tmui, umper auitm gaudentes, S. Cor o«

CàTÉCIIlSHE

IM

ou de quelque grand mallieur était aussi vire après dix ans qu'au moment de révcncnicnt, quelle foule d'idées et de senUinenis désolants rhoiwno n'assemblerail-il pas? — Si .les enfants naissaient formés et instruits, comment les contenir, comment se les attacher, à quoi les occuper, leur éducation donne aux parents un travail utile et nécessaire , elle est le lien des familles et le soutien de la société générale : c'est par la nécessité de Véducation que M. de BufTon (Tom. ty pag. 28, 2», 31) prouve l'impossibilité d'une nation absolument sauvage. — a La raison, dit un homme d'esprit (Hehet. ou Lettres prov. philos., /.2), ne serait-elle pas pour l'enfant le présent le plus funeste? A quoi servirait-elle dans ses premiers jours , sinon à lui faire connaître toute sa faiblesse, è la lui faire paraître insupportable? Au lieu de sourire tendrement sur le sein de sa mère, triste, sombre et jaloux, il aspirerait avec ' impatience à toute la vigueur de son père. Kesscrré dans ses langes , il aurait déjà tous les désirs , tous les soucis, toutes les passions de l'homme et nul moyen de les satisfaire. Il connaîtrait la liberté, et ce berceau où H dort si tranquille ne serait pour lui qu'une prison dont il chercherait vainement à s>'éfakicer. Plus fort, plus vigoureux dans l'adolescence , si sa raison avait prévenu l'expérience , il n'en serait que plus vicieux. Les anciens du peuple n'ayant plus aucun titre de supériorité, la plus respectable partie du genre humain ne serait que la plus faible; l'ordre de la nature serait renversé; les chefs de famille ou de l'état n'avanceraietit

du corps , ne fait donc que nous prouver la sagesse de leur auteur. » — Les vieillards mènent ordinairement une vie triste et misérable ; outre les maux actuels , ils sont effrayés par la vue d'une mort prochaine : une imagination vive, une présence d'esprit inaltérable augmenteraient leur mal. Des plaisants ont excusé les cannibales, qui mangent leurs pères pour leur épargner les incommodités de la vieillesse. La nature est plus douce , plus sage : elle affaiblit le sentiment et la connaissance de ses incommodités. Ajoutons que c'est le temps où les enfants , en pleine force de raison et de corps , doivent remplacer leurs pro^^niteurs dans la possession et l'administration de leurs biens , élever et établir leur propre postérité, exercer & leur égard les devoirs de la piété ûliale , à laquelle leurs infirmités donnent les occasions les plus touchantes cl les plus méritoires.—Si tous les hommes étaient capables des mêmes choses , les arts et les sciences rentreraient dans le néant , puisque tout le monde s'attacherait aux plus nobles et aux |ilus commodes; l'inégalité des hommes, >i nécessaire à la conservation du monde , s'anéantirait (1); le génie perdrait sa variété,

(1) Rouftscnu, Diderot, Ilclvéïius, aie. , h ritnlU:

lia terre ses richesses , la société ses liens.'

159. D. Comment est-ce que l'âme après la mort de l'homme aperçoit, agit sans le concours de la matière, puisque tout «ela se fait actuellement par le movcn des prganes ? R; Malgré la certitude du fait, une idée distincte des opérations d'une substance puremenl'spirituelle^cst au-dessus de nos r(^< cherches. Il est certain qu'une telle substance peut agir sans organes : mais la connaissance exacte de son état, de sa manière d'être et d'opérer ne vient que par le sentiment; et, dans une âme unie au corps, ce sentiment tient presque toujours à quelque influence de la matière. « Dans ces différentes situations, dit l'abbé MchaTà.{néorie des Songes» p. 189), on reconnaît toujours le même ^ principe d'action : c'est-à-dire une substance spirituelle, active de sa nature, faite pour

agirindépendammcnldes sensations, quoique dans l'état actuel des choses on ne puisse pas expliquer comment sans elle l'Ame pourrait a^ir.Les liens auxquels elle est attachée ne lui permettent pas de s'élever si haut : elle ne peut avoir à ce sujet que des lueurs Imparfaites que l'obscurité de la matière et sa pesanteur étouffent aussitôt » (1). « Notre &me, dit Baylc {Dict, crit,, ar^ Epicure], pourrait sentir du froid et du chaud, sans le rapporter à un pied ni à une main; tout comme elle sent la joie d'une bonne nouvelle ou le chagrin d'une mauvaise , sans rapporter ces sentiments à aucune partie du corps; et si , pendant qu'elle est unie à un corps • elle rapporte à quelques parties de ce corps la douleur et certains plaisirs, le sentiment de brûlure, le chatouillement, etc.i ce n'est aue par une constitution tout-à-fait libre de 1 auteur de son union avec le corps ; ce n'est «qu'aGn qu'elle puisse mieux veiller k conserver la machine qui lui est unie. Si cette raison cessait , il ne serait pins nécessaire qii'elle rapportât hors de soi ses sentiments;

lion de Platon, ont prétendu que 1rs hommes devaient être égaux : c*cs( one erreur visible : PuiUcnr même du Système dt la nature en est convenu, et a démontré, sans éi^nrd pour ces pliitosopheA , que IHnégaliié des conditions est le fondement 4;i le S( ulien de La snctéié, qu'elle résulte nôccss;tiremcnt de la conslitutiiin de nos Ames et de nos corps. Voyez dV'xcellcntes réflexions sur ccUe inégalité^ EM:prii de Bourdalouiy p. 91 et suiv. — Spectacle de la nature , l. 6, p. 154. — Leuiiit, de Prmdcntia mmiinh, 1. 4, D.' 120. Sed (l m paupertate^ etc, ce morceau est admirable. — La morale seule, la croyance d*une vie future, suffisent pour expliquer £t jusiilier HnégaliU des hommes. L'exercice d'une multilude de verluf dépend de cette inégnliié; sans elle, la charité, i. compassion, la bienfaisance, la douceur, la paiienecj la mortincaiion, la fermeté, seraient des vertuidii* mérlques'ou d'une pratique extrêmement rare. — La croyance de rimmorlaliié considc et dédommage ' ceux qui dans cette inégalité d^e sorts sont les moins bien partagés ; par elle tout est compensé, tout de* vient égal. Y. cidossus, n.* 110.

(I) M. SuUzcr, d'après M. Bonnet, croit que Time

sera unie à une ntolccule bien déliéo, qui servira ses

opérations ; comme sM était plus dirGcile de concevoir

• comment Pâme agit sur la matière on général , que

sur celle nouvelle espèce de corps.

IM

pHiLOSonnQUE.

ut

ri néanmoins die serait toujours susccpt^ ble delà modiGccItion au*on nomme douleur, plaisir» froid» cbaiid. Dieu pourrait lui imprimer toutes ces modlQcations , ou sans se régler sur aucune cause occasionnelle » on en se réçlant sur une cause occasionnelle qui ne serait pas un corps» mais les pensées de

qaelqoe esprit D*où il résulte que le plai-

i>ir» de quelque espèce qu*il soit, peut faire le bonheur de Tâme » et la douleur peut faire son malheur en quelque état qu*on la suppose» unie ou non avec la matière. » — Nous ne concevons parfaitement aucune des opérations actuelles de notre âme» quoique nous en ayons Texpérience : nous ne voyons pas quelle pourrait être la nature d'un sixième sens dans un corps animé » quoiqu'il soit très-certainement possible. U y a eu des

f>hénomènes d'ouïe» de vue, de tact» etc., que a physique n'a point expliqués» et dont on n'a pa se faire une idée précise (l].->Quelqne parfaits que soient les organes d'un corps mortel» ils apportent toujours quelque résistance aux sublimes opérations de cet être actif et rapide. Une prendra l'essor que lorsqu'il en sera délivré» ou que son instrument aura été réformé dans la lumière d'une vie glorieuse et immortello. C'est ce que les Sages de l'antiquité ont compris comme les mMernes ; et c'est ce qui epi très-aisé à conce voir » puisoue' c'est une conséquence maniiSeste de l'idée que nous avons de l'esprit et de la matière (2) Outre l'activité et l'excellence inséparable d'un esprit affranchi des entraves du corps» l'âme des justes, placée dans le sein de Dieu , prendra un essor nouveau» puisera une vie nouvelle et de nouvelles lumières dans la source de toute vie et de toute lumière (3).

j V. — 160. D. Puisque tout se réunit à nous persuader que notre âme est spirituelle» comment quelques Anciens ont-ils pu la croire matérielle? Dira-t-on que l'idée de V esprit est une idée neuve, inconnue dans les premiers siècles de la Philosophie ?

&. Si quelques hommes sages ont parlé de rame comme si elle était matérielle , c'est

fi) Si avant la connaissance du verre on avait dit quon Terrait nn jour à travers un bloc de pierre ; si avant la connaissance des InncUes on avait dît qo*nn innrou réussirait à voir bien micui en meltanlenlre i*a»l et Tobjel nn corps solide et massif, qui n*aurait imiitt ri de ces prédictions? Eh I mresl-ce que le vrrre et les luneiles en comparaison de la révoTiilion loulement nouTelle, qui formera Péiat des choses Tiilurest et pons attend après la dissolution de ce corps irtrestrc?

(^ iffneus est olUs ffigor, el cœlestU ongo semhàbiu, qiiantnm nonnoxia corpora iarduni^ TerreHiique hebetant artus moribunndaqm niembra, ^ {JEnexd. 6, r. 730.)

.^ Katmpie onumm, qvœ nune obducta tuerui MorêttUê hebetm visus Ulfif et humUia circum Cidigcâf mibem ertston....

(/(rid.2, r.604.)

(5) Rtvelaîa ftteie gloriam Dorinni spéculantes^ in emiHéem imng'mcm transforniatur^ n daritate in clariiaîêm , lùnqnam n Dommi spiriin. 2. Cor. 5. Qnoniam m}md le est frns vita, et in lumine tuo videbimus lumen.

que le mot de matière a été pris pour niAstanee (1). L'idée d'un pur esprit est aussi ancienne que le monde. Platon et Cicéron s'exprimaient comme Hallebranche et Descartes.ll n'est pas croyable que nos Pbilosophcs aient cru sérieusement pouvoir nous Tdire illusion sur une chose si connue (i). Vauieur 6u Système de la nature, toujours fidèle à 'se contredire , avoue lai-méme que dans tous les temps on a eu recours aux esprits pour expliquer les opérations de la matière; si ces esprits étaient matériels» comme ces rares critiques le prétendent, il fallait donc encore d'autres esprits pour ex- . pliquer l'action de ceux-ci. Des esprits matériels » le beau Langage I

§ VI. — 161. D. Si les âmes sont spirituelles » ne faudra-t-il pas admettre une création continuelle» ou bien dire» comme quelques anciens , que l'esprit même peut se propager? Le premier parti parait contraire a la simplicité des voies dé Dieu, et le second semble matérialiser l'esprit.

R. 1* Pour m'assurer que mon Ame est spirituelle» je n*ai pas besoin de philosopher beaucoup sur son origine ; il me suffit d'en être convaincu par le sentimeifl de moimême. On aurait bonne grâce de nier rex.is- Xence d'un homme qu'on voit et qu^on entend , parce que peut-être on ignore d'où il vient, et comment il est arrivé dans nos provinces » par mer ou par terre , è pied ou à cheval. 2* Une création continuelle doit être rejetée quant aux êtres dont la conservation et la reproduction sont assurées par les lois

Î[énérales qui maintiennent et qui renôuvelent le monde (3); mais pour des êtres oui ne se propagent point, et dont la simplicité

(i) Voyea la Justlflcatlon de quelques anciens pères, dans le Dict. des hérésies, par M. PJuquct» art. Matériau^ § i, n.* 2.

(2) Remarques de M. Lagrange sur Lucrèce, t. f ^ p. 547.— Exam. du mal., t. i, p. 170 ; t. 2, p 222. — 11 est impossible d*exprimer m'eux que Cicéron la parfaite spiritualité de Dieu el de rftine humaine : Nfque veto Deus ipse qm intelligitur a nobis^ ûUo modo intelllgi potest^ uîsi mens soluta quœdam ae libéra , «earegata ab omm eoneretione mortaU, Tusc. 1. 27. — In ammiautem cognitione dubitare non possumus, nisi plane in phy^cis plumbei sumus , qUin nihil fit anitnis admixtum^ nihil concretum, nihil copulatum^ nihil coagmenlatum^ nihil duplex ; (fuod cum ita «i(, certe née ^ Sccerui nec divîdt, nec distrain potest , nec interire tjjrtlur.Tuscul.'l. 29.

(3) Nous prendrons la liberté de contredire Taotrur sur ce point, et de soutenir que Tesistcnce des ftivc* créés est une création continue^ quelle que soit leur nature. — Les luis générales, ainsi que routeur les appelle, ne sont autre chose qu*nne série de fails tou« jours semblables, qui se succèdent régulièrement »

{)arce que Dieu a voulu qu'il en fût ainsi; mais ces iiits sout parrailement iiulépendanis les uns des «lutres, et retisience de Tun n*enlratne pas par luimême rexisience du suivant. Les lois de la nature comme Texistence de tous les êtres sont donc le résultat d^une action continue de la touie-pnissanco divine. Dire que cette action incessante est inutile» parce qu*il a suffi à Dieu de vouUnr que les êtres continuassent d'exister, et que les pliénoméues uliysiques se succédassent régulièrement, c'est mecun* naître tout-à-fait le caractèi-c de Tactit/u divine. Pour

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arrcnisiie

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exclut la division» la création est oécessairet el leur exîfctence réclame la sagesse cl la puissance du créateur. .Des Philosophes , désespérés de ne pouvoir expliquer quelques mystères de la nature physique, ont en recours à Hnlervenlion immédiate de laD ivinilé. Newton avoue qu'il en faut souvent revenir là. D'AJerabert nous dit que souvent la meilleure raison est : Dieu l'a voulu ainsi. Après cela on nous chicane sur la création des êtres spirituels 1 — On a beau nous dire que Dieu ne peut s'occuper à forger des âmes pour les hommes, les puces et les .éléphants. Pour les puces et les éléphants, comme nous ne connaissons pas leurs âmes, nous ne savons pas s'il est nécessaire de les créer H) , ou si elles sont le résultat de auclques lois générales , inaccessibles jusqu ici aux recherches de la Philosophie (2). — L'âme humaine est le chef-d'œuvre des ouvrages de Dieu , le but et le lien de l'universalité des êtres dont elle jouit. L'acte de toute-puisfsancequi la produit n'est pas plus indigne (;c Dieu que les recards ue complaisance dont il l'honore , les bontés paternelles dont il la comble , la félicité étemelle qu'il lui destine. —SI quelques Pères ont cru que les âmes se propageaient , c'est qu'ils ont pensé que celte fécondité ne contredisait pas la nature d'un être, simple et spirituel. 8. Augustin a soin de nous en informer en termes précis (3). Us ont pu se tromper, mais cette erreur ne suppose aucune mauvaise inten-

Dieu, vouloir qu'une cliose soit ou la créer sonl rigoureusement la même chose. Pour créer un éire autant de fois qu1l y a d'Instants dans cent années , il BufDi que Dieu veuille cetle existence pendant chacun des instants de ces cent années ; ou, ce qui revient au même , décide que cetle existence correspondra à toute la durée de cette période. Mais comme il n*y a pas pour Dieu succession d*ldées, que pour lui ravcnir se confond avec lo présent, un décret qui embrasse l'avrnir se confond avec une volonté actuelle s*appiiqnant à tous les instants, et par conséquent avec une crénlion continue qui n'est autre chose que Teflet nécessaire, de cette volonté. (L. D.)

(i) liif.. Digression sur rame des brutes^ n. IG8.

(S) Réponse bien Taible, et qui semble indiquer que rauteur n*cst pas bien pénétré de cetle idée, que la crânien d'un nombre indéfini d'élrcs quelconques , •i>xiee pas do la part de Dieu plus d*aciioii que la création d'un seul. Là création est un fuil qui ne cesse pars ; et des millions d*éires sont« si Ton veut, 'créés ft chaque instant , indépendamment de ceux qui continuent d'exister ; mais tout teia étant le résultat d*une seule pensée divine, il est absurde de considérer Dieu cnmme occupé à faire telle ou telle chose. Encore une fois, poof Dieu le nombre et la grandeur ne sont rien; hésiter sur ce principe » c'est méconnaître rinfîni. (L. D.)

(3) Aog. 1. de Antmn^ c. 5. Quelques théologiens modernes disent que cette opinion a été condamnée • :iu cinquième concile do Litran ; mais il parait qu'ils iroiit la ni S. Augustin , ni le Coacile. I^es chrétiens d'Abyssinie. dans le temps qulls étaient irés-étroi» t«ment unis à l'Eglise rom-Vipe, ont toujours adhéré an sentiment de la propagaitoo des âmes. Les jooma* listes de Trévoox ont sagement appelé cette ôpliikm » mrmaiée^ sans lui atucber aucune qualification «fdîense. Le P. Norrh a réfuté victoriensement sur m article los adversaires de saint Augustin. Yln^ie Aii,§ c. 4, S S.

tiout et n*a dans leurs principes aucune cod« séquence pernicieuse.

162. D. Ne |)Ourrait-on pas dire, avec Rarasay , Leibnitz et Wolff, que toutes les Ames ont été créées à la fois , et unies à des corps infiniment petits I contenus dans celui du premier homme?

R. Ce système » envisagé dans rensenible des idées dont quelques philosophes font revêtu, ne mérite pas qu'on le discute séricu** sèment. Ranisay va jtssqu^à y mêler des ab-* surdités de la métempsycose (I). En le dé-

f mouillant de ces imaginations inutiles et àusscs , et en considérant ces âmes innombrables, mais bien déterminées dans les vues de Dieu, comme un dépôt confié à une providence infinie qui en fait la répartition , qui en dirige et en fixe Tarrivée au monde visible par des moyens aussi sûrs que secrets , on n*v trouvera rien de contraire à la raison el à la foi. On verra même disparaître plusieurs difBcultés que ta chose présente du premier abord, si on considère que les cheveux de nos têtes sont comptés t qn*un passereau ne tombe pas i terre sans la volonté du Pire céleste • que , lors de la résurrection générale , Dieu restituera à chaque homme en particulier les débris de son existence terrestre , ense-* velis sous les ruines de soixante siècles. C'est peut-être d^une manière analogue A ce système qu'il faut entendre cette espèce de propagation , ou plutôt d^apparition successive et de manifestation des Ames dont les anciens ont parlé , comme on vient de le dire. Quelques auteurs ont cm que cette origine des Ames humaines pouvait faciliter Texplicalion du néché originel. — Cependant le sentiment le plus commun et le plus autorisé est que la création des âmos est successive , selon l'ordre et la suite des générations.

163. D. La spiritualité des âmes humaines n'ençendrc-t-cllc pas bien des questions difficiles à résoudre? Par exemple, vers quel temps rame vient-elle s'unir au corps 7 dans quelle partie du corps est-elle envoyée? Les monstres ont-ils une âme raisonnable? les monstres doubles en ont-ils. plusieurs? •

R. Souvent la vérité engendre plus de questions que Terreur : celles-ci ne font rien au fond de la chose; quand on n'y répondrait rien du tout, la doctrine de la spiritualité de l'âme n'en serait ni moins sage, ni moins proi|vée. Le temps où l'âme s'unit au corps ne peut se déterminer exactement, vu surtout que sa présence n'est point néces-^ saire au commencement, ni même aux premiers progrès de la végétation ou de 1 ac-

(i) Si lontefois il est réellement anieor des PUkeùpkicul firhieipeê oftkê reHahn: ce qui pinilt itieroyable, vu reitravagaiiee des assertions oonteniies dans cet ouvrage, qui ne peut être que eelui d*an visionnaire. La qualité éevosUmme rend d*ailleui« Vauribution très-snspeete. On sait que ces ouvrages serrent souvent à déchirer la mémoire des gens île bien qui n^ont plus de voix pour rédamer eonvre rimpcMBiure. Nous avons vu ailleurs (H. 18 ) qne rftlusireFénélon y élati caloniiiié de ia manière la fias odieuse

PHILOSOPHfOOE.

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rroisscmenl ; on peut croire qne l'époqne rn est plus reculée qu*on ne le pense ordinairement : le parti le plus sage, dit saint Augustin, est de ne rien prononcer là-dessus, et ûe consentir à ignorer l'époque précise où la matière terrestre , destinée à être la demeure d'un esprit immortel, commence A jouir de cetCç sublime prérogative (1)« — Que rftme soit placée dans le centre ovale , ou dans la glande pinéale , ou dans le cerveau • ou dans le cervelet , ou dans le corps calleux , ou , comme M. de Buffon semble le croire, dans le diaphragme; ou bien que, sans être étendue, elle semble en quelque sorte se mesurer sur retendue du corps , comme les anciens le pensaient (2) ; c'est ce qui est absolument étranger à la matière que nous traitons ici. Pour décider celte question, il faudrait connaître la manière d'exister des esprits , et avoir redressé ({uelqucs erreurs qne la vue et l'usage continuel des rorps ont fait naître dans la représentation des choses (3). — Quand les monstres s'éloignent absolument de la forme humaine, et que les organes se refusent à loger et à servir un être raisonnable, les mêmes lois animent les brutes , animent ces rejetons informes de rhnmanité. Locke dit iudicieuscment qu'il cfi difBcile de fixer le degré de monstruosité qui exclut l'âme humaine, — Quand la nature a multiplié les monstres dans un seul, il est impossible de prononcer sur l'état de l'animation , sans avoir examiné en physicien habile la constitution et toutes les parties de cet être irrégulier. Ces espèces de monstres ne vivent que peu , et ne se prêtent par conséquent point à des observations suif les ; il est à croire qu'ils ne sont animés que par des mouvements automatiques , ou par le principe général de la vie animale dont nous aurons occasion de parler en examinant: la nature des brutes.

DIGUES^O.N SUA L*ÂME DLS BUUTES.

16(. D. Quel rapport y a-t-il entre le dogme de kl spiritualité de 1 âme humaine , et les différentes questions sur l'âme des bêtes ?

R. Aucun. Il n'y a que de mauvais raisonncfurs qui aient pu se raidir contre la démon-

U) fiium i^tur or dhfmlari potnt ( quod nIruM ab àoaum intemri poiùt^ i^noro) quando incipiat liomo in •ai€ra mat. Eiicbîr. c. S6.

(2) Manière d*ètre dont nous ne saurions nous faire une idée précise sans bien connaître la nalurc el les propriéici (Puii esprit, mais que notre ignotaneeà cet éçnrd ne nous autorise pas à regarder coimno impossible.

(3) Les divers systèmes sur le siëce de l'âme ont *9iieoiiiré,des diffiouliés insuimontabics qui les ouf fait rejeter tous.

A vrai dire , l'âme ne réside nulle p^irt dans le oorpt, pui:M]ue Texistenca iocaU est un attribut malériel qui ne saurait s'attribuer aux esprits. Mais *iiiie est afleciée par les impressions corporelles , ^nand les nerfs ébranlés tr.m$niettcni le» mouvc- .nents dans une certaine région de Torganisme; cetle réraon esl bien certulncmèot |e cenreau ; mais «a quëlKs partie spéciale de ect organe convergent .es impreisions dont il s'agit ; c'est ce qu'on no sait fis bien» (L* D*) .

stration du sentiment Intime, pour s*ainusor a raisonner sur une chose qu'ils ne connaissent pas. L'homme connaît son flme par le sentl-^ ment le plus vif, le plus clair, le plus identifié , si je puis parier ainsi , à lui-même et par le retour sur ce sentiment sur lequel il raisonne. A-t il une idée de l'âme des bêtes? EprouVe-t-il ce qui se passe dans les bêles lorsqu'elles agissent? Connait-il cette âme dont il n'a ni idée ni sentiment intérieur? N'est-ce pas extravagance de vouloir comparer une chose que l'on connaît avec une autre que l'on ne connaît pas ? Le comble de l'extravagance n'est-ce pas de vouloir juger parcelle queTon ne connaît pas de celle qu'on connaît ?

165. D. Lucrèce, Montagne, Hcivétîus, etc.» n'ont-ils pas eu raison de ranger les bête^ à côté de l'homme, puisqu'elles agissent comme les hommes ?

R. Il faut avoir fermé les yeux sur l'état le plus visible de la nature , pour dire que les animaux agissent comme l'homme. S'ils agis<^ sent par rédcxion, pourquoi leurs opérations sont-elles toujours les mêmes? Pourquoi ]és hirondelles de la Chine font-elles leurs nids comme celles de France? Pourquoi foht^Ues aussi artistement le prcmienque le dernier ? Les abeilles ont-elles une forme pour leur ruche en Espagne, et une autre en Pologne? Les vieilles travaillent-elles avec plus de sagesse que les icunes?Le8 toiles des araignées ctaient-clies plus grossières au teapps -de Romulus; et ces mfati^ables fileuses sont* elles devenues plus habiles depuis tant de siècles que cet art est établi parmi elles? M. de Condillac, qui prétend que dans les actions mêmes communes à toute Fespèce les animaux ne font d'abord que des essais , n'a sans doute pas cru la nature digne de ses regards; il n'a jamais observé ^le travail des castors , des abeilles , des araignées; ou bien les idées systématiques lui ont, fasciné les yeux. 11 est inutile de s*amuser k réfuter ces contes, depuis que M. de Buffon a si claii^ement démontré , dans tout le cours de son Histoire naturelle , que la prétendue raison des animaux était une vraie nécessité physique (1).

166. D. Pourquoi refuserait-on la raison aux animaux, puisaue leurs actions et leurs ouvrages semblent décrier le génie ?

R. Pourquoi la leur accorderait-on ? Elle leur est inutile, puisque par une impression aveugle, uniforme , infaillible , ils font tous les ouvrages propres à leur espèce; ils pourvoient à tout ce que leur conservation exige. S'H faut supposer de la raison aux brutes i dit un auteur célèbre, il faudra en supposer aux étoiles , aux plantes, et généralement à

(l)On peut voir encore, sur cette matière. Bonnet, Gontcmpl. de la naL, t. 2 , p. 137. — Anii Lu* crèce» 1. ^» — SclieucUzer, Pliys. sac, t. 7, p. 154^. —Reimar. Observât, pbys. et ni6ral. sur l'iustinct des animaux. — Schoii, pliys. cur*., U 2, p. 769. — Sfiect. de la nat., 1. 1 , p. ot^ ; t. 2, p. 500. *- Girardia, Incréd. dé^lMisé , t« % p. Si ci sut V. — Uttm M fifitaei, t. tel S.

tout ce QBi e^te; paros une tout te Ait idoii tordre , et pour le biciw-e(re de Tufiivcrs en général et en particulier (1). En effet» si j'admire Vadresse des abeilles, qui ajustent avec ^lant de symétrie leurs petites niches ^ j'admire également celle des plantes , qui produisent leurs fleurs et leurs fruits avec tant d*ordre et de propreté. Les vignes et les haricots rampent de tous côtés, et avancent leurs fiUv ment3, comme autant de mains pour s'accrorher;dès qu'ils ont réussi, ils s'élèvent et s'unissent de la manière la plus étroite à l'objet qui les soutient (2). Si les animaux agissent par raison, ils ont une âme bien

fHus subhme, plus excellente que l'homme; eurs opérations ont une marche plus simple, plus sûre , plus soutenue. — Si les animaux étaient doués de réflexion, l'homme n'en serait plus le maître : le monde habile serait confondu dans toutes scjs parties, ou plutôt il cesserait d*étre. Je n'ajouterai rien à tout ce

Î|u'a dit sur ce sujet Tauteur du Spectacle de a nature, t. 3; p. 500. — Tout ce que l'on peut conclure des opérations des brutes , c'est qu'une intelligence les a créées et les conserve.

167. D. Quelle idée peut-on se former de rinstinct ou bien de la nécessité physique qui conduit les animaux?

R. On ne s'éloignera peut-être pas du vrai en les croyant dirigés par des affections et des sensations analogues en quelque sorte à celles des somnambules, des hommes en délire, ou bien de ceux qui agissent dans les moments d'une parfaite distraction. M. Girardin (/'/n* créd, détabusé p tom. 2, pag. dk ) manie ces comparaisons avec tout l'avantage possible. L'instinct peut se déflnir un pencKant naturel pour certaines Mtions, accompagné d*une force agissante. Par cette définition , l'on voit que

^ (l) Q^ rationabilUatem brutorum adoptât , non se êxtncabU ex pbvH$ difieutlatibus , ted potius intrica» èit, eoacltt$ ràiionem retribuere cœto, itellii^ aerî, hno toîo mundo, Pliys. sac. i. 7, p. 1345. — Anli-Liic, 1. 6, V. 409. — Celte observation est d*one évidence à laffueUe il est impossible de se rcfu!;er : àosst tous les défenseurs de la réflexion des brutes qui ont voulu paratire conséquents, ont reconnu le même prin« cipe de réOexion dans les êtres inanimés. La pierre de touche , dit Robinet, a plut de connaissance des subslances métalliques que nous n'en avons d'aucun ofrjet de notre ressort (Im Nature, t. 4, p. 185). Un certain Bauman (Pens, sur Finterprét, de la nat.) •est entièrement du même avis. Dans tout être corporel, dit'il, existe le déstr^ la mémoire^ CintelUgenee, De ces perceptions d'éléments rassemblés it résulte une perception umque, proportionnée à ta masse et à la disposition; el c'est ce qui fait tàme des animaux.,.. Comme les perceptions qui constilncnt le iHBuf, par «xemple, font une masse plus considérable que celles qni constituent Thomme , il est à croire que ce Tor* luné animal comprend un peu mieux que nous la Inmineuse métaphysique de Robinet et de Bauman.

(t) L^auteur de ta Plnlosopttte du bon sens, réduit en forme fargument d'un petit chien : Si je saute^ ie smsfiatté; tî je ne saute pas, je suis battu ': sautons dtnc. Eh bien , les bnricms et les vignes présentent le résnliat d^on arenmcnt tout semblable : Si twns montons, nous mûrirons ; si nous ne montons pas Hvus vourrhons à terre : montons donc.

Qkttcmm

fia

rhomiM, malgré qut la raison parAlsse lai suffire , n^est pas destitué des avantages de l'instinct, et qu'il en peut puiser la notibs dans lui-même. Car <^ui a appris à un paysan» i un étourdi , à un imbécille , que le poids éloigné du centre a plus de force; que le bras élevé pourra soutenir tout le poids du corps qui commence à tomber; que notre centre de gravité doit toujours être droit au-dessus de nos pieds 7 et cependant les idiots pratiquent toutes ces règles avec la même justesse que les plus habiles pliilosop)ies. Un enfant gémit tout d'un coup à la vue d'un serpent , il s'écrie, il s'enfuit; au contraire, à la vue d'une pomme, il sourit , il s'approche , il étend la main pour la prendre et la manger. Il n'y a en cela ni réflexion , ni délibération , ni liberlé (1).

168. D. Outre les opérations invariables des animaux, n'en voit-on pas d'autres qui semblent résulter des circonstances ? N'a-t-on pas observé qu'ils corrigeaient leurs erreurs» et perfectionnaient -leur conduite ?

R. La sensibilité physique avertie par dea impressions multipliées peut sans doute instruire un animal, le corriger, le perfectionner en un certain sens et a un certain point sans l'intervention d*aocun raisonnement;* car si les animaux ont fait leurs premiers ouvrages mille fois plus admirables que tout ce que présente l'industrie acquise (2), par un penchant aveugle et sans aucun raisonnement, comme l'uniformité et la perfection de ces ouvrages le démontrent , ils ont pu , sans réflexion, acjquérirquelnue nouvelle industrie par rhabiludc , par des représentations confuses, par une imagination physique qui ne s'étend ni sur le passé, ni sur l'avenir; mais qui , à la présence des mêmes objets , éprouve les mêmes sensations , excite les mêmes mouvements, produit les mêmes eiïcts, ou les varie , les compose , à mesure qu'elle est variée et composée elle-même. — Qu'on interroge les hommes de tous les siècles , el

3u'on leur demande si les renards d*aujonr- 'hûi ont beaucoup plus de talents que n'en avaient les renards du temps passé. Onjdre»sail autrefois les chiens à la chasse, les chevaux au manège , comme on les dresse aujourd'hui ; mais ont-il beaucoup perfectionné leurs talents , leur esprit? etc. — 11 est bon de savoir qu'on exagère beaucoup dans le rapport au'on nous fait de certains traits ingénieux des animaux. Les historiens du mer veilleux ne respectent guère les limites de la vérité (3). On suppose souvent de longues

(i) Il est beaucdnp plus raisonnable de comparer les instincts et les fiicultés des animaux k ceux des bnranls que de les assimiler à des hommes en délire . ou distraits, comme le fait Tiiutenr quelques lignes plus hnul. Les enfants à la mamelle n*out pas plus de réflexion que n'en manifestent beaucoup d*;tni7 maux , ils ont des instincts ; par exemple , relui ^ dé saisir do prime abord le sein de leur nourrice, quel* ques heures après leur naissance , et sans que rien leur ait indiqué ce qu'ils doivent y irouvor. (L. D.)

(2) Naturœ solertiam nulla ors, nulta nùmuSf nuilus artifex consequi potesi intitando, €ic.

(5) Toutes les fois qmc j';ii rnirfpris de vérifier ces

raiLosopindbc^

i^ondteaiMiit dSdéei, dus vne diose où FanimëL agit par les mes les plus simples et par des impulsions machinales. Par exemple, s*il est rrai que les castors ne bAUssent pas dans les pa^s peuplés (i) , e*est qu'ils ont élé inqjiiiétés, dis{)«rsèSt rebutés parla ruine réitérai de leurs édifices. Il i>aralt que c*est sans sujetqoeH. deBuffon admire cette inaction .Un de ses copistes se livre à cette occasion à des dédamations ridicules. Les castors du Canada bâtissent-îls aujourd'hui avec plus d'élégance et de commodité que lors de la découverte de cette proyince? S'ils font des progrès dans cet art , Ton verra un jour les castors logés comme nos fermiers généraux; le chef de leur république aura son Louvre : peut-être Tarchitecturese perdra-t-elle parmi les hommes, et brillera<-t-eile chez les castors. Telles sont les conséquences des principes absurdes établis par le fousueux et inconséquent auteur de rjf tsioire pmotophique.

169. D. l)e peut-on pas croire que c'est par on défaut d'organe que les animaux restent si loin de l'homme ? Un Philosophe fameux n'a-^tr-îl pas enseigné que si le sabot du cheval se changeait en une main humaine » on verrait le cheval disputer à l'homme l'usaee de la raison et Tempire de lu terre (2) ? Un autfe n'a-t-il pas dit qure d'un plus grand cerveau dans l'homme que dans l'animal, venait toute la différence qu'on remarque entre eux?

IL « Cet homme , dit M. Bonnet , qui a cru Eure un pas très-philosophique , n'avait pas coDsidm qu'un animal quelconque est un système particulier, dont toutes les parties sont en rapport entre elles. Si la botte du quadrupède venait à se convertir en doigts flexibles , la botte subsisterait encore dans le cerveau. » Les singes , et surtout le pongo , ont des doigts assez semblables aux nôtres ; pour cela les voyons - nous voler d'un pôle à l'autre , pour se donner des secours mutuels ; parcourir le globe immense de la terre, pour aller porter a de nouveaux peu-

ees les richesses de la religion, de l'art et de salure 7 Les voyons-nous former des correspondances de génie , de commerce, d'industrie, d'instruction et de sentiment; counailre et adorer l'invisible auteur de la nature? Jetez un regard sur ces vastes palais, sur ces monuments superbes, fruits heureux du

iorics de fait», f ai trouvé qu'iU étaient ou bien destiu de tout fondement, ou Itien revêtus de tant do drconstanccs fiittsses, que la yériié n;éiait plus rrconnaiss:il»Ie. On en volt un exemple singulier au snfet 'ût deux chf^vaax de Lunéville , dans le JourwU ki$l. et lin., 15 avril 1779, p. 568, cl 15 juin, p. i55.

(I) M. Rejmar a nié celait, et M. de Condillac n'a pas été heureux dans la dércnse de H. de Biiffon.

(S) Helvétiiis a pris la première idée de son sys- Cénie dans un passage mal entendu de Plntiinpie, dans les £flMÎf de Montaigne, et visiblement dans le chap. xnr 3e la Plwaliié des monda^ de Huygens, qni néanmoins n*a eu garde de conclure d'une maniiie aiis» absurde que le riiilosophe français. Ainsi, ee »vaiii en tu n -a pas nrômc Tboimeur de rinvenlion en ce genre de délire.

génie et dioib-4*OBQvro de Fart; chetdiez-lea cher les brutes à cinq doigts. — Nous avona vu des hommes nés sans pieds ni mains être aussi raisonnables que les autres, et montrer souvent plus d'art et d'esprit qu'euic.

Le philosophe qui a si mal raisonné sur le cerveau , ignore sans doute que dans leTeau Il est d'une grandeur étonnante ; que dans 1 enfant il est comparativement beaucoup plus grand que dans Thomme ; qu'il y a des maladies où , suivant la rtoarquc du célè- . bre Haller , le cerveau se consume sans que le malade perde rien de ses facultés intellect tuelles ; qu'il y a des singes et des cétacécs qui, proportionnellement au volume de leur corps , ont plus de cerveau que Thomme ; que l'éléphant, quoiqu'il ait plus d'instinct qu'aucun des animaux , a cependant le cerveau plus petit que la plupart d^entr^eux , relativement au volume de son corps, etc., etc. (|Voycz les Réfl. philos^ sur le Syst. de la nal. par M. Hollanà, 1T76, pag. 60.) Le cerveau du singe, dit M. de Bufibn, est abso^ lument de la même forme et de la même pr<hportion que celui de rhomme , et cependant U ne pense pas ( Hist. nat., t.ih^p 61 ).

170. D. N'est-ce pas peut-être faute de société, d'éducation et d'une vie assez loneue, que les animaux n'acquièrent point les idées sufDsantes an développement de la raison ?

R. En ce cas, le corbeau, qui vit longtemps, mis en cage dans quelque salle où il y a de fréquentes assemblées académiques , deviendrait un Bémosthène, un Platon;' le sinçe, dans le cabinet d'un prince, deviendrait un politique profond, un courtisan habile et rusé (1). Pour l'honneur de la philosophie, il faudrait supprimer ces sortes dlmaginations. — Pourquoi les animaux no vivent-ils pas en société comme les hommes? Pourquoi ne donnent-ils pas à leurs petits une éducation polie et savante? Bientôt sans douté les singes établiront dans le Congo ou la Guinée des écoles de mathématiques ? U sera curieux de voir parmi eux des Clavius et des Newton. On a beau raisonner sur Tinfluence de Téducation , pourquoi les brutes n'établissent - elles pas d'éducation parmi elles ? Pourquoi , placées dans la société des hommes les plus sages, demeurent-elles toujours brutes ? etc. (2).

(1) Les animaux qui n'ont jamais vécu avccriiomme, tels que le renard, le castor , ont en général plus d'instinct et d'astuce que les animaux domestiques* L*éié|iliant ,qui vit dans les déserts, et qui n'entre en société avec rhomme qu'après la perte de sa iiberié, doii( les progéniteurs et les aieus ont élé sauvages, (car il n*engpndre pas dans l'état de captivité ) ^ passe pour ^tre le plus ducilc et le plus prudent des quadrupèdes.

(2) Qu'on iuge de leur aptitude à recueillir des lumières et a pefectionner Leurs connaissances, par IMgHurance |)erpétueUe où ils restent du traitement

Sue nous leur faisons et du sert Datai qui les auend* tous les tuons et les mangeons depuis cinq mille ans, sans qu'ils s'en doutent. La poule qui aura vu égOrger cent de ses5œurs, n'en conçoit pas le moindre ombrage ; die éièveses poiussins avec toute la tendresse, d'une mère, sans se douter du sort qui bss attend;

CATÊCBISME

171. i>. Paisqua, selon la rcmarqtte de M. de Buffon » le cenFcau du pongo est exactement organisé comme celui de Thociime , pourquoi chercher quelque différence entre «ses deux êtres 7

11. Nous ne cherchons pas cette différence, elle se montre à découvert, ^i fait naître naturellement cet argument en faveur de Tâme humaine que M. de Buffon regarde comme évident et mvincibSe. «La langue de Torangoutang, dit cet habile naturaliste (T. i^, p. 61 )y et tous les organes de la voix sont les mêmes que dans Thomme » et cependant Torang-outang ne parle pas. Le cerveau est absolument de la même forme et de la même proporiion, et cependant il ne pense pas. Y a-4-U une preuve plus évidente que la matière seule, quoique parfaitement organisée, ne, peut produire ni la pensée, ni la parole qui en est le signe , à moins au^clle ne soit animée par un principe supérieur ? ».... « Cet orang-outang, dit-il ailleurs (J. li^, p. 4), ou ce pongo nVst en effet qu*un ani- •mal, mais un animal très -singulier, que rhommo ne peut voir sans rentrer en luimême, sans se reconnaître, sans seconraincre que son corps n*cst pas la partie la plus essentielle de sa nature».... « Aussi le singe est-il indocile autant qn*extravagant : sa nature est en. tout également revêche. Nulle sensibilité relative nulle reconnaissance des bons traitemenst, nulle mémoire des bienfaits » (r. 11 , p. 3).«K Le singe n'imite

pas rhomme par ce qu'il veut, mais par ce

qu'il peut» (7. U,p. 38). « Le singe

est plus loin de l'homme que la plupart des antres animaux; le chien , par exemple , Téléphant (l),etc. » (T. ik, p. U, 42). On peut voir d'autres observations dans le même na-

les bœufs, les moutons, les veaux, etc., sont dans la même sécurité. Ils nous voicnl Ions les jours rouverts des peaux de leurs parents, des rues cnitères leur nréi^euteni le triste spectacle de leurs frères égor* gës. bu si long et si terrible ntassaere n*a pu encore lein* donner une idée de leur destinée, ai même la plus légère définoce à regard de Tbonime.... Je ne sais sir y a beaucoup de réflexions plus propres h cnnflrmer tes saines notions que la vraie Philosopliie

nous donne de r&mc des brutes En vain dira- l-on

i|u*on les nourrit; ipiel est Pliommequt, pour être nourri , consentira à se laisser manger avce tous ses descendants , sans que durant cinquante siècles il y ail' quelque réclanuition coiiire un si barbare contrat..

(1 ) Un observateur moderne ne craint pas de mettre le singe nuHlessous de divers oiseaux. Pour les facultés iitieUeciueUeê , dit-il , Corang'Oulang est bien plus ildgné de, t homme qn^un perroquet^ une. pie ^ un merle , il qui on apprend a articuler quelques mois , et que n*a jamais pu faire un singe. Celte assertion , qui inratt d abord éirange , devient plausiidc quand on réfléehit que le si/kce a pirraiieioeut Torgane de la voix • tel qu^il est dans Tliomuie , qird a de plus la même organisation intérieure do cerveau, et que jamais Il n*a pu répéter une syllabe aprfe avoir itassé de longues annét^s dans la société ties sens de eour et de» femmes le^ plus gaxouilleuses ; tandis uu*an merle, qui ti*a auam de ces avantages . apprend le bngage hvmaia avec focillté, et le rend avec une précision ^bieii propre a confondre la baluonlîse de Tanimal antbropoinori'he.

luraliste , qui renvoient évidemment. le singe à la classe des créatures destituées de raison» et qui détruisent par une preuve de foît la

Shiiosophie épicurienne, occupée à chercher ans Torganisation du cerveau la difTéreiico de deux êtres si éloignés l'un de Tautrc (1). 172. D. Ne pourrait-on pas soupçonner

Jue , malgré la ressemblance de Fanatoniie u singe et de Thomme , quelque défaut imperceptible empêche la naissance de la pensée, comme il arrive dans les imbécilles (2) 7 R. Il est vrai que dans l'homme imbécille , la pensée est empêchée par un défaut d'organes ; mais ta pensée se manifeste dans tous les hommes où ce défaut n'est pas : je la découvre dans nioi-mémc par la conscience la Ï>It]s intime ; d'où j'infère , avec le plus grand ondemcnt, que le principe de la censée se trouve également dans 1 homme imbécille. Au contraire nul 3inge n'ayant jamais pensé, je dois conclure que la pensée ne lui appartient pas. Les qualités générales de l'espèce sont le résultat de l'essence et de l'immuable nature. — Après tout ce que l'on peut imaginer là-dessus , il est toujours certain , et M. de Buffon le démontre, que Thomuio pense, que le singe ne pense pas, et que l'on ne découvre aucune raison de cette diuérence dans les organes. Tandis que les esprits incertains s*amusent à des que sait-on» Ados peut-être , à des pourquoi pas; le sage ée décide sur les faits, et ne voit là aucun mjstère, ni aucune matière de dispute :. Creavii Deus hominem ad imaginem suam : ad itnaginem Dei creavit tï/um.... inspiravit in faciem ejus {G en. 1, 27 ; 2, 7) ; voila toutes les questions résolues , et les raisons de la différence étibiles, «r Le créateur, dit M. de Buffon. a pénétré le cor|>s de l'homme de son souffle divin : s'il eût fait la même faveur, ie ne dis point au singe, mais à l'espèce la plus vile, a l'cinimal qui nous- parait le plus mal organisé, cette espèce serait bientôt devenue la rivale de l'homme ; vivifiée pair l'esprit, elle eût primé sur les autres, elle eut pensé, elle eût parlé »... (J. 14^, p. 32). « Cette étendue , dans notre nature , vient moins des propriétés du corps que de celles de l'âme : l'homme s'est , pour ainsi dire , soumis tous les éléments par un seul rayon de son intelligence; il a produit celui du feu, qui n'existait pas sur la surface

(1) llelvétius s*en prend k la disposition méc ni-

3 lie des corps, qui tient les singes, comme les enfttu:s, ans un mouvement perpétuel, et ne les rend pas suscep* tibles de Vennui, tiui est un des principes de la perfceii* biliié de Pesprit hunuiin. Mais pourquoi les eqfants ne restent' ils pas dans le cas de ce mouvement vcrpéttirl^ dans cette imj^ossibilité de s'ennuyer? Ponrqvioi deviennentilsdes lionimos posés et sensés, et raisonnentils enfln de tontes les manières et sur toutes les sciences ; tandis que les singes continuent à ne faire que dét grimaces ? Voilà ce que le soblinie pbilosoplie a oublié de nous apprendre.

(2) Est-il bien sûr que dans les imbécilles un. habile anatoroistû ne découvrirait aucun dérangement d'organe» ?..• Peut-être cette assertion est-elle aussi gratuite qu'une multitude d^antres , sur lesquelles on raisonne fort inutilement i perte de vue ; mats on p.ut. sans îonté'jiifMte, fa supposer vraie.

PlIlLOSorillOlJB.

de la tei-re ; H a so se vêtir , 8*abrller • nti lo^ fer...* Sans éirë ni si fort, ni si grand , ni si robuste que la plapart des animaux , il a sn les raincre, les dompter, les subjuguer, les l'onfioer, les chasser, el s*emparer des espaces qne la nature semblait leur avoir exclusivement départis » {Ibid. , p. 312).

9 173. D. Ne su(Bt*il pas de conclure de celte observation , que l'âme des brutes est à la Térité bien inrérieure à celle de Thomine , mais qu*elle n'en diffère que du plus au moins?

R. Tontes ces ôbservalîons prouvent que chez les brutes il n'y a point de réflexions , et qu^elles on sont incapables , puisqu'avec 1rs organes les plus analogues à Inonime elles ne réfléchissent pas Or avoir la réflexion, et ne l'avoir pas; être capable de penser, et en être absolument incapable, ne sont pas des différences du plus au moins , Htals des propriétés fondées sur la nature même des choses.

174. D. Puisque les animaux sont si loin de rhomme, el que leur nature est si différente de la sienne , que peut-on dire de rai* sonnable sur le principe qui constitue leur

être?

R. Quelques philosophes ont cru que c'é-' tiientde pares machines ; d'autres ont imaginé qu'ils avaient des flmes matérielles; d'autres ont dit que ces âmes étaient spiritaelles , mais d'un ordre inrérieur et a une espèce différente de l'âme humaine ; plusieurs enfin ont cru que ces âmes n'étaient ni matière ni esprit ; mais quelque être mitoyen qui ne fût ni l'un ni l'autre.

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