‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 137 sur 235 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

D. Mais ne dit-on pas : Dieu est bon, il ne nous a pas fait pour nous damner?

R. On le dit, et on a raison de le dire; mais on aurait tort d'en conclure : donc aucun homme ne peut se damner quoique il fasse.

D. Faites-le voir par un exemple.

R. Dieu est bon, il ne nous a pas faits pour nous noyer dans un puits, pour nous brûler dans une fournaise. En condurez-vou» : donc celui qui se jette dans un puits, la tète la première, ne s'y noiera pas? donc celui qui se jette dans une fournaise ardente n'y brûlera pas ?

D. Quelle est de ceci la raison fondamentale?

R. C'est que Dieu nous a créés libres : il nous laisse libres de nous sauver ou de nous damner nous-mêmes : il veut , tant il nous honore, que nous soyons nous-mêmes les arbitres de notre sort éternel.

D. Mais, dit-on encore. Dieu est bon : comment croire qu'il punisse éternellement des fautes d'un moment?

R. Comment le croire? Lisez le Code pénal, vovez les cours d'assises, et vous verrez même les lois humaines et les juges de la terre punir par des peines en quelque sorte éternelles des crimes de peu de durée. Qu'un voleur de grand chemin vous demande la bourse ou la vie, ou entre de nuit dans votre maison, son crime n'aura duréoue auelques minutes; et cependant, d'après la loi, il sera condamné aux travaux forcés à perpétuité : en sorte que, s'il vivait encore cent ans, mille ans , dix mille ans , ou même à perpétuité , il serait pendant cent ans , mille ans , dix mille ans, ou même à perpétuité, c'està-dire éternellement condamné aux galères. Combien de temps faut-il à un assassin pour vous tirer un coup de pistolet ou vous plonger un poignard dans le cœur?

Une minute, une seconde. Et cependant pour ce crime d'un instant il sera condamné pour toujours à l'infamie, aux travaux forcés et même à la mort. Et tout, le monde convient que cela est juste, que cola est nécessaire, et que, sans cette punition éternelle des méchants même déjà sur la terre, les hommes ne |[>ourraient plus vivre ensemble.

D. En vérité, «d'après ce q'ue vous venez de dire , il serait par trop absurde de refuser à

que Dieu ne punit point éternellement des fautes d'un moment. J'avoue que si votre

que

faute, fût-elle la plus énorme, n'a duré qu'un instant) si par un vrai repentir cUc a été réparée aussitôt que commise, bien loin de la punir éternellement. Dieu vous la pardonnera à l'heure même : en cela bien différent des juges de la terre, auxquels il est défendu de. pardonner au repentir. Mais un méchant I au lieu de réparer son crime i

le rend élernel par son impénitence finale, que conclure, sinon que la peine sera éternelle comme le crime?

D. De ce que Dieu est bon et de ce qu'il ne veut pas nous dananer, ne pourrait-on [fds conclure tout au contraire qu'il y a un enfer, et un enfer éternel?

H. Je le pense.

D. Comment cela?

R. Dieu est bon, il ne nous a pas faits pour nous damner; il veut, au contraire, sincèrement nous sauver : donc il y a un enfer, et un enfer éternel. Ecoulez -en la Ï)reuve. N'est-il pas vrai que tous les calhoiques et généralement tous les chrétiens croient un purgatoire , c'est-à-dire à un enfer qui n'aura qu'un temps? N'est-il pas vrai que tout le monde consent volontiers à croire un enfer pourvu qu'il ne soit pas élernel? Or, je vous demande, cet enfer qui n'est pas éternel, ce purgatoire, à qui fait-il peur? peut-être à personne.Combien de crimes empéche-t-il? peut-être aucun. S'il n'y avait que ce purgatoire, s'il n'y avait pas un enfer vraiment éternel , combien d'hommes se donneraient-ils la peine de vaincre leurs passions, de pratiquer la vertu, en un mot de mériter le ciel? peut-être pas un seul. Chacun ne dirait-il pas : Il est vrai qu'en vivant comme je fais j'irai en enfer ; mais après tout , cet enfer n'a qu'un temps, après quoi tout est terminé? 11 est donc nécessaire pour porter efficacement les hommes à éviter le mal, faire le bien et mériter rétcrnité bienheureuse, il est nécessaire qu'il y ait un enfer^ et un enfer éternel; il est nécessaire de conclure avec moi : Dieu est bon , il veut sincèrement nous sauver; donc il y a un enfer, et un enfer éternel.

D. Ne pourrie£-vous donc tirer celte conclusion d une autre manière encore?

R. Dieu est bon, il est impossible qu'il veuille nous tromper; or s'il n'y avait pas d'enfer, et un enfer étemel, il nous tromperait, et par le sens commun de l'humanité , et par l'enseignement de son Eglise : donc il y a un enfer, et un enfer.

Encore : Dieu est bon, il est impossible qu'il conspire avec les méchants, qui se rient de l'enfer, pour se moquer des bons qui le craignent : or, s'il n'est pas un enfer et un enfer éternel, Dieu conspirerait avec les méchants pour se moquer des bons et des saints : donc il y a un enfer, et un enfer éternel.

Page 1