‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 135 sur 235 · CHAPITRE LHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LHI

D. Y a-t-il encore d'autres vérités principales du catéchisme que les savants Ignorent , tandis que les ignorants les savent ?

DU SEiNS COMMUN.

R. Oui, il y. en a d'antres encore pariicu-^ lièrcmenl la notion de la grâce.

D. Comment cela ?

R. Dans leurs œuyres historiques ou philosophiques , la plupart des savants modernes, en parlant de la doctrine de TËglise catholique sur la grâce et la nature, supposent que, d'après cette doctrine, la grâce n'est que la restauration de la nahire, e), que la nature non ébréchée n'avait aucun besoin de la grâce.

D. A cela que trouvez-vous à redire ?

11. D'abord c est imposer à TËglise le contraire de ce qu'elle enseigne?

D. Qu'est-ce que TEglise enseigne donc sur la nature et la grâce ?

R. Elle enseigne que la grâce est non seulement une restauration de la nature déchue, mais encore et surtout un don. surnaturel, un don au-dessus de la nature même non déchue.

D. Comment S. Thomas explique-t-il la doctrine de l'Eglise?

R. D*aprës Texplication de S. Thomas, qui est l'explication catholique , la grâce est un don surnaturel , non seulement à Thomme déchu de la perfection de sa nature , mais à l'homme en sa nature entière : surnaturel, non seulement à Thomme, mais à tbute créatare ; non seulement à toute créature actuellement existante, mais encore à toute créature possible (12, q. 110, a, 1; — q, 111,

a. 1, ad 2; — 7. 112, a. 1 ; — </. lU, a. 2).

■ î-t-il

son?

D. Saint Thomas en donne-t-il Quelque rai-

K Saint Thomas ne se borne point à l'expliquer ainsi, mais il en donne une raison si flaire et si simple qu'il suffit de rcnltndre pour en être convaincu.

D. Quelle est cette raison si claire et si simple ?

R. La vie éternelle consiste à connaître Dieu, à voir Dieu, non plus à travers le voile des créatures , ce que fait la théologie naturelle; non plus comme dans un miroir, en énigme et en des similitudes, ce que fait la foi : mais à le Voir tel qu'il est, à le connaître tel qu'il se connaît. Videbimns eum sicud est, dit le disciple bicn-aimé ( 1 Joan. 3, 2). El S. Paul l'Afaintcnant nous le voyons par un miroir en énigme ; mais alors ce sera face à face. Maintenant je le connais en partie; mais alors je le connaîtrai comme j'en suis connu ( 1 Cor. 13, 12). Or tout le monde sait, tout le monde convient que de Dieu à ufie créature Quelconque il y a l'infini de distance. Il est Qonc naturellement impossible à une créature, quelle qa*clle soit, de voir Dieu lel qu'il est, tel que lui-même il se voit. Il lui faudrait pour cela une faculté de voir infinie, une faculté que naturellement elle n*a pas, et que naturellement elle ne peut pas avoir. Il y a plus. La vision intuitive de Dieu, qui constitue la vie éternelle, est tellement au-dessus de toute créature, que nul ne saurait par ses propres forces en concevoir seulement l'idée. Oui ,^dit S. Paul après le prophète Isaïe : Ce que Vœil n'a point vu, ce que V oreille n'a point entendu, ce qui n est point monté dans le cceitr

de rhomme, voilà ce que Dieu a préparé à ceux

Îfui V aiment ( 1 Cor. 2,9). Pour donc que 'homme puisse mériter la vie éternelle ^ et même en concevoir la pensée, il lui faut, en tout état de nature , un secours surnaturel , une certaine participation à la nature divine. L'homme ne pouvant s'élever en ce sens jusqu'à Dieu, il faut que Dieu descende jusqu'à l'homme, pour le déifier en quelq^ue sorte. Or cette ineffable condescendance de la part de Dieu , cette participation à la nature divine , cette déification de l'homme , c'est la grâce ( 1, q. 12, a. 4; — 7. 23, a. 1 ; — q. 56, a. 3, ada; — 22, 9. 5, o5).

D. Si on supposait le contraire de cette ex* plication et de cette doctrine que s'ensuivrait-il?

R. Supposer que l'homme puisse , par les seules forces de sa nature d'homme, voir Dieu tel qu'il est en lui-même, tel que lui-même il se voit, c'est supposer que l'homme est autant que Dieu , ou que Dieu n'est pas plus que l'homme : c'est supposer qu'il n'y a pas une distance infinie entre l'homme et Dieu : c'est offenser le premier article du symbole du bon sens.

D. Que concluez-vous de ceci ?

R. Je conclus entre autres, qu'il est d'une extrême importance pour les savants de sa* voir le catéchisme.

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