CHAPITRE LXVII
D. Ne pourriez-vous pas donner de tout cela une preuve sommaire ?
R. On le pourrait en forme de problème, que voici : Le Christ est un Juif crucifié, et 1 univers est chrétien I Gomment une pareille cause a-t-elle pu produire un pareil effet? Comment un pareil effet a-t-il pu sortir d'une pareille cause ? Expliquez cela de manière que la raison humaine y conçoive une équation de la cause à l'effet.
î>. Qu'est-ce à dire l'univers est chrétien ?
R. L'univers est chrétien : c'est-à-dire que sur Dieu, sur l'homme et sur le monde, les femmes, les enfants mêmes, ont depuis dix-neuf siècles des idées plus saines et plus élevées que n'en avaient ni Socrate ni Platon. L'univers est chrétien : c'est-à-dire que, trois siècles durant, les empereurs idolâtres ont mis tout en œuvre, et les efforts de la politique, et les arguments des philosophes, et le glaive des légions, pour étouffer le christianisme dans son berceau; et après trois siècles, les philosophes, les empereurs et les légions se sont déclarés disciples du Christ. L'univers est chrétien : c'est-à-dire que les barbares qui ont renversé ce qu'il y avait dé plus ferme sur la terre , l'empire romain, sont devenus la con(|uête du christianisme qui en a fait la portion intelligente et civilisée du genre humain, l'Eglise catholique! L'univers est chrétien : c'est-à-dire les schismes, les hérésies, l'impiété i ont eu
(1) Voyei l'ouvrage de Bullet.
beau attaquer l'Eglise par la ruse et par la violence , l'Eglise est sortie de ces combats toujours ancienne et toujours nouvelle.
D. Et tout cela est l'œuvre posthume d*un Juifcruciflé?
R. Et tout cela est l'œuvre posthume d*uii Juif crucifié I
D. Qu'est-ce donc qu'un Juif?
R. Ce que c'est au'un Juif? 7- C'est quelque chose de tel dans l'opinion publique^ que les Juifs eux-mêmes rougissent de s'appeler Juifs, et se donnent le nom d'Israélites.
D. Que sera-<:e donc qu'un Juif cruciQé?
R. Le dernier degré de rabjection et de rigaominie ?
D. Et ce Juif crucifié, qu'a-t-il fait?
R. Et ce Juif crucifié, mis-à-mort entre deux larrons, a changé le monde depuis dix-neuf sicèles , au point d'en être adoré comme un Dieu, et d'avoir fait de ses adora* teurs la portion intelligente, la tète de Vbu^ manité 1
D. Expliquez cela.
R. Certes si le Christ n'est qu'un Juif cni<r cifié, ce qui se voit depuis dix-neuf siècles^ non seulement est inexplicable , mais con«tradictoire ; il faut étouffer la raison humaine* Mais si ce Juif crucifié est en même tempç le fils de Dieu, s'il est ressuscité des morts, le tout se conçoit. Bref, la divinité du Christ, la réalité de ses miracles, bien loin d'offrir aucune difficulté à la raison humaine, Jui offrent au contraire l'unique solution natu relie de faits autrement inexplicables, de difficultés autrement Insolubles (1) CHAPITRE LXyiII.
D. T aurait-il encore quelque chose A dire sur l'ancien peuple juif?
R. Il y aurait encore à signaler l'influence secrète du peuple hébreu sur les destinées de l'ancien monde.
D. Sur quoi fondez-vous l'histoire de cette influence?
R. Sur les paroles de l'Ecriture sainte et sur les faits de l'histoire ancienne.
D. Que dit l'Ecriture à cet égard?
R. Voici ce que dit Moïse dans Thistoire prophétique de ce peuple : OiMnd le lYÎt^ Haut divisait le$ nation$p quand il séparait les enfants d*Adam, U nuwqua la limites des
Îeujfles selon le nombre des fils d^ Israël, fais la part du Seianeur fût son peuple, Ja^ cob fut son héritage (Deut. Si). On voit , d'à* près ces paroles, qu'il y a, dans les desseins de Dieu, une secrète correspondance entre l'état de la postérité de Jacob et la destinée des autres nations.
D, Cette correspondance mystérieuse n'at-elle pas été remarquée par quelque philosophe?
R. Philon, philosophe juif, a là-dessus une belle pensée : c*est que le peuple hébreu était comme le pontife et le prophète de tout le genre humain (2).
( I ) Voir ce sujet plus développé dans aa discours de Tanieur chez Oiilnenin-Cbasandre.
(1) Pbil. )ud. dsAkraham., p. ii7; Di YHê JfMtê, 1. 1, p. 4^1 édil. Turueb.
T.ATÉCIIISMK
dans la yIUc de Bethléem, de la race d Abraham , de la tribu de Juda, de la faimile de Davîd , lorsque la puissance souveraine serait àiée aux Juifs, environ quatre cent quatre-vingt-dix ans après le rélablissemcnl du second temple. Il devait entrer dans ce second temple faire, un grand nombre de miraclés, établir une alliance nouvelle, éternelle et commune à tous les peuples de la terre ; ensuite être mis à mort , et après sa mort le second temple ruiné , les sacriûces abolis , le peuple juif chassé de son pays , errant partout , sans roi , sans prêtre , sans
autel m. ^ ^ . ^ „
D. Toutes CCS prophéties se sont-elles accomplies en Jésus-Christ ?
R. Oui, il y a dix-huit siècles passés, dixneuf siècles commencés, environ quatre cent 3uatre-vingt-dix ans après le rétablissement u second temple, la puissance souveraine , le droit de vie et de mort venant d*étre ôté aux Juifs, ce personnage extraordinaire, que tout le monde appelle , et lui seul , Jésus- Christ ou Sauveur-Messie, naquit à Bethléem, delà tribu de Juda, de la famille de David ; entra dans le second temple , fit une nouvelle alliance dans laquelle entrent tous les peuples de la terre ; ensuite fut rais à mort avec toutes les circonstances marquées par les prophètes , et peu après sa mort, le temple ruiné , les sacrifices abolis, le peuple juif chassé de son pays , etc. ,,..,,.
D. Que répondent à cela les Juifs et les incrédules? . , . ^ .
a. Ces prophéties sont si claires, surtout la plus importante de toutes, celle de Daniel; la manière dont elles se sont accomplies est si frappante , que les rabbins , ne sachant nii'j répondre, ont prononcé les plus terribles malédictions contre quiconque tenterait de calculer les anaées du Messie. Quant aux incrédules , ceux de nos lours conviennent que celte même prophétie de Daniel a été faîte longtemps avant révéneihent, et les incrédules anciens, comme Porphyre, la voraient si clairement accomplie, qu'ils prétendaient qu'elle avait été Inventée après coup. En sorte que nous savons avec certitude et par les incré* dules eux-mêmes , que la plus importante de toutes les prophéties a été faite longtemps avant révénement, et çu'^lle s'est accomplie de la manière la plus évidente en Jésus-Christ. D. Pourriez-vous nous repésenter tout cela iOQs tiuelque emblème?
R. Le judaïsme est l'œuf d'où est sorti le ^ christianisme, comme d'un œuf est sorti l'aigle qui plane au haut des airs : depuis dix-huit siècles , l'aigle sorti de cet œuf ne cesse de s'élever ettle grandir: depuis dix-huit siècles, l'œuf est vide et même troué : depuis dixhuit siècles , le Juif ne voit pas ce que tout le monde voit , que l'œuf est troué et vide : depuis dix-huit siècles, il ne cesse de garder et de couver de ses yeux cet œuf vide et troué, pour en voir sortir l'aigle promis : l'incrédule iC moque du Juif , et prétend que l'œuf a été
(1) VoyoB , entre autres , les CênfireMU de H. de Fmf ssinous.
pondu comme il est, troué et vide : en attendant l'aigle sorti de lui regarde en pitié l'un et l'autre et continue son vol vei'S les cieux.
D. Le Sauveur -Messie ou Jésus -Christ n'a-t-il pas fait lui-même des prédictions?
R. Oui : il a prédit entre autres : l' L'éta- , blissement de sa Religion et de sonÉglisepar *: douze pauvres pêcheurs , et sa conservation ' à travers tous les siècles et malgré toutes les * oppositions ; â* la ruine prochaine de Jérusalem et de son temple, et la réprobation do peuple juif, et depuis dix-huit siècles , l'uni vers entier est témoin de l'accomplissemenl miraculeux de ces deux prophéties.