CHAPITRE 111. Liberté de rhomme
190. D. L'âme spirituelle et immortelle estelle douée de la liberté ?
R. Penser autrement, c*est faire de l'homme une machine à ressort, un jouet de la fatalité.
191. D. Dieu prévoit avec une entière cer- IKude toutes les actions des hommes, un être raisonnable prend nécessairement le parti qu'il juge être le plus avantageux ; Thabitude
iî)ReveTlatur pulm ad lerram unde erat^ et $pirilu$ reaeai ad Deum qui fecH t//um... Cuncta quœ /iy»/, addueel Deus injudiaum jtro amni erralo, $m bonum tipemalum, Ecde. 42.
<t) If Jire m$ fmedlearê diem retribuiîùuit. Luc. i ; Is, 01. — ivon gecwtdum tegem mandait carualiê factns eUn ièd iccundum virtuiem vitas imolubilii. Uebr. 47.
^«llc aulem nuUui soriitui esl mini$tmum, ijumlo
meSam t$êiamenli mediaior est^ qitod in meitoribus ffMÛmombut utncUum est, llobr. 8.
CatAch. Philos. L
devient une seconde nature, un penchant insurmontable. Tout cela ne semble-t*il pas détruire le dogme de la liberté?
R. Nous avons répondu à la première de ces objccHons en parlant de la prescience de Dieu ( JL. 1, c. 3, § 3). La seconde est démentie par l'expérience.
Si l'amour du bonheur déterminait infailliblement le choix de l'Âme, le chrétien persuadé de la vérité de sa foi, ou même un profane instruit des malheurs du crime , ne pourraient ne point être vertueux , cependant le contraire n'est que trop visible. Tout le monde adopte cet aveu humiliant d'un ancien poète t
Àliudque cupido^
êtem alùtd suadel ; video meliora proboque.
Détériora seqwr
{ovid, Metamorph. L 8.)
S'il était vrai qu'un long usage du vice et de la vertu pût former une espèce de néces-^ site et d'insensibilité aux attraits contraires, ce serait l'effet d'une infinité d'actions libres : et dès lors une vraie liberté dans son principe et dans ses causes. Mais la force de l'habitude ne va jamais jusqu'à éter toute liberté de se tourner au vice ou à la vertu, au moins par degrés et par des progressions successives.
192. D. Quelle est la manière la plus simple de démontrer la liberté contre tous les sophismes des fatalistes ?
R. [ C'est d'en appeler i l'expérience e( au sentiment intime de chacun ; car il n'est pas d'homme qui, dans la plupart de ses actions, ne sente qu'il fait un choix, et qu'il se détermine en comparant entre eux les motifs qu*il peut avoir d'agir dans un sens ou dans un autre. Si l'on dit qu'il y a nécessité pour lui de se décider pour le parti qui présente les motifs les plus puissants, nous ferons observer qu'il y a contradiction dans l'idée d'une nécessité uni est subordonnée à l'examen des motifs ne préférence, en un mot , une nécessité résultant d'un choix. Si une nécessité véritable existait pour l'homme, il n'agirait pas plutôt dans le sens des motifs qui le décident, qu'en sens contraire ; et son intelligence n'aurait aucune part dans ses déterminations. Or il agit exclusivement selon l'appréciation qu'il fait des motifs d'agir dans un sens ou dans un autre ; donc encore il v a choix ; ce qui est incompatible avec la nécessité.
Au reste la liberté humaine n'est pas chose qui mérite une démonstration. Le raisonnement ne doit s'appliquer qu'aux vérités qui ne sont pas immédiatement sensibles; pour celles qui sont immédiatement perçues, non seulement il n'est pas nécessaire , mais par fois même il est inapplicable. Le raison* nement peul se comparer à une lunette qui fait apercevoir des objets éloignés,^ et les rend sensibles à l'œil qui ne les atteindrait pas sans l'instrument ; mais pour des objets qui sont immédiatement sous nos yeux , la lunette est inutile; elle ne favorise nullement la vue , souvent même elle la brouillerait si on voulait l'appliquer i des objetti très«-Toisins. C'est ainsi qu'il y a pour nous
(Slxï
des vérités parCaitement ôonaucs sans le raisonnement: les unes le sont par une intuition immédiate ; les autres par le sentiment intime ; les premiers principes sont dans le premier cas ; la liberté htfmaine dans le second. Les raisonnements les plus concluants en sa faveur n*ont pas plus de puissance que ce sentiment intime; elle Philosophe qui deman-
naitrait qu'il est pourvu de deux yeux (1).]
(1) c II en esl des arguments contre la liberté huiiinine.dil H. IlollanJ {néfieaiont philoiophiquei, etc.),
comme de ceux qu*OD fait contre la possibilité du moavemeot et contre Fezistence des corps. Ces arguments sont quelquefois très-subtils, difnciles à résoudre , surtout piour ceux qui ne connaissent point les charlataneries dialectiques ; mais comme ils contre* disent des sentimenls vifs, profonds, irrésistibles, universels, ils éblouissent Tesprit sans le convaincre. Indépendamment de toute roédiution, Thomme crciit
3u*il y a du mpuvcmeni dans le monde , qu*il existe es corps autour de lui , et que c*est lui-même qui se détermine aux actions qu*on lui voit faire pendant le cours de sa vie. Les Philosophes qui soutiennent
3 ne c^esllà un instinct trompeur, ne peuvent s^n épouiller eux-mêmes : malgré tous les sophismcs qui leur font illusion , ils ne pensent pas autrement
3ue le vulgaire, parce qa*ils ne peuvent 8*6mpéchcr e sentir comme lui. >