CHAPITRE XLVIIL
D. Hais un autre scrupule généra peut* élrede bons catholiques. Reconnaître avec les pères qu*on a cités que les Gentils connaissaient le vrai Dieu , n'est-ce point déroger au bienfait do la rédemption ?
R. D'abord la seule autorité de ces pères doit déjà nous faire conclure que non. Ensuite si nous examinons comme ils entendent la chose , nous l'entendrons comme eux , et nous reconnaîtrons avec eux que tontes ces connaissances viennent originairement du RédempUHîr.
D. Comment cela?
R. Suivant S. Irénée, ainsi que nous Tavons vu, la connaissance du vrai Dieu vient
de quatre sources : 1* de la révélalion fnit» au premier homme; 2* de la révélation par Moïse et les prophètes ; 3* de la révélation naturelle par le spectacle de la création ; 4» de la révélation par Jésus-Christ en personne. '
D. Expliquez-nous un peu au long la première
R. La première, renouvelée par Henoch ^t par Noé et secondée par la troisième , embrasse une période de plus de deux mille ans, suivant l'Hébreu cl la Vulgate, depuis Adam jusqu'à Abraham, vers le temps duquel l'idolâtrie commença à s'introduire. Jusque tilors, dit S. Thomas, une nouvelle révélation n était pas nécessaire, tous les hommes persistant dans le culte d'un seul Dieu l Summ. 22, q. 176, a. 6). S. Cyrille d'Alexandrie parle
ostat
que des Juifs ^„ .
Nous démontrerons sans peine que, sauveur de tous, Dieu a eu également soin des nations et non pas d'Israël seul. On voit même manifestement qu'il a pris soin des nations avant d'appeler Israël de l'Egypte pour le conduire
cul des Septante). Or durant cette période , on ne trouve dans les lettres sacrées pas un seul qui soit incriminé d'idolâtrie. Ils sont accusés d'autres choses, et ils périssent justement par le déluge : car toute chair avait corrompu sa voie. On ne trouve pas non plus l'accusation d'idolâtrie intentée à aucun des fils de Noé après le déluge. Ce n'est que 942 ans après (toujours d'après les Septante) ; la postérité de Noé étant dispersée de toutes parts, les hommes s'étendant déjà et en Orient et sur les côtes de la mèr, et s' étant déjà réunis dans des villes : ce fut alors seulement que régna le premier en Assyrie un homme superbe et arrogant, Arbélus (Bélus) , qu'on dit avoir reçu le premier de ses sujets le nom de Dieu. Saivant ce père, il y aurait eu 3184 ans de-
Îmis Adam jusqu'au commencement de l'îdoâtrie. Il ajoute que ce fut sous Ninus, fils d'Arbélus , que vécut le divin Abraham , et que détestant les efforts impies des Assyriens et l'outrage qu'ils faisaient à la majesté divine, il fut appelé à une connaissance plus certaine du vrai Dieu. Nous disons donc, conclut-il , que la providence du Dieu toutpuissant dans le soin des nations a été antérieure à la vocation d'Israël hors de l'Egypte; et même la vocation des Hébreux est une vocation de Gentils, ayant été accomplie dans le chef de la race , savoir en Abraham que Dieu tira d'une forêt stérile pour en faire un adorateur en vérité {Cont. Julian., /.a, object. ult.).
D. Y a-t-il encore d'autres pères qui pensent sur cette question comme S. Cyrille?
R. Il y en a plusieurs autres , notamment S. Epiphane qui, dans son Histoire et sa Réfutation générale de toutes les hérésies, porte comme fait et principe fondamental : que l'Eglise catholique est de rétcrnilé, qu'elle
CATÊCIIlS)f£
fô;
est le commencement de toutes choses , et
iae toutes les hérésies lui sont postérieures. le ces hérésies il en compte vingt avant Jésus-Christ, et dans ces vingt il met le paganisme ou ridolâtrie vers le temps d* Abraham lAdv.hœret., M).
D. Que direz-vous de la seconde révélation ?
R. Quant à la seconde révélation , faite par Abraham, Moïse et les autres prophètes, S. Athanase observe qu'elle n'était pas pour les seuls Juifs, mais pour toute la terre. Les hommes pouvaient donc, dit-il , levant les regards vers retendue des deux , et considé-^ rant Vordre de la nature et f harmonie des choses, en reconnaître le prince et le modérateur, le Verbe de Dieu qui, par sanrovidence universelle , manifeste a tous le Père , et qui meut pour cela toutes choses, afin que par tui tous puissent connaître Dieu. Que si cela leur était difficile, ils pouvaient par le seul commerce avec les saints, parvenir à cette science , de manière à connaître le Dieu créateur de toutes choses, père du Christ : comprendre de là que le culte des idoles n'est appuyé sur rien de divin, mais qu'il est rempli d'impiété. Ils pouvaient aussi , par Vinstitution de la loi , être détournés des crimes et mener une vie vertueuse. Car ce n'est pas en faveur des Juifs seuis que la loi a étéintrod aie, Icspro-phètes nonplus n'ont pas été envoyés aux seuls Juifs, qui les persécutaient ; mais ils ont été destinés pour être les maîtres et les instituteurs de f univers entiers , et comme une école publique et sacrée, tant pour ce qui regarde la connaissance de Dieu , que pour ce qui reregarde la conduite de l'ame [De Incarn» Verbi).
D. Est-ce là une opinion particulière à
S. Athanase?
11. S. ChrysostAme tient le même langage. // est une voie par les créatures , il en est wie autre par les serviteurs. Cest par celle^i que, dans les siècles anciens , Dieu a disséminé la doctrine dans chaque génération. Il instruit les Egyptiens par Abraham, ainsi que les Perses: les Ismaélites par ses descendants , ainsi qu'une infinité d'autres ; les habitants de la Mésopotamie par Jacob. Vous voyez que Tunivers entier eût été enseigné par les saints, si les hommes avaient votdu» De plus, avant eux, le déluge et la confusion des lanaues avaient suffi pour exciter leur esprit. De la même manière » tous ceux qui habitaient VOccident apprenaient toutes choses par leur commerce arec les marchands égyptiens (In Psal. 4).
D. Mais cette manière de voir csl-elle justifiée par TEcriture sainte ?
R. Le saint homme Tobie disait : Bénis^ sex le Seigneur» enfants d'Israël, et louez-le devant les nations ; car s'il vous a dispersés parmi des nations qui l'ignorent . c'est afin qui vous y racontiez ses merveilles et que vous leur fassiez savoir qu'il n'y a d'autre Dieu tout-puissant que lui (Tob. 13, 3 e/ h). Enfin Dieu lui-même disait à Pharaon :
Voici pourquoi je suis établi , t'est afin de montrer en toi ma force, et que mon nom soit raconté par toute la tetre [Exod. 9, 16).
D. Voilà aui est bien pour les éeux premières révélations : que direz-vous de ki troisième ?
R. Pour ce qui est de la troisième sorte de révélation par la raison , les pères qui ont défendu le christianisme contre les païens , remarquent deux choses. La première, c*est que la raison qui éclaire tout homme venant en ce monde , est le Verbe de Dieu. Ce n'est pas setUement chez les Grecs que le Verbe e^ établi ces vérités par Socrate, dit S. Justin : le même Verbe, fait homme^ et appelé Jésus^ Christ Va fait encore chez les Barbares (1. Apol. n. 3). S. Athanase , ainsi ^ue nous ta» vous vu, Clément d'Alexandrie et autres s'expriment de même. La seconde observation, c'est que ce Dieu qui apparaît aux patriarches et aux prophètes, était le même Verbe de Dieu. Bossuet a résumé cette commune pensée des pères, en sa sixième élévation de la dixième semaine.
D. Que conclure de tout ceci?
R. Toutes les lumières viennent ainsi du Fits de Dieu , ainsi que viennent du soleil toutes les lumières qui précèdent son lever, même celles qui répandent dans les ténèbres comme un jour nocturne. C'est de lui , par lui et pour lui que tout est. Toutes choses viennent d'un seul et même Verbe, dit le livre de rimitation (£. 1 , c. 3], e/ toutes choses parlent un seul et même Verbe, et c'est là ce principe qui nous parle. Scms lui personne ne comprend ni ne juge avec rectitude. A lui donc la gloire de tout dans les siècles des siècles.