CHAPITRE LIX
D. De touslespeuplesdcranliquité païenne, quel est le peuple qui vous parait le plus spirituel, le plus intelligent, le plus digne de représenter la raison purement humaine?
R. Je crois que, sans aucune comparaison, ce sont les Grecs.
D. Et de tous les peuples particuliers de la Grèce quel est celui qui l'emporte sur tous les autres pour l'esprit et l'intelligence?
R. C'est, sans contredit, le peuple d'Athènes.
D. Et de tous les Athéniens, quels sont lei hommes les plus spirituels et plus intelli^ gents, particulièrement sur les questions qui nous occupent?
R. C'est, on ne peut en douter, Socrate et Platon , le maître et le disciple , qui au fond ne sont qu'un.
D. Socrate et Platon peuvent donc être regardés comme le point culminant de la raison purement humaine?
R. Oui : Socrate et Platon peuvent être et doivent être regardés comme le point culminant de la raison purement humaine.
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D. Vous rappciez-vous le dialogue où Maton fait discuter Socrate avec Gorgias, Polus el Calliclès , précisément sur des questions scmblabtcs aux nôtres?
R. Je me le rappelle assez. Ce dialogue, intitulé Gorgias, contient trois parties distinctes.
D. Quelle est la première?
R. La rhétorique est Tart de persuader, mais de persuader le juste et rinjuste?Le juste. C'est la première partie contre Gorgias.
D. Quelle est la seconde?
R. Kst-îl meilleur de recevoir Tinjustice que do la commettre? de subir la punition qu*on a méritée que de s*y soustraire? il est meilleur. C*est la seconde partie contre Polus.
D. Quelle est la troisième?
R. Echappe- t-on à la punition dans cette yie, peut-on y échapper dans l'autre ? Non. C*esl la troisième contre Calliclès.
D. Parmi les peines de Tautre vie, Socrate en reconnatt-il d'éternelles ?
R. Oui : car c'est dans ce même dialogue qu'il dit que ceux qui ont commis les der-^ uicrs crimes et par là sont incurables souffirent en enfer a jamais d'effroyables tourments.
D. Mais Socrate disait-il tout cela sérieusement?
R. 11 proteste dans ce même dialogue que, dût-il souffrir la mort pour cette doctrine sur le juste et l'injuste, il la souffrirait de bonne grâce. Aussi bien , ajoute-t-il , personne ne craint-il la mort, à moins qu'il ne soit tout à fait insensé et lâche. Ce qui fait
{>cur, c'est de commettre l'injustice, puisque e plus grand des malheurs est de descendre dans l'autre monde avec uneame chargée de crimes.
D. Que concluez-YOus de tout ceci?
R. Je conclus entre autres aue, suivant les plus dignes représentants de la raison purement humaine, il vaut mieux être puni, soit en ce monde soit en l'autre , du mal qu'on a fait que d'en resterimpuni : et que les chrétiens qui penseraient le contraire demeurent au-dessous de la raison païenne. ^^
D. Que concluez-vous encore ?
R. Je conclus encore que ceux oui prétendent que l'éternité des peines de 1 enfer pour les méchants répugne à la raison humaine se trompent fort ; et au'au jour du jugement Socrate et Platon s'élèveront contre eux pour leur donner le démenti.