‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 15 sur 235 · CHAPITRE H. Immortalité de rame · texte numérisé non relu

CHAPITRE H. Immortalité de rame

i 1.-177. D. N'est-ce pas par zèle pour le dogme consolant de rimmorlalîlé, que \ei sages de tous les siècles ont enseigné la spiritualité de l'Ame 7

R. Point du tout. Le Philosophe éclairé n'adopte pas une opinion parce qu'elle est consolante ou avantageuse, mais parcequ'elle est vraie. Si l'Ame pouvait être matière, il faudrait le dire et l'enseigner : la vérité se^le mérite les regards du sa^e. La matière ne peut ni agir ni penser ; Tidée de la matière est incompatible avec la simplicilé et le sentiment intime du mot, comme nous l'avons llit. Voilà ce qui a décidé les Philosophes ; ils ont envisagé la chose même, et point les conséquences.

178. D. Si TAme était matérielle, ne faudrait-il pas évidemment conclure qu'elle meurt avec le corps ?

R. Il faudrait encore, avant que de déduire cette conséquence, prouver qu'une matière capable d'intelligence n'est pas capable de rimmortalilé, et qu'il est plus impossible de coincevoir^ une matière immortelle qu'une matière pensante. La pensée est aussi excellente que l'immortalité ; si la matière est élevée msqu'A l'une, pourquoi n'altcindrait-cUe pas Vautre? 11 y a plus : les éléments de la matière sont réellement indestructibles , à raison de leur simplicité et de leur incorruptibilité; pourquoi notre Ame, dont la simplicité est infiniment plus parfaite et mieux connue (2), n'aurait-clfe pas, supposé qu'elle fut de même nature, la même propriété? — Non, la spiritualité de l'Ame n'est pas la^^eule preuve oe son immortalité. 1° La religion chrétienne est un fait établi par des preuves victorieuses ; cette religion m' jnsei^ne que

g suis immortel : il faut la convaincre de usseté avant de corriger ma crédulité.

(I) Noiis avons supprimé la lin de ce clinpiire où Taaieor CMM^acrnit in»is pges à soutenir comme as- WOk vfaiMmiMable la ilièse absurde que Tàmc des bêles pouvait êtrt uue substance qui \\t fût ni esprit ni Biaijérs. L. D.

Jl) Les éiémentt de la matière sont etempCs do atige , mais leur îndîvîBibltiié est pour le moins frè4-dodiense; au lieu qne l'anitë du mm , e« sentiment Intime qui proiltiit la plus forte eoNvictiun pos* siMc, ciclut toute idée non seoliemeni de comp'isilioa t» de mélange, mais ife division el de parties. .

évidemment la conservation de TAmc humaine, quelle qu'elle soit de sa nature. 3* La distinction du vice et de la vertu n'est pas une chose arbitraire, mais née avec les hommes, gravée dans leur Ame avec des caractères ineffaçables ; et cette distiiiction serait abolie si r<hnedc l'homme n'échappait pas à la ruino du corps.

179. D. Comment déduisez- vous rimmortalilé de 1 Ame de l'existence de Dieu? (V. ci'dessus, L 1, c. fc, 5).

R. De la manière la plus simple. S'il y a un Dieu, il est juste; s'il est juste, il récompense le bieuj il punit le mal. Il arrive souvent que l'impie prospère jusqu'à la mort, et que le Juste expire clans les chaînes ; Dieu ne punit point l'un, et no.récoropense pas l'autre -sur la terre; il le fera donc plus tard, dans le temps et dans le lieu que sa justice souveraine déterminera (1). « Quand je n'aurais d'autres preuves do l'iminortalilé de l'Ame que le triomphe du méchant, et l'oppression du juste, cela seul m'empêcherait d'en douter. Une si choquante dissonance dans l'harmonie universelle, me ferait chercher à la résoudre. Je me dirais : tout ne finit F as pour nous avec la vie, tout rentre dans ordre à la mort (2). » C'est la réflexion d'un homme que les incrédules écoulent volontiers. Nous V ajouterons un passage touchant el sublime d'un fameux Philosophe anglais; c'est une expression du sentiment que la nature a mis dans le cœur de l'homme :

<rul, Platon, tu dis vrai, notre ftme est fmmorlene; C'est uii Dieu qui lui parle, un Dieu qui vit en elle. Kt cJ*oti viendrait sans lui ce grand pressenUmi-m, Ce déffoût des faux biens, couc horreur du uéani? Vers clés aèdes sans fin Je sens aue tu m*enti*atncs ; Du monde et de mes sens Je vais briser les clialoos, Et m*oovrir loin d^un corps, dans la lange arrêté^ Les portes de la vie et de i^élcmitê.

r*élemité! quel mol consolant et terrible! o lumière ! 6 nua^ife ! 6 profondeur horrible ! Que suis-je ? oh siiis-Je ^ oii vais-Je, et d*ok suivie lu^ f Dans quel diraal nouveau, dans quel mowie iirnorc Le moment du trépas va-l-il |)longer mon élrc^ Cil sera cet esprit qui ne peut se connakire ^.... Dieu doit venscr sa cause et punir les pervers. Mais comment? dans quel temps, et dans quel univers? !d la vertu |Jeure, el i^audace Popprlmc, Linnocence ài genoit?^ y tend la gorge au crime.... uàtons-nous de sortir d*unc itrison (iinesie. Je te verrai sans omljre, 6 vérité céleste !

(1) Ce rnisonnemeiit simple , mais invincible , çsi exprimé d*une maniéré laconique et pleine d'diiergie dans ce passage du Ps. 57* : Si est fructus fiuto, a/i* que est Deus judicans eps in lerra. Il est vrai que de là il 8*eiii»uit direciemeut'qtic Tàine survivra au corp'< , sans nécessairement conclme riniinortaliié ; nuls jamais bonune qui a cru que râine survivrait au corps ira doute qu'elle ne fût immortelle. Nous aurons lieu de donner un nouveau jour à cet article » en tr;iilanl de rctcrniié des peines.

(2). Rsp. ninx et pvin. de J. J. R. c. f, art. T^/j iphilnaiité de Cù^îU, .

PmLOSOPHIQDE.

"^ te ttclies dA nous dans nos jours de sommeil : Celle X» est «nsoûgey et la mort tm revcu.

' (.«fbiM, Tra^M. de cei, d'tliq.)

S II. — 180. D. Qaaod méine Tâme ne serait point immorlelle, n'y aurait-il pas des de- Toirs à remplir, et dès lors dés vices à fuir et des Tertus a pratiquer.

R^ Le premier des devoirs serait de chercher son bien-élre dans une félicité passagère et fugitive, de jouir et de vivre aux dépens de tout ce qyi combatirait le plaisir du moment. Négliger ce devoir que la raison et Famour invincible de moi-même me prescriraient, serait un crime ou une folie. La vertu deviendrait le fléau de Thomme, et ceux qui l'embrasseraient ne seraient que des insensés (1). Nous nous sommes déjà expliqués là-<lessus, en parlant de l'existence de Dieu. (V, ci-^eêsuê i. 1, c. 5.)

181. B. N'estH!e pas une loi naturelle de ne pas faire aux autres ce que je ne voudrais pas qu'on me fit à moi-même? N'v a-t-il pas cent antres lois de cette force et de cette indépendance absolue de tout système?

R. Ces lois cessent d'être naturelles, elles cessent même d'être des lois, et deviennent des extravagances dès qu'on renverse par le fondement l'état de la nature, en donnant à son maftre et à son roi une âme mortelle, en régalant à la brute, en lui assignant la même félicité, et en proposant les mêmes objets à ses désirs: En ce cas il est évident qu'il n'y aurait pas plus de loi pour Thomme que pour les animaux. — Si les hommes sont bornés à la félicité de quelques jours, je ne puis trouver mauvais qu'ils la cherchent à mes dépens ; et il y a évidemment une fausse supposition dans cet axiome : Ne fai$ pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit, — Si l'homme est placé dans la destinée de la brûle, si son âme n'est qu'une matière déliée et agitée par l'impulsion d'une autre matière, tout ce qu'on fait pour ou contre un être de celte nature, n'est pas plus important ({ue le traitement que je fais aux huîtres que je mange vivantes et aux goujons que je fris dans une poêle (2). — Quel sera le législateur, le conservateur, le vengeur de ces lois? Dieu. Nous avons montré {N. 177) combien ridée de Dieu était étroitement liée avec celle de l'immortalité de l'âme.... Les remords? il n'y en ciurait plus ; l'impie s'applaudirait de ses succès... {N. 111 à 133). Le goût de la

(1) Ergô nuilnm est virtns et inîmica vnlnrœ: sfiJtam^e JHdicari necesse e$t qm eam scquitur, quoniam seipismi lœdii, Lactanl. iiisiil. 1. 7, c. 9.

(9) Encore y a-l-îl ici une (liffcreticc qui mérile d*èlre observée. Lliomme cliréiien , en employant li*s animaax selon Tes vues de ta Providence, conserve ménie à lear égard un genre de sensibilité approuvée dans lei saintes Lettres, et fondée sur Pidéc d^un Bttitre souverain qui communique Pexistenee et la vie à tout ce qui respire. L*inipic, qui u^aperçoti autre chose dans Tbomme et dans la brute qu'un caprice de la matière, en fait, par une conséquence irès-juste , le jouet de ses passions et de sa maKaisanie humeur. NavU justiu jumetitomm siroriiiii ùtù* : meera tmiem ivtpîorum crud^ia. Prov. 12. ,

%'ortu ? Le beau goût guc celui d'une ehiroère, d'une afTccliou malfaisante, ennemie du bonheur et de la raison 1

182. D. L'amour de la patrie, le courage militaire, Théroïsme des armes ne sembieni* ils pas avoir moins de rapport avec le dogma de l'immortalité, et pouvoir subsister dans k système même de l'anéanlisscment ?

R. Ni plus, ni moins que toute autre qualité brillante ou estimable de l'homme. Voici comme s'exprime là-dessus un génie vif et vrai (1) : « Arrête, brave citoyen 1 où vas-tu, téméraire? Défendre ma patrie , et mourir plorieusemenl pour elle. — ^ Oui, si lu te crois immortel, tu peux affronter la mort, puisque tu sais que la mort ne peut te détruire. Mais si lu perds tout avec la vie, ton courage me fait pitié. Reviens vivre en lâche, si lu ne veux mourir en insensé. Un incrédule faardi qui, entraîné par l'orgueil, par l'excmplei par l'amour du gain, ou par le désir de la vengeance, court perdre son être ou se dér truire par faiblesse, est de tous les fous lé

Elus extravagant : malheureuse victime d'une riilante chimère, laisse la patrie s'abîmer, cl saisis pour loi-même une planche qui te sauve de son naufrage.— -Ma pairie, mon roi m'ordonnent de mourir. — El que l'importent ta patrie et les rois ?... Le bonheur est le jprix nécessaire du sacriGce de l'existence. Si la vertu nous coûte noire êlre, la vertu est pour nous le plus grand des crimes. Elle viole notre loi supreme. Malgré les nations qui applaudissent à leur victime, tu n'es qu'itn aiTreux suicide.... Le vice qui me rend heureux est ma loi suprême , et la lÂçheté qui me conserve est mon asile et ma vertu.— O vertu, disait Brulus, sur le point de mourir

(1) Je n*ai garde de couscrire au juj;cmen( que &I. Clément a porté des ouvnges de M. Young, et en panicnlier des NuUs , vrai cb r-d'œiivre du gpnre' S'inibré. Sa critique me paraît Tciuvrage d*UA e>pri| plus snbfil que juste. Isoler quelques expressions , et en fiiire un ensemble pour décrier un ouvrage pknm de cbnses et de beautés incontestables , e*esi eieree» iin genre de censure que Cicéron appelait mic ffrwtim» grammaticale ; c Grammaiieœ non Amtarckns^ sud Phm\ larides.i Un Pbitosophc, quoique ennemi forcené d^ toute rcliirioii , a rendu à ce beau poème plus de jusilco. c Tout le monde, dit-il, a tu ce livre moraL to:ii le monde y a admiré ce langage sublime qui c!cve rânie , qui la nourrit et qui raUàclie , parce qu*il est fondé sur de graitdcs vériléM , qu^il n offre qnc de grands objets, et qu'il tire toute sa di{piité de leur réelle grandeur. Tour moi, je n*ar j^imais rien lu de si origiunl, de si neuf, même do si intéressant^ J*itîmo ce sentiment profond , qui toujours le méme^ se niunnce et se diversifie à 1 infini. Cest un llcuva

3 ni nrentralne. Je g«»ûie ces images fortes et vives, ont la bardiesse répond au sujet qnM embrasse. On voit ailleurs des preuves plus niéiltodiques de rimniortalité de Vhvne • mais nulle part le eentinienf n'en est frappé comme icL Le poète bat le cœur, le soumet, et le met bors d'état de raisonner contre, i -*- L*auieur des Lettres UeMennes. ouvrage éloqeent et profondément raisonné , a traité la même raaiièrt d'une manière lumineuse et parfaiiement satisfài? santé. En éUiblissant cette grande vérité par toutes les arnies d'iine ralion saine et forte, il couvre, sel adversaires de ridicule, fait hiiïr et fuir leurs déêca^ pénintssystênie.« «

fsi

CATÉOimilK

i ée ses propres mains, 6 Terta que fai suiffo pendant tout le coors de ma vie» el pour laqoelle j*ai quitté plaisin et richesses, tu n'es qu^un yain fantôme sans pouvoir I Le yice a toujours l'avantage sur toi : et désormais estil un mortel qui doive s'attaclieri ton inutile puissance t » (Young, nuit 10.)

183. D. N'est-ce pas une asser grande ré« compense de vivre dans la mémoire ^es hommes, de jouir d'un nom fmmorlel et de recevoir de la postérité Tliommage dû à la vertu?

R. 1* Cet hommage serait une Tolic de la part de ceux qui le rendraient. Honorer ce qui ii*est pas , réserver son estime pour^ le néant V n'est point une chose sensée.

S* Que m'importe ce qu*on dira, ce qu*on pensera de moi , quand je ne serai plus ? Ne vaut-il pas mieux vivre et sentir que de s'anéantir pour faire parler de soi? C*est bien le cas de dire avec un des plus beaux esprits de Rome :

Id cinerem oui mânes credU air are sep^dtos ?

n n'y a que la conservation et la perpétuité de rame dans la lumière de Dieu qui puissent être regardées comme une immortalité digne de nos désirs et de nos admirations. Là l'homme jouit réellement de la gloire d'être inunortel, présent à lui-même , se sentant et se connaissant lui-même, tandis que le néant fffnôre les éloges qu'on donne à ce qui n'est plus; il en jouit siirement et imperturbablement, parce qu'il tient cette immortalité de l'auteur de toute vie (IK qui possède seul la prérogative éminente n'être toujours , et qui seul peut la c<immuniquer. - S* Ce souvenir de la postérité, fût-il une récompense digne de la vertu, le moyen de me rassurer ? De cent qui la méritent pas un n'en jouit. « Combien d'actions particulières, dit Montagne , s'ensevelissent dans une bataille? De tant de milliers de vaillants hommes qui sont morts en France depuis 1500 ans, lés armes à la main, il n*y en a pas cent qui soient venus à notre connaissance. La mémoire non des chefs setdement , mais des batailles et des victoires est ensevelie (3). Les fortunes de plus de la moitié du monde , faute do registres , ne bougent de leur place, et s'évanouissent sans durée. Pensons* nous qu'à chaque arquebusade et à chaque hasard

Sue nous courons , il y ait soudain un grefcr qui Tenrûle? Et cent greffiers, outre cela , le pourraient écrire , desquels les commentaires ne dureraient que trois jours , et

(1) Qui iolui habêl mmorlalitaUm, 1 Tiài. 6.

(2) Un ancien a dii Ik peu près la même chose :

9'ixer€ fbrtes ante Âgamaunona MuM; sed omnn maerymabUa Vrgentur^ ignoUque Umga KÔcle, caretu quia tiue sacro.,..

(isrorat.)

Marc-Aurèle ajoute enoore à la vérUë de cetie réÛcxion» en observant que ceux mêmes qui ont été totrerois Ués-eélébres, qui ont occupé les talents des ontemrs et des poèt^ sont aujourdliui ensevelis dans uu oubli parfait, avec les auteurs de leurs éloges. If. ÂKT. unper. lib, 7. Eùrntn qua mû uipsum.

ne viendraient à la vtie de personne. » Observation bien propre à guérir les hommes de ces vains désfars d'immortalité, et de cette folie si commune de chercher la récompense de la veriu dans la fumée de la gloire.

4* Le jugement de la postérité varié suivant les maximes dominantes, et se règle sur la Philosophie du temps. Le même homme^ la même action est successivement louée et blâmée, selon qu'il se forme d'autres idées , d'autres principes , d'autres fondements de l'estime publique. On a vu de nos jours les Constantin , les Théodose, les Charlemagno traités comme des scélérats et des insensés , tandis qu'on prodiguait des éloges aux Sardanapalc, aux Julien, aux Cromwel. Quel fond peut-on faire, après cela, sur la gloire que les hoir.mes promettent à la vertu? 5" Par là rnéiDe qu'un homme entreprend d*élre vertueux p?ir le désir d'êlre admiré et célébré, il met pour fondement de ses vertus la frivolité d*un vain orgueil. Avide de la fu« méc des louanges , il opère le bien dans des occasions brillantes où la trompette de la renommée se tit-nl prête à en faire la publication. oA le génie des gazettes et des journaux s'empresse à exercer sa garrulilé par le doucereux langage de Thumanité bienfait ianU et solennellement vertueuse. Mais l'homme de bien , ' qui n'agit que d'après rim« Sulsiondc son cœur, d'après des principes e conduite assurés, fermes, immuables, fruits de la conviction et du sentiment, dédaigne la frivole et ridicule récom-

Sensé d'un moment de bruit. Il rougit même e se trouver associé dans les mêmes éloges, dans les mêmes feuilles, avec les partisans d'une vertu ostentatoire et facfice^ La vr^iie vertu se cacherait, si elle le pouvait toujours , dans l'obscurité la plus impénétrable aux yeux des mortels , contente des regards du seul être qui soit digne d'elle : rien n'est

f)lus au-dessous de ses considérations , que es éloges et les censures des hommes , leurs haines et leurs faveurs , leurs jugements et leurs commentaires (1).

IIII. — 18i» D. Outre ces grands argumentstirés de l'essence même de Dieu et des droits inviolables delà vertu, n'v a-t-il pas encore d'autres raisons qui parient en Eaveur do ce dogme si doux et si sublime de Hmmortalité?

R. Il y en a un grand nombre, dont nous ne ferons pas le détail danç une thèse su(0« samment établie par les premières notions de l'flme. Tel est, par exemple, le consentement le plus universel, le plus unanime de tous les siècles ,et de toutes lés nations..... Tel est ce désir si vif et si invincible de vivre toujours, Thorreur du néant imprimée dans

tous les cœurs Tel est le respect qu'on a

toujours eu pour la mémoire des grands hommes; car, dans le cas d'une mort totalet

(1 ) ipsa quidem virhu prelium titi, unaque kOê Fortutue seeura mUL, née fateibuê ulUê EngituTt ptmuuque petit ctaresfiere wtgi ; Kil ojjnt txtemœ cupietu^ ml mdiga laudU, Dhitùê animota mi.....

{daudumuê.}

iei raOLOMMIQUE. Ht

ce ret|iecl ne serait |^b plof raisonnable que tait pas firémir de Tafenin La mort fient à

celui que je porterais i une pluie qui aurait eux sans les effrayer; Us ne la sentent qu*au

arrosé mes campagnes» et au f ent qui m*au-* . moment où elle frappe. Un même coup corn*

rail protaré une heureuse naviffatîon. Tout mence et finit leurs maux. Si cruellement

le monde sent de la résistance a croire que distingués des animaux pendant la tie, se*

les ftmes justes , les grands hommes soient rons^nous encore, à la mort, confondus avec

anéantis, quHl n*en resle que le nom et la euxdansunemassecommunede poussière?»

cendre (1). S. Paul employait celte réflexion {Young, nuit 10).

en faveur de la résurrection des morls (2). . 185. D. Si les hommes se croient immor-

Les païens en ont senti la justesse (3).... Tel tels , d*où vient qu'ils ont peur de. la mort?

est raccroissement infini qu'auraient les Ne devraient-ils pas se réjouir de quitter la

malheurs de Thomme, dans 1 hypothèse qu*il terre ?

dût mourir tout entier; les brûles pren- R. On peut juger par cette puérile objecdraîent la première place dans le monde, et tion , de la force des autres que Lucrèce ac*leurétat exciterait la jalousiedeThomnie, qui cumule contre Timmortaiité de l'âme, puisles subjugue et qui s'en sert. C'est Tobscr- que c'est une de celles qu'il semble employer valion de tous les sages; le poète philosophe avec le plus de complaisance (1). Pour se que nous venons de citer l'explique en ces croire immortel, est-on assuré d'être étertermes : c 0 homme I si p*est là ton sort , va nellement heureux? Nos vertus déposentdonc'chercher tes maîtres dans les étables ; elles clairement en notre faveur? Est-on tondépose à leurs pieds ton sceptre imaginaire jours fort empressé à chercher un trésor placé et ta royauté ridicule. Tu es l'esclave, ils au-delàd'un océan orageux, où les naufrages sont tes Tois : ils sont tes supérieurs dans sont fréquents? N'est-on pas attaché natutout ce qui appartient aux sens. Le gazon rellement à la jouissance actuelle d'uno croit sons leurs pas; ils paissent sans avoir chose, quelque prétention qu'on ait sur besoin de cultiver; leur buisson est apprêtée d'autres plus excellentes dont on n'a point par la main de la nature ; le ruisseau ne encore 1 expérience , et dont les sens n*ont cesse point de couler et d'offrir son onde à pas fait l'épreuve? De ce qu'un Français kar soif; leur véteipent nâlt et grandit avec n'aime pointa quitter son pays pour un auenx; ils ne vont point avec fatigue le cher- tre, faudra-t-il conclure qu il n'y en a pas cher dans des climats étrangers : ils ne por- d'autres, qu'on n'existe pas ailleurs, et qu*on tent point la guerre dans des mondes loin- périt nécessairement au passage du Rhin et tains pour en ravir les trésors. Leur fortune des' Pyrénées? Quel jugement porter d'un et leurs biens sont sous la garde de la na- Philosophe qui raisonne de la sorte I — Si ture : pour les conserver m n'ont jamais Thomme n'était point attaché à la vie, lo besoin de citer leurs frères au tribunal dévo- genre humain ne subsisterait pas. Ce qui est rantde la chicane. Une prairie féconde est un effctvisibledelaProvidence devient pour pour eux le jardin de Aa félicité.... L'homme les Epicuriens un prétexte de la combattre, seul a reçu le triste privilège do répapdro. en niant l'immortalité de notre âme qui en des larmes ; et les occasions de l'exercer résulte nécessairement. « Les dieux, ait un naissent en foule. Les animaux, plusiieu- païen, ont caché aux hommes le bonheur at* reux, ne sont point tourmentés comme lui^ taché à la mort, pour leur faire aimer la vie/ le long de la trie. Leurs maux sont bornés à Ce n'est qu'à la dernière heure que ce bonla douleur. La plainte cesse avec la sensa- heur se fait sentir (2). »

tion, ils ne continuent point de souffrir d'un

mal passé; «ae prévoyance faoeste ne les ^^^„:;j^^„^^IZS&'S!:^^^

il) * Q.K>iI dit raatear des Etudet de ta nalur,. seUnuvUirefi,ra»,eUem^relbu,ue^^mi>u.

foar prix de n<M verfps, notre sort serait d*éire con- (2) jg}}oseere toU»

londos avec les éitoentsl Voire Sme, ô sublime Fë- Perntmum etmuoêjam umqit vieinia faUf

nétonl serait eilialée en mallète-iiiflammablo? Et ^ riclarotqueMceUaU.utviveredurem^

file anrait eu sur la terre Je scnttmenl d'un onire Feiîx este ntoii. .

911 n'était pas méine dans les cieux 7 Quoi t u>ui {Utean.)

Riait natière auioor de nous ! Nous serions i L*évidencc sur ce point, dit un Philosophe que.

tri»fnpés par le sentiment involontaire qui nous faille- nous avons déjà cité, enirainerait les mêmes incon-

ferles veux au ciel, dans Tescès de là douleur, vénients que celle de rexisicnce de Dieu : si nous

l^iiir y ebercfaer du secours t L*animal prés de finir étions assurés par quelque témoignage évident,

sa carrière, s'abandonne tout entier à ses instincts qn*il existât pnnr nous un monde à venir . je suis

•aittrds. Le cerf aux atK)is se réfugie aux lieux les persuadé que toutes les occupations du monde pré-

pltis écartés des foréu, content de rendre IVipril fo- sint Uniraient. Cette perspe(îtive de félicité divine

rctàer qui l'anime sous leurs ombres hospitalières : nous jetterait ici-bas dans nn ravissement létbar»

Faheilie mourante abandonne les Ocurs, vient expirer gîquc. Je me rappelle que, quand j*arrivai en Franco

i IVotrée de sa ruche, et léguer son instinct social à sur un vaisseau qui venait des Indes, dès que les^

sa chère république : et l'homme* en suivant sa rai- matelots, eurent distingué parraiiement la terre de

son, ne trouverait rien dans Funivcrs digne de rece. la patrie, ils devinrent pour la pluj»afri incapables

TOir ses derniers soupirs I 1 d'aucune manœuvre, les uns h regardaient sans,

fî) Si môrtni non reswrgunt^ ergo ei qui dormierunl. t)6uvoir détourner les yeux, d'aulres mettaient leurs

ÎA Ckrifto, pmerum. I. (kir. 15. beaux habits comme s'ils avaient été au moment d y

(5) É^ quidem viroê eiariieimùs frivere arbilror, et descendre : il y en avait qui parlaient tout seuls, et

M qméem wila, quœ lùla viia, nomnanda ett. Cic. Cato. d'autres qt;i pleuraient ; h mesure que notni» en ap*

B. c. 4. prochionsi le trouble de leur tétc augmentait. Comme

CATBCHISMe

IM

I IV -^180. D. fist-n vrai que ce doffme si Important de rimmorlalilè de Vâme tf a pas été conna des Juifs?

R. Do Philosophe qui ne cesse de nous étourdir par ce conte montre asser clairement qu*îl ne connaît pas mieux les lirres saints que ceux deZoroaslre et dcConfucius, qu'il cite si souvent. Il sont remplis de passiiges les plus précis et les plus clairs qui attestent celte consolante vérité. Je ne finirats pas si je les rapportais. Dieu dit à Abraham qu'il sera lui-même sa récompense (1). Jacob disait qu'il allait rejoindre son (ils Joseph ; Il le croyait dévoré par une béte, et ne Eouvalt par conséquent parler du tomeau (2). Les patriarches se regardaient tous comme des étrangers et des pèlerins sur la terre : S. Paul prouve admirablement que cela ne peut s'entendre par rapport à la Mésopotamie, dont ils étaient sortis (3) . Les Juifs consultaient les morts. Moï^e leur défend sévèrement cette curiosité criminelle (fc). David dit que la mort des saints est précieuse devant Dieu (5). Saiil pria la Pytbonisse de lui faire voir Samuel (6). Le livre de l'Ecclésiastique, qui ne respire que le dogme de l'immortalité, est lïn recueil des sentiments et des maximes des plus anciens Juifs (7)« Job, qui, selon M. Goguet, vivait du temps de Jacob ; selon S. Augustin, trois générations après ; selon M. Huet, peu de temps avant Moïse , dit qu'il ressuscitera et qu'il verra son Dieu (8). Habacuc désirait la mort,

l)s en ëlaienl absents depuis plusieurs snnëes, ils ne pouvaient se lasser d^adoilrer la verdure des collines, tes fevilUHK^ des arbres, et Jusqu^aux rochers du ri* vage couverts d^algues et de mousse, comme si tous «es objets leur eussent été nouveaux ; les clochers des vilU^es où ils étaient nés, et qulls reconnaissaient au loin dans les campagnes, et qu*ils nommaient les uns après les autres, les remplissaient d*allégrcsse. Mais quand le vaisseau entra dans le port, et qu'ils virent sur les qimîs leurs amis, leurs pères, leurs mères, leurs femmes et leurs enfants qui leur tendaient les bras en pleurant, et qui iés appelaient par leur nom , il fut impossible d*en retenir un seul à bord, tous sautèrent à terre, il fallut suppl^r, suivant fusaze de ce port, aux besoins du vaisseau par un nuire é<|uîpage. Que serait ce dcmc si nous avions Tentrevue sensible de cette fiatiie céleste où habite ce que nous avons de plus aimé , el ce qui seulmérite de Tétre? Toutes les hiborîeuses et vaincs inquiétudes de celle-ci finiraient. Le passage d*un monde à l'autre fixerait tous les désirs, et absorberait tous les autres soins; mais la natine Ta couvert d'obscurité, et elle a mis pour gardiens au passage le doute et Tépouvante. i f) Ego meree$ tua magna nimh. Gen. 45.

ùetcendam ad fUium meam lagmt. Gen. 37.

Ileb. It,vers.9, 15, U, i5, 16.

Dent. 18.

(5) PmiùUL in tompeetu Domini mon tanctorum efu$» Ps. 115.

(6) 1. Rcg. cap. 28. EccH. 46.

(7) Je$a , fin Sirack , fnologaê : Slultonim nobis etmagnorum, etc.

(8) Qm$ mUtt trihual ul icribantwr urmoMt ma f QhI$ mihi éit^ni exarentur in iitro itffh ferreo. et fpiHmki lamfiM, vH uUt uulpaniwr m nliceî Seio «Mlm tiuôé Ridemptw hmm v/«rl, nm MrtMtma dit de Uffa snrraelmncs nifi, W rtmam €ireÊandakor otlle inm, il m conte mea tld(bo Deum meum. G. 19. Il est riUi-

afin de jouir de la paix dans la société des justes, et de goâter les délices éternels dans le sein de Dieu (1), etc., etc.

187. D. Si les Juifs ont cru l'âme immor^telle , pourquoi est-il dit dans l'Ecriture quo les morts ne loueront plus le Seigneur (^ 7

R. On sait que, dans l'ancienne loi, les âmes des justes n'étaient point admises i la

«uissance de Dieu , qu'elles attendaient le édiateur pour trouver la félicité dans les louanges éternelles du Créateur. Hais indépendamment de cette réponse ordinaire, l'Ecriture sainte en présente une autre , el s'explique parfaitement elle-même; Les morts ne elonfiaient pas Dieu comme les vinant s, en ineîruisant la génération future (3); ils ne pouvaient plus convertir les méchants en leur enseignant les voies de Dieu (4); ils ne lui ren« datent pas leurs hommages au milieu du tem^ pie , dans la grande assemblée des fidèles (5) ; enfin ils n'admiraient plus les ouvrages au Seigneur, et Téclat de sa puissance dans la terre des vivants [%),

188. D. Le livre de l'Ecclésiaste ne nous dit-il pas qu'il n'y a pas de distinction entre rhomrae et la brute , que Tun périt commo l'autre?

R. Voici le sens de ce passage qui ne pa« ralt cas avoir été lu de, ceux qui Tont tant de fois obiecfé. <r En raisonnant sur la nature et la destinée dès hommes , j'ai dit que Dieu avait voulu éprouver leur foi et leur espérance, et qoe pour cela jl avait mis quelque ressemblance entre eux et les bé'tes ; que la vie et la mort étaient communes aux uns et aux autres. » Ce sont à peu prj^ les termes mêmes du livre (4) , qui à la fin dit expressé* ment qu'après la mort l'esprit de l'homme re^ tourne àDieu pour recevoir leprix du bien ou

culededire que Job parle de sa guérison. l.*Ce n*éiatt pas Ih une vérité h être gravée sur le plomb et le marbre. 2.* Il y aurait contradiction avee d autres pnssnges, où Job n*esi>ére pas de guérison. C. 7, 7 ; C. 19, 6, 10 ; G. 2^ , 15. 5/ Job ne pouvait ettpé* rer de voir des yeux corporels <|uc le lils de Dieu re- .vétu de notre clia>r : OeuR met éon$pecinri suni , 4. Les Seplaiiie disent expressément : V Eternel me dé» trmra^ et rennurtera ce corpi accablé de maux, 5.* Enfin ee <|uî exclut toute éi|uivo<|ue, Job dit que quand même Dieu lui éleralt la vie il espérerait cil lui : Etiam fi occident me, in ipio sperabo, G. 13, 15.

(1) IngrediatuT putredo in cssibuê mef«, €f snbter me seateat ; ut reqmeuam in die tributatioms, ut ttseenda»n

ad poputumaceinctum noêtrum in Domino gaudebo^

et exultabo in Deo Jesu meo, llab. 5.

(2) Won wortui laudabunl le. Domine ^ neque omnes qui descendant in injeraum, Psal. 113.

(3) Vireni , vivent ipse confitebilw tibî ^cut ei ego hodie : pater filiii notam [aciet veritatem tuam^ Is. 38.

(i) Docebo iniques via$ liuu, et imftti ad te roiinerteniur. Psal. 50.

Vota mea Dondno reddam in conspeetu omtds

fMs, in atriis domut Domini. Psal. 115.

popit^i eh

(6) Non videbo Dominum Deum in terra wiventium. Is. 58.

(7) Dtd in corde meo de liiiis hominum, ut prokaret eoê Dests^ et o$tenderet eimiles etse bestiiê. Iddreo «uns interiiut est homims et jumentorum, et apqua utriasquê conditio. Eccle. 3.

IM

do mal qu*U aura fait (l).n est iantile de raisonner sur la signification dn mot Esprit ; de anelle nature est respritquiva à Dieu pour

en être jugé.

189. D. JD*où vient donc qu'une doctrine si propre à conserver les lois et à affermir la eonstiluUon d*un état, n'a pas servi de fondement i la législation de Moïse?

R. r Quoique MoYse n'ait pas expressément employé les peines et les récompenses éiernelles pour attacher les Juifs à la loi de Dieu, la connaissance qu'ils en avaient les 7 attachait indépendamment des discours du législateur. C'est ainsi que, parmi nous, l'autorité du prince est cimentée par celle de Dieu et par la foi de rimmortalite, sans que les lois de Tétat nous rappellent ces motifs généraux et trop connus.

2" Un peuple indocile, attaché avec excès à la vie et aux biens périssables , était peu touché de ces biens et de ces châtiments que ses yeux n*apercevaient pas , et dont son esprit ne comprenait ni le prix ni retendue : quand il commença à être plus attentif et plus docile, le dogme de l'immortalité lui fut prêché plus fortement et plus fréquemment : les livres Sapientiaux en sont remplis.

3* La jouissance des récompenses éternelles ne devant commencer qu à la mort du Rédempteur, c'était un bien éloigné qui touchait foiblemenl des hommes qui ne goûtaient que les plaisirs présents. On montrera çlus bas que le péché originel et ses effets étaient très-connus aux Juifs.

k" La loi de Jésus-Christ devait être à tous égards supérieure à celle de Moïse , son effet devait être de détacher les hommes de tout ce qui pérît, et de fixer leurs regards sur Téteroité. L'immortalité fait donc la base de la loi nouvelle, comme les biens et les maux tem-

Crels avaient fait la base de la loi ancienne. 1 figure ne devait point avoir l'éclat de la réaUté , ni les ombres l'excellence de la lumière ; la prédication du maître devait avoir une sublimité que le serviteur n'avait pu atteindre. Cette réflexion de M. Bossuet {DUc. êur rhist. univer.) est exprimée dans un grand nombre de passages de l'Ecriture (2).

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