CHAPITRE LX
D. Nous avons déjà vu plusieurs choses sur le verbe de Dieu, entre autres : qu'il est cette lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde ; qu'il est la source première de cette raison commune et supérieure à tous les hommes, de ces vérités qui se trouvent les mêmes dans toutes les intelligences. Mais ne voudrîez-vous pas nous faire connattrela nature do sa médiation entre Dieu et rhomrae ?
^ R. Le Verbe oui était Dieu, et par qui ont
été faites toutes choses , s*est fait lui-même chair, s'est uni notre nature, est né de la femme, non pas de l'homme , est né de Marie toujours vierge, DieiPrhomme, homme-Dieu, unissant à jamais la nature divine et la nature humaine. Il a pris notre nature arec la i^eine du péché qui la viciait : et en subissant a peine, il a détruit le péché qui en était la cause. En lui, la nature humaine n'est pas seulement rétablie dans sa dignité première, mais élevée infiniment plus haut : elle est unie à la nature divine , non plus seulement par la grâce qui pouvait se perdre et s'est perdue en effet, mais par une éternelle identification avec la personne du Verbe. En lui, l'homme n'est pas seulement comme Dieu»
mais il est Dieu et Dieu est homme.
D. Cette ineffable glorification de l'homme dans le Christ doit-elle s'étendre de quelque manière jusque aux créatures inférieures à l'homme ?
R. Voici comme se peut concevoir la chose. L'homme est placé sur les confins des deux mondes, celui des esprits et celui des corps. Par la consommation de la grâce en nous ou par la gloire, notre esprit intimement uni et comme identifié à Dieu deviendra divin : notre corps , spirituel, glorieux, incorruptible : et par la communauté de nature , le lùonde matériel doit participer à la glorification de notre corps. Le péché de notre premier père vint détruire cette mystérieuse harmonie de la grâce. Au lieu d élever la création matérielle jus(}u*à Dieu, l'homme, séparé lui-même de Dieu, allait devenir de plus en plus l'esclave de cette nature inférieure qui devenait elle-même comme l'empire de Satan. Mais le fils de Dieu, unissant à jamais dans sa personne adorable la nature hu* maine à la nature divine et , dans sa nature humaine, la nature spirituelle et la nature matérielle, s'est constitué lui-même le principe vivant et immanquable de cette glorification de Dieu dans toutes les créatures et de toutes les créatures en Dieu. C'est, d'après saint Jean delà Croix, un des sens de celte parole : Quand f aurai été élevé de la terre, y attirerai toutes choses à moi ; Omnia l Jean. li, 32).
D. La chose est-elle déjà accomplie ?
R. La chose n'est point encore accomplie. Toute la création gémit encore, disait l'Apôtre revenu du troisième ciel, toute la création esl encore dans V enfantement ; elle attend quelque chose: elle attend que les enfants de Dieu se ré-vêlent : car la création elle-même sera délivrée de la servitude de la corruption pour compté^ ter la liberté glorieuse des enfants de bieu (l?om.8,19,22).
D. Mais si cette délivrance n'est point encore accomplie, n'cst-elle pas du moins com* mencée? t
R. Cette délivrance n'est point encore accomplie, mais cependant déjà commencée. 11 fut un temps où toutes les créatures , le ciel, ,1a terre, leau, le feu, le blé, le vsn, etc.» étaient asservies à l'idolâtrie, et par la même à Satan. Depuis qu'il a ti&Aïi^ J'attirerai tou^ tes choses à moi, ces créatures ont commencé
DU SENS COIIMUN
â être dâivrées <Ie l'asservissement à de vaines superstitions. L'eau n'est pins à Neptane, le blé à C6rès, le vin à Baechns, l'huile à Minerve; tout a recouvré ses lettres de noblesse : on sait que tout cela sont des créatures du Dieu suprême ; tout cela est consacré à son cuite ; tout cela est devenu instruments, canaux de sa grâce : Teau dans le baptême, le blé et le vin dans le plus adorable des sacrifices, rhuile dans les sacrements de confirmation, d'cxtrêmc-onclion et d^ordre. Si maintenant déjà ces créatures sont si magnifiquement honorées parla grâce, que sera-ce en la gloire?