‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 138 sur 235 · CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVII

D. Dieu étant infiniment bon, ne peut-il pas vouloir procurer à l'homme son plus grand bonheur possible, et vouloir le lui procurer de la manière la plus efllcace possible? . R. Non seulement tout le monde conviendra qu'il le peut; quelques-uns iront même jusqu'à dire qu'il le doit.

D. Quel est le plus grand bonheur possible de l'homme?

R. C'est le bonheur le plus grand en soi ou dans son objet, mais que de plus l'homme aura mérité.

D. Pourquoi ajoutez-vous ces mots , maii que déplus Vhomm§ aura mérité?

R. Parce qu'un bonheur mérité est toujours plus grand que s'il n'avait pas été mérité.

D. Ainsi donc, pour procurer a l'homme son plus grand bonheur possible, Dieu a dû rendre riiomme capable de mériter ce bonheur? R. La conséquence ne peut être contestée. D. Mais , pour mériter , que faut-ii?

R. Pour mériter, il faut , avant tout, être libre: car sans liberté il n'y a ni mérite ni démérite. On ne punit ni ne récompense une pierre de ce qu'elie tombe toujours de haut en bas ; attendu qu'elle tombe ainsi nécessairement.

D. Ainsi donc*, pour procurer à l'homme son plus grand bonheur possible^. Dieu a d& le créer libre?

R. Il n'y a point de doute.

D. Mais civec la liberté de la créature, l'abus de celte liberté , autrement, le mal , le péché est possible ?

R. On ne peut le nier.

D. Ainsi donc, pour procurer a l'homme son plus grand bonheur possible , Dieu, dans toute sa bonté , doit souffrir que le mal oa le péché puisse exister ?

R. Oui.

D. Et souffrir qu'il existe en effet ? R. Oui encore ; car si Dieu ne pouvait souffrir que le mal existât réellement, le mal ne serait plus possible , l'homme ne serait plus libre, l'homme ne pourrai^t plus mériter son bonheur, le plus grand bonheur de l'homme ne serait plus possible; Dieu ne serait plus envers l'homme aushi bon qu'il pourrait l'être.

D. Ne pensez-vous pas que, de cette manière, la bonté de Dieu se concilie fort bien avec l'existence du mal ?

R. Je le pense.

D. Avec une créature libre, avec la liberté de l'homme. Dieu ne pouvant pas ne pas souffrir que l'homme choisît entre le bien et le mal, quel moyen Dieu pouvait - il employer pour porter l'homme à choisir le bien ?

R. 11 ne pouvait le contraindre; car c'eût été lui ôter sa liberté.

D. Que pouvait-il donc?

R. Il ne pouvait que l'y engager par les motifs les plus puissants.

D. Or quels sont les motifs les plus puissants qu'il soit . possible d'imaginer pour porter une créature libre, pour porter l'homme à faire un bon usage de sa liberté, à choisir le bien?

R. On ne peut imaginer de motifs plus puissants, que, d'une part, un bonheur éternel à gajçner, et, de l'autre, un malheur éternel à éviter.

D. Ainsi donc, pour procurer à Thorame son plus grand bonheur possible et le lui procurer par les moyens les plus plus eflî— caces possibles , Dieu a dû nécessairement lui proposer un paradis et un enfer?

R. C'est une CQnséquence nécessaire de ce qui précède.

D. S'il a pu et dû proposer cette alternati vc . pcul-il ne pas exécuter ce qu'il a proposé "3

DU SENS COMMLN.

A. Non : car en Dien il n*7 a pas le oui ci le non.

D. De tout ceci ne peut-on pas conclure : Dieu est bon envers Tbomme , donc il v a un enfer : Dieu est infiniment bon envers rhomme, donc il il y a un enfer éternel ?

R. Je pense, non seulement qu'on peut le conclure, mais qu'on le doit.

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