‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 139 sur 235 · CHAPITRE U1II · texte numérisé non relu

CHAPITRE U1II

; R. Un écu vaut-il plus que rien?

R. Qui en doute? mais que prétendez-vous avec cette question ?

D. Répondez toujours. Combien un écu vauMl plus que rien ?

R. La réponse n'est pas facile : il n'y a pas même de comparaison.

D. Combien de fois faudrait-il multiplier le rien ou zéro pour avoir un écu ?

R. On aurait beau le multiplier à Tinfini , jamais il n*en sortirait ni un écu, ni même un denier : ce serait toujours rien, toujours zéro

D. Quelle distance y a-t-il donc entre un écu et zéro, entre quelque chose et rien ?

R. La distance me parait inGnic?

D. N'y aurait-il donc pas une déraison infinie de préférer rien à quelque chose, zéro à un écu?

R. Je le crois.

D. Mais si cet écu , d'or ou d'argent ^ était rouillé, plein de bosses et de taches , et ne conservait qu'à demi effacée l'effigie du prince et le coin du monétaire , raisonneriez-vous toujours de même ?

R. Je penserais toujours que même le plus mauvais écu yaut incomparablement mieux et plus que rien.

D. Et si cet écu était vivant et raisonnable, deyrait-ii penser comme vous?

R. Je pense que , s'il était raisonnable , il penserait comme tout le monde.

D. Connaissez-'vous quelque monnaie vivante?

R. Jusqu'à présent je n*en ai pas vu dans les cabinets de médailles.

D. Est-ce que vous ne connaissez pas une certaine monnaie vivante et raisonnable, frappée à rimage de Dieu et par Dieu même?

R. Je la reconnais : c'est notre ame.

D. Croyez-vous que cette monnaie frappée à l'image de Dieu et par Dieu même puisse jamais arriver à un état où il soit raisonnable de penser ou dire quelle vaut moins que rien.

R. Si on ne peut pas , sans déraison, le penser ou le dire d'une monnaie frappée à l'image de l'homme et par l'homme; à plus forte raison ne pourra-t-on ni le dire ni le penser de la monnaie vivante et raisonnable, frappée à Timage de Dieu et par Dieu même. Mais j'y vois une difficulté.

D. Ouclle est -elle?

R. C'est que le Sauveur dit dans l'Evangile, en parlant de Judas : // vaudrait mieux pour cet homme qu'il ne fût pas né {Malth, 26, 24).

D. Il est vrai que le Sauveur dit ces pa-. rôles ; mais que s'ensuit-il ?

R. 11 s ensuit au moins que l'état d'un enfant mort avant de naître, mort dans le scia

de sa mère« vaut mieux que celui du traître Judas.

D. Il est vrai : mais il ne s'ensuit pas autre chose.

R. Je le vois à présent.

D. Notre-Seigneur dit bien : // vaudrait mieux pour cet homme qu'il ne fût pas né. Ne lui faisons pas dire avec certains interprètes,

Sti't7 n'cii/ pas été : parce que cela n'est pas il, et que d'ailleurs, comme le remarque saint Augustin sur ce texte, rien ne saurait être ni bon ni meilleur à qui n'est pas ( Ouœ. kOinMatth,).

R, La réflexion de saint Augustin me parait très-juste.

D. Objectc-t-on encore d'autres paroles de l'Écriture?

R. Il y en a encore d'autres , mais je vois bien maintenant qui! n'y a pas de difficulté.

D. Quelles sont ces paroles ?

R. Les réprouvés diront dans le dernier jour aux montagnes et aux rochers : Tombez sur nous , cachez-nous de devant la face de celui qui est assi^ sur le trône , et de devant la colère de P agneau {Apoc. c. 6). Mais ils ne diront pas : Anéantissez-nous.

D. Y a-t-il de cela quelque raison ?

R. En voici une de saint Augustin. De même qu'une créature sensible, lors même qu'elle souffre, est. meilleure qu'une pierre qui ne peut souffrir d'aucune façon : de même la créature raisonnable , même malheureuse , remporte sur celle qui est privée de raison et de sensibilité et qui pour cela n'est point expo-' sée au malheur [De Civit. Dei. L 12, c. 1.) : à plus forte raison l'emportera-t-elle sur une créature qui n'est pas sur le néant.

D. Vous reste-l-il encore quelque difficulté? *

R. Les raisons de saint Augustin me paraissent sans réplique. Mais je doute que la raison purement humaine s'y accorde pleinement.

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