‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 136 sur 235 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

D. Avez-vous d'autres observations sur des matières semblables ?

R. 11 en est une qui touche de près à ce que nous venons de voir.

D. Qu'est-ce que c'est ?

R. C'est de s'imaginer que par le péché originel , l'homme a été privé de quelque chose qui était dû à sa nature : ensuite, que si Adam n'avait pas péché, ses descendants n'auraient rien à craindre ni à souffrir.

D. En quoi consiste donc la vraie punition du péché originel?

R. La vraie punition du péché originel consiste, à être privés des dons surnaturels que Dieu avait surajoutés à la nature humaine dans le premier homme , chef et représentant de cette nature, et elle ne consiste qu'en cela.

D. Expliquez-nous un peu piUs votre réponse.

R. Le principal de ces dons était la grâce qui devait se consommer dans la gloire, dan. la claire vue de l'essence divine. L'immorla> lité du corps, la parfaite soumission des sen à rame et de l'ame à Dieu en étaient les suites. Pat le péché , l'homme a perdu tous see dons surhumains : il est réduit à sa natun seule, nature iniparfaile* mais telle néanmoins que Dieu aurait pu l'y créer dès l'origine. Telle est la doctrine de l'Eglise, qui en conséquence à condamné dans Raius cette proposition : Dieu n'aurait pu dis Vorigine créerV homme tel quil naît maintenant {Baii. prop. 55).

D. Que faut-il faire pour bien apprécier notre chute ?

R. Pour bien apprécier la chiite que nous

CATËGMISMK

avons flaiit6 dans notre premier pdre , considérons bien d*où nous sommes tombés. Notre premier père arait un esprit naturellement clair et net, une rolonté natarellemcnt droite, un corps parfaitement soumis à Tame. De « plus son ame était éleYée à l'état surnaturel et divin par la p;race que nous appelons sanctifiante ou babitnelle. Son esprit recevait de la grâce que nous appelons actuelle la force de concevoir les vérités, et la volonté, la force d*aimer les vertus de cet état divin qui, sous tous les rapports surpassait infiniment les forces de la nature , si parfaite qu'elle fût. S*il nous avait engendrés dans cet état, nous y serions nés avec un esprit naturellement claii et net, avec une volonté naturellement droite , avec un corps parfaitement soumis à l'ame. Surtout nous serions nés comme lui avait été créé , dans Tétat de grâce et avec le secours de la grâce , pour embrasser les vérités et les vertus surnaturelles.

D. Ave2-vous quelque remarque à faire à ce propos ?

R. Remarquons bien, nous naîtrions dans le même état que notre premier père a été créé, mais non pas dans un état meilleur. Comme lui, nous serions soumis à Tépreuve ; comme lui, nous pourrions perdre la grâce et tomber dans un état de péché et de mort. Saint Thomas examinant ex professa la question, si les enfants nés dans Tétat d'innocence eussent été confirmés en la justice , répond formellement que non. Outre un texte de S. Augustin qui le suppose, il en donne la raison que voici : Il est évident que les enfants en leur naissance n'eussent pas eu plus de per^ fectionque leur parents en Vétat de génération. Or tout le temps quils eussent engendré, leurs parents n'eâssent pas été confirmés dans la justice'. La preuve en est que l'homme n'y est confirmé que par la claire vue de Dieu; ce qui ne se peut avec la vie animale , dans laquelle êetde a lieu la génération. « Vous ne pourrez voir ma faoe, dit le Seigneur à Moïse : car nul homme ne me verra et vivra (1 Exod. 33, 20) » Donc les enfants ne seraient plus nés dans cette confirmation {Summ. p. 1, 9, 100, a. 2).

D. Votre remarque me paratt importante.

R. Il est bon de se rappeler ceci ; car on s'imagine trop souvent que si notre premier père avait été fidèle, nous n'eussions rien a craindre ni rien à faire. La vérité est que ce commun ancêtre eut-il été fidèle, nos ancêtres particuliers pouvaient ne l'être pas, et par suite nous engendrer dans un péché originel. Enfin tous nos ancêtres eussent-ils été fidèles , nous pourrions ne l'être point, tomber dans un état de péché et de mort (1). Et dans cet état pourrions-nous compter sur la miséricorde qui a suivi la chute de notre premier père? Pensons-y bien ; et au lieu de murmurer nous trouverons de quoi bénir.

D. Pourriez-vous nous dire quelque chose sur l'état des enfants morts sans baptême ?

R. Pour ce qui est des enfants qui meurent avec le seul péché originel , S. Augustin dii \ que leur peine est de toutes les peines la plus '

(I) S. Th. (f. 5, de mMo, art. 4. l. 8 de ses œuvres, p. 285, édition dWjiToi't.

douce (Enehirid.f c. 93). S. Thomas infère de là, qu'elle est plus douce que celle d'un péché véniel. En examinant la chose en détail , il conclut que cette peine consiste uniquement dans la privation, et non dans aucune souffrance : dans la privation de tout ce qui est au-dessus de la nature de l'homme, comme de voir Dieu en lui-même, mais non dans aucune souffrance, dans aucune dou« leur, pas même à cause de cette privation. Car pour s'affliger de n'avoir pas ce bien surnaturel, il faudrait que ces entants le connussent. Or ce qui est au-dessus de la nature, on ne peut le connaître que par la lumière surnaturelle de la grâce et de la foi, que ces enfants n'ont point. Donc, conclut l'Ange de l'école, leurs âmes ne savent pas quelles sont privées d'un tel bien. Et c'est pourquoi elles n'en sont point allligées : mais ce qu'elles ont natureUement, elles le possèdent sans douleur (1).

*sç: CHAPITRE LV.

D. Reste encore la plus terrible des vérités, vérité terrible pour tout le monde : l'enfer, avec l'éternité de ses peines.

R. L'enfer, avec réternité de ses peines, n'est point à craindre pour tout le monde, mais pour les méchants seuls ; et encore pas pour tous, mais pour ceux-là seulement qui ne veulent ni cesser ni réparer leurs crimes, mais les rendent éternels par leur obstination. Au contraire tout cœur noble et généreux, qui par là même hait nécessairement rhypocrisie, doit se convaincre avec une véritable satisfaction que le crime audacieux qui si souvent en ce monde usurpe les honneurs et les récompenses de la vertu, subira dans l'autre une confusion et une vengeance éternelle.

D. Qu'est-ce qui nous oblige de croire à l'existence de l'enfer et de peines étemelles pour les méchants incorrigibles?

R. Le sens commun du genre humain et l'enseignement de l'Eglise catholique.

D. Développez quelque peu votre réponse.

R. L'Eglise catholique, ainsi que nous l'avons vu, est la portion intelligente de Tliumanité ; elle a comme telle une infaillibilité naturelle pour tout homme qui veut être raisonnable. Par-dessus cela , elle a reçu de Dieu une infaillibilité surnaturelle et divine : en sorte qu'elle est doublement infaillible et dans sa ciroyance et dans son enseignement. Or l'Eglise catholique croit et enseigne, formellement et partout qu'il y a un enfer et des peines éternelles pour les méchants incorrigibles. Donc nous devons le croire, si nous ne votilons pas nous révolter contre la foi chrétienne et contre la raison humaine.

D. Mais avons^nous des témoins bien sûrs de cette croyance à un enfer étemel parmi les peuples non chrétiens?

R. En voici quatre dont le témoignagi; ne saurait être suspect.

D. Quel est le premier ?

R. La Grèce vous dira avec son divin Pla-

(!) Opcr. S. Thom., l. 8, 0, 5. de Pana pcccati origin.i u\, ^

ton : La mori n*ui qt^e la êéparation de Vame H du eorp». Quand les morts arrivent devant le juge» il examine Vital de chacun sans avoir égara au rang qu'il occupait sur la terre. Pour ceux gui, ayant atteint les limites du mal, sont tout a fait incurables, ils servent d'exemples aux autres sans qu'il leur en revienne aucune utilité» parce qu'Us ne sont pas susceptibles d'être guéris : us souffriront éternellement des supplices épouvantaoies (Gorgias).

D. Quel est le second témoin?

R. Rome, ayec son poète, ouvrant les portes de l'enfer, vous montrera les cohtemptenrs de la Divinité, les parricides, les adultères, les ravisseurs du bien de leurs frères, punis par di^s supplices divers et sans cesse renaissants. CVfl là, dans ce lieu de supplice, que demeure le malheureu:! Thésée et qu*il demeurera éternellement ,

Sedel aeiernuixique sedclKl

Infelix Theseos,

(nrg.t ^neid. 7).

pour avertir par ses tourments tous les mortels à respecter la justice et la religion.

D. Le troisième témoin, quel est-il?

R. Le troisième témoin, l'impie Lucrèce ne convient-il point malgré lui de celte croyance universelle quand il dit : Si les hommes voyaient un terme à leurs maux , ils

Îïourraient secouer Vempire de la religion et es menaces de ceux oui la prêchent ; mais maintenant il n'y a nul moyen, nulle possibilité, puisqu'à la mort il est à craindre des peines étemelles (£. 1, vers, 108, etc.) 7

D. Le quatrième témoin de la croyance générale à un enfer éternel est-il aussi remarquable ?

R. Il l'est peut-être plus ; car c'est un des plus grands ennemis de la religion chrétienne, le philosophe Celse. Voici comme il parlait il y a quinze siècles : Les chrétiens ont raison de penser que ceux qui vivent saintement seront recompensés après leur mort, et que les méchants subiront des sup-^ plices éternels. Du reste ce sentiment leur est commun avec tout le monde (Apud Orig. cont, Cels., 1. 8).

D. Hamtenant quelle conséquence devons-nous tirer de cet accord universel ?

R. La conséquence naturelle et nécessaire qui en découle d'elle-même, c'est qu'il y a réellement un enfer éternel. Car, coonme dit Cicéron, ce consentement unanime et constant de toutes les nations est la voix de la nature et la plus forte preuve de la vérité; et ce que la nature apprmd également à tous est nécessairement vrai. « De quo autem omnium noiura consentit, illud verum esse necesse est » {De Nat. deor. 1. 1). Et avant lui, Heraclite : La raison commune et divine dont la participation constitue la raison individuelle, est la marque certaine de la vérité. Ce qui est cru universellement est certain; car cette croyance est empruntée à la raison commune et divine ; 0t par le motif contraire toute opinion indiviauelle est dépourvue de certitiuie. Toutes les fois donc que nous empruntons à la mé^ moire commune, nous possédons la vérité; et

DU SENS COMMUN. 6?i

quand nous n'interrogeons que nosre raison individuelle, nous tombons dans^ l'erreur

{Apud Sex. emp.).

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